LIVRE II, CHAPITRE VI
L’arliHerie marche en avant et ne doit ouvrir le feu qu’à très-courte distance.
Les sacs sont déposés à terre ; les tambours ont reçu l’ordre de battre la charge, et les clairons de sonner leurs plus éclatantes fanfares , pendant tout le temps que durera l’attaque.
C’est sous les yeux de leur roi, que les Sardes vont de nouveau assaillir ces formidables positions, dans lesquelles l’ennemi s’est concentré pour protéger la retraite des troupes du centre.
Tout à coup le ciel s’assombrit, et l’ouragan terrible qui mettait fin à la lutte des corps de l’année française servait au contraire de prélude à ce combat décisif, où le patriotisme, l’honneur national et la bravoure traditionnelle des Piémontais leur font un devoir de vaincre ou de mourir. — La tourmente qui mugit, la pluie qui tombe à torrents, ne peuvent arrêter l’élan des bataillons entraînés pa r leurs officiers.
Aux cris : Vive le Roi! ils franchissent tous les obstacles sous un feu meurtrier que l’ennemi a ouvert entre la Conlracania et Golombare.
CXXIII. — Le général de Morozzo conduit la brigade de Pignerol dans la direction de la Contracania et s’empare successivement de plusieurs positions, mais au prix du sang le plus généreux : — les deux colonels Balegno et Caminaliont été mortellement frappés, le major Morando est blessé.
CAMPAGNE D’ITALIE
A gauche, la brigade d’Aoste après avoir vigoureusement enlevé les cascines Canova , Arnia et Monata sc dirige rapidement sur San Marlino; mais un feu d’artillerie habilement concentré jette la mort dans ses rangs et l’oblige à prendre position derrière ces cascines, tout en repoussant vigoureusement, à gauche et de front, les attaques de l’ennemi qui cherche à descendre des hauteurs. — Le major général Gerale est blessé, ainsi que les deux colonels Yialardi et Plocchiù et les majors Polastri et Butteri. — Le major Bosio a été tué à la tète de son régiment.
Mais le major général Cerale n’a pas qpitlé sa brigade qu’il veut continuer à conduire au feu ; il donne ordre au lieutenant-colonel d’état-major Ricotli de faire placer 18 pièces d’artillerie en avant de la Casa Monata, de manière à battre la Contracania, puis il s’avance lui-méme à la tète du 5e régimeut d’infanterie soutenu par le 6*.
CXX1V. — Il est 7 heures du soir. — Les régiments qui ont le plus chaudement combattu pendant toute la journée (les il*, 15*, 17' et 1 8e) reprennent encore l’offensive. — Tant d’efforts intrépides, tant d’opiniâtreté résolue ne pouvaient rester stériles, et la victoire si longtemps disputée viendra bientôt se ranger sous les drapeaux du roi de Sardaigne.
Pendant que les généraux Cerale et de Morozzo donnent les preuves de la plus grande valeur, le général Mollard a fait réunir tout ce dont il peut disposer d’artillerie. — Les pièces sont mises résolûment en batterie