LIVRE II, CHAPITRE VI
sur la hauteur à une distance si rapprochée de l’ennemi, que celui-ci tente un instant de s’en emparer ; mais les braves chevau-légers de Montferrat sont là; le capitaine Avogadro charge avec son escadron, d’abord sur le front de l’artillerie, puis une seconde fois perpendiculairement à cette direction. Ces deux charges impétueuses refoulent les Autrichiens. — Au milieu des détonations de l’artillerie et de la fusillade, on entend toujours les clairons sonner, les tambours battre et de toutes parts se répondre les cris de Vive le Roi!... Le général Mollard, profilant hardiment du succès que viennent d’obtenir les intrépides chevau-légers se lance joyeusement en avant, et entraîne avec lui toutes scs troupes qui ont retrouvé des forces nouvelles pour un suprême et victorieux effort.
Il était neuf heures, lorsque ces vaillants combattants, reslés maîtres du champ de bataille, ramenaient trois pièces de canon, comme trophées de leur victoire (1).
CXXV. — Pendant que se livraient près de San Martino les combats successifs que nous avons essayé de décrire, la 1” division (Durando) avait été aux prises avec les Autrichiens, depuis cinq heures du matin.
Son avant-garde, ainsi que nous l’avons dit, les avait rencontrés à la Madona délia Scoperta, et les troupes sardes avaient soutenu, là aussi, jusqu’à midi les efforts
(1) Les pertes de la 3* division et de la brigade d'Aoste do la 2* ont été de 23 officiers tués; — 75 blessés; — 250 soldats tués; — 850 blessés ou disparus. — Total : 1198.
d’un ennemi très-supérieur en nombre; mais enfin, à bout de lutte, la division avait dû se retirer au carrefour de la Gascina Rondatto.
Vers une heure environ, le colonel de Rolland arrivait avec trois bataillons du 2* régiment de Savoie et un du 1er : son attaque est soutenue par les chevau-légers d’Alexandrie. — Peu après, deux bataillons de grenadiers, envoyés dès le matin vers Castelloro et Cadignolo, arrivent aussi et chargent plusieurs fois à la baïonnette. — La 11e batterie accourt bientôt, sc place en ligne, et contraint l’ennemi à abandonner les positions qu’il avait conquises.
Le Roi a envoyé le général de La Marmora prendre le commandement des 1” et 2' divisions, avec ordre de diriger les troupes de la droite sur San Marlino où la lutte était la plus opiniâtre. — Le général Durando s’est aussitôt porté dans cette direction ; mais il lui faut se faire jodr à travers une colonne autrichienne postée sur le mont Manca; cette colonne, après avoir combattu à San Martino, tentait évidemment de tourner le général Mollard par un mouvement de conversion. — L'arrivée du général Durando déjoua fort heureusement ce projet qui eût pu, dans la position critique où sc trouvait déjà le général Mollard, amener les plus graves résultats.
L’ennemi est repoussé; mais la marche de la division sarde a été retardée, et ses pertes sont cruelles (1).
(1) 6 officiers tués; — 25 blessés; — 95 soldais tués: — 690 blessés ou disparus. — Total : 618.