LIVRE I, CHAPITRE
Le 17 mai, le prince Napoléon recevait de l'Empereur une lettre autographe qui lui prescrivait de s’embarquer avec la division Uhrich pour Florence, en passant par Livourne. — La division d’Autcmarre, momentanément détachéedu 5* corps, devait continuer sou mouvement sur l’extrême droite de la ligne française.
« L’apparition à Florence d’un corps d’armée dont on ignore le nombre, et qu’il faudra même grossir (écrivait l’Empereur au prince Napoléon), produira un grand effet et forcera les Autrichiens à se diviser. ••
Le prince devait prendre sous son commandement supérieur toutes les troupes italiennes et toscanes ; ses avant-postes devaient être établis sur les routes de Modène et de Bologne.
III. — Mais la division Uhrich n’était même point encore en totalité prête à partir de France. Le prince Napoléon se rend à Alexandrie pour en informer l’Empereur, et aussitôt le télégraphe porte à Toulon l’ordre d'expédier au plus vite cette division sur Livourne.
L’Empereur, dès qu’il aura rejeté les Autrichiens au delà du Tessin, a l’intention de réunir alors les deux divisions du 5* corps, et de leur donner, pour rendezvous commun , Modène en ce moment occupé par l’ennemi.
Déjà deux escadrons du 8e hussards quittent Gênes. Ces deux escadrons doivent être suivis par la brigade entière du général de Lapeyrouse, composée du 6* hussards, sous les ordres du colonel de Yalabrèguc, et du
CAMPAGNE D ITaLIE.
8* hussards, sous les ordres du colonel de Fonienoy; ils se rendent à Livourne (1). • -
IV. — Le voisinage des Étals du Pape et la question de la neutralité dn territoire pontifical devaient rendre très-délicate la position du prince en Toscane.
Les instructions qu’il recevait de l'Empereur étaient précises.
« Ne rien faire contre Bologne ni contre les États pontificaux, faut que les Autrichiens n'auront pas violé la neutralité; et, dans ce cas, expliquer par une proclamation l’entrée des troupes sur le territoire pontifical. »
(1) Liiourne. — Ville du grand-ducbé de Toscane . sur les bords de la Méditerranée, il 20 kilom. S. S. O. de Pise et à 64 kilom. O. S. 0. de Florence. 83000 habitants. Portmilitairede la Toscane. — Grand entrepôt de commerce entre l'Italie , PKuro|ie occidentale et le Levant, Livourne est ur. point de relâche ponr les paquebots entre Marseille et les côtes d’Italie. Au xiu* siècle, ce n’était qu’un village, au XV* qu’une escale habitée par quelques marins; Livourne appartint à la république dé Pise. En 1403, le maréchal noucicaut l'occupa au nom de la république de Gènes. Il fut cédé aux Florentins par les Génois en 1421. C’est aux princes de la maison de Médicis que Livourne doit ses fortifications et les privilèges qui ont contribué à sa prospérité en y attirant les négociants de toutes les nations. Cette ville a souffert d un tremblement de terre en 1742; en 1604, sa population fui décimée par la fièvre jaune. La nouvelle enceinte de Livourne a été élevée de 1835 à 1838.
Son port, créé par Ferdinand 1", grand-duc de Toscane, est défendu par des fortifications bien combinées. Il a environ 600 mètres de long sur 400 de largeur, et est protégé par un môle qui s’avance dans la direction N. N. O. Il communique par un canal assez étroit avec une darse ou bassin intérieur qui ne reçoit que de petites embarcations. L'entrée de la dcrse est formée par une chaîne attachée, d'un côté, â la vieille forteresse, de l’autre, à la pointe du môle intérieur. L’eau est peu profonde. En 1853, ont commencé les travaux de constiuction d’un nouveau port destiné à recevoir des hâtimcnls de haut-bord sous la direction d’un ingénieur français, M. Poirel.