LIVRE III, CHAPITRE
peine que le général obtint de ne pas avoir deux soldats sur le siège de sa voiture et deux cavaliers aux portières; les stores furent baissés.
Au village de Santa Lucia, qui est à une lieue de Vérone, il y avait une brigade d’avant-garde; le vieux général qui la commandait, apprenant le grade élevé de celui qui se rendait en qualité de parlementaire auprès de son souverain, donna mission à un capitaine de uhlans d’escorter lui-mème la voiture et de conduire le général, premier écuyer de l’Empereur, au grand quartier impérial de S. M. François-Joseph. Seulement il renouvela la recommandation instante de tenir les sloresentièrement baissés, surtout au momen} où la voiture entrerait dans la place.
Bientôt, en effet, elle passa entre deux des lunettes qui ferment le camp retranché. — Ce camp, ouvrage redoutable de défense qui couvre les abords de Vérone, était entièrement inoccupé.
XXV. — L’empereur Napoléon avait été prévenu par différents rapports parvenus au quartier général, que les Autrichiens méditaient une attaque générale avec des forces considérables venues du haut Adige. Le général Fleury devaiteroire à la réalité de celte nouvelle, car, aux alentours de Vérone, il avait entendu un grand mouvement de troupes, et ce mouvement, joint à la non-occupation du camp retranché, semblait clairement indiquer que les colonnes autrichiennes étaient déjà en marche pour mettre à exécution ce projet. — Mais dans le cas
CAMPAGNE D’ITALIE
où l'empereur d’Autriche eût déjà quitté Vérone, le
général Fleury avait mission de rejoindre Sa Majesté partout où elle serait.
11 n’en était rien; seulement ce camp, sur lequel dardaient les rayons enflammés d’un soleil ardent, était devenu par les grandes chaleurs si insalubre pour les troupes, que l’on avait dû les envoyer de l’autre côté de l'Adige, sur les flancs de la montagne.
Quelques instants après, la voiture roula sur le pontlevis, et entra dans Vérone.
XXVI. — Depuis plus d’une heure, la nuit était entièrement venue, et dans les rues brillamment éclairées par le gaz, allaient et venaient des promeneurs. — Devant les portes des cafés, il y avait un assez grand nombre d’officiers autrichiens. — Ces lumières éclatantes, ces rues spacieuses, cette confortabilité de la vie que l’on sentait, pour ainsi dire, respirer autour de soi, formaient aux yeux du général un contraste étrange avec l’aspect sombre et presque misérable du quartier impérial à Valeggio, qu’éclairaient à peine, à la même heure, quelques lueurs chétives.
Une voiture aux armes impériales de France traversant les rues de Vérone, les stores baissés, et escortée par un piquet de uhlans, causait sur son passage un profond étonnement et un vif sentiment de curiosité qui s’accrurent surtout devant la porte du palais, parmi les officiers de service, lorsqu’ils virent descendre un général français, accompagné de son aide de camp.