LIVRE III , CHAPITRE III
A neuf heures précises, l’empereur Napoléon atteignit Villafranca; et comme l’empereur François-Joseph n’était pas encore arrivé, il continua sa route dans la direction de Vérone, voulant, par courtoisie, aller audevant de Sa Majesté; son escorte se rangea en bataille, à la sortie de Villafranca , dans un champ sur la gauche de la route. — Bientôt parut l’empereur d’Autriche qui marchait en tôte de son escorte.
XXXVII. — L’empereur des Français mit aussitôt son cheval au galop et s’avança seul au-devant de Sa Majesté. — Les deux étals-majors s'arrêtèrent.
Il y avait un cachet de grandeur et de solennité dans cette scène imprévue.
Non ! sur cette route qu’un soleil splendide éclairait de ses plus beaux rayons, Napoléon et François-Joseph n’étaient pas seuls. — A travers les monts, à travers les mers, l’Europe entière , inquiète et émue, les contemplait d’un regard attentif.
Quelques minutes après, tous deux reprenaient ensemble le chemin de Villafranca.
XXXVIII. — Leurs Majestés descendirent de cheval dans la grande rue de Villafranca , devant une maison d'assez bonne apparence, appartenant à M. Gaudini Morelli , et montèrent au premier étage, où un salon avait été préparé pour l’entrevue.
Dans l’étroit vestibule de celte maison, deux petits postes furent placés, l’un de cent-gardes, l’autre de gen-
CAMPAGNE D’ITALIE
darmes autrichiens ; chacun de ces deux postes détacha une sentinelle, devant la porte môme de la pièce où se tenaient les deux Empereurs. — Les escortes se rangèrent en bataille dans la rue, l’escorte autrichienne à gauche de la maison, l'escorte française à droite; les états-majors étaient descendus de cheval , et , réunis par groupes , causaient entre eux. — Mais combien la pensée de chacun était loin des paroles indifférentes qui s’échangeaient !
Dans cette maison , que l’entrevue de Villafranca devait rendre à jamais célèbre, se décidait la paix ou la guerre, et tous les yeux étaient involontairement fixés sur elle.
L’entretien de Napoléon III et de François-Joseph dura un peu moins d’une heure. — Des plumes, du papier, de l’encre, avaient été préparés ; mais pas un seul mot ne fut écrit, et aucune carte du royaume Lombard- Venitien n’était ouverte devant eux. Leur entrevue se borna à une conversation , dans laquelle les deux Souverains envisagèrent les graves questions politiques qui leur avaient mis les armes à la main, et traitèrent avec une loyale franchise les principaux points qui pourraient amener une réconciliation entre les deux empires.
La mission, qui amenait quelques heures plus tard le prince Napoléon & Vérone, nous apprendra bientôt le détail de celte grave conférence, qui devait avoir une si grande influence sur les destinées futures de l'Italie.