LIVRE III, CHAPITRE III
maison de M. Gaudini Morclli, Elles se présentèrent nominativement les officiers de leur maison militaire.
L’empereur d’Autriche offrit à l’empereur Napoléon de passer devant le front de l’escadron de uhlans qui lui servait d’escorte; ce magnifique escadron appartenait à un régiment récemment arrivé de Gallicie et qui n’avait pas pris part à la bataille de Solferino.
Après cette inspection, l’empereur des Français conduisit l’empereur d’Autriche devant les beaux escadrons des cent-gardes et des guides.
Sa Majesté François-Joseph, jalouse de rendre à l’Empereur des Français la marque de haute courloisie qu’il lui avait donnée, en venant à sa rencontre sur la route de Villafranca à Vérone, voulut à son tour accompagner Sa Majesté sur la roule de Villafranca à Valeggio. A un quart de lieue environ au delà de Villafranca, les deux Souverains se séparèrent, après s’ètre donné la main.
Une demi-heure après, Napoléon III atteignait son quartier impérial.
XL. — Tant d'événements imprévus se succédaient depuis quelques jours, qu’il est facile de comprendre quelle inquiète préoccupation dominait les esprits.
D'abord, c’était l’armée tout entière déployée sur les hauteurs autour de Valeggio et prête à livrer bataille ; puis, c’était le général Fleury revenant de Vérone; — puis l’armistice, et enfin l'entrevue de Villafranca.
Que devait-il ressortir de l’entretien secret des deux
Empereurs?— que signifiait celte poignée de mains que les deux Souverains s’étaient donnée?
Lorsque l’empereur Napoléon rentra dans Valeggio, en vain tous les regards interrogeaient son visage ; rien sur sa physionomie impassible ne trahissait les secrets de sa pensée.
Et cependant, cette journée du 1 1 juillet devait décider de la paix ou de la guerre. — Il fallait qu’à la fin du jour le but que poursuivait l’Empereur fût atteint ou manqué. Il est de ces résolutions imprévues qui n’ont de force et de puissance, que par la soudaineté même de leur exécution ; plus tard la réflexion fait surgir devant l’esprit inquiet des appréciations souvent opposées et des difficultés sans nombre. Dans les circonstances où l’on se trouvait, la paix, si elle était possible, devait, pour ainsi dire, entrer de plain-pied dans la guerre, et ne point suivre les voies lentes de la diplomatie.
Aussi l’entrevue avait-elle aux veux de tous une portée immense.
XLI. — Dès son retour à Valeggio, l’Empereur fit mander le prince Napoléon, dont le quartier général était à Salionze. Le Prince partit aussitôt accompagné de son aide de camp de service, le commandant Ragon.
Lorsque Son Altesse arriva, l’Empereur était avec le roi de Sardaigne, et s’entretenait avec son allié de l’entrevue qu’il venait d’avoir, le malin môme, avec l’empereur François-Joseph.