LIVRE III, CHAPITRE III
Que s’était-il en effet passé?
Les Conférences de Zurich, le Traité de paix qui s’en est suivi, conclu sur les bases préliminaires arrêtées à Yillafranca, ont mis forcément au jour la plus grande partie de faits importants qu’il était utile jusqu’alors de conserver secrets.
Maintenant , ces faits appartiennent à l’histoire, et l’histoire a besoin d’être écrite avec la plus franche et la plus rigoureuse exactitude; qjr c’est dans les documents contemporains, que l’avenir viendra chercher les traces certaines de la vérité.
XLII. — Dès le commencement de l’entrevue , l’empereur d’Autriche avait abordé nettement les différents points qui pouvaient servir de base réelle à la paix :
« — Cette paix, je la désire, avait-il dit; je cède au sort des armes qui m’est contraire, et je vais donner à Votre Majesté une preuve de ma confiance en Elle, en lui indiquant la limite des concessions que je puis faire. »
Ces concessions, les voici ;
L’empereur François-Joseph cédait à l’empereur Napoléon la Lombardie, sauf les forteresses de Mantoue et de Peschiera, et gardait la Vénétie sous la couronne d’Autriche.
Seulement, pour Peschiera, déjà sous le canon de l’armée sarde, le jeune Empereur montrait une décision moins arrêtée.
Il insista fortement sur le maintien dans leurs États
CAMPAGNE D’iTALIE.
des ducs de Toscane et de Modène; niais, moins explicite pour le duché de Parme, il admettait la pensée qu’il fût . annexé à la couronne de Sardaigne.
L’empereur François-Joseph lui-mèine ■prononça Je premier mot d'une amnistie générale, à l’occasion des derniers événements qui venaient de se passer.
Puis , la question se généralisa.
L’empereur Napoléon parla d’une Confédération des États italiens, sous la présidence honoraire du Pape.
François-Joseph n’y apporta aucune objection, ajoutant seulement : que * pour la Vénétie, l’empire d’Autriche se trouverait vis-à-vis de l’Italie dans une position analogue à celle du roi de Hollande, membre de la Confédération germanique pour le Luxembourg. »
Sur ce point , qui avait une grande importance , bien que l’empereur d’Autriche insista vivement pour qu’une décision immédiate fût prise, l’empereur Napoléon réserva son adhésion, voulant réfléchir, et peser mûrement toutes les éventualités qui s’y rattachaient.
Tel fut, dans son ensemble général, cet entretien de Villafranca, dont il a été si diversement parlé.
• Les deux Empereurs, nous l’avons dit, n’avaient eu devant eux aucune carte et n’écrivirent pas un seul mot; la gravité des paroles se fiait tout entière à la loyauté des souvenirs.
Ce qui ressortait évidemment de cet entretien, c’était le désir mutuel des deux Souverains d’arrêter, s’il était possible, l'effusion du sang. — Cependant aucune dé-