LIVRE ni, CHAPITRE III
Le Prince crut alors devoir entrer dans quelques explications sur la pensée qui dirigeait l’empereur Napoléon. En plaçant le Saint-Père à la tète de la Confédération Italienne, Sa Majesté avait voulu donner au Souverain Pontife une preuve de haute déférence ; mais elle ne voulait pas, eu l'instituant présidentréef.créeràune situation déjàtrop tendue de plus grands embarras, et augmenter les difficultés sans nombre qui existaient relativement au pouvoir temporel du Pape. — La rédaction proposée était basée sur des considérations trop sérieuses et trop mûrement réfléchies, pour que les termes pussent en être modifiés. La présidence réelle ne devait-elle pas appartenir au souverain de l’État le plus considérable, comme cela existait pour toutes les confédérations, et notamment en Allemagne?
Le troisième paragraphe (1) donna lieu à des observations de la plus haute portée politique, car il touchait à la question môme qui avait mis aux deux Empereurs les armes à la main, et devait naturellement soulever d’amères pensées dans le cœur du souverain de l’Autriche. — Ces mots : selon le vœu des populations, lui paraissaient une attaque aux principes inviolables qui régissaient son empire, et à ses droits sur les nations soumises à sa domination.
L’empereur François-Joseph demanda au prince Napoléon ce qu’il entendait par : le vœu des populations.
(1) « L’Empereur d’Autriche cède ses droits surla Lombardie à l'Empereur des Français, qui, selon te voeu des populations, les remet au Roi de Sardaigne. »
LH. — Le Prince, avec une grande netteté de langage, entra dans des explications très-précises et trèsfranches sur la pensée qui découlait de ces mots , dont l’empereur d’Autriche semblait ne pas comprendre le sens. — Le vœu des populations signifiait que la Lombardie tout entière aspirait à s’affranchir du joug de l’Autriche. C’était le cri unanime de tous les cœurs ; et chaque jour les adresses des communes et des conseils municipaux en apportaient à l’Euipereur de nouveaux et nombreux témoignages.
* — Quant à moi , répondit l’empereur d’Autriche d’une voix animée, je ne connais que le droit écrit sur les traités. — D'après eux, je possède la Lombardie. — Je veux bien, trahi par les armes, céder cette province à l’empereur Napoléon, mais je ne puis reconnaître le vœu des populations, que j’appelle, moi, le droit révolutionnaire. — Employez ces mots dans votre traité avec le roi de Sardaigne et dans les proclamations que vous adresserez aux populations italiennes, je n'ai rien à y voir, mais vous comprendrez que moi, l’empereur (l’Autriche, je ne puis m’y associer. »
On le voit, la restriction que mettait François-Joseph à sa signature, en ce qui regardait cette phrase, était une question toute personnelle, s’appuyant aux principes mêmes de son autorité.
Ce paragraphe impliquait aussi tout naturellement la délimitation du territoire concédé et, par conséquent, la question des forteresses.