LIVRE III, CHAPITRE III
L’empereur d’Autriche plaça tout de suite la discussion sur un terrain très-précis.
« — Je ne puis, dit-il, faire évacuer par mon armée les places fortes qu’elle occupe et qu’elle a conservées en sa possession; l'honneur me le défend. Si l’armée alliée s’était emparée de Peschiera, je comprendrais que l’empereur Napoléon demandât à conserver cette place; mais mes troupes y sont encore. »
Une carte était déployée devant l’Empereur, et Sa Majesté suivait avec le doigt les limites qu’Elte assignait à
ses concessions.
La discussion se prolongeant, sans pourtant amener de résultat délinitif, le Prince la termina en disant :
« — Puisque je ne puis tomber d’accord avec Votre Majesté, je soumettrai ces observations à mon Souverain, auquel je dois, en cette circonstance, réserver toute liberté de décision, sans engager sa parole.
« — Soit, reprit François-Joseph ; que l’Empereur décidé; mais dites-lui bien que, même le voulant personnellement, je ne pourrais céder aucune de mes forteresses. »
LUI. — Pour le paragraphe concernant la Vénétie (1), il fut passé outre sans discussion aucune ; car il était impossible de formuler les réformes intérieures que l’Autriche pourrait plus tard accorder à cette province;
(t) o l a Vénétie fait partie de la Confédération Italienne, tout en restant sous la couronne de l'Empereur d’Autriche. »
CAMPAGNE D’ITALIE
toute intervention à cet égard ne serait qu’illusoire. Il était évident que l’empereur François-Joseph resterait toujours, en dernier ressort, le seul juge de l’importance et ded’étèndue de ces réformes.
Le cinquième paragraphe concernait les duchés (1).
L'empereur d'Autriche ne voulut point accepter la phrase : sauf le recours aux armes. — Selon lui, c’était un appel indjrect à l’insurrection, et à la résistance des populations.
« — Je puis faire, ajouta-t-il, des sacrifices personnels ef céder mes droits, mais non abandonner mes parents et des alliés qui me sont restés fidèles. »
Dans la pensée du prince Napoléon, trois points principaux dominaient tous les autres , et devaient être les bases indispensables de- la paix.
Le premier étàit la Présidence honoraire et non réelle du Pape dans la Confédération Italienne ;
Le second, la cession de la Lombardie, pour être annexée au royaume de Sardaigne;
Le troisième, la non intervention pour la rentrée des ducs dans leurs États.
Les deux premiers points avaient été concédés. Il restait donc à obtenir le troisième, qui était le véritable nœud de la question, car on ne pouvait se dissimuler que ce dernier point détruisait à jamais l’in-
(1)« Les deux Souverains feront tous leurs efforts, excepté le recours aux armes , pour que les ducs de Toscane et de Modùnc rentrent dans leurs Etats, en donnant une amnistie générale et une constitution.»