LIVRE I, CHAPITRE U
Bouteilloux, commandant le génie du 1" corps, reçoit l’ordre de former une section de sapeurs qrn devra marcher en tête de chaque brigade. C’est à chacune de ces sections qu’est confié le périlleux honneur de se jeter en avant des tirailleurs à l’approche de chaque pont, et d’enlever les engins destructeurs préparés par l’ennemi pour amener des explosions successives (1).
Ce plan, dans son ensemble, était habilement conçu. Malheureusement, le temps manquait au développement de toutes ces combinaisons, qu’il fallait exécuter au milieu de terrains inconnus, sans guide pour se diriger sûrement, et en rencontrant presque à chaque pas des impossibilités matérielles de marche.
XLI. — Il est important de connaître en détail les terrains que vont parcourir les deux premiers corps d’armée chargés d’enlever Melegnano.
On sort de Milan par la Porta Romana. — Les premières maisons que l’on aperçoit sont celles de San Martino.
La route, large et belle, est bordée à droite et à
(1) Rapport du général Bouteilloux, commandant le génie du 1" corps.
« Les compagnies du génie des trois divisions ont fourni une section de 70 à 75 sapeurs, marchant à la tête de chaque brigade. — Les renseignements donnés à M. le maréchal, concernant le 1*' corps, faisant connaîtra que l’ennemi avait fait sauter divers ponts et qu’il avait préparé des fourneaux de mines pour en faire sauter d’autres au moment de l’action , on avait désigné dans chaque section , 10 sapeurs et un sergent spécialement chargé de s’élancer en avant des tirailleurs à l’approcbe d’un pont, et d’enlever les moines, saucissons, mèches et autres engins préparés pour l’explosion. »
gauche par deux canaux. Celui de droite, plus large et plus profond, a des berges escarpées; de distance en distance, de petits ponts de pierre servent de communication avec les chemins qui traversent les prairies, coupées elles-mêmes par des fossés, et hérissées de haies, de taillis et d’arbres touffus. — Près de la roule, s'étend un épais rideau d’arbres qui intercepte la vue. Déjà les moissons sont hautes, et, comme à Magenta, couvrent la terre en carrés inégaux ; parfois aussi le sol , inondé par les rizières, est boueux et rempli de flaques d’eau.
Il est facile de comprendre, combien ces terrains ainsi découpés et ces prairies humides devaient être d’un difficile accès pour les troupes. Les divisions en marche sont forcées de s’allonger indéfiniment dans des sentiers étroits, où les obstacles se renouvellent à chaque pas.
XL1Î. — A quelque distance de San Martino, San Donato n’est qu’un groupe de maisons de triste et chétive apparence : — à droite, les grands bâtiments d’une ferme ; à gauche, une église.
Puis vient San Giuliano, formé également de quelques maisons jetées à droite et à gauche de la route, mais en plus grand nombre. Là aussi, on trouve une ferme , dont les bâtiments spacieux contrastent singulièrement avec les habitations qui l’entourent. En cet endroit, le canal se creuse plus profond et plus large.