LIVRE 1, CHAPITRE H
XL VI. — Sur la gauche, dans le cimetière, les Autrichiens ont organisé une résistance sérieuse, que protègent des troupes massées derrière les murs et abritées par les arbres et les vergers. Pris ainsi de flanc par cest décharges meurtrières, de face par le feu des premières maisons du village , les zouaves font des pertes cruelles. — Le combat commence à peine ; et déjà un grand nombre des leurs sont étendus à terre.
Il faut enlever et balayer l’ennemi d’un seul coup. — Le cri : à la baïonnette retentit de toutes parts, et tout le régiment comme s’il eût eu une seule Ame et un seul cœur, s’élance, à travers une grêle de balles, d’un côté sur le cimetière, de l’autre sur Melegnano, sans se préoccuper des obstacles.
En tête de tous, superbes d’énergie et de résolution, on voit le général Goze et le colonel Paulze d’Ivoy; ils précèdent et lancent les colonnes d’assaut, aux cris de vive l’Empereur .'Tous les officiers, l’épée haute, sont les premiers au feu dans ce moment d’audace extrême.
XLVII. — Mais avant de pénétrer dans le village avec nos soldats intrépides, il est important de dire ce qu'était devenue la 2e division, qui, elle aussi, va venir prendre avec la brigade du brave général Niol sa large part du combat.
Cette division s’est partagée en deux.
La 2* brigade, que commande le général Négrier, doit marcher parallèlement à la route dans la direction de Carpianello et de San Brera; elle formera la réserve de
CAMPAGNE D’ITALIE
la première brigade qui doit tourner Melegnano sur sa gauche, et se tiendra prête à la soutenir. — Vu la longueur du chemin qu’elle doit parcourir, elle part une demi-heure avant la brigade Niol.
Celle-ci, que dirige en personne le général de Ladmirault, suit jusqu’à San Giuliano les traces de la première division du 2* corps, et se dirige ensuite à gauche sur San Brera : elle ne trouve que des chemins de ferme, qui s’arrêtent même à partir de Zivito, et se perdent tout à coup dans les prairies que coupent des cours d’eau profonds. — La terre, en beaucoup d’endroits, est tellement détrempée, qu’elle s’affaisse sons les pas pressés des bataillons ; l’infanterie marche péniblement à travers des fossés fangeux ; pour l’artillerie , le passage est devenu impraticable. — Le lieutenant colonel de Mitrécé qui la commande, et le commandant Vautré de la même arme se multiplient dans ces moments difficiles avec autant d’habileté que d’énergie ; le chef de bataillon Duval, du génie, elle capitaine en premier Lallement viennent joindre leurs efforts. On improvise des ressources ; la hache des sapeurs abat des arbres tout entiers, pendant que dans les fermes et dans les habitations les plus voisines on prend tout ce qui peut être utile ; des charrettes sont renversées dans le fossé.
Enfin l’artillerie atteint la route qui conduit à la ferme de San Brera, malgré de nouveaux obstacles qn’elle rencontre encore; les chemins sont perpétuellement traversés par de larges cours d’eau, et l’ennemi a détruit toutes les communications- *— Plusieurs