LIVRE 1, CHAPITRE II
l'entrée se compose de voûtes successives et aboutit d'abord dans des terrains que bordent des plantations, puis dans la campagne.
Sur les côtés , le long des murs , l’ennemi a pratiqué des meurtrières, et fait pleuvoir une grCle de feux plongeants sur le chemin qui va rejoindre la roule de Lodi. Dans l’cnceinte que traverse ce chemin, une végétation pleine de sève sert merveilleusement les défenseurs ; des vignes sont étroitement enlacées aux arbres qui étendent autour d'eux leurs branches chargées de feuilles. Derrière ces abris de toute sorte , un centre de puissantes défenses est organisé.
C’est sur la place même que débouchent tout à coup les zouaves entraînés par leur intrépide colonel Paulze d’Ivoy et par le lieutenant colonel Briucourt. — D’un bond, ils pénètrent sous la voûte, dont les portes n'ont pu être fermées.
Les Autrichiens, embusqués derrière un épaulement, croisent leurs feux ; il semblerait que chaque pierre recèle la balte d'une carabine.
Bientôt les cadavres jonchent le sol, et les rangs s’éclaircissent. Mais au soldat tombé succède un soldat debout , et la mort , qui frappe sans relâche , n’effraye pas nos hardis bataillons, qui viennent par toutes les rues grossir les compagnies audacieusement engagées dans ce dernier refuge.
LII. — De son côté , le 33* de ligne a refoulé l’ennemi. — A chaque pas, c’est une lutte nouvelle, car les
CAMPAGNE D’ITALIE
Autrichiens font partout énergique résistance. — Le drapeau du régiment est criblé de balles; sa hampe est brisée : un instant, dans cette mêlée furieuse, il disparaît aux regards. — Mais c’est le trésor d’honueur du régiment; tous veillent sur lui et combattent à ses côtés ; la poitrine de chaque soldat lui sert de rempart (1).
Le colonel Bordas et le lieutenant colonel Rcy sont arrivés sur la place de l’église ; c’est au milieu des maisons transformées en redoute, près de la demeure de Dieu, qui vomit elle-même le feu par ses fenêtres ogivales, qu’ils rallient et réorganisent les compagnies disséminées.
Deux bataillons du 34* sont aussi accourus avec le colonel Micheler pour prendre part au combat; ils sont suivis du 37e (colonel Susbielle) ; tous s'établissent sur les places, dans les rues, débusquant l’ennemi des positions où il tenait encore, et rejoignent par les issues latérales la colonne d'attaque.
LIII. — Depuis près de deux heures, on se bat de part et d’autre avec un égal acharnement. Le ciel s’est obscurci, et pendant que les bataillons animés d’une sanglante ardeur se heurtent et se brisent, l’orage gronde sourdement, les nuages s’entre-choquent et font jaillir des éclairs qui traversent l’horizon, comme de longues traînées de feu. — Au bruit de la bataille se joint le bruit du
(l) Journal des marches el opérations de la 3* division du 1" corps :
« L’aigle du régiment, un instant compromise, niais vaillamment défendue, a sa hampe brisée. »