LIVRE II, CHAPITRE III
qui se déroulait des hauteurs de Castiglione, devant les yeux de l’Empereur.
XXXIV. — A l’horizon, semblable aux anneaux d'une immense chaîne, s’étendait cette succession de collines qui forme un grand arc de cercle de Lonato à Voila, en passant par Castiglione, Solferino et Cavriana. — Le flanc droit de cette chaîne tombe rapidement et une grande et vaste plaine s’étend à ses pieds. — C’est celle vers laquelle s’appuie le corps du maréchal Mac-Mahon, et dans laquelle doivent s’échelonner les corps du général Niel et du maréchal Canrobert.
Le flanc gauche, abrupte et tourmenté dans certaines de ses parties, domine une vallée ; celte vallée continue en pente douce jusqu’aux rives du lac de Garde, dont on voit reluire au soleil les eaux bleues, surplombées par la chaîne des Alpes qui dessine sur le ciel sa silhouette majestueuse. Elle forme un contraste frappant avec cette série de mamelons et de contre-forts enchevêtrés les uns dans les autres , comme les vagues que soulève la tempête. — C’est là que se déploient le corps du maréchal Baraguey-d’Hilliers et l’armée piéinontaise.
Ainsi, la vaste étendue de terrain qui allait devenir le champ de bataille de Solferino, offre deux natures bien distinctes. — En regardant le Mincio, dont le cours se laisse deviner à l’horizon par une légère dépression de terrain, d’où s’élève, aux premières heures du jour, une vapeur bleuâtre , le sol, sur la gauche, est fortement raviné, ne présentant dans son ensemble aucune surface
CAMPAGNE D’ITAUE.
plane. — Sur la droite au contraire, ce n’est plus qu’une vaste plaine couverte de mûriers, de maïs et de massifs épais, coupée seulement par quelques ravins sans importance, que creusent sur leur passage les torrents qui descendent de la montagne : horizon sans fin , au milieu duquel on peut apercevoir Guiddizzolo, Rebecco, Gireta, Ccrlungo, Goilo, et jusqu’à Mantoue, dont on distingue même les tours et les clochers. — Kn face de soi, ces deux natures de sol si différentes et si opposées, viennent, pour ainsi dire, s’unir et se donner la main.
XXXV. — Au moment où l'Empereur du haut de l’esplanade de Casliglione, promenait ses regards attentifs sur ce vaste horizon, dont nous venons d’essayer de décrire l'ensemble général, le 1" corps d’armée avait circonscrit les efforts de l’ennemi dans les positions élevées de Solferino, que les Autrichiens devaient considérer comme inexpugnables; et le général de Ladmirault soutenu par un feu d’écharpe, que le général Forey dirigeait du mont Fenile, se maintenait sur les crêtes, en face du cimetière. — En avant de ce mont, la brigade Dieu restait inébranlable sous le feu de l’ennemi, attendant stoïquement l’heure de l’attaque.
Sur la droite, en descendant vers la plaine, le 2* corps, déployé au milieu de massifs épais, perpendiculairement à la roule de Casliglione à Goito , voyait les hauteurs qui relient Cavriana à Solferino se garnir de colonnes profondes. — Sa gauche s’appuyait aux positions occu-