LIVRE II, CHAPITRE III
ment en avant, une compagnie du 17e bataillon de chasseurs à pied et place une seconde compagnie en réserve. Les chasseurs à pied, énergiquement commandés par le capitaine Schwich, officier très-résolu, serrent déjà de près l’ennemi.
Le général Forey est venu prendre le commandement direct de la brigade : il donne ordre au général d’Alton de lancer sur la gauche de la route le 3« bataillon du 91'; ce général part avec le bataillon, et l’établit en tirailleurs sur les premières crêtes qui bordent la route , ayant comme réserve une compagnie de voltigeurs, que le capitaine George tient prête à porter appui à la partie de la ligne la plus menacée. — Lorsque le général d’Alton rejoint sa brigade, déjà elle a gagné du terrain. Le 2' bataillon du 91* s’est réuni aux chasseurs à pied.' Au milieu des terrains boisés qui les environnent, ces troupes sont décimées par un feu de mitraille et de mousqueterie ; une batterie d’artillerie les prend en flanc, et fait au milieu d’elles de cruels ravages ; la position est intenable. — Officiers et soldats tombent la plupart mortellement atteints, et cette vaillante brigade, impassible sous le feu qui l’accable, sera bientôt réduite à une poignée de combattants.
XLII. — Le colonel Abattucci n’hésite pas; il sc met à la tète de son 1" bataillon, et s’élance contre cette batterie meurtrière. Une partie du 98' se jette avec son chef dans la même direction, pendant que le reste du régiment se porte sur le flanc d’un mamelon qui commande
CAMPAGNE D’ITALIE
la droite de la Tour de Solferino ; mais l’élan de ces braves soldats ne peut rien contre la mort qui frappe sans relâche au milieu d’eux: la hampe del’aigie du 91* est brisée en deux par un boulet, et le porte -drapeau, M. de Guiseul, tombe mortellement blessé. — Un sousofficier, le nommé Tollet saisit de ses mains l’étendard mutilé, mais presque aussitôt, il a la tête emportée par un boulet, et teint de son sang ce débris glorieux, brisé en trois morceaux. Le sergent de voltigeurs Bouvraquct a la noble mission de le rapporter au général pour conserver au régiment ce témoignage de sa haute valeur(‘).
XLIII. — De tous côtés le danger devient plus menaçant; le colonel Abatlucci, et le lieutenant-colonel Maire déploient en cet instant suprême tout ce que l'énergie et la résolution peuvent inspirer à de vaillants cœurs ; s’ils cèdent le terrain , ils le cèdent pas à pas, et reprennent bientôt l’offensive. Le lieutenant-colonel Maire, couvert de blessures, a dû céder le commandement du 98' au chef de bataillon Billard, qni déjà s’était si vaillamment signalé à l’attaque du cimetière au combat de Montebello. Onze officiers sont morts, trente-cinq blessés;
(1) Déjà le 8septembre 1855, à l’assaut de la tour MalakofT le 91* venait de s’emparer de la courtine, ouvrage défensif important, qui reliait le petit Redan au bastion MalakofT. Tout à coup une raine Ht explosion à l’endroit où se trouvait le drapeau et sa] garde, il fut englouti sous les décombres au milieu des cadavres; le colonel fit pendant la nuit déblayer le terrain par des soldats qui se relayèrent d’heure en heure; il parvint enfin à retrouver l’étendard du régiment entre les mains crispées du porte-drapeau, qui avait gardé, même après la mort le précieux dépôt qui lui avait été confié.