LIVRE II, CHAPITRE III
car, dans ces moments difficiles et de lutte inégale, le rôle de ceux qui commandent est tracé par l’honneur.
Le général Forey est là, comme il était le 20 mai, calme, mais résolu, impassible devant la mort. Tous le reconnaissent au caban blanc qu’il porte sur son uniforme , et que déjà plusieurs balles ont troué. — Près de lui, le jeune de Kervenoél, capitaine d’état-inajor, a eu le crâne emporté par un éclat d’obus, et le capitaine Fabre, un de ses aides de camp, est très-gravement blessé.— Le général lui-méme a été atteint à la hanche.
Cette vaillante brigade sait toute l’importance du rôle qui lui a été dévolu, et elle le remplit avec le stoïcisme du plus inébranlable courage; mais tout ce qu’elle peut faire, c’cst de se maintenir. A bout de forces et d’hommes, il lui est devenu impossible de prononcer un mouvement sérieusement offensif contre ces terribles positions garnies d'artillerie que défendent à outrance les Autrichiens, le général Forey envoie demander du renfort à l’Empereur.
XLIV. — Mais Sa Majesté, du sommet du mont Fenile, domine tous les mouvements du I" corps et l’ensemble général de l’action ; Elle a vu le danger que court la division Forey, et surtout la brigade du général d’Alton ; cette brigade, écrasée devant elle par des forces supérieures, est menacée sur ses derrières, par une colonne débouchant de Casai del Monte.
Quoique la journée soit très-peu avancée, l’Empereur comprend tellement que sur les hauteurs de Solferino est le gain de la bataille, qu’il n’hésite pas à engager
CAMPAGNE D’ITALIE
dès à présent sa garde, son unique réserve. — Il donne ordre au général Manèque, qui commande la première brigade des voltigeurs de la division Camou, de se porter au-devant des colonnes autrichiennes, pour appuyer la brigade d’Alton.
XLV. — Le général part aussitôt avec le bataillon des chasseurs à pied du commandant Clinchant, deux batailionsdu 1" voltigeurs et 3 bataillons du 2* ; il les forme sur deux colonnes, dont chacune est précédée d’une compagnie de chasseurs, et se lance au pas de course dans la direction du mont Pellegrino. Bientôt il arrive au croisé de la route de Pozzo Catcna, où le général Forey se maintient à grand’peine. — 11 faut à tout prix et sans retard s’emparer des hauteurs ; le général Manèque fait déposer les sacs à terre, donne ses chasseurs et deux bataillons de voltigeurs pour appuyer le général d’Alton, tandis que, de sa personne, il se jette avec ses quatre autres bataillons à l’encontre de la colonne autrichienne qui, nous l’avons dit, débouchait déjà sur la droite de Casai del Monte vers le mont Sarco, et menaçait de couper la division Forey. Bientôt il a dépassé le mont Pellegrino et Borgo Sevillo qu’il enlève au pas de course, refoulant avec vigueur l’ennemi en arrière de Casai del Monte jusqu’au mont Sarco, où il se trouve alors en face d’une résistance opiniâtre.
XLVI. — De son côté, le général Forey a dirigé le 2* voltigeurs sur le 91% qui défend en désespéré les crêtes en face de la Tour, pendant que les chasseurs entraînés par