‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 15 sur 75 · CHANGEMENT DE FRONT DE BONAPARTE CONTRE COLLI · texte numérisé non relu

CHANGEMENT DE FRONT DE BONAPARTE CONTRE COLLI

du gros des forces françaises pour réparer ses pertes et secourir son subordonné.

Il ne faut pas dire que ces pertes l'avaient mis hors d'état d'agir efQcàcement ; leur étendue ne lui permettait pas une résistance sérieuse, si les Français le prenaient pour objectif; mais il en était tout autrement dès qu'ils marchaient contre Colli. Si Beaulieu ne fît rien de tel, la faute en est à la dispersion inutile et inouïe de ses troupes et à son indécision ; il ne fallait escompter ni l'une ni l'autre dans les calculs.

Bonaparte ne craignit pas ce retour offensif de Beaulieu, et l'événement a prouvé qu'il avait bien jugé son adversaire.

Bonaparte explique sa conversion contre Colli par le danger que celui-ci faisait courir à son flanc. Nous avons la conviction, déjà, exprimée plus haut, que la retraite de Beaulieu au delà du Pô aurait amené celle de Colli par la force des choses; pour s'en convaincre, il suffit de voir que ce dernier courait le danger d'être coupé de Turin. Laissons même cette consi-: dération de côté ; personne ne nous persuadera que Colli se fût trouvé en état, pendant le peu de jours nécessaires pour repousser Beaulieu au delà du Pô, de faire un tort sérieux à l'armée française en la prenant en flanc. Nous ne pouvons donc pas croire à la justesse d'une pareille explication (1).

Si Bonaparte poursuivait l'armée autrichienne le 16 jusqu'à Acqui et en chassait les débris par delà le Pô, il ne pouvait plus craindre d'attaque de Beaulieu pendant qu'il s'en prenait à Colli ; et ce dernier, s'il ne se retirait pas alors au plus vite, fournissait l'occasion de lui infliger un désastre complet.

Seulement, il n'est pas douteux que ce général se serait

(i) Il est difficile de laisser passer une pareille critique sans la discuter.

Si Bonaparte avait poursuivi d*at>ord Beaulieu avec Masséna et Augereau, il fallait qu*il laissât Sérurier à Carcare et à Millésime pour contenir Colli, ou bien qu'il accablât les Autrichiens avec toutes ses forces. Dans le premier cas, il combattait chacun de ses adversaires avec des forces inférieures ; dans le second, il abandonnait sa communication avec Savone aux Piéroontais, et Tarmée française n'avait de munitions que pour un premier combat contre Beaulieu.

SO CHAPITRB XIY.

retiré; et voilà probablement pourquoi Bonaparte, dans sa soif de victoires et de trophées, se tourna imm^iatement contre loi. n u'y avait plus de grande victoire i espérer sur Beaulieu; ce dernier avait sans doute repassé le Pô ; mais en se portant sur-le-champ de Dego contre Colli, avant que celui-ci connût toute Tétendue du désastre de Beaulieu, on pouvait encore espérer des résultats comme Montenotle, Dego, etc.

Si c'est là ce qui a décidé Bonaparte, nous ne blâmerons pas le parti qu*i] a pris ; en avançant la date de sa conversion contre Colli, il s*est procuré de plus grands succès ; sa conduite n'aura pas été la plus prudente ; elle a été hardie ; mais oser davantage, pour atteindre de brillants résultats, ce n'est pas une faute. Par le fait, les opérations contre Colli, tout en procurant un armistice, n'ont pas donné immédiatement, par elles-mêmes et en elles-mêmes, les résultats briUants que Bonaparte en espérait ; mais cela n'est pas pour changer notre jugement, car la tactique ne tient pas toujours ce que la stratégie était en droit de promettre.

Combat de Geva, le 19 avril.

C*est ici que commencent les opérations contre Colli, que Bonaparte exécuta avec les 3 divisions Sérurier, Augereau et Masséna, pendant que Laharpe prenait une position d'observation en face des Autrichiens.

Ce qu'on appelle la bataille de Mondovi, et qui porta le coup le plus décisif, n'est qu'un combat de retraite, et il faut encore donn^ le nom collectif de bataille au groupe des combats du 19, du 20 et du 22 contre Colli.

Dès la capitulation de Provera, Augereau avait pris pour point de direction Monte-Zemolo et refoulé Colli sur Ceva. Il arriva devant cette ville le 16. C'est là que Sérurier, descendant la vallée du Tanaro, Gt sa jonction avec lui.

Colli avait à peu près 15,000 hommes (au dire des Autrichiens, 13,000, mais, sans doute, d'après une situation journalière et, par conséquent, défalcation faite des malades, des hommes de service, etc.); il prit position avec 8,000 hommes derrière Ceva, en plaça 4,000 à un mille au Nord, près de Pedagiera, et garda une réserve de 3,000 hommes près de Mondovi. Le reste de ses troupes était sans doute détaché plus à l'Ouest, dans la montagne, vers le col de Tende, etc.

Ce que Gt Bonaparte le 16 et le 17, avec les 2 divisions de son aile droite, n'est dit nulle part (1); le 18, nous trouvons

(I) Le 16, Bonaparte craint une offensive de Beaulieu, et le fait obser* ver par Laharpe et Masséna, laissés à Sassello et Dego pour explorer les routes d*Acqui. Apprenant dans la soirée que les Autrichiens sont par-

Masséna à Mombarcaro, Laharpe à San Benedetto, tous deux dans la vallée du Belbo : le premier, en marche vers CoUi ; Tautre, observant les Autrichiens (1). Le quartier général de Bonaparte est a Salicetto, sur la Bormida; la brigade de réserve Victor, à Cairo, pour couvrir les derrières. Tous ces points ne sont qu'à un mille de Dego. Les deux journées du (6 et du 17 ont dû être employées, en partie à poursuivre les Autrichiens, en partie à se reposer, chose nécessaire peut-être après une telle somme de marches et de combats.

Bonaparte ordonne seulement qu*Augereau attaquera le front de Colli à Ceva et à Pedagiera; que Sérurier tournera sa droite par Montebasilico ; que Masséna se portera en arrière de sa gauche, pour passer le Tan^ro à Castellino (2).

Les Sardes résistèrent bien aux attaques d'Augereau dans leurs redoutes de Ceva; mais ColU se rendait compte des mouvements tournants par lesquels on allait le cerner, et il ordonna en temps utile la retraite sur une position choisie derrière la Cursaglia.

Le combat de Ceva eut-il lieu le 19? Nous ne saurions Tafflrmer (3) ; nous le supposons, parce que Jomini ne fait arriver le quartier général de Bonaparte à Salicetto que le 18.

Le 20, nous trouvons Colli dans une ti*ès forte position, sur les hautes berges à pic de la Cursaglia, sa droite à Madonna de Vico, son centre à Saint- Michel, sa gauche vers Lesegno (4).

tout en retraite sur cette ville, et qu*Augereau a échoué devant Ceva, il ramène Laharpe à Dego et poste Masséna à Mombarcaro pour déborder la gauche de Colli et le séparer de Beaulieu. Le 47, il va attaquer le camp retranché de Ceva, mais le trouve évacué et l'occupe sans coup férir. Le 18, il porte Augereau et Sérurier contre Colli. Le 19, a lieu le 'combat de la Cusaglia.

(1) Mombarcaro et S. Benedetto sont deux villages voisins et désignent la même position militaire. Masséna y est seul ; Laharpe reste à Dego.

(2) Masséna ne s'est porte que jusqu'à Mombarcaro, et ce mouvement a suffi pour faire craindre à Colli d'être tourné.

(3) C'est le 16 qu' Augereau échoue devant Ceva.

' (4) C'est le 17 que Colli s'établit sur la Cursaglia.

Combat de la Ciirsaglia, le 20 avril (1).

Bonaparte ordonna d'attaquer sur-le-champ. Sérurier attaquerait de front Taile droite ennemie, avec la brigade Guyeux au pont de Torre ; le centre, avec la brigade Fiorella au pont de Saint-Michel ; Taile gauche, avec la brigade Dommartin à Lesegno (2). Augereau avait à franchir le Tanaro en aval du confluent de la Cursaglia et à tourner la gauche. Masséna n'est pas là. Il n'a pu venir à bout de passer le Tanaro débordé à Casteîlino, et il est retourné jusqu'à Ceva, d'où il arrivera le lendemain (3).

Cette attaque, ordonnée sur-le-champ et sans connaissance suffisante du terrain, ne donna pas de bons résultats.

(1) Cest le 19 qu'a lieu le combat de la Cursaglia.

(2) Cette brigade appartenait d*abord, semble* t-il, à la division Masséna ; mais il ne faut pas s'attendre, dans cotte partie de la campagne, à trouver un ordre de bataille permanent ; d'une part les écrivains militaires n'en donnent pas, d'autre part Bonaparte parait avoir constamment fait passer des éléments d'une division à une autre, et môme traité parfois les brigades comme des divisions, c'est-à-dire comme des unités de premier ordre. Notre ignorance paraîtra excusable quand on lira dans le 4^ volume des Mémoires de Napoléon une foule de réponses des généraux Ménard, Rampon,etc., à des questions posées par Bonaparte lui-même, et qui sont tontes de la force de celle-ci :

— Le général Ménard était-il ou n'était-il pas sous les ordres de Masséna le jour de Montenotte ? {Note de faïUeur.)

(3) Masséna n'est jamais venu à Casteîlino, et n'a pas fait la contremarche inutile que Clausewitz lui impute. C'est Augereau seul qui se présente le 19 sur le Tanaro, en aval de Lesegno.

84 CHAPITRE XYI.

Dommartin trouva les ponts coupés à Lesegno, et il n'avait rien pour en établir. Âugereau ne réussit pas mieux à passer le Tanaro que Masséna le jour d'avant. Au centre, il est vrai, Sérurier, à la tête de la brigade Fiorella, franchit le pont ; mais Colli étant accouru avec quelques troupes de réserve, il fut rejeté sur Tautre rive, non sans subir de grosses pertes. La gauche, sous Guyeux, parvint seule à franchir la Cursaglia en amont de Torre et repoussa la droite ennemie. Cela ne paraît cependant pas avoir eu beaucoup d'inDuence sur la situation de Colli.

Ce général avait donc remporté, le 20, une sorte de victoire. Cinq jours s'étaient écoulés depuis le dernier combat de Dego; on pouvait commencer peu à peu à attendre le retour et l'intervention subite de Beaulieu ; le baron Latour, parlant en son nom à la cour de Turin, avait promis son concours pour bientôt; les troupes françaises étaient quelque peu découragées par le combat du 20, et ces fatigues incessantes les avaient épuisées ; le général français attendait Beaulieu sur son flanc droit d'un moment à l'autre ; bref, c'était une sorte de crise, et les choses paraissaient dans cet état d'incertitude qui a coutume de précéder les retours de fortune (l).

(1) Colli avait eu 20,000 hommes, dont 15,000 disponibles, et avait subi des pertes sérieuses ; il venait de détacher 4,000 hommes pour garder le cours du Tanaro, de Lesegno à Cherasco. Il ne lui restait guère que 9,000 hommes à Saint-Michel, et c*est ce qui avait encouragé à l'attaquer avec la seule division Sérurier. D^autre part, les Impériaux avaient commencé leur concentration sur Acqui depuis deux jours ; ils ne pouvaient l'achever que le 20, et ne deviendraient dangereux que le 24 ou le 25. Bonaparte avait donc 40,000 hommes contre 9,000 Piémontaia, et sa situation n'était nullement critique. Il a pu y avoir une certaine émotion au quartier général parce que, pour la deuxième fois, le désordre et le pillage avaient mis les troupes à la merci d'un retour ofiensif de l'ennemi^ et qu'on sentait la nécessité de rétablir la discipline par tous les moyens.

Combat de Mondovi, le 22 avril (1).

Sur ces entrefaites, Bonaparte réunit, le 21, à Lesegno, un conseil de guerre, dans lequel il analysa minutieusement la situation ; les généraux français la tenaient pour perdue, si, malgré la fatigue et le découragement des troupes, on ne tentait immédiatement une nouvelle attaque sans laisser aux choses le temps d'empirer (2).

Cette résolution adoptée, on disposa les forces comme il suit pour Tattaque du 22 :

Sérurier devait se porter contre l'aile droite avec les 3 brigades qui, le 20, s'étaient trouvées étalées sur tout le front.

Une nouvelle division, formée provisoirement sous le commandement du général Ménard (3), avec les brigades MioUis et Pelletier, devait se porter au centre contre Saint-Michel ; Masséna, ayant rebroussé sur Lesegno, par Ceva, fut renforcé de la brigade Joubert pour attaquer Taile gauche de Colli; Augereau tenterait de gagner les communications de l'ennemi pcLT Castellino.

(1) Le combat de Mondovi eut lieu le 21 avril.

(2) S*il y eut un conseil de guerre à Lesegno, après réchec de Saint- Michel, ce ne fut que pour expliquer aux divisionnaires les mouvements à exécuter le 20 en vue de l'attaque du 21. La communication était prise par Ormea ; il devenait inutile de garder la route de Savone. Laharpe vint donc de Dego à San Benedetto relever Masséna, qui descendit à Lesegno pour renforcer Sérurier.

(3) Meynier et non Ménard.

56 CHAPITRE XYU.

Le général Colli avait réuni environ 10,000 à 12,000 hommes sur sa position derrière la Cursaglia ; il croyait avoir a faire à un ennemi deux ou trois fois supérieur, et, en réalité, les 4 divisions qui opéraient contre lui faisaient bien 20,000 hommes, cavalerie comprise. Il ne pouvait espérer voir réussir toujours ce qui avait réussi une fois le 20 ; il ne devait pas chercher une action décisive sur la position qu'il occupait ; si, de leur côté, les Français la cherchaient, il n'y avait qu^à se retirer.

Si la situation s'améliorait, ce ne pouvait être que par une action combinée avec Beaulieu ; il importait donc uniquement de gagner du temps jusqu'à la rentrée en scène de ce dernier.

Colli ordonna de né pas attendre l'attaque que l'ennemi préparait pour le 22 et d'abandonner la position pendant la nuit, mais pour en occuper une autre en deçà de Mondovi, à un mille de là ; cette dernière lui paraissait assez forte pour s'y arrêter quelques jours, évacuer Mondovi et attendre l'approche de Beaulieu.

Les Français, se portant à l'attaque au point du jour, remarquèrent, à leur grande joie, que la position sur laquelle ils allaient, non sans appréhension, essayer leurs forces pour la seconde fois, était abandonnée ; Bonaparte ordonna sur-lechamp d'entamer la poursuite dans la plaine de l'EUero et de se jeter sur l'ennemi partout où on le rencontrerait.

Les troupes de Colli s'étaient un peu attardées dans leur retraite. Sérurier les atteignit bientôt vers Vico ; les bataillons que Colli lui opposa à la hâte ne remplirent pas leur mission; ce général, sans avoir eu le temps de s'établir sur la position pmjetée, se vit assailli, tout près de Vico, par les divisions Sérurier et Meynier, et rejeté en désordre sur cette position même. L'attaque contre celle-ci s'ensuivit immédiatement. Au début, la résistance opposée à Dommartin, vers le centre, au lieu dit le Briquet^ parvint à l'arrêter; mais les brigades Guyeux et Meynier entourèrent la position, puis le centre fut enfoncé à son tour; Colli dut se retirer à travers Mondovi,

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