‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 18 sur 75 · MOUVEMENTS JUSQU*A LA SIGNATURE DE L' ARMISTICE · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS JUSQU*A LA SIGNATURE DE L' ARMISTICE

parte se trouva ainsi posté entre CoUi et Beaulieu. Une brigade détachée contre Coni se réunit devant cette place aux généraux Macquard et Garnier, pour l'investir ; le général Vaubois, qui commandait Taile droite de Tarmée des Alpes, reçut de Bonaparte l'ordre de se porter sur Saluces.

Clauses de Farmistice.

Le 26 arriva la réponse du général CoUi; le roi de Sardaigne consentait à rendre Coni et Tortone ; le 28, Tarmistice fut signé.

Les principales clauses étaient :

i^ Cession de Coni et de Tortone ou (en attendant qu'on disposât de cette dernière) d'Alexandrie ;

2^ Cession de la citadelle de Ceva ;

3® Tracé d'une ligne de démarcation le long de la Stura, puis du Tanaro, jusqu'à Âsti ; de là, par Nizza à la Bormida, puis le long de celle-ci jusqu'au Tanaro en aval et au Pô ;

4<> Autorisation accordée aux Français de passer le Pô a Valenza (qui était en dehors de cette ligne).

Trois mois après, le 15 mai, la paix entre la France et la Sardaigne fut signée à Paris.

Cette capitulation de la cour de Turin, après une campagne malheureuse, n'est pas un événement bien extraordinaire dans l'histoire des alliances ; elle est doublement justifiée quand on pense à la situation du peuple et de l'armée.

Situation après Tarinistice,

Les 40,000 hommes qui formaient Tarmée sarcle se trouvèrent ainsi disparaître du théâtre des opérations ; la situation de l'armée autrichienne devint alors si précaire, qu'on pouvait prévoir la perte de la Lombardie jusqu'au Mincio ou à l'Adige. L'armée que Bonaparte allait opposer à Beaulieu ne comptait que 30,000 hommes, mais l'armée de Kellermann en comptait aussi 20,000 ; en admettant qu'il en fallût quelques-uns pour garder la frontière, on pouvait toujours en prélever 15,000 pour grossir l'armée d'Italie; c'était donc 45,000 hommes que celle-ci pouvait mettre en ligne contre Beaulieu. Ce général avait reçu quelques renforts; il possédait 30 bataillons et 44 escadrons, soit environ 26,000 hommes ; il faut y ajouter encore 4,000 à 5,000 hommes, qui avaient été fournis comme renfort à Tarmée sarde, que Beaulieu avait repris, et qui ne paraissent pas être compris dans l'eiTectif ci-dessus. Il y avait donc une disproportion marquée. Il est hors de doute que la supériorité morale de l'armée française devait être évaluée tout aussi haut. Mais un autre élément vient peser aussi d'un grand poids dans la balance, c'est la situation de l'Italie. Les gouvernements des États italiens étaient tout dévoués à l'Autriche ; mais la volonté de quelques gouvernements faibles ne pouvait être d'aucun secours. Les peuples pouvaient aussi, autant que l'influence du clergé se ferait sentir, être animés contre les Français d'une fureur de fanatiques ; l'avenir le fit bien voir ; mais on n'en fut là que quand on eut appris à connaître leurs méfaits ; en attendant, il se formait un parti puis-

sant, dévoué à leurs idées républicaines et espérant en une régénération grandiose de l'Italie. Ce parti accueillit le général français comme le Messie, et Ton s'attendait à voir ses proclamations enflammer l'Ilalie tout entière et menacer les gouvernements d'un formidable cataclysme.

Dans de pareilles conditions, il semblait qu*au point de vue de Tintérêt général il fût de la plus haute importance que les Autrichiens sp maintinssent sur le cours supérieur du Pô, la Sesia ou le Tessin, et couvrissent indirectement la basse Italie; mais leur situation matérielle et morale était manifestement trop défavorable, et Tesprit des populations contribuait à rendre cette mission plus dirflcile, car les places situées sur les derrières, telles que Milan, etc., étaient celles qui avaient besoin des garnisons les plus fortes.

Au contraire, si les Impériaux se retiraient jusqu'au delà du Mincio ou de TAdige, la basse Italie était perdue pour les opérations politiques et militaires ; mais la situation des Autrichiens devenait bien meilleure: à part le contingent de 2,000 cavaliers napolitains, les gouvernements italiens n^a* vaient rien pu faire pour soutenir la guerre ; l'armée autrichienne perdait donc peu de chose; il était probable, en revanche, que les Français allaient se trouver plutôt affaiblis que renforcés, car il leur faudrait détacher des troupes en Italie pour couvrir leurs opérations politiques et militaires.

Tout bien pesé, on réfléchit que le gouvernement autrichien eût mieux fait de prescrire à Beaulieu l'évacuation de la Lom* hardie jusqu'au Mincio, où il aurait pris position. Cette province était perdue à n'en pas douter ; quelque énergique que pût être la résistance des Autrichiens, quelque cher qu'ils fissent payer chaque progrès de Tennemî, il fallait s'attendre à de nouvelles défaites, à de nouvelles fautes, de nouvelles preuves d'incapacité; le moral des troupes françaises s'en trouverait encore exalté, l'honneur des armes autrichiennes tomberait plus bas encore. Or le moral et le prestige prennent deux fois plus d'importance quand a la guerre vient se lier un conflit d'opinions.

SITUATION APRÈS L*ARinSTICE. 65

A ces considérations générales s'en ajoute une plus particulière, relative à la base stratégique, des Autrichiens. Elle était comprise entre le Tyrol et la mer Adriatique, et le front correspondant s'étendait de Gênes aux Alpes suisses.

De la sorte, les Autrichiens une fois repoussés sur la rive gauche du Pô, leur flanc gauche était menacé stratégiquement, parce que leur base était très étroite et que la force de leur armée, ainsi que tout le reste, ne permettait pas de rendre menace pour menace. Le général autrichien allait se trouver entraîné par là dans des difficultés absolument inextricables, et l'avenir l'a bien fait voir.

Le plan de Bonaparte.

Bonaparte n'ignorait aucun des avantages de sa situation ; non seulement il se sentait entraîné en Lombardie, mais déjà il donnait libre cours à son imagination, comme il la fait si souvent par la suite.

Il écrivait, le 28 avril, au Directoire :

a Si vous ne vous accordez pas avec le roi de Sardaigne, « je marcherai sur Turin... ; en attendant, je marche demain tt sur Beaulieu; je l'oblige de repasser le Pô, je le passe imméa diatement après lui, je m'empare de toute la Lombardie, et, « avant un mois, j'espère être sur les montagnes du Tyrol, « trouver l'armée du Rhin et porter, de concert, la guerre a dans la Bavière.

« Ordonnez que 15,000 hommes de larmée des Alpes « viennent me rejoindre ; j'aurai alors une armée de « 45,000 hommes, et il est possible que j'en envoie une partie « sur Rome. »

Bonaparte oublie que les relations avec Naples sont hostiles ; avec Rome, très tendues ; avec les autres États, incertaines ; il y avait donc lieu de les changer du tout au tout pour assurer les derrières de l'armée française (1); pour cela, il

(1) Glausewitz soutiendra, au contraire, dans les chapitres 31 et 32, qu*il était inutile d*agir dans l'Italie centrale pour garantir la sécurité de Tarmée. On peut donc réfuter cet argument en invoquant Fauteur luimême. Il semble que Bonaparte n*ait jamais considéré les puissances ita-

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