LE PLAN DE BONAPARTE
fallait avoir du temps, et, de plus» pendant ce temps, détacher une partie de l'armée pour appuyer Faction diplomatique par des démonstrations. Il oubliait aussi qu'il y avait nombre de petites places à investir en Lombardie : Pizzighettone, la citadelle de Milan, Brescia, etc. ; que Mantoue était une grande place, très importante, pourvue sans doute d'une forte garnison ; qu'on ne pouvait la laisser derrière soi sans un corps d'investissement considérable (1) ; qu'on ne pouvait négliger Venise et la route principale venant d'Autriche, celle de Villach, si Ton pénétrait en Tyrol par la vallée de TAdige (2).
Quand et avec quelles forces Bonaparte eût-il pu apparaître dans le Tyrol, après avoir satisfait à toutes ces exigences? Et quels périls dans la situation stratégique d'une pointe ainsi aventurée I
Le Directoire rejeta ces idées extravagantes, et nous verrons que Bonaparte lui-même n'y pensa plus jamais (3).
liennes comme dangereuses, et que ses expéditions sur Livourne, Bologne, Tolentino, etc., aient eu surtout pour but de poun^oir aux besoins de Tannée. La chose est prouvée, du moins, en ce qui concerne Texpédition de Tolentino. En tous cas, Bonaparte a pensé, jusqu'au mois d*août, à rejoindre Moreau, et les États de l'Italie centrale ne lui semblaient pas assez redoutables pour l'arrêter dans cette voie.
(1) Il a fallu 12,000 hommes pour faire le siège régulier de Mantoue, mais le corps de blocus est descendu parfois jusqu'à 6,000 et même 4,000 hommes.
(2) C'est la crainte d'être assailli par la route du Frioul qui a empêché Bonaparte de marcher sur Innsbrûck dès que Wurmser eut porté une partie de ses forces sur la Brenta ; mais jusqu'après la bataille de Castiglione, il n'y avait rien à craindre de ce côté, où l'Autriche n'avait pas de forces disponibles. Glausewitz aurait dû se rappeler cet argument au moment où il signale le projet d'offensive de Bonaparte sur Trieste.
(3) Bonaparte répète son intention de traverser le Tyrol et de rejoindre Moreau dans des termes tels, qu'il est impossible, aujourd'hui, de douter que ça ait été le but essentiel de ses opérations jusqu'à l'offensive de Wurmser. Sa proclamation du 14 juin, aux Tyroliens, est une preuve formelle qu'il pensait traverser leurs montagnes avant peu.
U fallut l'arrivée des 60,000 hommes de Wurmser et surtout l'envoi d'un corps d'armée autrichien sur la Brenta, pour renverser ce projet.
Beaulieu passe le Pô.
Beaulieuy à la nouvelle des négociations entamées en vue de l'armistice, s'était rapproché, le 27, d'Alexandrie; il y resta avec le gros de son armée, ayant un second corps à Acqui et un troisième à Pozzolo Formigaro.
A la nouvelle de l'armistice, Beaulieu forma le projet hardi de s'emparer par surprise des trois citadelles de Valenza» Tortone et Alexandrie avec sa cavalerie. Il réussit à Valenza, échoua devant les deux autres places.
Beaulieu avait peut-être espéré se maintenir dans le triangle formé par ces trois places, par conséquent sur la rive droite du Pô. Par le fait, ce triangle a assez l'air d'un bastion stratégique, propre à tenir l'adversaire en respect et à couvrir ainsi la Sesia et le Pô inférieur. Les choses se fussent probablement passées de la sorte, si Beaulieu avait été un Turenne et Bonaparte un Montecuculli ; mais contre un Bonaparte commandant une armée révolutionnaire, c'était un moyen illusoire ; il aurait eu vite fait de déchirer cette toile d'araignée et Beaulieu se serait trouvé emporté par quelque avalanche.
Le coup de main sur Alexandrie et Tortone ayant échoué, Valenza ne pouvait servir à rien toute seule ; Beaulieu l'abandonna, y passa le Pô le 2 mai, rompit les ponts et prit position avec son gros à Cogna, Valeggio et Lomello ; il comptait défendre de là, non la ligne du Pô, mais celle de l'Agogna, ayant son aile gauche sous le général Rosselmini à Sommo, sur la route de Voghera à Pavie, entre le Pô et le Tessin ; les