COMBAT DE FOMBIO, LE 8 MAI
qu'en attaquant très énergiquement, il parvînt à écraser les Français, pour qui c'était une affaire de vie ou de mort.
8 mai. — A une heure, Bonaparte se porte en trois colonnes contre Liptay ; deux d'entre elles le coupent de Beaulieu et Casai Pusterlengo d'une part, de Codogno et Pizzighettone de Tautre, pendant que la troisième l'attaque de front. Les Français peuvent avoir engagé 10,000 à 12,000 hommes. Après un combat très vif, dans lequel Liptay perd 600 hommes, ce dernier se retire par Co3ogno, surtout à cause de la crainte qu'il éprouve d'être coupé de Pizzighettone, objectif de sa retraite ; du reste, il lui faut déjà se frayer un chemin à travers des détachements ennemis.
La Harpe poursuit jusqu'à Codogno; Dallemagne, avec les, grenadiers, jusqu'à Pizzighettone; Bonaparte revient à Plaisance.
Le corps de Liptay se dissout presque entièrement. Trois bataillons ont été si maltraités dans le combat qu'il leur faut se retirer à Lodi; 3 bataillons et 5 escadrons sont envoyés en exécution d'ordres antérieurs à Casai Maggiore, point où la route de Mantoue à Parme traverse le Pô ; il garde 2 bataQlons et 3 escadrons à Pizzighettone.
Beaulieu avait l'intention de pousser ce jour-là jusqu'à Santa-Cristina, à deux lieues plus loin sur sa gauche, pour pouvoir de cette position centrale appuyer Sebottendorf à sa droite, ou Liptay à sa gauche ; il pensait rompre aussitôt après la soupe, mais dans la matinée il apprend le combat du 7 et se met en marche sur Ospedaletto avec 9 bataillons et 12 escadrons. Ospedaletto est à 4 milles de Belgiojoso, sur la route de Crémone, et à un mille seulement de Casai Pusterlengo. Il partait donc à l'heure même où, à 6 milles de là, le général Liptay était attaqué et battu dans le combat qui décidait de la situation.
Le général Beaulieu ne pense pas qu'il soit encore temps de rappeler à lui Sebottendorf et CoUi, mais il paraît craindre qu'une partie de l'armée française ne se porte vers Milan en passant le Tessin ; il s'estime assez fort, réuni à Liptay ; ce qui
lui fait 13,000 à 14,000 hommes, pour culbuter ce qui a déjà passé à Plaisance.
Dans sa marche sur Ospedaletto, Beaulieu disperse encore ses forces comme il suit :
i bataillon vers Senne, i — vers Somaglia, 2 — vers Fombio,
2 — et 4 escadrons vers Codogno,
3 — et 8 — seulement à Ospedaletto.
Le but de cette prodigieuse dispersion est expliqué en ces termes dans la relation autrichienne :
Pour assurer le flanc droit du côté du Pô et préparer l'attaque générale, ces bataillons devaient soutenir et renforcer le corps du général Liptay, en quelque endroit qu'ils le trouvassent.
Le soir à Ospedaletto, Beaulieu reçut de Liptay une dépêche qui avait subi un long retard ; elle annonçait qu'il était encore à Fombio et avait repoussé l'attaque de l'ennemi; mais plus avant dans la soirée les patrouilles lui apprirent que Liptay était battu et Codogno occupé par Tennemi. Beaulieu résolut alors de se frayer un chemin jusqu'à Liptay le lendemain 9, au point du jour.
Le général Schubirts, qui commandait, semble-t-il, les 2 bataillons détachés vers Codogno, se trouvait avec eux et avec 4 escadrons près de ce village; c'était en quelque sorte l'avantgarde de Beaulieu; entre-temps, ce général avait tenté une attaque de nuit, pour bousculer la division La Harpe. Cette attaque réussit, mais il semble qu'elle n'ait rencontré que les avant-postes de la division La' Harpe. Les Autrichiens prétendent avoir pris là 6 canons ; les Français n'en parlent pas. Les Autrichiens ne purent cependant pas s'emparer complètement de Codogno, et le général Schubirts dut se retirer le 9 au matin sur Casai Pusterlengo. Le général La Harpe fut tué dans ce combat de nuit par ses propres troupes.
La nouvelle de cette heureuse attaque du général Schubirts confirma le général Beaulieu dans son projet d'ofTensive. Il
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envoya à Liplay, Schubirts, et Pittoni, l'ordre d'assaillir de tous côtés à 3 heures du matio les troupes ennemies de Codogno et de Fombio. Mais Beaulieu constata bientôt qu'aucun officier ne pouvait plus parvenir à Liptay, ce qui lui Qt abandonner toute idée de prolonger la résistance ; il ne pensa plus qu'à ramener son armée derrière TAdda. Il envoya Tordre à CoUi de passer par Milan, de laisser une garnison dans la citadelle et de franchir l'Adda à Cassano ; à Sebottendorf, de rallier Wukassovitch et de marcher au plus vite sur Lodi, où il se dirigea lui-même le 9.
Bonaparte laissa son armée immobile le 9. Il n'avait pas encore de pont sur le Pô; il n'en eut que le 10, et il était toujours occupé à faire passer sa cavalerie et son artillerie.
Cet arrêt permit à Beaulieu d'atteindre le pont de Lodi sans de nouvelles pertes avec ses propres détachements (c'est le seul nom qu'on puisse donner à un corps ainsi émietté) et de rallier à soi par ce pont, Sebottendorf et Wukassovitch.
Bonaparte employa la journée du 9 à imposer au duc de Parme, avec lequel la France n'était pas en guerre, un traité par lequel il prélevait sur le duché une contribution de 2 millions.
Combat de Lodl, le 10 mai.
Le 10, Bonaparte se porta sur Lodi à la tête des grenadiers et suivi par la division Masséna ; Augereau venait un peu en arrière.
La division La Harpe, placée provisoirement sous le commandement de Ménard, resta du côté de Pizzighettone ; celle de Sérurier marcha sur Pavie, pour s'assurer la possession de cette place; elle devait se porter de là sur Milan.
Beaulieu avait si peu l'idée de s'arrêter derrière l'Adda, que dès le 9 au soir il partait pour Crema avec 6 bataillons et 10 escadrons, laissant 4 bataillons et 4 escadrons sous le général Schubirts à Lodi, pour attendre Sebottendorf et poursuivre ensuite sur Crema.
Le 10, à 11 heures, les dernières troupes de Sebottendorf étaient arrivées et après le départ de Schubirts, Lodi contenait 12 bataillons et 12 escadrons, soit 12,600 hommes (1).
Le 10, les forces autrichiennes sont réparties comme il suit :
(1) Ce chiffre fourni par la relation autrichienne est encore extraordinaire, car la même relation donne pour le total de l'armée autrichienne en mai 35 bataillons et 44 escadrons comprenant 26,000 hommes seulement. Il y a là une contradiction évidente, d'autant plus bizarre que la relation est tirée des pièces officielles autrichiennes.
[Note de rautewr.)