CHAPITRE XXVIII Bonaparte
En ce qui concerne le général français, il y a trois questions que nous pouvons nous poser.
La première concerne le point de passage. — Nous avons déjà montré (chap. XXIV), ce qui avait pu empêcher Bonaparte de franchir le Pô plus en aval ; mais nous n'avions pas voulu interrompre trop longtemps le récit des événements; nous allons reprendre cette question.
Le lecteur s'est peut-être dit qu'en passant à Crémone, Bonaparte aurait gagné directement la grande route de Mantoue, que les Autrichiens se seraient vus coupés de cette place, qu'elle serait restée sans moyens de défense sufBsants et aurait vite succombé, euGn que dans tous les cas on eût évité l'attaque un peu risquée du pont de Lodi. Ceux qui font encore ces objections ne sont vraisemblablement pas convaincus par ce que nous avons dit au chapitre XXIV et il faut leur montrer qu'ils commettent là de nombreuses erreurs.
Si Bonaparte était arrivé à Crémone avant les Autrichiens, il aurait intercepté la route directe de Mantoue ; mais, pour couper entièrement son adversaire d'une forteresse aussi vaste, il fallait investir complètement cette dernière, c'est-àdire s^établir solidement sur les deux rives du Mincio.
Les Autrichiens avaient à faire, au maximum, deux étapes de plus que lui, en passant par le chemin le plus long, celui de Brescia; or les Français auraient bien perdu deux jours à passer le Pô, TOglio, le Mincio, et à effectuer l'investissement. Il ne fallait donc pas pas compter qu'on couperait complète-