‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 29 sur 75 · BONAPARTE PASSE LE MINCIO. — COMBAT DE BORQHETTO · texte numérisé non relu

BONAPARTE PASSE LE MINCIO. — COMBAT DE BORQHETTO

fallait la considérer comme un simple engagement d'arrièregardé. Cette circonstance était la situation précaire de la ligne de retraite. En continuant sa retraite, Beaulieu ne devait pas se diriger sur le Frioul, mais sur le Tyrol, c'est-à-dire suivre la vallée de TAdige, qui était la voie la plus directe ; du Mincio à rEtschthal, le chemin le plus court est celui de Castelnovo ; c'était donc celui dont Beaulieu ne devait se laisser couper à aucun prix ; or il ne se trouve pas en arrière du front du Mincio et perpendiculairement à lui, mais il s'étend au contraire du côté de l'aile droite et presque dans son prolongement. C'est ce qui obligea le général Beaulieu à se tenir avec son gros entre Valeggio et Peschiera. Peut-être jugeait-il que le cours du Mincio au-dessous de Valeggio était d'une importance secondaire, et, dans le cas où les Français l'auraient franchi de ce côté, il trouvait peut-être avantageux de se porter * contre eux de manière à les faire combattre le dos à Mantoue ; mais un tel projet le conduisait à ne pas se servir des 4,000 ou 5,000 hommes laissés à Goïto et détachés de Mantoue ; ou plutôt à agir sans aucune liaison avec eux, ce qui ne donne jamais de bons résultats. Du reste, si concentré qu'eût été Beaulieu, il ne se serait pas trouvé en état d'opposer aux Français, au moment de leur passage, plus de 10,000 à 42,000 hommes, et il ne pouvait guère espérer, si l'ennemi passait à Valeggio ou plus haut, que le corps de Goïto prît part utilement au combat décisif.

Il n'en était pas moins naturel que Beaulieu tentât de défendre le Mincio ; il pouvait encore arriver qu'il y livrât un combat heureux, et puis on ne sait jamais avec quel degré d'appréhension l'ennemi abordera un cours d'eau dont il voit la défense préparée, et s'il ne croira pas y trouver plus d'obstacles qu'il n'y en a réellement. On n'avait à remplir qu'une condition essentielle : ne pas risquer de trop grosses pertes en cas d'échec, et elle coïncidait avec la condition primordiale de toute bonne défense : tenir ses forces bien concentrées.

Sur de grands cours d'eau, on peut espérer atteindre l'assaillant avant qu'il ait achevé d'établir un pont ou fait passer

des forces assez considérables ; on peut se fier à la barrière que forment les eaux, et se tenir sur le bord, mais ce n'est déjà plus le cas sur une rivière comme le Mincio. La défense était obligée de prendre position à une ou plusieurs lieues en arrière, sur les hauteurs, et s^atlendre & trouver le pont achevé quand elle arriverait au point de passage ; il lui restait l'avantage d'attaquer Tennemi adossé à la rivière, ne disposant pas encore de tous ses moyens, et n'ayant de retraite possible que par un seul point. C'est le principal résultat qu'on puisse se proposer dans la défense des petites rivières.

Il ne consiste plus tant à interdire le passage au gros de l'ennemi, qu'à profiter de ce qu'il est très à l'étroit dans le moment qui suit son passage. La quantité de routes dont il dispose pour sa retraite donne au défenseur une réelle supériorité, tandis que l'assaillant ne peut que rentrer dans l'œuf d'où il est sorti. Malheureusement, Beaulieu, nous Tavons vu, ne pouvait précisément pas jouir de cet avantage (1).

Le fractionnement et la dispersion des forces sont moins excusables encore dans la défense des rivières moyennes, comme le Mincio, que dans celle des grands fleuves; ici surtout, ayant à défendre un front si peu étendu, ils étaient absolument à éviter; l'armée, sauf la garnison de Peschiera et une chaîne de petits postes, devait être rassemblée en un point unique, et ce point aurait été judicieusement choisi vers Oh'osi, où Mêlas se trouvait avec la réserve, A notre avis, il convenait de prendre les dispositions suivantes pour la défense du Mincio :

i • Retirer tous les avant-postes de la rive droite ;

2^ Couper tous les ponts ;

3^ Donner à Peschiera une garnison d'environ 2,000 hommes;

4^ Avoir sur le Mincio une chaîne de postes comptant 2,000 hommes environ ;

(1) En revanche, la place de Peschiera était une sérieuse garantie pour son aile droite et pour sa ligne de retraite.

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5® Détacher à Goïtô 4,000 à 8,000 hommes de la garnison de Mantoue;

6® Choisir pour le gros, soit 10,000 à 12,000 hommes, un emplacement voisin d'Oliosi.

Nous verrons quelles mesures toutes différentes prit Beaulieu, quels en furent les résultats, et ceux qu'auraient donnés les dispositions que nous venons d'indiquer.

A la fin de mai, comme nous Tavons dit, Bonaparte s'était porté par Brescia sur le Mincio avec les trois divisions Masséna, Augereau et Sérurier, et la réserve de cavalerie de Kilmaine,

Le 29 mai, Kilmaine était à Castiglione, Augereau à Dezenzano, Masséna à Montechiaro, Sérurier à Monza.

Bonaparte envoya un petit détachement vers Salo. comme pour menacer d'un mouvement vers Riva et le Tyrol, et de manière à attirer les forces autrichiennes de ce côté, mais ce fut sans grand effet. Ses troupes se mirent en marche le 30 mai à 2 heures du matin vers le Mincio, Kilmaine, Sérurier et Masséna sur Borghetto, Augereau sur Monzambano et Péschiera. Les premiers devaient forcer le passage à Borghetto, et Augereau chercherait à intervenir plus en amont, soit pour couper réellement la retraite sur Castelnovo, soit pour menacer seulement de le faire.

Le général autrichien Beaulieu se trouvait alors au quartier général de San-Giorgio, sérieusement indisposé; il semble qu'il en soit résulté un grand défaut d'unité, une sorte de désarroi dans la conduite de son armée. Il s'ensuivit, d'après la relation autrichienne, qu'à la nouvelle de l'arrivée des Français on passa du fractionnement déjà excessif, dont nous venons de parler, à une défense uniforme de tout le cours du Mincio, pour laquelle on égrena aussi bien la réserve de Mêlas que le centre de Sebottendorf. Le 29 au soir, ils étaient dispersés de la façon suivante :

]*aile gauche; on aurait pu s'attendre, du moios, à ce qu'il en dit quelque chose daus ses mémoires.

Quoi qu'il en soit, il est certain que nous ne trouvons pas ce jour-là cette ardeur à tirer parti des avantages obtenus, dont l'invention, pour ainsi dire, appartient à Bonaparte.

Il Qt avancer le 3 juin la division Masséna sur Vérone ; il se porta devant Mantoue avec les divisions Sérurier et Âugereau, s'empara le 4 du fort Saint-George et bloqua la place sur ses cinq avenues.

Masséna poursuivit le général Beaulieu dans la vallée de TAdige jusqu'à Rivoli; puis le général autrichien se retira jusqu'à Caliano, entre Trente et Roveredo.

Cette fois encore, les Autrichiens ne renoncèrent pas à se disperser en une multitude de détachements, allant à droite jusqu'aux Grisons, à gauche jusqu'à la vallée de la Brenta.

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