BONAPARTE PASSE LE MINCIO. — COMBAT DE BOROHETTO
tenant leurs fusils au-dessus de leurs têtes, et ayant de l'eau jusqu'aux aisselles. Les Autrichiens avaient aussitôt envoyé une seconde compagnie, mais ni Tune ni l'autre ne paraissent avoir fait une grande résistance. Naturellement Tunique pièce qui se trouvait près du pont fut bientôt réduite au silence ; il n'est pas surprenant que la localité même de Borghetto ait été évacuée, et qu'on n'ait pas empêché longtemps les Français de rétablir le pont. Les Autrichiens se replièrent sur le Monte Bianco et de là sur Valeggio ; la pointe de Tavant-garde française en vint aux mains dans ce village même avec les Autrichiens en retraite.
La cavalerie autrichienne parvint cependant à se donner un peu d'air par quelques belles charges.
Bonaparte ne poursuivit pas bien vivement au début. D'abord il n'avait que peu de troupes avec lui, et s'occupait de faire rétablir le pont; peut-être aussi ne lui déplaisait-il pas que le centre autrichien s'attardât un peu de ce côté, parce qu'Augereau, plus en amont, pouvait gagner le temps de pousser de l'avant et d'arriver à la route de Castelnovo (1).
Pendant que les postes autrichiens de Borghetto, Valeggio et Oliosi se rassemblaient et tenaient tête aux Français sous
(1) Le 30, Augereau devait se porter dans la direction de Peschiera ; poar attirer Tennemi de ce côté, il devait s'avancer jusqu'à un petit lac situé à 3 kilomètres de cette ville; arrivé là, il tournerait brusquement à droite vers Castellaro, et se porterait sur la rive gauche du Mincio à la suite de Kilmaine. Cet ordre fut ponctuellement exécuté.
Le 3i, Augereau fut chargé de remonter de Valeggio sur Peschiera, et de prendre cette ville. Kilmaine devait poursuivre Tennemi sur la route de Castelnovo, et Masséna se portait plus à Test. l\ était recommandé à Kilmaine de protéger Augereau contre un retour offensif de Beaulieu. Augereau était en arrière, et non en avant de Kilmaine.
En résumé, Bonaparte voulait non pas couper Beaulieu du Tyrol, mais l'y refouler. Désireux de se porter par Innsbrûck à la rencontre de Moreau, il ne voulait pas laisser d'ennemis en Vénétie. La mollesse de la poursuite du 30 s'explique tout naturellement parce que les Français avaient fait une grande marche de nuit avant le combat, et ne pouvaient recommencer à faire cinq ou six lieues dans la journée. Clausewitz ne réfléchit pas que, le 29 au soir, Augereau et Masséna étaient sur la Chiese.
]*aile gauche ; on aurait pu s'attendre, du moins, à ce qu*il en dit quelque chose dans ses mémoires.
Quoi qu'il en soit, il est certain que nous ne trouvons pas ce jour-là cette ardeur à tirer parti des avantages obtenus, dont l'invention, pour ainsi dire, appartient à Bonaparte.
Il Qt avancer le 3 juin la division Masséna sur Vérone ; il se porta devant Mantoue avec les divisions Sérurier et Augereau , s'empara le 4 du fort Saint-George et bloqua la place sur ses cinq avenues,
Masséna poursuivit le général Beaulieu dans la vallée de l'Adige jusqu'à Rivoh; puis le général autrichien se retira jusqu'à Caliano, entre Trente et Roveredo.
Cette fois encore, les Autrichiens ne renoncèrent pas à se disperser en une multitude de détachements, allant à droite jusqu'aux Grisons, à gauche jusqu'à la vallée de la Brenta.