CONSIDÉRATIONS SUR L' ATTAQUE DB WURMSER
cas exceptionnel dans la guerre telle que nous la comprenons; c'est le cas où des victoires éclatantes manquent un but qu'un moyen bien simple aurait atteint sans fracas.
Passons au plan offensif des Autrichiens. D'après ce que nous avons dit, ils avaient le choix entre deux solutions bien différentes. Ils pouvaient se porter à la fois sur le front et le flanc des Français pour les contraindre par une simple manœuvre à lever le siège et peut-être à se retirer plus loin encore ; ou bien ils pouvaient descendre TAdîge avec toutes leurs forces, livrer sur la rive gauche du Mincio une bataille décisive; leur grande supériorité (S0,000 contre 38,000} semblait leur assurer la victoire qui aurait sauvé Mantoue et leur eût probablement rendu le Milanais.
Si les Autrichiens avaient adopté la première solution, il convenait d'éviter tout engagement décisif avec le gros de l'armée française et de se contenter de dégager la place, soit avec le corps de Wurmser, soit avec celui de Quasdanowitch, enfin de se retirer devant Bonaparte tant qu'il les suivrait. Ce n'était pas une tâche difficile. Revenons, en eflet, sur les événements : nous voyons très bien, par exemple, que Quasdanowitch, prévenu de la présence de Bonaparte par le combat de Lonato du 31 juillet, combat qui ne décidait rien, pouvait se retirer à Gavardo, puis se contenter de progresser avec précaution ; de même Wurmser pouvait éviter facilement la bataille décisive de Castiglione du 5 août. L'histoire militaire présente bien peu de cas où le succès puisse être obtenu à coup sûr, comme ici, par une simple manœuvre ; mais les Autrichiens voulaient absolument une grande victoire, et par une confusion d'idées qui n'est que trop fréquente, ils mêlé* rent les deux solutions. Us voulurent combattre et vaincre tout en manœuvrant. Nous disons une confusion d'idées, parce que la manœuvre stratégique comporte quelque chose de particulier, autre chose qu'un plan d'attaque un peu plus compliqué que d'habitude; son essence est précisément de chercher le résultat sans engagement décisif, sans bataille ni victoire.
Mais les Autrichiens voulaient une décision complète. Dans ce cas, ce qu'il y avait de plus siinple était de descendre avec toutes leurs forces par la vallée de l'Adige ; ils étaient sûrs alors de ne pas perdre l'avantage de leur supériorité numérique. C'est toujours par le plan le plus simple qu'il faut commencer, et il ne faut s'en écarter que si les circonstances l'exigent absolument. Or pour quelles raisons les Autrichiens n'ont-ils pas adopté ce plan le plus simple? Probablement pour celles que nous avons déjà données au § 34 :
1® On ne voulait pas s'engager sur une seule route avec des forces aussi considérables.
Il est certainement plus agréable d'avoir derrière soi deux grands débouchés qu'un seul, quand on traverse des montagnes, mais ce n'est pas d'une absolue nécessité ; il ne s'agissait pas ici de s'entasser sur une route unique; nous avons vu que Tarmée autrichienne qui descendait l'Adige formait quatre ou cinq colonnes. Certes, 50,000 hommes seraient bien passés, s'ils en ont fait passer 32,000. Il ne s'agissait pas non plus de base stratégique, car ils avaient assez de lignes de retraite sur la Brenta et le Frioul. Dans de telles circonstances, il était tout à fait impardonnable de mettre entre les deux colonnes un obstacle comme le lac de Garde, simplement pour être plus au large ;
2° Engager l'ennemi à diviser ses forces. Cette raison ne signiQe rien, car acheter la division des forces ennemies au prix de la sienne propre ne fait rien gagner. Nous n'en parlerions pas si nous ne savions, par des milliers de relations, que ce semblant de raisonnement vient embrouiller la plupart des plans stratégiques ;
3® Menacer la ligne de retraite de l'ennemi ; cette raison se réduit à une idée de manœuvre ; elle aurait pu avoir quelque valeur si l'on avait pensé envoyer sur la Chiese un petit détachement, si petit qu'il n'eût pas fait défaut à la bataille décisive et par conséquent n'eût pas été une cause de défaite. Mais, nous l'avons déjà dit, quand le gros des forces va se battre, il ne peut pas manœuvrer ;