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CONSIDÉRATIONS. SUR L' ATTAQUE DE WURMSER

Enfin 4® Obtenir de plus grands résultats en cas de victoire ; ce prétexte ne pouvait se justifier qu'avec une grande supériorité matérielle ou morale. PJus grand est le but poursuivi, plus grand est le danger; c'est une loi universelle, mais qu'on se rappelle rarement ou dont on tient peu de compte. Si Ton n'a guère d'échec à craindre, on peut songer à obtenir des résultats plus importants ; mais la probabilité du succès est la première garantie à posséder. Certes, le général a le droit de déterminer la fraction de probabilité qu'il consent à sacrifier, en d'autres termes ce qu'il veut bien risquer ; mais son audace grandit dans chaque cas particulier, en raison de la conscience qu'il a de sa force. Si Wurmser avait été un jeune héros, fier de son génie, aspirant aux succès les plus brillants, on ne dirait pas, en cas d'erreur, qu'il a commis une faute, mais qu'il s'est prisé trop haut. Mais le plan d'attaqué autrichien était un factum d'une nature tout objective, composé par le chef de l'état-major général, et ne sortant en aucune façon de l'âme du chef ; les raisons objectives pouvaient seules influer sur la décision; il ne s'agissait pas d'audace, mais tout bonnement de calcul et d'intelligence.

Si l'armée autrichienne avait compté 20,000 hommes de plus, on aurait pu accepter la marche par les deux rives du lac de Garde; car on aurait eu S5,000 hommes descendant la vallée de l'Adige pour offrir à Bonaparte une bataille d'où il ne pouvait sortir vainqueur; pendant que 13,000 hommes se seraient saisis de la route de Milan, et, en cas de victoire, auraient procuré de plus nombreux trophées. Mais la plus grande supériorité numérique permise aux Autrichiens, toutes leurs forces réunies, était de 50 à 33; c'était juste assez pour leur donner une probabilité de succès appréciable ; dans ces conditions, séparer leurs forces de manière à ne plus pouvoir les réunir au moment décisif, était une faute signalée. — AfTaibli par ce fractionnement et aspirant cependant à une solution décisive, Wurmser en arrive à combattre, le 5 août, les 30,000 hommes de Bonaparte avec 25,000. La comparaison du moral des deux armées lui donnait-elle donc un espoir

La défense de Bonaparte.

La défeDse de Bonaparte, dans les circonstances où il se tronvait le 29 juillet, est un des plus beaux exemples qu'offre Fhistoire militaire.

Ne pouvant couvrir le siège, la décision qu^il prit le 30 (ou le 34 , on ne sait pas au juste) non seulement de le lever, mais de ne pas s'inquiéter de tout son parc de siège, cette décision avait le grand mérite de ne pas être une demi-mesure, laquelle eût été plus funeste que tout. La seconde résolution, repasser le Mincio pour attaquer avec toutes ses forces la colonne qui le menaçait à revers, était la plus simple et la meilleure ; il y joignait Tidée que l'autre colonne autrichienne le suivrait en passant le Mincio et lui fournirait l'occasion de la battre avec la même troupe qui venait de battre la première. Il est impossible de rien imaginer de mieux; d'une part, on recherchait un événement qui, s'il tournait bien, assurerait aux Français la possession de la Lombardie; d'autre part, on n'avait jamais à courir de grand danger ni à se montrer très audacieux, mais on était aussi prudent qu'on peut l'être en cherchant la vic^ toire.

Si, dans l'exécution, ces combinaisons n'apparaissent pas aussi Nettement et simplement qu'on le désirerait pour en concevoir la théorie, il ne faut pas, nous l'avons dit, y rien voir qui diminue le mérite de Bonaparte ; à la vérité, sa décision aurait pu être prise plus tôt et mieux préparée, mais il faut se dire qu'il n'avait pas encore passé par l'école de la grande guerre et ne s'était pas fait de doctrine pour les cas les plus

Seconde offensive de Wurmaer.

Bonaparte reste trois semaines sur TAdige.

Nous avons déjà montré au § 42 que Tarmée française avait besoin, à la Gn de ce second acte, d'attaquer les Autrichiens.

Dans un moment où deux armées exécutent des offensives entièrement distinctes, laisser la troisième inactive pendant X[ueique temps aurait été une faute capitale, car l'emploi simultané de toutes les forces est le principe de toute offensive stratégique.

Avant que Wurmser ne fît sa première attaque dans les plaines de la Lombardie, le Directoire ne voyait dans le mouvement de son armée d'Italie sur Trente et Bolzen qu'un alignement stratégique avec l'armée de Moreau, qui devait avoir son aile droite à Insprûck. Mais un pareil alignement n'a de signiQcation nette que comme symptôme de l'emploi simultané et uniforme des forces. Wurmser étant battu et rejeté sur le Tyrol, le Directoire, dans l'ivresse de ses victoires, n'y vit d'abord que la continuation de l'alignement avec une moisson plus abondante, une marche plus rapide vers le résultat ûnal.

Mais quand, au milieu d'août, il lui vint quelque inquiétude au sujet de ses affaires d'Allemagne, il aperçut enûn le nœud de la question : a 11 devient même instant, disaient-ils dans « une lettre non datée mais qui fut écrite entre le 15 et le 23, a que vous attaquiez Tennemi et que vous le chassiez devant a vous. L'armée de l'archiduc Charles, grossie de quelques Ai renforts, venue de la Galicie et de l'intérieur de l'Autriche,

« s'est crue assez imposante pour attaquer celle que commande ce le général en chef Moreau, et pour lui livrer entre Neresheim « et Donauwerth une bataille dont le succès, qui paraît avoir « été un moment douteux, s'est décidé en notre faveur. Si le a général Wurmser obtenait un instant de repos, il pourrait a détacher quelques troupes qui, jointes aux forces de Tarchi^ duc Charles, s'opposeraient aux entreprises de l'armée du « Rhin et la combattraient peut-être avec avantage » .

Le Directoire appuie donc sur ce point, que Bonaparte pénètre dans le Tyrol, gagne l'Inn, suive pied à pied l'armée de Wurmser, la bouscule et la détruise.

Bonaparte, lui, a un autre projet : il veut marcher sur Trieste, détruire la ville et le port, et de là menacer le cœur de la monarchie autrichienne.

Ce projet assez digne d'un Mongol est évidemment le fruit de sa prodigieuse exaltation et du sentiment qu'il n'a plus à craindre aucune armée autrichienne. Pour qu'une armée française marche sur Trieste, laissant Tennemi à Trente et à Venise dans des dispositions douteuses, il faut qu'elle soit dévorée par le désir de se mettre dans une mauvaise passe, et de se battre dans les conditions les plus dangereuses. Pendant que le moderne Attila eût marché sur Trieste, l'armée autrichienne pouvait déboucher par la vallée de la Brenta, le couper entièrement de sa base d'opérations, s'il ne voulait pas lâcher sa proie, et lui imposer, avec des forces supérieures, une bataille à fronts complètement renversés. A notre avis, elle pouvait faire mieux encore : se porter contre Moreau et réunie à l'archiduc écraser l'armée de Rhin et Moselle.

11 n'en est pas moins vrai que le plan de Bonaparte aurait pu avoir d'énormes conséquences. Les gouvernements savent rarement faire des sacrifices à propos, et se racheter d'un plus grand mal au prix d'un moindre. Les Autrichiens auraient tout organisé en vue de couvrir Trieste ; au lieu de songer à répondre par une autre offensive, ils auraient dirigé sur ce point toutes leurs forces disponibles pour finir par arriver trop tard et se faire battre en détail. Si l'on ne pensait pas à agir sur

BONAPARTE RESTK TROIS SEMAINES SUR L'aDIQE. 159

les derrières de Bonaparte par le Tyrol, celui-ci était sur la route de Laybach, en mesure de prendre une position mena* çante pour Vienne. Bonaparte proposait sans doute ce but à son activité, pour rester plus longtemps son propre maître.

Le Directoire rejeta ce plan, avec beaucoup de ménagements, il est vrai, mais à plusieurs reprises.

Cependant, jusqu'au commencement de septembre, il ne se produisit rien. Bonaparte, à qui on avait accordé 20,000 hommes de renfort provenant des armées des côtes ou des Alpes, voulait les attendre. Il rapporte à ce sujet qu'il y avait 15,000 malades dans son armée au bord de TAdige. Ajoutons à cela, d'après des lettres des généraux de division, que les troupes françaises étaient dans le dénuement le plus absolu en objets de toute espèce, surtout en effets d'habillement; et nous comprendrons très bien que Tarmée française ne se soit pas lancée immédiatement dans de nouvelles opérations. D'un autre côté, il n'y a pas à se dissimuler qu'en perdant ainsi trois semaines, elle passait le moment favorable, et que peut-être 25,000 hommes, suivant Wurmser sur ses talons, se seraient emparés du Tyrol et auraient jeté TefFroi en Allemagne. Nous disons (( peut-être », car le succès n'était rien moins que certain : il faut supposer une bien grande démoralisation chez des troupes pour qu'elles ne parviennent pas à se défendre, avec 40,0u0 hommes contre 25,000, dans un pays comme le Tyrol, qui fournit une milice de 7,000 à 8,000 hommes. En tout cas, les troupes restées dans le Tyrol auraient été occupées et empêchées de se porter au secours de l'archiduc (1).

Pendant les trois semaines qui s'écoulèrent du 7 août aux premiers jours de septembre, Bonaparte resta avec son centre, c'est-à-dire avec le gros de ses forces sous Masséna, à Rivoli ;

(1) Dans son ensemble, la critique de Glausewitz est parfaitement juste. Dans Texécution, le mouvement qu*il indique était difficile pour Wurmser, dès le 15 août. Moreau était entré en Bavière; on ne pouvait deviner qu*il serait aussi lent qu'il Ta été; il aurait dû arriver à Innsbrûck en quelques jours, et Bonaparte ne demandait qu*à Vy rejoindre. Que Wurmser remontât TAdige, et il allait peut-être se heurter à Moreau en ayant Bona-

Taile droite (Augereau) était à Vérone; l'aile gauche, (c'est-àdire la division Sauret, passée aux ordres de Vaubois) sur la rive occidentale du lac de Garde. La division Sérurier, passée aux ordres de Sabuguet, bloquait Mantoue, et Kilmaîne formait réserve entre le Mincio et TAdige.

A la fin d'aoûty les forces de Tarmée française étaient réparties comme il suit :

Division Vaubois , 11,000

— Masséna 13,000

— Augereau 9,000

— Sahuguel i0,000

Cavalerie sous Kilmaine 2,000

Total 45,000

parte sur ses talons. Il serait pris ou écrasé dans les gorges du Tyrol, après quoi les deux armées françaises seraient maîtresses de la situation en Allemagne.

L'idée du Conseil aulique, de ramener la guerre dans le Frioul, semble absolument judicieuse. Il reste une exécution défectueuse, dont Wunnser est responsable.

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