NOUVEAU PLAN OFFENSIF DES AUTRICHIENS
toute une armée à sauver, on avait les raisons les plus pressantes pour prendre ToiTensive.
Les Autrichiens décidèrent de diviser leur attaque en deux colonnes répondant aux emplacements de leurs forces. Le feldzeugmeistçr Âlvinzi, promu au commandement supérieur, s'avancerait par Bassano sur Vérone avec les 20,000 hommes réunis dans le Frioul. Davidovitch attaquerait son adversaire dans la vallée de TAdige, le refoulerait dans celle-ci jusqu'à la plaine, puis réuni à Alvinzi, ou du moins de concert avec lui, attaquerait Tarmée française.
Le plan d'opérations d'après lequel les deux colonnes devaient agir est exposé dans la relation autrichienne (1) de la façon suivante : « Le feldmaréchaUieutenant baron Davidovitch devait enlever Trente et la position de Calliano, sur laquelle il tiendrait jusqu'à la dernière extrémité, pour assurer le flanc du corps du Frioul et couvrir le Tyrol contre une nouvelle attaque des Français. — Le feldmaréchal-lieuteoant baron Quasdanowitch passerait la Piave pour marcher sur Bassano ; dès que le corps du Tyrol aurait pris Trente, il avancerait par Vicence jusqu'à l'Adige pour livrer bataille à l'armée française près de Vérone.
On recommanda d'une manière générale au feldmaréchallieutenant Davidovitch de mettre à profit toutes les circonstances favorables pour réaliser le plus tôt possible la jonction des corps du Tyrol et du Frioul. Il fallait, soit 1® amorcer la liaison en portant son aile gauche dans le val Freddo ou sur tout autre chemin convenable, puis renforcer celle-ci avec toutes les troupes qui paraîtraient superflues à droite ; soit 2^ la suivre avec toutes ses forces ; soit 3* descendre de Trente par la rive gauche de l'Adige; soit enfin, si l'ennemi avait négligé d'occuper le Monte Baldo, occuper la position de Madonna délia Corona et avancer par Rivoli sur la rive droite de
(1) Le combat de la Brenla, en 1796, dans VOesterreichische MUitdr ZeUichrifl^ année 48î8, 9« cahier, pages 222 et suivantes.
(Note de C auteur,)
194 CHAPITRE LIY.
TAdige. — Le feld maréchal comte Wurmser aurait pour mission de sortir de Maotoue avec toutes les troupes disponibles, de repousser le corps de blocus, de se porter sur les derrières de Farmée française, et de contribuer ainsi au succès de la bataille livrée près de Vérone, ce qui amènerait ensuite la délivrance de Mantoue.
Alvinzi, en prenant à la un d*octobre le commandement de l'armée, prescrivit plus exactement (1) que le 3 novembre le corps du Frioul attaquerait Bassano, et le corps du Tyrol Trente. Quand le premier aurait pris cette ville et passé la Brenta, Alvinzi attendrait de savoir du feldmaréchal lieutenant Davidovitch que Trente était pris aussi et la vallée de TAdige débarrassée de tout ennemi. C'est alors seulement qu'il voulait se porter sur TAdige pour le passer; du succès de cette dernière opération dépendait la jonction des deux corps impériaux, la délivrance de Mantoue et Theureuse issue de la campagne.
Nous ferons plus tard nos observations sur les idées qui forment le fond de ce plan ; pour le moment, continuons le récit des événements et montrons comment les choses se passèrent dans la réalité.
(1) Môme ouvrage, page 229.
Davldovltch bat le général Vaubois dans la vallée de TAdige.
Le général Davidovitch était à Neumarkt avec le gros de ses forces, ayant deux détachements avancés à Saint-Michel et Segonzano ; ses avant-postes étaient sur TÂvis à son confluent avec TAdige. Bonaparte voyait avec inquiétude que ce général pouvait repousser quelque peu Vaubois puis se réunir à Alvinzi par la vallée de la Brenta (1). Il pensa que le mieux à faire, pour éviter cette jonction, était de prescrire à Vaubois de chasser les avant-postes autrichiens de l'Avis et d'occuper Davidovitch par cette petite offensive. Mais, comme toujours, c'est le contraire qui se produisit. Au lieu de gagner du temps, il précipita par là Toffensive du général autrichien et, très probablement, la favorisa.
Combat de Saint^Michel et Segonzano, les 2 et 3 novennbre.
Le 2 novembre, le général Vaubois attaque les avant-postes autrichiens en deux colonnes. A Saint-Michel, sous le général Guyeux, les Français semblent avoir eu l'avantage ; mais à
(I) Cette explication est contraire à la vérité : Bonaparte a cru, au contraire, que Vaubois n'avait plus devant lui que des forces inférieures, qu*il pourrait les battre au point de les mettre hors de combat, puis envoyer 3,000 hommes de renfort à Masséna pour les opérations contre Âlvinzi. Prescrire à Vaubois d'attaquer un ennemi dont on aurait redouté la supé« riorité aurait été absurde.
Segonzano, sous Fiorelli et Vaubois eo personne, ils ne purent repousser Wukassovitch. Le lendemain, 3 novembre, Davidovitch arriva de Neumarkt avec le gros de ses forces et Vaubois dut se replier par Trente jusqu'à sa position de Calliano.
Combat c/e C&Hîmo, les 6 et 7 novembre.
Davidovitch le suit, mais ce n*est que le 6, trois jours après, qu'il trouve moyen de l'attaquer dans sa position (1). Ce jourlà, il ne peut pas avancer ; le combat est remis au 7 ; il ne réussit pas davantage au centre; sur la rive droite de l'Âdige, les postes de Nomi et Torbole, à la pointe septentrionale du lac de Garde, avaient été surpris dès le 6 et enlevés en infligeant des pertes sérieuses aux Français ; le 7, le général Ocskay réussit également à les chasser de la position de Mori. Vaubois fut ainsi contraint à commencer sa retraite sur Rivoli et la Corona, qu'il n'atteignit qu'avec peine le 8. Les pertes infligées aux Français dans ces combats désastreux comprirent, de leur propre aveu, six pièces de canon; elles ne furent donc pas aussi insignifiantes que le ferait supposer la lenteur des Autrichiens.
Après ce premier succès, Davidovitch s'arrête; il reste immobile à Serravalle jusqu'au 16. On lui avait probablement envoyé l'ordre de s'arrêter ; cependant il est impossible d'expliquer ainsi ces huit jours d'inaction, et on ne trouve pas l'ombre d'un éclaircissement (2).
(1) Il est d^usage de critiquer sévèrement les opérations de Davidovitch. Elles semblent cependant assez explicables. Il n*a pas voulu pousser trop vite Vaubois parce qu*il comptait le faire enlever par Laudon, débouchant de Torbole. Ce coup de main a bien failli réussir. Sans la perspicacité de Bonaparte, qui envoya Berthier à Vaubois juste à temps pour ramener sa division sur la rive droite de TAdige, les Français auraient peut-être éprouvé un désastre complet.
(2) Ici encore Timmobilité de Davidovitch semble bien naturelle : c'est la conséquence fatale des mouvements combinés. Si Davidovitch avait atteint Castelnovo avant qu*Âlvinzi ne fût engagé à fond contre Bonaparte, les Français l'auraient accablé dans le temps que le feldzeugmeister
DAYIDOYITCH BAT LE GÉNÉRAL YAUBOIS. 197
Combat de Rivoli, les 16 et 17 novembre.
Enfin, le 16, Davidovitch attaque en plusieurs colonnes les hauteurs de la Corona et les preud. Le 17, il attaque la position de Rivoli. Le général Vaubois était encore affaibli par le départ de la brigade Guyeux que Bonaparte avait rappelée à lui le 14 ; il ne devait plus guère lui rester que 6,000 hommes. Tourné de plusieurs côtés, il fut non seulement forcé de se retirer, mais encore perdit 12 canons et 1200 prisonniers parmi lesquels le général de brigade Fiorelli. Ce fut donc une défaite complète qui amena le général Vaubois le 17 aux environs de Castelnovo, où Davidovitch le suivit le 18.
Nous avons exposé tout d'une traite les événements qui eurent lieu sur TAdige, parce qu'il n'y eut de ce côté aucune allée et venue du gros des troupes françaises ; de l'autre côté, au contraire, il est commode d^avoir les mouvements de Davidovitch sous les yeux pour suivre ceux de l'armée principale autrichienne.
aurait passé TAdige, puis 8fe seraient retournés contre Alvinzi. Ce n'est que le 16, Bonaparte étant à Ajcole aux prises avec la principale armée autrichienne, que Davidovitch peut se risquer. Le seul responsable de rinertie de Davidovitch, c'est celui qui a ordonné Toffensive combinée par le Tyrol et le Frioul.
Alvlnzi se porte sur Vérone.
Alvinzi avait passé la Piave le 2 novembre avec son gros à la Campanna, sur la route de Sacile à Bassano; le 5, il s'avança sur la Brenta en deux colonnes, Tune sous Quasdanowitch vers Bassano, l'autre sous Provera, vers Citadella.
Masséna s'était retiré le 4 novembre sur Vicence par ordre de Bonaparte. Augereau entra le 4 à Montebello ; il ne restait sur la Brenta que des arrière-gardes. Elles furent délogées le 4 par les Autrichiens. Provera flt passer son avant-garde sous Liptay à Fontaniva; lui-même alla jusqu'à Citadella; l'aile droite vint jusqu'à Bassano. On ne connaît pas exactement la situation de l'armée française le 5. Bonaparte se porta sans doute avec Augereau et la réserve par Vicence sur Bassano, à côté de Masséna qui se portait sur Fontaniva.
Le 4, en s'éloignant de l'Adige, Bonaparte avait appris l'échec de Vaubois le 2 et le 3; le 5, il savait sa retraite sur Calliano ; il résolut cependant (1) d'essayer une attaque sur Alvinzi, comptant que Vaubois ne serait pas chassé des montagnes avant trois ou quatre jours. L'aile droite autrichienne resta à Bassano sur la rive gauche de la Brenta.
(1) C'est précisément à cause de Téchec de Vaubois que Bonaparte attaque Alvinzi. Il espère attirer de ce côté les forces autrichiennes. L'opération sur Bassano, d'après les témoins oculaires, était une diversion en faveur de Vaubois. On avait laissé les deux entrées du couloir de la Brenta aux mains des Autrichiens ; il fallait les empêcher de s'en servir pour se concentrer vers Trente ou vers Bassano.