‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 54 sur 75 · BATAILLE D'ARCOLE · texte numérisé non relu

BATAILLE D'ARCOLE

d'où Ton pouvait agir également dans le flanc des Autrichiens engagés sur l'autre.

Le général Robert, cédant à la supériorité numérique des Autrichiens du côté d'Arcole, se replia sur la division Augereau avec une partie de ses troupes, pendant que le reste était refoulé sur le pont de Ronco. Les Autrichiens tombèrent ici aux mains des réserves disposées par Bonaparte. La 32^ s'élança de son embuscade dans le flanc gauche de la colonne autrichienne ; les bataillons tenus sur la digue de Porcil tombèrent dans son flanc droit. Attaquée ainsi de tous les côtés, cette colonne, qui pouvait compter 2,000 hommes (Bonaparte dit 3,000 Croates), céda au nombre et à l'excellence des dis-^ positions, et se retira sur Arcole, réduite probablement de moitié, ou du moins après avoir subi de grosses perlés.

Pendant que ces événements se passaient sur les deux chaussées, Augereau avait attaqué l'aile gauche autrichienne. Elle occupait une position assez avantageuse à quelque 4000 pas de l'Alpon, sa droite s'appuyant à Arcole, sa gauche à un marais ; son front couvert par l'Alpon et par un terrain coupé de canaux et en partie encore marécageux. D'après la relation autrichienne, l'attaque d'Augereau aurait quelque peu surpris Alvinzi, et l'aurait décidé à se retirer ; le mouvement en avant de son aile gauche n'aurait eu pour but que de gagner le temps de rallier à Villanova les troupes détachées sur Vérone. Quoi qu'il en soit, la position autrichienne était si forte, qu' Augereau fut longtemps sans rien pouvoir entreprendre contre elle. Il y avait bien encore, entre le marais qui couvrait son flanc gauche et l'Adige, un chemin qui contournait le marais, mais on ne pouvait aventurer une colonne sur un chemin si dangereux; Bonaparte eut l'idée d'ordonner à un ofGcier et à 25 de ses guides de se glisser par là; il leur prescrivit, quand ils seraient arrivés sur le flanc gauche des Autrichiens, d'attirer l'attention à grand renfort de trompettes aûn de se faire prendre pour une cavalerie nombreuse. Bonaparte prétend avoir ainsi efl'rayé les Autrichiens et les avoir décidés à la retraite; mais une ruse comme celle-là réussit

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mieux sur le papier que sur le champ de bataille, et quand ou s*en prend à de grandes masses, elle ne peut passer que pour une plaisanterie. Il faut bien plutôt attribuer la retraite des Autrichiens i leur situation générale, et à la nouvelle qu'une colonne arrivait de Legnago.

Alvinzi voyait ses colonnes battues sur les deux digues, Augereau qui l'attaquait après avoir passé TAlpon, et des troupes qui arrivaient de Legnago dans le flanc des Autrichiens : il se décide donc, vers deux heures de Taprès-midi, à se retirer sur Villanova. Masséna qui entre-temps s*est rabattu sur Arcole, traverse ce village, fait poursuivre les Impériaux sur Villanova, et fait sa liaison avec Augereau. Les Français prennent position, la gauche à Arcole, la droite à Saint- Giorgio; les Autrichiens sont à Villanova.

Les pertes des Autrichiens, dans cette bataille de trois jours, sont évaluées par les Français à 7,000 ou 8,000 morts, blessés et prisonniers. Il y en a peut-être 2,000 de trop. Celles des Français n'ont pas dû être beaucoup moindres. *

Considérations sur la bataille d'Axcole.

Nous n'avons employé, pour cet exposé sommaire de la bataille, que les récits de Jomini et du général Neipperg, ainsi que les rapports originaux de Bonaparte et de Berthier, et nous avons coordonné ces éléments de manière que Tensemble présentât autant de suite que possible. Nous sommes donc loin de croire que notre exposé soit absolument véridique ; quand les données sont si rares et si confuses, la confrontation la plus soigneuse ne préserve pas de toutes les erreurs; et aurait-on beaucoup plus de discernement que nous ne pouvons en avoir, qu'on ne serait pas à Tabri des erreurs. — Nous espérons bien moins encore que le développement de Faction, tel que nous l'avons exposé, paraîtra tout à fait naturel et raisonnable. Nous Tespérons d'autant moins qu'il y reste une foule de choses, par exemple l'emploi de brigades et de divisions entières sur de simples digues, que nous trouvons nousmème incompréhensibles. Le sol n'était probablement pas aussi impraticable en dehors des digues qu'il l'a été en Hollande lors des inondations de 1672 et 1787; il devait être ferme par places. On ne peut résoudre la question qu'avec un plan très détaillé ou par une reconnaissance personnelle de la région. Le plan que donne le général Jomini, et qui a servi de base à notre description, est très insufQsant et plus propre à compliquer qu'à éclaircir la queslion.^ Du reste, pour que dans l'ensemble les combats se soient développés ainsi que toutes les relations le racontent, il faut bien que le terrain Tait permis ; cela/ nous pouvons en être sûrs.

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Il en est tout autrement des résolutions adoptées par les deux généraux. Elles ont pu être çà et là quelque peu oiodifiées par des circonstances particulières dont il ne reste plus trace, mais dans leurs grandes lignes, elles ont dû résulter de la situation générale ; c'est un besoin naturel de notre esprit que de concevoir une connexion logique entre la situation et les mesures adoptées.

Nous avons déjà remarqué, au cours du récit, qu'on pouvait trouver le plan de Bonaparte pour le 45 assez naturel, pourvu qu'il n'eût pas à craindre qu'on Tempêchât de déboucher des marais. Il peut toujours paraître audacieux, mais ce qui est audacieux n'est pas forcément déraisonnable.

On conçoit que Bonaparte n'ait pas osé, dans les circonstances où il se trouvait, s'engager uniquement sur la digue de Porcil, ou s'avancer sur celle de la rive droite de l'Alpon sans tenir Ârcole. On s'explique ainsi ses combats furieux pour la possession d'Arcole : après avoir d'abord méconnu l'importance de ce point, il en était venu à s'apercevoir qu'un mouvement par Âlbaredo était préférable, mais il n'était plus temps de le faire. La retraite du 15 au soir serait encore assez compréhensible, n'était la résolution de reprendre le 16 une attaque identique, laquelle aurait forcé Bonaparte à conserver les points conquis.

Quant à l'attaque du 16, en tout point semblable à celle du 15 (i), pourquoi aurait-elle donné de meilleurs résultats? Et si elle donnait le même résultat, elle laissait Bonaparte dans la même situation. Si cette situation ne paraissait pas si mauvaise au général français, pourquoi commençait-il par l'abandonner le soir ? Trouvait-il dangereux de passer la nuit dans cette situation et espérait-il s'emparer d'Arcole de bonne heure le 1 6 ? L'un est aussi peu rationnel que l'autre.

L'explication la plus naturelle et la plus simple de cette

(1) 11 ii*y a pas eu d'attaque, le 16, de la part des Français. lU se sont portés au-devant de rennemi quand celui-ci eut attaqué leurs avant* postes. La critique de Clousewitz n'est donc pas fondée.

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