‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 57 sur 75 · BONAPARTE SE TOURNE CONTRE DAVIDOVITCH · texte numérisé non relu

BONAPARTE SE TOURNE CONTRE DAVIDOVITCH

reau; afln d'appuyer cette démonstration, il rebroussa luimême le 20 sur Villanova. Au su de ce mouvement, Bonaparte revint immédiatement à Vérone, sur quoi Alvinzi jugea bon de se retirer derrière la Brenta.

Le 23 novembre, Wurmser fît enfin une tentative de sortie; elle ne pouvait naturellement pas réussir, puisque les colonnes qui étaient venues pour le délivrer s'étaient retirées depuis longtemps ; les Français avaient déjà renforcé à nouveau le corps d'investissement, qui avait été affaibli pendant la période de crise.

Ainsi se termina la troisième tentative faite pour délivrer Mantoue. La crise passée, les deux partis se reposèrent. Les Autrichiens prirent position derrière la Brenta, l'aile gauche à Padoue, l'aile droite à Trente.

Bonaparte reprit son ancienne position sur l'Adige.

Considérations.

C'est ici que vont trouver place nos considérations sur le quatrième acte de la campagne.

Cette troisième attaque des Autrichiens était commandée l)ar les circonstances; nous Tavons déjà montré (chap. 54). Wurmser s'était jeté dans Mantoue avec 46,000 hommes; eu admettant qu'il y en eût seulement 12,000 de trop pour la défense, et qu'on les en fît sortir en rompant Tinveslissement, ce n'était pas à dédaigner, aussi bien pour ce que ces troupes valaient en elles-mêmes, que pour l'honneur des armes. La situation était réglée en Allemagne, et, ce qu'il y avait de plus urgent pour le moment, c'était d'envoyer en Italie tous les renforts disponibles, afin de délivrer le corps de Wurmser qui souffrait déjà de la faim. Voilà un des objets de l'offensive autrichienne ; mais il était naturel qu'on ne s'en tînt pas là, et qu'on cherchât une victoire décisive sur Bonaparte; on eût ainsi non seulement dégagé Mantoue, mais reconquis toute la haute Italie. Il était d'autant plus utile de chercher une pareille victoire, que le pape, comptant sur l'appui de TAutriche, continuait ses armements et qu'on ne pouvait pas le planter là. Les troupes que les Autrichiens pouvaient rassembler pour cette offensive s'élevaient, nous l'avons vu, à 48,000 hommes. Les Français pouvant, grâce à leur manière de bloquer Mantoue et à l'inertie de Wurmser, disposer de 30,000 hommes pour les opérations en rase campagne, les Autrichiens étaient supérieurs dans le rapport de 4 à 3 ; c'eût

été une assez forte garantie de succès si les généraux et leurs armées avaient eu un moral équivalent de part et d'autre ; étant donnée la supériorité morale des Français, cette proportion numérique ne donnait qu'une faible chance de succès. D'autre part, les renseignements sur l'ennemi, ne Voublions pas, font toujours juger ses forces plus nombreuses qu'elles ne sont en réalité ; il y a donc lieu de s'étonner que lé gouvernement autrichien ait compté sur un succès décisif et éclatant dans cette troisième offensive. Les gouvernements commettent souvent de ces erreurs, parce qu'ils ne voient pas assez l'importance des causes générales ; ils se laissent toujours raconter par les généraux et autres rédacteurs de rapports, que les mauvais résultats sont dus à telle faute isolée facile à éviter, tel hasard malheureux qui ne se reproduira pas. Ils conçoivent donc de nouvelles espérances quand il n'y a pas lieu ; ils se remettent en mouvement pour tenter la fortune encore une fois, au lieu de s'occuper d'abord d'améliorer leur situation, et de reprendre leur opération comme une œuvre bien préparée et non comme une affaire de chance. Un changement de personnes dans le commandement fait concevoir aussi de grandes espérances, et Ton ne se demande pas si le nouveau général est un homme d'une autre espèce que les précédents. 11 y avait pourtant lieu de le faire, si l'on voulait compter sur un succès décisif après une série de malheurs de tout genre ; ce ne sont pas des nuances dans le tempérament qui changeront beaucoup le résultat. Beaulieu, Wurmser, Alvinzi étaient évidemment des hommes de même espèce, et il n'était pas raisonnable de croire que la personnalité de l'un ou de l'autre fournirait un appoint capable de faire pencher la balance.

Nous concluons de là que les Autrichiens n'avaient guère lieu d'espérer une victoire décisive ni la conquête de la Lombardie. C'est ici un point capital en stratégie, car les questions stratégiques ont d'autant plus d'importance qu'on aborde des régions plus élevées. Si le gouvernement autrichien s'en était tenu à un raisonnement bien simple et bien clair, comme

des Français, si toute l'armée autrichienne avait évacué leur pays. Les Autrichiens pouvaient laisser, par exemple, 3,000 hommes dans le^ Tyrol, sous un général connu; en les joignant aux 8,000 hommes de milice, on formait un corps auquel les Français étaient bien obligés d'opposer quelque chose, et dont ils ne pouvaient évaluer exactement la force. En répandant de plus le bruit que 10,000 hommes de l'armée du Rhin allaient passer dans le Tyrol, les Autrichiens rassuraient les habitants, et d'autre part les Français n'étaient pas à même de discerner l'exacte vérité.

Sur les 20,000 hommes de Davidovitch, on pouvait donc en prélever 15,000 pour Jes porter dans la plaine, où on aurait rassemblé ainsi une force de 43,000 hommes. Il n'était pas nécessaire, il était même mauvais, de faire cette réunion par la vallée de la Brenta, car Bonaparte pouvait s'interposer entre les deux colonnes â Bassano. Pour un jour ou deux de plus qu'eût demandé cette jonction, ce n'était pas une affaire.

Nous avons assez parlé de la division des forces. On objectera que Bonaparte avait un point bien déterminé à couvrir, à savoir Mantoue ; il est plus commode, en pareil cas, d'avoir affaire à un agresseur unique, car le défenseur n'a qu'à s'interposer entre lui et l'objectif. Si au contraire les forces de Tassaillant sont divisées, il faut aussi que le défenseur divise les siennes ; on livre plusieurs combats en des points différents, et le défenseur a l'inconvénient d'être obligé de vaincre partout pour remplir sa mission ; l'assaillant, au contraire, n'a besoin de vaincre qu*en un point; il a donc beaucoup plus de chances de réussir.

D'après cela, dans le cas présent, l'attaque en plusieurs colonnes eût quelque peu relevé la probabilité du succès. Mais les circonstances et la zone de manœuvre très favorable dont disposaient les Français s'opposaient sérieusement à ce qu'on profitât de cet avantage.

Il y a deux principes fondamentaux à observer dans l'organisation d'une offensive multiple.

Le premier, c'est que chaque colonne doit agir indépendamment, c'est-à-dire livrer bataille pour son compte; le plan ne comportera donc pas de réunion avant la bataille, et chaque pas de Tune des colonnes ne dépendra pas de l'autre; le second, c'est que les colonnes doivent s'avancer par les chemins les plus écartés qui existent entre leur base et leur objectif.

Le premier principe assure le salut de toute attaque multiple ; il est souverainement déraisonnable, et par suite généralement funeste, que des colonnes séparées agissent en se préoccupant l'une de l'autre, alors que leur situation rend si difficile, pour ne pas dire impossible, qu'elles se donnent de leurs nouvelles.

L'unité d'action ne réside que dans la communauté d'objectif. Cet objectif, il faut que chacune d'elles le poursuive par son chemin propre, non pas follement, aveuglément, sans réflexion, car il ne faut jamais agir ainsi à la guerre, mais, du moins, avec cette persistance dans l'effort qu'exige toute action une fois lancée, et dont on n'est plus maître. Que chaque général fasse ainsi, de son côté, tout ce que sa situation lui permet; il est, certes, par le fait même que l'attaque est multiple, en grand danger d'être battu à plates coutures ; mais Tinfluence de chaque défaite sera aussi faible que possible sur le résultat général, et, ce qu'on aura perdu d'un côté, on le retrouvera très probablement de l'autre. Nous disons « très probablement » parce que nous avons supposé que la tâche entreprise convenait surtout à une attaque en plusieurs colonnes.

Pour satisfaire plus facilement à ce premier principe, nous demandons, au nom du second, la plus grande distance possible entre les deux colonnes ; il est clair que chacune d'elles sera d'autant plus indépendante qu'elle sera plus éloignée de l'autre et de son ennemi; de plus, le défenseur ne peut manœuvrer en lignes intérieures par une navette vertigineuse de sa masse centrale, que si les dislances n'en sont pas par trop grandes.

Essayons d'appliquer ces principes à l'attaque contre Bonaparte sur TAdige, et nous trouverons que les circonstances particulières s'opposaient à l'une et à Tautre.

D'abord, la zone de manœuvre des Français est d'une force tout exceptionnelle. Elle n'est nullement enveloppée par la base de l'assaillant; si nous faisons abstraction, pour un instant, de la route qui longe le lac de Garde à l'ouest, son développement de Peschiera par Vérone et Legnago n'est que de neuf milles, c'est-à-dire bien peu de chose. On ne peut pousser une attaque en aval de Legnago, parce que de nombreux cours d'eau viendraient l'embarrasser et rendraient sa retraite sur le Frioul très précaire. Sur ce front, déjà étroit, se trouvent encore les places fortes de Vérone et Legnago qui ne peuvent pas être assiégées tant qu'il y a un corps ennemi derrière elles. L'accès de l'Adige est gêné en partie par des marais, comme en amont de l'Alpon; le fleuve lui-même ne peut être franchi sans ponts de bateaux. On trouve encore, entre l'Adige et le Mincio, 5 ou 6 petits cours d'eau parallèles, comme le Tartaro, le Tione, la Molinella, dont les bords sont en partie marécageux et qui peuvent être facilement défendus. La route qui descend du Tyrol, le long de l'Adige, est barrée d^un côté par la Chiusa, de l'autre, par la position de Rivoli ; et ces points, môme après avoir été enlevés, constituent toujours un défilé qui peut être intercepté par une troupe détachée de Vérone, en arrière de l'assaillant ; la retraite de celuici se trouve alors coupée, ou peu s'en faut.

Ainsi, une colonne autrichienne qui aurait enlevé la position de Rivoli ne peut guère s'aventurer que jusqu'à Castelnovo, tant qu'elle court le risque de rencontrer des forces supérieures; qu'elle soit battue par celles-ci en continuant son mouvement sur Mantoue, et l'ennemi aura eu le temps de se porter de Vérone sur le haut Adige ; comme on ne peut pas se retirer par le Monte Baldo avec de l'artillerie et qu'il faut ramener l'infanterie elle-même sur l'Adige par un détour, un corps à qui on a coupé la route de la vallée sera facilement contraint à poser les armes. Si donc une colonne autrichienne

continue sa marche sur Mantoue tant que rien ne Tarrête, elle s'expose à de grands dangers.

Nous voyons, en outre, que le second principe n'est pas applicable, car le passage sur TAdige ne peut avoir lieu qu'en amont de Legnago ; or on y serait tellement près de la gauche française, si elle s'était retirée sur Casteinovo ou Villafranca, que le général français pouvait y aller et en revenir avec sa masse centrale avant que la colonne dirigée sur Legnago n'eût ie temps de passer, de se frayer un chemin jusqu'à Mantoue en franchissant tous les autres petits cours d'eau, et de battre le corps d'investissement.

On peut avoir l'idée de faire passer la colonne du Tyrol non par la vallée de l'Adige, mais par la rive occidentale du lac de Garde ; mais alors, de deux choses l'une : ou bien on tiendra en même temps la vallée de l'Adige, ce qui laisse une partie des forces inutilisées pour l'attaque, ou bien la retraite de cette colonne sera très compromise, et, de toute façon, la séparation par le Mincio ne sera réalisée qu'au profit de la défense.

Ces considérations font donc écarter toute idée d'attaque en plusieurs colonnes; elles amènent à rassembler les forces le plus possible, et cela d'autant mieux qu'on tiendra plus à la seconde partie de la tâche, a la victoire décisive.

Prenons en considération, en outre, les qualités des deux armées et de leurs chefs, l'habileté et la résolution du général français, la rapidité foudroyante de ses mouvements, l'endurance inouïe de la troupe, l'habitude de la victoire, la confiance en soi et dans la fortune qu'avaient l'armée et son chef; on n'en sera que plus convaincu que les Autrichiens auraient dû adopter les dispositions les plus simples, car celles-ci ne visent guère que le succès dans la bataille décisive, et il est clair que si: les troupes autrichiennes pouvaient équilibrer dans une certaine mesure les avantages de toute sorte qu'avaient les Français par d'autres qui leur fussent propres, ce ne pouvait être que dans une grande bataille où de grandes maisses de troupes auraient été engagées.

' L'auteur du plan d'opérations autrichien pouvait faire toutes ces réflexions ; il n'aurait pas Compté simplement sur la complication du plan et l'agencement de ses parties pour augmenter ses forces ; c'est un résultat qui ne se produit jamais, à moins de circonstances très particulières; son plan aurait alors consisté à rassembler une armée de 40,000 hommes dans la plaine d'Italie, pour se porter contre Bonaparte ; il lui aurait arraché la victoire dans une bataille simple mais vigoureuse et soutenue jusqu'au dernier homme. Nous disons une bataille simple, parce que nous tenons cette appellation pojr éminemment stratégique. Nous entendons par là une bataille qui n'a en vue que la victoire pure et simple, qui ne cherche pas à augmenter le succès par des combinaisons, par de grands mouvements tournants, etc.; cette augmentation du succès n'a jamais lieu qu'aux dépens do sa certitude ; et celleci n'était déjà pas trop grande ici.

Du reste, dans ce cas, une victoire simple remplissait parfaitement tous les objets, car Bonaparte, une fois battu, on ne pouvait manquer, en apportant l'énergie voulue à exploiter le succès, de délivrer Mantoue et de reconquérir le Milanais.

Nous n'entendons point ici que la bataille aurait dû être à fronts parallèles, car, à notre avis, ce n'est pas la forme qui donne le plus de chances de vaincre. Nous nous perdrions ici dans une discussion tactique qui sort de notre sujet, si nous voulions nous expliquer davantage sur ce point; tenons-nousen à cette remarque, faite simplement pour écarter toute fausse interprétation.

Les Autrichiens ayant résolu de descendre du Tyrol dans la plaine en deux colonnes, voyons comment ils ont compris l'exécution, pour la comparer avec celle qui fût résultée de nos principes.

Ils ont agi manifestement à l'encontre de ceux-ci.

Âlvinzi cherche à se rapprocher le plus vile possible de Davidovitfh, et, quand il arrive près de lui, il est à bout de forces. Vérone, l'Adige et l'armée française les séparent; chacun d'eux attend l'autre, et personne ne comprend com-

ment ils auraient pu se tirer d'affaire. On voit parfois de petits insectes, qui, inquiets, font quelques pas en courant, puis restent immobiles quelques instants, et dont la faible et confuse intelligence ne pourrait pas expliquer le pourquoi de l'un ni de l'autre: telle fut la marche hésitante de Davidovitch et d'Alvinzi. Enfin, Alvinzi passe de son offensive à une espèce d'hésitation, qui ne pouvait rien donner de bon. Il est réduit à la défensive ; sûr de son sort comme le spadassin vaincu sur qui le glaive est suspendu et va infailliblement s'abattre, il reste indécis et laisse son adversaire tourner autour de lui jusqu'à ce qu'il ait trouvé le défaut de la cuirasse.

D'après nos principes, Alvinzi aurait dû se porter sur Legnago par Padoue et il aurait fallu que son arrivée à Legnago coïncidât à peu près avec la prise de Rivoli par Davidovitch. Tous deux devaient prendre Mantoue pour but de leurs opérations et avancer avec la dernière énergie tant qu'il leur resterait un espoir de vaincre. Cette prescription bien simple était la seule pratique, et, si elle faisait courir des dangers, elle donnait du moins en échange quelques chances de réussite qu'on n'avait pas autrement.

Supposons d'abord que la masse centrale de Bonaparte fût victorieuse quoi qu'on Rt ; il pouvait se présenter les cas suivants:

1® Les deux colonnes auraient été battues l'une après l'autre par le gros des forces françaises.

Dans ce cas, l'opération était manquée. Pourtant, il était bien différent que le premier battu fût Alvinzi ou Davidovitch.

Etait-ce Alvinzi et se trouvait-il hors d'état de faire quelque chose pour aider à la retraite de Davidovitch, celui-ci se trouvait, nous l'avons déjà montré, dans une très mauvaise situation, et pouvait être contraint de poser les armes.

Au contraire, si Davidovitch était le premier battg, le corps d'Alvinzi, intact, suffisait à assurer la retraite, car Bonaparte n'avait pas de temps à perdre pour se porter contre Alvinzi.

CONSIDÉRATIONS. 24i

2^ L'un des généraux pouvait être battu, pendant que l'autre délivrait Mantoue.

Il y a encore ici une distinction assez importante à faire.

Supposons Alvinzi battu et Davidovitch à Mantoue, ce dernier n'avait d'autre ressource, après avoir rallié Wurmser, et porté ainsi son effectif à 30,000 hommes, que de se retirer par Governolo, soit pour rejoindre Alvinzi à Castel Baldo, soit pour se tourner, comme pis aller, vers Ferrare, comme l'empereur lui-même le prescrivit ultérieurement à Wurmser.

Était-ce, au contraire, Davidovitch qui essuyait la défaite, Alvinzi réuni à Wurmser pouvait attaquer le gros des forces françaises engagé contre Davidovitch, et livrer une seconde bataille, entre TAdige et le Mincio, dans des circonstances favorables.

Nous voyons donc que, dans l'un ou l'autre cas, il était toujours plus avantageux pour les Autrichiens que Bonaparte portât d'abord sa masse centrale sur Davidovitch : celui-ci faisait une espèce de diversion ; il ne fallait cependant pas que cela conduisît à lui donner trop d'avance sur Alvinzi ou à ralentir ce dernier ; l'essentiel, quand on marche en plusieurs colonnes, est d'agir constamment rf'accorrf(l).

Nous voyons donc qu'avec nos dispositions, il pouvait se présenter deux cas principaux : il y en avait un où les Autrichiens manquaient leur but, mais il en restait un, du moins, où ils arrivaient à délivrer Wurmser ; et, même si les Français étaient vainqueurs, il restait aux Autrichiens une chance d'atteindre la première partie de leur desideratum.

II reste bien trois cas qui ne rentrent pas dans la discussion que nous venons de faire : 1® d'abord, une des colonnes pouvait dégager Wurmser, pendant que l'autre avait la chance d'être assez habile pour éviter la bataille ; 2* le gros de l'armée française pouvait être battu; 3® Bonaparte pouvait empêcher

(1) C'est assez difficile à concilier avec le principe fondamental énoncé plus haut, que les diverses colonnes doivent agir d'une manière absolument indt^pendante, et sans se préoccuper Tune de l'autre.

Tune et l'autre colonne de rallier Wurnaser, mais sans s'opposer à leur jonction avant la bataille décisive.

De ces trois cas, le premier augmente les chances de succès ; on atteint le premier objectif sans le payer d'une défaite, et on a le moyen d'atteindre ensuite le second : la victoire sur Bonaparte.

Le second cas est plus avantageux encore ; il revient à atteindre les deux buts.

Le troisième cas est tout au moins un très bon acheminement vers le succès complet; il comporte une bataille que les Autrichiens livreraient à Bonaparte avec toutes leulrs forces réunies sous les murs de Mantoue.

Nous concédons volontiers que ces trois derniers cas étaient peu probables ; pourtant, on ne peut pas les exclure complètement de la discussion.

En résumé, nous croyons avoir montré que, s'il fallait absolument que l'offensive des Autrichiens se fît en deux colonnes, les dispositions déduites de nos principes auraient toujours donné la perspective d'un succès plus ou moins grand ; au contraire, celles qu'adoptèrent les Autrichiens étaient sans issue.

. Nous avons supposé dans cette discussion que Bonaparte resterait dans sa zone de manœuvre entre l'Adige etleMincio, parce que nous pensons que c'était la meilleure conduite à tenir. Mais, que Bonaparte commit la faute (qu'il commit en réalité) d'aller assez loin au-devant des Autrichiens, jusqu'à la Brenta, par exemple, Alvinzi n'avait aucun avantage à le pousser énergiquement ; son intérêt était, au contraire, de rester le plus longtemps possible loin de Mantoue, car Davidovitch pouvait alors dégager la place sans grand danger; Alvinzi pouvait perdre une bataille contre Bonaparte sans empêcher Davidovitch de délivrer Wurmser et de rentrer ensuite dans le Tyrol. Bonaparte se porta en réalité le 5 jusqu'à Bassano, au-devant des Aulrichiens, mais, le 6, il reconnut son erreur et revint vivement à Vérone.

CON SIDÈRATION S . 243

La direction de Vérone paraît avoir été choisie par le général autrichien dans la conviction que Bonaparte se Telirait tout à fait, ou s'était porté en masse contre Davidovitch. Dans le premier cas, Alvinzi voulait se réunir le plus tôt possible à Davidovitch, ce qui était alors assez indifférent; dans le cas contraire^ il espérait amener Bonaparte à se retirer en enlevant Vérone ou en passant TAdige près de cette ville. Quelle folle espérance ! Mais les Autrichiens ont toujours commis la même faute dans cette guerre; ils ont été plus préoccupés d'exploiter que d'acquérir ; leur plan était conçu eo vue de ce qu'ils entreprendraient à la suite de la victoire, plutôt que de la victoire même. L'enveloppement complet d'un général, c'est sa perte s'il est vaincu ; mais, tant qu'il ne l'est pas, il n'en résulte rien, si ce n'est peut-être quelque avantage pour lui ; ou bien alors, c'est que son armée est d'un tempérament particulièrement faible, ou déjà ébranlée par quelque terreur panique. Les Autrichiens ne saisissaient pas cette différence et ne reconnaissaient pas l'influence du facteur moral ; aussi visaient-ils toujours au delà du but avec aussi peu de mesure.

Combien il eût été plus naturel qu'Ai vinzi, arrivé à Villanova, au lieu de marcher sur Vérone, tournât à gauche, sur Albaredo, pour franchir brusquement l'Adige. Le voyant sur la rive droite de l'Adige, Bonaparte ne pouvait guère s'en éloigner; Davidovitch pouvait pousserjusqu'auprès de Villafranca, et c'est là plutôt qu'à Vérone qu'on pouvait songer à se réunir avant la bataille.

La conduite de Bonaparte nous paraît beaucoup moins admirable dans ce 4* acte que dans les trois précédents.

La marche sur Bassano était une erreur complète, l'attaque du 6 une demi-mesure; celle du 12, àCaldiero, ne valut guère mieux, car il est peu admissible que l'on ne pût prendre la position autrichienne, en flanc, d'aucun côté ; la marche sur Ronco aurait pu être quelque chose de sublime, et elle entraîna Bonaparte dans les difTicultés les plus graves. Quant à la bataille d'Arcole, nous en avons déjà parlé.

Si, malgré tout, il sortit encore vainqueur de la lutte, il le dut au plan et aux dispositions compliquées des Autrichiens, puis à son courage et à son opiniâtreté, mais point à son habileté. Aussi, la victoire fut-elle simplement négative et ne procura-t-elle aucun trophée ; les Autrichiens renoncèrent à leur projet, mais prirent position derrière la Brenta.

Deuxième offensive d'Alvinzi Situation politique.

La bataille d'Arcole flnit le 17 novembre; la victoire de Rivoli, qui termina le S* acte de la campagne, eut lieu le 14 janvier ; il y eut donc, entre elles, un intervalle de deux mois environ, pendant lequel la paix régna dans le théâtre d'opérations d'Italie.

Ce repos s'explique aisément de la part de Bonaparte. Il à les mêmes raisons qu'après la bataille de Bassano pour ne rien entreprendre en dehors du blocus de Mantoue, Les Autrichiens employèrent ce repos à renforcer encore leur armée. Ce n'est qu'après ce laps de temps qu'ils eurent achevé leurs préparatifs; leur armée fut remise sur le pied de 40,000 hommes environ, comme dans la première offensive d'Alvinzi, de sorte que les renforts n'ont guère dû dépasser les pertes, et furent de 8,000 à 10,000 hommes.

La tranquillité du théâtre d'opérations le lui permettant, Bonaparte se remit à s'occuper de la situation politique de l'Italie.

D'une façon générale, le Directoire désirait vivement la paix, car la nation la voulait, et lui-même avait besoin de consolider son gouvernement. Il montrait par conséquent beaucoup d'appréhension a s'engager le moins du monde envers les provinces italiennes au sujet de leur indépendance ; il pensait à les rendre à l'Empereur en échange de la Bel-

gique. Il ne pouvait pas davantage en offrir d'avance une partie à la Sardaigne pour prix d'un contingent, ou au duché de Parme, pour conclure une alliance offensive avec TEspagne.

Bonaparte pensait là-dessus plus hardiment. Il ne croyait pas la paix si nécessaire ; il souhaitait que Tarmée française fût renforcée de 10,000 Espagnols et 10,000 Piémontais, et croyait aussi qu*on pouvait avoir les 10,000 Albanais levés par Venise. On pourrait dès lors faire la paix dans des conditions bien plus favorables. Il pensait, du reste, qu'il n'y avait pas besoin de concessions pour acheter l'alliance des deux royaumes ; il suffisait largement de garantir le maintien ultérieur des gouvernements de Turin et de Parme, qui n'avaient de recours qu'en l'alliance française, et de calmer les intrigues révolutionnaires. D'ailleurs, il répondait à ceux qui voulaient républicaniser toute l'Italie, et aux yeux de qui une alliance monarchique était un acte rétrograde, que la Sardaigne ne tiendrait pas longtemps entre les répubUques ligurienne, cispadane, lombarde et française, et qu'on pouvait laisser sa chute se produire parla force des choses, sans en faire un acte politique de la France. « L*jalliance de la France avec la Sardaigne, c'^st un géant qui embrasse un pygmée ; s'il l'étouffé, c'est contre sa volonté, et par le seul effet de la différence extrême de leurs organes. » Mémoires de Napoléon^ tome III, page 348.

C'est en pensant à continuer la guerre qu'il favorisait l'essor de la Cispadane, et qu'il eût favorisé volontiers celui de la République lombarde, si le Directoire n'avait pas fait trop d'opposition sur ce point. Les Français, en occupant Bologne et Fen^are, et en restant maîtres de ces provinces pendant la trêve avec le pape, y avaient institué des gouvernements provisoires, par lesquels il semblait qu'on eût formé des États provisoires, Reggio, qui appartenait au duc de Modène, s'était mis dans la môme situation par une véritable révolution, et l'armée française l'avait toléré. Restait Modène, où se produisaient quelques troubles, vraisemblablement imputables aux Français. Le duc se tenant à Venise, Bonaparte, qui lui était

Page 1