‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 58 sur 75 · DEUXIÈME OFFENSIVE D^ALVINZI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OFFENSIVE D^ALVINZI

particulièrement hostile (i), décida de rompre l'armistice sous prétexte que la régence avait fourni des vivres à Mantoue. Les députés de ces quatre provinces se réunirent en un congrès où Ton devait former, du tout, la République cispadane.

Le Directoire n'était peut-être pas tout à fait d'accord avec Bonaparte pour agir de la sorte, mais il n'avait pas le courage de résister a ce général et aux démocrates exaltés qui l'entouraient. Milan dut se contenter, il est vrai, de son gouvernement provisoire, mais Bonaparte en eût fait volontiers, dès lors, une République lombarde.

Les négociations avec le pape semblaient sur le point de prendre fin. Le saint-père continuait à armer et faisait rebrousser sur Rome les voitures portant la contribution de quinze millions de francs. Bonaparte réunit 3,000 hommes de troupes françaises et 4,000 Italiens, avec lesquels il voulait menacer et au besoin prendre Rome, s'il ne pouvait obtenir la paix autrement.

Pendant que Bonaparte s'occupe ainsi à Bologne de la situation des États italiens, le Directoire envoie en Italie le général Clarke, pour aller de là à Vienne proposer un armistice à l'empereur et entamer les négociations préliminaires en vue de la paix.

La cour de Vienne refuse les passeports à cet ambassadeur, en se basant sur ce que le gouvernement anglais a envoyé à Paris lord Malmesbury pour traiter de la paix, et que l'Autriche présente ses conditions avec celles de l'Angleterre par l'intermédiaire de ce dernier. L'empereur envoie cependant son aide de camp le baron Vincent à Vicence, pour y traiter d'un armistice avec le général Clarke.

Bonaparte s'oppose a tout armistice qui ne comporte pas la reddition de Mantoue ; mais Clarke, dans l'esprit du Directoire,

(1) L'hostililé apparente de Bonaparte vis-à-vis du duc de Modène s'explique naturellement parce que l'État de Modène était nécessaire à la future république italienne pour séparer le Piémont de Tltalle centrale et avoir un port dans la mer tyrrhénienne.

248 CHAPITRE LSI.

croit pouvoir prendre pour base le statu quo. Auquel des deux adversaires eût proQté un pareil armistice ? c'est une question qui nous regarde d'autant plus qu'elle a un caractère bien stratégique, et il est impossible de ne pas répondre avec Bonaparte : aux alliés,

La tête de pont de Kehl fut prise dans les premiers jours de janvier, au moment où commençaient les négociations de Vicence ; il était donc très douteux qu'un armistice, sur la base du statu quo, laiss&t ce passage aux Français. Un apport journalier de vivres à Mantoue, inévitable pendant Tarmistice, pouvait, si ce dernier durait plusieurs mois, être mis à proQt pour reconstituer les approvisionnements de la place pour un temps beaucoup plus long. En général, un armistice est favorable à celui qui a les blessures les plus profondes à panser, et ici c'étaient les Autrichiens. L'heureuse issue de la campagne n'avait pas sufG à les ramener sur leurs emplacements du début en Allemagne, et en Italie ils avaient perdu toute la Lombardie ; dès que Manloue aurait capitulé, il faudrait s'attendre à voir Tennemi aux portes des États héréditaires. Les blessures de Gastiglione, Bassano et Arcole saignaient encore ; joints à de nouveaux succès des Français, les effets des premières victoires formeraient un total énorme. Enfin, un armistice de trois à quatre mois faisait gagner aux Autrichiens le temps de se renforcer par de nouvelles alliances ; les négociations avec les États italiens, aussi bien qu'avec la Russie, en donnaient l'espérance.

Le gouvernement français n'avait donc d'autre intérêt à conclure l'armistice que la perspective de la paix ; mais cette paix, l'Autriche et l'Angleterre n'en voulaient pas à cette époque ; le sacrifice par lequel l'Autriche l'aurait achetée leur semblait trop lourd ; la possession de la Lombardie reposait, pour ainsi dire, sur la pointe d'une épée, car une seule victoire suffisait à la reprendre ; dès lors, en se procurant de nouvelles alliances, on pouvait nourrir Tespoir de reconquérir, en continuant la guerre, tout ce qui avait été perdu.

L'épuisement visible de la force d'expansion révolutionnaire,

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