‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 59 sur 75 · DEUXIÈME OFFENSIVE D'ALVINZI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OFFENSIVE D'ALVINZI

rinstabUité du gouvernement français, ne contribuaient pas peu à entretenir ces dispositions. Ils avaient eu, sans aucun doute, une part prépondérante dans les considérations qui avaient motivé l'envoi de lord Malmesbury. Le gouveraement anglais voulait connaître la situation des partis en France ; il voulait avoir des nouvelles fraîches des expéditions en Irlande projetées parle gouvernement français ; ces dispositions paciBques apparentes devaient surtout nuire au Directoire aux yeux des Français désireux de la paix, et servir en même temps de justification aux yeux du Parlement anglais, de manière à le décider au vote des subsides.

Ni les démarches de lord Malmesbury, ni celles du général Clarke n'aboutirent. Le premier fut renvoyé le 19 décembre par le Directoire, et les négociations de Vicence furent rompues par la nouvelle offensive des Autrichiens.

L'expédition en Irlande consistait à débarquer 15,000 hommes sous le commandement du général Hoche, pour soutenir la révolte des catholiques qui était prête à éclater.

Cette expédition mit à la voile au milieu de décembre, et fut en peu de jours si bien dispersée par les vents, qu'il fallut y renoncer complètement.

Le gouvernement français aurait bien mieux fait d'envoyer ces 15,000 hommes en Italie, où ils auraient procuré des résultats certains, que de les gaspiller pour une entreprise aussi aléatoire ; même en cas de succès, elle n'aurait pu avoir d'influence sur la situation du continent, où les Anglais n'avaient pas de troupes.

Cette expédition appartient évidemment à la catégorie des diversions ; l'attrait qu'ont les diversions pour la plupart des hommes d'État provient de ce qu'elles ne rentrent pas dans la catégorie des opérations simples et naturelles, mais dans celle des plans compliqués dont on se promet sans raison bien plus d'avantages. Au contraire, les diversions ne sont utiles que dans certaines circonstances très particulières, hors desquelles elles sont toujours funestes; d'abord, parce qu'elles font faire un détour à des forces qui auraient pu agir par le plus court

chemin, et deuxièmement parce qu'elles ne servent qu'à réveiller chez Tennemi des forces qui dormaient. On pouvait peut-être juger que Tlrlande catholique était mûre pour la révolte, et qu'elle se trouvait dans le cas où une diversion est avantageuse ; mais la France n'y gagnait rien que de tenir les forces de l'Angleterre plus occupées ; au contraire, les Français auraient été très embarrassés si l'Irlande était devenue réellement indépendante ; ils ne pouvaient y trouver l'équivalent de leurs colonies perdues, ni la séparer complètement de l'Angleterre, parce que c'était rendre toute paix impossible.

Plan d'opérations des Autrichiens.

Bonaparte avait reçu quelques renforts ; il avait non seulement réparé ses pertes, mais atteint l'effectif de 47,000 hommes.

Les emplacements occupés par ses troupes pendant cette période de repos étaient les suivants :

Division Joubert, à Rivoli 10,000 hommes.

— Masséna, à Vérone 9,000 —

— Sérurier, devant Mantoue 10,0u0 —

— Augereau à Legnago et environs. 9,000 —

— Rey, à Desenzano 4,000 —

— Victor (réserve), à Goïto 2,000 —

— Réserve de cavalerie 700 —

— Lannes, à Bologno 2,000 —

Total 46,700 hommes.

Les Autrichiens avaient ramené leur effectif à 45,000 hommes, dont 42,000 seulement étaient disponibles ; ils avaient peut-être consacré 3,000 hommes à une couverture quelconque, ce qui faisait autant de moins à Tarmée d'opérations.

Le plan qu'ils allaient suivre était en quelque sorte l'inverse du précédent. Ils voulaient encore s'avancer en deux colonnes distinctes, par l'Adige et par la plaine ; mais, celte fois, l'armée principale, sous le commandement du général Alvinzi, attaquerait les positions françaises de la Corona et de Rivoli, et se porterait par la vallée de TAdige sur Mantoue ; un corps plus faible, de 14,000 hommes, s'avancerait dans la plaine, divisé lui-même en deux colonnes : Tune de 5,000 hommes, sous le général Bayalitsch, marchant sur Vérone; l'autre de

9,000 hommes, soas Provera, marchant par Padoae sur Legnago.

La colonne qui opérait dans la plaine devait sorlout attirer sur elle Tattention de Tennemi, et le retenir autant que pos* sible sur TAdige inférieur, tandis que le gros des forces autrichiennes battrait et détruirait la division firançaise établie daos la montagne. Les deux colonnes principales devaient, du reste, marcher indépendamment Tune de Tautre et sans trêve sur Mantoue, pour y rallier le général Wurmser. On avait envoyé à ce général, par un courrier (qui tomba aux mains des Français), un ordre de Tempereur prescrivant de prendre comme pis aller la direction de Ferrare et des États de TÉglise, où il serait bien accueilli.

Nous renverrons nos observations sur ce plan à la fin de celte période ; contentons-nous de remarquer qu'on espérait occuper une partie des forces françaises au moyen des troupes pontificales, auxquelles on avait envoyé des généraux et des officiers autrichiens. Les troupes levées par le pape se montaient à 1S,000 hommes; si elles avaient tenu 5,000 à 6,000 Français éloignés du théâtre d'opérations de TAdige, c'eût été déjà d'une certaine importance. Mais Bonaparte, plein du mépris le plus complet pour tous ces armements, ne parait avoir laissé que 1000 hommes du côté de Bologne, avec les 4,000 Italiens tirés du Milanais. Jamais personne n'a mieux su faire abstraction des objectifs secondaires pour porter le plus de forces possible au point essentiel.

Bataille de Rivoli, les 14 et 15 Janvier.

Les Autrichiens réglèrent leurs mouvements de manière que la colonne de Provera arriva le 9 devant Legnago ; son avant-garde, commandée par Hohenzollern, avait eu, le 7 et le 8, un combat assez vif avec celle d'Âugereau à Bevilacqua ; d'autre part, Ja colonne de Bayalitsch n'arriva que le 12 devant Vérone, et c'est le 12 aussi que devait avoir lieu l'attaque des positions de Joubert. Cette avance de l'aile gauche était sans doute calculée pour lui faire mieux remplir son rôle de diversion ; mais elle eut naturellement le résultat contraire ; car plus Provera resta en contact avec Augereau, et mieux on put connaître sa véritable force et ses intentions.

Le choc principal eut donc lieu sur la position de Joubert, à La Corona et Rivoli.

On peut considérer la position de La Corona, nous l'avons déjà dit, comme l'avant-ligne naturelle de celle de Rivoli.

La position de Rivoli est une partie du Monte Magnone sorte de terrasse par laquelle le Monte Baldo s'étend vers l'Adige. La position de La Corona est une coupure abrupte où coule un torrent qui, descendant du Monte Baldo, se jette dans l'Adige à Ferrara, près de Brentino. La rive droite de ce ruisseau a un commandement sérieux sur l'autre ; elle présente une berge élevée et à pic, et, entre Ferrara et Brentino, on ne peut la gravir que par un sentier â gradins.

Comme nous l'avons déjà dit, la position de Rivoli ellemême est un plateau séparé du Monte Baldo par la vallée de Caprino, qui a une largeur d'environ 2,000 pas ; elle se relie

à la crête du Monte Magnone près de TAdige, et celte crête, se prolongeant au delà de San-Marco, où se fait la liaison, jusqu'à Osteria, marque le revers de la position. A Osteria, elle s'arrête brusquement sur TAdige ; la route de la rive droite cesse alors de descendre la vallée et gravit le plateau près d'Osteria ; c'est donc TAdige seulement qui longe les derrières de la position à partir de là. La position elle-même •est constituée par un double demi-cercle de hauteurs assez insignifiantes. Le cercle extérieur prend à San-Marco, où se trouve l'aile droite de la position, et il revient sur TAdige, en aval de Rivoli, en formant le Monte Pipolo.

Ce demi-cercle a un développement de trois lieues, avec une lieue de diamètre ; le village de Rivoli est situé juste au centre.

Un deuxième bourrelet, séparé du premier par une étroite dépression, forme un autre demi-cercle ; celui-ci se relie par sa droite à la crête du Monte Magnone, entre San-Marco et rOsteria, tandis que sa gauche court vers Rivoli. 11 a environ une lieue de développement.

Ces deux bourrelets ne sont rien moins que réguliers, mais brisés et parfois dédoublés en plusieurs autres; ils ont, en général, une crête étroite et une pente plus raide vers Tintérieur que vers l'ennemi; cette position ressemble par là, comme par bien d'autres côtés, à celle de Landshut. Dans le bourrelet extérieur, c'est la partie comprise entre San-Marco et le village de Trombalore, qui forme le véritable front pendant une grande demi-lieue. C'est la, en effet, que viennent aboutir la plupart des petits chemins et sentiers venant de la Corona et du Monte-Baldo. San-Marco en forme l'aile droite; rOsteria fournit un solide point d'appui en retour. Le reste de ce cercle extérieur, depuis Trombalore jusqu'au Monte Pipolo ne peut être considéré que comme un emplacement pour les réserves, si nous pouvons nous exprimer ainsi, sur lequel on placerait ses troupes aux points où l'ennemi chercherait à tourner la position principale. Le cercle intérieur est une position de repli ; mais, situé à 1000 pas en arrière du premier,

BATAILLÉ DE RlVOLt, LES i4 ET 15 JANVIER. 255

et dominé par lui, il ne paraît pas être dans de bonnes conditions de défense.

Les voies par lesquelles le défenseur peut venir de Vérone et Caslelnovo convergent sur Rivoli par Orza et Colombaro, laissant le Monte Pipolo à leur droite. Juste en face du Monte Pipolo, sur la rive gauche de TAdige, se trouve la Chiusa, qui, comme nous l'avons dit, ferme hermétiquement la route pirincipale qui suit la rive gauche du fleuve.

La force de cette position de Rivoli consiste surtout en ce que Je défenseur peut y accéder par Orza et Colombaro avec des colonnes de toutes armes, et, par conséquent, faire usage des trois armes ; l'assaillant, au contraire, ne peut pas en approcher avec de l'artillerie de campagne par les quatre oii cinq chemins de la Corona et du Monte Baido ; il ne peut donc se munir que d'artillerie de montagne, qui ne comporte jamais qu'un petit nombre de pièces, et de petit calibre ; il ne peut pas non plus avoir beaucoup de cavalerie, et il ne reste à ces deux armes que la route de la vallée avec la montée de l'Osteria qu'il est à peu près impossible de forcer.

Il faut donc engager le combat presque uniquement avec de l'infanterie ; il faut que celle-ci soit très supérieure en nombre à son adversaire pour compter sur un bon résultat. Joubert, disposant de 10,000 hommes, n'avait d'abord occupé la Corona qu'avec deux milliers d'hommes, et gardé le reste de sa division cantonné dans la vallée de Caprino. Quoique le général Jomini raconte le combat de la Corona comme si Joubert ne s'y était trouvé qu'avec son avant-garde, il semble pourtant résulter des relations originales qu'il a rassemblé toute sa division à la Corona dès l'arrivée des Autrichiens, afin de défendre d'abord cette position et de se battre une seconde fois à Rivoli ; mais les grands mouvements tournants des Autrichiens l'obligent, dès le 12, à renvoyer une partie de sa division à Rivoli pour garder cette dernière position.

Alvinzi savait Bonaparte à Bologne, occupé de l'organisation de la république cispadane; il croyait, en outre, que les colonnes engagées dans la plaine Axeraient exclusivement son

attention et rindniraient en erreur sur le véritable point d*attaque ; il espérait donc avoir le temps non seulement de battre, mais d'envelopper si bien le général Joubert dans ses positions de la Corona et de Rivoli, qu'il l'obligerait à poser les armes. C'est dans cet ordre d'idées qu*il régla ses dispositions pour l'attaque.

Alvinzi partagea ses 28,000 hommes en 6 colonnes ; la première, de 5,000 hommes sous le colonel Lusignan, passerait sur le versant occidental du Monte Baldo et par Lumini, pour prendre a revers non seulement la Corona, mais encore plus loin, par Pezzena, la position même de Rivoli.

La 2* colonne, de 4,700 hommes sous le général Liptay, et la 3*, de 4,000 hommes sous le général Koblos, devaient pénétrer dans la montagne par les vallées latérales venant de Belluno et Avio, et attaquer la Corona, en partie de front, en partie sur le ilanc gauche.

La 4* colonne, de 3,400 hommes, sous le général Otscbkay, devait suivre la 5* dans la vallée de TAdige en formant réserve, pour soutenir soit celle-là, soit les deux précédentes.

La 5* colonne, sous le général Quasdanowitch, avançait par la rive droite de TAdige et devait attaquer la position de Rivoli par le défilé de rOsteria,'où la route grimpe sur le plateau.

La 6« colonne, sous le général Wukassovitch, devait se porter par la grande route, c'est-à-dire par la rive gauche de TAdige, contre la Chiusa, tant pour enlever ce poste, que pour canonner la position de Rivoli par derrière.

Les deux dernières colonnes comptaient, à elles deux, une dizaine de raille hommes, dont, sans doute, quelques milliers à peine à la sixième colonne; Quasdanowitch devait avoir 7,000 à 8,000 hommes.

Les trois premières colonnes n'avaient comme artillerie que 2 pièces de montagne, et, en fait de cavalerie, que 20l) chevaux, car elles s'avançaient par de simples sentiers ou chemins forestiers, qui, à cette époque, étaient presque partout couverts de neige.

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