BATAILLE DB RIVOLI, LES H ET 15 JANVIER. 2S
hommes, débarquer à Torre, et prend1r«e les Autrichiens à revers.
Bonaparte arrive ainsi dans la nuit du 43 au 14, avec environ 12,000 hommes de renforts, ce qui, d'après lui-même, porte refTeclif des Français à 22,000 homme.s et 60 canons. Pendant ce temps, Alvinzi prend de nouvelles dispositions pour l'attaque du 14.
Lusignan continuerait son mouvement tournant par Pezzena sur la rive droite du ruisseau appelé Tasso, qui sort de la vallée de Caprino; il marcherait ensuite dans la direction d'Affi, ce qui lui ferait, en effet, tourner la position, l'amènerait près de la route par laquelle les renforts pouvaient venir de Vérone et Castelnovo. De la, il pourrait assaillir le plateau par son revers méridional, c'est-à-dire de manière à prendre à dos la position principale.
Les 2« et 3* colonnes devaient se porter vers la partie septentrionale du plateau ; Liptay par Caprino contre les hauteurs de Trombalore, c'est-à-dire contre la gauche de la position principale ; Kôblôs contre son aile droite, c'est-à-dire surtout contre San-Marco. Cette localité a des vues sur la vallée de TAdige, et sa possession assure tant bien que mal le débouché du déQlé de l'Osteria.
La 4« colonne rebrousserait dans la vallée de l'Adige, et passerait par Belluno pour gravir aussi les pentes de la montagne, et appuyer les 2* et 3®.
La S®, sous Quasdanowitch, attaquerait le défilé de l'Osteria; la 6* marcherait sur la Chiusa.
Bonaparte a devancé les troupes qu'il amenait et est arrivé «à deux heures du matin auprès de Joubert. Il ordonne à ce général d'attaquer les Autrichiens avec toute sa division dès le point du jour, sans attendre Masséna, et en ne laissant que la 39® demi-brigade au défilé de TOsteria. Les Autrichiens n'ayant occupé qu'avec quelques troupes avancée$ les hauteurs qui forment la véritable position, Joubert les reprend sans difficulté, ainsi que le poste important de San-Marco ; il pénètre oième dans le vallon de Caprino jusqu'au gros de^
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AutrichieDs. Ceux-ci attaquent; il s^eogage doue un combat violent entre les 2*, 3^ et 4* colonnes autrichiennes, comptant ensemble une douzaine de miUe hommes, sous le commandement personnel d'Alvinzi, et la division Joubert, forte d'euviron 8,000 hommes. Ce combat pouvait avoir duré quelques heures, quand il parut tourner au désavantage des Français. L'aile droite de Joubert ne pouvait plus avancer, et se voyait même à chaque instant menacée de reperdre San-Marco. L'aile gauche, qui était parvenue au pied du Monte Baido, y fut en grande partie mise en déroule par Liptay ; un seul bataillon put se jeter dans le village de San-Giovanni, et éviter ainsi d'être écrasé immédiatement.
C'est à ce moment (vers 40 heures du matin) qu'arrive Masséna. Il a envoyé la i8« demi-brigade vers Garda pour couvrir son flanc gauche ; la 32* marche en tête de la colonne. Bonaparte se jette avec celle-ci, comptant 2,000 hommes, au secours de Taile gauche de Joubert, pendant que la 75*, forte de 3,000 hommes, reste en réserve près de Rivoli.
Bonaparte parvient, grâce à ces renforts, à rétablir le combat à l'aile gauche de Joubert, et à rejeter Liptay jusqu'au pied du Monte Baldo.
Cependant les colonnes des Autrichiens, entourant le général français d'un cercle plus vaste, font des progrès et atteignent le théâtre du combat Lusignan, à l'aile droite, arrive devant Affi. Bonaparte a fait rappeler deux bataillons de la demi-brigade envoyée a Garda ; ils sont opposés à Lusignan, près de Costerman, et ralentissent sa marche, mais sans l'arrêter. A l'aile gauche des Autrichiens, Wukassovitch a atteint les abords de Somano, sur la rive gauche de l'Adige ; il y établit son artillerie et canonne la 39*, chargée de défendre l'Osteria. Quasdanowitch lui-même a poussé jusque-là et gravit, avec des groupes de tirailleurs, la pente abrupte du plateau, au moment où l'aile droite de Joubert, vivement pressée, est obligée d'évacuer San-Marco. Dans ces conditions, la 39* est obligée d'évacuer l'Osteria, et déjà un bataillon et un escadron de Quasdanowitch ont pris pied sur le plateau de Rivoli, pen-
Bataille db rivoli, les 14 et i S janvier. 261.
dant que tout le reste avance encore en colonne sur la route. L'aile droite de Joubert est donc battue, le débouché de TOsteria semble assuré, et, à l'aile gauche, Masséna contient l'^P^^y» à grand'peine, sur la position principale de Trombalore.
Cette instant de la bataille, qui est présenté dans les relations françaises comme celui de la détressse suprême, de la véritable crise, où, selon toute apparence, Bonaparte résiste avec 15,000 hommes contre 20,000 qui l'enveloppent, où les points essentiels de TOsteria et de San-Marco sont perdus, où Lusignan menace de couper la retraite, où il n'y a plus en réserve qu'une demi-brigade de 3,000 hommes et 600 cavaliers; cet instant, disons-nous, n'était nullement aussi critique qu'on le dit pour servir à l'effet dramatique. Ce qu'il y avait réellement d'engagé contre Bonaparte, c'étaient les 12,000 hommes des 2®, 3® et 4^ colonnes autrichiennes. Ils étaient absolument rompus par le combat et si fatigués, si épuisés par les efforts qu'ils avaient fournis, qu'ils se traînaient lentement et péniblement en grandes lignes de tirailleurs éparpillés sur la neige ; ils n'avaient plus assez de nerf pjpur une vigoureuse attaque décisive. C'est la colonne de Quàsdanowitch qui traversait alors la crise suprême. Elle était encore enfoncée dans le défilé formé par cette route, grimpant à pic sur le plateau ; la pointe seule, peu nombreuse, avait débouché, et, grâce à 1 échec de l'aile droite de Joubert, se trouvait tout près de l'ennemi. Nous verrons bientôt comme la colonne de Quàsdanowitch était peu en état de combattre. Lusignan était a une lieue (2,000 toises) de l'endroit qui était alors le point décisif, l'aile droite de la position de Rivoli, et on attendait d'un moment à Tautre Je général Rey avec sa réserve d'environ 3,000 hommes. Lusignan arrivait sur la ligne de retraite de Bonaparte, mais il était lui-même pris à revers par Rey. Bonaparte sentait ces côtés avantageux de sa situation au milieu du désordre et du fracas de la bataille, et, dans sa sérénité, il apparaissait à ses généraux et à ses soldats comme un demi-dieu. Il ordonne que la 75% qui se trouvait derrière Rivoli, trop loin pour
Sfô
secourir I aile droite dans sa détresse, occupe les hauteurs de Tifaro sur la face occidentale du plateau, pour recueillir les deux bataillons de la 18® et résister à Lusignan. De Tepdroit même où il se trouve, il jette une partie de la division Joubert, les 600 hommes de la cavalerie de réserve, et la 39®, en for* mation massée, sur la pointé dé la colonne de Quasdanowitch ; cette pointe est rejetée sans peine du plateau sur la colonne même, entassée en masses profondes d'infanterie, de cavalerie et d*artillerie, qui se pressent les unes sur les autres ; un feu violent d*artillerie est dirigé sur elle, pour la forcer à se retirer, el, pour comble, deux caissons y font explosion et la mettent dans un tel désordre, que ce seul coup inDige à Quasdanowitch la défaite la plus complète.
Cependant, Masséna tenait sur les hauteurs de Trombalore avec la 32® et laile gauche de Joubert. Aussitôt le coup décisif porté à Quasdanowitch, Joubert se retourna avec son aile droite et la cavalerie contre Otchkay et Kôbiôs. Ceux*ci s'étaient déjà avancés assez loin pour que Masséna, qui s'était maintenu sur ses positions, menaçât leur flanc droit ; les masses de la droite française se rabattant sur eux, ils se virent exposés, très en Tair, sans cavalerie ni artillerie, et furent pris d'une . terreur panique, surtout a la vue de ces deux armes; tous les efforts d'Alvinzi furent inutiles, et il ne fut pas difficile aux Français de les repousser jusqu'au pied du Monte Baldo, en leur prenant un millier de prisonniers. Liptay ne crut pas pouvoir continuer le combat contre Masséna dans de pareilles conditions, et il se retira aussi sur Caprino.
L*aile gauche et le centre d'Alvinzi étaient donc complètement battus avant que laile droite, sous Lusignan, eût pu exercer sur le combat une influence décisive. Dès lors, cette aile se trouva menacée elle-même d'une perte complète, et, comme il arrive en pareil cas par la force des choses, Lusignan ne sut pas assez tôt la défaite d'Alvinzi, et poussa toujours plus avant, comme le lui prescrivaient ses instructions, se jetant inconsciemment dans le gouffre. Il avait peu à peu repoussé les cinq bataillons qu'il avait devant lui et occupé le