BATAILLE DE RIVOLI, LES 14 ET 15 JANVIER
Monte Pi polo, quand Bonaparte en personne se tourna contre lui. Ce dernier ne renforça les troupes engagées contre Lusignan que d'une batterie de 12 (1), mais ce renfort était d'une grande importance contre un corps entièrement dénué d'artillerie.
Le colonel Lusignan vit les autres colonnes écrasées par le feu, et défaites; il se vit lui-même complètement perdu, et menacé par un corps qui tombait sur ses derrières. C'était le général Rey qui arrivait justement par Orza avec ses 3,000 hommes. Dans ces conditions, il sufQsait de la moindre pression sur le corps de Lusignan pour le faire reculer ; pourtant il essaya encore de résister, mais ne parvint qu'à augmenter ses pertes ; tout fut détruit, mis hors de combat ou pris. Le noyau de ce détachement, comptant environ 1200 hommes, essayait de se sauver sur Garda avec son chef, quand il rencontra quelques compagnies du bataillon que les Français avaient laissé là; les fuyards ne purent juger , dans ce terrain accidenté, de la force de leurs adversaires ; ils se crurent, comme il arrive si souvent, entourés de tous côtés par des forces très supérieures, et posèrent les armes en rase campagne, à la première sommation ; de ces 5,000 hommes, il n'échappa que leur chef et quelques isolés, qui se sauvèrent en traversant le lac de Garde.
Tel fut le sort de l'aile droite ; revenons aux autres colonnes.
Le 14, Quasdanowitch s'était retiré dans la vallée de l'Adige jusqu'à Rivalta, c'est-à-dire, à deux lieues et demie ; il était donc hors d'état, par la suite, d'agir en liaison avec le centre. Alvinzi avait réuni, au pied de Monte Baldo, les trois corps de ce centre qui avaient été battus ; il était abandonné de ses deux ailes, livré aux attaques des forces ennemies réunies, dans une position dont il ne pouvait sortir que par des sentiers cachés sous la neige, et tracés sur des pentes très raides.
(1) Dans ses Mémoires, Bonaparte lui attribue 15 pièces, mais c'est peu vraisemblable, car les autres rapports ne parlent que de quelques pièces.
(Note de l*auteur,)
Bataille de rivoli, les 14 et 1S janvier. 265
des Autrichiens, Baraguey d'Hilliers se portait avec le centre contre leur front à San-Martino. Alvinzi se rendit bientôt compte que l'attaque résolue par lui serait sans résultat ; les troupes montraient peu de vigueur et de courage, et le combat n'avait pas duré une heure qu'il fallut ordonner la retraite. Elle dégénéra bientôt en une véritable débâcle ; on s'apercevait que, sur la droite et la gauche, les Français se hâtaient de gagner le défllé de la Corona ; la crainte d'être coupé s'empara peu à peu de tout le monde, et bientôt on se précipita sur ce sentier dans une fuite désordonnée. Tout s'y entassait et s'y pressait, et avant que cette masse épouvantée de fuyards eût pu s'échapper sur ce chemin étroit et escarpé, les infatigables Français étaient déjà là. Il s'ensuivit qu'une grande partie de l'armée fut coupée et que sur ce seul point on fît 5,000 prisonniers.
La bataille de Rivoli aboutit ainsi à une défaite des plus complètes : sur 28,000 hommes, on en avait perdu 14,000, dont 10,000 ou 12,000 prisonniers.
Bataille de La Favorite devant Hantoue,
le 16 janvier.
Le général Provera avait, comme on Ta vu, battu le 8 et le 9 l'avant-garde d'Augereau à Bevilacqua. Il arriva ainsi le 9 devant Legnago, et resta inactif les 10, 11 et 12. Aucune relation ne donne les causes de ce retard ; il semble assez naturel de Tattribuer à ce que Provera aura craint d'arriver trop tôt et de se faire prendre par le gros des forces françaises sans avoir fait une diversion utile à Alvinzi. Si son pont avait été jeté dès le 10, il aurait pu livrer, le 11 , un combat décisif; or, le 11, Alvinzi ne faisait que se mettre en mouvement, et il était à prévoir que ses opérations contre Joubert lui demanderaient deux ou trois jours; ce laps de temps sufGsait largement aux Français pour porter leur masse centrale de Provera contre Alvinzi. En somme, le calcul le plus élémentaire aurait fait prévoir que Provera arriveraitdeux jours trop tôt sur TAdige. En réalité, Tavance fut plus grande encore, car la bataille de Rivoli, qui aurait pu être livrée dès le 12 ou du moins le 13, n'eut lieu que le 14 ; il se serait donc écoulé quatre jours entre les engagements des deux armées, et malgré la distance de neuf milles qui séparait les champs de bataille, c'était encore un trop long intervalle, avec la rapidité de mouvement des Français, pour que l'une des colonnes pût faire une diversion utile à l'autre.
Est-ce par hasard que Provera déboucha aussi prématurément? Il est difficile d'admettre que cette avance fût imprévue;
il semble bien plutôt que le général en chef autrichien ait cru qu'il attirerait mieux l'attention de ce côté et serait plus sûr de ne pas avoir affaire au gros des Français dans la montagne ; mais il manqua complètement ce but (1), parce que le temps d'arrêt marqué par Provera au contact de l'aile droite française fit naturellement découvrir, sans peine, ses forces et son rôle secondaire.
En s'arretant pendant trois jours, Provera laissa s'écouler trop de temps. S'il avait effectué son passage le 12, il aurait paru devant Mantoue le 13 ; alors de deux choses l'une : ou bien Bonaparte se portait contre lui et ne pouvait accourir au secours de Joubert ; ou bien il allait à Rivoli et ne pouvait se porter contre Provera le 13 et le 14. Celui-ci serait-il parvenu à rallier Wurmser? On pouvait encore en douter, mais, enfin, c'était la seule Tâamère d'y réussir.
On voit par là comme il est difficile à une colonne séparée de deviner l'instant précis où il faut agir, et c'est indispensable quand on a affaire à un adversaire comme Bonaparte. Du reste, il est possible que certaines circonstances se soient opposées au passage de Provera.
Reprenons le récit des événements.
Augereau était sur l'Adige avec sa division, forte de 9,000 hommes, et la cavalerie de réserve du général Dugua, forte de 700 chevaux; il défendait le fleuve depuis Vérone jusqu'en aval de Legnago. Un ennemi qui veut se porter sur Mantoue ne pouvant guère passer en aval de Legnago, le front à garder était d'environ six milles. Aussi Augereau ditil, dans une lettre à Bonaparte, du 9 janvier, qu'il avait rassemblé la majeure partie de sa division à Zevio, Ronco et Legnago. Au contraire il dit, dans sa lettre du 26, comme pour se justifier : a Quand une division est disséminée sur une ce étendue de plus de 30 lieues, il faut plus d'un quart d'heure
(I) Bonaparte déclare cependant être resté dans Tincertitude jusqu'au dernier moment sur la répartition des forces autrichiennes.
« pour la rassembler ». Impossible de rien comprendre à cette phrase, si elle ne fait allusion au général Lannes, que Bonaparte avait rappelé de Bologne pour renforcer Augereau . Cependant, à tout prendre, il faut croire qu'Augereau s'éteudit notablement au delà de Legnago, car il parle d'une tête de pont à Castagnaro (confluent du Castagnara); d'ailleurs, il craint que les Autrichiens n'aient l'intention de se porter sur Ferrare (I),
Le 13 au soir, Provera s'avança jusqu'au fleuve, en face d'Anghiari (à une lieue en amont de Legnago) en faisant des démonstrations sur quelques autres points.
Il réussit à jeter un pont avant que le général Guyeux, qui commandait l'aile gauche d'Augereau, ne fût accouru avec 1200 ou ITiOO hommes. Ceux-ci s'opposèrent au passage le 14, mais durent céder au nombre. Provera laissa iSOO hommes et 14 pièces pour couvrir le pont et poursuivit sa marche sur Manfoue, avec 7,000 hommes, par Cerea et Sanguinetto jusqu'à Nogara, où il passa la nuit.
Il est incompréhensible que ce soit l'aile gauche d'Augereau, commandée par le général Guyeux, qui ait été la première à s'opposer aux Autrichiens à Anghiari, pendant que lui-même se trouvait à une lieue de là, à Legnago, avec l'aile droite (2) ; et pourtant, si loin qu'il ait étendu sa droite, il lui restait bien deux milliers d'hommes. Augereau a dû penser qu'il valait mieux ne pas se faire battre en détail, qu'il importait peu d'attaquer l'ennemi quelques heures plus tôt ou plus tard, puisqu'il avait déjà passé le fleuve ; il préférait d'abord rassembler la plus grande partie de son aile droite. Peut être aussi l'opinion exprimée dans sa lettre du 9, que Provera pourrait vouloir se diriger sur Ferrare, l'a-t-elle un peu égaré.
(1) Bonaparte craignait très sérieusement que Provera, apn>s avoir fait une démonstration devant Legnago, ne se portât par Ferrare en Romagne. Il avait réuni 6,000 hommes à Badia et Castagnaro, dont 3,000 environ de la division Augereau. Celle-ci s'étendait donc bien de Zevio à Badia.
(2) L'aile droite d'Augereau était à Badia ; Legnago n'était guère occupé que par la garnison strictement nécessaire.
Le général Guyeux se replia sur Ronco et le mouvement de Provera eut pour résultat de séparer Augereau de quelque 4,000 hommes de sa division. Avec les 5,000 qui lui restaient et le renfort amené par Lannes, il eut 7,000 hommes pour se porter sur Anghiari. Il n'y trouva plus Provera, qui était déjà passé, mais seulement les ISOO hommes que celui-ci avait laissés. Ceux-ci ne paraissent pas avoir en le temps de se retourner ; ils prirent le parti de suivre Provera. Mais le chemin leur fut coupé par une colonne d'Augereau sur une digue qu'il fallait franchir ; ils se virent entourés d'ennemis de tous côtés et mirent bas les armes sans grande résistance. Augereau brûla le pont, prit des mesures pour s'opposer à Provera, s'il revenait de Mantoue, et résister à ce qui pourrait venir encore de Padoue. C'est à cela qu'il consacra toute la journée comme en témoigne une lettre qu'il écrivit à Bonaparte, de Legnago, le 15.
Les quelques détachements autrichiens restés sur la rive gauche de l'Adige, qui ne pouvaient pas être bien nombreux, paraissent l'avoir absolument tenu en échec pendant quelque temps. Telles sont les causes pour lesquelles Augereau n'arrive pas devant Mantoue le 15, mais seulement le 16, et même ce jour-là après le véritable combat.
Provera était arrivé le i 5 à midi devant le faubourg Saint- Georges, que le général Miollis occupait avec 1200 hommes, et qui était retranché de tous les côtés. Provera le fit sommer, mais reçut une réponse négative.
Après quelques coups de canon inutiles, il se décida à rompre à droite et à se rapprocher de la citadelle. La citadelle et le faubourg Saint-Georges sont les deux têtes de pont de Mantoue; ils sont séparés par un meurais impraticable; les avenues de la citadelle sont commandées par les deux localités de Montado et de La Favorite ; Provera s'y heurta en arrivant de Saint-Georges. Il s'en approcha dans la nuit du 15 au 16, et attendit la sortie dont il était convenu avec Wurmser.
Bonaparte était arrivé à Castelnovo dans la nuit du 14 au 15 ; il y avait reçu de Sérurier la nouvelle que Provera était
en marche sur Mantoue. Il ordonna au général Sérurier de défendre Saint-Georges jusqu^à la dernière extrémité, et de s'établir de sa personne à La Favorite.
N*ayant aucune nouvelle d*Augereau, il en conclut que ce général était sur le flanc gauche de Provera, et trouverait peut-être encore une occasion pour lui interdire le passage de la Molinella à Castellaro. Il employa la journée du 15 à rassembler la division Masséna, la brigade Victor et la cavalerie de réserve de Dugua à Roverbella, où il se rendit lui-même. Guyeux reçut l'ordre de se rendre à Castelbelforte ; Augereau celui de talonner du moins Tennemif s'il ne pouvait pas lui barrer la roule.
Il résulte de ces dispositions que Provera ne trouva le 15 devant Mantoue que la partie de la division Sérurier qui se trouvait sur la rive gauche du Mincio. Elle pouvait compter 7,000 hommes dont 1200 tenaient le faubourg Saint-Georges; on ne pouvait donc engager le 15 devant les débouchés de la citadelle que 5,000 à 6,000 hommes. C'était à peu près aussi la force de Provera. Si Wurmser avait tenté le 14 une sortie, avec 8,000 ou 40,000 hommes, on ne voit guère comment le général Sérurier aurait résisté à cette attaque combinée. Par conséquent, en y mettant une certaine activité, les deux généraux autrichiens pouvaient battre complètement Sérurier, puis, leur jonction opérée, se porter sur Governolo et Ferrare. Mais, comme il arrive le plus souvent en pareil cas, il se produisit des pertes de temps de toute espèce. L'entente avec Wurmser ne s'était pas faite assez vite pour que celui-ci crût pouvoir tenter sa sortie le jour même ; il la remit au lendemain. Ce fut incontestablement une très grosse faute. Les généraux autrichiens ne craignaient peut-être pas que Bonaparte arrivât le 16 au matin ; car ils savaient qu'il s*était engagé le 14 a Rivoli^ à huit mille de Mantoue; peut-être même entendaient-ils encore le canon de ce côté le 15; mais ils devaient penser, en revanche, qu'Augereau arriverait très probablement derrière Provera, que d'autres troupes de réserve afflueraient des environs et que, par suite, ce qui était
encore aisé le IS au soir pouvait devenir impossible le 16 au matin, ou du moins très hasardeux; dès que les Français avaient rassemblé des forces égales à celles des Autrichiens, il ne fallait plus compter réussir. Dans ces conditions, les généraux autrichiens n'auraient même pas dû reculer devant une opération de nuit.
Mais tout se passa autrement qu'on n*aurait pu s'y attendre. Wurmser, nous l'avons dit, remit son attaque au lendemain. Augereau perdit son temps en dispositions inutiles et ne prit aucune part à l'engagement décisif. Au contraire, Bonaparte, que les généraux autrichiens croyaient encore à Rivoli ou tout au plus en marche, apparut dès le 16 au matin en position près de La Favorite. Il était arrivé avec ses troupes dans la nuit du 15 au 16. En les évaluant à 8,000 hommes, il s'ensuit que les Autrichiens avaient affaire dès lors à des forces égales .
Les Français avaient pris position principalement à Montada, à La Favorite et à Sant' Antonio, qui se trouve sur la route de Vérone. Ils se trouvaient donc entre Provera et la Citadelle.
Dès six heures du matin, Wurmser exécuta sa sortie et attaqua La Favorite et Sant' Antonio. Il s'empara, en effet, de cette dernière localité, mais fut obligé de l'évacuer devant quelques bataillons de renfort envoyés par Bonaparte.
Les relations sont muettes en ce qui concerne l'engagement de Provera lui-même ; ce général se porta probablement en même temps sur La Favorite et Montada, mais il fut tenu à telle distance par les troupes de Victor et de Masséna, qu'il ne put avoir aucune influence sur le résultat de la sortie de Wurmser.
Après quelques heures de combat, les généraux autrichiens furent convaincus qu'ils ne pourraient pas percer. Wurmser rentra dans la place ou du moins se maintint avec peine. Peu à peu les troupes d'Augereau s'approchèrent par les routes de Ronco et Legnago ; les Français se trouvèrent devenus trois ou quati*e fois plus forts que Provera seul ; la route de l'Adige
était coupée à Wurmser, et, vu les nombreux cours d*eau qu'il avait à franchir, il n'avait plus d'espoir de se frayer un chemin. On ne voit pas nettement s'il pouvait encore se retirer sur Govemolo, car la position d'Augereau n'eât pas très bien indiquée ; on ne sait pas s'il était déjà parvenu sur la route de Legnago à Stradella, et s'il était en état de se relier au faubourg de Saint-Georges. Mais, vraiment, une retraite à la barbe d'un ennemi aussi supérieur, et en plein jour, était une chose presque irréalisable. Elle le parut au général Provera, et, dès dix heures du matin, il posa les armes avec 6,700 hommes*.
(1) Il est très remarquable que le général de brigade Miollis, qui commandait à Saint-Georges, réclame pour lui Thonneur de cette journée dans une lettre du 29 janvier i797 à Bonaparte (Correspondance inéditt^ Italie, tome 2, page 466) ; il prétend que le général Provera s'adressa d'abord à lui et lui envoya les propositions pour la capitulation sur un billet au crayon ; qu'il en changea quelques-unes, et que la capitulation fut signée de cette façon. Cette réclamation même montre que Tarmée ne jugeait pas la chose ainsi ; il n*en est pas moins remarquable que Provera se soit adressé d*abord à ce général, qui n'avait selon Jomini que 1200 hommes pour tenir le faubourg de Saint-Georges, et ne pouvait faire, par conséquent, que de très faibles sorties contre Provera.
Le rapport du général Miollis est singulièrement naïf ; il a Tair de dire qu'il a cerné et fait capituler Provera à lui tout seul.
(Note de t auteur,)
Résultats du cinquième acte.
Bonaparte avait donc déjoué la quatrième tentative faite pour dégager Mantoue, ou plutôt la seconde pour délivrer Wurmser. Il avait obtenu ce résultat sans précédent d'avoir fait 20,000 prisonniers et mis 5,000 à 6,000 hommes hors de combat à une armée de 42,000. Ce résultat obtenu avec une armée moins forte et la perte insignifiante de quelques milliers d'hommes, est un des traits lès plus merveilleux qu'offre l'histoire militaire, et on peut dire que Bonaparte s'était surpassé lui-même.
Ce succès colossal, cet anéantissement des forces ennemies, assuraient le général français qu'il ne serait pas fait de sitôt de nouvelle tentative, et l'autorisaient à compter que la capitulation de Mantoue ne tarderait plus longtemps. On ne pouvait préciser à quelques jours près combien la place tiendrait encore, mais on pouvait bien prévoir que la reddition serait chose accomplie dans la première moitié de février.
Il fallait donc ajournera cette époque l'offensive stratégique contre la frontière de TAutriche allemande, car il est clair qu'avec les quelque 20,000 hommes qui lui restaient disponibles, le général français ne pouvait entreprendre une pareille opération.
Ajoutez à cela qu'il fallait absolument régler la situation vîs-à-vis de Rome. Les coups épouvantables frappés sur les Autrichiens étaient une excellente entrée en matière, et le temps pendant lequel il fallait attendre la reddition de Mantoue en donnerait le loisir.
EnQn, deux divisions envoyées du Rhin étaient en marche pour venir renforcer Tarmée d'Italie ; il fallait retarder les opérations contre rAutriche jusqu'à leur arrivée.
Cependant, quoique cette victoire éclatante parût pour le moment ne donner que des résultats négatifs platôt que positifs, il ne faut pas croire qu*elle fut sans influence sur Tissue de la campagne de 1797, qui s'ouvrit, au mois de mars du côté de ritalie. L'Autriche n'eut pas comblé ses pertes de sitôt, et reflet moral s*étendit bien au delà des premiers événements de la campagne, jusqu'aux négociations de Leoben et de Campo-Formio.
Bonaparte se contenta, pour le moment, de pousser ses trois divisions assez loin pour être maître de la Brenta.
Alvinzi s'était retiré sur Trente, où il voulait rassembler ses troupes, pour les conduire sur la Piave, par la vallée de la Brenta. Le général Laudon avait pris position près de Roveredo avec 8,000 hommes, en grande partie de milices locales, et Bayalitsch, renforcé par l'armée principale, était à Bassano. Mais ni l'un ni l'autre ne put conserver ses positions.
Joubert se porta le 24 janvier contre Laudon, l'obligea à évacuer sa position, le suivit jusque sur l'Avis ; le 26, il lui fit évacuer celte seconde ligne ; l'entrée de la vallée de la Brenta tomba ainsi aux mains des Français.
Masséna se porta sur Bassano et en chassa les Autrichiens le 24. Bayalitsch se retira sur Conegliano. Les Français balayèrent alors la vallée de la Brenta et les divisions Masséna et Joubert y firent leur liaison.
Augereau s'était porté par Padoue sur Trévise, que son avant-garde occupa.
Ces circonstances obligèrent Alvinzi à retirer jusqu'à Villach par le Puslerthal les troupes chargées de couvrir la Carynthie, puis de les ramener en avant sur le Tagliamento.
Considérations.
Nous avons à faire les remarques suivantes sur la bataille de Rivoli, qui est un des événements les plus remarquables de Thistoire militaire, tant par ses détails que par ses résultats :
I. — La position de Rivoli est une des rares positions de montagne où le défenseur, outre l'avantage que lui donnent des obstacles naturels très forts et en partie insurmontables, a aussi celui de pouvoir employer toutes les armes et tenir ses forces parfaitement rassemblées. Pour faire ressortir ses propriétés actives, on peut la déGnir un plateau horizontal, dont l'ennemi gravit péniblement les pentes abruptes, tandis que nous nous mouvons à Taise sur sa surface, avec des troupes de toutes armes ; c'est la disposition la plus forte qu'on puisse imaginer. Il est vrai que le Monte Baldo et le Monte Magnone, qui entourent la position de Rivoli et constituent les obstacles qui en gênent l'abord, sont bien plus élevés que la position même et n'en forment pas les talus ; mais c'est sans aucune importance, car ils sont trop loin pour la commander et sont si peu praticables que l'assaillant ne peut y engager que de l'infanterie (il en est du moins ainsi au mois de janvier); on trouve, au contraire, un avantage décisif dans ce fait que Tennemi ne peut employer que cette seule arme, et se trouve privé de Télément destructif par excellence, de l'artillerie. Tout le revers de la position, le long de l'Adige, est inattaquable ; il est accessible par l'unique défilé de l'Osteria, qu'on peut tenir facilement. Dans ces conditions, peu importe que
276 CHAPTTBB LXTI.
Jes hauteurs qui forment la position principale niaient pas une force intrinsèque considérable, et n'opposent pas de sérieux obstacles i Tassaillant. Passons maintenant à la valeor strate^ gique de la position : la vallée de TAdige forme, entre le lac de Garde et Bassano, sur une étendue de 12 milles, la seule voie qui traverse les avant-chaînes des Alpes, et que Ton puisse suivre avec de Tartillerie et des colonnes importantes ; la position est près de TAdige, très élevée, U est vrai, mais elle barre cependant la vallée, car elle est traversée, à partir de rOsteria, par la route de la rive droite de l'Adige ; la route de la rive gauche est barrée une première fois par la Chiusa, puis, à son débouché en plaine, par Vérone. II y a plus ; la position de Rivoli est située entre TAdige et le lac de Garde. L'Adige forme une ligne de défense très forte ; il a d^autant plus d^ valeur que la position de Rivoli couvre l'intervalle entre lui et le lac de Garde, intervalle qui n'est que de deux milles. Toutes ces circonstances font que le défenseur n'est nullement tenté de disperser ses forces, et, lorsqu'il a jeté quelque douze cents hommes à la Chiusa, il peut garder tout le reste dans la position même et sous ses yeux. Enfin, cette position ne présente pas l'inconvénient, habituel en montagne, que les bois et les crêtes empêchent de distinguer les dispositions de l'ennemi. L'assaillant s'avance bien à couvert, mais seulement jusqu'à la vallée de Caprino. Or cette vallée a 3,000 pas de largeur, et permet, par conséquent, de voir l'ensemble de l'attaque assez à temps pour prendre toutes les dispositions préventives en conséquence.
L'attaque d'une semblable position n'est admissible qu'avec une grande supériorité, car on finit toujours alors par venir à bout de toutes les difficultés. C'est ainsi que Masséna et Vaubois en ont été chassés par un ennemi deux ou trois fois plus nombreux, et au moment où la montagne était le plus praticable. On pouvait porter l'armée principale des Autrichiens contre cette position et compter sur son enlèvement pour décider de la campagne, mais à condition de n'avoir affaire qu'à la seule division Joubert. Bonaparte était à Bologne, à
vingt milles du champ de bataille ; les colonnes engagées dans la plaine pouvaient le tenir quelque temps dans l'incertitude ; l'espoir de livrer un combat décisif à la division Joubert avant que Bonaparte ne pût venir à son secours n'était donc pas sans fondement ; mais il est clair que l'essentiel était d'agir avec une extrême rapidité. Si Alvinzi avait attaqué Joubert énergiquement le 12 ou au moins le 13, il le refoulait jusqu'à Castelnovo avant que Bonaparte pût intervenir, et c'était déjà un grand point de gagné.
Alvinzi ne voulait pas seulement battre Joubert, mais prendre la plus grande partie de sa division ; on ne lui en fera pas un reproche, car il était assez supérieur en nombre pour y être autorisé ; seulement, il ne fallait pas faire de cette prise le point essentiel, ni s'y prendre de manière à perdre tant de temps ; ce qui importait par-dessus tout, c'était d'aller vite. Alvinzi perdit deux jours par les dispositions qu'il prit, par son peu de décision, et faute d'être naturellement enclin à se hâter. Ce fut son plus grand malheur dans cette bataille.
IL — La force des colonnes laissées dans la vallée de l'Adige n'était nullement motivée. Ces colonnes n'avaient d'autre but que d'attaquer en tout cas la Chiusa ; comme, au fond, c'était parfaitement irréalisable, on ne pouvait y voir qu'une démonstration ; elles avaient aussi à protéger l'artillerie et la cavalerie; 4,000 à 5,000 hommes y auraient largement sufG ; or Alvinzi avait envoyé, le 13, 14,000 hommes, et, le 14, 10,000 hommes dans la vallée de l'Adige. S*il avait eu 24,000 hommes au lieu de 14,000 contre Joubert dans les deux premiers jours, il l'eût probablement délogé dès ce moment, et peutêtre à moitié anéanti.
III. — Le 12, Alvinzi fit faire un mouvement tournant très large autour de l'aile gauche de la position delà Corona; cette mesure a pu être suffisamment justifiée par quelque détail topographique qu'on n'aperçoit pas assez nettement aujourd'hui sur les cartes pour en juger ; mais la formation débordante des 13 et 14 était un déploiement bien inutile, qui lui a tout fait perdre. S'il avait porté toutes ses forces le 13 dans
enfin les grands dangers qui menaçaient la retraite, toutes choses ayant un rôle ou des effets de nature évidemment défensive ; or c'est grâce à elles que Bonaparte put lancer ses attaques contre le centre ennemi de la manière dont il le fit, et obtenir de tels résultats.
Nous ferons une autre remarque sur la réserve venant de Desenzano avec le général Rey. Des réserves peuvent ainsi être très éloignées, s'engager très tard ; elles surviennent alors comme des corps d'armée qui arriveraient pour la fin de la bataille. Nous pensons que, de nos jours, dans les batailles défensives, de pareilles réserves ou, si l'on veut, des corps intervenant ainsi seront très avantageux. Plus les réserves sont éloignées, moins elles peuvent être cernées par les colonnes enveloppantes de l'ennemi ; il y a peu de batailles où l'assaillant se soit abstenu de tout mouvement enveloppant ; les colonnes qui débordent le défenseur sont enveloppées à leur tour par le simple mouvement en avant de semblables réserves. Du reste, nos batailles actuelles ont rarement des crises à proprement parler; si elles en ont, ce n'est guère que quand les deux adversaires se sont déjà usés réciproquement; iL s'ensuit qu'on peut toujours rétablir le combat avec une réserve ou un corps qui survient, tant qu'on n'a pas évacué le champ de bataille.
Les deux réflexions que nous faisons ici sur les réserves s'appliquent à celle que commandait le général Rey. Elle tomba sur le dos du colonel Lusignan, qui lui-même avait tourné Bonaparte, et elle ne faisait que d'arriver, semble-t-il, quand fut livré à Lusignan l'engagement décisif, c'est-à-dire dans l'après-midi, soit six à huit heures après le commencement de la bataille. Il s'était produit quelque chose d'analogue pour la colonne d'aile droite autrichienne dans la bataille de Caldiero, comme nous l'avons vu.
II nous reste peu de chose à dire sur le plan stratégique de cette quatrième attaque, car en développant nos opinions à propos de la troisième, au chapitre 60, nous avons à peu près donné implicitement la critique de ce plan.
• D'après cette opinioD, nous eussions encore préféréy cette fois, une attaque dans la plaine. Le fractionnement lui-môme se rapproche un peu de nos principes, puisque Tune des colonnes principales s'avance par Padoue sur Legnago, et paraît avoir reçu Tordre de pousser jusqu'à Mantoue, quoi qu'il arrivât, et sans souci de ce qui aurait lieu sur le haut Adige. Aussi, cette colonne a-t-elle réussi à pénétrer ; il est vrai qu'elle n'a pu remplir son but, et même qu'elle a subi l'obligation désastreuse de capituler; mais cela tient d^abord à la mollesse de la tentative de sortie de Wurmser, puis au temps perdu, enGn à ce qu'elle était trop faible et s'était encore affaiblie en faisant un détachement inutile au peut d'Anghiari ; inutile, car si l'on était vainqueur de Bonaparte dans l'ensemble, le pont d'Anghiari était une chose insignifiante, et si l'on n'arrivait à Mantoue qu'en détresse, comme Provera, il n'y avait plus à penser à faire sa retraite par ce même pont.
La faute capitale, dans cette attaque multiple, fut de diriger l'armée principale par la vallée de l' Adige; il est contre nature de s'engager avec le gros de ses forces dans uue région où l'on ne peut employer ni l'artillerie ni la cavalerie, et surtout c'est faire un mauvais calcul que de porter reffort décisif sur un point où la résistance de l'adversaire s*accroît de celle d'un terrain extrêmement fort.
Si l'armée principale s'était avancée par Legnago, ou bien elle atteignait Mantoue et dégageait. Wurmser, ou bien elle était battue par le gros des forces françaises. Dans ce dernier cas, la colonne du Tyrol, si elle parvenait à pénétrer jusqu'à Mantoue, pourrait courir le danger de se voir couper la retraite comme nous l'avons dit dans le chapitre 60 ; mais, même après une défaite, l'armée principale n'était nullement hors d'état de faciliter la retraite de l'autre et de l'assurer ; du moins elle pouvait faire plus qu'Alvinzi n'a pu faire de Rivoli pour Provera.
Enfin le fractionnement en trois colonnes est une autre grosse faute. La colonne du général Bayalitsch ne pouvait
avoir d'autre but qu'une démonstration; employer à cela 5,000 hommes qui n'en immobiliseraient pas moitié autant chez l'adversaire, est une mauvaise économie des forces.
Gardons-nous, du reste, d'attacher trop d'importance à tout cela. Les dispositions stratégiques ont bien leur valeur, mais elles sont loin d'être seules à déterminer le résultat ; c'est l'exécution qui fait la plus forte part du succès, et les 20,000 prisonniers faits en trois jours par Bonaparte sont dus bien plutôt à l'exécution qu'au plan même.
Fin de la campagne.— Chute de Mantoue.— Le pape est contraint de signer la paix de Tolentino.
Peu après la bataille de la Favorite, Bonaparte avait mis ea mouvement les généraux Victor et Lannes, ayant ensemble 5,000 hommes, vers les États romains. Victor entrait à Imoia dès le 2 février.
Ce même jour, par conséquent une quinzaine de jours après la bataille de la Favorite, Wurmser capitulait à Mantoue. Il obtint, en témoignage de considération personnelle, libre passage pour lui avec 500 hommes et six pièces de canon; la garnison posa les armes. On l'évaluait encore à 15,000 hommes, et le dénombrement des malades laissés dans les hôpitaux en donna 6,000 ^ Par conséquent, des 28,000 hommes que la place avait contenus en tout après la seconde attaque de Wurmser, 7,000 étaient morts ou disparus.
La défense de la place avait duré huit mois en tout ; celle que cette garnison avait soutenue, un peu plus de six mois.
Bonaparte pouvait désormais se consacrer tout entier aux affaires de Rome.
Quoi qu'il n'eût destiné que peu de monde à cette entreprise, il crut cependant qu'il y aurait peut être lieu de pousser jusqu'à Ronae ; il entretient le Directoire, dans une lettre du jer février, du projet suivant : non seulement Ferrare et la
(1) D*après le rapport du général Sérurier à Bonaparte, du 3 février. Correspondance inédite, Italie, tome II, page 471 . (Note de fauteur.)