FIN DE LA CAMPAGNE. — CHUTE DE MANTOUE
six semaines, parce qu'elle ne peut pas attendre pour faire valoir ses droits à la victoire. C'est manifestement une force accélératrice acquise qui a motivé cette conduite exceptionnelle et l'a rendue possible. Ce seul élan sufQt à atteindre le but ; les grandes masses n'en vinrent plus aux mains et ne modi- Gèrent point la situation, de sorte que cette campagne de 1797 ne peut être considérée que comme une partie, un sixième acte de la précédente.
Le lecteur nous comprendrait mal, s'il croyait qu'il nous faut tant de paroles pour nous excuser de traiter la campagne de 1797 comme un appendice de celle de 1796; il est à peine nécessaire de s'en expliquer ; il se tromperait également s'il croyait que nous attachons une valeur pédantesque à savoir ce qu'on peut appeler une nouvelle campagne ; le droit de définir n'a pas à entrer dans une histoire militaire ; seulement, nous trouvons la caractéristique de la campagne de 1797 dans le fait qu'elle ne comprend que la fin d'un mouvement déjà entamé, qui se continue presque involontairement jusqu'à ce qu'il soit éteint par le frottement et les résistances passives ; ce n'est qu'en l'envisageant à ce point de vue qu'elle devient tout à fait intelligible, comme nous le montrerons de plus près en faisant nos réflexions sur elle (1).
Avant d'en venir à cette partie, nous avons encore à jeter un coup d'œil critique sur l'ensemble de la campagne de 1796.
(1) Ces considérations manquent absolument de justesse. La campagne ' de 1797 est caractérisée par le fait que Bonaparte a reçu des forces suffisantes pour garder la roule d'Innsbrûck tout en marchant sur Vienne. D n'y a pas de « force vive acquise » qui eût permis à 30,U00 hommes de marcher sur Vienne, et, toutes les fois que deux campagnes se succèdent sans être séparées par une période de paix, la seconde est la suite naturelle de la première.
Considérations sur Tensemble de la campagne
L'offensive des Français les conduisait jusqu à la frontière alpine des États autrichiens. C'était assez naturel, étant données la séparation des Sardes et de l'Autriche, l'énergie de Bonaparte et la supériorité morale de son armée, et il n'y a là aucun phénomène qui ait besoin d'explication. Sur le chemin des États autrichiens, le général vainqueur rencontre la grande place de Mantoue, fortement occupée ; il s'y arrête. Cette forteresse et la nature de la frontière des Alpes ne lui permettent pas de se joindre aux deux armées qui opéraient en Allemagne. Quatre grandes victoires collectives, remportées coup sur coup, ne lui donnent que des résultats négatifs ; mais une seule victoire de son adversaire lui aurait fait perdre toute la Lombardie et l'aurait vraisemblablement rejeté jusqu'aux Alpes maritimes. Ces propriétés inéluctables de la situation tiennent-elles à quelque influence magique, à quelque élément stratégique particulièrement efQcace ? Sont-ce certaines lignes ou certains angles? Est-ce l'action de certains points ou la puissance d'une certaine position qui imposent ces résultats? Si nous faisons cette question, c'est que la stratégie,, depuis qu'elle a voulu s'ériger en science, ne se contente pas volontiers des propriétés les plus simples et les plus évidentes pour expliquer les succès dont la grandeur l'étonné ; elle éprouve le besoin de découvrir des forces secrètes dans des choses invisibles, qui échappent à l'œil du profane. En tous cas, on est bien forcé de voir clair quand il s'agit du résultat final d'une campagne. En effet, on ne va pas, pour l'expliquer.