CONSIDÉRATIONS SUR L'ENSBMBLB DE LA CAMPAGNE
mière attaque avec 80,000 hommes. II n'est pas douteux qu'avec de tels effectifs on aurait reconquis du coup la Lombardie.
On s'est hâté, il est vrai, de faire la première tentative parce que Mantoue était assiégée et pouvait tomber d'un jour à l'autre ; il était donc parfaitement justifié de faire cette tentative avec ce qu'on avait sous la main ; mais les deux suivantes n'étaient plus aussi urgentes, et on aurait pu les ajourner puisqu'on y trouvait l'avantage de paraître avec 20,000 hommes de plus. On va dire à cela qu'en septembre (c'est-à-dire au moment de la seconde tentative) on ne pouvait pas savoir que Mantoue tiendrait jusqu'en janvier (moment de la quatrième tentative), mais la crainte qu'elle succombât plus tôt n'était nullement motivée ; il n'était pas douteux, du reste, que l'on pouvait avoir ces renforts trois mois plus tôt, puisqu'on ne les appela qu'à la troisième tentative, en novembre (1).
En un mot, si la monarchie autrichienne était en mesure d'envoyer 36,000 hommes de renfort à son armée d'Italie entre le milieu du mois d'août (fin de la première offensive) et le milieu de janvier, elle était aussi en état de le faire avant le milieu d'octobre : il suffisait que le gouvernement fût pénétré à temps de la nécessité de consentir des efforts aussi considérables.
La faute dans laquelle le gouvernement autrichien est tombé ici viole un des principes fondamentaux de la stratégie, à savoir : qu'il faut employer en même temps toutes les forces disponibles.
L'apport successif de forces nouvelles pour produire des chocs répétés coup sur coup, qui est d'une importance incalculable en tactique, va, au contraire, en stratégie, contre la
(i) Ce que Clausewitz appelle la seconde tentative, c'est-à-dire le niouvement de Wurmser sur Bassano, était destiné surtout à retenir Bonaparte en Italie au moment où Moreau atteignait Tlnn. Ce résultat, autrement important que la conservation de Mantoue, a été atteint. Il a empêché les Français d*écraser Tarchiduc et de marcher sur Vienne avec 100,000 hommes.
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nalare des choses. Il serait trop long de développer ici ce principe, mais il saffit d*y réfléchir sans parti pris pour reconnaître à quel point il s'impose. La stratégie prescrit d'amener ensemble à la bataille toutes les forces dont on dispose, ou, du moins, si Ion n'a pas besoin du tout, ce qui est nécessaire a assurer le succès. On ne mettra en réserve, pour une action ultérieure, que ce qui n'aura pu être mis sur pied pour Ventrée en campagne.
Or personne ne prétendra que les Autrichiens eussent assuré sufQsamment le succès de leur attaque, en engageant une armée à peine aussi nombreuse que celle de rencemi ; ce qui venait d'avoir lieu devait les avoir édifiés sur la supériorité morale des Français, qu'ils en fissent remonter la cause au général ou aux soldats ; lorsqu'on veut s'assurer le succès, et qu'on n'a pas soi-même une supériorité morale suffisante, il faut s'assurer une supériorité numérique notable, et quand on est obligé de reconnaître la supériorité morale de l'ennemi, il faut estimer au double l'excédent d'efiectif nécessaire. Du reste, nous l'avons déjà dit, il ne faut pas objecter que les Autrichiens, avec plus d'efforts, ne seraient pas arrivés à mettre sur pied en trois mois les forces qu'ils ont engagées en cinq. De toute façon, le temps ne pressait pas, et nous sommes en droit de dire que les Autrichiens ont eu tort de ne pas engager simultanément, mais bien successivement, des forces que la victoire exigeait et qu'ils pouvaient fournir.
La cause psychologique de cette faute n'est pas difficile à apercevoir. En toute chose, on ne fait pas volontiers ce qui exige un efTort, à moins d'en sentir la nécessité immédiate ; il faut donc des motifs très puissants pour pousser les hommes à faire de grands efforts. L'Autriche en avait de pareils chaque fois que les généraux autrichiens avaient été battus en ItaUe ; car alors la frayeur et la consternation renaissaient ; on appelait donc de nouvelles forces ; mais dès que la défaite n'était plus présente, les efforts cessaient avec la pression brutale des circonstances. En nous plaçant à ce point de vue, nous avons eu le droit de dire que si l'on n'eut pas à sa disposition simul-