BONAPARTE FRANCHIT LES ALPES JULIENNES. SOS
Cadore puis à Spilimbergo, il y a douze milles à faire en tra-^ versant une chaîne élevée, et Masséna ne put les parcourir en un jour ; en outre, il est peu croyable que, deux jours avant la bataille du Tagliamento, Tarchiduc ait permis à ce général de franchir isolément ce fleuve, à un mille de sa position ; troisièmement, Masséna n'a attaqué le général Otchkay que le 20 dans la position de Casa Sola ; s^il s'était trouvé dès le 15 à Gemona, à trois milles de là, il serait donc resté cinq jours inactif. Il est très probable que Masséna ne parut à Spilimbergo qu'après la bataille, c'est-à-dire le 17 au plus tôt ; qu'il fut îe 18 à San Daniele, le 19 à Gemona, enleva le 20 la Chiusa Veneta et chassa Otchkay de sa position de Casa Sola, au sud de Pontebba (1).
Quant à l'objet de ce mouvement de Masséna dans la vallée de la Piave, il ne ressort d'aucun récit ni d'aucun rapport. On l'appelle un mouvement tournant autour de la droite ennemie ; mais ce ne peut être qu'à Spilimbergo qu'elle agit ainsi ; le trajet elliptique sur la Piave et retour n'en fait pas partie. Il semble bien plutôt que Masséna ait eu tout d'abord pour destination de pénétrer jusqu'à la Drave par la vallée de la Piave, en se portant de Pieve di Cadore sur Toblach. Ce pouvait être un mouvement débordant autour de l'aile droite des positions de la Fella et de l'Isonzo, ou comme une liaison entre l'armée principale et Joubert ; mais il n'y a là aucune relation bien suivie avec ce que fît Masséna dans la suite. Les deux destinations qu'on lui attribue auraient été mauvaises, plus dans l'esprit d'une stratégie autrichienne que napoléonienne. Le retour de Masséna par le Zellino sur le Tagliamento est un véritable demi-tour sur place, ce qui suppose une disposition changée, décommandée ; il nous semble très probable que Bonaparte s'est laissé entraîner d'abord à une mesure qui lui
(I) Ce calcul de Glausewitz est exact. Ayant dû poursuivre Lusigna» jusqu*à Cadore, Masséna revint sur ses pas pour rejoindre par Serra valle. Les montagnes étaient infranchissables à cause des neiges, et la rout^ même de Longarone à Serravalle présenta de grandes difficultés.
parut vicieuse par la suite, et qu'il ordonna au général Masséna de marcher sur le Tagliamento par le chemin le plus court, et d'agir en liaison plus étroite avec Tarmée principale (1).
Combat du TagliAmento, le 16 mars.
L'archiduc avait, nous Tavons vu, réuni les 15,000 à 20,000 hommes de son armée à Valvasone, dierrière le Tagliamento, dans l'intention d'accepter la bataille, mais de ne pas tenir trop obstinément, de manière à ne pas s^exposer a un véritable désastre. L'infanterie occupait surtout les villages» la cavalerie était en arrière pour être employée à charger. Si l'afTaire ne paraissait pas bien tourner, il la mènerait comme un simple combat dé retraite, dans lequel on disputerait le terrain à l'ennemi, pied a pied, en ayant soin de se dégager.
Le Tagliamento avait très peu d'eau ; les Français passèrent en amont et en aval de Valvasone sans difficulté, et presque en formations régulières.
II était midi, et la résistance ne dura que jusqu'à la tombée de la nuit ; ce fut donc au bout de quelques heures seulement que l'archiduc se retira, perdant 500 hommes et six canons.
L'archiduc ne décida pas de se replier sur Laybach avec toutes ses forces, mais son aile droite, sous Bayalitsch et Gontreuil, se retira excentriquement par Udine, Cividale, Caporetto et la vallée de l'Isonzo, sur Tarvis ; Tarchiduc se porta avec HohenzoUern et Reuss par la roule de Gradisca et Gorz sur Laibach. Ce qui lui faisait prendre cette disposition au moins risquée, c'est qu'il croyait les forces laissées sur la
(1) La vérité est beaucoup plus simple que toutes ces suppositions. Masséna est chargé de détruire le corps de Lusignan, de manière à empêcher les deux armées ennemies de communiquer autrement que par Toblach. Cela fait, il rejoint Tarmée, où il forme la seconde ligne à la place de Bemadotte, poussé en première ligne. Bonaparte avait espéré que Masséna arriverait sur le Tagliamento avec les antres divisions de l*armée> mais le mauvais état des chemins s'y opposa.