PENDANT LA TAMPAGNE DE
CHAPITRK PREMIER.
SITIATIOX (ÎKNKHALK KN NOVKMIIRK KT DKCRMKnE 1818.
Divergence d'opinion des généraux alliés. — La victoire de Haiiau avait rouvert aux fçlorioux vaincus de Leipzig la roule de France que les Austro-Bavarois de Wr^de avaient vainement tent<^ de leur barrer. L'Enij>ereur, inonientanénient rassuré sur lo sort des di'brisde son armée qu'il allait charger de garder la rive gauche du Rhin, quittait Mayence le 2 novembre et revenait à Paris pour y organiser d(» nouvelles forces. Pendant c<» temps les souverains alliés hésitaient, comme étonnés delà grandeur des résultats obtenus, et, m» sachant h quel parti s'arrêter, perdaient, dans des discussions stériles, dans des négociations condamnées par leur nature même à rester infructueus(»s, ro<*casion de tirer parti de leurs avantages et di» mettre, en quelques semaines, fin à la guerre qui désolait l'Europe.
Quoi qu'on ait [>u alléguer depuis lors pour (essayer de justifier l'inaction des Alliés, quelle que puisse être la véritable valeur des considérations militaires ou des raisons politiques invoquées pour les besoins de la cause, Blficher était évidemment dans le vrai lorsqu'il faisait écrire, le 3 novembre 1813, par Mùffling, la lettre suivante adressée au général Knesebeck : « On peut maintenant se rendre compte de la position de Napoléon. Si nous
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nous portons rapidenicnl sur la Hollande el si nous franchissons le Rhin, la conquête d(» hi Hollande sera chose faite avant deux mois et l'on signera une paix durable. Si nous restons au contraire sur la rive droite," si nous nous laissons arrêter par des n^^gociations, nous aurons îi faire en 1814 une rude et sanglante campagne. Napoléon est actuellement dans la situation la plus difficile et la plus critique dans laquelle il ait jamais été, dans une situation qui ne saurait devenir pire. Je suis curieux de voir connnent son génie lui permettra de s'en tirer. »
Mais connne ni Miiftling, ni Gneisenau, ni Pozzo di Borgo, ni Bliicher ne devaient parvenir h se faire écouter, à ce moment du moins, il nous a paru indispensable d(; faire précéder notre travail de l'exposé sonnnaire de la situation réciproque des deux partis vers le milieu de novembre 1813, de chercher à y découvrir les raisons diplomatiques ou autres qui ont décidé les Alliés à violer le principe si juste posé par Clausewitz : « Le vainijucur iloil toujours tendre à hàtcM* la solution, le vaincu h la retarder*. »
Les Alliés se décident à suspendre les opérations. — II
convient de recoiuiaîlre que les Alliés se trouvaient dans uik^ |)Osition toute spéciale. Favorable dans son ensemble, surtout au point de vu(» militaire, elle présentait, en raison même des <-ondilions et des tendances de la coalition, de son origine et de ses aspirations, d'innombrables difficultés. Et ce sont ces difficultés mêmes qui, se manifestant alors avec une recrudescence d'intensité, ont dû puissamment contribuer îi faire prévaloir les idées de l)rudence (îxagérée, de tem|)orisation intempestive, et à annihiler les efforts tentés par les partisans d'une offensive aussi rationnelle ((ue peu dangereuse.
(l'est ce fait que le nmréchal Ney • constatait quelques mois l)lus tard, lorsqu'on lui d(»manda après la signature de la paix quelle eîlt été la conséqueiu'e d'une continuation inmiédiate de> opérations : « Messieurs les Alliés auraient pu compter leurs jour- « nées d'étapes jusqu'à Paris. » Mais à ce moment l'inlluenc'e na-
* Clause wiTZ, Critique itratéyique de fa campagne de France en 1811. i Bern'uardi. Tofl, IV, p. 46.
turelie exercée |iar les inlénMs l'ssentielleineiil diftérents de chacune des puissances ailiées avail repris le dessus: les menées diplomatiques remportaient sur les considérations militaires; la voix de Metternich et df Knesei)erk ini|)Osait sileuïu» aux prièn^s et aux réclamations di» BliielitT et de Gneisenau.
Il ne pouvait, d'ailleurs, en être autrement à un moment où le parti de la guerre à outrance n'avait guère pour représentants militaires, sérieux et convaincus, que le connnandani et le chef ilétat-major général d»' l'armée de Silésie. L'enq^ereur Alexandre, lui-même, tout en étant l'Ame dr la coalition et bien qu'il n'eût pas abandonné un instant l'idée de répondre à Toeeupation de Moscou [»ar une entrée trionq)hale à Paris *. avait dû céder momentanément à la pression générale. Il avait, d'ailleurs, pu remarquer un an plus tôt. lors du passage du Niémen et d(* la Vistuh'. à leur entrée en Prusse, quv ses généraux trouvaient Ihoinieur de la Russie suftisanum»nt vengé par l'anéantissement de la Grande Armée et la délivrance du t(»rritoirc national. Qminl au roi de Prusse, iîitluencé par l(»s conseils pacitiques de Knesebeck, il n'avait pas cessé et ne devait jamais cesser d'être un instrument docile entre les mains d'Alexandre. L'Angleterre, fatiguée de la guerre qu'tîlh; soutenait dcqiuis si longtenq»s, épuisée par les subsides considérables qu'elle élail obligée de fournir à la coalition, aurait d'autant plus volontiers souscrit à la paix qu'elle avait, en grande partie, atteini so!i but et réalisé son i^rogrannue. L'Au- I riche, certaine désormais d(* voir ses anciennes provinces allemandes et ses jX)ssessions italiennes lui faire retour dès que les hostilités cesseraient, ne se souciait guère de continuer une guerre dont elle savait ne pouvoir tirer aucun profit nouveau. Kntin, Bernadotte, poursuivant la réalisation de ses rêves ambitieux, se bereant du vain espoir de renq)lacer Napoléon sur le Imne de France, se prononçait vivement contre le plan proposé par Blùchcr qui voulait, après avoir passé le Rhin à Mùhlheini. le 15 novembre. |)endant que l'armée du Nord aurait pénétré eu Hollande, se i>orter avec son armée sur Bruxelles et continuer de là sa marche sur Paris. L'armée de Bohème devait naturellement, dans ce projet. acc(înlu(»r sou mouvement en avant et pas.ser. elle
1 Caulaincourt devait écrire, le :)0 janvier à Naiwléon. de ChâtiUon : « Le ozar veut faire voir ses garde.-; aux Parisiens pour veuger IMoscdu. h
aussi, sur la rive gauche du Rhin. Il est bien certain que les débris de l'armée française, échelonnés depuis Huningue jusqu'à la mer du Nord, n'auraient pu arrêter sérieusement les alliés; l'Empereur le reconnaissait lui-même, puisqu'il écrivait le 19 novembre à Marmont : « Nous ne sommes dans ce« moment-ci en mesure pour rien. »
Quoi qu'il en soit, l'habileté de Metternich, qui avait trouvé moyen de se mettre en relations avec Saint-Aignan, les insinuations perfides et intéressées de Bernadotte, qui ne contribuèrent pas peu à faire accepter ces atermoiements au czar, en lui inspirant l'idée de chercher à séparer la cause de Napoléon de celle de la France, eurent raison de la haine insatiable de Blûcher, de la logique et des arguments de Gneisenau. Le maréchal Vorw.erts, escomptant les ordres de marche qu'il se croyait certain de recevoir, faisait descendre, le 7 novembre, la Lahn aux corps d'York et de Sacken pour les pousser ensuite, à partir de Limburg, sur la grande route de Francfort à Cologne. Il dirigeait Langeron par Siegen et voulait le faire rallier par Saint-Priest venant de Cassel ; mais, pendant ce temps, le conseil de guerre réuni à Francfort le 7 novembre, se prononçait contre la continuation immédiate des opérations et, se basant sur l'état précaire dans lequel se trouvait surtout l'armée de Silésie, prescrivait îi Blûcher de revenir sur ses pas et de se charger du blocus de Mayence.
La France était momentanément sauvée; l'Empereur allait avoir le temps de faire sortir de terre de nouvelles formations, de se créer de nouvelles ressources. Aussi Napoléon n'hésita-t-il pas à accepter les ofTres qu'on lui fit, et il désigna Mannheim comme lieu de réunion des plénipotentiaires.
Mais si le parti de la paix avait eu un instant le dessus, les efforts de Stein et la haine de Pozzo di Borgo ne devaient pas tarder à amener bientôt un revirement presque complet. On avait reculé d'abord, au grand quartier général des Alliés, devant une offensive qui pouvait en quelques jours mettre fin à la campagne; cependant, comme on n'y voulait pas d'une paix qui n'aurait pu être durable, et comme on était décidé h reprendre les opérations dès que les troupes se seraient refaites, dès que les renforts seraient arrivés, dès que les colonnes de munitions auraient rejoint, on convint, contrairement aux prévisions de l'Empereur, de faire une campagne d'hiver.
Proclamation du 1^' décembre. — b'aiitrc part, pour priv(T Napoléon d'une partie de ses ressources, pendant qu'ils continuaient à négocier, les souverains alliés, se ralliant h l'idée émise par Bernadotte, tentèrent de séparer la cause de l'Empereur de celle de la France, en lançant la proclamation du !•' décembre. Ils y déclaraient nettement que : « Les puissances alliées ne font pas la guerre ii la France, mais à cette prépondérance hautement annoncée, à cette prépondérance que, pour W. malheur de l'Europe et de la France, l'empereur Na|)oléon a trop longtemps exercée hors des limites de son empire. »
Il ne nous appartient pas d'approfondir la nature, l'étendue des pouvoirs donnés de part et d'autre aux plénipotentiaires, de chercher à démêler quelles ont été réellement les intentions, plus ou moins sincères des souverains et de leurs nnnistres. Nous pensons, cependant, que Napoléon (et les instructions données à Caulaincourt sont loin d'infirmer notre manière de voir) aurait à ce moment accepté une paix honorable si elle lui avait été sérieusement offerte. Dès le 10 décembre, du reste, le doute ne lui était plus permis, et la réponse faite par Metterni<'h ii Caulaincourt est là pour prouver qu'à ce moment déjà, la coalition était décidée à amener par les armes la solution qu'elle recherchait. De son côté. Napoléon n'avait pas perdu son temps depuis son retour à Paris; gr«ice aux sénatus-consultes des 9 octobre et 15 novembre, il espérait tirer du pays 545,000 conscrits. C'est avec ces ressources qu'il comptait fiiire face à l'invasion et soutenir les trois corps de Victor, de Marmont et de Macdonald, dont les 45,000 hommes échelonnés depuis la Suisse jusqu'à la Hollande, allaient avoir à supporter, avec les ((uelques troupes postées en Belgique, les premières attaques des armées alliées.
Plus on examine la situation morale et matérielle des belligérants vers la mi-novembre 1813, et moins on saisit les motifs qui ont pu décider les Alliés : d'abord, à renoncer aux avantages qu'ils devaient à la victoire de Leipzig, et à se priver, comme la dernière partie de la campagne de 1815 ne devait pas tarder à le démontrer, des bénéfices certains que leur aurait assurés une offensive immédiate et vigoureuse ; ensuite, à découvrir leur aile gauche en violant la neutralité de la Suisse; enfin, à faire choix d'un plan d'opérations excentrique qui avait tout au plus, pour excuse apparente, de diminuer rétendue de la li.$cne d'opérations de l'armée autrichienne.
Situation de Tannée française. — Kcnseignés comme ils l'étaient par leurs propres agents et par les partisans des Bourbons, les Alliés devaient savoir que TEmpereur aurait peine à opposer, en y comprenant la garde et le petit corps de Belgique, 60,000 h 70,000 hommes aux 150,000 hommes qu1l leur était si aisé de pousser immédiatement sur Paris. Comme le dit Clausewitz, « les Alliés étaient numériquement assez forts pour ne courir aucun danger en se résolvant à utiliser la puissance que venait d(» leur donner la victoire, à entrer en France et à contimicr leur mouvement en avant jusqu'à la prise de Paris... » Il est évident que Tarmée française, si elle avait été poursuivie, se serait retirée jusqu'à Paris. Il n'y avait nulle part des forces suffisantes pour la recueillir, et les Alliés le savaient fort bien. Au lieu de se refaire et de se renforcer, cette armée se serait atfiiiblie en déUichant les garnisons qu'elle aurait été obligée de jeter dans les forteresses, et Ton ne saurait être taxé d'exagération si l'on affirme qu'en arrivant sous Paris, elle n'aurait compté guère plus de 35,000 à 40,000 hommes.
Opinion de Clausewitz snr le plan des Alliés. — Connue Clausewits le fait encore remarquer quelques pages plus loin dans sa Critique stratégique de la campa{i)ie de France w 1814, l'ol)jectif stratégique des Alliés était d'abord f anéantissement des forces à l'aide desquelles l'Empereur aurait reconstituée en France une nouvelle armée, puis la prise de Paris.
Il en résultait donc pour les Alliés l'obligation de se porter, avec toutes leurs forces réunies, contre l'armée française, de hii livrer une bataille décisive, puis après l'avoir battue de marcher sur Paris, sinon avec la totalité, du moins avec la plus grande partie de leurs troupes. On devait, en un mol, faire sortir la pair des cotiséquences mêmes de la bataille de Leipzig^,
L'objectif était donc plus nettement déteniiiné qu'il ne la jamais été au début d'une campagne. Les Alliés devant chercher à rendre le plus rapidement possible une grande bataille inévi-
* Clausewitz, Critique ëtralégique de la campagne de France en i8l4. — Clausewitz ajoute encore : « Pour se servir des termes favoris des écrivains militaires, c'était le cas de s'élever au-dessus des règles consacrées, de r«*niplacer la f^erre méthodique par la plus cxtn^me audace. »
lal)l(\ il aurait été iiatmvl t't lo^itiiu» de so porter on avant par la grande roule la plus directe do Francfort à Paris, par MayeiH'e et Metz, en limitant conséqueniment le nombre des roules suivies par I(\s différents corps à ce qui était strictement nécessaire pour faire vivre et marcher une armée de près de 200,000 hommes.
Or, ajoute Clausewitz, i)uisqu'on devait, en se rapprochaîit d»» rennemi, réduire ce front de marche de manière îi permettre et à faciliter la concentration des troupes destinées à prendre part à la lutte, il importait de choisir à l'avance un point de réunion pour les armées. Comme il était impossible d'admettre qu(» h»s forces françaises parvinssent à se mass(T ailleurs que sur la Haule- Meuse ou sur la Marne, ce point devait être Verdun ou Chàlons, villes précisément situées sur la route centrale la plus courte. Au cas où l'Kmpereur aurait «hoisi un autre centre de résistance on avait ainsi la faculté de prendre Nancy comme point général de réunion au Vwxi de Verdun ou de ChAlons.
En un mot les Alliés auraient pu et dû marcher, dès le principe, en trois grosses colonnes jusqu'il hauteur de Luxembourg, Metz et Nancy. En portant inmiédiatement et directement la guerre au cœur môme de la France, ils facilitaient encore la conquête des Pays-Bas et de la Belgique en rendant impossible Tenvoi des renforts destinés aux faibles corps chargés de la garde de ces régions.
Plan d*opérations du prince de Schwarzenberg. — Puis- «pi'on savait que l'armée française ne pouvait en aucun cas se concentrer en avant de la rive gauche de la Meuse; puisqu'on voulait ramener dans le Haut-Rhin les lign(»s de connnuniiuition des troupes tirées de l'Autriche et des États de l'Allemagne du Sud; dès qu'on se décidait, d'aulre part, à ne franchir le haut Rhin à Lorrach que dans les derniers jours de décembre et le Rhin moyen qu'en janvier, la marche par le Brisgau et [)ar la Suisse entraînait une perte dtî temps inutile et par conséquent nuisible. Enfin, puisque l'on avait posé en principe d'opérer de manière à accepter la bataille toutes les fois que l'ennemi aurait divisé ses forces et que la supériorité serait décidément de notre côté (du côté des Alliés, c'est toujours Clausewitz qui parle), de l'éviter, au contraire, lorsque toutes les forces de l'ennemi se trouveraient réunies et dirigées sur le point menacé par nos
armées S — c'était commettre une grosse faute que de se séparer dans le principe pour opérer ensuite une jonction qui devait être d'autant plus aléatoire qu'elle allait vraisemblablement s'effectuer en présence d'un adversaire tel que Napoléon.
Premiers mouvements de Tarmée de Bohême.— Quoi qu'il en soit, l'empereur Alexandre, après avoir hésité pendant quelques jours, avait fini par approuver le plan que le généralissime autrichien lui avait soumis dans les derniers jours de novembre. La grande armée de Bohême quitta, vers le 10 décenïbre, les canlon-
^ Propositions générales sur un plan d*opérations contre la France présenté à Francfort-sur-lc-Mein par le feld-inaré<:hal prince de Schwarzenberg à Sa Majesté l'empereur de Russie (Archives de V état-major de Saint-Pétei'sbourg) . Résumé des mesures proposées à ce moment par S(!liwarzenbfrg :
i^ Tous les cosaques et tous les partisans disponibles dans les différentes armées seront immédiatement jetés sur la rive gauctie du Rbin. On leur donnera pour instruction de former des colonnes mobiles, de traverser la France dans tous les sens pour empocher les conscrits de se rassembler et de rejoindre leurs dépôts ou leurs corps, et enfîn d^inquiéter et d'interrompre autant que possible les communications de Teunemi (a).
2° La grande armée de Bohême marchera par sa gauche ; elle passera le Rhin et tâchera de pénétrer dans l'intérieur de la France pour tendre la main à Tannée de lord Wellington et à celle d'Italie.
3° L'armée du maréchal Bliicher passera également le Rhin dans le but de contenir Tannée française, de l'occuper, de manœuvrer contre elle jusqu'au moment où Tarniée de Bohême aura atteint les communications de Tennemi. Le maréchal Bliicher sera soutenu par un corps que la grande armée détachera pour observer Kehl et Brisach et qui sera sous ses ordres lorsque la grande armée avancera dans l'intérieur de la France.
4° En même temps Tarmée de S. A. R. le prince royal de Suède passera le Rbin aux environs de Diisseldorf ou de Cologne et se dirigera sur la Hollande» ainsi que S. A. Ta fait pioposer par M. le comte de Lowenhielm. Comme les forces principales de Tennemi seront contenues par les autres années alliées, il n*est pas probable que les forteresses de la Hollande soient ravitailleras et pourvues de garnisons suffisantes ; il est donc à désirer que le prince royal de Suède accélère cette opération autant que possible avant que Tennemi ne puisse réunir les moyens de s'y opposer.
En renforçant le corps du général Wallmoden d'une partie de Tarmée suédoise suffisante pour contenir le maréchal Davout, S. A. R. garderait avec elle le corps de Winzingerode, celui de Bulow, les Saxons et un corps suédois avec lesquels il entreprendrait l'expédition de Hollande.
Par une marche rapide de Cologne sur Anvers on réussirait à couper la Hollande de la France, à empocher l'empereur Napoléon de jeter des garnisons dans les places fortes, et enfin à prendre ce pays à revers, ce qui faciliterait Tinsnrrection de ses habitante et donnerait les moyens de les faire soutenir par l'Angleterre.
(•) Rlta de cela n'a éié fait, comme nooi le démontrerons pluf tard.
nements (ju'olle avait ocnipés drs le 18 novembre, depuis Lahr jusqu'au Mein, (»t remonta peu à peu h» cours du Rhin, pendant que Schwarzenberg. décidé i\ violer la neutralité de la Suisse, partait de Francfort h» 9 décembre pour surveiller de plus près ces mouvemenis. Passant par Heidelberg et Carlsruhe, le généralissime installait, le il, son (juartier-général h Fribourg-en- Brisgau.
Composition de cette armée. — La grande armée de Bohême se composant des : 1" division légère autrichienne (feld-maréchallieutenant comte Bubna); :2« division légère autrichienne (feldmari!»chal- lieutenant prince Maurice Liechtenstein); !••*• corps d'armée autrichien ( feldzeugnïeist(T comti» (^olloredo) ; II« corps d'armée autrichien (feld-maréchal-lieutenant prince Alois Liechtenstein) ; III® corps d'armée autrichien (feldzeugmeister comte Gyulay); IV« corps d'armée wurtembergeois (prince royal <le Wurtemb(»rg) ; V« corps d*arnié(» austro- bavarois (général de» cavalerie comte Wrède): VI® corj)s d'armée russe (général de» cavalerie comte Wittgenstein) ; réserves autrichiennes (général d(^ cavalerie princt» héritier de Hesse-Hombourg) ; gardes et réserves russes et prussiennes (général d'infanterie comte Barclay de Tolly), soit 233 bataillons, 30i escadrons avec 682 bouches à feu et un effectif total de près de 200,000 hommes *. Elle commença son mouvement vers la Suisse le 10 décembre. Sa tête de colonne, la division Bubna, était arrivée, dès le 9 décembre, à Lorrach où Schwaraenberg transporta son quartier général le 20.
Composition de l'armée de Silésie. — L'armée de Silésie, sous les ordres de Blûcher, composée du V^ corps prussi(»n (général d'infant(;rie von York), du II* corps prussien (général lieutenant von Kleist), du corps russe du général d'infanterie comte Langeron, du corps russe du général d'infanterie baron Sacken, du corps volant du prince Biron de (^ourlande, forte de 146 1/2 bataillons. 152 escadrons, 17 réginients de cosa-
* D'après Bogilanovitch : 255 bataillons, 304 escadrons. 26 nfgiments de cosaques, 690 bouches à feu et un effectif total de 198,300 hommes; diaprés Plotho: 239 bataillons. 293 escadrons, 684 bouches à feu et 228,650 hommes; d'après Damitz : 263 bataillons, 295 escadrons, 581 bouches à feu et 200,687 hommes.
(}ues, 448 canons avec un effectif de» 9o.440 hommes, devait, lorsqu'elle aurait été rejointe par les 1V« et V« corps fédéraux (Électeur de Hesse et duc régnant de Saxe-Cobourg), présenter un total de 191 1/2 bataillons, 155 escadrons, 500 bouches à feu et 136,670 hommes. Celte armée qui, à la date du 20 décembre, occupait des cantonnements resserrés sur la rive droite du Rhin, de Mannheim à (loblence, ne présentait, lorsqu'elle ronnnença sa marche lors du passage du Rhin (l^"^ janvier 1814), qu'un effectif de 50,000 hommes. Le corj)S de Kleist était à cette époque encore sous Erfurt; celui de Langeron resta devant Mayenco et les IV** (»t V* corps fédéraux, en voie de formation, ne rejoignirent que beaucoup plus tard.
Composition de rarmée du Nord. — Quant :i l'armée du Nord, sous les ordres du prince royal de Suède et dont les différents corps représentaient un(î force totale de près de 170,000 hommes, elle se composait du III* <!orps d'armée prussien (général-lieutenant von Bulow, 30,000 honmu»s et 96 bouches à feu), du corps russe du général de cavalerie baron Winzingerod(» (30,000 hommes et 132 bouches à feu)*, du III« corps fédéral (général de cavalerie duc de Saxe-Weimar, 23,000 hommes et 56 bouches à feu), du corps du général-lieutenant comte Walmoden (15,000 hommes et 32 canons), de 10,000 hommes de troupes néerlandaises, milices sous les ordres du prince d*Orange, des 9,000 Anglais» du général Graham: enfin, du <!orps suédois du feld-maréchal comte Stedingk (23,000 hommes et 62 bouches à feu) et du II" corps fédéral sous les ordres du duc de Brunswick, fort de 32,900 honnnes et 64 bouches à feu '.
Effectifs de Tarmée française au i" janvier 1814. — A ces
forces considérables, aux 200,000 hommes que les Alliés allaient
* Le corps de Buiow arriva le 24 février à Laon ; mais ces deux corps ne rejoignirent l'armée de Bliicher qu'en mars. Le III* corps prussien ne comptait plus alors que 16.000 hommes.
^ Ces troupes n'opérèrent que dans les Pays-Bas et en Belgique,
' Ces deux derniers corps ne prirent pas part à la campagne de France, mais en revanche les armées furent renforcées pendant le coui*s des opérations par les VI* et Vlll* corps fédéraux et par les contingents hessois, wiirtzbourgeoil, badois, etc.
jchT <ontre lui drs les pnMiiÛTs jours iW janvier 1814, Napoiéoii IH» j>ouvait opposer depuis Huniiijçue jus(iu'au <lelà do Ninirgue que Victor, qui sur\'eillait le eours du Rhin deHuningueà Landau avec le 2® corps (o,615 homni(»s (»l 14 canons) (»l le 5® eorps de cavahTie (4,2Go hommes et 0 bouches h feu); Marniont. qui couvrait hi ligne d(» Lan<lau à la Moselle avec le G« corps fort d*un peu plus de 10,000 hommes et 23 canons environ et 3.000 cavaliers. Le 4« corps (Morand, 14,181 hommes) occupait Mayence. Le reste du cours du Khin depuis Coblence jusqu'à Nimègue était gardé par les troupes sous les ordres du ihic <1(» Tarente. Le o** corjKS (Sebastiani) réduit à une seule division forte de 3.000 honmies environ et 12 canons, souteiuie |>ar 1„^)33 chevaux du 3« corps d(* cavalerie, était échelonné depuis le confluent de la Moselle jus(fu'îi celui de la Lippe. Le 11* corps devait avec 25 bataillons et la division de cavalerie Kxelmans (1 1.550 honnnes et 18 canons) surNciller le Rhin. d(» Crefeldt et Wesel jusqu'à Nimègue et au fort Saint-André.
A rextréme-gauche de Tannée française. Maison, auquel l'Empereur venait le 21 décembre de confier le soin de défendre la Belgique, ne disposait à ce moment que de quelques dépots des 17® et 24* divisions militaires, de quehpies cadres de la jeune garde et de la cavalerie du général Castex.
A lextréuMî-droitiV, Lyon était aussi presque entièrement dégarni de troupes. Comme réserve au i^entre de cette longue ligne on ne trouvait que la faible division de vieille garde du général Michel t»t les deux divisions dv jeune garde en formation à Metz. Ces Iroupes devaient un ])eu plus tard et j)Our quelque tenq)s seulement, constituer, sous I(»s ordn»s deN(»y, le rasseniblem(»nt qu'on décora du titre pompeux d'armée des Vosg(\s: on l'aft'ecta, en partie, à soutenir les quelques bataillons qui, sous les ordres de .Mortier, allaient momentanément (v(Ts h» 15 janvier) former sur le papier l'armée du Morvan.
Comme on le voit, les 10,000 honnnes d(» Victor, échelonnés dv, Huningue jusqu'en aval de Strasbourg, paraissaient destinés à soutenir à vn\ seuls le premier choc des 200,000 hommes de Schwarzenberg.
'Violation de la neutralité de la Suisse, 20-21 décembre 1813. — Pendant ce temps le généralissime autrichien en était
arrivé îi ses fins : il avait décidé ou pour mieux dire obligé le czar à consentir h la violation de la neutralité de la Suisse *, et dans la nuit du 20 au 21 décembre, après la retraite des troupes helvétiques, tous les corps autrichiens passaient le Rhin à Bûle, Lauffenburg et SchafTousse. Les Austro-Bavarois de Wrède les suivaient le 22.
En y comprenant le VI® corps (Wittgenstein) et l(»s gardes et réserves sous Barclay de ToUy, la grande armée, désormais divisée en 9 colonnes principales allait, en étendant sa gauche jusqu'à Genève, chercher à pénétrer en France par la trouée qui sépare le Jura des Vosges, pour gagner de là le plateau de Langres par la route de Bàle à Vesoul. Elle devait, conformément au plan de Schwarzenberg, être à Langres vers le io janvier, au moment même où Tarmée de Silésie marchant par la Sarre et la Moselle serait arrivée aux environs de Metz.
Le mouvement de l'armée de Bohême jusqu'au passage* du Rhin s'était naturellement opéré sans aucune difficulté. Schwarzenberg avait seulement fait tenter contre Neuf-Brisach, dans la nuit du 19 au 20 décembre, un coup de main qui, moUemment exécuté par 2,000 honmies du III* corps d'armée (Gyulay), échoua complètement.
Pour arriver à se rendre un compte à peu près exact des mouvements que les dift'érents corps des armées alliées effectuèrent dans des directions si divergentes à partir du 21 décembre, il a paru indispensable de diviser notre travail en périodes et d(» suivre, pendant chacune de ces périodes, les mouvements de chacun des différents corps alliés. C'est pourquoi, dans le chapitre consacré aux premières opérations de l'armée de Bohème, on a compris les mouvements exécutés jusqu'à la prise de Genève par la colonne de Bubna, chargée d'assurer un point d'appui solide à l'extréme-gauche des alliés. On a ensuite retracé rapidement les premières opérations de l'armée de Silésie, et on a terminé l'étude de cette première période de la campagne, qui nous mènera jus-
* Proclamation du 21 décembre 1813 adressée par Schwarzenberg aux Suisses. U est à remarquer que ni les trou[)es russes, ni les troupes des IV^ et Y® corps ne pénétrèrent à l'intérieur de la Suisse. Les gardes et réserves de Barclay et les Austro-Bavarois de Wrede se bornèrent à se servir du pont de Bâle tandis que les Autrichiens s*étendirent jusqu'à Genève.
qu'à la veille du combat de Bri(»Hne el de la bataille de La Ho- Ihière, jusqu'à la première jonction des armées d(î Bohême et de Silésie, par un résumé des événements qui se sont passés, en janvier 1814, tant à Fextréme-droite en Belgique qu'à Textrémegauche du côté de Lyon.