CHAPITRE li
OPKKATIONS DE L'AUMÉt: DE BOHÊME DEPUIS LE PASSAGE Dl' RHIN A BALE JrSQU*A LA PUEMIÈUE UÉIMON AVEC LARMÉE DE SILÉSIE (26 JANVIEU 1814).
20 décembre 1813. — Ordre de mouvement. — Ce lui de son
quartier général de Lôrraeh que ScliNvar/enberg lit partir, le 20 décembre, les ordres de mouvement pour les dittércntes colonn(\s de Tarniée de Bohème.
La première colonne conqiosée de lavanl-garde (U^ division légère comte Bubna) et du II» corps (prince Aloïs Liechtenstein) devait, en partant de Crenzach et de Bîlle. se diriger la première il Textrème-gauche de la ligne sur Genève, h» sec^ond, en passant par Soleure, Berne, Fribourg où il arriva le 25. se séparer de Bubna, pousser des i)artis vers Pierre-Pertuis [)Our observer la vallée de Saint-Imier et la route de Travers à Pontarlier, et continuer sa marche de Neuchàtel sur Pontarlier.
La 2« colomie, la division Crenneville du III® coi*ps autri(^hien du comte Gyulay, renforcée momentanément par la division de grenadiers de Blanchi, qui ne tarda pas à être enq)loyée jusque vers le 5 janvier devant Belfort, avait reçu Tordre d'aller de Bâle à Bi(înne par Soleure, d'appuyer de là vers la droite pour gagner, |)ar Porrentruy et Montbéliard, Vesoul où elle arriva le 7 janvier.
La 2*^ division légère (prince Maurice Liechtenstein) et le l®"" corps autrichien (comte Colloredo) formaient la 3® colonne qui, après avoir franchi le Uhin à Lauffenbourg, jrassait par Aarau, Aarburg et Berne pour aller vers Neuchîltel.
A la 4« colonne, qui se conq)Osait des 2 autres divisions du IIi« corps (Gyulay), on avait attribué pour les i)remiers jours la même route qu'à la 8«. Cette colonne suivit ensuite la division Crenneville et se dirigea sur Vesoul.
Le |)rince héritier de Hesse-Hombourg avec les réserves autrichienuj's, (2 divisions de grenadiers et 2 de cuirassiers, 5® colonne), passa le Rhin à Schattbuse avec ordre d'être W 29 déceml)re à lierne.
Quant aux Austro-Bavarois do Wivde qui t'orniaient la 6»colonnt». ils passî^reiit Iv. Rhin à BAlc h» ii, se dirifçeant sur Huningue et envoyèrent une division (la division U(»chberg) sur Belforl.
Le IV« corps d'arnié(» (prince royal <1(» Wurleniberg) constituant la 7« colonne resta provisoirement à Lôrra<*h et ne passa le Rhin, à Markt. que le 31 «lécenibre.
Le VI^ corps conq)Osé d(»s Russes de Wittgenstein. formant la S* colonne qui ne |K»nétra pas en Suisse, avait ordre de venir bloquer Kehl et observait à ce monu^nt le Rhin depuis Fort- Vauban jusqu à Mannheim.
Entiîi les gardes (»l rés(»rv(»s russes, sous les ordres d(» Barclay de Tolly. qu'on peut considérer comme tbnnaîit une 9'" colonne, restaient provisoirenjent à Lorrach connue le 1V« corps.
Gonsidérations sur cet ordre de mouvement. — En admettant que les Alliés ont agi sagement et prudennnent en etî\»ctuant leur mouv(»ment par la Suisse, pour opérer ensuite une conversion générale à droite à huiuelle le VI' corps (Wittgenstein) était appelé à servir de pivot, en allant même jusqu'à trouver um» certiiine raison dèlre h l'envoi des 1:2,000 honnnes de Bubna sur Genève, on est eu revanche dans Finqmssibilité de déi^ouvrir les motifs qui justifient la direction suivie par le l"' corps ((iolloredo) et les rés(Tves autrichiennes du prince héritier de Hesse-Hombourg qu'on envoya de Neuclultel sur Pontarlier et Dijon. On iw s'explique pas davantage l(»s motifs qui ont pu amener Schwarzenberg à ])r(»ndre un front dont retendu*», dans les derniers jours de décend)re, embrassait plus de 300 kilomètres depuis Fort-Louis jusqu'à Genève.
Un pareil dispositif ne répondait guère aux idées émises dans le plan d'opérations que le généralissinu» autrichien avait soumis et fait accepttT au czar à Francfort.
22 décembre 1813. — Premiers mouvements de Wrède. —
De toutes les colonnes auxquelles on avait fait passer le Rhin à BiUe, ce ne fut, gnice à ces dispositions. (|ue la colonn(î formée par les Austro-Bavarois de Wrède qui se trouva rester sur la grande voie menant à l'intérieur de la France. Wrède, bien qu'il n'eût traversé le Rhin avec ses troupes que le 22, lit investir le jour meniez Huningue par la brigade Zollern de la division Beckers, dirigea
la division Rechberg sur Belfort et la division La Motte sur Porrentruy. Les Autrichiens de Frimont formaient sa réserve, et les 700 chevaux du corps volant du colonel autrichien Scheibler couvraient sa droite par des postes envoyés sur la route de Colmar, jusque vers Habsheim et Rixheim, sur celle de Cernay et dans la direction de Thann.
Le corps de Wrède était donc le seul dont les troupes eussent été jetées en France et le mouvement oif(»nsif d'une armée de 200,000 hommes qui n'avait, à proprement parler, rien devant elle, ne se manifesta que par l'investissement de quelques places et par l'envoi de quelques partis dans le département du Haut- Rhin.
Quoi que les panégyristes de Schwarzenberg aient pu écrire pour justifier ces dispositions, ils n'ont pas trouvé une seule bonne raison à faire valoir. En effet, s'il était décidé à ne porter les Austro-Bavarois en avant que lors de l'entrée en ligne du IV® corps et des colonnes autrichiennes passant par Neuchdtel, il eût été assurément plus rationnel de maintenir le V« corps un peu plus en arrière. On aurait ainsi épargné aux partisans de Scheibler la leçon qu'ils allaient recevoir à Sainte-Croix, le 24 décembre. On n'aurait pas, il est vrai, enlevé deux bicoques comme BlAmont et Landskron; mais on aurait eu l'avantage de ne pas révéler prématurément aux Français la direction dans laquelle l'attaque allait se produire.
En somme, le 22 décembre au soir, l'armée de Bohême occupait les positions suivantes .
Positions de rarmée de Bohême le 22 décembre au soir.
— Bubna était à Soleure, le général Scheither à Bûren, le gé néral Zechnnîister à Bettlach. Le I" corps îi Aarau, le II® Balstall. Creimeville, relevé devant Huningue par une divis" du V« corps *, devait se diriger le lendemain sui' Soleure a' avoir rejoint Bianchi h Lauffen. Le IV* (îorj^s était encore tr' arrière, en marche vers le Haut-Rhin, et devait être du 3 au vier à Belfort pour se relier au V* et couvrir sa droite. Le
* Le corps volant da colonel Scheibler eut ce jour-là déjà, du côté ^ beim, une petite escai mouche avec un des avant-postes français qr 6ur Ensisheim.
gène de Wurleiiiberg bloquait Kolil. Les cosaques du colonel ice Lubomirsky, soutenus par le général major Dochtoroff avec "égiment de hussards d'Olviopol posté à Ottenheini, surveillitle Rhin deKehl à Vieux-Brisach; le général major Moussinichkine, ayant pour soutien à Rastadt le général major Rudinet les hussards de Grodno, en faisait autant de Kehl à mheim, avec les régiments cosaques de Jaroslaw et de issofTll. Enfin, Wittgenstein, afin de se procurer des nouvelles l'ennemi, avait fait partir le général Seslavin avec deux' escansde hussards de Soumy et le régiment cosaque Rebrikow 111, c ordre de chercher à passer en amont de Strasbourg, sur la t gauche du Rhin, et d'opérer en partisan sur les derrières de lop. La ligne formée le long du Rhin par les postes d'observai du VP corps ne mesurait guère moins de 180 kilomètres.
3 décembre 1813. — Mouvements. — Le lendemain 23 la division légère autrichienne arrivait à Berne, le 1«' corps h burg, le II« il Soleure, le I1I« à Liestadt. Le major de Vaulx (des vau-légers de Vincent) avec un parti de 100 cavaliers et quels fantassins avait poussé, dans la nuit du 22 au 23, justju'à ichâtel. La division de grenadiers de Bianchi était le soir à ilier, celle de Crenneville à Asch et celle de Weissenwolif îi isau. L(; IV* corps s'était rapproché d'Oifenbourg.
lonvements de la cavalerie de Wrëde. — Quant à W rède, avait transféré son quartier-général à Hésingen, sur la route Belforl, il avait reconnu Huningue et envoyé deux petites mnes mobiles contre Landskron et Blîlmont. Le colonel cibler, avec son corps volant, fort de 100 hussards du régiil de Szekler, de 50 hussards du régiment de Hesse-Homirg, de 90 chevau-légers bavarois et des deux faibles régiîts cosaques des colonels Elmorsin et Korin qui ne comp- !nt il eux deux que 400 chevaux, iivait poussé, dès l'aube, |u'à Ensisheim. Il avait chargé le capitaine baron Schell, du iment de hussards de Hesse-Hombourg. de poursuivre avec escadron, 100 cosaques et un peloton de chevau-légers le uet français qui s'était retiré la veille en tiraillant mollement Battenheim sur Ensisheim. Le capitaine Schell parvint juslu delii de Colmar, enlevant en roule un convoi de douze
Weil. 2
caissons de munitions; mais, informé de rapproche d*un corps français marchant sur Colmar, il crut plus sage de se retirer sur Sainte-Croix après avoir prévenu WW'de du mouvement de la cavalerie française de Milhaud, qui devait, d*après les renseignements qu'il avait recueillis, arriver à Colmar le 24 *.
24 décembre 1813. — Affaire de Sainte-Croix.— Bien qu'informé à temps de l'approche de la cavalerie de Milhaud, le colonel Scheibler', après avoir rallié son avant-garde, crut devoir se rapprocher de Sainte-Croix. Parti d'Ensisheim le 24, vers sep! heures du matin, il arrivait à dix heures à Sainte-Croix où il fut rejoint par un parti, que sous les ordres du capitaine Eberle il avait envoyé la veille battre le pays dans la direction de Neuf- Brisach. 11 faisait aussitôt filer sur Colmar le capitaine Schell qui, avec 50 hussards et 50 cosaques, vint donner contre la droite de la brigade Montélégier et fut rejeté sur Sainte-Croix. Informé de ce fait, le colonel Scheibler se porta aussitôt en avant avec l'escadron de hussards de Szekier et les cosaques d'Elmorsin, et parvint d'abord à arrêter, puisù repousser les 2% 6* et 11*(lragons, de la brigade Montélégier.
Ce succès aurait peut-être permis au colonel Sdièibler d'effectuer sa retraite sans trop de peine si, h ce moment même, le colonel Korin, qu'il avait laissé en réserve à Sainte-Croix avcM! son régiment de cosaques et avec les chevau-Iégers bavarois, n'avait pas cru devoir quitter sans ordre sa position pour prendre
* « Le maréchal Vi'rlor au major général. — Strasbourg 24 décembre 1813. — 3 heures après midi.
« Je reçois à l'instant des nouvelles dn général Milhaud.
il me mande de Colmar hier à 9 heures du soir qu*au moment où son avantgarde entrait dans cette ville d'un côté, les ennemis y entraient de l'autre. C'était un parti commandé par le baron de Schell et composé de Jhevau-Iégers bavarois, de hussards autrichiens et de 20 cosaques du Don, venant de Mulhouse. . . » (Archives du dépôt de la guerre.)
s Scheibler ne pouvait pas savoir à ce moment que Victor, comme le prouve la dèpôcfae suivante, envoyait derrière Milhaud de l'inianterie à Colmar :
Le maréchal Victor au major général. — Strasbourg, 24 décembre 1813. —
3 heures apri>s midi. — Une colonne d'infanterie est sortie ce matin de
Strasbourg pour aller soutenir le général Milhaud. Elle est composée de 3,000 hommes du 2* corps. J'en ferai sortir une de même force demain ave^r (le l'artillerie. C'est tout ce que j'ai de disponible pour le moment. » (A rchives du dépôt de la guerre.)
part îi raclion, alors que deux escadrons de la brigade CoUaert (division Milhaud) débouchuieul eu arrière de Sainte-Croix. Pris ainsi de front et à revers, la plus grande partie des cosaques ne songea qu'il chercher son salut dans la fuite; avec les 300 chr'vaux qui leur restaient, h»s colonels Scheibler et Ehnorsin réussirent néanmoins à se frayer un passage et h ramener à Ensisheim les débris du corps volant auquel cette aflaire avait coûté neuf officiers, la moitié de Tescadron bavarois, en tout 200 hommes. Le colonel Ehnorsin, grièvement blessé, fut fait prisonnier et succomba le soir même ».
La brigade Gollaert se porta à Sainte-Croix où le général Milhaud la lit soutenir par la division Pire. La division de cavalerie Lhéritier et Tune des brigades de la division Diihesme occupère.nl Colmar.
Les restes du corps volant de Scheibler * reçurent de Wrède Tordre de servir d'extrême avant-garde aux Autrichiens de Frimont que, par suite de la résistance de Belforl et de Huningue, on avait fait venir à Mulhouse pour (^ouvrir, du côté du Nord, les attaques tentées infructueusement jusqu'ici contre ces deux places.
Prise du château de Landskron et position des colonnes autrichiennes le 24 au soir. — La prise du chdteau fort de Landskron, qui se rendit le 24 au soir, au colonel von Treuberg, n'était qu'une faible compensation à l'échec éprouvé par Scheibh^r et à la résistance inattendue que le V»^ corps rencontrait à Belfort et II Huningue.
Les autres colonnes avaitMit continué tranquillement leur
' Les rapports des AlUés ne parlent que de 67 hommes tudS ou blessés. Do son côté MiUiaud dans son rapport de Colmar, 21 décembre, 9 beures dn soir, «xagêre les pertes de Scheibler qu'il prétend être de 200 tués, 300 blessés, 150 prisonniers (Archives de la guerre). Ces chiffres sont évidemment trop élevés puisque l'effectif total du corps volant n'était que de 650 hommes.
n est vrai de dire que dans les rapports des Alliés on évalue à 4,000 hommes les troupes françaises engagées, tandis que la brigade Montélégier fut la seule qui donna. Les 2 escadrons de la brigade CoUaert n'ont fait qu'exécuter une démonstration, et, d'aUleurs, la division tout entière ne comptait que 659 iiommes le 20 décembre (Voir Arckivei du Dépôt de la guerre situation du V» corps de cavalerie).
> Le colonel Scheibler reçut 3 blessures au combat de Sainte-CSroix.
marche : Bubna, avec la 1*® division légère, était à Fribourg. Le !«' corps h Aarwangen, le IP h Berne, le IIP à Balslall, la lôte d(» colonne du IV® corps à Offenburg, les grenadiers de Blanchi à Tavannes et à Bienne, ceux de Weissenwolff à Zurich.
Conséquences du combat de Sainte-Croix. — Quelque insignifiante qu'eût été en elle-niônie l'affaire de Sainte-Croix, elle n'en produisit pas moins, sur l'esprit de Schwarzenberg, une impression d'autant plus vive qu'il ne s'était pas attendu h voir Belfort et Huningue résister aux efforts de Wrède. On envisageait les choses d'une façon tragique au grand quartier général, disait Toll *. On croyait que Napoléon était arrivé en personne à Strasbourg, on s'attendait à voir un corps français déboucher en aval de Strasbourg, y passer sur la rive droite pour y menacer la droite de l'armée de Bohême, prendre l'offensive contre elle et tomber successivement sur ses différentes fractions échelonnées et disséminées le long du Rhin. Schwarzenberg crut donc sage d'envoyer des courriers à Wittgenstein et au prince royal de Wurtemberg, pour les inviter a accélérer leur marche et à effectuer au plus vite le passage du Rhin : de prescrire à Frimonl, qui devait le 25 se porter sur Golmar, d'avoir à s'arrêter entre Ensisheim et Mulhouse; h Wrède, de concentrer tout son monde entre Belfort, Mulhouse et Huningue.
Plus à droite, les Russes de Wittgenstein devaient se tenir pour le moment de Kehl jusqu'à hauteur d'Offenburg, et les Wurlembergeois du prince royal, se masser sur la Kinzig, près de Gengenbach. Mais ces mesures elles-mêmes ne suffirent pas pour calmer les appréhensions de Schwarzenberg, et, le 25 décembre, il écrivait entre autres à Blucher :
25 décembre 1813^ — Lettre de Schwarzenberg à Blûcher.
— « Il importe d'occuper l'armée ennemie qui se réunit entre Metz et Strasbourg, de façon qu'elle ne puisse rien entreprendre sur la rive gauche contre Huningue, ni tenter un passage sur^ la rive droite, du côté de Kehl. Wittgenstein est devant Kehl, mais il est encore trop faible pour inquiéter sérieusement l'ennemi.
B5IINHAR0I, Denkwurdigkeiten des Grafen Toll; IV, p. 135.
L'arméo de Silésie pouvant seule détourner Tattenlion de l'ennemi, le généralissime prie son commandant en chef de lui faire connaître les mesures qu'il compte prendre à cet effet. 11 lui semble qu'une opération contre Nancy ou Verdun produirait les résultats désirés*. »
Nous avons insisté à dessein sur les conséquences vraiment surprenantes d'un engagement aussi |)eu important que celui de Sainte-Croix, parce qu'il nous a semblé qu'il en découlait des enseignements utiles ii méditer môme de nos jours.
Prise de Blâmont. — Pour la journée du 25 décembre, on n'a gu(»re il signaler que la prise du chûteau de Bldmont, contre lequel Wrède avait envoyé le capitaine d'état-major von Heideck, avec une compagnie d'infanterie et un peloton du 4« régiment de chevau-légers. L'officier bavarois trouvant le pont-levis abaissé, pénétra au galop dans Tintérieurdu chîlteau-fort pendant que son infanterie se déployait ; il fit prisonniers les quelques honnnes dont se composait la garnison.
Positions. — Quant aux autres troupes du V« corps, elles occupaient, le 25, les positions suivantes : Frimont avec ses Autrichiens, s'étendait d'Ensisheim à Mulhouse, couvert h sa droite sur la route de Neuf-Brisach, par les quelques cavaliers qui restaient au colonel Scheibler et étaient postés d(» Fessenheim h Blodelsheim. La division du comte Antoine Hardegg était à Ensisheim. ayant une avant-garde h Mayenheim et Eguisheim, sur la route deColmar; elle était soutenue par une partie de la division du feld-maréchal-lieutenant Spleny, à Baldersheim et Batlenheim. Enfin, de gros partis assuraient les communications avec la division Rechberg du côté de Belfort, et avec la division Beckers, qui investissait Huningue.
Bubna était, pendant ce temps, arrivé îi Fribourg avec les brigades Hesse-Hombourg et Zechmeister ; des détachements de la !*•« division légère avaient été dirigés surPayerne et Bienne; enfin, le gros de la colonne de Bubna devait être renforcé le lendemain par la division Greth, qui venait remplacer la brigade Scheither passée au II* corps.
Le 1«' corps était à Kilchberg. Le 11* faisait halte ii Berne. La
1 UcRNHARDi, ToU; M, p. 136.
brigade Scheilher avait occupé Neuchiltel, et son avant-garde, sous les ordres du major de Vaulx, avait poussé jusqu'à Pontarlier. Le III* corps était îi Soleure. et l'une de ses divisions (la division lég^Te Crennrville) rejoignait Bianchi h Tavannes, pendant qu'une colonne; volanti* de trois compagnies et d'un escadron filait sur Porrentruy et que la division Weissenwolff venait à Bremgarten.
Du côté du VI« corps, le 2« corps d'infanterie sous les ordres du prince Eugène de Wurtemberg avait relevé depuis le 22 à Kehl une brigade wurlembergeoise ; 4 régiments de cosaques, soutenus en arrière par la cavalerie^ légère, contiimaienl îi surveiller le cours du Rhin. Le l®"" corps russe (prince GortchakoffK était cantonné autour d'Otfenburg, et le général Seslavin se prépainiit à passer sur la rive gauche avec des cosaques et de la cavalerie légère pour se relier à droite h l'armée de Silésie, à gauche avec Wrède.
La brigade wurtembergeoise Stockmayer, relevée par les Russes à Kehl, était en marche pour rejoindre la colonne du général Franquemont (du IV® corps) au delà d'Offenburg.
26 décembre 1813. ^ Positions et opérations. — La journée du 26 devait être encore plus insignifiante et plus nulle que celle (lu 25. Wrède, désormais certain qu'il lui serait impossible d'enlever Huningue par un coup d(; main, se décidait h en faire h^ siège en règle et ouvrait la première parallèle dans la nuit du 25 au 26. Frimont envoyait trois bataillons et une batterie pour couvrir la gauche du V* corps.
Le mêmc! jour, quelques cavaliers français essayèrent en vain d'enlever un peloton de hussards posté ii Cernay.
Pendant ce temps Schwai7.enberg. préoccupé de voir une trouée se produire dans ses lignes, du côté de Neuf-Brisach par suite du mouvement qu'une grande partie du V« corps avait fait sur Belfort, écrivait au prince royal de Wurtemberg de régler la marche de? ses colonnes de façon à les ftiire déboucher de Fribourg le plus rapidement possible et à les diriger sur Miirkl, où son corps d'armée passerait le Rhin sur un pont de bateaux.
Or, comme le fait remarquer lord Burghersh *, on n'avait rien
1 Lonu HuRGHERSH (Eai'l of l^'eshnoreland), Memoi .
devant soi et Ton perdait si bien son temps à exécuter des marches compliquées, des manœuvres soi-disant savantes, qu on s*amusaii à tourner des positions que persoime n'occupait et que l'année autrichienne, concentrée le 21 décembre autour de BAle, mit près d'un mois pour arriver sur le plateau d(» Laupjres.
Le I»*" corps continuait méthodiquement sa marche sur Berne. Ia\ 1I« sur Aarberg ; son avant-garde (général Scheith(T), étiiit restée immobile h Neuchûtel. l^e 11I« corps avait fait halte; la division Weissenwolff était cantonnée en arrière de Lenzburg. et les rf'serves russes et prussiennes avec Barclay d(î Tolly. dont le quartier général était h Bothweil, reçurent direclemenl de l'empereur de Russie l'ordre de commencer le2S leur mouvement sur Lôrrach.
Quant à Bubna, il n'alla ce jour-là que jusqu'à Payerne: son avant-garde seule atteignit Moudon, et la division Gr(»th, sous les ordres du général Klo|)pslein, ne dépassa pas Fribourg.
27 décembre 1813. — Marches et opérations. — Le 27,
Bubna imprima un peu plus d'activité à sa marche. Son avantgarde, sous le colonel comte Zichy. arriva jusqu'à Morges; la brigade Hesse-Hombourg avec le (piartier général, à Lausanne: le général Kloppstein, à Moudon.
Les autres corps autrichiens, en revanche, ne firent qu(; peu de clieniin. Le h' corps fit halte à Berne; le II" se contenta de dépasser Neuchàlel; la brigade de Scheither, qui lui servait d'avant-garde, poussa jusqu'à Travers, et sa pointe, qui occupait Pontarlier et Morteau. fit une démonstration contre le fort de Joux. Le III® corps se cantonna ce jour-là à Bienne.
La cavalerie de la division Rechberg, du V*» corps, avait envoyé des partis jusqu(* dans les environs de Vesoul, et le lieutenant baron Gagcrn. du i^^ régiment de chevau-légers, qui battait l'estrade avec un peloton de cavalerie et quelques fantassins, reconduisit jusqu'à Lure un petit piquet français, auquel il enleva 15 hommes et 9 chevaux.
On avait jeté sur le Rhin deux ponts de bateaux destinés au IV« corps, l'un à Mârkt, l'autre à Idslein.
Dans cette journée. 300 cavaliers français avaient exécuté une reconnaissance en avant de Colmar et repoussé les avant-postes du V*' corps jusqu'en arriére de Balgau.
Les Alliés, malgré leur nombreuse cavalerie, n'avaient pu se procurer que des renseignements vagues et contradictoires sur la force* des troupes françaises qui leur étaient opposées dans le Haut-Rhin. Tout ce qu'ils savaient à ce moment, c'était que les Français occupaient Sainte-Croix et Rouffach, et que leurs coureurs s'étaient montrés en avant de Soultz jusque vers Cernay*.
Quant à Wittgenstein, il employa la journée du 27 h préparer le passage de son corps d'armée à Plittersdoff, à l'endroit même où, en 1793, le prince de Waldeck avait réussi h l'effectuer heureusement, en raison des facilités qu'y présente le cours môme du Rhin.
Le même jour, le général Bianchi était vers Glovilliers, et le major Wober, avec une colonne volante, se portait par Porrentruy
* « Le maréchal Victor aa major général. — Strasbourg, le 27 décembre 1813.
— 8 heures du soir. — Le dernier rapport du général Milhaud nrannonce
que lo corps d*armée commandé par le général de Wrôde est devant lui et qu'il s'attend à Atre attaqué d'un moment à Tautro. On suppose que ce corps d'armée doit être fort de 20 à 25,000 hommes. Je viens de faire sortir de Strasbourg le reste de la 4* division et 2 batteries pour aller s'établir en 2* ligne du général Milhaud à Guemar. Je choisis cette position pour attendre l'ennemi parce que c'est la plus resserrée de la vallée et qu'elle convient aux forces dont je puis disposer. Elles ne peuvent pas s'élever pour le moment au delà de 7.000 hommes d'infanterie, 3,800 chevaux et 5 batteries du 13* d'artillerie légère. Le général Milhaud a ordre de se replier sur Guemar dans le cas où l'armée ennemie marcherait sur lui, mais de couvrir et de défendre Colmar tant qu'il le pourra sans danger. » {Archives du dépôt de la guerre.)
Rapport du général Milhaud. — « Colmar, 27 décembre 1813. — Mon Prince, Je fais harceler avec prudence et vigueur les flancs de l'ennemi. Mes partis de cavalerie légère et de dragons ont tous les jours des escarmouches avec les partis ennemis, qui ont jusqu'ici été à notre avantage. Je protège, autant que mes moyens me le permettent, les communes contre les réquisitions de l'ennemi . . .
u 11 serait bien essentiel de donner une direction à l'élan des habitants pour faire le plus de mal possible aux ennemis de l'Empereur et de la France.
H Les habitants du Haut-Rhin sont presque tous bons cavaliers ; on pourrait facilement organiser une légion de volontaires à pied et à cheval, mais il faudrait un ordre de Sa Majesté.
« Je pousse aujourd'hui une forte reconnaissance sur la route de Belfort pour voir, de plus près jMïssible, si le rapport fait au général Ludot concernant un camp baraqué entre Cernay et Thann, est exact.
« Ce qui est certiin c'est que l'ennemi a une forte division de toutes armes et des canons en batterie à Ensisheim. Je saisirai néanmoins toutes les occasions favorables pour l'entamer et le forcer de retenir devant nous un corps beau coup plus considérable.
« Nota. Le général Beaumont est resté malade a Metz ; je désirerais avoir à la tète de la 9* division de grosse cavalerie un général de division bien portant et intrépide comme le général Montélégier. » (Archives du dépôt de la guerre,)
siir Rocourl et Dauvan ; un autre parti, composé d'un escadron soutenu par deux compagnies, se dirigeait sur Sainte-Ursanne, par Saint-Léger.
Enfin Crenneville, avec sa division légère arrivée à Porrentruy, envoyait des partis sur Délie pour essayer de se relier à la division Uechberg.
Le IV» corps atleigiKiit Emmendingen : la division Wessenwolft' s'arrêtait le soir auprès d'Aarburg, et le reste des réserves autri- «'hiennes continuait lentement leur marche sur Pontarlier, où elles arrivèrent du 4 au 6 janvier.
28 décembre 1813. — Mouvements. — Le âS décembre, le I«' corps arrivait îi Aarberg; le 1I1«, cantonné près deSaint-Imier, recevait Tordre de soutenir Blanchi.
Du côté du V* corps, les Français firent une sortie assez vigoureuse à Belforl. et les travaux d'attaque continuèrent devant Huningue.
Blanchi était alors ii Porrentruy, et la division légère Crenneville venait prendre position à Pierre-Fontaine afin d'être à même de soutenir le corps franc du major Wôber, envoyé (»n reconnaissance sur Besançon. Ces partisans rencontrèrent un petit parti français à Clerval-sur-Doubs, le rejetèrent et le poursuivirent jusqu'à Baume-les-Dames.
Quant au 1I« corps, il était à Morteau, Le Locle et Chaux-du- Milieu. Son avant-garde, la brigade Scheither, reconnaissait les abords du fort de Joux.
Mouvemeats de Bubaa vers Genève pendant les journées du 28 au 30 déce!Pbre. — Bubna avait continué sur Genève. La division Kloppstein était à Lausanne; la brigade Zechmeister allait de Morat îi Moudon. Bubna lui-même, ave(! la brigade Hesse- Hombourg, arrivait à RoUe, et l'avant-garde du colonel Zichy, poussant jusqu'à Nyon sur les bords du lac de Genève, occupait Saint-Cergues et fermait ainsi la route venant du Jura. On avait fait partir le 27 le colonel Simbschen chargé d'occuper, avec ses six cents hommes, les passages du Saint-Bernard et du Simplon et d'envoyer par la vallée d'Aoste des partis sur Turin.
L'occupation de Genève j)ar les Alliés n'était plus qu'une question d'heures, surtout depuis qu'une députation d'habitants de la
ville s'était jwésentée au quartier générai de Bubna et lui avait fait savoir que le général Jordy, bien qu'il disposât de 6 bataillons et qu*il eût reru l'ordre de tenir jusqu'à la dernière extrémité, avait en quelque sorte promis ;\ la municipalité de capituler dès que Genève serait menacée d'un bombardement et investie |)ar des forces r(;s|)ectables.
Bubna continua sa marche le 29. Sou avant-garde occupa Versoix et Gex s'assurant ainsi la route de Saint-Claude, pendant (|u'un escadron envoyé en avant de Pouilly-Saint-Genis surveillait le fort de rEcluse. Son quartier général fut installé h Nyon ; Zechmeister s'établit à Morges.
Le lendemain 30. dès l'aube. Zichv, avec 2 bataillons, 2 escadrons et 3 batt(»ries. dont 2 d'artillerie ii cheval, vint par la route d(» Ferney occu|)er les hauteurs de Délice et de Saint-Jean qui dominent Genève, pendant que le colonel Wieland, marchant avec 2 bataillons, 1 escadron et une batterie par la route qui longe le lac, se montrait presque en même temps i\ Suéconex. La division Kloppstein, qui le suivait, occupa peu de temps après les hauteurs de Petit-Suéconex. Le reste de la cavalerie se déploya à Ferney.
30 décembre 1813. — Occupation de Genève — Bubna n'eut |)as besoin de prendre de dispositions d'attaque. Dès Tapparition des colonnes autrichiennes, le conseil de défense s'était prononcé pour la capitulation et, sans même entrer en relations avec Bubna, la garnison française se relira iumiédiat(»ment sur Rumilly. Quelques heures plus tard, le général Zechmeister entrait à Genève h la tét<' de 3,000 hommes qui allaient y tenir garnison. Quant à Bubna *, comme nous le dirons en détail plus tard dans le chapitre consacré aux opérations autour de Lyon, il s(î porta avec le reste de ses forces par les défilés du Jura sur Poligny où il arriva le i'} janvier. De là, il poussa son avant-garde vers Arbois et un
1 Si l*on Tcat se rendre compta; de la furiUté avec laquelle Babna aurait pu à ce moment pousser sur Lyon, il suffit de lire les lignes suivantes adressées le 1'^'' janvier de Grenoble par le général Laroche au duc de Fellrc : « Je pars avec 1000 ou 1200 hommes d^infanterie de la colonne italienne du général Saint-Paul, pour me porter sur Ciiambéry, afin de protéger la retraite de la garnison de Genève et aussi pour retirder s'il est possible la marche de l'ennemi que l'on dit avoii* Tintoution de se porter sur Lyon et sur Valence. » Il convient même d'ajouter que le général Laroche se retira le 3 sur Grenoble et lai.5sa oontiiraer sur Slilan la brigade italienne. {Archiva dmDépôide la guerre,)
autre parti plus à gauche vers Lons-lo-Saunier. afin do couvrir l'aile gauche de Tarmée de Bohême.
Formation de corps de partisans. — Pendant que Bubna achevait ainsi son mouvement sur Gencive, on se préoccupait, au grand quartier général de Schwarzenberg. de l'organisation des corps de partisans destinés à précéder l'armée et à couvrir ses flancs. Dès le 2'i, le jour même où Barclay de Tolly avisait le généralissime d(» la marche d(» 4 régiments cosaques, (|u*il lui envoyait et qui devaient être rendus à Petit-Bî\le le 29, Schwarzenberg avait prescrit de former ave(* 2 régiments de cosaques et 1 escadron de hussards un corps de partisans qui devait, sous la conduite du lieutenant-colonel comte» Thurn, pousser vers Nancy et Verdun. Du reste, la l(»tlre que Toll* écrivit par ordre du généralissime, le 28 décembre, au prince Wolkonsky permet de se rendre un compte exact des projets du grand quartier général : « Le prince de Schwarzenberg. y est-il dit. me charge de prier Votre Excellence de d(»mander à S. M. TEmpereur quelle destination elle compte donner au corps du comte Platot!'. Le prince pense que nous devons, en entrant en France, employer, non seulement des chefs de partisans hardis et intrépides, mais surtout des officiers qui, possédant et parlant la langue» du pays, rendront des services comme Mairmrs des armées et pourront, par leurs renseignements et leurs observations personnelles, nous donner des indications |>ré<Mses sur les mouvements de l'ennemi. . . .
« Le prince de Schwarzenberg a l'intention d'employer les partisans de la manière suivante :
« i» Le colonel Scheibler descendra le Rhin, cii passant par (k)lmar, pour aller sur Strasbourg;
« 2® Le lieutenant-colonel comte Thurn ira par la vallée de la Moselle sur Nancy ;
« 3® Un autre partisan par Saint-Loup et Neuf(*hilteau sur
Nancv ;
« 4® Un autre opérera (»nlre la Seine et la Loire; « h" Un autre, enfin, ira par Besancon sur Bourges.
1 BBR^HAUDt, ToU; IV, p. !50-i5!.
« Scslavin, ajoule Toll, n'est pas compris parmi les partisans dont il vient d'être question. »
29 décembre 1813. — Premiers mouvements des corps de partisans. — Ces dispositions ne tardèrent pas à recevoir un commencement d'exécution. Dès le 29, 4 régiments cosaques, tirés du corps de Talaman Platoff, arrivèrent à Lôrrach avec le général-major prince Stscherbatoff* et furent envoyés, dès le 30, sur Allkirch avec ordre de se porter de là dans la vallée de la Moselle et de pousser ensuite d'Epinal sur Nancy, pendant que Thurn était dirigé sur Langres. Slscherbatoff avait dû, comme le montre la situation* de son détachement au 29 décembre, céder par ordre supérieur un de ses régiments cosaques au lieutenant-colonel comte Thurn.
Quant au général S(»slavin, chargé on ce moment de battre le
i « Instructions données au général-major prince Stsclierbatoff par le prince de Schwarzenborg. — Lôrrach, 30 décembre 1813 (original en françHis), — Je destine Votre Excellence avec 4 régiments cosaques de faire le partisan. Votre but principal sera de m*éclairer sur tous les mouvements de Tennemi et de profiter des moments favorables pour lui porter des coups sensibles sans risquer de vous engager avec un ennemi supérieur à votre troupe. En conséquence de quoi V. E. partira d*ici pour Altkirch ; de là elle se dirigera dans la vallée de la Moselle par Épinal sur Nancy. Pendant cette marche vous entretiendrez une communication à droite avec le colonel Scheibler qui a la destination d'opérer par Colmar sur la route de Strasbourg. A gauche (tant qu'il n'y aura pas de partisans dans la direction de Langres) vous pousserez des partis vers Langres et Vesoul, avertissant de tout ce qui se passe les commandants des troupes qui forment le blocus de Béfort et de Huningue.
« 11 peut facilement arriver que Votre Excellence sera invitée à coopérer à quelque entreprise de conséquence. Je ne doute guère que vous profiterez de l'occasion favorable pour porter un coup décisif. Je compte encore, mon Prince, sur la bonne discipline de vos troupes et je crois que c'est le seul moyen de faciliter l'approvisionnement de l'armée en nous attachant les habitants du pays.
« Je vous invite, mon Prince, do m'envoyer régulièrement tous les jours vos rapports afin que je puisse donner à temps les ordres nécessaires concernant les mouvements de l'armée. Schwarzenderg. »
* Situation tTe/fectif disponible du détachement du prince St*cherbatofl
le t^ décembre.
!*' régiment de cosaques de Tepler. 1 ofT. sup. 6 oflf. 5 s -off. 201 h. 3" régiment de cos;iques d'Oren-
bourjr 1 — 8 — !i — 256 —
Régiment de cosaques du Don Ja-
godin II ! — H — 16 — 27i —
Totaux 3 oiï. sup. 2.*» off. 33 s. -off. 728 h.
(Toll; IV, Beilage VI, p. 395, 3%, et Archives de Saint-Pétersbourg.)
pays entre Strasbourg et Colniar et de relier entre eux les V* et ¥!• corps, ce fut en vain (ju'il demanda Tautorisalion de renforcer son petit corps qui comptait 250 hussards de Soumy et 300 cosaques du Don, de 300 à 400 cosaqu(»s de la mer Noire avec lesquels il comptait traverser la France pour aller rejoindre Wellington.
Mouvements des coloanes. — Le I««* corps d'armée (Colloredo) était arrivé le 29 avec la division du comte Ignace Hardegg. à Bienne. Il se divise alors en 2 colonnes : la première, renforcée des divisions Hardegg et Wied-Runkel. se |>orlera sous les ordres immédiats de Colloredo. par Baume-les-Dames, Montbozon et Vesoul, sur Langres, où elle se reliera, vers le 1o janvier, avec la gauche du III<^ corps. La seconde est formée» de la division Wimpften et de la division légère du prince Maurice Liechtenstein.
Cette deuxième colonne, passant à la gauche du II® corps chargé du blocus de Besançon, ira par Salins et Dôle sur Auxonnt» qu'investira la division Wimpffen, tandis que le prince Maurice Liechtenstein se dirigera par Dijon vers ChîUillon-sur-Seine. Cette» division légère devait avoir pour point d'appui les réserves autrichiennes destinées h rester à Dijon pendant la plus grande partie du mois de janvier. Arrivées le 29 à Berne, ces dernières continuèrent lentement leur marche sur la Bourgogne en passant par Neuchâlel et Montbozon.
Le général Scheither (avant-garde du II« corps) employa la journée du 29 à tourner le fort de Jou\ pour déboucher sur la route de Pontarlier. Le II1« corps cantonna près de Saint-Braix et la cavalerie du IV' corps d'armée, arrivée à Mârkt, fit immédiatement passer sur la rive gauche quelques troupes qui relevèrent le colonel Scheibler à Mavenheim. le lendemain 30, et se cantonnérent entre l'Ill et le Rhin vers Ensisheim et Blodelsheim.
La brigade Quallenberg. de la division légère Crenneville, avait passé le Doubs à Pont-de-Roide : la brigade Haugwitz était arrivée h Cheveney, et les grenadiers de Weissenwolflf h Barzdorf.
30 décembre. — Bombardement de Belfort et de Huningue.
— Dans la nuit du 29 au 30, Wrède avait fait bombarder sans succès Huningue et Belfort: puis, au jour, à la nouvelle l'informant de l'approche de troupes françaises qu'on j)rétendait en marche pour débloquer Huningue et Belfort, il modifia lesempla-
céments des Bavarois. Une seule des brigades dé la division Keehberg resta devant Belfort, Tautre alla à Dannemarie. Une des brigades de la division de La Motte fut |>ostée vers Altkirch : l'autre sous les ordres du général Deroy fut ramenée en arrièn; à Hegenheim, pour couvrir plus eflicacement les travaux devant Huningue, pendant que les Autrichiens de Frimont se tenaient h Thann et Cernay et que leur avant-garde, (|ui occupait fortement Soultz, envoyait un petit détachement s'établir à Saint- Amarin. Frimont n était plus séparé à ce moment que par TUldu 1V« corps dont une partie avait déjà pris ])ied sur la rive gauche du Rhin. Le prince royal de Wurtemberg installa ce jour-là son quartier général à Mulhouse.
Positions. — Le l**" corps était à Court et Tavannes, et le général Scheither avait inutilement tiré quelqu<'s coups de canon contre le fort de Joux. Le 11I« corps n'avait pas bougé, et seule la division Hohenlohe s'était quelque peu rapprochée de Porrentruy ; Blanchi y recrut ce jour-là l'ordre d'aller, le 2 janvier, relever sous B<?lfort h;s Bavarois et, une fois arrivé à Belfort, de diriger la division légère Crennneville sur Vesoul. Weissenwolff, avec ses grenadiers, était à Berne, et le cor|)s de l'ataman Platoff traversait Fribourg-(in-Brisgau se dirigeant sur Bàle.
31 décembre 1813. — Mouvements et affaire de Baume-les- Dames. — Le. 31, le l'^'" corps se |>orla sur Mouthiers, et Bianchi. qui (ivait atteint Montbéliard, tit occuper par un détachement h* fort de Pierre-Pertuis, en môme tenqjs «ju'il poussait la division légère de Oennevilleà Arcey. Gyulay, uv(;c le IIP corps, suivait ia même direction; arrivé à Porrentruy le 31, il entrait en France le lendemain et venait jusqu'à Délie. Le prince Alois Liechtenstein (II« corps) avait envoyé un bataillon bl()([uer le fort de Joux et hi brigades S<:heither à Fallerans par Aubonne.
Quant au petit corps volant du major Wober, il avait été alta- (|ué <:(î jour-là à Baume-les-Dames par un bataillon et deux escadrons français, chassé de Baume et obligé (hî repasser le Doubs à Gerval *.
' «« Le général Musnier aa ministre de la gu«?nv. — Besançon, 31 décembre.
A partir de ce jour, le prince héritier dtî Hesse-Uombourg pril le commandemeiil du II® <:orps. des diuix divisions de grenadiers WeissenwolflfetTrautenberg, ainsi tpie des deux divisions de cuirassiers Klebelsberg et Lederer (réserves autrichiennes) (|ui devaient être rendues du o au G janvier à Pontarlier. Le princt* avait pour mission de se porttir av(»c toutes ses troupes conlrr Besançon et d'en commencer le siège le 9 janvier.
Les Bavarois avaient continué de bombarder Huningue sans sucées, et Tavant-garde autrichienne de Frimont s'était entièn»raent reliée par sa droite avec la gauche des \Vurti*mbergeois. dont les patrouilles poussaient jusque^ vers Houifach.
Reconnaissance et combat de cavalerie de Sainte -Croix. — Wrède et Frimont ignoraient emore la force réelle des troupes françaises postées ù Colmar, Pour mettre Un à cette incei*titude, ils prescrivirent au comte Anloim* llardegg de pousser, !»• 31, une forte reconnaissance surSainIc-Ooix. Reïisc.ignés par les déserteurs sur les moyens de défense de Sainle-Croix et sur les précautions prises par le général de Pire, h*s Alliés espéraient enlev«'r les troupes de cavaleritî postées dans va^, village. Favorisée par un épais brouillard, Tavanl-garde autrichiennes sous les ordres du eolonel Mengen, apparut tout à coup formée en trois colonnes devant Sainte-Croix. Quoique les recoimaissances qu'il avait envoyées à la pointe du jour à la découverte, n'eussent rieu aperçu, le général de Pire, à cause du brouillard, n'avait pas fait rentrer ses régiments dans le village à l'heure accoutumée. L<'s cavaliers du colonel Mengen chargèrent résolument les grand'gardes françaises, culbutiTent les avant-postes et arrivèrent (Mi même temps qu'eux à Sainte-Croix, qu'ils traversèrent au galop, pendant que les deux autres colonnes essayaient de cerner le bourg placé sur les deux côtés d(» la route au milieu d'une vaste plaine. Les cavaliers autrieliieiis ne s'arrêlènnt qu(^ de
10 heures soir. — Un corps de quelques centaines de parlùans ennemis occupait Baume, petite ville sur le Doul)S, à 5 lieues au dessus do Besancon. Le gkmésaU Marolaz sortit la nuit dernière, à minuit, avec 600 hommes d'infanterie et 300 chevaux, pour marcher contre eux. 11 les rencontra prâ de Bannit' et les chargeant ansaitÂt avec impétuosité U les mil en fuite, leur tua i8 hommes et leur fit 103 prisonniers, a {Archives du déjiôl de la guem,)
Tautre côté du village où ils trouveront le gros de la division en bataille*.
Plusieurs charges eurent lieu pour Toccupation de Sainte-Croix, dit le général Petiet dans son Journal historiqtte de la cavalerie légère du 5* corps de cavalerie ; mais l'infanterie tyrolienne s'étant montrée, le général de Pire, n'ayant pas d'infanterie avec lui, crut devoir se conformer aux instructions antérieures qu'il avait reçues; il se retira et prit position momentanément à la tête du défilé. Il y attendit l'arrivée du général Milhaud qui amena la 1f« division de dragons et lui ordonna de reprendre Sainte-Croix, ce qui eut lieu sans difficulté, l'ennemi s'étant retiré, dès qu'il eut vu que son coup était manqué. La cavalerie française et celle des alliés réoccupèrent le soir les positions qu'elles tenaient avant cette aflfiiire. Toutefois la division Pire ne laissa plus qu'un escadron h Sainte-Croix, et son gros s'établit à Sandhofen*.
Afin de couvrir pendant cette opération la droite du colonel
* « Le 30 décembre, le régiment avait atteint Riedclsheim, quMl quitta dans la nuit du 30 au 31, après avoir détaché la 2" division du major qui était ajffectée au corps volant du colonel baron Scheibler. Le régiment se dirigeant vers Sainte-Croix, se mit en marche à 2 heures du matin. Le feld-maréchal-lieutenant comte Antoine Hardegg avait résolu de tenter avec les uhlans, les hussards de l'archiduc Joseph et le 3' bataillon de chasseurs, une surprise contre Sainte-Croix. La division du colonel faisait Tavant-garde. Le 1^' escadron de cette division suivait la route qui mène à Sainte-Croix et y arriva à Taube du jour par un brouillard des plus intenses. 3 pelotons du 2* escadron de cette division devaient prendre le village par sa droite, pendant que les 2 autres pelotons devaient le tourner à gauche. Cet escadron avait ordre de pénétrer dans le viUagc après Tavoir tourné et de couper la retraite à Tennemi. Mais, comme on l'apprit ensuite par les prisonniers français, l'ennemi avait de son côté projeté une surprise, et ce fut pour cela que les uhlans vinrent donner sur des troupes déjà formées et en position. Ils réussirent cependant à les déloger du village qu'une compagnie de chasseurs occupa peu après. On avait fait des prisonniers, enlevé des chevaux. Le but de l'entreprise était donc atteint, et le régiment reçut l'ordre de rentrer dans ses cantonnements de la veille. » (Fait$ de guerre mémorables du régiment de uhlans de Schwarzenberg (aujourd'hui 2« régiment de uhlans) 0. M. Z., 184i, VH.)
Nous n'avons trouvé nulle part la moindre trace de la surprise dont il est question ici et que le général de Pire aurait projetée. Il nous semble de plus que le but de la reconnaissance n'était pas atteint puisque les cavaliers autrichiens ne réussirent pas à percer le rideau formé par la cavalerie française.
> Voir pour plus de détails : Petiet, Journal historique de la division de cavaleric légère du 5* corps de cavalerie: rapport de Milhaud, 31 décembre, 5 heures soir; rapport du chef d'état-major du 5* corps et rapport du général de Pire sur l'affaire de Sainte-Croix. (Archives du déjwt de la guei-re.)
Moiigcii, ou iiviiit |)ouss('î h» colonel Scheiblcr avec 150 cosaques et oO hussards coulrc les avaul-posles français dt; Dessenheiui cl de Weckolsheiin. II réussit à les rejeter jusque sur Neuf-Brisach, après leur avoir pris il hommes et il chevaux.
Premiers mouvements de Platoff. — Platorï', dont les cavaliers avaient défilé par Fribourg, reçut l'ordre de passer le Rhin à Bàle et de se porter aussitôt vers les délilés des Vosges, de manière à précéder le 1V« corjKS et h relier r(»\lrème droite de la grande armée de Bohéniiî avec la gauche de l'armée de Silcsie qui allait, elle aussi, commencer sa marche en avant.
1«>^ janvier 1814.— Wittgenstein se prépare à passer le Rhin.
— Dans la journée du 1«' janvi(T et la nuit du l«f au i, Witlgenstein, avec une prudence et une circons|)ection cpu» rien ne justifiait, puisqu'il n'avait devant lui tout au plus que !250 à 300 hommes chargés d(» garder les ouvrages (;n ruines de Fort-Louis, |)répara mélhodiiiuement le passage du Rhin.
La violence du courant et l'intensité du brouillard iuî lui piTmirent de jeter les [)onls que dans la journée^ du 2. Il se borna donc à masser le i2« corps et la cavalerie^ de Pahlen près du point choisi pour le passage? et à pousser plus en avant le régiment de chasseurs chargé de former la tète de colonne et d'enlcwer Fort- Louis (Fort-Yauban).
Mouvements des partisans Scheibler et Stscherbatoff . —
Les 1V« et V« corps, qui forment ii ce moment la droite de la grande armée, ne bougent pas. Seul le pcîtit corps volant du colonel Scîheibler, (jui battait Testrade vers Neuf-Brisach, prit un peu plus à gauche par Soultz vers Guebwiller, et 1(î général prince StscherbatotV, avec 4 régiments de cosaques, partit d'Altkirch, passa par Thami pour pénétrer dans la vallée de Saint-Amarin, franchir ensuite les Vosges et se diriger de là sur Remiremont. A cette dat(^ (le journal même des opérations liMUi au grand cpiarlier général de Schwar/enberg nous (»n fournit la prcnive irréfutable)*
1 Starke, Einifieilung uiul Tageibeyebeiiheiteii der Haupl Année unter Feld- Marschall Fùrst Sch(carzenberg im Moimte Januar 1814. ^K. K. Kriegs
on sait seulement que la cavalerie des généraux Milhaud et de Pire est à Sainte-Croix et Habstatt. C'était donc là tout le résultat obtenu pendant les dix jours qui s'élaient écoulés depuis que le V« corps avait franchi la frontière.
Le 11I« corps (Gyulay) arrivé à Délie, comme nous l'avons dit, posta entre Blamont et Villers, sa brigage d*avant-garde (brigade Grimmer). Une autre brigade, chargée plus spécialement de soutenir le major Wôber, qui avait dû évacuer Baume-les-Dames, et d'assuHîr au III« corps la possession des ponts de Clerval et de Pont-de-Roide, fut placée à Mont-Bouton.
Mouvements du corps volant de Thurn. — Le corps volant du lieutenant-colonel Thurn, qui précédait le corps de Gyulay, avait poussé vers Lure *.
Mouvements des colonnes. — Le I^'^ corps arriva à Délemont, après avoir fait force détours et suivi depuis Soleure des chemins difficil(»s, alors qu'il eût été aisé de l'amener en ligne plus rapi-
t Lettre da lieutenant-colonel comte Thurn au priuce de Seliwarzenbcrg. — « Frahier, le 1*' janvier 1814. — A son Altesse le général en chef, feld-maréchal prince de Schwarzenbcrg. — Je m'empresse de faire respectueusement connaître à Votre Altesse que je suis arrivé ici cette après-midi avec mon corps volant et que j*ai pousse mes avant-postes du côté de Houchamps.
« J'essaierai d'occuper cette nuit Lure où l'ennemi n'avait encore personne hier, et je m'efforcerai d'enlever le régiment de cavalerie ennemie posté à Vesonl.
« Uesprit des jtopulatiom me surpretid et dépasse mes espérances. Faligius jmr un gouvertiement honni et détesté, les habitants avouent qu'ils altend:>nt avec impatience l*heure de leur délivrance. Les proclamations que fious avons distri-buées, V excellente conduite de nos troupes ont dû puissamment contribuer à développer ces sentiments,
<( D'après les renseignements qui me parviennent à l'instant, des trovbles a^eux auraient éclaté à Lyon et en Vendée. A Lyon les conscrits auraient refusé de se rendre à l'appel du gouvernement.
u De Metz, j'apprends que le corps cantonné dans la place et aux environs compte à peine 20,000 hommes. Le gros des forces ennemies semble avoir été en partie dirigé sur la Hoilande, et être en partie masse du côté de Maycoce.
M Dans quelques jours j'espère pouvoir transmettre à V. A. des renseignements exacts et précis que doivent me fournir les émissaires que j'ai fait partir. » (k\ K. Kriegs Archiv., I, 31.)
I^s appréciations du comte Thurn, appréciations que nous rolrouverons dans plusieurs de ses premiers rapports, sont utiles à enregistrer. Elles permettent de se rendre compte de l'état des esprits au début de l'invasion et de suivre pas à pas le réveil de l'esprit national.
dénient et plus lacilonient, si Ton avait su î\ ce moment quel rôle lui était r6ser\'6 et quelliî direction il aurait à suivre.
A sa gauche, le II* corps était toujours inunobilo du côté de Pontarlier. Les patrouilles de Tavant-garde de Bubna (général Scheither) avaient pris le contact avec les avant-postes français vers l'Hôpital du (iros-Bois.
Les réserves autrichitMUKîs, encore assez loin en arrière des I^f et III® corps, étaient échelonnées de NeuchAtel à Berne ; quant aux réserN'cs russes et prussiennes elles marchaient lent(^ment de Fril)Ourg-(;n-Brisgau sur Bûle : la cavalerie d(î Tataman Platoff avait cependant traversé le Rhin et était cantonnée k Altkirch.
2 janvier 1814. — Mouvements des Alliés en Alsace. — -
Le 2 janvier, Wittgenstein parvint, enfin, îi faire passer le Rhin à son avant-garde, à enlevtT Fort-Louis (Fort-Vauban) et Fortd'Alsace, il jc^ler sur la rive gaucher la 4« division d'infanterie, pendant que les régiments cosaques de Wlasoff et de Jaroslaw traversaient îi gué Ic^ bras mort du Rhin (jui sépare Fort-Louis de la riv(5 alsacienne et se répandaient sur les roules de Strasbourg, Haguenau et Lauterbourg.
Le prince royal de Wurtemberg, toujours posté à la droite du V« corps, fit avancer la réserve de sa l»"® colonne (général Stockmayer) jusqu'entre Ensisheim (;t Bantzenheim, et le gros de la 2* (général Koch) prit position de Rumersheim à Blodelsheim.
Wrède, dont le (piartier général était à Cernay, concentra par ordre du généralissime, entre Cernay et Aspach la division La Motte, entre Soultz et Rouft'ach la division Antoine Hardegg, à Ulfhoitz la division Spleny, à Soppe-le-Bas la division Rechberg que Bianchi venait de relever sous Belfort, et ne laissa devant Huningue que la brigade Zollern.
Il n'y avait îi ce moment devant les positions occupées par le V« corps que quelques piquets de cavalerie française postés à Pfaftenheim, Herlisheim et Sainte-Croix. Hardegg débouchant de RoutVach chassa de Pfafl'enheiui les cavaliers français qui s'y trouvaient. Quelques heures plus tard, lors(jue le général autrichien fut rentré dans ses lignes à Rouffach, ils réoccupèrent ce poste.
Le corps volant du colonel Scheibler s'avança jusqu'à Bûhl pour surveiller la vallée du Lautenbach.
Concentration des IV* et V* corps sur Colmar. — D('
Cl' que nous venons de dire, il ressort que les IV* et V« corps employèrent les deux premières journées de 1814 ii se concentrer et il se masser pour enlever Colmar aux cavaliers de Milhaud et aux quelques fantassins que Victor avait postés de ce côté en soutien du 5« corps de cavalerie. C'était pour obtenir un si piètre résultat ([ue Schwaivenberg avait cru nécessaire de prescrire à Wrède de marcher avec tout le V® corps par Roufl'ach et Sainte-Croix vers (Colmar, et au princ(? royal de Wurtemberg de masser tout le IV* corps à Ensisheim.
Pendant (fue Wrèdc^ et le prince royal de Wurtemberg se préparaient à exécuter les ordres du généralissime, le lieutenantcolonel comte Thurn avait continué son mouvement sur Lure. qu'il occupa sans cou|) férir dans la nuit du 1**" au :2 janvier et d'où il poussa des partis sur les routes de Luxeuil et de Vesoul*.
• Le licutennnt-coloncl comte Tharn au prince de Scliwarzenbcrg. — « Lure, le S janvier 1814. — J'uioccuix; cette nuit Lure, avec un peloton de hussards, et le reste de mon détachement m*y a rejoint aujourd'hui.
u Mes postes sont sur la route de Luxeuil et sur les deux routes de Vesoul. Jjes chasseurs bavarois, qui m'ont ètc adjoints, assurent dans cette région boisée mes communications avec mes avant-i)ostcs. J'ai [loussé un fort détachement sur les deux routes de Vesoul aGn d'i^tre fixé sur les renseignements contradictoires que je reçois relativement à la présence de la cavalerie ennemie à Vesoul. et j'ai [UHîscrit au chef de ce détachement d'essayer de suiprcndre et d'attaquer l'ennemi pendant la nuit. Demain je chercherai à me reUer, par Luxeuil, avec le corps volant du général-major prince StscherbatofT et si faire se peut, à ma gauche avec la division du comte Crenneville que je fais rechercher.
« 11 est certain qu'il y avait encore ce matin un fort piquet de chasseurs :ï cheval à Calmoutier, que le préfet de la liaute-Saône a fait afflcher aujourd'hui à midi à Vesoul le décret relatif à la levée en masse, que le commiss;tire impérial et sénateur Valence est arrivé à Besançon et y a apporté h*s ordres d'organisation de la levée en masse. Il .paraît que la discipline et la tenue de nos troupes en imposent aux populations.
« Mon jHirU a été reçu ici arec joie. Tout temble indiijuer qu^on attetulf niènif à Vintérieur du jtays, noire arrivée avec une réelle imiHttience.
« J'ui l'honneur d'adresser à V. A. le très intére^sant Journal de TEnqiire en date des 28 et 20 décendire.
(( Enfin . je dois communiquei* à V. A. une nouvelle non moins intéressante : d'après des lettres ri>çues ici de Paris par le ci-devant commissaire ordonnateur La Motte, il > aurait eu à Paris un soulèvement qui a eu poui conséquence d'empêcher TËmpereur d'en partir.
u J'ai saisi ici a Lure un magasin de 50 quintaux de t<'ibac à fumer et j'attends à ce sujet les ordres de V. A.
{K. K, Krieyn Archiv, I, 46.)
Hiaiichi avait rel(?vé h's Bavarois (Irvanl Brlforl, laissant sur les routes de Besancon et de Vesoul la division léjçt'^re Oenneville. qui occupa Arcev, Isle-sur-le-Doubs, Héricourt. et dont les patrouilles se nionln'^rent sur la route de Vesoul jusque dans les environs de Lure.
Le III" cor|)s (jui était toujours à Délie envoya un réjsçinienl îi Montbéliard afin de recueillir, le cas échéant, les troupes de Crenneville postées h Arcey.
Schwarzenberg, pour être |)lus ji |)ortée, avait transféré son quartier général de Lorrach à Bi\le. Atin de (*oniplét(»r Tensemble des mesures de pm-autions superflues déjà prises, le I«' corps vint îi Porentruy. Le II'', tout en laissant des troupes devant le fort de Joux. se massa autour de Morteau d(» façon à pouvoir se porter en avant le lendemain, tandis que. derrii'^re ces deux corps, le prince héritier de Hesse-Hombourg. en marche sur Pontarlier, cantonnait ses troupes depuis Travers jusqu'il Saint-Biaise et Arberg. Ce prince devait, avec* 25 bataillons et 74 escadrons, (»ssayer de» pousser de Pontarlier sur Besançon qu'on comptait eidever de vive force. Le prince de Hesse-Hombourg se proposait, d'ailleurs, dans le (*as où le coup de main projeté contre Besançon échouerait, de se rabattre à droite sur Vesoul pour y rallier Taile droite de l'armée de Bohême. Enfin, le général Scheiter, posté entre Villafans et Fallerans. reliait la gauche du II« corps avec le gros des troupes de Bubna.
3 Janvier 1814. ~ La cavalerie de Fabien passe sur la rive gauche du Rhin se dirigeant sur Hagueneau. — Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les pontonniers de Wittgenstein ayant achevé le pont sur le Bhin rouge. Pahlen passa aussitôt sur la rive gauche avec sa cavalerie (hussards de Grodno, 5 escadrons; hussards de Soumy, 2 escadrons; uhlans de Tchougouïeft', 4 escadrons: 2* régiment de dragons badois, 4 escadrons: et la batterie li cheval, n*» 23).
Il avait ordre de se porter sur Haguenau, de menacer et, si faire se pouvait, d'intercepter la route de Strasbourg i\ Nancy par Saverne. Pahlen, en s'avançant ainsi dans la direction de Haguenau, se fit couvrir sur sa gauche, vers Strasbourg, par le général Rûdinger qui devait aller avec les hussards de Grodno, les cosaques de Wlassoff et 2 pièces d'artillerie à cheval jusqu'à
Druscnheim et pousser de là la moitié du régiment cosaque aussi loin que possible vers Strasbourg.
Un escadron des hussards de Grodno et le reste des cosaques de Wlassoff étaient dirigés par la route de Haguenau à Strasbourg sur Brumath, envoyant des partis, d'une part vers Strasbourg, de Taulre vers Saverne.
Enfin, le lieulenant-colonel Nabel, avec les deux autres escadrons des hussards de Soumy et la moitié du régiment cosaque de Jaroslaw, était chargé de couvrir la droite du côté de Landau, en 80 postant à Seltz et en envoyant des partis au delà de Wissembourg vers Landau et Bilche.
Pour compléter ce rideau, le colonel Sélifonticft alla, avec doux escadrons de uhlans de Tchougouïcfl' et les sotnias restant du régiment do Jaroslaw, s'établir h Lauterbourg, envoyant par Langenkaudel des partis sur Landau et recherchant, par Ilheinzabern et Spire, la communication avec l'armée de Silésie*.
Pendant la journée du 3, le prince Eugène de Wurtemberg fit occuper Fort-Louis (Fort-Vauban) par la 3® division d'infanterie; la 4* resta encore sur la rive droite à Stoilhofen et ne passa sur la rive gaucho que le 8 ».
On avait donc envoyé la cavalerie du VI® corps dans toutes les directions, afin de se procurer les renseignements nécessaires sur la position et les forces de l'ennemi, ainsi que sur la marche des autres colonnes alliées. Cette cavalerie ne lit que peu de chemin le 3, et le soir elle occupait les positions suivantes : Pahlen, avec le gros do sa cavalerie ne dépassa pas Suffelheim ; Rlidinger alla jusqu'à Schierofen ; les cosaques de Wlassoff s'établirent à Druscnheim et dépassèrent Gambsheim, s'éclairantdu côté de Wantze-
* Composition de la cavalerie de Pahlen, d'apr^^s l'état de situation du 4 janvier 1814.
» Le comte Wittgenstein au prince de Schwarzenborg ; « Rastntt, 3 janvier 1814. — Wittgenstein rend compte du passage du Rhin par les troupes du VI® corps, des afTaires du fort Vauban et du fort Alsace, et ajoute ensuite :
tt Le 3° pont (celui du 3* bras) étant achevé, toute ma (*avalerie passera avec moi sur la rive gauche. Le gros de cette cavalerie, sous les ordres du comte Palhen, va à Haguenau et poussera aussi loin que possible vers Saverne. Un autre corps de cavalerie ira vers Strasbourg et Schlestadt, afin de se relier avec les partisans et les coureurs du général comte Wrède. Enfin, un autre détachement de cavalerie se dirige de façon à cliercher à se relier avec la gauche du feld-maréchal Bliicher, du côté de Wissembourg. »'(K. K.Kriegs Arehiv,, \, 84.)
naii encoro occupé parles Français ; onfin, un des deux escadrons de uhlans de Tchougouieff s*installa à Haguenau, que les Frîincais avaient évacué le 3 au matin.
On trouve h propos do l'occupation de Haguonau, dans les rapports adressés par Witlgenstein et par Barclay de Tolly h Tenipereur de Russie, fi la date du 5 janvier, des données curieuses sur Tétai d'esprit des populations. L'entrée des uhlans russes ne causa, paraît-il, aucune émotion, aucune inquiétude ti la population qui continua îi vaquer à ses occupations ordinaires, comme si de rien n'était. Mais la situation ne devait pas tarder à se modifier complètement par suite; de la mesure (|ui, prescrite par Schwarzenberg îi Tinsu des souverains et rapportée d'ailleurs peu après*, imposait l'obligation du serment d'obéissance et de lidélité envers les souverains alliés, mix autorités et aux popula» tions. Celles-ci, en butte aux sévices et aux violences inséparables d'une invasion, exaspérées par la misère et les mauvais traitements, se décidèrent peu à pcni à courir aux armes et h prendre, comme nous le verrons plus tard, une part glorieuse et activera défense du territoire national.
En somme, Pahlen avait seulement réussi î\ apprendre que deux régiments de gardes d'honneur Clés 3" et 4«) sur\cillaient le Rhin dans ces parages, tandis que du côté de Strasbourg, ce ser\icc était confié à quelques compagnies d'infanterie de la garnison; qu(î le gros du 4« régiment do gardes d'honneur, qui avait évacué Haguenau h l'approche des uhlans, paraissait se retirer sur Saverne, et que le 3« régiment de ces gardes s'était replié des environs de Fort-Vauban vers Bischwiller, d'où l'on s'attendait k lui voir prendre le chemin de Saverne.
Marche de Wrède sur Colmar. — Schwarzenberg s'était rendu le 3 au matin auprès des troupes qu'il avait destinées, par un ordre daté de Lorrach le 2 janvier, à agir contre Colmar*. Ce mouvement devait permettre à Wrède de reprendre la place qui
* Voir BOGDANOWITCH, 1, 67.
i Schwarzenberg aa feld-maréchal lieutenant Bianchi. — » LOrrach, S janvier 1814. — Le général comte de Wrède poussera, le 3 janvier, vers Colmar. Le corps volant dn général prince Stscherbatoff s'est porté vers Epinal par la roQte do Remircmont. » (K, K, Kriegs Arehiv,, l, 37.)
lui était assignée dans l'ordre de bataille, d(î passer devant le IV® corps, de se porter îi la droite de ce dernier, ayant par conséquent le prince royal de Wurtemberg îi sa gauche et Wittgenstein li sa droite.
La marche sur Colmar* s'effectua ainsi qu'il suit : Frimont avec la division Antoine Hardegg, se porta dès l'aube sur Rouffach ; il était suivi par les divisions La Motte. Spleny et par les chevaulégers bavarois du général Ellbracht.
La division Rechberg marchait en même temps vers Soultz et devait y rester en résene. Enfin, le 1V« (*orps se mettait en march(» sur deux colonnes, Tune avec le général Koch vers Neuf-Brisach en longeant le Rhin, l'autre conduite par le prince royal de Wurtemberg en personne, d'Ensisheim sur Sainte-Croix et Colmar. couvrant ainsi la droite et les derrières du V® corps, avec lequel les Wurtembergeois se reliaient en outre par le petit corps volant du colonel Scheibler, renforcé momentanément de deux compagnies de chasseurs.
Les derniers postes qui couvraient l'arrière-garde de Milhaud occupaient h ce moment encore Sainte-Croix, Pfaffenheim et Hattstadt. A 9 heures, les deux corps alliés se mirent en mouve-
i Régiment de uhlaiis autrichiens SohwarztMibcrg devant Colmar (Historique du régiment). — 4 janvier 1814. — Le rt^giment se porta ce jour-là sur Colmar avec le V** corps d'armée dont il formait Tavant-garde.
Le major comte Hadik avait été envoyé avec un escadron sur le flanc droit pour couvrir ce flanc et se relier avec les troupes du colonel baron Scheibler, qui devait se porter sur Colmar par la route de Saint4.sCroix. Bien que cet escadron eût à passer par un terrain des plus défavorables à l'action de la cavalerie, coupé partout de marais, de fossés et d'étangs à moitié gelés, il réussit cependant à pénétrer le premier dans Colmar et à faire de l'autrecôté de la ville quelque mal à Tarriére-gardc ennemie qui se retirait. Ces bons résultats étaient principalement dus au coup d'œil et à la décision du capitaine baron Saamen.
Le maréi!!ial des logis chef Hepsch, qu'on avait envoyé en avant avec 15 hommes pour tirailler avec l'ennemi, se distingua tout particulièrement. Arrivé dans les vignes qui entourent la ville, il se porta rapidement en avant avec deux hommes, poussa jusqu'à la porte de Colmar, que cinq cavaliers ennemis, aidés par quelques habitants, cherchaient à barricader. Il n'hésita pas à entamer la lutte avec eux. les empêcha de continuer leur œuvre, jnsqu*au moment où, soutenu par dix cosaques de PlatotT, il réussit à les mettre en fuite. Sans ordre et de sa propre inspiration, il poursuit l'ennemi avec les cosaques, donne sur la place dans un peloton de cavalerie en train de se former, le culbute, en blesse le chef et poursuit les fuyards jusqu'il la porto située de l'autre côté de la ville, qu'il garde jusqu'à l'arrivée du gros, bien que quatre escadrons ennemis fussent établis à proximité et en dehors de cette porte.
nicMil ; les vedoltos vi les |)(»tits postes do cavalorio franrîiise se replifTcnt d'abord sur Colmar* qu'ils quiltercnt presque sans combat. Le gf^nc^ral Milhaud. informé du passage du Rhin exécuté par Wittgenstein, l'avait évacuée h» matin, se portant avec sa cavalerie dans la direction de Sainte-Marie-aux-Mines, tandis qu'il avait fait filer l'infanterie vers Strasbourg. C'était du moins ce que l'on apprit h Wn'^de, lorsqu'à 8 heures de l'après-midi, il entra à Colmar |)resque en même temps (ju(» le IV«cor|)S. L'arrièregarde fut mollenuMil poursuivie par Scheibler jusqu'à Markolsheim. et se replia sans autrement être in(|uiétéesur Sainte-Marieaux-Mines, afin de couvrir ce |)assage d(»s Vosges et de |)ermetlre au gros d'atteindre sans «Micombre la vallée de la Meurthe.
C'était donc pour enlever (Colmar h une |)oignée de cavaliers et pour assurer en passant l'investissement de Neuf-Brisach, que l'on avait mis en mouvement deux corps d'armée qui s(» cantonnèrent le soir, le V« îi (Colmar et environs, le IV* entre Sainte- Croix et Biltzheim.
Schwarzenberg était de sa personne retourné à Altkirch: h» colonel Scheibler, qui seul avait fait mine de suivre l'arrièregarde de Milhaud dut. après avoir été arrêté à Markolsheim. se
* Dans le rapport qu'il adressa, le 7 janvier au soir, de Baccarat, au ma jor général, le général Milhaud rend coinple en res termes de ce mouvement rétrograde :
« Quand j*ai eu ordre tlu duc de Ikllune de quitter Colmar, dit-il dans ce rapport, j'étais en présence d'une forte armée qui aUaquait le 5** corps de cavalerie et ma brigade d'infanterie par quatre grandes colonnes; j'avais des détachements sur les bords du Rhin et avant de Neuf-Brisach et dans les niontignes de Soultz bach, et malgré les forces de l'ennemi douze fois (?) supérieures aux nôtres, nous avons fait notre retraite sans perdre un seul homme ni un seul cheval. J'ai quitté Colmar à ± heures après midi et n'ai pas cru devoir répontlre par un seul coup de canon au\ canonnades de Tennemi. Nous avons mameuvré
dans les détilés et dans la plaine ave<^ le plus grand ordre
Les uhlans de Schwarzenberg forment l'avant-garde ennemie, mais avec beaucoup de circonspection
« Vn détachement de 100 dragons et de iOO fantassins commandés pur le chef «rescadron Montanolle, du 22®, que j'avais envoyé dans la valh^ de Munster, a fait sa retraite le long des montagnes et est venu joindre notre arriére-garde.
« Quel malheur f mon Prince, ajoutait le général en terminant, de ne jmhvoir pas défendre Ventrée des fjorges de Snrerne, de Mutz'uj et de Sninte- Marù'-niix-Mines par quelques bataillon* d* infanterie légère. » Tous les habitants des montagnes n'avaient besoin que de se voir proléger par un ou deux bataillons à l'entrée de chaque gorge pour faire une irruption et défendre leurs foyer». (Archivée du dépôt île la guerre.)
dirifç(»r du (;ôté do Schlostadt, parce que U*. géïK^ralissinie était convaincu qu(» Milhaud se porterait de là vers Strasbourg pour y rallier Victor.
Marche de Stscherbatoff sur Remiremont. — Stschorbatoff avait de son cAiO passé l(»s Vospjes, débouché dans la vallée de la Moselle et poussé avec ses 700 cavaliers sur Remiremont, qu'il occupa le 3, à une luxure de raprès-niidi, après une escarmouche dont il rend compte dans les termes suivants :
Rapport de Stscherbatoff ù son A liesse Monseigneur le Prince de Schirarzenberg^ commandant en chef les armées réunies. — Remiremont. 3 janvier 1814. (En français dans l'original.)
« A deux lieues de Remircîmont, mon avant-garde commandée par le colonel Elimovitch, fut rencontrée par un détachement de cavalerie ennemie qui a été culbuté.
« Beaucoup furent tués et 36 faits ])risonniers. Il y a 6 cosaques d(* blessés dont 2 grièvement.
« Vers une heure de l'aj^'ès-midi, Remiremont a été occupé; mais maintenant U' hasard me fit connaître par une lettre que 000 hommes d'infanterie marchent d'Epinal sur Remiremont, que ii\0 honmies h cheval sont arrivés à Epinal et qu'on y en attend âoO autres dans la nuit.
« Je ne pourrai pas résister îi ce fort détachement, et je devrai me replier sur la môme rout(; par laquelle je suis venu, pour ne pas laisser surprendre le flanc gauche de l'armée par le débouché des gorges des montagnes.
t( J'avais envoyé une bonne patrouille il Plombières, qui n*y a trouvé aucun ennemi*. »
Houvement de la cavalerie de Thurn sur Vesoul. — IjC
lieutenant-colonel comte Thurn, arrivé de son côté ii Lure, avait résolu (le surpendre, dans la nuit du 2 au 3, le détachement français posté îi Calmoutier, mais qui s'était, entre temps, replié sur les hauteurs voisines de Vesoul. l-e parti ([ue Thurn avait poussé en avant, ayant tiraillé pendant toute la matinée avec les avautpostes français, le colonel lui prescrivit d'occuper et d*amuser
* A'. À'. KricQi Archii\, I, 57.
loiinemi. Marchant pondant oo temps, avec le reste de son inonde, par la route de Besançon h Vesoul, il déboucha sur les derrières de Vesoul, par Vellefaux. « Aussitôt, dit-il *, que ce mouvement fut exécuté, je fis vivement attaquer rcnnemidc front. I^ capitaine Burckardt s'acquitta de sa mission avec tant d'habileté et d'intelligence, qu'il entra péle-mélc avec l'ennemi dans la ville , et y prit le préfet au moment oh C(»lui-ci se j)réparait à partir. »
Thurn ajonU) qu'il a fait 200 prisonniers, parmi lesquels des malades, des blessés; qu'il a pris, outre le commissaire des guerres attaché au dépôt de Vesoul, un magasin do fourrages et un gros magasin de tabac; qu'il tient sous bonne garde le jiréfet, mais que le principal résultat de son coup de main sur Vesoul aura été de retarder la levée en masse décrétée par le préfet.
Bianchi, apri\s avoir relevé les Bavarois devant Belfort, avait infructueusement sonmié le général Legrand de lui rendre cette |)lace. Le III* corps (Gyulay), arrivé h Montbéliard, lui servait de soutien, et, comme ce corps manquait de cavalerie, il avait fait occuper par l'infanterie les postes do Clerval et d'Arcey. Biancthi prévenait également Schwarzenberg, dans son rapport du 3 janvier*, « qu'il serait impossible de pousser la division légère Crenneville bien avant dans la direction de Vesoul, parce que cet ofticier général n'avait avec lui que deux faibles escadrons. »
On ne s'étonnera pas, nous l'espérons du moins, de nous voir insister sur des détails qui peuvent, au premier abord, paraître insignifiants ; mais, en y réfléchissant quelque peu, on découvrira sans peine les raisons pour lesquelles nous nous sommes attaché à signaler ces faits. Il nous semble, en effet, qu'il y a lieu de procéder de la sorte, si l'on désire arriver h se rendre un compte exact du caractère des opérations, îi découvrir la cause de lenteurs qui paraissent inexplicables au premier examen, à ai)précior dans toute son étendue respè<îe de terreur superstitieuse dont semble avoir été hanté le quartier général du généralissime, h partir du moment où l'on se décida ?i fouler le sol français. N'avant rien devant soi, on aurait pu et dû pousser résolument et rapidement
i Rapport de Thurn à Schwarzenberg, de Vesoul, 4 janvier (A', A'. Kriegs Archiv., 1, 73).
* K. K. Kriegi ArefUv.y I, 49.
en avant, afin de crever le mince et faible rideau de cavalerie, derrii'^re lequel on n'aurait trouvé que quelques faibles bataillons disséminés depuis Wissembourg jusqu'à Baume-les-Dîimes. Si Ton ouvre, à la date du 3 janvier, le Journal sommaire des opérations et des marches, tenu au grand quartier général de Schwarzenberg^, on y lira que Pahlen est à Haguenau. où il a trouvé des malades et pris des dép(Ms de cavalerie, qu'il pousse à droite sur Wissembourg et devant lui sur Saverne, que Stscherbatofi* a passé les Vosges h Saint-Amarin et s'est avancé dans la vallée de la Moselle jusqu'à Remiremont. Mais on se gardera bien, en revanche, d'y faire la moindre allusion aux lenteurs de Wittgenstein, d'y motiver le déploiement inutile de deux corps d'armée pour enlever Colmar à quelques cavaliers, de mentionner la perte du contact avec la cavalerie de Milhaud, d'expliquer le piétinement sur place imposé aux III®, II« et I*»" corps et aux réser\'es. Il nous reste cependant à dire, pour en avoir fini avec le journée du 8, que la division Ignace Hardegg, du le»" corps, avait re|)ris sur le Doubs, du côté de Saint-Hippolyte, Pont-dc-Roide et Baume-les-Dames, les postes que le III« corps, allant sur Montbéliard, avait quittés. Le gros de ce corps était d'ailleurs encore à Porrentruy, et le II® corps débouchait seulement à Flangebouche. pendant que les réserves autrichiennes, avec le prince héritier de Hesse-Hombourg, se portaient, sans se presser, sur Pontarlier, Sainl-Sulpice, Chaux-du-Milieu et Saint-Biaise, et que Barclay de Tolly installait son quartier général à Bftle.
Considérations sur les positions des Alliés.— Conséquences de rentrée du V* corps à Colmar. — Il faut cependant reconnaître que la marche des Alliés sur Colmar, en obligeant Milhaud h se replier sur Sainte-Marie-aux-Mines. vint contrarier les projets de Napoléon et contrecarrer les mouvements de Victor. Obligé de chercher, avant tout, à gagner le temps dont il avait besoin pour assurer un semblant de cohésion aux formations nouvelles, Napoléon avait été amené forcément à l'idée d'organiser une défense simulée du Rhin, et avait, par suite, dû donnera sa ligne une» extension égale îi la longueur du front par lequel passaient
* Starke, EinUwilung tind Tagesbegebenlwiten der Haupl Armée unter Feld- Mar$chaH Fûrsl Sehicarzenherg im Monate JanuarÇK, K. Kriegs Archiv., I, 30).
/ •* ■kO
h»s lignes natun^lles d'iiivusioii des Alliés. I/évéiuMiH;nl s'(^st, d'ailleurs, ehargé de justifier la manière de voir de Napoléon. |)uisque. tout en restant échelonnés le long du Rhin,' les corps français, malgré les fautes conmiis<\s par certains généraux, onl néanmoins pu se rallier sur les points situés plus en arrière et choisis par l'Empereur.
11 est évident, en (^ffet, cpie si les cor|)S français avaient, dès le |>rincipe. continué hmr retraite, les Alliés, au lieu d(; |)erdre en hésitations, en contre-marches, |)resquc tout le mois de janvier, les auraient suivis pas ii pas et, sachant ce qu'ils avaient devant eu\, ntî seraient pas restés aussi longtemps innnobihîs. Malheureusement les lieutenants de l'Empereur et surtout Victor, dont nous avons à nous occuper acluellem(»nt, n'étaient plus susceptibles d'exécuter convenabh^ment un |)lan (fui exigeait de leur part une confiance et un (Mitrain qu'ils avaient |)erdus. une ardeur et un zèle qui s'étaient refroidis cît avaient fait place à la lassitude, à l'indifférenc<s |)Our ne pas dire au découragement.
L*Enq)ereur* avait ordonné, le 2 janvier, au major général de |>rescrire à Marmont d'avoir à se rendre; h Colmar pour y prendre le conunandemenl de la division dont se conq)osait le :2« cor|)s et y réunir h'S deux divisions du G" corps, h;s l»»" et o* corps de cavah'rie. Victor devait r(»st(;r ii Strasbourg, jiour former les "^^ et 3" divisions de son corps (le; :2*; et veiller à la défense des |)lac(»s, tandis que; Mortier servirait de réserve à Langres et qut; deux divisions de la garde, sous les ordres du général Curial, viendraient de Nancy et de Luxembourg prendre position à É|)inal. Mais Victor, se voyant menacé en amont de Strasbourg par Wrède et les Wurtembergcîois, en aval par le passage de Wittgenslein. sur la rive gauche, et l'apparition de la cavalerie; de PahhMi à Haguenau, craignant de; se voir rejeter et «Mifermer dans Strasbourg, et par-dessus tout inquiet de la responsabilité qui pesait sur lui, avait, contrairement aux ordres de l'Enqjereur. résolu* de
1 Corresiiontlance, n<>» 21055 et il056.
s Victor an major général, Strasbourg, 3 janvier, 8 lieures du matin. — Victor ajoutait dans cette dépèclic : « Je pense que les troupes du 2° corps et du 5^ de cavalerie, qui sont dans la vallée de Colmar, seront réunies aujourd'hui à Molsbeim, et que nous serons demain de bonne heure sur les hauteurs de Saverne, où il serait possible que l'ennemi nous prévint; car il a moins de chemin à faire que nous. » (Archivet du dépôt de la guerre,)
se replier par Schlestadt et Molsheim sur Saverne, d'où il espérait parvenir h donner la main a Marnionl dont il était, sans le savoir, déjà séparé par la marche de Tannée de Silésie. Le moiivemenl (îxécuté par les IV® et V« corps alliés avait eu, d'ailleurs, pour conséqucMice d*(;mpêeher re\écution de Tordre du mouvement rétrograde par MolslKîim sur Saverne, que Victor avait envoyé au 5« corps de cavalerie. La direction sur Sainte-Marie-aux-Miiies, que Milhaud imprima à sa retraite, déroula complètement le duc (le Hellune qui, laissant simplement d(îux n'^giments de gardes d'honneur du côté de Saverne pour observer Pahlen; crut plus sag(s au lieu d(^ chercher h défendre les débouchés des Vosges du côté d'Épinal, de s(î mettre en retraite le 5 janvier * par Mutzig et Blamont sur llaon-Tfttape, découvrant ainsi ftpinal, dégarnissant les défilés des montagnes et contre(!arrant, en les rendant inutiles, toutes les mesun^s prises par TEnq)ereur. C'était là commettrt^ uik^ faute grave dont n'aurait pas manqué de profiter un adversaire cpiehpu' p(»u actif et entreprenant. Mais les hésitations de Sch\vai7.(Mib(»rg, la direction singulière (pu> de Colmar il donna, coimne nous allons le voir, au corps de Wrède, la lenteur que Wittgenstein mit à se porter sur Saverne: enfin, chose absolument inouïe de la part de généraux disposant d'une cavalerie nombreuse et aguerrie, la perte du contact avec la cavalerie de Milhaud, allaient, si ce n'est réparer, du moins atténuer la faute conmiisc» par Victor.
Il est certain, en eflet, que les Alliés, en continuant leur mouvement en avant, en suivant |)as à pas (;t en menant vivement Tarrièriî-garde du ;>• corps de cavalerie, auraient pu, sans rencontrer la moindn^ résistance, descendre |>ar la vallée de la Meurthe sur Lunéville et Nancy. Wittgenstein, eu accentuant son mouvement sur Saverne. aurait ap|)elé sur lui tout(î l'attention de Victor, d'ail-
1 Voici, en effet, ce que Grourliy écrivait au général Milhaud, le 5 janvier, à 8 heures du malin : «f L'ennemi occupe Saverne (a). Le maréchal se retire par Mutzi^, Trmatt <;t W isches. Le o° corps de cavalerie s'étahUra en arriùrc de Framonl; la cavalerie léîîêrc restera à S<!hirmeck, poussiuit (fuelques parlis sur la route de Senones, afin d'avoir des nouvelles de renuenii et de siivoir >'\\ a paru de ce côté. » {ArcfUres du (U'/hH de in ytu'rre.)
(«) V. B. U 7 a li une erreur commise p4r Victor et Gruucbj. Saverne cUit encore à c« niOMrat uccupO par là ca\aU>ri«> française, et ce ne fnt que la 7 au matin que les courenr» de Pahlca «uri* reat à Saverne. Les Français ne Tévacuèrent que dans la nuit du 0 ac 7 janvier.
leurs disposé à se porter de ce côté. Plus li gauche un corps aurait pu, en lilanl par Épinal, marcher rapidiiuienl par la vallée de la Moselle justpfà (Charmes ou Pont-Sainl-Vincent, et deu\ autres corps , les III® et I«' par exemple , auraient dil accélérer leur marche sur Langres par Vesoul. Un panMl mouvement, sans danger puisqu'on n'avait personne devant soi, aurait complètement désorganisé la défense et livré |)res(]ue sans combat avec les côtes de Meuse les têtes des vallées de la Marne, de l'Aube et de la Seine. La timidité des généraux alliés s'explique donc uni([uement par la crainte que l'Empereur leur inspirait, par l'appréhension (ju'ils ont eue de le voir se jeter d'abord contre Blùcher, le battre sur la Meuse et se retourner ensuite avec les renforts qu'il aurait ramassés en rouUi contre les têtes de (^olonne de Schwarzenberg. Aussi, plus fidèles que jamais aux principes émis lors de la signature de la convention de Trachenberg, les généraux alliés paraissent avoir cherché par-dessus tout à éviter la moindre rencontrcî sérieuse, à rendre impossible toute entreprise quelque peu importante, jusqu'au moment oii l'armée de Bohême aurait opéré sa jonction avec celle de Silésie.
Mais cette jonction elle-même pouvait s'opérer rapidement, sans peine, sans pert(» de temps et sans danger. Il aurait suffi pour cela d'ordonner au VI« corps de pouss(T immédiatement en avant le 3 au soir, tandis qu'au contraire on laissa Wittgenstein piétiner sur place, depuis le 3 jusqu'au 10 janvier, aux environs du point où il avait passé le Rhin. Et c'est ainsi qu'au moment où Blùcher iirrivait le 17 janvier à Nancy avec le gros de ses troupes, nous ne trouverons à hauteur de Phalsbourg que la cavalerie de Pahlen. Grâce à la lenteur méthodique de Wittgenstein, aux hésitations du grand quartier général, un corjis de cavalerie va mettre quinze jours pour aller de Haguenau à Phalsbourg !
4 janvier 1814. — Mouvements de la cavalerie du VP corps. — Le 4, en effet, Pahlen s'était contenté d'occuper, avec le gros de ses troupes, Haguenau, où l'un de ses escadrons était déjà depuis la veille. Il avait, il est vrai, jugé à propos de se faire soigneusement couvrir, sur sa gauche, par Rûdinger, qui s'établit à Gambsheim et dont les avant-postes se» tinrent en vue de Wantzenau. Sur sa droite, le colonel Sélifontieff dépassait Lanterburgf et le lieutenant-colonel Nabel envoyait des partis vers
Landau, sans renconlr(»r nulle pari les petits détachements franrais qui s'étaient repliés sur Landau. Pahlen avait cependant osé pousser, (mi avant de Haguenau, un escadron qui alla, sur la route d(i Saverne, jusqu'à Monmenheim, et envoyer, sur les roules de Bouxwiller et de Bitche, les dragons badois. Le reste du VI« corps resta sur les mêmes positions que la veille.
Il paraît, d'ailleurs, qu'on trouvait au grand quartier général que Witlgenstein n'avait pas encore assez de cavalerie S puisque, le lendemain 5 janvier, on l'informait qu'il allait être rejoint par Seslavin. Cet officier général, qui aurait pu rendre de réels services si l'on avait, conmie il le désirait, connue il le demandait, consenti à lui laisser tenter une pointe vers le Midi de la France, recul, à Porrenlruy, l'ordre de se diriger, par Dannemarie et Colmar, sur Schlestadt, afin de relier entre eux les V« et VI« corps.
Perte du contact. — Ainsi qu'il a déjà été indiqué, les IV» et Vo corps avaient perdu complètement, dès la veilh^ le contact avec la cavalerie de Milliaud, d'abord parce qu'on avait arrêté le colonel Scheibler à Markolsheim, ensuite parce que l'on était convaincu en haut lieu que Milhaud n'avait pu se retirer que sur Schlestadt. En raison de l'ignorance même dans laquelle on sc^ trouvait et des ordres que l'on reçut du grand quartier général, on n'entreprit, à vrai dire, absolument rien dans toute la vallée du Rhin ! Wrède, n'ayant pas réussi à découvrir la moindre trace de son adversaire, ne j)Ouvant tirer aucune indication sérieuse des renseignements contradictoires donnés par les habitants, détacha* de son avant-garde trois j)artis de» cavalerie; le premier.
* Le prince de Schwarzenherg, au général en chef comte Witlgenstein. — Altkirch, 5 janvier 1814 : u Afin de donner aussi rapidement que possible à V. Ë. la cavalerie qui lui manque, j'ai prescrit au général major Seslavin de prendre par Colmar pour rejoindre votre Excellence. »
(K, K. Krieys archiv. 1. 84.)
* Schwarzenberg se rendait si peu compte de la situation, que dans les ordres bizarres dont nous aurons à parler et qui dirigeaient Wrède sur Schlestadt, il jugeait à propos de lui recommander ce qui suit :
Schwarzenberg à W'rède. — Altkirch, 4 janvier 1814.
«< Il me serait bien agréable de vous voir attaquer la cavalerie
que vous avez devant vous. Culbutez-la et répandez un peu la terreur de votre côté. » (K. K. Kriegs Archiv. , 1/66 C)\
En mt^me temps il croyait nécessaire d'éclairer et de rassurer le prince royal de Wurtemberg, auquel il écrivait : « Vous êtes couvert sur votre front
sous les ordres du géiiénil-major Ellbracht, longea le pied des Vosges, se dirigeant à gauche vers Ober-Hergheini vX Gueniar* ; le second, que le (îolonel baron MengcMi conduisit, par Markolsheim, h Heidolsheini, et, enfin, le 3« à droile, sous les ordres du colonel Scheibler, alla sur Dipolsheini pour battre le pays (Mitre rill et les différents bras du Rhin. Le reste du V« et tout le 1V« corps denieuriTent complètement immobiles.
Mouvements du corps volant de Thurn en avant de Tesoul. — Le lieutenant-colonel comte Thurn avait occ'upé. le 4 îi midi, Vesoul avec le gros de son détachement, et il ajoutait, dans la lettre qu'il adressait de Vesoul, h 5 heures du soir, ii Schwarzenberg : « Je surveilhî toutes les routes dans la direction de Besançon, Gray, Port-sur-Saône et Luxeuil. J'ai rendu compte de tout c(î qui s'est passé au général-major von Haecht, et l'ai prié d'occuper Lure j)Our me servir de soutien. J'ai vainement cherché à me relier par Luxeuil et Remiremont avec le corps volant du prince Stscrherbatotr, et, connui; je n'ai que» fort peu de cavalerie, je mi puis m'affaiblir en envoyant trop loin des détachements. Un émissaire, qui rentre à l'instant, m'annonce qu'un corps de cavalerie française marche, par Chaumont, sur Langres et Port-sur-Saône, et que ses patrouilles ont poussé sur Charmoillc. J'ai aussitôt dirigé sur Port-sur-Saône le capitaine de chasseurs bavarois Fleischmann avec un détachement mixte de
par le prince Stscherbatoff, à gauche par le ill' corps, qui sera le 9 à Vesoul. Vous assurerez à droite par des corps volants, vos communications avec le général comte de Wrède. » (K, K, Kriegs Archic, 1/66 B.)
* Grouchy au Major général. — Biiccarat, 6 janvier :
« Attaqué sur trois points dans Colmar, on s*est retiré dans le meilleur ordre, sans pertes, et Tennemi ne nous a suivis que jusqu'à hauteur de Guumar. Depuis ce point jusqu*à la position qu*occupe le 5° corps de cavalerie, Tennemi ne s'est plus montré. Une de ses colonnes s'est portée par la route qui longe le Rhin dans la direction de Strasbourg. D'autres colonnes débouchent des Vosges par les routes de Ste-Marie-au\-Mines et du Bonhomme. Les gardes d'honneur étaient hier 5, en avant de Saverne, ayant devant eux la cavalerie légère russe. S'ils sont fortement poussés, ils ont l'ordre du duc de Ikllune de
se reployer sur Phalsbourg et la route de Nancy L'effectif total du
5* corps de cavalerie est d'environ 3,0î)0 chevaux. » (Dépôt de la guerre).
On voit donc que, pendant que les Alliés perdaient le contact avec la cavalerie de Milhaud, cette cavalerie parvenait en revanche sans se compromettra et sans révéler sa présence, à se tenir an courant des mouvements des diffé> rentes colonnes des Alliés. Le fait nous a paru lu peine d\Hre signalé.
Weil. 4
- so -
cavalerie et do chasseur», et lui ai donné l'ordre de se procurer des renseignements sur Fennemi et de chercher par-dessus tout à faire des prisonniers.
« Les dépôts de cavalerie ennemie se réunissent h Dijon.
« Les nouvelles de Paris signalent un grand mécontentement dans la population et font prévoir Texplosion prochaine de désordres sérieux. L'Empereur, d'après ce que m'annonce l'agent que j'ai envoyé à Paris, et qui a quitté cette ville il y a six jours, aurait l'intention d'y faire venir 10,000 hommes de la garde »
a J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse le numéro du JlfoMÎ* leur que je viens de recevoir. »
Monvêmênti des antres corps et ordres de SohwarsêBberg. — Au centre et h l'aile gauche, les Il« et I1I« corps ne bougèrent pas davantage, et le !•' corps alla de Porrentruy h Délie, laissant encore dans la vallée du Doubs à Clerval et Pontr de-Roide la division légère Ignace Hardegg, dont les patrouilles constatèrent l'évacuation de Baunie-les-Dames et la présence de quelques cavaliers français du côté de Mamirolle, à Test de He^ançon. Enfin, deux des quatre divisions des réserves autri« chiennes arrivèrent à PontarÛer.
Pendant que les troupes de l'armée de Bohême restaient ainsi inactives, le 4, on avait, au contraire, été très affairé au grand quartier général d'Altkirch ; les ordres abondaient et pleuvaient (le tous côtés. En réalité, il est difficile de comprendre h quels besoins ils répondaient, et quelles raisons avaient pu décider Schwarzenberg à envoyer Wrède investir Schlestadt, k maintenir jusqu'au 6 devant Neuf-Brisach le IV« corps, qui devait être relevé ce jour-là par une partie du ¥•, pour ne lui faire commencer que plus tard son mouvement sur Remiremont, tandis que le III® corps recevait, de son côté, l'ordre de quitter Montbéliard le 6, et de se porter, par Vesoul, sur Langrcs. Pour compléter ces mesures> le !•' corps devait venir avec Schwarzenberg à Montbéliard» et, k l'extrême gauche, le prince héritier de Hesse-Hombourg était chargé d'investir et de bombarder Besançon le 9 janvier. Enfin» et bien qu'il n'ait eu jusqu'à ce jour aucune lutte à soutenir, bien que chacun de ses corps d'armée fût doté d'un nombre respec-
i K. A'. Krieys ArefUv,, I. 73.
table d'escadrons, bien qu'il eût eu le loisir de déterminer à Tavance et à son aise la composition et la marche de ses colonnes, Schwarzenberg se crut déjà obligé do faire venir de l'arrière une cavalerie qui n'aurait, d'ailleurs, jamais dû s'y trouver, parcc^ qu'elle n'avait et ne pouvait y avoir rien h faire. Il écrivit, en effet, h Barclay de ToUy : « Comme je n'ai actuellement pas de cavalerie à moi en avant de mon front, il me faut prendre, pour soutenir la division légère Crenneville, une division de cuirassiers russes, h laquelle vous prescrirez d'avoir ji se rendre, le 8 janvier, de Montreux à Novillard ; le 9, par Vézelois, Meroux, Sevenans, Botans, Bavilliers, Essert, à Frahier; le 10, à Lure; le 1 1, à Vesoul, où elle se cantonnera. Un régiment de cosaques devra aller h Montbéliard, où sera installé mon quartier général.
« Enfin, pour surveiller la vallée de la Meuse et pour m(» renseigner sur les mouvements de l'ennemi, je compte envoyer l'ataman comte Plaloff, le 9, d'Épinal sur NeufchîUeau, afin que, de concert avec le prince Stscherbatoff, il maintienne, du côté de Langres et de Chaumont, les communications avec les troupes qui se porteront en avant *. »
L'offensive vigoureus<î et énergique, dont parlait toujours Schwarzenberg dans ses ordres, consistait donc à donner à WW^de une direction absolument illogique, à laisser au VI« corps (comme on le disait au quartier général) Ici temps de prendre pied sur la rive gauche, de réparer les ouvrages en ruines du fort Vauban et d'organiser une solide tète de pont au fort Alsace ; d'autre part, on faisait bloquer Huningue, Neuf-Brisach, Schlestadt, Besançon, et l'on maintenait, pour cette raison, les réserves russes et prussiennes fort loin en arrière, précisément au moment où il aurait fallu les faire serrer sur les corps de première ligne et marcher à tout prix vivement et résolument en avants Et cependant, en raison môme de la crainte qu'inspirait un adversaire qu'on s'attendait à voir apparaître partout et à tout moment, d'un adversaire que, quelques jours plus tard, le 7 janvier*, on
1 If. K. Kriêçi Arehiv. 1/66 A.
« BnuiBAiM, ToU DeiikwûrdigkeiUn, IV» 164.
fl 6tl esNOtiel de coosidérer que ce fat seulement laraqa'il eut reçu c«tl6 fausse QOuveUe, que Schwarzenberg modilia ses ordres du 4 et rappda à lui WHIgenstein et Wrède, que sans cda il eut vraisanblablement laissés plus longtemps en Alsace.
Croyait même déjà arrivé îi Langres h la tète d*une armée de 80,000 hommes, il eût fallu avant tout éviter Téparpillement des forces.
On aurait dû éviter de perdre un temps précieux et irréparable à conquérir l'Alsace, où il n*y avait personne; mais, au contraire, se hftter de réunir 120,000 îi 150,000 hommes sur un point donné, Langres, par exemple, afin d*étre dans les dix premiers jours de janvier, comme on le |)Ouvait d'ailleurs, à même d'écraser 1 ennemi sous le poids de ces masses auxquelles rien, et surtout des formations îi peine ébauchées, n'aurait pu résister.
Nouvelles de Blûcher. — Schwarzenberg avait à peine expédié ces différents ordres qu'il reçut de Blûcher l'avis du passage du Rhin par l'armée d(î Silésie et du commencement d'exécution du mouvement vers la Sarre. Il semble qu'il eût été naturel à ce moment de modifier les ordres, d'accélérer la marche des différentes colonnes et de porter surtout le VI^ corps, qui formait la droite de l'armée de Bohême, résolument en avant. Schwarzenberg préféra écrire à Blûcher pour le mettre au courant de sa propre situation et lui annoncer à mots couverts qu'il ne prendrait une résolution définitive que « lorsque l'armée de Silésie serait arrivée à Nancv ».
5 Janvier. — Mouvements du VI* corps. — Aussi la journée du 5 ne présente pour cette raison guère plus d'intérêt que celle de la veille. Du côté du VI« corps, tout se borne à l'occupation par le général Rûdinger de Wantzenau que les Français évacuèrent après une légère escarmouche contre les cosaques, pour se replier sur Hôhenheim. Les patrouilles, poussées sur la route d'Haguenau à Bitche, vinrent jusqu'à Reichshoffen. Elles y apprirent que le 3® régiment de gardes d'honneur, après avoir paru la veille dans ce village, s'était, h la nouvelle de l'occupation d'Haguenau, replié le soir parBouxwillersurSaverne. Les partis, envoyés de Brumath vers Mutzig et la vallée de la Bruche,* afin de chercher la comnmnication avec le général Seslavin, avaient tiraillé avec les avant-postes français du côté de Marlenheim. Enfin, sur la foi de renseignements recueillis du côté de Lauterbourg, on croyait savoir que Marmonl se repliait de Pirmasens sur Bilche.
Mesures prises par le prince royal de Wurtemberg pour le passage des Vosges. — Le V^ corps investit Schlestadt, envoya une des brigades de la division La Motte vers Sainle-Marie-aux- Mines, et releva sous Neuf-Brisach les Wurtembergeois qui devaient commencer leur mouvement le lendemain» et que le généralissime renforça de la brigade autricîhienne Schâffer et du régiment de hussards Archiduc Ferdinand. Le quartier général du prince royal s'établit h Ober-Bergheim, d'où le prince adressa h Schwarzenberg le rapport par lequel il lui communiquait les mesures qu il prenait pour la marche du lendemain :
« Prince royal de Wurtemberg, à Schwarzenberg. « Oberbergheim, 5 janvier 1814*.
« J'ai reçu cette nuit les ordres de Votre Altesse, et je marcherai demain sur Remircmont. La tête de mes colonnes cherchera î\ atteindre ce .point avant cette date, pour que ma cavalerie ne soit pas obligée de séjourner plus que de raison dans la région si inhospitalière des Vosges.
« Afin de rester en communication et en liaison avec le général comte Wrède, j'enverrai des partis sur ma droite, et je pri(»rai le comte Wrède d'en faire autant de son côté.
« Mon quartier général sera demain h Cernay. »
Le généralissime, tout en approuvant les propositions du prince royal relatives à la cavalerie, l'invita cependant à la laisser le moins longtemps possible sans infanterie, parce qu'il craignait de la voir arrêtée par une petite arrière-garde ennemie tirant habilement parti du terrain accidenté et difficile de ces régions.
Schwarzenberg mandait en même temps au prince royal que le général Stscherbatoff, comme cet officier général l'avait du reste prévu lui-même, avait été contraint d'évacuer Remiremont à l'approche de 600 fantassins et de 500 cavaliers ennemis*.
Stscherbatoff rentre à Remiremont. — La recommandation de Schwarzenberg n'était pas tout à fait inutile, puisque, comme le montre la lettre du chef d'état-major du 1V« corps ii Stscherba-
t K, K, Kriegi ArefUv, ad, I. 8f .
ï K. K, Kriegi Archir, I. 81.
toff, le gros de ce corps ne devait, d'après les projets du prince royal, arrriver que quatre jours plus tard h Remiremont^
Stscherbatoff n'était pas, d'ailleurs, resté inactif, et, dès le 5, profitant de ce que quelques troupes alliées avaient occupé les défilés de Bussang, rassuré sur ses derrières, et presque sûr désormais de pouvoir, en cas d'échec, se replier sur ce soutien, il avait de nouveau débouché dans la journée sur Remireniont, qu'il avait occupé.
1 Le colonel comte Baillet de La Tour aa général prince Stscherbatoff, Oberbergheim, ft janvier 1814 (en français dans Toriginal) :
u En ordonnant à S. A. R. le prince royal de Wurtemberg de se porter sor Remiremont arec son corps d'armée, S.A. le prince maréchal lai mande que vous êtes chargé de couvrir son front.
(( Je ne veux donc pas manquer de me mettre en relations avec vous, mon général, et de vous prévenir qu'aujourd'hui Thann sera occupé par un bataillon wurtembergeois qui se portera demain à Bussang pour vous servir de repli en cas de nécessité.
u Le Prince Royal se flatte cependant que vous pourrez vous maintenir dans la route de Remiremont jusque vers le 9, jour auquel la tète du corps d'armée y arrivera.
« Le capitaine Nagel, qui nous précède avec un escadron, est chargé de rassembler des vivres et des fourrages pour le corps d'armée.
« Le Prince Royal désire, mon prince, que pour lui facUiter cette besogne, vous tâchiez de tirer les vivres et les fourrages nécessaires à votre corps, des environs de Plombières etd'Epinal. II espère aussi que vous voudrez Tinstmire des renseignements que vous aurez pu vous procurer sur la force et les mouvements de l'ennemi. »
{K. K. Kriegt arehiv. !.. lîl, C.)
Puisque nous venons de parler du comte de La Tour, il nous a paru intéressant de reproduire la lettre ci-dessous. 11 en ressort qu'au moment d'entrer en France les états-majors des Alliés n'avaient pas de cartes, et, ce qui est plus curieux encore, c'est que le colonel de La Tour ayant soumis le cas an généralissime et lui ayant demandé l'autorisation de donner au lieutenant-colonel comte Tburn l'ordre de lui faire tenir la carte dont U est question ci-dessous, Schwarzenberg fit répondre (pièce I. 124, Kriegi Arehiv,) qu'il convenait de laisser à Thnm des cartes dont cet officier a bien plus besoin qu'aucun autre.
Louise Pries au colonel comte \ji Tour. — Montbéliard, le 4 janvier 1814:
t( Monsieur, je viens de recevoir, par une estafette, la lettre que vous avez bien voulu adresser à mon mari, et dans laquelle vous lui demandes l'atlas national de France.
<( Je suis bien fAchée de ne pouvoir satisfaire à votre demande, l'ayant déjà remis au comte de Zettritz, qui était envoyé par le comte de Thum. Je n^ pourrais même vous donner aucune autre carte, mon mari étant venu exprès de Bâle pour en faire la recherche dans notre ville et en faire hommage au prince de Schwartzenberg. 11 s'en est retourné cette nuit.
« J'ai l'honneur. Monsieur, de vous saluer avec une parfaite considération. )>
{K. K. Krieg* Arehiv. !.. 124 D.)
Combat d'Arches. — Ost du rapport qu'il adress<i en françaii à Schwarzenberg, d'Arches, dans la nuit du S au 6 janvier, que nous extrayons ce qui suit :
Rapport du prince Stscherbatoff à Schwarzenberg (en français dans Toriginai). — Arches, 6 janvier 1814, minute.
« Le corps de troupes wurtembergeois (^tant venu hier pour occuper les défilés de Bussang, j'ai de nouveau débouch<^ sur Remiremont.
« J'ai passé la ville et me suis porté jusqu'il Arches, à i heures d'Ëpinal. Avant d'y arriver, mon avant-garde rencontra une patrouille ennemie qui la mène sur un détachement de 400 chevaux. Le lieutenant-colonel Nazaroff, commandant le régiment des cosaques de TOural, Ta attaqué, soutenu par 180 cosaques de Tepter, Ta culbuté et chassé hors du village jusqu'à un quart de lieue.
« La nuit étant venue et 100 hommes d'infanterie se trouvant dans les broussailles ont protégé la fuite de leur cavalerie. Outre beaucoup de tués, on a fait 12 prisonniers. Notre perte n'est que d'un bas-officier et de 2 cosaques blessés, 5 chevaux tués et 11 blessés. Au nombre des prisonniers, il y avait deux conscrits tout nouvellement incorporés, des Lyonnais, f ai laissé retourner dans leur maison ces deux conscrits pour qu'ils disent chez eux que les troupes alliées ne viennent pas faire la guerre aux Français, qu'ils ne veulent aucun mal à l'habitant, mais qu'ils viennent pour ramener la paix et la tranquillité pour le bonheur de la nation française.
« Ces gens ont toute la mauvaise volonté de ser\'ir, et j'espère que leur retour fera changer l'opinion que le gouvernement cherche à semer dans l'esprit du bourgeois et du paysan.
« Il peut y avoir à Épinal près de 4.000 hommes d'infanterie, car entre Épinal et Nancy il y a trois grands bivouacs.
« Demain, j'attaquerai à la pointe du jour et je tûcherai do m'emparer de la ville, si je trouve de la possibilité.
tt Un lieutenant espagnol, nommé Torres, qui était prisonnier h Nancy, ayant appris l'approche des troupes alliées, a trouvé moyen de s'échapper et est venu se présenter à moi. Les nouvelles, qu'il m'a données, sont qu'il y avait h Metz 30,000 conscrits dont 15,000 seront envoyés vers Bruxelles. Tous les jours il en vient de nouveaux, on choisit les meilleurs, on les
place dans la jeune garde el on les expédie du côté de la Hollande. On rassemble à Metz tous les dépôts des environs et comptant toutes les troupes avec les conscrits, on peut pour sûr évaluer à 25,000.
« Les dépôts de cavalerie font le plus grand objet des préoccupations.
« Le quartier général de Tarmée est à Metz ainsi que celui de TEmpereur. On Tattendait, mais il n'est pas venu.
« A Nancy la garnison est de 1000 h 1500 hommes. Dans les troupes cantonnées entre Nancy et Épinal il y a la garde
« Le maréchal Oudinot est disgracié pour avoir osé dire qu'il n'y avait pas moyen de faire la guerre et qu'il ne pouvait commander un corps composé d'enfants faibles et indisciplinés. . . .
«... Les bourgeois sont très mécontents du gouvernement
et désirent un changement Il est certain que l'on manque
absolument d'armes.
« Les prisonniers que je fais se croient heureux, car disent-ils, nous ne servirons plus *. »
Mouvements de Platoff et de Thurn. — Pendant ce temps Platoff était en marche sur les Vosges : il devait être le 6 à Saint- Weiler, le 7 à Saulxures et le 9 à Épinal. Il avait ordre de se relier par sa droite avec Stscherbatoff et par sa gauche avec les colonnes autrichiennes destinées à marcher par Vesoul sur Langres. Thurn, toujours aux environs de Vesoul, continua à surveiller lei» routes do Besançon, Gray, Port-sur-Saône et Luxeuil, tandis qu'à l'extrême gauche Scheither recevait l'ordre d'occuper Ornans.
Les mouvements exécutés, j)endant cette journée par les 111% II« et I«r corps oi par les réserves autrichiennes, sont si insignifiants qu'ils ne méritent même pas d'être indiqués.
Position de Victor. — En apprenant le passage du Rhin par les Alliés et le mouvement qui découvrait sa droite, Victor avait, comme nous l'avons dit, abandonné la défense du fleuve, laissant, sous les ordres du général Milhaud, une brigade d'infanterie de
* K, K. Kriegs Arehiv., I. 118.
la division Duhosnuî qui, avec la division do cavalerie du général Lhéritier, au lieu de se porter par Molsheiin sur Saverne, dut se retirer par la vallée de Sainte-Marie-au\-Mines. Lui-même, avec; le reste de ses troupes (division Gérard, une brigade de la division Duhesnie et la division de cavalerie du général Briche), marcha par Mutzig sur Raon-l'Étape, point sur lequel il avait déjà dirigé la division de cavalerie? légcre du général de Pire.
Ordres de l'Empereur à Mortier. — Jusque ce moment d'ailleurs TEmpereur n*avait rien changé à la direction donnée aux renforts en marche. Cependant, h* 24 déc^embre, il avait ordonné à Mortier de se rendre de Nanmr îi Reims. Le maréchal y trouva, le 3 janvier, l'ordre dcî continuer immédiatement sur Chaumont et sur Langres avec sa division d'infanterie de la vieille garde, 5 à 6 batteries d'artillerie et la division de cavalerie de la garde. Le mouvement projeté par Victor qui avait eu l'intention (les ordres donnés à Milhaud, et que celui-ci ne put d'ailleurs exécuter, en font foi) de s(î poster à Saverne, d'y tenir jusqu'à l'arrivée de Marmont, avait déplu à l'Empereur qui chargea le major général de lui témoigner son mécontentement *.
Ordre à Victor intercepté par les Cosaques. — Une
dépêche adressée à Victor par l'intermédiaire de Kellermann, fut interceptée par les cosaques du côté de Mutzig, dans la nuit du 7 au 8 jan\'ier. Elle était ainsi conçue :
« Le maréchal duc de Valmy*, à S. E. le maréchal duc de Bellune, commandant le 2« corps.
* L'empereur Napoléon au prince de Ncuchâtel et de Wagram, major général à Paris. — Paris, 6 janvier 18i4.
« Mon cousin, faites connaître au duc de Bellune mon mécontentement de co que, de Golmar, il a porté son corps sur les hauteurs de Saverne, dégarnissant ainsi toutes les Vosges et découvrant Epinal ; qu'il était bien plus convenable que de Colmar il se rendit sur le col d'Epinal; que le col de Saverne se trouve gardé par la place de Phalsbourg, tandis que, par Epinal, Nancy se trouve entièrement découvert.
u S'il est toujours du côté de Saverne, donnez-lui ordre de filer sur Nancy.
« Donnez ordre au prince de la Moskowa de partir dans la journée pour se rendre à Nancy et d'y prendre le commandement de la division de la jeune garde et de toutes les troupes qui sont de ce côté, afin de garder Nancy, de reprendre Epinal, qui n'est occupé que par de a cavalerie, et de contenir l'ennemi de ce côté. »
' If. K. Kriegn AreMv,, I, 205 c.
cf Mon cher Maréchal, j*ai fait connaître à S. M. l'Empereur le contenu de la dépêche que vous aviez adressée au commandant de Phalsbourg» et que vous Taviez chargé de me communiquer.
<c L'Empereur répond par dépêche télégraphique datée de ce jour de Paris :
« Ce n*étail pas sur les hauteurs de Saverne que le duc de Bel- « lune devait se diriger, mais sur Épinal. S'il est toujours du « côté de Saverne, ordonnez-lui de filer sur Nancy. »
« Je m'empresse de vous transmettre cette dépêche, mon cher Maréchal, et de vous prévenir que la 1'« division de jeune garde et les troupes réunies de la 4« division sont entre Nancy et Charmes, avec deux batteries, et prêtes à se porter sur Épinal, si la cavalerie ennemie dans les Vosges n'est pas soutenue par de l'infanterie.
« P.-S. — Le duc de Raguse était hier à Hombourg près Deux- Ponts et le général Ricard à Ottweiller, avec les 8« et 32« divisions. »
Cette dépêche aurait eu naturellement plus de valeur pour les Alliés, si elle avait été interceptée dès le 6. A ce moment, en effet, ils n'avaient pas encore réussi à rétablir le contact ; mais la prise de cette dépêche avait, quoique un peu tardivement, l'avantage de fixer d'une façon positive la direction certaine que comptait suivre Victor. Elle leur permettait encore de supposer que ce maréchal, une fois arrivé de l'autre côté des montagnes, serait à nouveau informé des ordres de l'Empereur et chercherait à gagner le point si important d'Épinal, nœud des routes qui, venant de Suisse, franchissent la chaîne des Vosges. Un corps posté à Épinal y aurait occupé, en effet, une position centrale, d'où il lui eût été d'autant plus facile d'empêcher les têtes des colonnes alliées de déboucher dans la vallée de la Moselle, qu'il n'aurait pas eu k se préoccuper de ses derrières couverts par les troupes que le maréchal Ney réunissait h Nancy, et qui semblaient destinées & prendre part aux opérations dans un bref délai.
Les recommandations, que Schwarzenberg avait faites ce même jour au prince royal de Wurtemberg au sujet de l'emploi de sa cavalerie, se trouvaient donc parfaitement justifiées.
Après avoir commis les fautes que nous venons de signaler, Victor ne sut même pas les réparer.. Au lieu d'agir énergiquement
avec le plus de monde possible contre les Alliés, il ne leur porta que des coups timides et commit la faute plus grave encore d'éparpiller ses forces déjà peu considérables et d'opérer par petits paquets. Une pareille manière de faire ne pouvait amener des résultats utiles, et, si elle n*eut pas des conséquences plus funestes et plus sérieuses, il faut en chercher la raison, non pas dans les mesures prises par le duc de Bellune, mais bien dans le décousu des opérations des Alliés, les incertitudes du commandement supérieur, le morcellement et Téchelonnement des différents corps, et surtout le mauvais emploi que Ton fit d*une cavalerie suffisamment nombreuse pour percer le faible rideau tendu devant elle, et suivre pas h pas la marche et le mouvement des colonnes d'infanterie française.
6 janvier 1814. —- Rêniêignêmênti fonniis par la oavaleriê du VI* corps. — Les renseignements, transmis dans la journée du 6 à Wittgenstein par sa cavalerie, lui firent connaître que le maréchal Marmont n'était pas, comme on le lui avait annoncé la veille, en train de se concentrer h Bitche. Les partis envoyés de Brumath vers la vallée de la Bruche, avaient de nouveau donné h Marlenheim, à peu de distance de Wasselonne, contre des partis de cavalerie française, auxquels ils avaient enlevé une dizaine d'hommes, mais qui les avaient empêchés de pousser leurs reconnaissances plus avant. Plus h droite, le colonel Selifontieff avait, par Spire, ouvert les communications avec Sacken. Wittgenstein avait, du reste, reçu des nouvelles directes l'informant des positions occupées par l'armée de Silésie à la date du 4. Le lieutenant-colonel Nabel avait, de son côté, envoyé des coureurs qui poussèrent jusque sous les murs de Landau et de Bitche. Us lui apprirent, que la garnison de Landau se composait uniquement de garde nationale, que Bitche était gardé par quelques invalides. On savait encore que les Français avaient évacué le 6 au soir Hochfelden, se repliant par Dettwiller sur Saverne, et que le général comte de Ségur, après y avoir réuni ses deux régiments de gardes d'honneur, avait continué sa retraite sur Sarrebourg. Le quartier général de Wittgenstein était toujours h Rastadt, et ses extrêmes avant*postes ne dépassaient pas une ligne allant d'Haguenau h Wissembourg et Spire.
HouYements du V« corps. — Du cùlo du V® corps on s*était relié par deux escadrons de uhlans Schwarzenberg envoyés de Benfeld sur Molsheira avec le général Rudinger, avant-garde du VI® corps *. Le général autrichien Volkniann avait complété l'investissement de Schlestadt et rejeté la garnison dans la place ; la brigade bavaroise Maillot avait relevé les Wurtembergeois sous Neuf-Brisach ; le colonel Scheiblcr avait chassé de Bofsheim 200 hussards français démontés, qui n*eurent que le temps de se j(»ter dans Schlestadt, et la brigade Deroy, rejoignant Tautre brigade de la division La Motte aux environs de Sainte-Marie-aux- Mines, avait occupé le col et le passage menant de côté d'Alsace en Lorraine.
En outre, on savait déjà au quartier général de Wrède que Victor se repliait de Strasbourg sur les Vosges, et que Milhaud, avec ses dragons, s'était retiré sur Saint-Dié '.
Mouvement du IV* corps vers les Vosges. — Le IV® corps avait commencé son mouvement vers les Vosges*. De Cernay, où il arrivait le 6 au matin, le prince royal de Wurtemberg écrivait à Schwar/enberg pour lui annoncer qu'il avait été rejoint par un escadron du régiment de hussards. Archiduc Ferdinand, et lui d(îmander d'envoyer le plus rapidement possible le 2« escadron, alin d'être h même de diriger ces deux escadrons le 9, ou, au plus tard, le 10, sur Luxeuil. L'intention du prince royal était de rester quelques jours aux environs de Remiremont, et, à moins d'ordres formels l'envoyant sur Epinal, de pousser de là rapidement sur Lunéville et Nancy. Le prince ajoutait dans ce rapport que, pour couvrir Wrède, il enverrait vers Saint-Dié et Bruyères des partis avec lesquels il se relierait par Pouxeux. Enfin, comme on venait de l'informer de l'arrivée de Platoff à Thann, il faisait.
* Tagebuch du major prince Taxis (K. K, Kriegs Archiv,, XIIF. 32), et Starke, Eintheilung and Tagetbegeben/ieiten der Haupl-armee (Ibid., I, 30).
' Au grand quartier général, on avait connaissance du mouvement de Victor sur Lunéville et on savait qu'il voulait se relier, dans la vallée de la Moselle, ù la cavalerie de Milhaud et de Pire. (K, K, Kriegs Archiv,, I, 30.)
s L'avant-garde du IV^ corps oc<;upait le 6 janvier les points suivants à deux escadrons du régiment duc Louis à Thann, un escadron à Uffholtz, une batterie à cheval à WattuUer, avec un bataillon d'infanterie, un bataillon : Borwiller et un autre à Fîartmanswiller.
non sans raison, remarquer que, pour ne pas épuiser le pays déjîi fort appauvri, il serait bon d'assigner aux cavaliers de Tataman une autre roule que celle attribuée au IV' corps pour le passage des Vosges.
En avant des Wurtembergeois, le général prince Stscherbaloff battait toujours la campagne entre Pouxoux et Arches. Les rapports qu'il avait envoyés au grand quartier général et il Barclay de Tolly, rapports dans lesquels il signalait la présence de troupes françaises à Épinal, avaient eu pour conséquence Tordre donné à Platofî, qui arriva ce jour-là seulement jusqu'à Thann, d'avoir à se porter rapidement en avant pour soutenir Stscherbatoif et l'aider à enlever Épinal *.
Le III* corps reçoit Tordre de se porter sur Vesoul. — Plus
à gauche Schwarzenberg, reconnaissant la nécessité d'occuper le plus rapidement possible Vesoul et n'ayant encore de ce côté que le petit corps volant du lieutenant-colonel comte Thurn, envoyait de Montbéliard, où il venait de transférer son quartier général, au comte Gyulay l'ordre d'accélérer la marche de son corps (III«) de manière a être, au lieu du 9, le 8, au moins avec la tête de ses colonnes, ii Vesoul *. Il lui recommandait d'avoir à se couvrir sur sa droite jusqu'à l'arrivée à Remiremont du prince
* Barclay de ToUy à Schwarzenberg. — Bâle, 6 janvier 1814. (Dispositions qn'il prend pour enlever Épinal.)
«f Le gëncral-major prince StscherbatofT m'informe qu'il y a à Epinal, ville vers laquelle se dirige Tataman comte PlatofT, des troupes ennemies en fon^c respectable.
« J'ai, par suite, prescrit au comte Platoff de se concerter avec le prince Stscherbaloff pour chasser avec lui l'ennemi d'Epinal, d'y laisser un poste de correspondance suffisamment fort, de recommander au prince StscherbatofT. auquel il devra préalablement donner 2 bouches à feu, de marcher de là sur Nancy et de se maintenir constamment en liaison sur sa droite avec les avantpostes bavarois.
«< Le comte Platoff se portera, de son côté, sur NeufchAteau et restera en communication, à droite avec Stscherbatoff, à gauche avfc le corps autricliien posté à Vesoul.
<( J'ai, en outre, prescrit aux généraux Platoff et Stscherbatoff de me tenir jour par jour au courant de leurs mouvements, aÛn de pouvoir leur assigner des directions ultérieures, d'après les ordres que je recevrai de Votre Altesse. »
(K. K. Kriegs Arehiv,, 1, 113.)
^ Schwarzenberg à Gyulay. {K, K, Kriegs Archiv., 1, 110.)
royal de Wurtemberg, avec lequel il aurait à se relier. L'avantgarde du III« corps arriva le 6 k Villersexel, le gros à Vellechevreux, la division Crenneville à Ronchamp. Il donnait, en outre. Tordre à cette dernière division d'être le 7, au lieu du 8, à Portsur-Saône S que Thurn avait, comme le montre le rapport suivant, enlevé dans la nuit du 5 au 6.
Surprise de Port-enr-SaOoe par le corps Tolaiit de Thiini.
— « Le lieutenant-colonel comte Thurn au prince de Schwarzenberg. — Vesoul, le 6 janvier 1814, 5 heures du soir :
« J'ai rhonneur d'informer Votre Altesse que j*ai surpris et occupé, la nuit dernière, Port-sur-Saône ; j'y ai pris quelques conscrits.
« Mes patrouilles battent le pays du côté de Combeaufontaine, sur la route de Gray, de Grandvelle, sur celle de Besançon et sur celle de Villersexel. A droite, je m'éclaire et me couvre par des patrouilles de flanc sur Faverney et Luxeuil.
« Je pars d'ici cette nuit me portant sur le déparlement de la Haute-Marne, dans la direction de Langres, parce que j'apprends à l'instant que la division Crenneville vient à Lure.
« J'enverrai demain îi Votre Altesse les prisonniers de guerre anglais et espagnols que j'ai délivrés.
<( Je me permets de faire respectueusement observer à Votre Altesse que les réquisitions de toute sorte, dont on frappe le pays, Hùus aliènent C esprit des populations qui. datis le principe, étaient favorablement disposées pour nous,
« Je transmets à Votre Altesse la lettre que m'a adressée aujourd'hui le préfet, ainsi que la réponse que je lui ai faite.
« Le magasin de tabac que j'ai pris ici vaut plus de 100,000 francs.
er Mes émissaires m'assurent que le duc de Valmy est à Metz avec 8,000 hommes, presque tous des conscrits ; que le gros de l'armée ennemie se porte sur le Brabant, qu'une autre masse va sur Strasbourg et que 10,000 hommes de la garde sont en marche sur Paris*. »
1 Schwarienborg à Biaochi (qui bloquait à ce moment Belfort). (K. K. frie§ê Archiv., ad, I, ilO.)
i En luaigc de ce docoment {K, K. Krieys Archiv., I, 117), se trouve la
On est loin, on le voit déjà, de Icnthousiasme quoThurn^ signalait si pompeusement dans ses premiers rapports.
Les populations, étonnées et surprises au premier moment, ne vont pas tarder, d'ailleurs, à se retrouver et à faire payer cher k Tenvahisseur ses brutalités, ses violences et ses pillages.
MoaYtments des W et U« corps. -— Quant au I^'' corps, il est encore entre Montbéliard et Arcey, mais il a détaché sur Héricourt la division Winipffen, qui doit soutenir le 9 janvier, sur la rive droite du Doubs, Tentreprise du prince de Hesse-Hombourg contre Besançon. Le II« corps, qui sert d'avant-garde à ce prince, est à THôpital-du-Gros-Bois, et les réserves autrichiennes s'avancent péniblement jusque vers Villafans, Ornans et Ëtalans. Le prince Maurice Liechtenstein, qui a pris le commandement de la 2« division légère, couvre l'extrême gauche du prince de Hcsse.
Afin de compléter les données relatives à la position des corps alliés à cette date, il y a lieu d'indiquer que la cavalerie de Bubna était maîtresse du pont de Dôle, que les troupes de ce général étaient à Poligny et à Salins, qu'il y riîçul, le 6, l'ordre de marcher sur Lyon. Ajoutons, enfin, qu'une de ses brigades surveillait la Savoie, depuis la prise de Genève.
à Lnnéville de Caolalnconrt, chargé de reprendre les négociations. — Ce fut également le 6 janvier que Caulaincourt, désigné par l'Empereur pour reprendre et suivre les négociations interrompues depuis plus d'un mois, arrivait à Lunéville et faisait demander h Metternich les passeports dont il avait besoin pour franchir les avants-postes des Alliés. Le môme jour.
note suiTante, mise au quartier général de Schwarzenborg et qui sert cPëlémeiit à la réponse à faire à Thum :
M J'ai reça vos rapports des 4 et 6 janvier. Pour ce qui est du préfet de la Haute-Saône, le traiter avec ménagement et me l'envoyer sous escorte à mon quartier général, qui sera le 9 à Arvrey, le 10 à VUlenexel, le II à Yesonl. »
< Le comte Thum était, en 1814, lieutenant-coloiiel an régiment autrichien de hussards palatinat.
La présence des coureurs de Tbum à Combeaufootaine, et jusqu'à ses projets sor Langras, étaient connns des Français, puisque le commandant Gerfoaux, aide d0 camp du Ministre de la guerre, lui disait, de Langres, le 0 janvier, à 8 hMres 1/1 dn soir : « L'ennemi a mis un petit poste à Ounbeanfontaine ; on attend, ee soir, 150 chevaux à Cintrey, et Ton assure qu'il veut faire une reconnaissance sur Langres. » (Dépôt de la guerre,)
lord Caslelroagh débarquait en Hollande et continuait sa roule pour rejoindre le grand quartier général des Alliés.
7 janvier. — La cavalerie du VI* corps à Saveme. -■
Le 7, au matin, les avant-postes russes ayant remarqué que les Français avaient évacué Saverne * pour se replier sur Phalsbourg, occupèrent immédiatement cette ville et prévinrent Pahleu, qui poussa aussitôt des partis vers Sarrebourg et Phalsbourg».
L'infanterie du VI« corps commença, elle aussi, son niouvenienl. Une des brigades de la 4® division (!!• corps, sous les ordres du prince Eugène de Wurtemberg) se porta en soutien des cavaliers de Pahlen, î\ Haguenau; l'autre brigade resta a Roeschwoog, mais la 3« division d'infanterie passa en parlie de Fort-Louis, sur la rive gauche, et Wittgenstein chercha à se relier sur sa gauche par Mutzig et Benfeld, avec la droite de Wrède. On avait réussi, en démontant les stations télégraphiques de Haut-Bar, près de Saverne, et du Kochersberg, près de Willgotheim, i\ couper et à intercepter les correspondances aériennes de l'ennemi.
Positions du V* corps. — Affaire de Saint-Dié. — Le
V« corps resta devant les places qu'il investissait avec ses avantpostes, \\ droite, près de Ziegeihutt; au centre, à Benfeld; îi gauche, au col du Bonhomme, et en avant de Sainte-Marie-aux- Mines. Seul, le général Leroy, [)Osté comme nous l'avons dit à Sainte-Marie-aux-Mines, envoya du côté de Saint-Dié quelques patrouilles qui tiraillèrent avec les ved(îttes françaises et rapportèrent des renseignements que Wrède transmit îi Schwar/enberg dans le rapport ci-dessous, rapport qui ne parvint, d'ailleurs, au généralissime, à Vesoul, que le 14 :
* Au moment même où la cavalerie française venait d'évacuer Saverne, Grouchy avait prescrit à Séjjur, dans le cas où il serait poussé par l'ennemi, de se reployer sur Phalsbourg, Sarrebourg et enfin sur Heming, à l'cmbranchement des routes de Strasbourg à Metz et à Nancy, et, dans le cas où Userait contraint à abandonner Heming, de se retirer par la route de Nan:y, mais de ne s'y résoudre que le plus tard possible Grouchy ajoutait : u Nous sommes toujours à Raon-l'Étapc et à Baccarat. On ne fera do mouvement ni aujourd'hui, ni probablement demain. » (Archives du Déjiôt de la guerre,)
' A'. A'. Krieys Archiv., I, 30.
« Wrède à Schwarzonborjç, (]olnjar, le 8 janvier 1814.
<c J'informe Voire Altesse que le jiçénéral Deroy, que j'avais posté hier près de Sainte-Marie-aux-Mines, a envoyé des patrouilles vers Saint-Dié. Le général a rencontré l'ennemi en avant de cette ville, l'a vivement attaqué et poursuivi jusqu'au delà de Saint- Dié. Le poste ainsi rejeté se composait de 80 chevaux. Il a appris de cette façon qu'il y avait h Raon, sous les ordres du général Pire, 3,000 hommes d'infanterie et de cavalerie, et que le maréchal Victor était à Baccarat av(»c 1 2,000 honnnes.
« J'ai prescrit au général Deroy de faire observer Saint-Dié et la route de Saint-Dié par des patrouilles, et de se relier par Bruyères aux troupes du prince royal de Wurtemberg.
« On m'apprend (jue la cavalerie que j'ai envoyée à Molsheim s'y est reliée aux troupes légères du comte Wiltgcnstein
« J'ai prié le prince de Wurtemberg d'envoyer Plalofl,
non pas sur Épinal. mais par Bruyères sur Rambervillers, et, de là, droit sur Lunéville. J'ai prescrit, en outre, à tous mes chefs de corps de pousser au loin des patrouilles, afin de se procurer des renseignements. En njôme temps, j'ai fait dire par le général Frimont au colonel Scheibler, d'avoir à aller à Saverne *. »
Mouvements du IV* corps et de Platoff. — L'avanl-garde du IV« corps s'engage sur les deux routes menant de Wesserling h Remiremont. 2 escadrons et 4 compagnies vont juscju'à Oderen et Felleringen. i escadron et 3 conqiagnies poussent sur l'autre route jusqu'à Urbay et Mollau. Les soutiens s'établissent à Wesserling et Saint-Amarin. Le gros du corps était à Willer. Le prince royal de Wurtemberg, lant pour couvrir sa gauche que» pour se relier avec le centre de l'armée de Bohème, en marche sur Vesoul. et avec le corps d'investissement de Belfort, avait fait partir un escadron des hussards archiduc Ferdinand pour Faucogney, ChAteau-Lambert et Giromagny.
Platoff était arrivé le 6 au soir à Thann, avec 4,000 chevaux, et avait continué le lendemain sa marche sur Épinal, par Saulxures et Éloyes '.
* K. K, Kriegg Archiv., l, 165.
« Prince Royal de Wurtemberg, Wesserling, 7 janvier, à Schwarzenberg
Wefl. 5
En avant des positions occupées par le IV« corps et de l'autre côté des Vosges, Stscherbatoff avait continué h s'avancer par la vallée de la Moselle sans rencontrer aucune résistance et avait occupé Épinal*.
MouTements des autres corps. — Au centre, Tavant-gardc de Gyulay, dont le gros ne dépassa i)as Villersexel, arriva a Vesoul, et la division Crenneville h xMollans. Le I*"" corps, toujours encore aux environs de Montbéliard, s'était contenté d'envoyer quelques patrouilles de cavalerie du côté de Besançon, tandis que le !!• corps avait fait passer sur la rive droite du I)oubs, h Beaunie-les-Daiïies, le régiment de dragons archiduc Jean, qui avait forcé les avant-postes français de Roulans à se reporter plus en arrière '.
Les réserves autrichiennes continuaient toujours avec la même môme méthode et la même lenl(;ur leur marche vers Be-sançon, et les réservcîs russes et prussiennes de Barclay de Tolly déroulaient encore leurs colonnes depuis Bàle, où elles achevaient de passer le Rhin, jusqu'à Altkirch.
Schwarzenberg, ajoutant foi à des renseignements erronés, modifie ses ordres. — Ce fut à ce moment que parvinrent
(K,K, Kriegs ArclUc, 1, 137), et rapport journalier à TEiiipereur d'Autriche. (Ibib., 1, 130.)
1 Le général prince StscherbatofI à Schwarzenberg (eu français [dans Toriginal) :
u Épinal, 7 j<invier 1814.
t( J'ai riionucur d'annoncer à V. A. que j'ai occupé aujourd'hui Ëpinal.
« Encore de Uemiremout j'ai envoyé un parti à ma gauche sur Plombières et Fonlcnois (Fontenoy-lc-(]hatcaU) à la demande du lieutenant-colonel de la Tour (a). Le parti est revenu sans l'avoir découvert; je ne pouvais pas envoyer vers Langres, vu le trop grand éloignement.
« Aujourd'hui j'ai encore envoyé un fort pai'ti à ma droite à Rappollsweiler (Uibeauvillé) vers Schlestadt à la découverte du corps bavarois et du colonel Schcihler, qui doivent se porter là, comme le général ToU m'a fait savoir.
«Je serai obligé d'attendie demain le retour de ce détachement qui ne pourra revenir que dans Taprês-midi, à cause de la grande distance qu'il y a d'ici à Ha|)poItsweiIer (Uibeauvillé).
« L'arrière-garde de l'ennemi est à Charmes, à trois lieues d*Épinal (6). Mes patrouilles y ont déjà été. » (A'. A'. Krieys Anhiv., 1, 106.)
î K. K. Kricijs Arckiv., 1, 30.
(a) lï s'asit ici du lieulenant-colooel Ttiurii. (h) Il j a plas) de 3 Iteacs d'Éplnal k Charnesé
au quartier général de Schwarzenberg, dos nouvelles malheureusement fausses, mais qui arrivèrent encore à temps pour imprimer un semblant d'élan h la marche jusque-là si traînante, si incertaine et si hésitante de l'invasion. Le généralissime, sur la foi de renseignomenls (jue lui signalaient le rassemblement imminent sur le plateau de Langres d'une arnjée de 80,000 honmies, inquiété |)ar ces bruits qui avaient, à tout bien considérer, l'apparence de la vérité, convaincu désormais ((u'il va falloir emporter de haute lutte un point slratégiijue aussi important ((ue hi |)lateau de Langres, se décide à secouer la lorpeur dans laquelle il s'était complu. Il priMid imnjédiatement les mesures nécessaires |)Our jeter de ce côté des forces considérables et massj'r des colonnes (|u'il a tenues jusqu'à présent dans les direclions les plusdivers(»s, qu'il a laissé piétiner sur place <'t au\(|ur||<*s, tout en songeant toujours à unc^ concentration sur le |)laleau du Morvan, il a fait (exécuter à partir de Bî\le un mouvenjenl divergent vers la gauche, (|ui s'él(»nd à C(î moment, sans parler du corps destiné à blocjuer Besançon, jusqu'à B(»auni('-les-Dames. Connues nous aurons lieu d(î le faire remarquer plus d'une fois (Micore |)endant le cours de cette campagne, on passe tout à coup et sans motif sérieux, de la confiance la plus absolue à l'incjuiétude la i)lus profond*», de la sérénité la plus complète à la tt'rreur la plus irraisonnée. Cette fois aussi, on trouvera au quartier général des prétextes plus ou moins plausibles pour justifier des mouvements parfaitement logiques et rationnels en eux-ménjes, des mouvements (fu'on aurait, d'ailleurs, dû exécuter dès h; début, si l'on n'avait pas, à (le certains moments, affecté, ou du moins paru affecter dans l'entourage de Schwarzenberg un souverain mépris pour les principes éternellement vrais et inunuables de l'art dcî la guerre. C'est donc apparenmient parce (pie Victor, Milhaud et Pire ont évacué la vallée du Rhin, mais en réalité parce (pi'on crut avoir à faire un effort surhumain |)Our enlever la position d(^ Langres, encore pres(iue inoccupée, qu'on linil par recoimaîlre (|u'il est l(»mps de donner à Wittgenslein et à Wirde une (h'slinalion un peu plus en rapport av(^c les forces dont ils disposent et (pie l'on s'était plu à immobiliser jus(iu(;-là devant Kehl, auprès d(; Strasbourg, sous Schlestadt, Neuf-Brisach et Huningue.
C'est pour la même raison qu'on en arrive au grand quartier général des Alliés à trouver que Bianchi a autre chose à faire qu'à
rester en observation devant Belfort. Mais, bien que l'on paraisse croire h la présence ou h l'arrivée imminente de forces considérables îi Langres,bien que Ton sache qu'il ne reste plus d'ennemis dans la vallée du Rhin, au lieu de se contenter de masquer des places défendues par des conscrits, des gardes nationales ou des invalides, on ne se résout pasî\ agir vigoureusement, on continue il préférer des demi-mesures à une offensive énergique. Schwarzenberg donne l'ordre de se porter en avant; mais, avant de faire commencer le mouvement, il affaiblit les corps de ses lieutenants en leur imposant l'obligation de laisser en arrière une partie trop considérable de leurs forces, (rest ainsi qu'au lieu de faire marcher résolument le VI® corps tout entier, il prescrit h Wittgenstein de conserver devant Strasbourg et Kehl, jusqu'à l'arrivée des troupes qu'allait amener le comte Guillaume von Hochberg (margrave Guillaume de Bade), les forces nécessaires pour bloquer les places et de se diriger vers la (Champagne avec le reste de son corps, formant la droite de la grande armée. Il en est de même pour Wrède. qu'il oblige à laisser 8,000 hommes devant Schlestadt, Neuf-Brisach v\ Huningue, et qui ne peut, par suite, se mettre en route qu'avec environ 30,000 hommes.
Le IV*^ corps ne sera pas affaibli par les détachements, et le prince royal de Wurtemberg, qui avait manifesté l'intention de rester quelques jours aux environs de Remiremont, recevri» l'ordre de n'y faire qu'une» halte de vingt-quatre heures, de marcher vers sa gauche par Bains et Jussey pour venir opérer sa jonction avec le centre au nord-ouest de VesouK du côté de Fayl- Billot.
Les ler et III® corps doivent être en position le 10 au plus tard sur les bords de la Saône sur une ligne allant de Seveux à Porlsur-Saùne ; ils y seront soutenus par les réserves de Barclay de ToUy, échelonnées entre Vesoul et Besan(.'on ; mais, en revanche, Bianchi ne devra quitter les environs de Belfort qu'en deux échelons. On lui prescrit de faire partir de Vesoul deux de ses brigades dès qu'il sera relevé j)ar les troupes russes du général Raïetïsky, mais de rester sous Belfort avec la troisième pendant toute la durée du bombardement. Il ne devait remettre le blocus aux Russes que si le bombardement restait sans effet*.
Oet ordre bizarre doit avoir eu une raison spéciale. On espérait que le
Les AUm^s .npporlaiciit, d'ailliuirs. uiuî WlW circonsprction dans leurs entreprises que, le inôiiie jour eurore, Srhwar/iMjberjç prescrivait d'établir de solidcîs Irtes de poul sur le |{liin. h Mîirkt et à Rheimveiller. CvM, d'ailleurs, pane (ju'il n<' cessera jias,, pendant toule la durée dt> la eainpaf;iie. d'avoir pour sa f^auehe des craintes, la pluparl du temps iuiaj^iiiain's, |>are«» ipiii In^niblera constaninient pour si's derrières, que nous v«'rrons Schwarzenberg détachtT à loul instant des troupes (pfil aurait pu employer plus avantageusement sur le théî\treprinei|)al desopérations.
Enfin, bien que tn*nte-si\ heures plus tnton ait donné à Hubna Tordre formel de marcher sans retard sur Lyon, on crut plus prudent de l'arrêter, et on lui lit savoir d'avoir à se n^porliM* vers Dôle, Auxonne et Dijon.
Le môme jour Blucher. de son cpiartier j^énéral dr (lus«'l, n*ndait compte à Schwar/enberg des mouvenuMits d«' rarméi» d(» Silésie depuis le passage du Khin, mais écrite letln» m* parvcMiait nue le 14 entre les mains de Wrèd»'. (pii la transmettait aussitôt au général en chef.
8 janvier. Mouvements de Victor. — Kniu di^s r(*|)ro(rhes qu'il venait d'encourir*, et voulant, malgré la disproportion numérique, tenter un dernier etîort; sachant, d'autre part. |)ar une lettre du maire d(» Raud)ervillers, cpie les troupes alliées postées du côté d'Épinal se préparaient à ré^piisitionner aux environs de Rambervillei*s. Victor })rescrivit au général (irouchy d'envoyer sur ce dernier point une division de dragons |)our empêcher les Alliés de venir inquiéter les villages et en imposer à la colonne d'Épinal. Vir'tor recommandait, en outre, d(» faire protéger celte division par l'autre division, qu'on devait échelonner depuis OerWviller jusqu'il lloville-aux-Chénes et d'appuyer le loul. en ras de besoin, par quelipuîs bataillons. Enlin, la division de dnigons de Randiervilli^rs devait nhserrev (irt*c aUention les
bombardement ferait capituler Belfort, et l'un tenait, nous le croyons du moins, à ce que cette place se rendit à des troupes autrichiennes.
1 Victor avait, à la date du 9 janvi**.r, cherché à justifier sa retraite. bcrÎTaDt an major-général, il lui faisait.ohscrv(>r quVn se portant sur Saverne, il n^arait fait qu'exécuter les ordres que Uerthier lui avait donnés au nom de TEmpereur et par lesquels on lui recommandait de ne pas se laisser séparer de la route de Metz.
routes de Saint-Di(^ et d'Épinal. Grouchy, se conformant aux ordres du maréchal, envoya à Rambervillers les dragons de Briclie, et les fil soutenir par ceux de Lhéritier*. L'infanterie de Duliesme, postée aux environs de Raon-rfilape, leur servait de soutien pendant que les généraux Cassagne et Rousseau, venant de Nancy, remontaient la vallée de la Moselle, se dirigeant pai (Charmes sur Épinal *.
Prise par les Cosaques dun courrier envoyé de Strasbourg à Victor. — Pendant que Victor» prenait les mesures que nous venons d'indiquer, la fortune qui devait si capricieusement favoriser les Alliés, le hasard qui allait îi tant de reprises leur fournir les renseignements qu'ils ne parvenaient pas h se procurer autrement, faisaient tomber entre les mains des cavaliers de Pahlen, qui battaient le pays du côté de Mulzig et de Wasselonne,
^ Ordres de Milliaud et Mémoires de Grouchy., {Archives de la guerre,)
s Déjà Beniard avait demandé à Berthier que Ton confiilt à Tun des trois maréchaux (Ney, Victor ou Marmont) le commandement supérieur, afin qu'il n*y ait pas de conflit d'îiutorité entre eux. (Beniard, Correspondance. Déjtôi (le la guerre.)
' I^ maréchal Victor avait, le 6 janvier à neuf heures du soir, adressé de Baccarat au major-général un rapport dans lequel il essayait de justifier et d'expliquer sa retraite. « 11 comptait, dit-il, avoir tout son monde à Molsheim le 3; mais le général Mithaud a été attaqué au moment où le mouvement commençait et n'aurait, par suite, pu être à Molsheim que le 4. » Le maréchal ajoutait qu'à ce moment une colonne de troupes alliées, celle de droite, marchait sur Saverne, que Milhaud était suivi par une autre colonne, et qu'une troisième, celle de Frimont, allait par Saint-Amarin sur Remiremont; que ses deux flancs se trouvent menacés, que sa communication avec Saverne est compromise et qu'il venait, en outre, d'apprendre que le maréchal Marmont ne pouvait plus le rejoindre.
« En me portant sur Saverne comme j'en avais Tintention, écrit le maréchal, je pouvais y rencontrer l'ennemi, dont l'avant-garde est déjà à Hoctifelden, et éice suivi par la colonne qui avait attaqué Milhaud. En raison de ta disproportion des forceps, et pouvant de plus être prévenu par Frimont au débouché de Haou-l'Étape, je me suis mis en marche le 5 par Mutziget suU arrivé le 6 à midi à Raon. J'y ai laissé le général Duhesme avec 5 bataillons, la cavalerie légère du 5" corps et une batterie d'artUlerie à cheval pour observer les communications de Saint-Biaise et Rambervillers, et j'ai posté le reste de l'infanterie, les dragons et l'artillerie à Baccarat J'avais, continue le
maréchal, formé le projet de remonter sur Phalsbourg pour couvrir de ce côté les communications de Nancy et de Metz; mais, ayant appris que les ennemis allaient se montrer sur Saint-Dié, j'ai cru devoir rester ici en attendant les onlres de Sa Majesté, et j'ai laissé sous Saverne le général de Ségur avec 4,400 chevaux des gardes d'honneur. {Archirex du Déjtôt de la guerre.)
un courrier que, dt» Strashourf;. l{n*<lor(T, (•oniniissain' rxlraordinairo de rKniporour dans 1«» Has-Uliin, j'xiM'diail à Virlor. Sur ce courrier on trouvail. outre la (lé|MVln' de Kcllennauii transmettant au dur de Belluni» les reproches et les ordres de l'Kmpereur et indiquant, eomme on Ta vu, les positions des troupes entre Nancy etCiiarmes, une lettre d(» n<ederer au due d(» Itovi^o, dans Laquelle il rendait un compte exact (h* l'étal peu rassurant des esprits à Strasbourg;, ainsi que di» la terreur produit!» par l'apparition des premières troupes alliées aux environs de la ville.
« Rœderer à M. le duc d(» Hovigo. ministn» «le la Police gc'^nérale. — Strasbourg?. 7 janvier IHli.
« Monsieur le duc, rennemi s'est approché hi(*r de la ville en tiraillant justprà une demi-lieue. Cette situation a fait un ^raud changement dans l'esprit du peuph». On criait dans les boutiques et les cafés que la ville était vendue. qu(» h» duc di» Uellunt» en avait emmené la garnison, tpu^ la vilh» serait ren<lue sous trois jours. Ces bruits ont jeté la terreur dans la masse des habitants. Cette terreur procédait d'un bon scMitiment ; mais jilusieurs de ceux qui jetaient Talarme m'ont paru très suspects.
« En conséquence, j'ai pris h» parti :
« i« De faire une prodannition pour rassurer les bons ;
tt S** De donner des ordres pour l'arrestation des orateurs, s'ils recommençaient aujourd'hui :
a 3** De prendre des mesun's pour l'évacuation des étrauf^ers suspects qui sont ù Strasbourg.
« h' vais ni'occuper de mesures de linances pour assurer tous
1<'S s«Tvices , le tout en cas (pie les connnunicalions sf)ienl
coupées avec Paris, et eUes sont au moins douteuses en ce nioni<»nt.
« Les forces d<* l'ennemi qui a passé devant le fort Vauban
no sont guère que de 8,000 à 9.000 hommes; mais ils se sont W'pandus sur tout le pays, et se joignent av(»(! les troupes du passage de Bâle
* Enfin, il faut des secours du centre de la France, et il faut les promettre pour entretenir le zèle d(» cette ville-frontière ». »
* K. K, Krieg* Archiv,. I, 20.>, c
Transmission défectueuse des renseignements et nouvelles. — Cette pièce et la dépc^che de Kellermann à Victor étaient assurément, à ce moment, des prises précieuses pour les Alliés, par cela njême qu'elles contenaient toutes deux des renseignements qu(î le généralissime et les généraux commandant les différents corps de l'arniée de Bohème avaient intérêt à connaître de suite. Mais le service était si bizarrement organisé aux étatsmajors des ditïerents corps de l'armée de Bohême, que ce fut seulement le 12 janvier (soit quatre jours plus tard) que le générallieutenant d'Aunay, chef d'état-major du VI^ corps, expédiait de Rastadl ces dépêches à Schwarzenberg, dont le quartier général était alors à Vesoul. D'Aunay* annonçait, il est vrai, au généralissime que Pahlen avait comnmniqué ces renseignements h Wrède. Voulait-il, de la sorte, chercher h expliqucT le retard apporté à la transmission de renseignements aussi importants ? Il est j)ermis d'en douter, car il aurait vraisemblablement, dans ce cas, réussi à trouver une excuse plus plausible. Si l'on considère qu'il ne s'agit pas lii d'un fait isolé, on sera bien forcé de reconnaître avec nous que les relations des différents chefs de colonnes entre eux, les rapports de ces menues généraux avec le généralissime étaient insuffisannnent réglés, et que la transmission et l'cmvoi des renseignements intéressant et ces généraux et le grand quartier général se faisaient d'une manière absolument illogique et contraire aux intérêts du service.
A l'appui de notre opinion, nous citerons encore la lettre non moins importante du commissaire ordonnateur de Nancy, en date du 7 janvier, interceptée le même jour que la précédente * :
« La jeune garde va s(» porter à Épinal, Charmes et Flavigny, et la 6^ cohorte à Rambervillers, Raon-l'Étape et Saint-Dié. Une autre cohorte et d'autres troupes vont être envoyées dans les Vosges.
« Une armée de près de 100,000 honnnes, composée d'un corps commandé par le duc de Trévise, de cinq corps d'infanterie» et d(» cavalerie, des équipages militair(»s, ainsi que de toutes les trou|)es
' D*Aunay à Schwarzenberg, de Rastadt, 12 janvier. A'. A'. Kriegg Àrehir., I, 20:).
» A'. A'. Krietjs Arehir. y 1. 284,
qui devaient aller îi Mayenco renforcer le eorps <lii «lue de Ra^usi'. va être envoyée dans les dêpartt^nienls de la Meiirlhe et di»s Vosges.
« Il si»ra formé des upprovisioiiiienients de vivres sur toulr la ligne de Reims à Colniar, h («IpinaK pour 30,000 lioninies. »
Or, celte lettre, des plus importantes, puis(jue, à coté des «'\agérations manifestes et probablement int(Milionnt'lles, <'lle conb'nait des indications pivcieuses sur les niouvenn'Uls des Franrals. ne fut envoyée (c'est Slscherbatotï* qui se cliar^»* «b» nous eu fournir la pnnive) que le 13 janvier à Scbwar/enberg.
Otte transmission lardiv(^ des renseignements peut, dans un
assez grand nombre de cas |»eut-êlre,e\|)liquer les bésitalions. b's
lenteurs, les contre-ordres du <!onnnamlenuMit supérit'ur. 11 faut
reconnaîtn» toutefois que la n^sponsabililé tout entière d»* l'cu'ga-
nisiition défectueuse d'un service aussi im|>ortant n*<'n rrtomlx'
que plus lourdement sur le général (mî cli(»f et sur ses l'ollabora-
teurs immédiats, qui ont ainsi, au début d(; la campagnt*. laissé
Wiapper des occasions exceptionnelles leur permettant de portrr
sans danger des coups décisifs h un aclversain» hors d'état d'()|>po-
ser une résistance sérieuse.
Positions et mouvements des VI® V^' et IV' corps. — Pahlcn occupa, leSjanvitT, avec les ublans (b» Tcliougouïetl'. b-s drajçons badois et quatre pièces (rartillfrii» h cheval. Savern»». où un do S(»s escadrons d'avant-garde était déjà entré depuis |)lus de vingt-quatre heures, (»t poussa ses avant-postes jusqu'aux fau- Iwui^s de Phalsbourg. Le prince Eugène de Wurtemberg, dont une des divisions était h cette date à Haguenau, envoya deux <*scadrons du !«'' régiment de dragons badois vers Hitche pcnir suneijjer cette place; qm^lques bataillons d'infanterie; badoise ayant ('gaiement n^joint. Wittgensti^in les posta sur la rive droite' du Rhin, àStoIlhofen, où ils servirent de réserve aux troupes de Gorti^hakoff, chargées encore de l'investissement de Kehl.
Du côté de Strasbourg, Rûdinger s'était avancé, par les roul(»s venant de Wantzenau et de Brumath, vers la place, dont il allait
J Slscherbatoff à Schwanenberg, aa camp près de Chatel, 13 janvier 1814. (*• ^. Kriegt Ârc/Uv., I. 284.)
bientôt compléter l'inv(^stissenient, et dont il surveillait déjà les abords, tandis que des troupes françaises des trois armes, sorties de la ville, prenaient position à Schiltigheim et îi la Robertsau.
Au V« corps, la brigade autrichienne Minutillo était venue relever devant Neuf-Brisach la brigade bavaroise Maillot, qui alla, de son côté, reprendre les positions occupées sous Schlestadt par la brigade autrichienne Volkmann. Ce mouvement permit de disposer du colonel von Géramb, qui, passant avec 3 escadrons et 1 bataillon |)ar Gerstheim, rejoignit, dans la nuit du 8 au 9, à Boofzheim, le colonel Scheibler, auquel Wrède avait donné Tordre de se diriger sur Saverne et de se procurer des nouvelles d(î rennemi. Le lieutenant-colonel comte Alberti, qu'on avait fait partir la veille avec 2 escadrons des uhlans de Schvvarzenberg, était arrivé à Molsheim et se reliait du côté de Brumath h la cavalerie» du VI® corps. Le général Deroy, pointe d'avant-garde du V^ corps, était toujours à Sainte-Marie-aux-Mines, et la division Rechberg, postée plus à gauche et plus en arrière, surveillait de Kaysersberg le col du Bonhonmie. On continuait à bombarder infructueusement Huningue.
Entin, ce même jour, un aide de camp de Caulaincourt se présenta aux avant-postes de Leroy porteur d'une lettre pour Metternich. On l'amena à Colmar, h Wrède, qui transmit la lettre h Metlernich et garda l'officier h Colmar. La réponse n'arriva que le 11; Metternich acceptait, en principe, la réunion îi Ch^tillonsur-S(Mne d'un congrès qui devait commencer ?i siéger après l'arrivée de lord Castelreagh *, mais il ne fixait aucune date pour la première séance.
Le prince royal d(^ Wurtemlxîrg avait passé les Vosges. Le IV® corps était cantonné dej)uis Fraize jusqu'à Bussang. Ses troupes légères occupaient Rupt, Ramonchamp, Ventron et Remiremont. Platoff était h Eloyes, et Stscherbatofif battait le pays entre Épinal et Charmes».
Les renseignements apportés de ce côté par les émissaires, révélaient l'existence de magasins assez considérables à Auxonne,
1 TayebuCê'i tles bayer i*cJwn Majors F'ùrsten Taxi» rom Fddzuge 1812-13- 14, haupUàehlich die baiferiscfu^ Armée belre/leiid (autograpliie). (A'. Â'. Kriegs Archiv,, 1814, Xllf, 32.)
* A'. A'. Krieos Archir., I, 30 et I, 155.
lu préstMiee du K(*ll(Tiuaiui à Nancy aviu; îkOOO lioninii's, niliii. roxislcnco. îi Naiicv. iruii aiiln» rassiMiihlrnicnl sous los onlrrs de Nansouty. oi composa do K.OOO liomnH's do ravaloric. Los émissaires ajoulaionl. à oo propos, quo Nansouly inainpiail do chevaux ol avait boauconp dt» malades*.
Mouvements du corps volant de Thurn et de la cavalerie da III* corps. — Lo lioiitonant-ooloin'l oomto Tliiirn, (jui, avo(; ses partisans, avait |»ris los ilovanls du III** corps, avait oontinuô à marcher vers Langi'es ot avait ou uik» polito oscarmouoijo. lo H au soir, du col»» do Cintroy. d'où il rliassa les avant-post<'s irancais*. Mais, comme lo oorps volant était trop faihlo |)our détaclh'r du monde vers Grav, (ivulav dut onvov«*r <lo n* oôté un osoa<lron de hussanls, afin de chon'hor h ooupor los oonnnunicalions l't à enlever des convois entre Besancon ot Lanirrcs». (ivnlav, oonformoment aux ordres du génoralissinio. avait fait ocoup<'r Vosonl parla division Hohenloho-Bart(*nstoin : il avait oantonno la division Fresnel h droite, à gauche ot on arrière lU' la ville, La division légère Crennevillo avait poussé au delà do Vosoul, ot. arrivée îi Port-su r-Saône, elle s'était éttMiduo v<'rs sa droite jusipi'ii (lon-
1 Rapports d'émissaires (A'. A'. Krieg;t Archiv., I, 155, h.)
* Le lieutenaDt-colonel comto Thurn nn feldzougmoistfr comte (tuilny. — Cintrey, 9 janvier 1814, six heures du matin.
« Votre ExceUence m*nyant prescrit, par onlrede S. A. le prinre <le Schw.irzenherg. de me porter au plus vite vers Langres et de cherolier ù y entrer, je me suis mU en route cette nuit aussitôt après Tenvoi de vos avant-postes à CombcaafoDtaÎDC.
M A Cintrey, j'ai rencontré une patrouille ennemie de 15 chasseurs qui s*est retirée sur Fayl-Billot, où il y avait 1 officier et 37 chasseurs, que ma pointe d'avant-garde a surpris et déloges. L'ofllcier qui «commande mou avantgarde m'informe que plusieurs chasseurs ennemis sont hiessés, qu'il a pciilu un homme et qu'il pousse vers Langres, où il y aurait un gcnér.-il avec plusieurs dépôts.
u Gomme je dois continuer mon mouvement sur Langres. et que je ne veux pas perdre les avantages résultant des aflTaires de cette nuit, je me trouve dans l'impossibiUté absolue d'entreprendre quoi que ce soit contre Gray.
u J'espère enlever Langres encore aujounrhui et me porterai ensuite, si faire se peut, sur Gray, mais je me permets de prévenir V. A. que. d'après les renseignements que j'ai recueillis, tous les convois ennemis auraient déjà quitté Gray. » (K, K. Kriegs Archiv,, l, 168 a.)
• A'. A'. Kriegi Arehir. Tageshegebenheiten (1er Ilaupt Armée. (A*. A'. Kriegs Arehir,, I, 30, et Rapport de Gyutay à Schwarzenberg, I, 1(58.)
flandey, pendant qu'elle jetait en avant sur la route de Langres des partis jusqu'à Combeaufontaine.
Bien que Thurn Teût précédée dans ces parages et n'eût signalé la présence d'aucun rassemblement ennemi, bien que Gyulay eût dû savoir qu'il n'avait pas grand chose à craindre pour sa gauche, puisque la cavalerie du I«f corps avait pris pied sur la rive droite du Doubs,en avantdeBaume-les-Dames,le feldzeugmeister s était fait couvrir, pendant toute sa marche du 7, par des détachements de llanqueurs, du côté de Monlbozon. « Ces détachements, dit-il dans son rapport*, ces détachements qui s'éclairaient par des patrouilles poussées du côté de la route de Besançon, n'ont rencontré quelques vedettes de cavalerie ennemie que près du villag(» de Cendrey, qu'occupait un petit poste français fort do iO chevaux. »
La présence de ce peloton inquiéta Gyulay, car il ajoute dans le môme rapport : « J'ai fait, pour cette raison, côtoyer ma marche depuis Montbozon jusqu'à Échenoz-le-Sec, par des flancsgardes, et j'ai établi des postes sur ma j^auche, à Villefaux et à Andelarrot. » La prudence est assurément une qualité précieuse chez un général, mais, dans l'espèce, il nous semble que le générnl autrichien, sachant qu'il n'y avait à Cendrey que 20 hommes, au lieu de diriger un escadron sur Gray et de se conformer strictement aux ordrc^s supérieurs, aurait agi plus sagement et plus logiquenjent en détachant un ou deux escadrons, afin de savoir s'il y avait quelque chose et ce qu'il y avait derrière le poste de Cendrev.
En revanche, il envoya par le même courrier h Schwai'zenberg des renseignements qui eurent d'autant plus de valeur aux yeux «les généraux alliés, que le comte Gyulay les tenait de la bouche de personnages en mesure de savoir exactement ce qui se passait et auxquels leur position môme aurait dû imposer plus de tact et de rés(;r\'e, sans parler des devoirs qu'ils avaient à remplir vis-àvis de leur souverain, sans parler des sentiments d'un patriotisme que la terreur inspirée par l'invasion avait momentanément étouffés.
* Rapport de Gyulay à Scliwarzeuberg, de Vesoul, 8 janvier 1814. K. K. Krinjt Archii\f I. 159.
« Lo foldzougmeislor comt(» Gyulay, au princo de Schwarzenborg*. — Vesoul, 8 janvier 1814.
i< Le frère du général Junol est ici receveur général. Il avait fait partir sa femme pour Dijon ; tranquillisé par la disciplin<^ et la bonne conduite de nos troupes, il l'a fait revenir et elle est arrivée aujourd'hui, ayant quitté Dijon avant-hier. Elle aflirme avoir vu arriver à Dijon le conseiller d'État Ségur. chargé d'organiser la levée en masse; mais le peuple a refusé de l'écouter, et le maire a déclaré qu'il était impossible de procéder à la l(»vé(». en Bourgogne, eu raison du maiHjue d'armes et faut(» d'hommes en état de servir.
« Ségur est retourné h Paris.
« Le général Val(înc(» a (»ssayé, mais sans plus de succès, d'organiser la levé(» en masse dans les départements du Jura, de la Haute-Saùn(^ et du Doubs.
« M™o Junot aflirme qu'il n'y a pas eu de troubles à Paris. mais quon y est fort mécontent,
a Les troupes ennemies, postées à (iray. Dijon et Langres, auraient reçu l'ordre de se replier à rapproche des Alliés sur Troyes, où il y aurait un assez gros rassemblement de troupes, »
A l'aile gauche on ne bougea guère; les réserves autrichiennes étaient toujours îi Ornans; le 1I« corps resserra l'investissement de Besançon sur la gauche du Doubs, pendant qu(; Wimpffen, établi sur la riv(; droite, à Roulans-le-Grand, poussait son avantgarde jusqu'à Malmaison.
Bianchi bombardait Belfort, et une partie d(»s réserves russes et prussiennes (la 2« division de grenadiers et les 2* et 3« divisions de cuirassiers russes) arrivait îi Altkirch. Enfin, Schwarzenberg donnait encore ce jour-iii à Wiltgenstein l'ordre « de s(» diriger vers l(î sud-ouest, en sortant de Saverne, afin de se rapprocher des Austro-Bavarois de Wrède et d'opérer d(» concert avec ce général contre Langres.
9 janvier. — Pahlen devant Phalsbonrg. — Les événements de la journée du 9, quoique peu importants en eux-mêmes, n'allaient cependant pas être favorables aux armes des Alliés.
1 A'. A'. Kriegs Archiv., ad. 1, 159.
Du côté du VI<^ corps, les Français avaient, sans ôlrc attaqués, abandonné Schiltigheim et la Rob(»rtsau, pour rentrer dans Strasbourg, et le général Rûdiiiger, afin d'être à même de pouvoir observer cette place de plus près, allait être renforcé par le 2° régiment de dragons badois, envoyé à cet effet de Savcrnc.
Quant à Pahlen, il avait été rejoint sur ce point par les hussards d'Olviopol et par les 4^ et 34« régiments de chasseurs (4© division), dont il avait besoin, afin de pouvoir opérer plus eftlcacement du côté de Phalsbourg*.
V® corps. — Ordre de mouvement sur Remiremont. —
Wrède avait reçu à Colmar l'ordre de se diriger d'abord sur Remiremont, et, de là, vers Langn»s. Il chargea aussitôt le général Minutello de l'investissement de Neuf-Brisa(*h, le général comte Pappenheim de celui de S(!hl(îsladl, le général baron ZoUern de celui de Huningue.. et confia la direclion supérieure de ces trois opérations au général comte Beckers, dont les troupes (2® division bavaroise) étaient, du reste, employées devant ces places. Quant h lui, il se mit immédiatement en route pour Saint-Dié. Le général Deroy (2« brigade de la 3^' division bavaroise), après avoir franchi les Vosges à Sainl(?-Marie-aux-Mines, avait pris position à Sainte- Marguerite. Un d(î ses bataillons, soutenu par qu(îlques escadrons, occupait Saint-Dié, à S kilomètres environ en avant de Sainte-Marguerile. Les patrouilles de cette extrême avant-garde avaient même poussé vers la gauche jusqu'à peu de dislance de Bruvères sans rencontrer l'eimemi. En Alsace, h; colonel Scheibler, avec un petit corps volant, était encore entre Erstein et Obernaï, et le lieutenant-colonel Alberli battait le pays aux environs de Molsheim, d'un côté vers Mulzig, et de l'autre vers Strasbourg.
Seslavin à Bruyères. — Renseignements. — Lettre de Victor interceptée par les Cosaques. — Seslavin, que Witt-
* A ce inouient mOiue, liroucliy, par ordre de Victor, prescrivait au gcoéral de Ségur de ne laisser à Sarrebourg que 200 chevaux avec un chef d'escadrons cl de venir en deux marches à Uamb<'.rvillcrs, en passant par Blamont, Ogé- \iilers, Flin et Magnièrcs. Ijc général de France devait venir prendre à Rambcrvillers le commandement des quatre régiments de ganles d'honneur.
g(Mist(îin avait fait partir de Savenie avec "i régiments eosa- (lues et quelques hussards, était à Bruyères, se reliant avec les avant-postes de Deroy, et c'est de là qu'il envoyait à Wrède la première nouvelle et de Toccupation de Rambenillers par la cavalerie» française, ci de Téchec éprouvé |)ar Stscherbatofl* à É[)inal.
M Le fçénéral Seslavin à S. E. M. le général comte de Wrède, commandant en chef l'armée bavaroise (en français dans l'original). — Bruyères, h» 9 janvier 1814.
« Mon général,
« J'ai l'honneur d'annoncer à Votre» Excellence que, aujourd'hui, je suis veiui à Bruyères, où j'ai su. par un oflicier du détachement du prince StscherbalolT, les notions suivantes :
« Le corps ennemi, sous les ordres du duc de Bellune. (pii se trouvait îi Raon, s'est |)orté sur Épinal, et SlscherbalolV, qui s'y trouvait, a été forcé de l'évacuer, ayant été assailli par un corps ennemi d(î toutes armes. Une division de cavalerie» (»nnemi(» est déjîi venue occuper Rambervillers, et j'ai riiomieur (r<»nvoyer h Votre Altesse une lettre que cet oftici(»r a interceptée», e»t par laquelle vous verrez les préparatifs du duc de Bellune.
« D'après des nouvelles réitérées, on ne saurait elouteM* que» l'armée française se rallie à Nancy, et un corps de 40,000 honnnes est ramassé à Metz *. »
A cet envoi était jointe la lettre suivante de Victor au général Cassagne, trouvée par le»s cosaques de Stscherbalolï sur l'oflicier de hussards qu'ils avaient enlevé :
« Baccarat, le 9 janvier 1814. — M. le capitaine* ele» Lassale», conmiandant à Magnières, m'a communiqué la lettre cpie vous lui avez écrite hier, par laeiuelle vous lui mandev. que vous vous portez sur Épinal pour en chasser l'ennemi. Je dois vous prévenir que M. le duc de Valniy ayant mis à ma disposition toutes le»s troupes de son commandement, y conq)ris la division de voltigeurs de la jeune garde, j'ai prié Son Excellence de faire réunir toutes les troupes à Charmes, sous les ordres de M. le général Meunier, à qui j'enverrai mes instructions, dt\s epie la réunion Rem opérée» et c'est à reflfel de marcher à l'ennemi de concert
i A'. A'. Kriegs Arekiv,, I. 20J, /.
avec lo 2« corps et de vous mettre en communication îivec Rambervillers, où j'aurai aujourd'hui une division de dragons.
« On m'assure qu'il y a 4,000 hommes à Épinal, et qu'on y en attend un plus grand nombre. Tîlche/, je vous prie, d'avoir des renseignements positifs sur leurs forces, et veuillez toc les transmettre V »
« P. S. — Je vous envoie ci-joint une lettre pour M. le général Meunier, je vous i)rie de la lui faire passer. »
(]ette deuxième lettre ne se trouvait pas, d'ailleurs, sur l'officier pris par les cosaques.
Il nous paraît inutile d'insister sur les exagérations qu'on trouve dans les renseignements recueillis par Seslavin, et d'après lesquels il y aurait eu 40,000 hommes à Metz ; mais il est certain que la prise de la lettre adressée au général Cassagne avait une valeur réelle pour les Alliés, puisqu'elle leur révélait, en même temps que les projets de Victor, la situation et la composition des troupes dont le maréchal disposait, et leur permettait de se rendre un compUî exact de la nature de la résistance qu'ils pouvaient s'attendre à rencontrer, surtout après les affaires désavantageuses qui avaient marqué pour eux la journée du 9, tant dans la vallée de la Meuse que dans celles de la Mortagne et de la Meurthe.
Affaires de Rambervillers et d'Ëpinal. — En effc^t, tandis que le gros du V« corps commençait à se porter en avant, que le IV'î corps, contiimant sa marche, atteignait, avec la tête de ses colonnes. Remiremont, et que son gros se cantonnait, le 9, autour de Ramonchamp, Victor, afin d'éloigner les troupes légères alliées, dont on lui avait signalé la présence entre Saint-Dié et Épinal, s'était décidé h faire occuper Rambervillers par la division de dragons du général Briche, qui prit position dans ce bourg après avoir culbuté et poursuivi assez vivement un parti de 200 cosaques v(mîus dans ces parages pour réquisitionner, et qui avait cru superflu de se garder sérieusement *.
* A'. K. h'ricgs Archir., I, 201, «.
' Voir, Archives du dépôt de la guerre : xMémoires de Grouch y et journal de
Petiot.
Dans la nH>iHe journée, une brigade (rinfanleri(» de la jeuniî garde, sous les ordres du général Cassagne, se portail, avec un délachenienl de 300 chevaux, sur É|)inal. Sts<:herbalofl', instruit par les patrouilles qu'il avait envoyées h la découverte du côté de Charmes de la présence, en avant de cet endroit (entre Charmes et Épinal), de partis ennemis qui semblaient être la tête d'une forte colonne *, désirant se renseigner |)lus complètement et se sachant, d'ailleurs, soutenu en arrière par le IV* corps, se porta avec tout son corps volant sur Charmes. Arrivé à peu près à michemin entre Épinal et Charmes, il rencontra les troupes françaises en marche sur Épinal, qui le repoussèrent et le poursuivirent jusqu'à Pouxeux, où il fut rejoint par Platoff.
Platoff à Pouxeux. — Ses rapports avec le prince royal de Wurtemberg. — L'ataman, toujours inquiet, toujours timoré, devait, dès le jour de son entrée en ligne, donner la première preuve de Tinsurmontable mollesse qu'il ne put secouer pendant le reste de la campagne, de ces craintes imaginaires qui paralysèrent constanmient ses opérations et qui empêchèrent ses cosaques de rien faire de bon jusqu'au moment où le tzar, lassé d'une pusillanimité, rendue plus dangereuse encore par l'impudence de ses forfanteries, releva Platoff de son commandement.
Alin de permettre au lecteur de se rendre, dès le début de la campagne, un compte exact de la manière d'agir de Platoff, nous croyons devoir donner et le rapport* qu'il adressa au prince royal de Wurtemberg et la réponse qu'il reçut de ce prince •.
« L'ataman comte Platoff au prince royal de Wurtemberg (en français dans l'original). — « De Pouxeux, 9 janvier 1814.
V J'ai l'honneur d'informer Votre Altesse Royale de l'approche de l'ennemi sur Épinal.
« Je me suis approché de cette ville et ai opéré ma jonction avec le détachement du prince Stscherbatoff, qui m'a appris que l'ennemi occupait Épinal, fort de quatre colonnes (sic) d'infanterie, cinq escadrons et trois bouches à feu.
1 Tîigesbegebenheiten der Haapt Armée {K, K. Kriegt Arehiv,, I, 30), et Opérations Journal des IVten Armée Corps. (Ibid., XIII, 56.)
* Platoiï au prince de Wurtemberg. K, K, Kriegt Arehiv,, l, 173, a,
• Prince royal de Wurtemberg à Platoff. K, K. Kriegt Archiv., 1, 173, b.
Weil. 6
« La configiiralion du terrain m'a empêché de reconnaîlrcî par moi-même les forces ennemies. Les avant-postes français étant établis en avant do la ville, sur la route de Pouxeux, dans les défilés, j'ai idée de les attaquer à sept heures du matin et de pousser sur Épinal; mais comme le terrain occupé par ces avantpostes est en somme un défilé étroit et resserré contre lequel la cavalerie ne peut guère agir etTicacemenl, qu'il me faut me servir de mon artillerie, j'ai besoin de troupes d'infanterie qui me font absolument défaut. Je prie donc Votre Altesse de m'envoyer, si ce n'est quatre, au moins trois bataillons d'infanterie
« Je crois que l'eimemi est en force dans la ville et
veut la défendre, ce point étant très important. »
Voici maintenant comment le prince royal répondit à la demande de Tataman :
« Prince royal de Wurtemberg au comte Platoff. — « Remircmont, 9 janvier 1814.
« 11 m'est absolument impossible de vous envoyer même trois bataillons. Vous évaluez les forces de Tennemi à 3,000 hommes dinfanterie, cinq escadrons, trois canons. 11 vous sera donc possible d'en venir à bout rien qu'avec votre corps; mais si l'ennemi est décidé à résister vigoureusement, on ne le culbutera certainement pas avec trois bataillons.
« Je tiens évidemment beaucoup à déloger l'ennemi d'Épinal, (ît si vous ne réussissez pas dans votre entreprise, je l'attaquerai l(î 1 1 avec tout mon corps d'armée. En attendant, et pour vous recueillir en cas de besoin, je posterai trois bataillons sur la route de Pouxeux. »
Platoff, on doit le reconnaître, avait une singulière manière de comprendre les devoirs qui incomb(»nt au connuandîinl d'un corps de cavalerie destiné, dans l'esprit des généraux en chef, à agir au loin, à renseigner le grand quartier général sur les mouvements et les projets de l'ennemi, puisqu'il suffisait de l'apparition d'un groupe dont il avoue lui-même n'avoir pu reconnaître la force, pour (|u*il crût nécessaire de demander un renfort de trois bataillons.
Ce qu'il y a de certain, c'est que les craintes folles de Platoff (îxercèrcînl néamnoins une influence sur les résolutions du prince royal de Wurtemberg. 11 n'avait pas eu encore, il faut 1(^ dire à
son excuse, l^occasion d'apprécier la véritable valeur d*un officier arrivant à Tarniée précédé d'un^î réputation, sinon al)solum(înt inniiéritée, du moins singulièrement surfaite, d'un officier qui, s'il avait accompli naguère de brillants faits d'armes, s'il s'élait fait remarquer par une incontestable hardiesse, avait complètement perdu et son ancienmî énergie et les aptitudes spéciales dont il avait fait preuve en 1812,
Inaction du IV« corps le 10 janvier. — Le prince royal échelonnant son corps entre Eloyes et Saint-Xabord, attendit donc pendant toute la journée du 10 le résultat d'opérations qu'il avaient conseillées à Platoflf et que C(4ui-ci se garda bien d'entreprendre. Le princ(î royal s(Mnble, du reste, avoir pris très au sérieux les nou veilles données par Platoft', et avoir cru comme lui qu*il y avait sur ce point et derrière cette avant-garde des forces importantes eimcMuies, chargées de couvrir les plaines (le Lorraine et de chercher ii empêcher les Alliés de déboucher (les Yosg(»s. En effet, le 9 au soir, en prévenant Schwarzenberg d(» Tapparition à Épinal du corps français qui (în avait chassé Stscherbatoff*, et malgré l'ordre d(î prendre à gauche pour se |)orter sur Langres, il lui faisait savoir que, comme le corps fran(;ais pourrait obliger Platofl* à se retirer de Pouxeux, il était presque certain qu'au lieu de prendn* la routt^ (|ui mène de Hemiremont par Bains, Vauvillers, Jussey et Fayl-Billot sur Langres, il se verrait contraint à marcher droit sur Épinal le 11 « pour chasser r(^nn(»mi de ce point important d'où, ajoutait-il, r(mnemi pourrait couper nos (communications avec Remiremont et empocher la brigade SchîeflTer et les troupes qui la suivent de déboucher. Si j'attaque Épinal, disait-il encore, je laisserai mes parcs et m(»s convois à Plombières pour me maintenir en communication av(H'' Vesoul et la grande armée, et éviter d'être, quoi qu'il arrive, contraint de me replier sur les Vosges * ».
Banclay de Tolly partag(»ait sans doute les craintes émises par le prince royal de Wurtemberg et croyait, comme lui, <^ la présence, en arrière d'Épinal, de forces considérables, puisque> dans une lettre (ju'il adressait à Schwarzenberg d'Allkirch, h la
i Prince royal de Wartcmbcrg à Schwarzeiiljcrg; Ucmii'ciiKnit, 9 janyier. K. K. Kriegs ArefUt., \, 173.
(lato du 10 S il lui disait qu'il avait prescrit îi Slscherbatoff de se faire soutenir par le prince royal*.
D'après les documents que nous venons de citer, on se rend coni[)te de Tinquiétude qu'un mouvement offensif aussi peu important que celui dont il s'agit ici, causait dans les états-majors alliés. On peut alors se demander, si en agissant énergiquement avec tout ce qu'il avait sous la main, avec les renforts envoyés de Nancy, Victor n'aurait pas pu réussir non seulement à ralentir et à retarder considérablement la marche des colonnes alliées encore occupées îi franchir les Vosges, mais encore à interdire aux Alliés l'accès du bassin de la Moselle, h menacer même les conmiunications des troupes de la grande armée de Bohème en marche sur Vesoul et Langres. Un pareil résultat n'aurait pu être que momentané; mais, dans la situation où se trouvait la France, il importait par-dessus tout de chercher h gagner du temps, eu arrêtant les Alliés le plus longtemps possible et en profitant îi cet efi[(ît des moindres occasions. C'est lîi ce qui semble avoir été faisable le 10 janvier et ce qui n'a malheureusement pas été fait.
* Prince royal do Wurtemberg à Schwarzenberg ; Rcmiremont, 9 jauvicr. A'. K. Krieg$ Archir., I, 202.
» Comme j'aurai souvent lieu d'insister sur la nature singulière des rebtions entre les dilTérents généraux alliés, de faire ressortir les fautes résultant du manque d'unité dans la direction, les conflits qui se sont produits presque journellement entre les chefs les plus haut placés, j'ai cru devoir citer ici la lettre suivante de Barclay à Schwarzenberg. Tout le monde, on le voit, donne des ordres sans même prendre la peine de se mettre d'accord avec le généralissime; puis, quand les ordres ont reçu un commencement d'exécution et que Schwarzenberg a appris de cette façon, et alors seulement, ce qui s'est fait à sou insu, on cherche à lui expliquer plus ou moins habilement les raisons de ces mouvements et à les lui faire approuver, en ayant l'air d'avoir deviné ses projets et ses intentions. La lettre de Barclay est évidemment inspirée par un sentiment de cotte nature.
M Barclay de ToUy à Schwarzenberg. — Altkirch, 9 janvier 4814.
« Le général comte ïoll m'informe qu'il avait donné à PlatofT l'ordre d'aller à Epinal, et que Votre Altesse, au contraire, désirerait le voir aller à Neuf • château. J'ai seulement fait ordonner à PlatofT de recueillir éventuellement Stscherbatuff en passant par Epinal, et aussitôt cette ville occupée, de continuer par Mirecourt sou mouvement sur Neufchàteau, lui recommandant d'envoyer de là des partis sur Bar-le-Duc et de se relier, à gauche vers Langres avec les Autrichiens, à droite avec le prince Stscherbatoff, que Votre Altesse envoie sur Nancy.
« On ne laissera à Epinal, comme soutien destiné à couvrir les communiations, que quelques cosaques qui y resteront jusqu'à l'arrivée des troupes du <^rincc royal de Wurtemberg. » (K. K. Kriegs Archiv. 1. i74.) P
Il est certain, d'autre part, que môme bien dirigées et couronm'^es de succès, les opérations offensives du duc de Beilune n'auraient servi qu'à faire gagner deux ou trois jours. Le maréchal aurait été obligé de se replier, dès qu il aurait eu connaissance du mouvement de retraite que Marmont exécutait à ce moment, de l'a Sarre vers la Moselle, et qu'il se serait vu menacé sur sa gauche et sur ses derrières par la marche de la cavalerie et do l'avant-garde de l'armée de Silésic se dirigeant de Chdteau-Salins sur Lunéville et Nancy.
9 janvier. ^ Echec du corps volant de Thurn à Langres.
— La journée du 9 n'avait été guère moilleure pour le corps volant du lieutenant-colonel Thurn, qui battait l'estrade sur le front du 111® corps en marche sur Langres. Avec un peu de prud(mce et de circonspection, il eût été facile îi ce petit corps d'éviter la leçon qu'il allait recevoir.
Thurn, arrivé avec son corps à la Griffonotte, avait eu l'idée de s'emparer à lui seul de Langres. Il pensait que l'occupation de cette ville ne présenterait pas plus de difficultés que celle de Vesoul et espérait pouvoir s'y procurer des renseignements certains sur la position et la force des troupes françaises que l'on savait dirigées sur ce |)oint. Persuadé qu'il enlèverait Langres sans coup férir, Thurn s'y fit précéder par un officier, escorté de deux hussards, chargé d'annoncer au maire son arrivée et de sommer le commandant d'armes de lui rendre la ville*. Bien qu'au bout de deux heures, il n'eût encore reçu aucunes nouvelle de cet officier et que ce silence eût dû l'inquiéter et lui faire comprendre qu'il était indispensable d'agir prudemment, il n'en dirigea pas moins son avant-garde sur Langres. Celle-ci, sous les ordres du capitaine Burckhardt, pénétra sans encombre dans le long faubourg par lequel passe la route de Vesoul. Elle avait
1 Voici le texte de la sommation de Thurn :
t( Le commandant de l^avant-garde des armées alUées au commandant
de la yiUe de Langres.
tf Je vous somme. Monsieur le Commandant, de rendre la ville aux armes des arm(^s victorieuses; il serait inutile de faire une vaine résistance, mes forces étant telles que la ville ne pourra résister ; je vous en préviens pour épargner a la ville les suites des fléaux de la guerre. Je suis avec toute la considération. » {Archives du dépôt de la guerre.)
déjà dépassé les portes de la ville, lorsqu'elle vint tout à coup donner dans une troupe de cavalerie de la garde (avant-garde du maréchal Mortier) c|ui arrivait à Langres. Attaqué vivement de front par cette cavalerie soutenue par la gendarmerie et les hommes de la levée, fusillé par les habitants qui avaient pris les armes, le détachement du capitaine Burckhardt* parN'int à grand'peinc à sortir de la ville et du faul)ourg et à se n^plier sur Fayl- Billot.
Affaire contre les paysans armés de Chaudenay. — Pendant cette retraite, les hussards autrichiens se virent encore une fois sur le point d*être entit'^rement coupés. Les paysans de Chaudenay. village qu'ils étaient forcés de traverser, avaient pris spontanément les armes, et leur tuèrent 1 officier et 12 hommes.
Voici, d'ailleurs, en quels termes Thurn lui-même rend compte à Sch\var/<Mibcrg de son coup de main manqué surLnngn»s, coup de main qui eut, comme nous allons le montr(»r, une portée et des consé(piences que les Alliés n'avaient pu prévoir.
a Le lieutenant-colonel comte Thurn au prince de Schwarzenberg'. — FayUBillot, le 9 janvier 181 4, 9 heures du snir.
t« J'ai riioimeur d'informer Votre Altesse (pu» le maréchal Mortier est arrivé avec son avant-garde à Langn^s et que je suis entré avec mon avant-garde dans le faubourg.
« L(»s habitants nous invitèrent à y |)énélrer, nous aflirmant (pi'ils nous attendaient avec impatience et depuis longtenq)s. La patrouille de tête avait déjà dépassé un certain nombre de maisons, lorsqu'elle fut saluée par une décharge générale, par des coups de feu partant des toits et tirés par des hommes de la levée et de la garde départementale soutenus par quelques fantassins de la ligne.
« La imtrouilh' se retira sur mon avant-garde.
« Le village de Chaudenay, par letpu»! je devais forcément passer en me retirant, s'était armé pendant ce temps et nous eftnies à nous frayer un passage le sabre à la main. Nous avons
> Szenen aus (1er (jeschirhte des K. K. Husaren Kegimeiits n° 3, Krziierzog Fenliii:«nd, et Tagesl)eg«'l>enh(»iteii der li.iupt Arin(*«*. {K. h. Kri^qit Archir., I, 30 )
' A'. A'. Kr'uuj* Arehir., I, 170).
fait subir des pertes sensibl(»s ù ces paysans. J'ai fait quelques prisonniers appartenant à des régiments italiens, qui uraffirment que le maréchal Mortier aura demain, JO janvier, 30,000 hommes h Langres et que d'autres trou[)es ont dû arriver aujourd'hui h Grav.
« J'ai perdu dans ces affaires le lieutenant Schlachta. Le capitaine Burckhardt, après avoir eu un cheval tué sous lui, a été blessé îi la jambe droite : quatre de mes hussards sont blessés.
« On m'assure que fennemi se porte en force contre Fayl- Billot. Je vais l'observer et me retirerai lentement, si j'y suis contraint, sur Combeau-Fontaine, où se trouve Tavant-garde du comte Gvulav. »
Les populations commencent à s'armer. — Dans le rapport qu'il adressait deux jours après h l'empereur d'Autriche, Schwarzenberg* annonçait à son souverain qu' « en présence de la levée générale que l'iMinemi chen^he à organiser », il avait aussitôt prescrit au feldzeugmeister comte Gyulay de « se porter à rw^rcA^» forcées sur Langres. »
Mais Gyulay n'était encore qu'à Vesoul. oii il avait donné le 9 un peu de repos à ses troupes. Ce fut le 11 seulement que son avant-garde atteignit Combeau-Fontaine, que ses extrêmes avantpostes occupèrent Fayl-Billot, et le 14 que le gros du III® corps arriva vers Langres que la division de cavalerie du général Laferrière (2,567 hommes, 2.695 chevaux) occupait depuis le 10. et la division Friant (5,885 hommes et 148 chevaux), depuis le 11. Pour la première fois depuis son entrée en France, le centre de la grande armée alliée allait rencontrer un semblant de résist<Tnce.
Il semble, du reste, que Schwarzenberg reconnut immédiatement l'importance que devait avoir l'affaire de Langres, la gravité que prenaient des faits en eux-mêmes peu considérables, un échec assurément insignifiant, mais qui pouvait être gros de conséquences
* Schwarzenberg à rempereiir d'Autriche, de Villersexel, 11 janvier (A'. A'. Kriegs Archiv., 1, 238 et ad. 1, 238). Schwarzenberg ajoate dans ces rapports que Mortier n'a pas 30,000 hommes à Langres, que les nouveUes recueillies par Gyulay et par Thurn contredisent ces premiers renseignements, que c'est seulement à Troyes qu'on réunit les conscrits et qu'on les encadre dans les troupes d<! ligne.
par suite de la pari que, pour la première fois depuis Tenlrée des Alliés en France, les habitants avaient prise à la lutte. L'organisation de la levée en masse n'avait jusque-là produit aucun résultat et il allait encore s'écouler quelque temps avant que Tapplication de cette mesure ait pu se généraliser et revêtir un caractère véritablement inquiétant. Les causes de l'apathie qui s'était manifestée pendant les premières semaines de janvier 1814, si elles sont multiples et variées, sont intéressantes h rechercher ot II constater. On aurait tort, en effet, de croire que l'hésitation, mise par les populations à courir aux armes, provenait, comme on a essayé de le démontrer, de l'impopularité de l'Empereur. Pour le peuple, mais plus encore pour les paysans, Napoléon était alors, comme il l'est toujours resté depuis, le plus grand homme de guerre de tous les temps, le César triomphant qui avait vaincu et conquis l'Europe, qui, i\ lui seul, paraissait de taille à tenir tête au monde entier coalisé contre lui. De son vivant même, il était déjîi devenu un personnage légendaire, auquel ni la retraite de Russie, ni le désastre de Leipzig, ni l'invasion n'avaient pu parvenir à faire perdre la moindre parcelle du prestige inouï que son nom exerçait et exercera toujours sur les masses. Il était toujours encore et surtout aux yeux du peuple Thonmie merveilleux, dont la présence rendait la confiance aux découragés, dont la voix électrisait les conscrits et en faisait des soldats aussi solides au feu que les plus vieux grognards de la garde. La cause réelle de cette indifférence, que le vandalisme et les brutalités des Cosaques et des Prussiens n'allaient pas tarder à faire disparaître, provenait bien plutôt de ce que les populations, lassées des guerres que le pays soutenait depuis plus de vingt ans, épuisées par les sacrifices qui leur avaient été demandés depuis 1792, et surtout depuis l'Empire, abusées peut-être aussi dans le principe par les promesses fallacieuses contenues dans la proclamation des souverains alliés, encore éblouies par le souvenir des victoires passées, ne pouvant croire h l'invasion et ignorantes des horreurs qu'elle traîne à sa suite, étaient disposées i\ voir dans les Alliés, non pas des libérateurs, mais les instruments destinés à ramener dans le monde une paix h laquelle la France n'aspirait pas moins vivement que le reste de l'Europe.
Enfin, ce qui avait manqué jusque-lh i^our que le peuple pût envisager sainement la situation telle qu'elle était déjà, depuis
le commencement de Tinvasion, c'était Texemple. On hésitait, on doutait parce qu'on croyait (|ue la résistance locale, la résistance improvisée dans chaque ville, dans chaque village, ne servirait îi rien qu'à attirer sur ces villes, sur ces villages de terribles représailles. L'impulsion était désormais donnée ; les coups de fusil des habitants de Langres et des paysans de Chaudenay allaient se répercuter dans toute la Champagne, en Bourgogne, en Lorraine, en Alsace. Le peuple a désormais retrouvé sa voie, il s'est ressaisi ; sachant maintenant ce qu'on attend de lui, se rendant désormais un compte exact des résultats ([ue peut produire son intervention armée, il n'hésitera plus à faire héroïquement son devoir. On a par trop négligé jusqu'il ce jour de rendre aux paysans armés la justice qui leur est due, et de faire ressortir la grandeur du rôle qu'ils ont joué pendant les tristes jours d(^ l'invasion. On ne sV'tonnera donc pas si nous insistons dans ce travail sur les services qu'ils ont rendus, sur le mal qu'ils ont fait aux Alliés, et si nous livrons ii la publicité parmi les pièces qui se rapportent h leurs hardis coups de main, surtout celles qu'il nous a été possible de consulter et de retrouver aux Archives impériales et royales du ministère de la guerre à Vienne. Enfin, avant de revenir aux mouvements des Alliés pendant la journée du 9 janvier, il convient d'ajouter que si les bourgeois de Langres et les paysans de Chaudenay ont été les premiers à courir aux armes, ils ont été aussi presque les derniers h les déposer avec les gens de Fayl-Billot et des environs.
Positions des autres corps de la grande armée pendant la journée du 9. — Les autres corps de la grande armée avaient continué à marcher le 9 avec leur lenteur habituelle. Gvulav avait, nous l'avons dit, fait halte à Vesoul ; derrière lui, le I®"" corps en faisait autant à Villersexel. Deux des brigades du général Bianchi , relevées sous Belfort par les grenadiers russes de Raïefïskv, s'étaient mises en marche sur Lure et Vesoul. Les réscr\es autrichiennes étaient toujours immobiles h Ornans, et le 11« corps restait affecté au blocus de Besançon. Le quartier général de Barclay de Tolly avait été transféré d'Altkirch à Chavannes-sur-l'Étang.
10 janvier. — La droite du VI» corps se relie du côté de
Phalsbourg avec un parti de l'armée de Silésie. — Wit%enstoin continua à rester en place, n'osant pas continuer sa marche avant d'avoir pu appeler à lui toute son infanterie, et craignant peut-être aussi d'être inquiété sur ses derrières tant qu'il ne se serait pas au préalable rendu maître de Phalsbourg et de bicoques telles que la Petite-Pierre etLichtenberg.il se contenta, le 10, de profiter de l'arrivée de» 5 bataillons badois avec 10 canons, pour opérer contre Phalsbourg et la Petite-Pierre et faire couper près de Liitzelbourg la conduite qui seuh» alimentait d'eau potable la première de c(îs places.
Il chargea également le général S(îhakoffskoï du blocus de Landau en lui donnant une partie des troupes du colonel SelifonlietV et du lieutenant-colonel Nabel.
Un escadron de hussards d'Olviopol fut envoyé des environs de Phalsbourg à Lut/elbourg pour vérifier si les bruits qu'on avait répandus sur la présence de la cavalerie française» h Mitt(*lbronn étaient fondés. Les hussards ne trouvèrent personne à Mittelbronn; mais ils apprirent cependant que quelques escadrons français venant de Phalsbourg avaient traversé (;e village, se rendant îi Sarrebourg, ville que cette cavalerie n'avait, d'ailleurs, pas tardé à évacuer.
Le Vie corps se relia encore ce jour-là par sa droite avec la cavalerie de l'avant-garde du général Lanskoï (jui était, depuis le 8, h Bliescaslel. Le ])arti qui comnuiniqua de ce coté avec le VI'' cor|)s avait quitté Neunkirchen le 9 au matin par ordre du général KarpotT, qui y commandait les avant-postes du corps Sacken (armée de Silésie). et. passant par Rimling et Drulingen, avait poussé jus(|ue vers Phalsbourg.
Devant Strasbourg, deux des escadrons du 2<^ régiment badois étaient à Slutzheim, surveillant la porte de Saverne, les deux autres à Oberscha^fl'olsheim et Woltîsheim. Observant la porte Blanche, ils avaient en outre, à Holtzheim et h Lingolsheim, un parti chargé de couvrir les routes de Colmar et de Neuf- F^risach.
Enfin. Pahlen avait reçu l'ordre de marcher sur Lunéville. et. afm d'être ji même de le soutenir, on avait prescrit au prince Eugène de Wurtemberg de porter la {^ division (rinfanhîrie h HochfrldfMi. el la *> à Haguenau.
Mouvement du V* corps et de Victor vers Saint-Dié. ~ Combat de Saint-Dié. — Pendant quo Wrodo, convaincu de rinutilité do la présence de ses forces en Alsace, prenait toutes ses mesures pour les amener le plus rapidement |»ossible de l'autre coté des Vosges, envoyait le général de La Motte à Sainte- Mari(»-aux-Mines et prescrivait au général Deroi (ro(!CU|)er solidement Saint-Dié, Victor, de son côté, avait donné au général Duhesme Tordre de se mettre en marche le 10 au matin, de se diriger sur Saint-Dié et d'y attaquer l'eimemi : « L'attaque sur Saint-Dié, ajoutait le duc de Bellune, doit être brusque» et franche'. »
Les liiivarois avaient poussé, le 10 au matin, en avant de Saint- Dié. une pointe d'avant-garde composée d'un demi-escadron de chevau-légei's du 5« régiment, de 30 cosaques et d'une conq>agni(» d'infanterie qui vint donner dans la tète de la colonne française. Les Bavarois, repoussés, traversèrent Saint-Dié et, suivis par la caval(»rie française, cherchèrent à se maintenir ji Sainte-Marguerite, d'où ils furent chassés par les cavaliers dv Pire, soutenus par deux bataillons. Mais au moment même où Pire «entrait dans Sainte-Marguerite, le général Deroi déployait sa brigade à peu de distance du village et prenait immédiatement les dispositions nécessaires pour empêcher les Français d'en déboucher et leur enlever le village avant qu'ils aient eu le temps de s'y établir solidement et d'ètn* soutenus par le reste de l'infanterie du général Duhesme. Bien que le général Deroi eût été blessé à l'instant où il lançait ses colonnes d'attaque contre Saintes-Marguerite et qu'il eût dû remettre le commandement au colonel von Treuberg. Pire ne put réussir à se maintenir sur ce point e! dul se replier sous un feu des plus violents sur Saint-Dié, où Duhesme avait gardé le gros de ses troupes. La cavalerie de Pire, quoique exposée à une fusillade meurtrièn^ et au tir de l'artillerie bavaroise, fit bonne conlenance, se repliant pas à pas sur Saint- Dié en (^ouvrant la retraite de son infanterie \
1 Vû'lor au major gémirai, llaccarat, U janvier, el Mémoiret de Grouchy.
' Rapport du général de Pire au général de Grouchy, de Xompatelize, 10 janvier, à six heures du soir.
' « Je n'ai pu, dit le général Pire, exécuter de charges, attendu la nature du terrain. »
A la fin de son rapport. Pire ajoute ; « La contenance de l'ennemi, qui
L'infanleric bavaroise continua à s'avancer sous la protection du tir bien dirigé de son artillerie et, attaquant Saint-Dio à la fois de front et par la gauche, elle parvint h s*en emparer avec d'autant moins de peine que Tartillerie mal servie du général Duhesme ne fit aucun mal i\ ses colonnes d'attaque. Les Bavarois occupc^^rent aussitôt Saint-Dié, et Duhesme se retira d'abord sur Saint-Michel, puis de h^i, le H au matin, sur Rambervillers. Le colonel von Treuberg qui, après la prise de Saint-Dié, avait été rejoint par le général Habermann, que le général de La Motte îivait, à la première nouvelle du combat, porté en avant avec deux bataillons, deux escadrons et quatre bouches i\ feu, n'osa pas s'engager dans les gorges îi hi suite des Français; il fit paraître seulement quelques troupes sur les deux routes de Ramber\illers et de Raon-l'Étape * et envoya un bataillon et un demiescadron h Bruyères pour surveiller de 1î\ la roule d'Épinal, couvrir la droite du IV« corps et se maintenir en communication avec la division Rechberg. Les combats de Sainte-Marguerite et de Saint-Dié avaient coûté une centaine d'hommes à la brigade Deroi. Les pertes des Français étaient plus considérables, et le nombre des prisonniers*, qu'ils laissèrent entre les mains des Bavarois, s'éleva h 240. Le rapport que le général de Grouchy adressa le soir au duc de Belluno permet au moins de constater que la cavalerie française, bien qu'elle ne fût guère composée que de conscrits, s'acquittait consciencieusement et intelligemment de son service d'exploration et de sécurité, et que les généraux placés il sa t^te ne manquaient ni de jugement, ni d'initiative, ni de coup d'œil. C'est ainsi que Grouchy put annoncer au maréchal que Bruyères est occupé par 1 ,000 hommes (Wurlembergeois, Bavarois et Cosaques), que des trois rccoimaissances envoyées par le général Milhaud, aucune n'a pu dépasser Grand villers. Il
êlait en marche sur Saint-Dié lorsque je l'ai rencontré, me fait croire qu'il appartient à un corps considérable. » (Rapport de Pire à Grouchy, Archives de la guerre,)
1 « L'ennemi, après nous avoir suivis vigoureusement dans la ville, n*a pas voulu nous reconduire dans les gorges : il s'est contenté de faire paraître ses troupes sur les routes de Rambervillers et de Raon... » (Pire à Grouchy, Archivei de la guerre.)
> Tagesbegebenheiten der Haupt Armée (A'. K. Kriegs Archiw, I, 30). et Tagebuch du major prince de Taxis (»6id,, XIII, 32J.
ajoute : « L'une d'elles n'est pas rentrée, et iOO cosaques sont à Girecourt. Épinal a été occupé hier par le général Cassagne; mais il est probable qu'il y sera attaqué avant peu. Je vais lui faire part de ma manière de voir à cet égard en envoyant ma lettre par Châtel, puisqu'elle ne pourrait lui arriver par la route directe. »
Ce petit rapport de Grouchy est un modèle h méditer. Il est consolant de voir que, dans les plus tristes jours de notre histoire, en dépit de la disproportion des forces, du peu d'instruction des soldats, de la mauvaise qualité des chevaux, nos généraux de cavalerie, fidèles aux principes qui leur avaient valu tant de succès, parvenai(înt encore à renseigner le commandement bien plus complètement et plus exactement que les chefs de la cavalerie alliée.
Enfin, Grouchy se permettait encore, en terminant ce rapport, d(; présenter respectueusement quelques observations au maréchal : « Dans cet état de choses, lui écrivait-il, je vous engage», Monsieur le Maréchal, à venir demain de bonne heure ici, car il est probable que le général Duhesme sera suivi, et la journée ne se passera probablement pas sans événement* •' '. »
Sur la droite du V» corps, le colonel Schcibler, qui s'était porté avec son corps volant sur Lutzelhausen, dirigeait une centaine de cosaques et un demi-escadron de hussards sur SchiruKîck afin de ch(;rcher à se procurer, en poussant par les routes menant à Raon-l'Étape, des renseignements sur les mouvements et la position de Victor.
L'effectif des troupes, que Wrède avait laissées en Alsace au moment de passer les Vosges, s'élevait, en y comprenant la garnison de Colmar, à onze bataillons et une compagnie, huit escadrons et quatre batteries; il ne lui restait donc guère que 20,000 il 25,000 honmies de disponibles pour les opérations que le V« corps allait entreprendre et en vue desquelles on concentra, le 10, les Bavarois à Ober-Bergheim et Chàtenois (Kestenholtz), les Autrichiens à Epfig, Dambach, Saint-Hippolyte. L'avant-garde autrichienne, sous les ordres du colonel von Geramb, était à
1 Grouchy au duc de Benune, 10 janvier 1814.
s Ney était à Nancy depuis le 9 janvier. (Belliard, Archives de la guen^.)
Bonfeld. Nous rappellerons que déjà avant cette époque Frlmonl sï'lait relié par Molsheim avec la cavalerie de Pahlen.
Marche du IV« corps sur Ëpinal. — On se rappellera encore que le IV^ corps, laissant Épinal î\ sa droite et marchant, conformément aux ordres du généralissime, par Bains, Plombières et Vauvillers, devait être le 14 îi Jussey, de façon à pouvoir se diriger soit par Fayl-Billot sur Langres, soit par Bourbonne sur Montigny-le-Haut (Montigny-le-Roi).
Nous avons déjà vu aussi qu'à la nouvelle de Toccupation d'Épinal par les Français, le prince royal de Wurtemberg avait informé le généralissime des modifications qu'il s'attendait à être très probablement obligé d'apporter à la marche de son corps. Le prince royal, en effet, inquiet de savoir les Français à Épinal, insuffisamment renseigné, puisqu'il les y croyait établis avec des forces considérables, craignant de les voir de là interdire aux Alliés l'accès de la vallée de la Moselle, se décida, comme le montre la lettre ci-après de Stscherbatoff, à se concerter avec Platoff, posté à Pouxeux pour les en chasser et couper aux troupes établies sur ce point le chemin de Charmes.
Renseignements fournis par Stscherbatoff.— (< Stscherbatoff au prince do Schwarzenberg* . du camp près de Pouxeux, 10 janvier 1814, à minuit (en français dans l'original).
« J'avais envoyé d'Épinal, encore avant l'approche de rennemi, deux partis, un à droite sur Rambervillers avec un guide, le comte Luiiel deCortomiglio, l'autre à gauche sur Mirecourt, avec mon aide de camp, le sous-lieutenant Sonine.
« Aujourd'hui j'ai eu un rapport de ma droite du guide comte Lunel de Cortomiglio, <ju'il a découvert les forces ennemies, qui sont à Charmes, Magnières, Baccarat, Raon, et aux environs de Sainl-Dié.
« Le général russe Seslavin se trouve à Bruyères et environs. Le guide a pris un bas officier français qui était porteur d'une lettre du maréchal duc de Bellune au général Cassagne, de laquelle j'ai eu l'honneur de prendre copie par précaution. Le
1 A'. A'. Kriegs Archiv. L 200.
guide a gardé l'original. Je me crois on devoir de reconimand(T à Voire Altesse le guide Corlomiglio, qui a rempli sa commission au delà de mes espérances.
« Demain le prince royal de Wurtemberg est intentionné d'attaquer Épinal. Le corps du général comte PlatotV, se trouvant ici, se portera par la gauche en avant de la ville d'Épinal pour couper la retraite de l'ennemi ou pour Tempécher de recevoir des renforts de Charmes. Je me joindrai avec mon détachement au corps du comte Platoft'.
« Si la réussite de l'attaque aura lieu, je me porterai sur Nancy ou sur Toul, selon les circonstances, pour me trouver sur la route de Strasbourg à Paris.
« Ce que je pourrai découvrir de conséquent et de remarquable, je m'empresserai de faire un rapport à Votre Altesse.
« Je crois pouvoir trouver à l'avenir des (espions autant que j'ai trouvé ici. Pourquoi il m'est nécessaire d'avoir de l'argent, chose qui me manipuî absolument et que Votre Altesse avait eu la bonté de me promettre. »
Mouvements du corps volant de Thurn. —■ Le lieutenantcolonel Thurn, après s'èlre remplie à la suite de son imprudent coup de main sur Langres par la route de Fayl-Billot à Vesoul, informait dès le matin du 10, de Fayl-Billot, l'un des ofticiers de l'avant-garde de la division Crenneville, des événements qui s'étaient produits pendant la nuit.
« Le lieutenant-colonel comte Thurn, au capitaine Zadubsky (du ré^çimenl de chevau-légers llosenberg) *. — 10 janvier 1814.
« L'ennemi s'est replié sur Langres et a envoyé cette nuit de fortes patrouilles contre mes avant-postes. On entend le tambour Rur la route de Gray à Dijon.
« Je ferai de mon mieux pour découvrir les projets et les mouvements de l'ennemi.
« Gomme les espions, même en les payant richement, donnent à toiU instant de fausses nouvelles, il faut que je me procurcî moimême les renseignements dont nous avons besoin.
1 K. K, Kriegs Areliiv,, I, 195.
(( Je Ctiiiipc il Fîiyl-Billot et j'attends avec impatience des nouvelles de la division Creinieville ; je vous tiendrai au courant de mes mouvements ».
En marge :
« Vu par moi, avec envoi de Tavis que je continue ma marche.
« Crenneville^ F. M. L. »
(En marche sur la Cari (la Quarte), 10/ i 1814).
Il n^ssort du ton môme de cette lettre, que Thurn n'était rien moins que rassuré, et la difficulté qu'il éprouve à se procurer des espions est une preuve indéniable du changement radical qui s't»st produit dans l'esprit des populations depuis l'entrée des Alliés en France. Nous sommes loin déjà de l'enthousiasnie que Thurn se» plaisait à signaler dans ses premiers rapports.
Thurn ne resta pas longtemps à Fayl-Billot; passant entre Ougci et la Quarte, il était le 10 au soir avec son gros h Pressigny, occupait Poinson-les-Fays et Genevrières, et envoyait des patrouilles vers Champlitte. Prévenant Crenneville qu'il comptait aller le lendemain à Champlitte même, pour couper les routes de Langres à Gray et Dijon, il priait cet officier général de le tenir au courant de ses mouvements, s'il se décidait à tenter quelque chose le H ou le 12 contre Langres *.
Quelque légitimes que fussent, d'ailleurs, les inquiétudes qu'inspirait à Thurn sa situation, très compromise par l'affaire de Langres, quelque motivées qu'aient pu être ses craintes, quelque sérieuses qu'aient été les pprtes de son corps volant, puisqu'il reconnaît lui-même qu'il n'y a plus que deux officiers présents à son escadron de hussards archiduc Ferdinand, bien qu'il réclame à cors el à cris, dans sa dépêche datée de Pressigny, le 10 janvitîr, à 11 h. 1/2 du soir, des renforts de cavalerie sans lesquels il lui est impossible de rim entreprendre ^ le lieutenant -colonel croit cependant utile de s'enthousiasmer sur les conceptions stratégiques de Schwar/enberg, et voici c(î que cet officier, envoyé en avant pour éclairer le général en chef sur les projets de l'ennemi, a l'audace de lui annoncer :
« Je puis affirmer à Votre Altesse que l'ennemi est complète-
* Thurn à Crenneville, de Pressigny, 10 janvier 1814 (K.K.KriegsArchiv., I, iift a, et 1, 219 6).
ment dérouté par nos marches et est convaincu que la plus grande partie des forces de Votre Altesse va par Genève en Italie \ »
Loin de nous la pensée d(î croire que le prince de Schwarzenberg ail pu un seul instant ajouter foi à une semblable apprécialion. Il nous semble toutefois que celle dépcVJie suffit pour donner la véritable mesure d'un officier d\ivanl-garde, qui affirme aussi légiTeraent que fennemi est dérouté et qui ose adresser à son général en chef un rapport dans le(iuel il lui raconte que, dans la pensée de Napoléon, les Alliés n'ont fait en France qu'une démonstration destinée à détourner rattention du coup qu'ils se préparent de porter en Italie», où le prince Kugène avait déjà fort à faire pour défendre le terrain pied à pied contre Bellegard(». Un pareil officier n'était pas à la hauteur de sa mission et aurait dû être innnédiatemenl remplacé. Il y avait en effet, et Thurn a raison sous ce rapport, de quoi dérouler l'ennemi dans la manière d'opérer des Alliés! Clausewilz s'est, d'ailleurs, chargé de démontrer i)Our(juoi h's Français étaient déroulés et n'avaient i)eut-étre pas réussi à deviner queUes étaient ou quelles pouvaient être à ce moment les intentions des Alliés. « S'il (ist difficile d(î découvrir le but que l'on s'était proposé * en poussant l'aile droite d'un côté où il n'y avait absolument rien à fîiire, ce qu'il y a de certain en r(»vanch(\ c'est qu'on retint pendant quinze jours Barclay de Tolly, afin de l'avoir sous la main pour soutenir les IV® et V» corps que l'on garda inutilement en Alsace. »
Pendant tout ce temps, on s'était avancé en deux grandes colonnes sur les routes de Vesoul et de Dijon pour bloquer Besançon et Auxoinie. On avait donc, en partant de la ligne Huningue—Neufchî\tel, marché dans trois directions divergentes : à droite, vers Schlestadl; à gauche, sur Dijon; au centre, contre Vesoul, et on avait laissé les réserves du côté d'Huningue. Quel était l'objectif de tous ces mouvements? Un corps ennemi de 12,000 Iwmmes en marche de Reims sur Langres. On paraît n'avoir rien su de la force et de la position des corps ennemis. De cette façon, la grande armée avait vu fondre ses effectifs à 30,000
* Licatenant-colonel Thuni à Schwarzenberg, Pressigny, 10 janvier 1814, onze heures et demie soir {K. K, Kriegi Archiv., I, 200).
* Clausewitz, Critique stratégique de la campagne de 1814.
w«ii. 7
on 40,000 hommes, à savoir le corps de Gyulay ol deux divisions du corps CoUorcdo qui se trouvaient réunies près de Vesoul.
Ce fut, continue Clausewitz, avec ces 30,000 ou 40,000 honniies qu'on se porta en avant sur Langres et Chaumont, et, grûce à la fîublesse de Tennenii, on ne courut aucun danger parce qu'on n'avait devant soi que les 12,000 hommes de Mortier.
Dissolution du corps volant de Scheibler. — Causes de ce licenciement. — La résistance de Langres, ou, pour mieux dire, la leçon donnée au lieutenant-colon(»l Thurn, avait inquiété Schwar/enberg qui, comme il le lit toujours pendant tout le cours de cette» campagne, (chaque fois qu'il se crut à tort ou avec raison sérieusement menacé par l'ennemi, éprouva le besoin de se faire directement renforcer et de modifier la composition de ses différentes colonnes. 0»ttc fois il s(i borna, et on ne saurait lui donner tort en cela, à ordonner la dissolution du corps volant de Scheibler, qui n'avait, d'ailleurs, rendu aucun service; mais, en revanche, la raison qu'il en donna à Wrède est tellement singulièn», que nous ne pouvons résister à la tentation de reproduire ici la lettre qu'il lui adressa h ce propos :
« Le prince de Schwarzenberg au comte Wrède*. — Villers- ExeUes (Villersexel), 11 janvier 1814.
« L'ennemi fait mine de résister du coté de Langres (ît a repoussé l(î corps volant du lieutenant-colonel comte Thurn.
« Le départenuînt de la Haute-Marne s'agite et prend les armes.
w J'ai sur mon front à peine 500 chevaux, et force m'est de rt»nfor(;(»r ma cavalerie.
« Votre Excellence possède plus de cavaleries cpuî tous les aulres commandants d(î corps d'armée autrichiens ensemble, et a d'autant moins besoin du corps volant du colonel Scheibler, qu<» la (îavalerie du comte Wiltgenslein couvre votre droite, celle des généraux Platoff et Stscherbatoff votre gauche.
« Je considère connue indispensable la dissolution du corps volant Scheibler, et vous invite à lui ordoiuier de diriger h marches forcées les deux réginuMils d(» cosaques vi l'escadron de hussards de Ilesse-Hond>ourg sur Vesoul. Il vous laissera l'escadron de hussards de S/.ekhT et les chevau-légers bavarois.
* A'. A'. Krieg» Archiv,, 1, 231.
« Quant au colonel S<'h(Ml)l(T, il devra, de sa |)ersoniie, rejoindre son régiment en Italie. »
Positions du IIP corps. — Kn attendant . au lieu (Tordonner h fïVulay d'accélérer son niouvenienl |)Our calmer Pajjjilalion qui se manifestait dans la Haul<'-Marn(», lo ji;énéralissiine permit au III» corps, qui laissa à V(îsou1 une garnison di» deux bataillons, de se cantonner autour d(» Port-sur-Saone. sa droite vers Kaverney. sa gauche à Scey, son avant-gard<' entre la Quarte et Fayl- Billot, envoyant des patrouilles en avant sur Langres et à droite sur Jussev. avec ordre de chercher à se relier de ce coté avec le 1V« corps.
Positions des I*' et II* corps et des réserves. — Le I«'' corps arrivait à Vcsoul, et la division légère Ignace; Hardogg à Monlhozon et Vellefaux. Les deux brigades détachées par Hianc^hi all<Mgnaienl le 10 janvier MotVans; et Schwaiv.enberg, cpii de Villersexel s'était rendu h Besancon pour reconnaître la place, chargea du blocus le II« corps (prince Aloïs de Liechtenstein), (piil renforça d'une brigade de gn^nadiers et du régiment de cuirassiers archiduc François. En même temps, convaincu de l'inq^ssibilité d'enlever Besancon autn^ment cpie par un siège; en règle, il prescrivait au prince héritier d(; Hesse-Hombourg de s(» porter avec la brigade Scheilher (quand elh» aurait été relevée à Salins par la brigade du |)rince (iustave de liesse), une brigade de la division W(;issen\volft' et les divisions de» cavalerie Klebeisberg et Lederer, par Quingey et Villers-Farlay, sur Doh» et Auxonne, puis sur Dijon, où il devait êtn; rendu du 15 au IG et être rejoint par la division Wimptt'en, venant de (Iray. Le gros des réserves et d(»s gardes prussiennes et russes restait cantonné enlrej Altkirch et Dannemarie.
Or, comme Schwarzenberg savait évid(»nunent (pie les garnisons des places françaises étai(;nt forcément com])Osé(;s de conscrits nmmssés à la hî\te et d(» gardes nalionah's sans cohésion, (pu» Teflectif total de ces garnisons iw pouvait dépasser une vingtaine de mille honmu's, il eut sufti à les faire observer ou blo([uer. Kn faisant à C(» moment un gros détachemenl sur sa gauche vers Dijon, il s'alVaiblissait sans motif et se serait exposé à de réels dangers si. lors de son arrivée sur le plateau de Langres, les Fran-
rais avaient pu lui opposer autre chose que le petit corps de Mortier, revenu en toute hâte de Namur par Reims.
11 Janvier. — Positions du VI® corps. — Le il janvier, le VI® corps demeura sur ses positions devant Kehl, Strasbourg. Bitche, Phalsbourg, la Petite-Pierre et Landau. Le général Riidinger modifia quelque peu remplacement des avant-postes sous Strasbourg, en portant les deux escadrons de Stutzheim à Oberhausbergen, Tescadron d'Oberscha^ffolsheim à Wolfisheim, le poste de Niederhausbergen à xMittelhausbergen, et en envoyant, pour soutenir son aile gauche, un bataillon d'infanterie à Wantzenau.
Marche du V* corps. — Le V* corps poussa son avant-garde (brigade Deroi) jusqu'à Nompatelize. Cette brigade était suivie par le reste de la division La Motte, qui occupa Saint-Dié (il Bruyères, tandis que la division Rechberg était encore de l'autn» côté des Vosges, en arrière du col du Bonhomme et que les troupes de Frimont prenaient le chemin de Sainte-Marie-aux- Mines pour passer les Vosges le 13 et se diriger ensuite sur Ramber\'illers.
Le gros du corps volant du colonel Scheibler, qui venait d'ailleurs d'être dissous, était h Celles; mais un détachement de ce corps, qui se trouvait la veille encore à Schirmeck, avait alliîint Raon-l'Étape. Enfin, Wrède avait été, pendant le cours de cette journée, prévenu par une dépêche expédiée la veille de Saverne par Pahlen, que Bliicher était dès le 4 h Kreutznach, marchant sur Metz, et que Marmonl se retirait devant lui '.
Quant au maréchal Victor, il s'était contenté de donner l'ordnî de tenir bon à Baccarat, afin de couvrir Lunéville.
Combat d'Épinal. — Conséquences de la mollesse de Platoff. — Au IV® corps, le prince royal de Wurtemberg avait formé, (lès le matin du 11, ses troupes sur les deux rives de la Mos(»lle en trois colonnes d'attaque se dirigeant : l'une par la Batï'e et la rive droite de la Moselle; la deuxième, par Pouxeux; la troi-
TagesbegebeDheiten der ilaupt Armée (A\ K, Kriegs Archiv,, 1, 30).
si^mo, par Xerligny et Saint-Laurent, sur la rivo gauche de la Moselle contre Épinal, qu'occupait Tinfanterie du général Rousseau, renforcée par environ 300 chevaux. Les deuxi^me et troisième colonnes* devaient dessiner simultanément leur attaque et être soutenues par une réserve composée du régiment d(^ dragons Prince-Royal avec une demi-batterie à cheval. Pendant ce temps, les cosaques de Platoff, répartis sur les deux ailes du 1V« corps, devaient, par Fontenay et les Forges, déborder Tennemi, le prendre h revers et lui couper la retraite.
Mais le général Rousseau ne tarda pas îi s'apercevoir des projets de son adversaire et, tout en entretenant avec ies têtes de colonnes wurtembergeoises une fusillade assez nourrie, il évacua Épinal et se retira sans perdre de temps, H en bon ordre, par la route de Charmes. Le prince royal de Wurtemberg, ne pouvant espérer joindre les Français avec son infanterie très fatiguée par les marches qu'elle avait exécutées, l'arrêta à Épinal et, comptant sur l'apparition de Platoff" sur les ailes et sur les derrières du général Rousseau, il jugea plus sage de ne le faire poursuivre jusqu'à Igney quepar sa cavalerie (réghnents Prince-Royal et duc Louis, et 2 escadrons du régiment Prince-Adam) et sept pièces d'artillerie à cheval.
Pendant ce temps, la tète de la colonne française arrivait h la hauteur du village de Thaon, que le général Grékoft' avait occupé dès le matin, et par lequel le général Rousseau devait forcément passer pour atteindre Charmes. A son approche, les cosaques sortent de Thaon, se précipitent sur la cavalerie française, la (îulbutent, lui prennent 6 ofticiers et 80 hommes; mais obligés de reculer devant l'infanterie qu'ils ne parviennent i)as îI entamer, ils sont forcés d'évacuer le village que la colonne française traverse sans encombre pour continuer de lii sa retraite vers Charmes.
Il est évident que si Platoff n'avait pas exagéré son mouvement tournant en se jetant par trop à gauche, comme le prince royal de Wurtemberg le constate dans son rapport à Schwarzenberg*,
1 Opérations Journal des 1 Vten Armée Corps iinter den Befehien S. K. H. Kroiiprinz V. Wiirtlemberg verfasst von K. K. Général Graf Baillet-Latour (K. K, Krieg$ Arehiv. , XIII, 56), et Tagesbegebenlieiten (ibid,, I, 30).
' f< Le prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg. — Épinal, 12 janvier 1814 :
s'il avait pu ou voulu traverser plus rapidement les bois situés en avant de Les Forges, et s'il avait au moins songé à envoyer h Thaon son artillerie légère, la colonne du général Rousseau, prise entre deux feux, aurait été obligée de mettre bas les armes. Malgré (îela, les Français souffrirent beaucoup |>endanl celle journée. Lr's cjuelques escadrons attachés à la colonne avaient été désorganisés, et TinfanttM'ie avait éprouvé des pertes sensibles, causées surtout par le tir de l'artillerie du prince royal, et, vers la lin de la retraite», par l'artillerie cosaque, amenée par le général Kaïssaroff. Cett«^ dernière, débouchant trop tard du bois des Forges, dut se borner à appuyer la poursuite que les cosaques poussèrent ju.squ'à Charmes. Le 12 au matin, les restes drs troupes des généraux Cassagne et Rousseau, qui avaient été recueillies par le général Meunier à Charmes, se replièrent avec lui sur Nancy.
L'affaire d'Épinal, qui aurait pu avoir des conséquences encore plus désastreuses pour les troupes françaises et qui leur coûta oOO prisonniers, rendit les Alliés nuiîtres de la HaulcsMoselle. contribua à accélérer l'évacuation de la Lorraines \ et permit.
« L'attaque sur Kpinal s'est elTccluée conformément aux ordres donnés, mais l'ataman comte Platoff a cru devoir incUner à gauche avec son artilleri<> (t sa cavalerie et prendre vers Thaon, parce que la route de Charmes est meilleure pour la cavalerie que celle de Rambervillers. L'ennemi n'a pas iittendu notre attaque a Kpinal et s'est retiré lestement par la route de (Charmes. Je l'ai suivi avec une partie de ma cavalerie et mon artillerie û cheval jusqu'au delà de Thaon.
« Le général Grékoff, qui formait la tête de Platoff, occupait déjà Thaon. lorsque la pointe des colonnes françaises est arrivée sur ce point. 11 s'est jeti' sur la cavalerie française et l'a mise en déroute. (Voir plus loin rapport de Platoff, à Sihwarzenbcrg, K. K. Krieys Arch., 1, 40.)
<( Le général Rousseau commandait à Kpinal les troupes françaises. 11 est lui-même sous les ortlres du général Cassagne. 11 est lion de remarquer que le
corps français n'avait avec lui qu'un canon L'ataman comte Platoff
compte aller aujourd'hui à Mirecourt.Le général prinœ Stscherhatoff poussera vers Nancy. Je resterai en communication avec lui et avec le général Seslavin. ({ui est à Bruyères. » (K. K, Krieg* Archiv,, 1, 254.)
* Ney, en rendant compte de Nancy, le 12, au major général, de l'affaire d'Kpinal, en lui annonçant que le^ troupes des généraux Rousseau et Cassagne ont pris position à Flavigny, qu'elles tiendront autant que possible sur ce point qui couvre Nancy, ajoute que, par suite de l'échec d'Kpinal, du mouvement rétrograde de Marmont sur Metz et Nancy, et de la retraite de Victor, ces troupes sont d'autant plus compromises que la route dé Sarreguemincs à Chàteau-Salins reste absolument sans défense et que lui-même cniint fort de ne pouvoir conserver Nancy. (Archivf» (lu Dépôt ttc h (jnerrc.)
enfin, au V^ corps de défiler tout à son aise par les passages des Vosges sur Saint-Dié el Ranibervillers.
Platoft\ que nous verrons par la suite, dans des cireonslances semblables, cherchera travestir les faits pour excuser sa niolless(» et son incapacité, n'essaya même pas, cette fois, de se disculper et d'expliquer les raisons pour l(»squelles il était entré si tardivement en ligne. D'aillrurs, son rapport est conçu dans d<'s termes si bizarres, qu'il vaut la |)eine d'être au moins reproduit en note ';
1 <c Rapport du général de cavalerie, Ataman comte Flatoff (en français dans Toriginal). — Le 31 décembre 1813-12 janvier 1814, du village de Nomexy.
« A Son Alt^so Monseigneur le maréchal de Schwarzenherg, commandant en chef toutes les armées. — « D'après mon rapport ù Votre Altesse du 29 de ce mois (10 janvier 1814), étant convenu avec le prince royal de Wurteml)erg, je rae suis porté hier à attaquer l'ennemi qui se trouve dans la ville d'Kpinal et pri's aussi de la ville, aux bivouacs plus à gauche du grand chemin Traversant les bois, je me suis dirigé sur la campagne Lcforge (les Forges); au moment même que Tarmée du prince royal a chassé Tennemi de la ville d'Rpinal; j'ai de suite employé les régiments de cosaques, partagés en deux colonnes, une commandée par le général major Grékofî le huitième, et l'autre par le général major KaïssarolT, poursuivant moi-même reimeini ave* mon artillerie volante de cosaques, soutenue aussi par le détachement du prince Stscherbatoff. D'après la disposition faite, le général GrékofT devait couper le chemin qui conduit à Charmes, el le général KaissarofT tomber sur les deux flancs. L'ennemi, malgré sa déroute, a fait l'impossible de gagner de bonnes positions et de faire résistance ; mais, étant poursuivi avec un feu terrible, a fui dans le bois et derrière la rivière Moselle jusqu'à la viUe même de Charmes, et par ce désastre presque toute la cavalerie de la jeune garde a l'-té détruite, ce qui prouve que les officiers et commandants en sont faits prisonniers, le reste tué. A peine restait-il 1,000 hommes d'infanterie qui est entrée à Charmes déjà la nuit.
o Au moment de la poursuite de l'ennemi près de la ville, on a fait beaucoup de prisonniers que j*ai fait remettre à l'armée N\urtembergeoise, mais on en a fait encore eu poursuivant au delà de la ville : 8 officiers, 94 soldats et un préfet (a) qui se trouva avec l'armée et qui annonça que le général Uoussot (fie), qui commandait le corps, devait être fait prisonnier ; mais comme il ne se trouve pas chez nous, il est à croire qu'il a été tué dans l'affaire. La route était couverte de morts, de fusils et de hàvre-sacs jetés. De notre côté, grAce à Dieu, la perte n'est pas considérable : il n'y a que 25 hommes tués et blessés, 24 chevaux tués, 18 blessés. Ce qui regarde la perte de l'armée wurlembergeoise, elle m'est inconnue, mais je suis persuadé qu'ils ont très peu souffert.
t( Les débris de l'infanterie ennemie joignirent à Charmes un petit nombre de troupes qui s'y trouvaient, et ils ont été chassés aujourd'hui à sept heures du matin de Charmes et sont poursuivis d'après mes ordres par trois régiments de cosaques sous les ordres du général Grékott le huitième, suivant la route qui mène à Nancy, jusqu'à ce que l'ennemi soit totalement détruit ou tant que
(«) n t*âgit Ici da baron de Fleçny, préfet des Votffes.
la lecture de ce document permettra de se faire une idée de l'insufiisance de Tataman et de comprendre pourquoi, malgré toute son indulgence, malgré la reconnaissance qu'il avait pour les stTvices rendus, l'empereur Alexandre dut, en fin de compte, se décider ù retirer h l'ataman un commandement qu'il n'était plus ca[)able d'exercer.
Enfin, il faut aussi remarquer que, dans les conditions mêmes où s'exerçait le commandement, il était bien difficile aux généraux de cavalerie de faire œuvre utile. En effet, au moment où le princi» royal de Wurtemberg informait Schwarzenberg de la marche de Stscherbatoff sur Nancy, Plaloff, au contraire, intimait à ce général l'onliv de se tenir prés de Charmes et lui défendait, comme le monln^ra le rapport de Stscherbatoff îi Schwarzenberg que nous cittTons plus tard, de s'aventurer vers Nancy.
Correspondance directe des généraux en sons-ordre avec le généralissime. — En dehors du manque d'unité dans la dirtvlion, et suis insister sur les inconvénients et les dangers n'sultant de l'absence de celte subordination, toujours si nécesssiin* entre les généraux, mais plus indispens;ible encore entn» g^Miéraux apjKirtenanl ;"! différiMites nations, nous aurons plus d'une fois, jvndanl toute cette campagne de 1814, à tenir compte des riv;îlités |H*rsonnelles qui divisèrt»nt les généraux d'une menu» armée. Nous aurons aussi ;"! signaler les tendances à la critique dt*s inférieurs contre les supérieurs, tendances encouragées \K\r
les cin>Mi$laiit>K( periueltront à le poursuivre, mais no pas approcher de Nanev. vu que. d'aïun^ les renseignements, Tennemi $*y trouve en irrande f%we $i.>U5 les ««r\lres du martVrhal Nev.
<x Le panerai tirt^Woff le huitième, apr^ son e\piUition. doit retourner a (Ihame;»; moi je me trouve au \iU.i|!e de Nonrey ^Nomexyi et je suis dans le mouvement de Teniiemî, à drtHte. qui se trouve, d'après le rapport qui m*a etè fait par le p^iwal^major SesJavin. qui croit que Tennemi est en très ^rraoïie f\v<v <v«imande par le mareehal Victor, qui marrhe de Luneville sur Epiiul. xV qni di>ît se cvMifirmer demain.
« Kt pai< je me «\Miformerai an\ ivdrvs que j'ai reçus du pr-n^ral en chef eomte lùrrlay de Ti4ly. que je dois prendre la dirAlkm sur Mir^Murt t-t NenfrhÀtettu et où les cîreonsUnc^ IVii^^rvint. A Charmes n^era le «irCa'!!^ ment du prince Stscherbatoff qui m'a annvHice que. tons les ^^vnemenîs «{ni arritY-i-it. i! fiit un rjippcwt a Vt^lre Altess* |vr«ii>nQ<llement.
< !>*< i«râi[es qui .«I eomhattn dan< xvtte jonmtv*. je n'ai pis le t'^ps ^ le* ryw>i&mindef a Vv4nf .\Ue««», mais je me fais un *W^\<r tle fairv iiv-:<i rappivî aprrf. À". À~. K^-^f^ .4'%"**^., |. 10.»
le fait que, pour peu qu'ils fussent détachés, .uènie nionuuîtanément, les officiers supérieurs ou généraux étaient autorisés à correspondre directement avec le généralissime, et profilaient de cette occasion pour apprécier sévèrement la conduite et les opéralions des chefs aux corps desquels ils étaient passagèrenuMit adjoints, ou sous les ordres descjuels ils étaient placés pour un temps plus ou moins long. L(^s correspondances latérales que certains officiers entretenaient d*une manière suivie avec les |)ersonnages attachés au quartier général du généralissinu» ou à la personne des souverains alliés, correspondances latérales donl nous aurons à nous occuper fréquemun^nt, n'élaient pas d(» nature à simplifier la situation, à faciliter l'action du commandement. En lisant le rapport ci-dessous du général Sischerbatotl", on verra aisément que C(» général y dissimule mal un mécon lentement, explicable jusqu'à un certain point, puisipi'on l'empéchail de marcher, mais causé, en réalité, par le profond mépris (pi'il professait pour Platoff et par rim|>atience qu'il éprouvait à s'afl'ranchir d'une dépendance à laquelle il avail peine à s(î plier.
« Rapport de Stschcîrbatoff à Sch\var/eid)erg, au Camp près de Chîltel (en français dans l'original). — Le 11 janvier 1814.
« Le prince royal de Wurtend)erg a attaqué hier* l'ennemi à Épinal, et l'a délogé d(» la ville. Le général comte Platotî'est allé à la gauche par des chemins de délour, |)Our couper la n^trailcî à l'eimemi ; mais les mauvais chemins ont retenu la marche à cause de 8 canons qu'avait le hetman. J<' me suis joint à son corps. Nous avons poursuivi l'ennemi jusqu'à Chai'ines. La nuit tombanle protég(»a sa retraite, et il s'est arrêté dans celh» ville.
« L'ennemi a beaucoup perdu en tués, et on lui a fait beaucoup de prisonniers. Le nombre des retirés à Charmes ne peut être ([ue de 1,000 hommes.
« Son Excellence le général comte Platofî'm'a donné ordre de» me tenir près de Charmes et de ne ])as m'aventurer près de Nancy, pour ne pas trop m'éloigner des troupes ([ui occiqKîiil fipinal. Le gros de l'armée ennemie» s(» trouve h Bacara (sir) (Baccarat), Raon et aux environs.
« n y a là un hpsus cnlami do la part do Slschcrbatofr, puisquo le rombat d*Epinal a eu lieu le 11 janvier.
« On dit qu'à Nancy, il est arrivé quanliU* do troupes ennonii(»s. où se trouvent le maréchal Ney et un sénateur pour armer et soulever le j)eupl(» ; mais ils n'ont aucun succès.
(( Étant à Épinal, j'ai fait parvenir en avant et môme à Nancy beaucoup d'exemplaires de la proclamation de Votre Altesse.
u Parmi les prisonniers fails hier, il y a les connnandanis des cuirassiers, des dragons, des hussards et des gendannes. Toule celle (îavalerie a été taillée (sic),
« La meilleure prise est le préfet du déparlement des Vosges. M. Flegny, baron de l'empire, homme détesté non seulement jiar les habitants d'Épinal, mais par ceux de toute la contrée. C'est lui (pii cherchait h les soulever et h les armer.
(( Quand j'étais à Épinal, on m'a beaucoup dit du mal de lui. C'est encore lui qui a demandé des troupes pour nous reprendre Épinal. Il a un secrétaire avec lui.
(( Je m'emj)resserai de faire mon rapport à Votre Altesse de tout ce que je pourrai savoir îi l'avenir*.
nP.S. — Ayant déjà cacheté mon rapport, je viens d'appnMidre |)ar un gentilhomme de Chatel qu'il a reçu une lettre de Paris de|)uis douze jours. On lui marque (|uc Napoléon a quitté Paris |)0ur se rcMidre, avec* 80,000 honunes, sur Langres et Bc^sançon. »
Marche du III^ corps. — Gyulay ignore ce qu'il a devant lui. — Du coté du III« corps, Gyulay, s'avançant lentement vers Langres, était arrivé, le 11 janvier, à Combeau-Fontaine, Crenneville II Fayl-Billol; ses avant-postes, établis h Chaudenay et La Ferté-sur-Amance, envoyaient des patrouilles vers Langres. Une» division d(» cuirassiers russes, destinée au III'' corj)s. et un régiment de cosacjues, qui devait être plus particulièrement attaché à la division Crenneville, arrivaient h Vesoul. Mais, soit qu'il man- (piàt d(» cavalerie, comme le j>rouvent les ordres donnés à Barclay d(»Tolly; soit, ce qui nous j)araU plus vraisemblable, ([ue le s(M*vice d'f^xploration se fît fort mal, il est certain que Gyuhiy ignorait com|)létement à ce moment ce qu'il avait devant lui. « Les rapports de m(»s avant-postes, écrivait-il de Combeaufoutaine
1 A'. A'. Kriegs Archir, I. 124.
h Schwar/enberg *, ne 111*0111 founii anrmic doiimM» posilivo sur les forces de l'eniienii. »
Il est vrai que de son enté Scinvar/.enberg s(» croyait mieux inforni»» et lui disait, d<' Vesoul, le il au matin* : « L'ennemi n'a (|ue peu de inonde à Langres. Marctnv. de façon à être devant cette ville le 13 au matin. » A ce moment, le généralissime n'avait pas reçu encore le singulier* renseignement que Sischerbatoff lui envoyîiit de ChAtel, et dans lequel il lui faisait [)arl du fameux mouvement que Napoléon, à la tête d(» 80.000 hommes, était sup- |ioséen train d'effectuer sur Langres. Il serait inq^ossilile d'élablir aujourd'hui si les nouvelles erronées données par StscIierbatolV inquiétèrent Schwarzenberg. comiiK» paraissent l'indiquer les ordres envovés à KaïssarotV. ou bien si (Ivulav lui-même, (rouble et par ces nouvelles et par l'impossibililé de savoir (exactement ce qu'il avait devant lui, et par la nTonnaissance otîensive (pic Mortier entreprit, le 12, (^onlre les avant-postes du 111° corps, contribua involontaireuKMit par ses rap|iortsii augmenter l(»s hésitations du quartier gémirai. Nous constat(Tons seulement (praussil(M après avoir envoyé à Gyulay l'ordre d'être prêtîialta(pierLangres le 13, Schwarzenberg changea d'i(l(''e. puis(pie ce fut h* 17 seulement qu'on se d('»cida à (exécuter un mouvement qu'il eût été possible de faire, peut-être le 12 et certainement le 13. (lyulay allait donc perdre cinq à six jours à piétiner autour de Langrcs. Pour en chasser, comme nous le verrons, les 12,000 hommes av(M' lesquels Mortier se r(»lira h l'approche de forc(\s (pii lui étaient tellement supérieures en nombre, on crut indispensable d'auKMier en ligne le P*" corps, (pii était d('j;'i, le 11, sur la rive gauche de la Saône, entre Seveux et Fresne. et de diriger sur la droite de Gyulay le IV* corps. On paraissait, (failleurs. telhMiient (^onvaincu de la présence de forces considérables à Langres qu'on avait pris les mesures néce.ssain^s pour faire arriver en temps utile jusqu'aux réser\'es autrichiennes du jirince héritier de Hesse-Hombourg.
Affaire de cavalerie à Gray. — V.n attendant, un escadron de
' (îyulay à Schwarzenberg [K. K. Kriegn Archiv., \, 219). "■ Schwarzenlierg à Gyutay (/6i(/.. I, 236).
hussards du I®"* corps avait chassé, le li, de Gray un petit piquet do cavalerie française et avait pénétré dans la ville, qu'il dut quitter peu après, parce que l'infanterie française occupait solidement le pont et l'avait barricadé.
Pour compléter l'exposé des mouvements exécutés dans la journée du 11, nous ajouterons que deux brigades de la division Bianchi continuaient leur marche, que la 3« brigade était encore devant Belfort, que le prince héritier de Hesse marchait sur Quiiigey, Wimpfl'en sur Vieilley, Scheither sur Salins, et le prince Maurice de Liechtenstein, avec sa division légère, sur Dôle.
Le II« corps avait, dans cette journée, complété l'investissement de Besançon.
Ordre de mouvement des l^^, IIP et IV* corps. — Quant à Schwarzenberg, arrivé ce jour-là h Vesoul, il avait envoyé de là aux I•^ III' et IV« corps les ordres de mouvement sur Langres, que nous avons indiqués plus haut, et prescrit à Wrède de faire partir de Remiremont de forts |)artis de cavalerie contre l'aile gauche des troupes postées à Langres, et d'accélérer la marche de son gros.
Réception d'un rapport de Blûcher. — Le généralissime avait reçu ce jour-là un rapport de Blûcher \ daté de Cusel le 7 janvier.
* Nous avons rru, pour plus de clarté, devoir donner ici le rapport succinct que Rliicher adressait de Cusel à Tempereur de Russie, et dans lequel il résumait les idées exposées plus en détail dans le premier de ses rapports envoyés à Schwarzenberg.
« Le feld-maréchal Bliicber à Sa Majesté Tempcrcur de Russsic (en français dans l'original). (Reçu par Schwarzenberg à Vesoul le 11 janvier.) — Cusel, 7 janvier 1814. — « Le 6® corps, sous les ordres du maréchal Marmont, et le 1«*^ corps do cavalerie, sous les ordres du général Doumerc (autrefois La Tour- Maubourg), en force de 15,000 à 16,000 hommes, se sont retire^ devant moi en man'hes forcées sur la Sarre, où le 5 janvier an corps de 4,0U0 hommes est arrivé de Metz.
« Hier 6 janvier, le corps de Marmont passe la Sarre àSarrebriick et Sarregucmines, et aujourd'hui les avant-gardes des corps de Sacken et de York sont arrivées à la Sarre.
K L'ennemi a fait venir des pontons de Metz dont il a construit un pont à Sarrebriick où il a fait sauter le jwnt de pierre sur la Sarre.
« Après-demain j'aurai rassemblé les corps de Sacken et d'York sur la Sarre, et si l'ennemi ne se retire pas, je passerai ce fleuve et l'attaquerai surle-i*hamp.
ic Le colonel comte Henckel est arrivé le 6 janvier à trois heures du matin
rapport dans lequel le feld-niar(!^chal lui donnait le résumé de ses opérations jusqu'au 6 janvier, el lui faisail pari de son |)rojH de se porter sur Metz et d\ arriver le 15. Un deuxième rapport d(» Blùcher, parti de Sainl-Wendel le 9 h minuit, el arrivé quehjues heures plus tard, conlirmait ces premières nouvelles el mettait W généralissime au courant des ordres donnés à l'armée de Silésie pour la journée du H.
12 janvier. — Positions des VP et V^' corps. — Immobilité dn IT* corps. — Ordres de Schwarzenberg relatifs à Platoff et à Stscherbatoff. — La journées du 1:2, plus mdle eneon* que les précédentes, se |)assa sans qu'on ait rien d'intéressanl à signaler. Le VI® corps continua à rester innnobile, et Pahlen* scî contenta de faire savoir à Wrède qu(^ l'aile gauche de l'armée de Silésie, le corps de Saeken, était h; 8 îi Hondiourg, el (pi'à cette date, le maréchal Marmonl se rej^liait sur la Sarre.
Le V« corps continuait lentemcMit son mouvement, et le major prince Taxis, qui escortait l'aide de camp de; (^aulaincourt, ne rencontrait le jiremier avant-poste français ((u'au delh de llaonl'Élape'.
Le prince royal de Wurlend)erg, au lieu d(^ profiter des îivanlages remportés la veille, donnait un peu de repos à ses troupes à Épinal. Un régiment de cavalerie wurlembergeoise, soutenu par un régiment d'infanterie, poussa seul par la rive droite de lii Moselle sur la route de Randienillers el de Lunévilh*; PlatotV était
à Trêves, que reiincmi a évacué en y laissant un hôpital de 600 à 800 niaiadei et un grand magasin de tabac.
« Le général comte Langeron, après avoir chassé les avant-jioslcs dans la forteresse, a cerné et sommé Mayence le 4 janvier.
« Le corps du général v. Klcist est dirigé sur Coblence, où il arrivera le 20 janvier.
« J*ai chargé Son Altesse le duc de Cobourg de relever, avec le 5* corps aUemand, le comte de Langeron, et Son Altesse le prince Electeur de liesse est chargé de suivre avec le 4" corps allemand le général de Kleist à Coblence.
« Si je réussis de chasser le maréchal Marmont de la Sarre, j'arriverai le 15 devant Met» où, à ce qu'on dit, beaucoup de conscrits sont rassemblés.
« J'inviterai les comtes Wittgenstein et Wrède à faire des niouvcnicnlN d'accord aux miens et de manière à pouvoir, en cas de ])esoin, attaquer l'ennemi conjointement avec moi. » (A'. A'. Kriegs Archiv., l, 313 b.)
i Tagesbegenheiten der Haupt Armée {Ibid,, \, 30).
« Tagebuch der .Majors Fiirsten Taxis (Ibid., Xlll, 32.)
loujours à Noniexy el devait, de là, se porter par Mirecoiirl sur Nenfchîlteau i)Our couvrir la droite de l'ariiK^e; le fçénéral Seslavin battait le pays en avant de Bruyères'. SchwarAenberjj; s'était décidé h séi)arer désormais Platoff de Stscherbatoff, et il avait prescrit au général ToU * de charger l'un de c(»s généraux d'établir la communication avec Bliicher entre la Meuse et la Moselle, et d'envover l'autre vers Chaumont afin de relier entre eux les corps postés de ce coté.
Gyulay resta à Combeaufontaine la plus grande partie de la journée, se bornant à porter la division légère de Crenneville vers Chaudenay, Montlandon et Cclsoy, et îi rapprocher d'elle la division Hohenlohe-Bartenstein, de façon qu'elle pût lui servir de soutien en cas de besoin.
Affaire de La Gritfonotte et de Chaudenay. — Les avantpostes de Crenneville furent attaqués, du coté de La Griflbnotle, vers Chaudenay par une petite recoimaissance exécutée i)ar un détachement d'infanterie et de cavalerie françaises. Cette nîconnaissances, après avoir tiraillé pendant quelque temps, se retira en bon ordre, suivie d'assez loin jusqu'à quelques kilomètres de Langres j)ar un escadron du régiment de chevau-légers de Rosenberg^ Après la nsntrée de la reconnaissance, Gyulay crut utile de faire avancer une partie du III® corps jusqu'à Fayl-Billol. peut-être parce que Mortier n'avait pas cessé un seul instant d'incpiiéter toute la ligne des avant-postes autrichiens.
Quant au lieutenant-colonel Thurn, auquel Crenneville avait donné l'ordre de pousser sur Longeau afin de couvrir sa gauche pendant sa marche sur Langres, il avait été in(|uiété lui aussi du côté de (^hassigny. Posté le 12 au soir à Bériat*, il faisait savoir à Schwaraenberg que Mortier était arrivé à Langres avec son
1 Opérations Journal des IV ten Année Corps (A'. A'. Kriegs Archiv., XUl, 56).
= Du quartier général du prince de Schwarzenberg à Toll, Vesoul, 12 jan- \ier (Ibid., \, 271).
» Gyulay à Srliwarzenberg, de Combeaufontaine, 12 janvier (A'. A'. Kri/qs Arcliic, I, 24i, cl ml I, 24i).
* Bkriat, il'aprrs les rapports allemands. II doit s*agir ici du moulin Uarillot, au nord de Violot.
îivanl-gardt', ot que iîi ligne des avanl-posles français pîtssail par Longeai! et Heuilley*.
Les l*^*" el 1I« corps restèrent coniplrtenient innn()l)iles pendant que les n'»ser\*es antrieliiennes se dirigeaient lentement vers Dijon.
Le |»rineedeHesse-Hond)ourg arriva ee jour-là à Villcrs-Farlay. el Wimpffen à Gray.
Causes du mouvemeDt rétrograde de Victor. — Kntin. s'il fallait en eroire les doeunients allenninds, ee serait la présener de Pahlen qui aurait motivé le mouvement rétrograde de Victor.
Pahlen aurait, en etfet. enlevé le 1:2 un courrier envové au duc de Bellune el lui apportant Tordre de se reporter sur Kpinal. Victor, ne recevant pas d'instructions, repoussé sur son frcuit, menacé sur sa droite, se sérail pour cette raison retiré sur Lunéville. Nous croyons*, au contraire, cpu* h» maréchal hésitait à abandonner la défense des Vosges et cpi'il ne se décida à la retraite qu'après avoir reçu du maréchal Ney avis de l'arrivée de Tavant-garde de Tarmée d(» Silésie à (]h;Ueau-Salins, où elh^ entra le 13. Craignant d'être complètement c()U|)é de sa ligne de relniite et de perdre la connnunication avec Toul, Victor
* Tliaru îi Scliwarzcnberg, de Graiid-Cliamp. 13 janvier (A'. A'. A'nVr/« Arcliir., I, 282).
* Poar réfuter cette opinion, il suffira de citer ici les onlres donnih> par Victor : « L'avant-jfarde. sous les ordres de l)uliesm(>. qui serait coinproiiiise à Saint- .\lichel si les Alliés niarcliaient en forée de Hruvères >ur Haiiihervillers.
M' retirera le 12, deux heures avîmt le jour sur Jeaiiménil, où le |;én«Tal établira quatre baUiillons et une batterie. Tii bataillon restera en avant de JeanniéniL trois escadrons éclaireront la roule de Saint-Dié. L«*s j;ardes d'iionneur, moins 200 chevaux qu'on laissera à llertrichainps, le reste de la di> ision Pire, une division de dragons et une batterie occuperont (îrandvillej's, (iugnécourt, Gireconrl, Dompierre, Serc<rur, Padoux, Destord, Sainte-llclènc el Voinécourl. » (Victor âGrouchy, Archin'sde la Guerre.) Le 12. à trois heures, comme le général Dejean le faisait savoir au major général, l'infanterie du 2*rorps occupait Xermaménil. Oerbéviller et Magnières ; la cavalerie était au\ environs de Roville, et la division de cavalerie légère de Pire avec un régiment d'infanterie, à Baccarat.
Enlin, Victor envoyait à ce moment de RoviUe Pordre à tout son monde de se mettre en marche le 13 à quatre heures du matin sur Suint-Nicolas en passant par Lunéville. (ArcUires de la (itui'rc.)
Pour le 13, ordre à la division de France, (jui est eneore à Dondiasle, «l'acrélérer son mouvement de retraite, parce (|u\m a re«;u avis d'une marche rapide de Pennemi sur Nancy, Toul, Goiidrecourt et Joinville.
Pour le 14, Pennemi est à Nancy, on continuera le mouvement sur Toul. (Mémoires de Grouchy.)
n'uvail plus désormais (|u'un parti à prendre, celui de se replier par Nancy et Toul, et de chercher à opérer sa jonction avec Ney et MarmontV
On trouve à ce propos dans la biographie de Wrède une assertion qu'il nous parait impossible d'accepter. Questionné par le maircî de Lunéville sur les mesures qu'il comptait prendre pour assurer l'évacuation des blessés, le maréchal Victor aurait répondu : Cest égal quils soient pris ici ou ailleurs, nom finirons par rétre tous *. \j\\ pareil propos n'est pas admissible de la part du maréchal duc de Bellune.
13 janvier. — Nouvelles de Blûcher. — Le VI® corps reçoit Tordre de se porter sur Nancy. — Le 13, des que l'on eut reçu au quartier général de Schwaraenberg l'avis de Bludier annonçant pour ce jour même son arrivée probable à hauteur de Metz, on donna, enfin, à Witlgenstcin l'ordre de se porter vers Nancy ^ pour combler au plus vite le vide existant entre la droite de la grande armée (*t la gauche de Blûcher; on lui recommandait toutefois de laisser suffisamment de monde devant Strasbourg.
Mouvements du V® corps.— Wrède *, n'ayant plus rien devant
1 <( Comme l'ennemi n'est pas arrivé à Flavigny, écrivait Victor à Grouchy, de Saint-Nicolas, le 13 janvier, les troupes du 1" corps et du 5* corps de cavalerie s'établiront pour passer la nuit : la cavalerie légère de Pire à Saintliilairc et Lupcourt, ayant des postes sur Flavigny et Richardménil ; les deux divisions de dragons s'arnHeront à Dombasie, les gardes d*honneur à Lunéville. s*éclairant sur Btamont, Baccarat et Rambervillers ; la 3* division d'infanterie à Varangeville, la 2" à Saint-Nicolas, la 1^^ à la NeuviUe. Tontes les troupes se mettront en marche le 14 à cinq heures du matin, se rendant à Toul par Nancy. » U ajoutait en jtost-scriptum : « L'ennemi parait manœuvrer sur Toul. n (Archives du Dépôt de la Guerre.)
- IIeilmanx, Fcld'MarscfuiU Fïirst Wréde, p. 3î7.
ï Tagesbcgebenheiten der ifaupt Armée (A'. K, Krieys Archic, 1, 30).
* Il est assez curieux de voir les Alliés, au moment même où ils venaient d'entrer en France, s'occuper sérieusement de fortifier certains points en Allemagne, tels que Memmingen. pjir exemple. A ce propos, Wrède, qui attribue la paternité de cette idée bizarre à M. de Stein, écrit au roi de Bavière le 13 janvier : « Ce diable de .M. de Stein, qui a le nez partout, veut donc aussi le fourrer à Memmingen. Si M. de Stein avait autant à faire que moi, il ne s'occuperait que de sa vraie besogne, et il passerait moins pour un fou, comme je commence à le taxer d'après tout ce que je vois de lui. »
Le 4 février. Wrède revint à la charge sur ce sujet et écrivit au comte de Mongelas : « Depuis ma dernière lettre à .M. de Stein, il me laisse tranquille. Si
lui, s'étendit sans peine dans les plaines de Lorraine entre Ramber\i]lers et Saint-Dié, et son avant-gard(», sous le général Habermann, poussa en avant par l(»s routes de Lunéville el de Nancy, afin de faciliter la marche de Blucher. Wr^de, dont le jçros va, d'ailleurs, rester dans ces parages, envoya eneon^ le 13 un bataillon et deux escadrons de la division Keeliberg occuper Ë|)inal que les Wurtenibergeois avaient quitté le niôni(» jour pour se porter pîir Bains vers Jussey et Langres.
Affaires devant Langres. — Gyulay se concentre à Fayl- Billot. — Au III® corps, Gyulay avait eu l'intention d'entreprendre le 13 une reconnaissance générale de Langres; nniis l'activité de Mortier le força de renoncer à son projet en ne lui laissant pas un instant de tranquillité. Dans la nuit du là au 13, 700 cavaliers français surprenncMit l(»s avant-postes du III« corps à une heure du matin, les chassent de Chaudenay, puis se replient sans être inquiétés sur Langres, entn* trois et quatn; heures du matin. A cinq heures, v.\*si au tour des avant-postes du côté de Boute-<»n-Chasse de subir une altacjue. Enfin deux heures plus tard un groupe de 800 cavaliers environ sort de nouveau de; Langres el inquiète toute la ligne occupée par Gyulay qui, s'atlendant à être attaqué à tout instant, renonce à reconnaître Langres et se concentre à Fayl-Billot, alin de pouvoir, en cas d'attaque sérieuse, être soutenu sur ce })oint par le !«•" corps, qui aurait dû être rendu à Grenant; mais Colloredo, n'ayant pas trouvé de pont sur la Saône à Seveux, ret^irdé en route par les mauvais chemins, avait dû remonter la Saône jusqu'à Scey, et le gros de son corps, après y avoir j)assé la rivière, n'arriva que le soir vers Combeaufontaine. Dans cette journée Gyulay, pour se relier avec lelV® corps, avait envoyé quelque cavalerie juscpi'à Bourbonne sans pouvoir se procurer le moindre renseignement sur la position des troupes wurtembergeoises*.
le jour de la bataille il s'était présenté à mon avant-garde, je Taurais fait mettre dans un obusier pour en faire cadeau à Tempereur Napoléon. »
Dans une autre de ses lettres, Wrède appelle le baron de Steiii « généralissime de l'univers ». (Heilmann, Feld-Marschall Fiirst Wréde, p. 333.)
1 Tagcsbegcbenheiten (A'. K, Krû'g» Archiv., 1, 30); rapports de Gyulay à Sdiwarzenberg, de Fayl-BUIot. 13 janvier (Ibid., l. 276, et ad 1, Î76).
W*il. 8
Le corps volant de Thurn obligé à se replier sur Grandchamp. — Pendant ce temps Thurn, auquel Gyulay n'avait plus la possibilité de faire connaître en temps utile les événements d(» la nuit, pensant que le feldzeugmeister entreprendrait la reconnaissance projetée, croyant avec juste raison qu'il faciliterait cette opération en attirant sur lui l'attention des Français, avait attaqué Bériat (le moulin Barillot, au nord de Yiolot), où, d'après ce qu'on lui avait affirmé, il ne devait y avoir qu'un poste de 50 chasseurs à cheval et de 100 fantassins. Mais lorsqu'il se fut déployé, il reconnut qu'il avait devant lui 400 chevaux soutenus par un bataillon de grenadiers. L'affaire était engagée, et Thurn essaya de faire aussi bonne contenance que possible. A onze heures, sa patrouille de droite l'ayant informé de la présence de l'ennemi à Chalindrey, il crut prudent, dans la crainte d'être coupé, de laisser à sa droite la route de Gray, de se rapl)rocher du III® corps et de ramener à Grandchamp son p<»tit corps, très éprouvé par le combat qu'il avait eu h soutenir et. d'ailleurs, très affaibli par ses pertes, qui s'élevaient à 13 morts, dont 1 officier, 19 blessés, 11 disparus, 1 cheval tué et 5 blessés. 11 terminait ainsi le rapport * qu'il adressa à œ propos à S<!h\varzenb(;rg : « Je sui)plie Votre Altesse» de renforcer ma (îavaleric ; mon escadron de hussards ne se compose plus, après U» combat d'aujourd'hui, que de 60 hommes. Ma bonne volonté et mon désir de bien faire sont presque annihilés par la faiblesse de mon corps. »
L*avant-gard(» des réserves autrichiennes , sous le prince Gustave de Hesse-Hombourg, était arrivée devant Auxonne; les rapports des émissaires * avaient fait connaître à c(» moment au généralissime la composition des garnisons de Besançon et d'Auxonne. Le prince héritier de Hess(», qui était avec le gros de ces réserves h Dôle, s'occupait de renu»ttre en état les ponts de la Saône à Sîrint-Jean-de-Losne et Pontailler, que les Français avaient détruits en se repliant sur la rive droite.
Entin, l'empereur de Russie avait célébré le jour d(» l'an russe
* Thurn à Schwarxeiibcrg, (^randciianipi lîî janvitT (A*. A'. Kriegx Archiv., I, 2H2).
' Rapports sur les renseignements fournis au grand quartier général par les émissaires (A'. K. Krieys Archiv., I, 386).
en passant le Rhin à BAle à la tOle des gardes russes el |)russicnnes.
14 janvier. — Occapation de Lunéville par la cavalerie du V* corps. — La journ(^e du 14 présente les mêmes earaclèn^s que les précédentes. Du coté du V« corps, tout se borne à Toerupation de Lunéville par deux escadrons de hussards, à l'envoi à Schwarzcnberg d'une dépêche de; Wrède lui confirmaiil le départ de Lunéville de Victor et l'informanl (]ue le maréc^hal a pris la route qui va de Nancy à Langres ou de Toul à Paris*. Le gros du V« corps fait halle sur les points qu'il occuj)ail entre Kambervillers et Saint-Dié. Les divisions autric hieimes de Wrède profitent de cette halte pour se rai)|)ro<*her du premier de ces doux points.
Marche du IV* corps. — L(» prince royal de Wurtemberg, ne pouvant, à cause de la crue des eaux, tenter de traverser la Saune à Jussey, résolut de se porter sur Jonvelle, de remonter de là jusqu'aux sources de la Saône, de gagncT par Bourbonne la grande route de ChaumonL et alla ce jour-lîi juscpi'à Vauvillers. Le général Jett, à la tête de l'arriere-garde, relevée par les Bavarois de Wrède à Kj)inal, atteignit Bains*.
Immobilité de Platoff. — Quant à Platotl, il continuait à rester immobile ; d(»puis Tattaire d'Épinal, il n'avait pas bougé de ChaniKîs. La façon dont il justifie cet inexjjlicable séjour est peut-être j)lus singulière encore que sa manière de comprendre son rôle de commandant d'uni* avant-garde de cavalerie chargée de couvrir et de renseigner une armée.
« Croyant que Fennemi viendrait à Lunéville, dit-il textuellement dans un rapj)ort en date de Charmes* (14 janvier), je restais à Charmes jusqu'à l'arrivée à Épinal des troupes du général comte W^rède. A présent, ayant laissé à Charmes le prince StscherbatoflF. je me porte à l'instant même avec cin(] régiments cosaques sur Mirecourt. Demain, j'irai juscpi'à Neufchîl-
* Tagesbegebenheiten (A'. A". Kriegs Archiv., I, 30), et Wrùde à Scliwarscnberg. Saiat-Dic, ii jaovier (Ibid,, \, 313).
* En français dans l'original (K. K, Krieg» Archir., I, (id 344).
leaii, où j'établirai une communication ii gauche avec le prince royal de Wurtemberg, h droite avec le prince Stscherbaloft\ »
Il avait donc fallu trois jours à Platoif pour vSe décider à se [)orter en avant. Au lieu de suivre et de harceler sans cesse les quelques troupes que le IV* corps avait eues devant lui à Épinal, il avait cru plus nécessaire de couvrir Épinal contre une attaque qui ne pouvait pas se produire, puisqu'avec un peu d'activité et de vigilance, il aurait dû savoir qu'il n'avait plus rien devant lui, et, pour compléter cette première faute, il croit devoir laisser derrière lui, à Charmes, le détachement de StscherbalolV. Celui-ci, du reste, dès qu'il fut redevenu maître de ses actions, après le dépari de PlatofT, se porta dès le 15 janvier sur Vézelise.
Gyulay reconnaît les abords de Langres. — Gyulay exécuta enfin, le 14 janvier, sa reconnaissance sur Langres et chassa les avant-postes français de Chalindrey, Culmont et Corlée. A rapproche des colonnes de Gyulay, les Français prirent position sur la hauteur de Saint-Geômes. Tout se borna à une canonnade qui ne cessa que le soir, lorsque Gyulay se replia et alla cantonner avec la division Fresnel k Chalindrey. Le gros du m® corps était encore à Fayl-Billot*.
* « I^ feidzeuginester conilc fJyuiay au prince de Schwarzcnberg. — Clia- Hndrey. 14 janvier 1814. — « J*ai, avec la diviâion Fresnel et quelques troupes l<>gêres. fait une reconnaissance contre Langres.
« J'ai trouvé l'ennemi à Chalindrev, et comme le terrain est absolunieiil plat, j*ai formé num infanterie en masse. J'ai attaqué Tennemi, je Tai chassé de Corlée et repoussé jusque sous le canon de Langres.
« Le général Haecht, s'avançant par la route de Fayl-Billot à Langres, l'a rejeté de s(m côté par Saint-Maurice et Saint- Vallier jusqu'à Lingres.
« L'ennemi avait devant nous trois bataillons d'infanterie et 000 liommes <Ie cavalerie. « (A'. K. Kriegs Arckiv., I, 309.)
« Mortier an major général. — Langres, 15 janvier 1814. — 11 fait un brouillard très épais. L'ennemi, paraît-il, avait l'intention d'attaquer; ses troupes sont rentrées vers midi. Hier à dix heures du soir il est encore arrivô de l'artillerie à Chaudenay et de l'infanterie à Montlandon. L'ennemi a formé ses lignes de ce village à Torcenay, Culmont, Chalindrey. 11 doit être en force. Il m'a prévenu à Bourbonne-lcs-Bains. Cet endroit était occupé, mais par 100 chevaux seulement, quand les douaniers et 26 chasseurs du 3° régiment s'y sont pr(';sentés.
« J'ai bien en réserve les grenadiers à cheval; ils sont à Rolampont, Humes cl Jorquenay, mais les dragons et chasseurs à cheval sont très fatigués. » {Archives du Dépôt de la Guerre.)
Ciyulay avait aussi envoyé quelques délarhenienls <ie eavah^rie sur sa droite vers Bourbonne. Tout ce que la'cavalerie autrichienne put apprendre de ce côté constituait un bagage assez mince, et, des rapports adressés au général-major von Haechl. il résulte que le III« corps n'avait gu^re mieux (pie Platoff employé sa cavalerie, peu nombreuse il est vrai. Le chef de la reconnaissance envoyée à Bourbonne est, en etlet, obligé d'avouer qu'il a |)u constater le départ du régiment de chasseurs à cheval (pii y était le 13, mais (ju'il n'a pu découvrir ht direction prise par c(^ régiment *.
Retraite du corps volant de Thurn sur Bussières. — Renseignements fournis au généralissime. — Thurn s'était retiré sur Bussières, après son insuccès du Moulin-Barillot. Il avail, à ce moment, l'intention de pousser vers la route de Dijon, mais il en avait été empêché par un ordre formel de Gyulay.
Les populations de la Haute-Marne» étaient, au dire de Thurn. manifestement hostiles aux Alliés. La nouvelle d'un gros rassemblement de troupes françaises entre Dijon et Langres, nouvelle par laquelle il terminait son rapport, était de nature à inquiéter d'autant plus sérieusement Schwarzenberg, que, dès h» début et pendant tout le cours de la campagncî, le généralissime ne c(»ssa pas un seul instant d'ôlre |)réoccupé du sort d(î son extrême gauche *.
' Le i^apitaine von Goctliem au généra I-major von Hae<>lit. de La Fer lé-su r- Amanee, i% janvier, cinq heures un quart du soir. (A'. K, Kriegs Archiv.^ \, 309 a et 309 b.)
' « Le lieutenant-colonel comte Thurn au prince de Schwarzenberg'. — Russièrcs , le i4 janvier 18i4. [ — Comme je l'avais annonce hier à Votn» Altesse, je me suis retiré sur Bussières, hiissiint sur la route de Champlitte une forte arrière-garde dans le but de tromper l'ennemi sur la direction que j'avais prise. Ce détachement m'a rejoint aujourd'hui sans avoir été, à vrni dire, suivi par rennemi.-
u Un parti, envoyé à la découverte de l'ennemi, a rencontré un groupe do cavalerie et d'infanterie qui se portait vers Grenant. Une autre pntrouiUe a aperçu un détachement ennemi allant à Champlitte. Ces deu^i troupes se sont repliées à onze heures sur Longeau. Je fis aussitôt occuper Grenant par uno section de chasseurs et un peloton de hussards.
u Dès que mon parti volant sera rentré, je traverserai avec le gros de mon petit corps la chaussée de Champlitte pour essayer d'atteindre de là la rout(.' de Dijon, ce que je comptais déjà faire hier au moment où j'ai revu du feldzeugmeister comte Gyulay l'ordre de seconder son mouvement sur Lingres.
Positions du P^ corps et des réserves. — Marche des cuirassiers de Duka. — Le I®' corps cantonna le 14 fi Pierrecourt et Malvillers *. La division Wimpffen, en marche sur Dijon, avait passé la Saône h Gray et se dirigeait sur Mirebeau; les réserves autrichiennes attendaient en vain Tachèvement des ponts sur la Saône pour passer sur la rive droite, et leur chef profitait de cet arrêt pour reconnaître Auxonne.
Les gardes et réserves russes et prussiennes atteignirent Dannemarie et Giromagny.
La division de cuirassiers du général Duka (3* division de cuirassiers) marchait par Lure et Vesoul sur Fayl-Billot. atin de rejoindre au plus vite Gyuhiy et de renforcer la cavalerie par trop faible du III® corps.
Instructions de TEmpereur à ses lieutenants. — Soit qu il ait espéré parvenir par ses reproches à raviver Tardeur éteinte, à réchauffer le zèle refroidi de ses maréchaux, soit qu'il ait réellement pensé que les effectifs de la Grande Armée aient été ceux qu'il indiquait dans son instruction générale du 12 janvier, il n'en est i)as moins certain que Napoléon *, après avoir reconnu que l'ennemi opérait en trois masses, l'une dirigée contre le général Maison, en Belgique, l'autre conduite par Blûcher, manœuvrant contre Marmont, semblait croire, en ce qui touchait la la troisième», celle de Schwar/.enberg, qu'après avoir, détaché 20,000 hommes devant Besançon, 20,000 hommes pour surveiller
« J'ai Thonneur d'informer Votre AUesse que la disposition d'esprit des populations dans le dépaitement de la Haute -Marne est bien différente de celle que j'ai constatée dans la Haute-Sa^ne. Les habitants sont ici animés d'intention» manifestement hostiles et refusent tout à nos troupes^ même des vivres. Jusqu'à présent je suis, malgré cela, parvenu à me procurer à peu pn>s ce qu'il me fallait.
« J'adresse à Votre Altesse le Journal âe V Empire en date du 7.
« Un émissaire, rentrant à l'instant, m'annonce qu'il y aurait plus de Î50,000 hommes de troupes ennemies entre Dijon et l^ngres. On dit à l'arméo que Napoléon va venir en prendre le commandement ; mais cet émissaire prétend que des officiers supérieurs lui auraient affirmé que l'Empereur ne viendrait pas. » (K. K. Kriegs Archiv., 1, 312.) — Voir également les rapports de Mortier des 13 et 14 janvier {Archives de la Guerre).
1 TagosbegelKînbeiten (A'. A'. Kriegs Archir., 1, 30), et Colloredo à Scliwarzenberg, Malvillers, 15 janvier (/6iVi., I, 337).
* Correspondance de Mapoléon, 21091.
la Suisse, 30,000 ii io,000 hommes pour masquer los places d'Allemagne, elle (levait être contenue [)ar les cor|)s du duc de Trévise h Langres, du prince de La Moskowa sur Nancy et Épinal, et du duc de Bejlune sur les Vosges. « Ces trois maré(;haux, disait TEmpereur, devront correspondn» entre eux; on doit se réemparer des gorges des Vosges, les barricader, y réunir l(»s gardes nationales, les gardes-cham peines, les gard(»s forestiers et les volontaires, et si. enfin, l'ennemi pénétrait en force dans l'intérieur, ces trois corps devront lui barrer le chemin, couvrir toujours la route de la capitale, en avant de laquelle l'Euipereur réunit une armée de 100,000 hommes. »
Position des corps français. — Mais au moment oCi Napoléon rédigeait ces instructions, au moment surtout où Berthier (envoyait les ordres et écrivait entre autres à Ney qu'il fallait gagner du temps jusqu'au 15 février*, la situation avait bien changé. Le IV« corps avait enlevé Épinal, Gyulay était sur Langres, Wrède avait passé les Vosges. Wittgenstein n'avait plus ((u'à exécuter une simple marche militaire pour arriver sur les côtes de la Meuse, et les coureurs de Blûcher s'approchaient de Nancy. Victor, repoussé par les IV« et V^ corps, menacé sur Tune de ses ailes par l'armée de Silésie, sur l'autre par le mouvement du prince royal de Wurtemberg, rappelé en arrière par le |>rince de La Moskowa, avait gagné Nancy et rejoint Ney, qui se reliait par sa gauche avec Marmont. Ney et Victor, au lieu d'opérer leur jonction avec Mortier, s'étaient donc, en se repliant, rapprochés de Marmont avec hîquel ils allaient désormais opérer
t uBeUiani à Berthier. Chdlons, i4 janvier, dix heures soir. — Prince, votre arrivée fera trùs grand bien, je vous l*assare, et nous vous attendons avec grande impatience. Vous centraliserez Tautorité et tout ira mieux, car il y a si peu d'accord dans les mouvements des corps d'armée du duc de Raguse, du duc de Bellune et du prince de La Moskowa, qu'on ne fait que de mauvaise besogne et on a bien l'air de continuer ainsi si vous ne venez pas. Prince, ou si l'Empereur ne réunit pas les trois corps d'armée sous le commandement d'un seul et m(>me chef.
n D*après ce que j'ai su aujounrhui du corps de droite, nous occupions hier dans cette partie Vaucoulcurs, PagJiy-sur-Mouse, Tout et Commercy, poussant des partis sur Saint-Mihiel que nous tenons maintenant et qu'on avait maladroitement laissé prendre, sur Pont-à-Mousson, sur JoinviUe et sur Neufrhâteau.
u En face de Vaucouleurs à Neufchâteau se trouve PlatoflTavei^ 10 régiments de cosaques. » [Archives de la guerre,)
contre Tarmée de Silésie. Il semble, du reste, que l'Empereur ignorait l'état précaire dans lequel se trouvaient entre autres le 2« et le 5^ corps de cavalerie, car voici à ce sujet ce que Grouchy écrivait au major général de Toul, le 15 janvier * :
« Monseigneur,
« C'est avec un vif chagrin que je me vois forcé d'instruire Votre Altesse des pertes notables qu'éprouve la cavalerie par la
désertion Les causes de ce mal, si inquiétant par ses
progrès, sont les souffrances du soldat qui n'est pas payé, qui no reçoit presque pas de distribution et qui est mal vu et mal traité par l'habitant
« D'un autre côté, le temps rigoureux qui s'est établi depuis que la -cavalerie a repassé les Vosges et les longues marches que Ton ^ faites ont fait périr un grand nombre de chevaux. Il n'y a pas un cheval ferré à glace et pas un régiment* n'a de fonds pour subvenir k cette urgente dépense. Depuis Baccarat jusqu'à Toul, le 5« corps de cavalerie, son artillerie et les deux régiments de gardes d'honneur ont perdu plus de 300 chevaux laissés en arrière, qui se sont cassé les jambes. . . »
Les deux rapports que le général de Pire adressait le même jour au général de Grouchy * sont plus navrants encore :
« Le général de Pire au général de Grouchy. — Gondreville, 15 janvier 1814, 9 heures du matin.
« Mon général,
« J'ignore en quelle force l'ennemi est entré à Nancy ^ Nous n'avons vu que des uhlans. Il paraît que quelques gardes d'honneur ont été enlevés ce matin par des cosaques Toute ma
division est bivouaquée en arrière de Gondreville. C'est avec le plus vif chagrin que je suis forcé de vous rendre compte qu(i la désertion s'établit dans ma division. 10 hussards d'élite du 3® hussards et des cavaliers des 11® et 27« chasseurs sont passés
1 CiRODCHY, Mémoires.
s Ibid.
» Biron était entré à Nancy le i4, et, comme nous iediroas ci.aprt»s, y avait été rejoint par un parti de cayalerie bavaroise envoyé par Wrède.
h IVnnemi; cVlaioiit tons de vrais soldais; la lrou|M' sr plaint d'ôln» mal payée», mal habillée ...»
La deuxième lettre est du même jour, à 2 Inuires de Taprèsmidi :
<c Mon général,
« Je serai forcé, par nui position, de passer la journée la bride au bras, pour ne pas être» exposé à perdn» eu entier ma division. L'ennemi viendra eertaiuement en masse pour m'obliger il la retraite sur Domnuirtin, ce que je n'aurais pas h» temps d(» faire si j'étais dans Gondreville, encore moins si l'enuiMui arrivait par la route qui va à Pont-Saint-Vinetiut.
« Je dois, d'ailleurs, vous déclarer qiw.dmis l'tHalacluet (h\s chemins et du fetrage, ma cavalerie, qui peut être abordée^ est plus que compromise. De ma personne, j'ai voyagé à pied depui> Nancy jusqu'ici; jugez des autres.
« Vous n'ignorez pas, mon général, que la cavaleri(» allemande est ferrée avec soin et que les cosaques ne le sont pas; leurs chevaux courent à merveille sur la glace.
<( Ma présence ici ne fait que couiprometlre ma division, car, à l'approche de l'ennemi, je serai forcé de me retirer connue uiu; simple grand'garde, et il en résultera qu(^ mes chevaux vont souffrir horriblement et que, dans quc^lques jours, ma division n'existera plus. Du reste, comment vivrais-je:* (londreville est nivagé k n'y pas trouver un fétu de paille. »
Il est donc bien évident que l'Empereur, au moment où il donnait aux maréchaux les ordres dont nous venons de parler, n'avait pas connaissance de Tétat lamentabh» dans le((uel se trouvaient ses troupes.
« On trompe l'EmpiTeur; ceux qui ra|)prochent ne l'aimenl pas et ceux qu'il a comblés d'honneurs et d'argent le trahissent ; » telles sont les paroles que l'indignation avait, quinze jours au|)aravant, arrîîchées au général Pajol, dans une lettre particulier!' qu'il adressait le 30 décembre 1813 à son btnui-frère, Victor OudinolS lettre à l'aide de hujuelle on s'expli(pie aussi certaines
« Celle letire est absolument inédite puisqu'cHe a été prise par la cavalerie du IV* corps à la poste de Colombey, le 28 janvier i8i4, avant d'avoir éliremise à destination. Le manque de place nous oblige, à noire grand regrot, di' n'sister au plaisir que nous aurions à reproduire ici celle letln*, qui lignre au
dos erreurs commises h ce moment par Napoléon, erreurs que son génie allait lui permettre de réparer, dans la limite du possible, dès que, arrivé à Tarmée, il n'en sera plus réduit à ne voir qu(î par les yeux des autres.
La manière» d'opérer des Alliés n'en est, en revanche, que plus in(!om|)réhensible, et, malgré la lenteur de leur marche, malgré la timidité peut-être voulue de certains de leurs généraux de cavalerie, on ne parvient pas h s'expliquer leur profonde» ignorance et des mouvements et de la situation |)récaire des quelques troupes qu'on leur avait opposées.
15 janvier. — Cavalerie du VI* corps à Sarrebourg. —
Wittgenstein, (mi effet, continuait h se laisser arrêter comme à plaisir par les quelques éclopés qui défendaient Phalsbourg, Ritche et les petites places de la Petite-Pi(Tre et de Lichlenberg. cpi'il aurait pu, sans le moindre danger, laisser derrière lui en se contentant de les faire observer. En agissant de la sorte, il lui ertt été, dès le o ou le 6 janvier, possible de porter Pahlen en avant. Il pouvait le faire d'autant plus résolument, à partir du 15, que le détachement du général Seslavin arriva ce jour-lîi à Saverne. Malgré cela, la cavalerie du VI« cor|)s ne dépassa guère Sarrebourg, bien qu'elle n'y eût naturellement rencontré personne, et se borna h surveiller timidement la route de Blamont et celle de Phalsbourg h Nancy par Féneslrange V. en envoyant toutefois quelques coureurs jusqu'à Lunéville.
La cavalerie du V* corps, à Bayon, se relie par ses partis avec les coureurs de Blûcher. — Évacuation de Nancy par les Français. — L'avant-garde du V*^ corps, quoique n'ayant plus rien devant elle depuis la retraite de Victor, ne poussa, le 14, que jusqu'à Rayon; ses coureurs seuls allèrent jusqu'à Nancy, et un petit parti de cavalerie, sous les ordres du capitaine baron
A'. A'. Krieys Archiv. sous le n<* 629 du premier fascicule de i8i4, et qui, bien que d'un caractère absolument intime, est, depuis le premier mot jusqu'au dernier, l'expression du patriotisme le plus pur et dépeint bien les sentiments du général qui devait, quoique souffrant encore de blessures à peine fermt'es, cbarger un mois plus tard à la tète de sa division et se couvrir de gloire en enlevant aux Wurtembergeois le pont de Montereau.
* Wittgenslein à SWiwarzenberg, i3 janvier (A'. A'. Krieg*Archh\,(ul 1,493).
von Grafenreulh. du 5« régiment de rhovau-légors, qui s'était porté sur Lunéville, rencontra, au nord de celle ville, une patrouille du corps Sacken. (let officier informa aussitôt Wrède de l'arrivée à Chîlteau-Salins, depuis le 14. du général Sacken et d'une division de dragons. Wrcde',en transmettant ces nouvelles ;\ Schwarzenberg. ajoutait (|U(» la levée en masse n'avait pu se faire dans le département de la Meurthe; qu'on disait à Lunéville que la garde était entre Paris et (ihAlons, où IKnipcTiuir rassemblait des troupes pour livrer bataille: enfin, que Mannont se repliait de son coté de Metz sur (Ihî\lons. Le connnandant du V« corps terminait sa dépèche en amioncant au généralissime qu'il |>orterait, le 18. sa gauche à Mirecourt, sa droite h Colond)eyaux-Belles-Femmes (Colombey-les-Belles). et (pi'il serait, le 11), h hauteur de NeufchiUeau.
11 avait, ce jour même, transféré son quartier général de C.olmar à Saint-Dié et avait eu. dès sa sortie» de (lolmar et |)en(lant sa route, à essuyer h plusieurs repris(»s les cou|)s de feu d(^ fraiicstireurs. qui, embusqués dans les bois voisins de la rout(» suivie par les colonnes, tiraient de là sur le général, sur son escortt», sur les isolés, les traînards et les convois*.
La nouvelle de l'évacuation de Nancy par les Français était (»ncope confirmée h Schwarzenberg par une dépêche ih» Stscherbatoff \ qui écrivit au prince après avoir été n^joint à Vézelise par un officier du général prince de Hiron. (le dernier avait, en outre, fait part à Stscherbatotî de l'abandon, |)ar les Français, du pont de Flavigny, de la continuation de leur retraite sur Tout, point vers lequel Stscherbatol!* comptait se diriger dès le 16 au matin.
Conformément aux ordres que lui avait donnés le généralissime. Wrède avait dissous, à partir du 13, le cor|)S volant du colonel Scheibler et envoyé son aid(^ de camp, le prince» Thurn et Taxis, communiquer au feld-maréchal Bliicher et au général couile Pahlen les instructions de Schwarzenlx^rg, qui prescrivait au V« corps d'avoir îI se porter sur NeufchAteau, pour donner, de là.
î Wri'de à Schwarzenberg, Saint-Dié, 16 janvier (Ibid., nd I, IMi),
' IIeilmann, Feld-Marxchall Furst Wrède, p. 327.
* Slsi^herbatoff à Scliwarzenherp, Vézelise, i5 janvier (K. K. Kri^Qn Archir., I. 3U).
la main à Rliicher arrêté devant Metz. Wrftdo, en confirmant, dans la dépêche qu'il adressait à Schwarzenbcrg, révacuation de Lunéville et la retraite des Français, était obligé de reconnaître qu»». dans ce pays, il lui était très difficile de se procurer des émissnires\
Caractère des relations existant entre les généraux alliés.
— Puisque nous venons, à propos de cette dépêche, de parler (h» l'envoi du major prince Thurn et Taxis auprès deBlùcher, il nous semble qu'il serait à propos d'insister quelque peu sur la nature des relations des généraux alliés entre eux.
La correspondance échangée à cette époque entre les principaux généraux alliés est, en effet, d'autant plus curieuse à consulter qu'elle permet de se rendre un compte exact des tiraillements qui n'ont cessé d'exister entre eux pendant tout le cours de la campagne.
Presque dès le début des opérations, Wrède critique en termes des plus vifs les mesures prises par Schwarzenbcrg, mesures qui. conmie nous l'avons dit, réduisaient l'effectif du V® corps présent le 15 janvier à moins de 30,000 hommes, par suite des détacln'ments (jue le généralissime avait obligé le général bavarois à laisser devant Schlestadt, Huningue et Neuf-Brisach, places qui tinrent bon jusqu'à l'armistice. (]es tiraillements menaçaient de tourner à l'aigre, et, seul, le tact de Schwarzenbcrg réussit à calmer, quoique en partie seulement, la susceptibilité de Wrède.
L'historiographe de Wrède, le général major Heilmann est luimême obligé de le reconnaître et de citer la lettre que Schwarzenbcrg adressait, à ce propos, au vaincu de Hanau, le 1S janvier : « Ce n'est pas pour moi une tâche aisée que celle qui consiste à concilier les différentes manières de voir, les intérêts divers qui se manifestent et se produisent forcément dans toute armée alliée. »
Le général Heilmann, en approuvant les paroles de Schwarzenbcrg, constate, d'ailleurs, que Wrède se considérait comme l'égal et non comme le subordonné du prince de Schwarzenbcrg, el ((ue. dans sa correspondance avec le généralissime, il n'employait
^ Wrrile à Si'liNvarzpnberg, de Saint-I)i«'*. 15 janvier (k\ K. Krieqs Archiv.,
jamais les mots respechiemement ou obéissant, vi so contcnlail <lr la simple formule de : J'ai l honneur.
Le général Heilmann signale égalemenlies velléités (rintié|K'ndance manifestées parWrède, ijui, aussitôt a|)rés avoir passé le Rhin, s'élail mis à correspondre directement avec Blûcher. Il lui avait fait part de ses critiques et de ses plaintes, motivées, il est vrai, par la lenteur imprimée aux opérations, par la légèreté et l'inconséquence qui régnaient au quartier génénil de Schwar/enberg, et lui avait manifesté le désir d'opérer de concert avec lui. On doit même reconnaître que Blucher parut, dans le principe, approuver et encourager l'attitude de Wrède, et c'est ainsi qu'il lui écrivait de Cusel, à la date du 7 janvier :
« Votre Excellence m'a fait connaître, par rentremisf? du nnijor prince de Thurn et Taxis, qu'Elle désirait opén^r de concert avec moi contre l'ennemi. Je suis, de mon coté, tout prêt à accepter votre concours, et Votre Excellence, après avoir pris connaissance de ma position actuelle, ne manquera certainement pas d'exécuter certains mouvements dont je La jjrie de m'informer. D'a|)rès tous les renseignements que je possède, l'ennemi est dans une situation des plus critiques, situation qui nous invile à lui livrer batailh», d'autant mieux qu'en raison de la grande» su|)ériorité de notnî cavalerie, une bataille perdue? ou indécise? ne saurait avoir pour nous de conséquences fatales, tandis que l'ennemi, au contraire, sera obligé de tout mettre en jeu et de tout risquer. J'ai prescrit au général d'infanterie von Sacken de chercher à se relier par Bitche ou par Saarwerden avec le corps du comte Wittgenstein. » Dès que Schwarzenberg eut connaissance de la corres|)on(lanc(; échangée à son insu entre Blucher et Wrède, de l'intention nettenjent manifestée par le général bavarois d'agir absolunuuit h sii guise, il fit savoir à Blûcher, nous dit le général Heilmann, qu'il avait formellement interdit à Wrède d'accentuer davantage son mouvement vers la droite, qu'il lui avait notifié Tordre d'avoir à se considérer comme une partie intégrante de la grande armée?, e'I d'avoir, par suite, h se relier à e?lle. Cette déclaration de Schwarzenberg devait mettre fin îi un état de choses inadmissible et obligea Wrède à calmer ses velléités d'indépendance. Wrède, en eft'et, en expédiant, le 15 janvie>r, le |)rince de Thurn et Taxis au quartier général de Blucher, n'osa pas se? dispenser d'en rendre? compte dans les termes suivants : « Je viens d'envoyer mon aide
do ramp, le major prince de Thurn et Taxis, au gc^néral-lieutenant coinlc» Pahlen et au feld-maréchal von Blucher pour les informer de ma marche et les prier d*en faire autant de leur côté. »
Blucher lui-môme changea également de ton dans sa correspondance avec Wrède, comme le prouve la lettre suivante qu'il remit, à Chdteau-Salins, au major prince de Thurn et Taxis :
(( Je remercie bien sinct'^rement Votre Excellence des renseignements contenus dans sa lettre datée de Saint-Dié. 15 janvier, qu'ElIe m'a fait remettre par M. le quartier-maître prince de Thurn et Taxis, son aide de camp. En cherchant à me relier avec le comte de Wittgenstein, au moment où j'eus connaissance de la direction suivie par le "2^ corps ennemi que Votre Excellence chassait devant Elle, je croyais utile de me porter sur Nancy, d*une part afin de couvrir l'aile droite de la grande armée, de l'autre afin d'éviter les six places fortes si rapprochées les unes des autres qui se trouvent au nord de Nancy.
« Mais si l'ennemi a jeté des garnisons dans toutes ces places, leurs approvisionnements doivent être fort incomplets, cl leurs garnisons se composent en grande partie de conscrits. J'ai donc; fait investir Sarrelouis; demain, je ferai bloquer Metz, Thionville et Luxembourg, non pas que je me propose de disséminer mes forces, mais parce que j'espère de la sorte tromper l'ennemi sur mes intentions et couvrir la marche du II« corps prussien, qui se porte de Coblentz, par Trêves, sur la Meuse. Je serai demain 17 janvier avec environ 30,000 hommes h Nancy, et j'ai dirigé une colonne, par Pont-à-Mousson, sur Commercy. Les troupes de blocus se concentrent à Saint-Mihiel, et moi-même, avec le gros de mes forces, je marcherai de Nancy sur Toul et Ligny, fsi le prince de Schwarzenberg ne désire pas me voir exécuter un autre mouvement.
« D'après les renseignements (|ue je possède, l'ennemi se concentre autour de GhAlons. C'est vers ce point que se replient les corps de Mannont et de Victor. L'ennemi nw paraît d'autant moins dis[)Osé à y rechercher une solution, que des voyageurs m'affirment avoir rencontré la vieille garde en marche; sur Reims, Je crois donc que jusqu'à (ululions je n'aurai pas besoin du concours de Votre Excellefice, concours sur lequel je sais par
expérience pouvoir roiiipter au nioniont décisif. Je pense qu'il m sera de même pour la grandr armée. .4 mon humble mis, je nous donc qtie Votre Excellence se conformerait le plus complètement aux désirs contenus dans la lettre de Son A Itesse le prince de Schwarzenberg, lettre que Votre Excellence m'a communiquée, si Elle se rapprochait quelque peu de lui, et NeufchAltMui nie senihh» èlre le point le plus avantageux pour un niouveuK'ut de ce genre. Je prie en tout cas Votre Excellence de nie faire connaître la direction qu'elle aura prise, afin qu(» je puisse régler mes mouvements en conséquence. Le comte de Wittgenstein ne devant, d'après les nouvelles qu'il m'a fait parvenir hier, être à Saverne que le 2i, il me semble difticile qu'il puisse entrer en ligne, bien que les patrouilles envoyées par les avant-gardes du corps Sacken aient rencontré hier des détachements du général von Pahlen à Lunéville. Je suis heureux d'avoir Votn» Excellence à côlé de moi et ne manquerai pas de l'informer de suite de tous ceux de mes mouvements qui pourraient l'intéresser. »
Malgré cela, on verra que Wrède ne put se résigner tout d'un coup h passer sous les ordres de Schwar/enberg, et voici c(^ qu'il écrivait à Bl ficher, de Rambenillers. le 17 janvier :
« J'ai appris avec un très vif plaisir que l'armée di» Voln» Excellence s'était considérablement rapi^rochée de nous. Mon quartier général sera aujourd'hui à Charmes, le 1S à Mirecoiirt et le i9àNeufchiUeau. Toutes les nouv(»lles reçues me font croin» que l'ennemi cherchera à masser et à poster autour de Chîilons et de Paris le peu de troupes qu'il pourra encore rassembler. 11 s'agira donc de le suivre le plus rapidement possible, de lui livrer, là où on le rencontrera, une bataille dont l'issue, vu la silualion précaire de son armée, ne peut être que décisive. Je pri<» Voire Excellence de me faire savoir si je dois, d*accord à ses dispositions, toujours marcher à la gauche de ses troup(»s tout en me rapprochant progressivement de la droite de la grande armée, afin de relier finalement d'une manière conij)lèle l'armée de Votre Excellence avec celle du prince de Schwarzenberg. Le major prince von Thuni und Taxis me remet î\ l'instant môme la l(»tlre que Votre Excellence m'écrivait hier. Je suis doublement heureux de voir que mes dispositions ont répondu aux désirs d(^ Votre Excellence. Il est pour moi hors de doute que le feld-maréchal prince de Schwarzenberg cherchc^ra par-dessus tout à marcher à
rcnncmi avrc toutes les forces réunies et h l'attacjuer partout où on 1<* rencontrera. »
La veille, Wrède avait fait part de ses intentions à Scliwar- /enberg et lui avait annoncé qu'il transférerait le 19 son quartier i^énéral h Chûtenois : « Ce mouvement, disait-il, en me rapprochant de Taile droite de la grande armée de Votre Altesse, me permet de prendre part à la bataille qu'Ellc pourrait vouloir livrer et d'assurer, (Ml cas d'échec ou d'insuccès, la défense des passages des Vosges, qui m'avait été donnée comme premier objectif. » *
La réponse de Schwarzenberg, de Vesoul, le 17 janvier, prouve péremptoirement que le généralissime, sous une forme des plus ainuiblcs, éprouvait une fois encore le besoin de faire comprendre h Wrède qu'il étîiit sous ses ordres et que son corps faisait partie de la grande armée : « Je compte, écrit Schwarzenberg, voir Votre Excellence, dont les troup(»s constituent le dernier échelon cujUsant de mon aile droite, rester toujours ù portée et entreprendre de concert avec moi tout ce qui sera nécessaire en raison d(îs événiMiients. J'ai employé à dessein le mot dernier échelon agissant, parce que le général Wittgenstein n'est pas pour le moment à même de prendre une part effective et directe à l'action et que sa nouibreuse (*avalerie servira à maintenir les comnmnications entre la grande armée et l'armée de Silésie. »
On comprendra sans peine, d'après ce qui précède, que dans de semblables conditions la situation du généralissime ait été peu enviable. On s'expliquera plus aisément aussi ses timidités, ses hésitations, quand on pensera qu'il avait sous ses ordres un certain nombre de généraux disposés à critiquer tout ce qui venait du grand quartier général, que ses lieutenants n'étaient satisfaits que lorsqu'il se présentait une occasion, une possibilité d'agir seuls et d'opérer pour leur propre compte, sans avoir besoin de lier leurs opérations avec celles de leurs collègues, de s'entendre avec eux ; que chacun d'eux désirait échapper à la direction immédiate du généralissime, enfin que l'inertie, l'entêlement et le mauvais vouloir de certains d'entre eux ressemblèrent parfois à l'indiscipline. Trop souvent aussi ces officiers trouvèrent des encouragements tacites et des soutiens latents auprès des souverains. Par cela même que les aspirations et les tendances des puissances coalisées étaient essenliellemcînt dil!erentes, ils ap- |)rouvaient jusqu'il un certain point, et en tous cas se gardaient
bien de condamner, les déplorables rivalilrs qui se nianifeslaient à tout instant et à tout propos entre la plupart des chefs des différentes armées, et ne songèrent jamais à mettre un terme à des mésintelligences plus ou moins accentuées qu'ils n'osaient pas fomenter, mais qu'ils ne regrettaient pas de voir se produire. Nous aurons, d'ailleurs, à revenir plus d'une fois sur ces contlits d'attribution et sur ces tiraillements; pour le moment, il nous faut en finir avec les opérations du 15 janvier.
La cavalerie du IV® corps a BourbonDe et à Jussey. —
L'avant-garde du IV® corps atteignit ce jour-là Enfonvclle et Fresnes-sur-Apance ; le gros, Jonvelle d'où 1(^ prince royal envoya le lieutenant-colonel Rohrig avec 2 escadrons à Bourbonne et de là sur la grande route qui va de Mirecourt à Langres et h Chaumont, tandis que le reste de la cavalerie \vurtemb(»rgeoise se reliait par Jussey avec les escadrons du 111® corps *.
Gyulay attendait toujours l'attaque de l'ennemi, et, pour être h même de le recevoir, il tint pendant toute la journée son cor|)s massé et ne se décida qu'à la tombée de la nuit à le cantonner dans les environs de Favl-Billot.
La concentration des troupes du III® corps n'avait, d'ailleurs, pas échappé h Mortier, qui, informé de la présence d'un gros rassemblement de troupes autrichiennes entre Chalindrey et Balesmes pendant la nuit du 14 au 13, avait pris toutes ses mesures pour résister avec la seule division de vieille garde à une attaque qu'il avait toute raison de croire inévitable et immédiate*.
Mouvements du corps volant de Thurn. — Positions du 1er corps et des réserves. — Quant h Thurn, qui s'était dirigé vers Dijon, il avait dépassé Champlilte, conmiuniqué avec Wimpffen, pris position prés de Saint-Maurice, derrière la Vingeanne, et poussé ses avant-postes vers Fontaine-Française, La Chaume etCourchamp\ Le I®*" corps, arrêté par des chemins absolument
* Tagesbegebenheiten {K,K, KriegiArchiv,, I, 30); journal d'opérations du IV corps (/6îd.,XUl, 56).
* La position de Mortier était à ce moment plus critique que ne le pensaient les Alliés. Il avait reçu, le 15 au matin, 12 pièces de 4, mais il n'avait ni boulets ni artiUeurs. (Voir lettre de Mortier au major général. Archives de la Guerre.)
* Thurn à Schwarzenbcrg (K, K, Kriegs Archiv,, I, 391).
impraticables, n'avait pu sortir de ses cantonnements. Seule, la la division Ignace Hardegg s'était avancée jusqu'à Pierrecourt.
Bianclii, pendant ces derniers jours, avait vainement tenté d'amener le générai Legrand à lui ouvrir les portes de Belfort. Convaincu désormais de l'impossibilité de lui arracher une capitulation, il avait charge du blocus le général Raïeffsky, et avecsa troisième brigade et son artillerie, il s'était dirigé sur Vesoul. afin de rallier la grande armée et de prendre part au combat que Schwarzcîiiberg comptait livrer à Mortier devant Langros le 18 janvier.
Les réserves russes et prussiennes étaient entre Ronchamp (ît Lure, et les réserves autrichiennes, après avoir remonté la Saône par la rive gauche, avaient poussé des environs d'Auxonne jusqu'à Pesmes-sur-l'Oignon.
16 janvier. — Platoff à Neufchâteau. — Stscherbatoff sur Toul. — Renseignements qu'il transmet au généralissime. — Le 10 janvier, Platofl, que Kaïssaroif avait enfin décidé à march<îr, arrivait à Neufchâteau, où il ramassait deux canons et une centaine de fusils. Les Français s'étaient retirés à son approche sans détruire le pont, et l'ataman annonçait au général en chef qu'il allait envoyer des partis dans la vallée de l'Ornain, dans la direction de Bar-le-Duc*.
Quant à Stscherbatoff, (jue nous avions laissé à Vézelise, il avait pris plus à droite, sélait approché de Toul et avait a|)pris par des déserteurs que cette place était encore occupée par une arrière-garde française forte d'environ 0,000 hommes.
Comme le général prince de Biron était avec sa colonne volante sur la grande route de Nancy, Stscherbatoff* se proposait de se rabattre le 17 sur Vaucouleurs, afin de pouvoir de là agir sur la route de Paris, soit (îiitre Toul et Void, soit entre Void et Bar-le- Duc. Stscherbatof!' communiquait, en outre, au quartier général des renseignements intéressants sur les mouvements do l'ennemi, renseignements qui devaient avoir d'autant plus de valeur, ([ue le i[uarlier général en recevait fort peu, et surtout fort peu d'exacts.
* TagL'sl)ej;ebenlioitcn (K. K, Kneyt Archiv., 1, 30), et Rapport journalier à rempcrour d'Autriche, 18 janvier 1814 (Ibid., L, 43t)).
« On a, disait Slschorbatoff, (>n(cn<lu à Nancv une a>soz forte canonnade du coté do Pont-à-Mousson, on dit mémo (|iron y a vu de rincendie (sic). On prétend (jue de grandes forées niairhenl surChAlons*. »
Le renseignement ainsi donné par Slscherbatoff était parfail<^ment exact. Il est, en effet, continné par la dé|)èche que Grouchj envoyait de Tout le 16 janvier au major général et (piil (»st utile de citer, parce (juN^lle montre que, si les rivalités et lt»s uïésint(»lligences des généraux alliés entravaient et retardaient la marche de leurs troupes, le manque de direction compromettait également les opérations des maréchaux.
« Je crois devoir, écrit (îrouchy au major général, rendn» compte il Votre Altesse» (ju'hier soir, à 9 heures, le post(» de Pontà-Mousson a été évacué par les troupes de M. h» man'^chal duc de Raguse, sans qu'on en ait été prévenu. Je ne l'ai su qu(» parle ntpport de mes reconnaissances, dette évacuation va ameuter l'abandon de la ligne di» la Moselle, et il est si funeste aux intérêts de Sa Majesté que toxis les monrements des troupes au.r ordres du duc de Raguse et du prince de La Moskoua ne soient pas combinés, que je ne puis m' empêcher d'en témoigner mon étonnement et ma peine à Votre Altesse. Un semblable défaut d'ensemble dans les opérations atténue encore nos moyens déjà si faibles et augmente la rapidité de f invasion de Vennemi^.
Ordres de Gronchy à Hilhaud. — Pendant (juc Stscherbatotl manifestiiit, comme nous l'avons vu, Fintention de si» rendre h Vaucouleurs, Grouchy transmettait au général Milhaud ', aucjuel Victor avait donné le commandement d'une colonne formée de la 4^ division d'infanterie et de ses 14 bouchers à feu, du 4« régiment de gardes d'honneur et de la division de dragons du général Briche, Tordre de se mettre en marche le 17 à 6 heures du matin, iK)ur se diriger sur Vaucouleurs, y |)rendre position i»t
* Stscherbalo.T à Schwarzenberg, du camp près de Thuilley, 10 janvier. <Â'. K, Kriegs Ârchiv., I, 369.)
* Groucut, Mémoires, et Archives de la guerre.
3 Archives de la guerre. — A la suite du mouvement du 2*" corps, la division Meunier, du corps du niar<.*chal Ney, dut quitter Pagny-sur-Meuse et Void le i7 et se replier, la !'• brigade sur Ligny, la î* sur Bar le-Due.
éclairer de là les roules de Toul, Pont-Sain t-Yincent et Neufchateau. Milhaud devait mettre 6 pièces en batterie en arrière du pont, le couvrir par une forte grand'garde et se maintenir en communication avec Grouchy, qui allait s'installer îi Yoid, à Tintersection môme des routes de Toul à Ligny et de Vaucouleurs îI Commercy, avec la division de dragons de Lhêritier, l'artillerie du 5« corps de cavalerie, la â'» division d'infanterie du 2« corps et son artillerie.
Grouchy reconnnandait, en outre, c\ Milhaud de chercher à se procurer des renseignements sur la position de l'armée austrobavaroise « qui doit avoir poussé une avant-garde jusqu'à Gondrecourt, au sud-ouest de Vaucouleurs, sur la route de Bar-le- Duc. »
Il prescrivait en même temps au général de Pire, qui allait former l'arrière-garde avec sa division de cavalerie légère, soutenue par un bataillon du 26® d'infanterie légère et 2 canons, de partir à 8 heures du matin, le 17, de Gondreville pour Toul, de traverser celte place et de s'établir à Lay, sur la route de Toul à Yoid. Il prévenait en même temps Pire que si l'ennemi le contraignait il quitter Lay, il aurait à se replier sur Pagny-sur-Meuse, où il trouverait une division d'infanterie avec du canon*.
Si Grouchy se plaint avec raison des défauts d'ensemble, du manciue d'unité dans le commandement, on voit, du nioins, qu'il y a (Ml Ire la manière de procéder des Français et celle des Alliés des différences capitales. Grouchy prévoit les événements et met ses lieutenants au courant delà situation; il a conservé le contact de l'ennemi, tout en réussissant à lui cacher sa position, tandis que du coté des Alliés, malgré les avantages remportés, malgré la supériorité numérique, malgré la présence en avant des lignes d'un corps de cavalerie aussi considérable que celui de Platoff, on en est réduit à tîUonner et, depuis Charmes, on ignore la direction prise par les corps français. Au lieu d'être renseigné sur leurs mouvements par des pointes de la cavalerie de l'ataman, on n'a pu se procurer des nouvelles que par l'intermédiaire de Stscherbatoff et gnke h l'apparition, sur l'extrême droite de l'armée de Bohême, des colonnes volantes qui précédaient l'armée de Silésie.
1 Ghoucht, Mémoires, et Archives de la guerre.
Positions des V«, IV« et III® corps. — L'avant-ganh^ du V« corps sVlait avancée sans |)oine jusqu'à Lunéville, ot ses coureurs, comme nous Tavons dit, avaient fait leur jonction avec la cavalerie de Sacken. Wrède, voyant dès lors (juil n'avait plus rien à craindre ni pour sa droite, ni sur son front, quitta d(» sa personne Saint-Dié, pour se rendre à Ranil)ervillers, et dirig(»a son corps .d'armée sur Mirecourl.
Le prince royal de Wurtemberg, avec la brigade Jett était à Bourbonne; comme raltatjue sur Langres ne devait avoir lieu que le 18, il crut pouvoir en profiter pour faire faire halli^ à JonvcUe à son gros et remettre en état la ferrure de ses chevaux.
Le III® corps se concentrait entre la Qua.te et les Griffonolles; le quartier général de Gyulay était h Chaudenay, H le I®"* cor|)s continuait à rester immobile à Malvillers et Pi(»rrecourt.
Bianchi avait atteint Mollans ; la tète de colonni; des gardes russes, Vesoul, et le prince héritier de Ilesse-Hombourg, (iray, avec les réserves autrichiennes.
Schwarzenberg donne Tordre d'attaquer Langres. — On ignorait si complètement o) qui se passait à Langres, on avait tellement peu idée des projets et de la situation de Mortier, (jue Schwarzenberg, certain de rencontrer à Langres une résistance acharnée, croyant qu'il y avait sur ce i)oint des forces considérables et s'altendant à voir, ce qui était, d'ailleurs, j)arfaiteuient rationnel, les Français chercher h s'y maintenir à tout prix, lit partir le 16 les ordres définitifs fixant au 18 l'exécution d'unij attaque convergente sur Langres. Le prince royal de Wurtemberg, venant par Montigny, devait attaquer la ville du cùté du nord, et Gyulay et Colloredo, débouchant par la route de Fayl- Billot, en faire autant du côté de l'est et du sud-est. Wiinpifen, qu'on allait porter, le 17, de Gray à (]hamplitte, avait |)Our mission de paraître également devant Langres le 18 janvier et de former, en débouchant par la route de Dijon, l'extrême gauche de l'attaque. Toutes ces colonnes, avec leur grosse artillerie placée en tôle et pourvues d'échelles pour donner l'assaut, devaient être rendues devant Langres à une heure de l'aprèsmidi. Enfin, le prince de Hesse-Hombourg était chargé de couvrir la gauche et les derrières de l'attaque, en faisant front contre
Dijon, on occupant solidement Mircbeau et le canal près d'Arcsur-Tille, en envoyant sa cavalerie sur la route de Langres h Dijon. Les gardes russes elles-niômes dcN aient venir îi Fayl-Billot pour servir de réserve générale aux colonnes d'attaque.
Quant à Wrède, il était en marche pour se rapprocher de Taile droite de la Grande Armée, et Wittgenstein recevait à nouveau l'ordre d'accélérer son mouvement sur Nancy.
Enfin, la 3® division de cuirassiers russes du général Duka avait rejoint le IIP corps le 16 janvier.
17 janvier. — Mortier évacue Langres sans que les Alliés remarquent son départ. — Le but que Mortier s'élait proposé était atteint, et la mission que l'Empereur lui avait confiée en l'envoyant à Langres pouvait être désormais considérée comme terminée. Malgré la faiblesse numérique de son petit corps, il avait su, par ses dispositions aussi intelligentes qu'énergiques, par la fierté de son attitude, par le caractère résolu qu'il avait donné à seî> démonstrations offensives, en imposer îi l'ennemi, lui faire croire à la présence sur ce point de forces considérables et immobiliser devant lui depuis cinq jours le corps de Gyulay. Il avait même réussi à retarder le mouvement des colonnes de la grande armée ennemie, en obligeant Schwarzenberg h modifier leurs marches, îi détourner Wrède de Nancy, h faire obliquer à gauche le IV® corps, à amenor le l^^ corps derrière le III®, à faire avancer les réserves autrichiennes et les gardes russes vers les positions sur lesquelles il avait retenu Gyulay. Le maréchal, renseigné sur les mouvements des Alliés, aurait perdu d'un coup tout le bénéfice de ses belles manœuvres des jours précédents, en s'entétant davantage sur la position. Il avait volontairement attiré l'orage sur sa tète; il ne lui restait plus maintenant qu'à trouver les moyens de remplir la dernière partie de son programme, la partie la plus ingrate et la plus difficile : échapper à l'étreinte des corps qui allaient chercher à l'enfermer dans Langres, en .se dérobant silencieusement et mvstérieusemenl avant leur arrivée.
Le 17 à quatre heures du matin, le maréchal, se dirigeant sur Chaumont*, quittait Langres, où il ne laissait que 184 hommes
1 En se repliant de Langres sur Chaomont, Mortier ne faisait, comme le
et 13 canons avec le colonel Simon do Lamorlic're, auquel il avait donné Tordre de tenir le plus longtemps (juil le pourrait et de capituler afin d'épargner à la ville les suites d'un assaut.
Entrée des Alliés à Langres. — Le senice des avant-postes de Gyulay était si singuli^rement fait que les Autrichiens ne s'aperçurent de rien. Ce fut h la lin do la journée soulomoni que
prouve Textrait ci-dessous de la Correspondance de Napoléon /'', qu'aUer audevant des intentions de TEnipcrcur :
M Aa prince de Neuehâtci et de Wagram.
« Paris, 17 janvier 1814.
u Recommandez au duc de Trévise, dans le cas où l'ennemi scrail trop
eu force et qu'il ne pût pas lr»nir à Langres, de faire évacuer toutes les pitH.es qui sont dans celte place sur Vitry et sur Troyes, et de se i-appro<'lier lui-mi^mc de Chàlons, mais lentement et seulement autant que cela serait nécessaire.
M Faites connaître au duc de Tarcnte que je vais porter mon quartier général sur Cliùlons. » (Correspondance n° 21.09i.)
Le 16 au matin. Mortier avait rendu compte au major gémirai de sa situation et Tavail informé des mesures qu'il prenait pour se retirer sur Chaumont : « L'ennemi s'est renforcé, lui écrivait-il. Dammartin est occupé et reiiucmi est attendu à Montigny-le-Koi. Je me trouve débonlc. Les grenadiers à cheval de la garde, restés à Kolampont, ont Tordre de partir demain matin à 4 heures pour Chaumont, où je compte coucher demain soir, et d'occuper La Ville-aux-Bois qui couvre la route de Montigny et de Uourbonnc. L'évacuation totale de Langres entraînerait de graves inconvénients ; j'y laisserai le colonel Simon avec quelques hommes choisis parmi les plus fatigués afin de rassurer les habitants et de former un noyau de défense avec 400 gardes nationaux. On estime à 25,000 hommes les troupes que j'ai devant moi. Ce nom])re est probablement exagéré, mais il est de fait que, depuis quatre jours, des renforts
arrivent successivement par Chalindrey Tous les villages aux environs
sont occupés. L'attaque vigoureuse qui a eu lieu dans la nuit du ii au 13 à Châtenay-Vaudin et le combat de Longeau ont rendu l'ennemi circonspect. >»
Aussitôt arrivé à Chaumont, où il avait pris position le 17 au soir. Mortier occupa immédiatement les hauteurs de Marnay, qui battent les passages de la Marne et La Ville-aux-Bois : « La cavalerie alliée est déjà établie à Biesles, écrit Mortier à cette date; on m'assure que le prince de La Mosko\>a est ù Barsur-()rnain : je suis donc en mesure de ne pas être débordé par l'ennemi. S'il ne fait pas de plus grands progrés, je resterai à Chaumont, et, si le prince de La Moskowa se reporte en avant, j'occuperai de nouveau Langres
« Je fais venir en hâte le 113*^ régiment qui est à Troyes. Les troupes de la garde, notamment les dragons et les chasseurs à cheval, qui n'ont pas eu un moment de repos depuis notre départ de Trêves, sont très fatigués. »
Mortier était, du reste, très bien renseigné sur la composition des troupes qu'il avait devant lui : il savait que Gyulay avait sous ses ordres le prince de Hohenlohe et que le lieutenant-colonel comte Thurn, qui commandait le corps volant détaché du côté du III® corps, correspondait directement avec le prince de Schwarzenberg. (Archives de la guerre.)
le lieulenant-coionel Woyna, un des aides de camp de Schwarzenberg, envoyé vers les portes de la ville avec deux officiers de Tétat-major russe pour parlementer avec le maréchal, tout surpris d'avoir pu, sans être arrêté par aucun poste, arriver jusqu'à portée de fusil des premières maisons, informa de la retraite de son adversaire le feldzeugmeister qui, n'ayant reçu aucun avis des troupes postées en vue de Langres, n'avait pas la moindre idée du départ du duc de Trévise.
Manquant de munitions pour ses canons, abandonné par la garde nationale, qui refusa de prendre part à la défense, le colonel Simon dut déposer les armes, et les Autrichiens entrèrent à Langres le soir même. Gyulay poussa alors sa cavalerie sur la route de Chaumont, envoya la division Crenneville à Humes, garda le gros à Langres, sauf une brigade qui cantonna en arrière de la ville, à Corlée et îi Saint-Geosmes *.
La brigade d'avant-garde de la division Wimpffen, sous les ordres du général-major Geppert, arrivait en môme temps par la route de Dijon en vue de Langres.
Position des IV* et V« corps. — Le prince de Wurtemberg, exécutant les ordres de Schwarzenberg, avait porté son corps d'armée de Bourbonne à Montigny, et son avant-garde, sous le général Stockmayer, jusqu'à Frécourt. Enfin, et comme il résulte du rapport ci-dessous, le prince avait, en outre, envoyé à Mandres le lieutenant-colonel Rôhrich, avec ses deux escadrons, et lui avait donné pour soutien la brigade Jelt.
« Le prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg*.— Bourbonne, 17 janvier 1814. — Je fais reconnaître aujourd'hui le terrain en avant de Frécourt, ainsi que les routes qui, dans ma marche vers Langres, me permettraient de me jeter à droite sur la route de Langres à Chaumont pour le cas où l'ennemi ne se défendrait pas à Langres.
« Le lieutenant-colonel Rôhrich, qui a poussé aujourd'hui jusqu'à Mandres, doit, s'il apprend que Chaumont est dégarni de
* Tagcsbegebenheiten (K. K. KriegsArchiv,, I, 30). Journal d'opérations du IV* corps {Ibid,, XIII, 56). Rapport journalier à l'Empereur, \S janvier (Ibid,, 1, 436).
s K, K. Kriegs Archiv., l, 39*.
troupes ou évacué, surprondro cotte villo celle nuit. J'ai sifçnalé tout particulitToniont à son allenlion les dépôts, le téléfçra|)he et la poste. J'ai envoyé Platoff par Bournioat et l'ai décidé à j(»ter des partis sur la route de Chaumont à ChAlons pour inquiéter et intercepter cette grande ligne de communication de l'ennemi.
c< Je l'ai chargé de répandre partout les proclamations. Je préviens le feldzeugmeist'T comte Gyulay dc^ mes mouvements.
« Vous verrez par les journaux (jue je vous envoie qu'on forme ;i Paris douze légions de gard(» nationale à la tétc» desipielles l'empereur Napoléon et les dignitain\s d(i sa cour ont cru devoir se placer. »
A droite du IV« corps, le V^^ corps avait sa gauche (division de La Motte) à Mirecourt,son centre (division Rechberg) à Charmes, sa droite sous Frimont à Bavon \
Platoff à Neuf château. — Stscherbatoff à Colomb eyles- Belles. — A droite également et en avant du IV« corps, Platoff* était à Neufchàteau où, quehjues heures plus tard, il allait recevoir l'ordre de se porter par Andelot sur Har-sur-Aube. Les partis qu'il avait envoyés à Rar-le-Duc lui firent savoir (jue \\mnemi se retirait vers la Marne.
A la droite de Platoff et plus au nord, couvrant h» front du V« corps, Stscherbatoff était à Colombey-aux-belles-Fennnes (Colombey-les-Belles), d'où il envoyait le 17 les renseignements suivants :
« Du camp près de Colombey* (original en français). — Le 17 janvier 1814. — Les défilés «pii se trouvent entre Colombey et Vaucouleurs m'ont décidé à m'arrêter i)rèsdu |)remier endroit, car le second est occupé par l'ennemi, ainsi que Toul, près duquel il y a beaucoup de cavalerie. Je fais agir mes partis et me suis arrêté pour que l'ennemi ne me coupe pas dans les défilés et que je puisse protéger mes partis.
« L'avant-garde du feld-maréchal Blùcher, commandée |)ar le lieutenant général Wassiltchikoff, est arrivée aujourd'hui à Nancy. Par les nouvelles que j'ai, ils marcheront sur Toul.
1 Tagesbegebenheiten (A'. A'. Kriegs Archiv., l, 30). Tagcbuch des Majors Fursten Taxis {Ibid,, XIU, 32).
' Stscherbatoff à Schwarzcnberg (IbUt,, I, ad. 369).
« Toutes les lettres particulières que j'ai interceptées annoncent <iuc toutes les forces se portent sur Chàlons.
« Les nouvelles d'ici sont que Napoléon a déclaré au Sénat qu'il donnera une bataille décisive sur les plaines de Châlons, et si elle n'aura pas de succès, il privera rimj)ératrice de son époux. »
Stscherbatoflf allait, dès le lendemain, être dirigé par Void et Ligny sur Saint-Dizier. Il semble qu'on voulait faire surveiller d'un côté par Platoff, de l'autre par StscherbalofT, les routes qui, parlant de Paris et passant, l'une par Troyes, l'autre parChûlous, conduisent vers le plateau de Langres.
Positions des autres corps de la grande armée. — A
l'extrême droite des Alliés, Wittgenstein s'était, enfin, décidé à conmiencer sa marche en avant : il avait abandonné au comte de Hochberg (margrave Guillaume de Bade) le blocus de Kehl ; les troupes, retenues jusque-là sur la rive droite, vinrent à Haguenau, et l'on bombarda sans succès Phalsbourg. Le prince Eugène de. Wurtemberg, qui avait pu arriver avec la 4« division et le l*^"^ régiment de dragons badois jusqu'à Saverne, se chargea des opérations contre Phalsbourg, permettant ainsi h la cavalerie de Pahlen de reprendre sa liberté d'action.
Enfin, vers la gauche de la grande armée*, le I*^"" corps est entre Langres et Longeau, sur la roule de Langres à Dijon; la division Wimpffen est à Chassigny, la division Blanchi vers Mailly. D'après de nouveaux ordres, ces deux divisions devaient aller rallier les réserves autrichiennes du prince héritier de Hesse- Hombourg.
Affaire de cavalerie d'Occey. — De ce côté encore, Thurn, que nous avons laissé à Saint-Maurice, y avait appris qu'un fort (îonvoi de poudres avait quitté Langres le 14 pour se rendre par la chaussée à Dijon avec une escorte.
Laissant à Saint-Maurice ses deux compagnies de chasseui*s qui, à cause de la crue anormale des eaux dé la Vingeanne, n'auraient pas pu traverser la vallée, et qu'il fit couvrir par quelques
' Tagesbeg»'l>onheilen (K. K, Krieys ArchU\ I, 30). Tagebucli dcr Majors Fursteii Taxis (IbUi., XIU, 32).
cavaliers, il s'était porto avec le resif» de sa cavalerie à Occey et y avait tendu une embuscade. Vers midi il aperçut du haut «l'une colline le convoi, se composant de 23 voitures (»scorté(»s |)ar des cuirassiers du 12*, quelques hussards et chasseurs. Thurn laissa le convoi et son escorte dépasser le village d'Occey, eu déboucha ensuite à Timproviste, se jeta sur les derrières du convoi, sabra la plus grande partie de l'escorte et s'empara d(» toutes h's voitures, à l'exception d'une seule (jui sauta pendant le combat \
N'ayant pas assez de uïonde pour pouvoir garder lui-même ses prises. Thurn les envoya au feld-maréchal lieutenant baron Wimpffen à Champlitte, en lui faisant savoir que, d'après ce qu'il avait appris des prisonniers, le convoi parti d'Auxoïine était destiné à Metz, mais qu'on Tavait fait rétrograder sur Dijon |)arce (fu'on ne trouvait pas les routes suflisanunent sûres pour le laisser continuer sa route.
Nouveaux ordres de Schwarzenberg pour le 18. —
Schwaraenberg, informé des événements d(^ Langres, modifia naturellement les ordres |K)ur la journée du 18 et prescrivit au IV« corps, soutenu par la 3^ division (Duka) de cuirassiers russ(»s qui devait venir à Marnay, de se porter sur (Ihaumonl. Le lll" corps devait cantonner dans les villages situés sur la route de Langres à Chûtillon-sur-Seine, le T-'' corps entre Longeau et Langres, et le prince héritier de Hesse devait cherch(M* à arriver à Dijon le 19*.
« Thnrn à Schwarzcnljcrg. Sacqueiiay, 17 janvier, 2 heures après midi. (AT. A'. Kriegs Archiv., I, 391.)
« Clacsewitz, Critique stratégique de la campagne de 1814.
« On ne saurait guère démêler les raisons pour lesqueUes on diri;;ea sur Dijon le prince liéritier de Hesse-IIombourg avec les réserves autrichiennes, et le général CoUoredo avec le 1" corps, dit Clausewitz dans sa critique. On voulait probablement assurer les communications avec Bubna, couvrir le ])io<'ns des places d*Alsacc et de Franche-Comté et proté|x«T l'aile gauche de Schwarzenher^r. Tout cela porte l'empreinte de considérations stratégiques qui ne sont que les restes de l'ancienne routine. Faire soutenir 12,000 hommes par 40.000, c'est commettre une faute inexplicable. En janvier, les troupes d'inveslissemont et TaUe gauche n'étaient nullement menacées. De plus, il est clair qu'une bataille décisive gagnée sur les bords de la Seine menait les Alliés à Paris, qu'une grande bataille perdue les ramenait sur le Rhin. II n'y avait donc pas lieu de se préoccuper du blocus des places et de l'aile gauclie. Avec une base aussi étendue, allant de Genève à Nimègue; avec les moyens dont on disposait, avec la ferme intention d'en finir en frappant à grands coups^ on ne deyait
Perte du contact avec Mortier. — Considérations sur les mouvements des Alliés depuis leur départ de Bâle. —
Toute la grande concontralion projetée et, en grande partie, exécutée, avait donc été complètement inutile, et cependant on avait eu le temps de tout prévoir et, surtout, de se renseigner, puisqu'on avait employé quatre semaines entières pour franchir les 190 kilomètres environ qui séparent BAle de Langres, bien qu'on n eût rien devant soi. Mais on faisait de la cavalerie un emploi si étrange qu'on ne savait même pas ce qu'était devenu Mortier après l'évacuation de Langres ; on le croyait déjà bien au delà de Chaumont, où l'on s'attendait à entrer sans avoir à tirer un coup de fusil. Comme le dit Toll dans ses rapports : « Gyulay, avec son insouciance et sa somnolence habituelles, avait trouvé absolument inutile de faire suivre, même par un petit parti, le maréchal Mortier*, dont on avait, le 17 au soir, absolument perdu, non seulement le contact, mais encore la trace. »
On a bien essayé de justifier cette lenteur en prétendant qu'on tenait à rester à la même hauteur avec l'armée de Silésie, que ce fut, par conséquent, par calcul qu'on n'imprima pas au mouvement une plus grande activité. Cet argument est absolument spécieux et sans valeur. Rien n'empêchait, en effet, le généralissime de faire passer le Rhin à Bliicher, de façon que la grande armée n'eût pas besoin, pour l'attendre, de piétinersur place dans le Haut-Rhin, et, d'ailleurs, il n'y avait aucune raison valable pour ne pas laisser cette dernière prononcer son mouvement en avant. La marche de l'armée de Bohême, en s'accentuant dès le passage du Rhin, aurait, au contraire, présenté de nombreux avantages et épargné à Schwarzenberg une partie des fautes plus ou moins graves qu'il commit pendant ces quatre semaines.
S'il avait pris, dès le principe, la résolution de se porter carrément en avant, le généralissime aurait dû renoncer à ce grand et
pas s'inquiéter du danger, toujours très problématique, gui peut résulter d'un mouvement stratégique de flanc. »
Les troupes alliées attaquèrent, le 18 au soir, Varois, et le poste français se retira sur Saint-Apollinaire. Le général Liger-BeUair évacua Dijon le 19 au matin, se rendant à Auxerre, et le général de Veaux se porta à Saint-Seine avec quelques gardes nationales. De petits postes occupèrent Sonibcruon et Vittcaux. {Archivei de la guen'e.)
1 Dernhardi, Toll, Denkwlirdihkeilm, IV, 189.
inutile mouvement de conversion, qui l'amena à pousser sa gauche jusqu'à Genève et h immobiliser ensuite tout un corps d'armée du côté de Dijon, à ce mouvement qui devait pernuUtre de tourner des obstacles naturels que les Français ne songeaient pas h défendre, car ils ne pouvaient y amener que d(»s forces insignifiantes, ce dont il eût été aisé de s'assurer sans danj^er. Il n'aurait -pas, en poussant inulilenuMit Wrcd(î sur la riv(» gauche du Rhin dix jours avant le reste de ses forces, révélé à Victor I<» point contre lequel il se proposait d(» diriger ses premières attaques ; il ne lui serait pas venu à la jiensée de clioisir pour pénétrer en France quatre routes divergentes. Il lui aurait été impossible d'éparpiller du uïonde devant toutes les places, grandes ou petites, importantes ou insignifiantes, (ju'il rencontra sur soïi chemin. Au contraire, il eût été forcé de garder son monde dans la main et ne serait pas arrivé à ce résultat inouï de ne |)Ouvoir disposer, au moment où il croyait rencontrer à Langres des forces considérables, que d'une quarantaine de mille honnnes sur une armée d'un eff'ectif total supérieur ii 200,000 hommes.
Au lieu d'attendre l'entrée en ligne de Blûcher, de ne commencer h marcher que lorscjuc ra|)proche des colonnes de l'armée de Silésie obligea Ney et Victor ii abandonner la vallée di? la Moselle et à se replier sur la Meuse, il aurait, en accentuant quelque peu son mouvement, compromis sérieusement la retraite de Marmont qui reculait pas à pas devant Bliicher. Enfin, surtout devant un adversaire aussi actif que l'Empereur, il im[»ortait avant tout d'agir vivement et résolument, et il fallait par-dessus tout le mettre dans l'impossibilité de rappeler Mortier de Belgique, de faire revenir Macdonald des frontières des Pays-Bas. Que serait-il arrivé si Napoléon, quittant Paris, où sa présence était malheureusement nécessaire, 10 ou 12 jours plus tôt qu'il ne le fit, avait pu, ramassant en roule les corps de Mortier, de Ney et de Victor, les joignant aux quelques troupes qu'il aurait amenées avec lui, se jeter sur les colonnes alliées séparées les unes des autres, échelonnées, isolées, hors d'état d(* se soutenir réciproquement? Il est bien i)robable que l'armée de Bohème aurait subi le sort réservé ii Blùcher pendant sa première tentative de marche sur Paris. L'Empereur aurait dès le début remporté des «avantages sérieux dus presque uniquement aux dispositions défectueuses du généralissime. Celui-ci, dans la crainte de
trop risquer, d'exposer son armée à des dangers imaginaires, avait commis à ce moment des imprudences que lui aurait fait ch(>rement expier Napoléon s'il n'avait pas été retenu loin de son armée par des nécessités de toute sorte.
Puisque, malgré la faiblesse bien connue des Français, on avait cru nécessaire de passer par le Brisgau et la Suisse pour tourner la ligne du Rhin que Napoléon était hors d'état de défendre, il aurait fallu tout au moins, une fois arrivé sur le plateau de Langres, suivre résolument l'une des lignes d'invasion, l'une des vallées aboutissant à Paris. En marchant vivement, on ne courait aucun risque, on augmentait le nombre de lignes d'étape et de ravitaillement, et Ton arrachait du même coup plus de terrain à l'ennemi.
Mais si nous passons des considérations générales à l'examen de certains points de détail, nous constaterons que, même sous ce rapport, tout était loin d'être satisfaisant. GrAce aux mesures absolument insuffisantes et à l'insouciance de Gyulay, le maréchal Mortier avait réussi à se dérober si habilement que les Alliés n'avaient pu rétablir le contact avec son arrière-garde. Au quartier général on pensait qu'il avait déjà dû évacuer Chaumont. On avait, en conséquence, prescrit au IV® corps de pousser sur Chaumont. Lorsque ces ordres parvinrent au prince royal de Wurtemberg*, il avait déjà fait prendre à son avant-garde, sous le général von Stockmayer, la direction de Langres, parce que l'on avait négligé de le prévenir à temps des événements du 17.
18 janvier. — Ordres et mouvements du IV^' corps. — Affaire de cavalerie de La Ville-aux-Bois. — Reconnaissance de Chaumont. — Le prince royal dut, par suite, reconstituer une nouvelle avant-garde, composée du régiment de chasseurs à cheval n® 4 (Prince Adam), d'un régiment d'infanterie et d'une batterie à cheval qu'il fit partir avec le général von Jett pour Chaumont, le 18 à 7 heures du matin; il faisait en même temps savoir au général von Stockmayer d'avoir à suivre le mouvement du général von Jett, et ordonnait au gros de son corps de se porter de Montigny-le-Haut sur Chaumont. Il prévenait également h)
i Tagcsbegebenlieiteii (A'. K, Krieys Archiv., I, 30), et Journal (Topérations dn 1V« corps (/6m/. XIII, 36).
lieutenant-colonel Rôhrich do prendre» ii droite de Mandres pour gagner à hauteur de Riaucourt la routi» de Joinville h Chaumont. Cette dépêche ne put panenir vi temps au lieutenant-colonel (jui, continuant h pousser droit devant lui, vint donner près de Biesles dans quelques escadrons de dragons et de» carabiniers de la garde, qui se replièrent sur La Ville-aux-Bois. Un peu plus tard, lorsque le prince royal, marchant avec la colonne du général von Jett, vint renforcer Rohrich avec le régiment Prince- Adam et menacer La Ville-aux-Bois par 1(^ nord , ces esc^adrons <;ontinuèrent lentement leur retraite sur Choignes, où, protég<^s par 2 bataillons d'infanterie, ils passèrent sur la rive gauche de la Marne.
Après avoir enlevé Choignes, d'où son infanterie» ne tarda jms à être chassée par un bataillon de grenadiers de la garde*, le prince royal reconnut la position de Mortier. La trouvant trop forte pour oser l'attaquer avec le IV® corps seul, il se borna à canonner jusqu'à la nuit cette position qu'il com|)tait enlever le lendemain avec le concours du III« corps, qui était resté inmiobile p(?ndant toute la journée, sans soutenir les troupes wurtembergeoises sur les rives de la Marne.
Affaire des cuirassiers russes à Vesaignes. — Pendant (pie le l\^ corps était engagé sur la rive droite de la Marne, du e<Mé de Choignes, la 3® division de cuirassiers russes (3 régiments, sous les ordres du général Duka) avait été poussée en avant par Gvulav sur la rive gauche de la Marne, et avait reeu du feldzeugmeister l'ordre d'aller cantonner a Marnay. Les cuirassiers qu'on avait négligé de mettre au courant de la situation, habitués, d'ailleurs, à servir de réser\T, peu familiarisés avec le service des avant-postes, vinrent donner près de Vesaignes contre les premières vedettes françaises. Celles-ci s^ replièrent lentement sur une troupe d'infanterie française établie à Marnay et attirèrent les cuirassiers dans une embuscade tendue dans une vallée encaissée, par laquelle ils devaient forcément j^asser pour atteindre les cantonnements. Accueillis par un feu assez vif par-
i Journal et opérations du IV <'• corps (A'. À'. Krieys Archiv., XIII, 56), et rapport du commandant Gerbaud au Ministre de la guerre {Archives de la Guerre),
tant (les hauteurs qui dominent celte vallée, les cuirassiers firent demi-tour et se replièrent sur Rolamponl, après avoir perdu pas mal de monde. Comme la nature du terrain ne permettait guère de faire agir de la grosse cavalerie dans ces parages, Duka demanda h Gyulav de lui envover de Tinfanterie et de lui donner Tordre de lui ouvrir la route menant à ses cantonnements*. Un bataillon, une demi-batterie et un escadron de cavalerie légère rejoignirent, h cet effet, les cuirassiers à Rolampont dans la nuit du 18 au 19.
Positions des IIP et V^» corps et de Platoff . — Le III« corps était resté h Humes, et le feldzeugmeister, que le prince royal avait informé de ses projets d'attaque sur Chaumont, se |)roposait de manœuvrer le lendemain sur la droite de Mortier en débouchant par Foulain.
Les Bavarois du V« corps étaient arrivés à Mirecourt ; Frimont, avec les Autrichiens, était resté h Bayon ; mais il avait envoyé le colonel von Mengen à Vézelise et le colonel von Geramb à Charmes.
Platoff, de son côté, expédiait de Neufchûteau 500 cosaques sur Joinville*.
L'atimian apportait, il faut le croire, une bien grande négligence en toute chose, puiscpie Tadjudant-commandant La Condamine. porteur d'une lettre de Berthier au prince de Schwarzenberg et que Grouchy avait envoyé en parlementaire auprès de Platoff, rapi)ortail il son général qu'il avait vu dans le bureau de cet officier un itinéraire dirigeant une colonne d'infanterie sur Langres et Chaumont par Saint-Thiébault*. La cavalerie française avait, d'ailleurs, réussi h faire connaître à Grouchy la position des cosaques d'une part et la marche de l'armée de Silésie de l'autre.
Affaire de Stscherbatoff à Vaucouleurs. — Quant h Stscherbatoff, qui continuait k se tenir à l'extrême droite de la ligne, il s'était porté de Colombey-les-Belles sur Vaucouleurs et avait rencontré à une denïi-lieue de la ville les avant-postes français qu'il
* Behnhardi, Toll, Denkivurdifjkeiten, lY, 190, 191, Tagesbcgebeuheiteii. (AT. A'. Kriegs Archiv., I, 30.)
' Victor au major général (Archives de la guerre), et Groucht, Mémoires.
avait obligés à se replier sur le faubourg. « Mais (el ce sont la les termes mêmes dont il se sert dans sa dépèche *, rédigée en français), les dragons qui y étaient h pied ont arrêté la charge. J'en suis sorti pour ne pas perdre beaucoup de mes cosaques. L'ennemi est sorti aussi, mais n'osa pas me charger avec sa cavalerie et fit mettre pied îi terre à ses dragons. J'ai essuyé un grand feu de mousqueterie. Les canons que l'ennemi avait de l'autre côté de la rivière ont aussi tiré sur moi, ce qui m'a obligé de me retirer avec le gros de mon détachement sur le premier villag(^ de Gibeaumeix, qui est à moins d'une lieue de Vaucouleurs, mais mes avant-postes ont occupé 1rs hauteurs où l'ennemi avait les siens. »
Pendant que les dragons du général Briche chassaient les cosaques de Commercy et d(» Vignot, la division d'infanterie française stationnée à Sorcy était dirigée sur Commercy et | cassait momentanément sous les ordres du général Briche, cliargé de défendre le pont de la Meuse. Le général devait, s'il y était forcé, se replier en bon ordre sur Saint-Aubin, s'y mettre en bataille rt y attendre l'arrivée du 2« corps et du o* d<» cavalerie. Les gardes d'honneur restèrent, moitié à Sorcv, moitié à Ville-Iss(^v. Le général Briche avait, en outre, un parti de 300 clievaux entre Commercy et Saint-Mihiel. Ce parti établit son gros en arrièn' de Pont-sur-Meuse et tenait par des j)ostes Mécrin et Aïlly, tandis que ses patrouilles poussaient sur Saint-Mihiel. A droite», le général de France, qui avait devant lui, du côté de Neufchâteau, les cosaques de Platotf, avait pour mission d'arrêter l'ataman et devait, s'il y était contraint, se replier sur Void a|)rès avoir prévenu de son mouvement les troupes de Void, Lay et Pagny-sur- Meuse*.
Le même jour, Schwarzenberg, ipii était venu s'installer à Langres, faisait savoir à Wittgenstein que l'armée de Bohême se concentrant entre Langres et Dijon, il devait par suite i)ousser immédiatement des troupes entre Commercy et Joinville pour se relier au V*^" corps ^
1 Stscherbatoff à Schwarzenberg, de Saussure, janvier. (K, K, hyiegsArchio,, J, 445).
* Grouchy à Milbaud et à de France (Archives de la guerre),
« Schwarzenberg à Wittgenstein, 18 janvier (K, K, Kriegs Archiv., I, 428).
Wtu. iO
Mouvement des VI®, III* et I" carps. — L'avant-garde du Vie corps avait commencé son mouvement, et Pahlen, avec les 4® et 34« régiments de chasseurs à pied, les uhlans de Tchougouïeff, les hussards d'Olviopol et 4 pièces d'artillerie à cheval, s'était avancé de Saverne h Sarrebourg, tandis que les cosaques de Rebrikoff' et un escadron de hussards de Soumy s'étaient portés j\ Heming, à Tembranchement des chemins menant d'une part à Blûmont, de l'autre h Movenvic.
Derrière le III« corps, le I«' corps, qui était à Saint-Maurice, allait y recevoir l'ordre d'aller à Dijon, avec les divisions Ignace Hardegg et Wimpffen postées à Aubigny, renforcer les réser\'es autrichiennes du prince héritier de Hesse-Hombourg, en ce moment à Mirebeau-sur-Bèze. Bianchi était à Langres, et le dernier échelon des gardes et réserves russes et prussiennes avait atteint Port-sur-Saône, où Barclay avait son quartier général.
Mortier se décide à évacuer Chaumont le 19 au matin. —
Le duc de Trévise ne s'était pas un seul instant abusé sur les intentions de l'ennemi. Il s'était immédiatement rendu compte de la gravité de la situation et de la difficulté de sa tûche. Se voyant menacé de front par deux corps d'armée, sachant qu'il pouvait être d'un instant ii l'autre débordé sur sa gauche par un troisième, n'ayant avec lui pour tenir tête à l'ennemi qu'une division d'infanterie * et une de cavalerie, il jugea sage et prudent de se dérober une fois encore comme il l'avait fait à Langres, d'évacuer sans bruit Chaumont et de prendre, le 19 à la pointe du jour, la route de Bar-sur-Aube, où il comptait être renforcé par la 2« division de vieille garde du général Michel, parle iVS^ de ligne, déjà arrivé à Troyes, de façon à avoir avec lui 8,000 hommes el 2,500 chevaux.
Bien que Schvvarzenberg ne l'eût pas inquiété à sa sortie de Chaumont, il crut avec raison devoir se protéger contre une poursuite active, quelque improbable qu'elle pût lui paraître, en char-
* Les fatigues, les privutions avaient réduit l'effectif des troui>cs de vieille garde du général Christiaui à moins de 3.000 hommes, et le 19, Mortier, eu écrivant de Colombey-les-Deux-Eglises au major général, se voyait obligé d'avouer quo « La vieille garde elle-môme s'affaiblit graduellement par la désertion. » (Mortier au major général^ 19 janvier. Archives de la guerre.)
géant le gc^néral Lotorl, <iiril posta ii Coloinbey-les-Deux-Églises avec 2.000 hommes et 400 ehevaux, d'obsener les roules venant (le Chaumont et de disputer le terrain pied à pied. Pour lui faciliter sa ti\ehe, le maréchal fit prendre à une partie de son corps d'armée une forte position sur l(»s hauteurs qui bordent le ruisseau de Rouvre; sa gauche allait jusque vers Voigny, et une grosse batterie, placée en avant de sa droite, enfilait à la fois la route de Colombey et le pont de Fontaine. Le reste d(» son petit corps devait aller prendre position sur les hauteurs de la rive gauche de TAube, h Fontaine.
Schwarzenberg laissa le maréchal se retirer tout à sou aise. L(» généralissime s'était si peu rendu com|)l(; de la faiblesse numérique des troupes qu'il avait devant lui, qu'au lieu de tirer parti de sa supériorité, il aima mieux s'arrêter, nMuettre de l'ordre dans ses colonnes, faire reposer ses troui)es tout en les concentrant, donner surtout à Blucher le temps d'arriver à hauteur de l'armée de Bohénu' et ne reprendre lui-mèuH» son mouveuient i|u'au moment ofi les tètes de colonne du leld-maréchal, après avoir franchi les cotes de Meuse, marcheraient vers la Marne.
19 janvier. — Le IV« corps reste à Chaumont du 19 au 24 janvier. — 11 en résulta que le prince royal de Wurtemberg, entré à Chaumont le 19, v reçut l'ordre de s'arrêter et v resta jusqu'au 24. Il avait néanmoins poussé son avant-garde jusqu'à Jonchery et envoyé un parti de cavalerie vers Colombey-les-I)eux- Églises*.
Positions du V® corps. — A sa droite, Wrède ' était arrivé avec ses Bavarois à Neufchateau, où il allait atl(Midre pendant quelques jours des instructions; Platotï, n'ayant plus désormais aucun prétexte à faire valoir, se mettait, enfin, en roule pour Joinville * avec le gros de ses cosaques : « Mes partis me précèdent, écrivait-il à Schwarzenberg, battant le pays dans toutes les directions. Ils agiront surtout sur la route de Langres à Chàtillon. »
Frimont (aile droite du V« corps), arrivé avec ses Autrichiens h Colombey-aux-Belles-Fennnes (Colombey-les-Belles), avait en-
* Tagcsbegebenheilen (À'. K, Kriegs Archiv., l, 30). Jounial d'opérations da 1V« corps (/6tti., XIII. 56).
« Plaloff à Schwarzenberg. Denville, 19 janvier (/6W., I, 462).
tendu le canon du côté de Toul et fait partir aussitôt sa cavalerie légère dans cette direction *. Les troupes du général Liéwen (du corps Sacken) bombardaient, en effet, cette place qui devait ouvrir ses portes le lendemain,
Schwarzenberg prescrivit h Wrède « d'avoir à se concentrer, à se relier à Blùcher par des corps volants qui s'étendront de Toul à Join ville ». En Tinformant de l'arrivée prochaine de Pahlen sur sa droite, il recommandait, en outre, à Wrède d'envoyer k gauche du monde h Vignory pour couper la communication entre Chaumont et Joinville *.
Mouvements de Platoff. — Affaire de cavalerie à Vaucouleurs. — PlatoflF, après son départ de NeufchîUeau, avait eu un petit combat à livrer avant de par\'enir h passer la Meuse et k rejeter, une fois après avoir pris pied sur la rive gauche, les avant-postes français.
Stscherbatoif avait renouvelé sans plus de succès que la veille sa tentative contre le pont de Vaucouleurs :
« Toutes les troupes ennemies, écrit-il textuellement à Schwarzenberg ^ ont quitté leurs quartiers, sont sorties de l'autre côté de la ville et ont passé la nuit au bivouac. La nuit, j'ai donné ordre h mes avant-postes d'avancer ; l'ennemi évacua le faubourg et se relira par une longue digue dans la ville, et il fit dessus des abalis qui étaient gardés par des dragons îi pied et protégés par les canons. J'ai fait occuper le faubourg.
« Ma perte ne consiste qu'en 4 cosaques et 9 chevaux tués, 1 officier, 1 bas-officier, 10 cosaques et 5 chevaux blessés. La perte de l'ennemi est très grande ; pour les prisonniers, il n'y en a que 6. Je tikhe d'en faire moins, car ils me gênent beaucoup.
« Ce nïatin, un régiment de cosaques, attaché ii une division de dragons du corps du général Sacken, faisant l'avant-garde de la division et destiné à reconnaître Vaucouleurs, arriva. Je lui ai remis le faubourg de la ville que j'avais pris la veille, et, ayant fait mon rapport au lieutenant général Wassiltchikoff, qui commandait l'avant-garde du général Bliicher, je me suis retiré au
i Tagesbegebenheiten (K. K. Kriegs Archiv,, I, 30). » Scliwarzenbcrg à Wriidc, Langres 20 janvier (Ibid., I, 449). » Stsclierbatoff à Schwarzenbcrg. Saulxures-les- Vannes, 19 janvier (Ibid., ], 445).
village de Saussure (Saulxures-Ies-Vannes) pour laisser reposer mon détachement, qui en a grand besoin, se trouvant i)resque tous les jours en affaire et bivouaquant toujours sous des pluies h verse sans avoir de repos. Apri»s-demain je passerai la Meuse dans les environs si je pourrai le faire, vu la grande quantité de Teau augmentée par les pluies, et j'irai par Gondreoourt pour m'avancer sur les grands chemins et agir autant qu'il sera possible.
« Les forces de Tennemi h Vaucouleurs consistent en 5 régiments de dragons, 1 de gardes d'honneur, G canons et 11,000 (?) hommes d'infanterie. Un grand parc d'artillerie se trouve à Void *.
« II paraît que l'ennemi tient beaucoup à garder Toul et Vaucouleurs, et ne les cédera qu'il des forces supérieures. »
Positions des corps alliés le 19. — L'avant-garde (Pahlen) du VP corps arriva à Blamont, poussant en avant d'elh» les cosaques de Rebrikoff jusqu'à Lunéville.
Le III^ corps avait dû, par cela même que le IV« corps avait reçu Tordre de s'arrêter àChaumont, se cantonner depuis Fouhiin jusqu'à Richebourg. Les réserves et les gardes russes et i)russiennes en firent de même de Favl-Billot à (!!onibeaufonlaine : les réserves autrichiennes du prince hérilicT de liesses entrèrent à Dijon, et le P' corps, en marche sur cette ville, était vers Thil- Chàtel.
Le 19 janvier, la grande armée, moins le VI« corps, se trouve donc répartie sur une ligne allant de (]olombey-les-Belles à Neufchàteau par Chaumont et Langres à Dijon, et, bien qu'elle» n'ait encore devant elle que le petit corps du duc de Trévis(», (juoiqu'on n'ait eu aucun combat séri(»ux à soutenir, le généralissime croit cependant utile de s'arrêter de nouveau. 11 se» donne ainsi l'apparence de concentrer son monde, de relier ses colonnes entre elles, de faire avancer les convois ; mais, en réalité, et nous ne saurions trop insister sur ce point, il a pour objet de laisser à Blùcher et à Wiltg(Mistein le temps nécessaire, au premier pour pousser Marmont et déblayer une fois encore, par son intervention, le terrain en avant de la grande armée; au second,
1 U est impossU)le de ne pas appeler l'attention du lecteur sur Texagération de ce rapport. De pareiUes inexactitudes no peuvent avoir été commises de bonne foi.
pour entrer en ligne à droite du V« corps. Schwarzenberg espère, en outre, que ce temps d'arrêt lui permettra de se procurer les données, les renseignements militaires et politiques dont il a besoin pour établir un nouveau plan d'opérations destiné à remplacer celui qui, approuvé par les souverains, n'avait en vue que l'occupation du plateau de Langres.
Aussi, les ordres donnés le 19 consistèrent à arrêter tous les corps, sauf le YI® et les réserves et gardes russes et prussiennes, qui devaient arriver à Langres le 21 , îi charger Platotf de battre le pays entre la Seine et l'Aube, et Slscherbatoff d'en faire autant entre l'Aube et la Marne.
Lettre de Blûcher à Schwarzenberg. — Enfin, comme nous avons eu lieu de parler de la correspondance échangée entre Wrède et Blûcher d'une part, et Wrède et Schwarzenberg de l'autre, avant de passer aux journées qui nous séparent eucore du combat de Bar-sur-Aube, nous croyons d'autant plus utile de reproduire ici la lettre que Blûcher* adressait de Nancy, le 19. au généralissime, ([u'elle contient certaines indications sur les mouvements de l'armée de Silésie, sur les projets du feld-maréchal, sur les intentions qu'il supposait à Marmont :
« J'éprouve, écrit-il, une véritable satisfaction à apprendre que Votre Altesse approuve mes mouvements, et je pense (fu'Elle connaît également la correspondance que j'ai échangée avec le général comte Wrêde, puisque l'on a poussé Wrède à droite, alin de me faciliter, îi moi et à mon armée, notre marche. sur la Moselle.
« J'ai conseillé au général comte Wrède, parce que je ne m'attendais pas îi voir l'ennemi opposer une résistance sérieuse sur la Marne, de se rapprocher de Votre Altesse en passant par Neufchûteau.
« Je crois de mon devoir de mettre Votre Altesse au courant de mes ])rojets.
« Le général York tàtera la contenance de Tennemi à Luxembourg, Thionville et Metz, et sera, le 26, ii Saint-Mihiel. Je désirerais, par suite, savoir si Votre Altesse approuve mon mouvement sur Arcis.
» Blûcher à Schwarzenberg, Nancy, 19 janvier. (A'. K, Krieys ArdUv., I, 492.)
« Je serai, le 30, sur une position concentrique dans la ligne de Vitrv h Arcis.
CI Le général Kleist sera, :\ cette date, arrivé devant Metz aver le II« corps prussien.
« L'ennemi foit mine de vouloir défendre la Meuse. Je fais tourner Toul par Pont-Saint-Vincent et attaquer cette place par le côté de Void. J'espère bien m'en emparer rapidement, d'autant qu'il n'y a, à ce que je crois, qu'une arrière-garde sur la Meuse. »
Le caractère essentiellement différent des deux principaux {5énéraux alliés ressort, il semble, des termes mêmes de la correspondance qu'ils échangent. Blùclier est toujours net et énergique. Pour lui, il n'y a jamais ni doute, ni surtout hésitation. Il justifie toujours le surnom qu'on lui a donné : Voruiirts, et, sauf II un seul moment, on ne le verra jamais s'arrêter |)endanl toute la campagne : il faut marcher, marcher toujours. Schwarzenberg, au contraire, dont la responsabilité est, il faut bien le reconnaître, plus grande et la situation personnelle plus difticile, lient h procéder avec plus de méthode et de circonspt^clion, avec tant de méthode et de circonspection môme qu'il perd et négligi» les plus belles occasions. C'est ainsi qu'il choisit pour s'arrêter précisément le moment où une action énergique aurait \m amener <le grands résultats : le moment où, arrivé sur le plateau de Langres, maître déjà des hautes vallées de la Moselle et de la Meuse, il peut, à son gré, descendre dans celles de l'Aube et de la Marne, et prendre rapidement et solidement pied au cœur môme du bassin de la Seine; le uïoment où Napoléon, ne comprenant plus rien ti la conduite du duc de Bellune, auquel il n(* peut pardonner ni l'abandon des Vosges, ni la perte d'Épinal, lui fait écrire par Berlhier la lettre suivante :
Lettres et ordres de Napoléon à Victor. — « Au maréchal Victor, duc de Bellune, commandant le 2^^ corps à Void*. — Paris, 17 janvier 1884.
« Monsieur le duc de Bellune, TEmpereur désapprouve (jue vous ayez abandonné Nancy. Sa Majesté vous ordonne de ne pas quitter la Moselle sans vous battre. Elle trouve (pie vous avez fatigué vos troupes par de grandes marches, et que vous avez
> Correspondance de Napoléon, 31.105.
donné de l'audace à renncnii en évacuant sans raison. Cela oblige le duc de Raguse et le duc de Trévise h faire également un mouvement rétrograde. Cela amène Tennemi sur nous et fait le plus grand tort à nos affaires.
« On est surtout très peiné de voir que vous ayez évacué Nancy devant de la cavalerie sans avoir attendu Tinfiinterie. »
Cette dépêche ne faisait, d'ailleurs, que renouveler, il vingtquatre heures d'intervalle, les reproches que le major général avait, par ordre de l'Empereur, adressés au duc de Bellune, à la date du 16. Cette première dépèche était même plus dure et plus sévère encore : « Si vous aviez défendu les cols des Vosges, écrivait le major général, l'ennemi serait encore de l'autre côté... Enfin, la Meurlhe et la Moselle forment une barrière que vous devez déteindre ; car, si vous vous retirez toujours sans combattre et sans nuire ii l'ennemi, il marchera aussi vite que vous. L'essentiel est donc de relarder sa marche autant qu'il sera possible et de pouvoir attendre jusqu'au \^ février. Alors nous aurons une grande armée» \ »
Deux jours plus tard, l'inquiétude et l'impatience de l'Empereur se sont accrues à un tel point qu'il ordonne au major général de partir de Paris le 19, d'être le lendemain aux avant-postes, de renvoyer le duc de Bellune, de rester jusqu'à ce que le duc de Raguse ait i)ris toutes les mesures pour la défense de la Meuse, qu'il n'était déjà plus possible de conserver.
Tout en faisant la part des difficultés intérieures que Schwarzenberg rencontrait à tout instant, des intrigues de toute espèce contre lescjuelles il avait à lutter, il faut reconnaître cfue le généralissime n'avait pas su deviner ou n'avait pas voulu comprendre que, (romme Nai)oléon n(» cessait de le répéter à ses maréchaux, l'essentiel, pour l'Empereur, « c'est de retarder la marche de C ennemi autant qiCil sera possible. »
Après avoir mis près d'un mois pour arrivtT à Langres, il allait aussi, de gaieté de cœur, perdre une semaine pour aller de Langres par Chaumont à Bar-sur-Aube, et, soucieux avant tout de couvrir sa responsabilité, il était, dès ce moment, décidé h ne rien faire d'important avant l'arrivée des souverains alliés à
* Registres de Berlliier, Archives de la Guerre.
Langres, avant d'avoir reçu d'eux, ou loul au moius de l'enipereur d'Autriche, Tordre formel de conlinuor la marche en avant.
30 janvier. — Fabien à Lunéville. — Le 20, Pahlen ' informait Wrède, qu'il savait être à Neufchîlteau, de son arriviM» h Lunéville avec Tavant-garde du VI^ corps. Il lui donnait en môme temps connaissance du mouvement que l'aile gauche de rarmée de Silésie était en train d'exécuter sur Joinville; mais il ajoutait qu'à cause de l'extrême fetigue de ses troupes, il se voyait dans la nécessité de leur accorder encore un jour de repos, le 2J, et se porterait ensuite en avant, îi marches forcées, pour arriver le plus tôt possible II hauteur des tètes des autres colonnes.
Renseignements fournis par Wrède. — Du enté du V« corps, les Bavarois restèrent à Neufchi\t(niu, d'où Wrède envoya à Schwarzenberg le rapport suivant, daus h»quel il exposait au généralissime, auquel il parlait également de l'affainî que Platoft' avait eue la veille ?i Greux, les projets cfu'il prêtait à Napoléon.
« Le général de cavalerie comte Wrède au prince de Schwarzenberg*. — Neufchîlteau, 20 janvier 1814.
« J'ai tout lieu de penser que l'empereur Napoléon s(» portera à Chûlons et non à Troyes, et je crois d'autant plus à ce mouvement de l'ennemi que le feld-maréchal Bli'icher m'a informé de la retraite du duc de Raguse sur Reims.
« Il me semble donc que le moment est venu de marcher vite et droit à l'ennemi, d'autant plus que, manquant d(^ cavalerie, Napoléon n'aimera guère à combattre dans les plaines de Chàlons.
« Sachant que l'ennemi se proposait de faire sauter le pont de la Moselle à Greux % j'y ai (Mivoyé un officier de mon élal-major.
1 Fabien à Wrède, Lunéville, 20 janvier. (A'. A'. Kriegs Archiv., 1. 511 c.)
* Wrède à Sch\i'arzenberg. (/6irf., I, 492 d.)
» Schwarzenberg écrivant de Langres, le 22, à Bellegarde et à CoUoredo pour les mettre au courant de la situation, leur donnait sur TafTairc de Grcu\ les renseignements complémentaires que voici :
« Le prince de Scbwarzenberg aux généraux comte Bellegarde et Colloredo. — Langres, 22 janvier 1814.
« La grande armée fait balte le 22. Le 1^^ corps est à Dijon. L*ataman comte Platoff, malgré toutes les difficultés que présentait l'entreprise, a franchi la Meuse à Greux et se porto par Joinville et Bar-sur- Aube sur Bar- sur- Seine.
c< Lors de l'arrivée de Tavant-garde sur la Meuse, Tenncmi avait de la cava-
qui a trouvé sur ce point Tataman comte Platoff. Une patrouille française avait tenté Tcntreprise, mais elle avait été chassée par les cosaques, qui ont pris un officier et plusieurs dragons.
« Uofficier fait prisonnier a dit que le général Milhaud, établi hier à Vaucouleurs, s'était avancé jusqu'à Maxey, et que ses avantpostes étaient à Taillancourt.
« Platoff me prévient qu'on attend de Tinfanterie française à Vaucouleurs. »
De tout le V^ corps, Frimont faisait seul un petit mouvement ce jour-là et venait avec la division Spleny à Colombey-aux- Belles-Femmes (Colombey-Ies-Belles) ; la division Antoine Hardegg suivait et échelonnait ce mouvement. Si, du cOté des Alliés, on continuait à n'avoir qu'une idée vague des mouvements des Français, que des renseignements incomplets et contradictoires sur leurs positions, il n'en était pas de même au 2*5 corps français. La cavalerie française n'ayant pas un seul instant cessé de suivre d'un œil attentif les mouvements des Alliés, Victor était encore, le 20 à une heure de l'après-midi, en mesure de pouvoir dire dans une dépêche que, de Vaucouleurs *, il envoyait à Grouchy : « Il parait certain que l'armée ennemie marche pour passer la Meuse, puisque les Bavarois et les Autrichiens ont remplacé les Russes à Xeufchàteau. Je pense que l'ennemi va faire un mouvement sur Gondrecourt, afin de chercher à arriver à Ligny et à Saint-Dizier avant nous*. »
Le général Grouchy savait, en outre, que les Alliés défilaient à son extrême droite par le pont de Domrémy et se portaient de Greux vers Gondrecourt; qu'une reconnaissance envoyée par le général Lamothe (de la division Lhéritier), de Brixey aux Chanoines à Sauvigny avait été enlevée ; que la cavalerie alliée conti-
lerie sur la rive opposée. On fit passer quelques hommes à l'aide de barques. On rejeta la cavalerie ennemie en lui prenant 1 lieutenant et 19 hommes. Nos pertes sont de 2 cosaques et 10 chevaux
« Le lieutenant fait prisonnier a dit qu'il venait de Taillancourt, où il y avait 5 régiments de cavalerie, sous les ordres du général Grouchy, qui forme Tavant- garde du maréchal Victor.
« Un autre parti de cosaques, envoyé pour soutenir ce détachement, n'a plus trouvé l'ennemi à Taillancourt et s'est assuré de la retraite des avantpostes ennemis sur Void. » (K, K, Kriegs Archiv,, 1, 518.)
* (ÎROUCHY, Mémoirei. Rapports des généraux de France, La Mothe, Bridie et de l'adjudant commandant de La Condamine. {Archives de la Guerre.)
nuait à pousser en force surGondrccoiirl, par Voulhon, et qu'une autre reconnaissance, envoyée à Houdelaincourt, avait aperçu des coureurs se dirifçeant vers Joinville et cherchant à savoir c(* qui se passait vers Sainl-Dizier etChauniont, tandis que, du cùlé de Commercy, le général Briche signalait la présence de fortes colonnes à Bouconville et Aprcniont.
Positions des IIP et IV« corps. — Pour les IV« et in« corps, postés Tun à Chaumont, l'autre îi Touest de C.haiinionl, sur la route qui mène de cette ville h Ch;Uillnn-siir-Seine, tout se borna à rinstallation du quartier général de Gyulay à Arc-en-Barrois, et au passage de TAube par Tavant-garde, avec hupielle Oenneville alla jusqu'à Courban.
Mortier à Bar-sur-Aube. — Pendant ce temps, le duc de Trévise* avait achevé, sans être incfuiété un seul instant, sa retraite sur Bar-sur-Aube. Les partisans alliés, ayant fait savoir que Chàtillon-sur-Seine n'était pas occupé par les Français, Schwar/enberg écrivit aussitôt h Barclay d(î ToUy*, dont les létes i\v colonnes arrivaient à ce moment à Langres, pour l'inviter h modifier de suite les destinations précédemnu^nt données à Platotf et à Stscherbatoff, à pousser Platotf par Joinville et Bar-sur-Seine vers Auxerre, afin de couvrir l'aile gauche, et à diriger Stscherbaloti* entre Chàlons et Troyes afin de renseigner les Alliés et d'inquiéter
1 Le 20 au matin, il occupait fortement Lignol et songeait à faire réoccnper Colomtiey-Ics-])cux-Egliscs. U avait, d'antre part, fait garder, en aval de Barsor-Anlje, le pont do Dolancourt et établi les grenadiers à cheval en colonne entre Bar, Ailleville et Arsonval.
« « Prince de Sch^arzcnberg au comte Barclay de ToUy. — Langres, 20 janvier 1814.
« Votre Excellence reconnaîtra avec moi qu'il est actuellement indispensable de modiGer les directions de marche du corps de l'ataman comte PlatofT et du détachement du général-major prince StscherhatotT.
M Je vous prie donc d'envoyer au comte PlatofT l'ordre d'aller par Joinville et Bar-snr-Seine sur Auxerre, d'où il devra couvrir votre gauche et d'où il pourra sans peine pousser vers Sens et Fontainebleau.
u Cest là le plus beau rôle qu'on puiae donner d un corps de ce genre, et je crois cHte mission si importante que je prie Votre Altesse d'adjoindre au comte Platoff quelques officiers de son étal-major,
a Je prie Votre Excellence de pousser le général Stscherl)atofT entre Troyes et Ghàions-sur-Marne, afin qu'il nous renseigne sur les mouvements et la position de Tenuemi et qu'il inquiète en même temps les routes menant à Paris. »
(A'. A'. Kriegs Archiv,, I, 477, et Tagesbegebeuheilen, Ibid., I, 30.)
les communications de Tennemi par des pointes exécutées sur les routes menant à Paris.
Le I«f corps était à Montsaugeon ; comme il ne se composait plus que de la division légère Ignace Hardegg et de la division Wied-Runkel, on le fit renforcer, d'abord par la division légère Maurice Liechtenstein, puis par la division Bianchi, la division de grenadiers de Trautenberg et la division de cuirassiers de Nostitz , toutes trois tirées de la réserve autrichienne. On en forma une colonne qui, opérant pour son compte comme extrême gîiuche de la grande armée, devait se porter des environs de Dijon sur Chi\tillon-sur- Seine.
Composition nouvelle des troupes sous les ordres du prince héritier de Hesse-Hombourg. — Il est bon de rappeler ici que les troupes placées sous les ordres du prince héritier de Hesse-Hombourg, cantonnées à ce moment autour de Dijon, à Gray et Mirebeau, et chargées du blocus des différentes places, du maintien des communications avec Bubna devaient se composer, à partir du 23, de la brigade légère Scheither', d'une division mixte de cavalerie et d'infanterie laissée au prince Aloïs Liechtenstein (II" corps), pour remplacer la division Grelh, cédée dès le début des opérations à Bubna, de la division Wimpffcn provenant du V^ corps ; enfin, de la division de grenadiers Weissenwolff et de la division de cuirassiers Lederer, qui avaient précédemment appartenu aux réserves autrichiennes. Ces réserves allaient donc, à proprement parler, cesser d'exister à, partir du moment où ces différentes transformations auront été accomplies.
Lettre de Blûcher à Schwarzenberg. — Enfin, c'est encore le 20 janvier que Bliicher, annonçant de Nancy à Sch\var/.enberg la prise de Toul, lui confirmait ses précédents rapports et l'entretenait, comme on le verra dans la dépèche ci-dessous, des propositions qu'il avait faites aux prisonniers espagnols trouvés h Toul.
* Nous aurons à nous occuper au chapitre V, consacré spécialement aux opérations de Bubna et de l'armée du Sud, de quelques mouvements exécutés par la brigade Scheither. Cet officier général, après avoir assuré jusqu'au 30 janvier le blocus d'Auxonne, fut relevé à cette date par la division Wimpffen. Renforcé par un bataillon de cette division et par quelques troupes appartenant à Bubna, il reçut l'ordre de s'emparer de Chalon-sur-Saône et de combiner ses opérations avec le colonel Wieland, de la division Bubna.
Voir pour ce dernier ordre : K, K. Kriegg Archiv, , I, 632.
« Le feldmaréchal Bluchor au i)rinco de Schwarz<Miberg'.
« Nancy. 20 janvier 1814.
« Je félicite Voire Altesse de?s succès remportés h Langres et la remercie des nouvelles qu'elle m'a envoyées relativcMuent h la marche des IV« et V* corps.
« Je ne peux aujourd'hui que confirmer mes j)récédents rapports. Un homme revenu hier ici m'annonce qu'il a trouvé, le 17, l'armée du maréchal Victor en marche de Ligny sur Chàlons.
« La concentration de l'ennemi à Chîllons peut, par suite, être chose faite le 21.
« Hier, j'annonçais à Votre Altesse (jue l'ennemi tenait encore Toul, et que je me pro|)Osais de faire tourner cetti» ville.
« Les hautes eaux ont quelque peu relardé la marche des troupes, mais j'ai fait enlever Toul aujourd'hui.
« Le général Sacken m'informe, par une communicalion verbale», qu'il y a pris 400 hommes et 2 canons.
« Je transfère mon quartier général à Toul. L'ennemi y a, (hms la précipitation de sa retraite, oublié les Espagnols qu'il y tenait prisonniers. J'ai, fait nieltre en liberté le général Sotomayor, 30 ofticiers et bon nombre de soldats.
« J'ai offert aux ofticiers ou de retourner dans leur patrie par la Hollande, ou de former avec leurs hommes un bataillon spécial, à la tète duquel ils rentreraient chez eux dès que nous serons en communications avec lord Wellington.
« Le général Sotomayor et quelques officiers nintrent par la Hollande. Le reste constitue un bataillon que j'ai déjà armé H que j'emploierai, d'une part, pour escorter les convois, de l'autre, pour assurer le ser\'ice de garnison.
« Le général Pahlen est aujourd'hui à Lunéville. »
P. S. « J'envoie à Votre Altesse copie du rapport du général Sacken qui me parvient à l'instant. »
21 janvier. — Pahlen dirigé sur Joinville. — Mouvement du VI* corps. — Pendant que Pahlen faisait le 21 une halte à
i K. K. Kriegs Archiv,, I, 466.
Lunéville, Witlgonslcin, auquel Schwarzenberg * réiliTC encore Tordre d'accélérer sa marche sur Nancy, débouchait, enfin, de Saverne en trois échelons, après avoir laissé la o« division d'infanterie avec le prince Gortchakoff devant Kehl et Strasbourg, le général major Schakoffsko'î avec 2 régiments de la 3« division devant Landau, et 2 régiments de la 14'» division devant Phalsbourg. Le prince Eugène de Wurtemberg quittait Saverne le 21 avec son corps. Le quartier général de Wittgenstein avec le régiment de cosaques Ilowaïsky XII et le détachement du général Riidinger (hussards de Grodno, un bataillon du régiment de Selenguinsk, la moitié du régiment cosaque de Wlassoff et 2 pièces d'artillerie Il cheval), en partait le 22, et enfin le général Helfreich avec 2 régiments de sa division (la 14«), le régiment de dragons d'Ingrie et 12 bouches à feu, le 23.
Dans le rapport qu'il adressait ce même jour îi Tempereur d'Autriche*, Schwarzenberg, après lui avoir annoncé que le parti de cavalerie envoyé sur la route de Troyes n'y avait rencontré pcîrsonne, ajoutait qu'il donnait à Pahlen l'ordre de venir à Joinville avec la cavalerie du VI« corps, afin d'avoir cette cavalerie h hauteur des tètes de colonnes du Y* corps et de l'armée de Silésie.
Ordres de Schwarzenberg à Wrède. — Le V« corps étendit sa gauche jusqu'à Bourmont, et Frimont, arrivé avec ses Autrichiens à NeufchAteau, les y cantonna le long de la Meuse.
Pendant que Schwar/.enberg' écrivait au commandant du V^ corps pour lui dire (|ue « Teimemi pouvait, au lieu de se masser à Troyes, se concentrer à Chàlons, mais que néanmoins,, au lieu de prendre plus à droite })Our se porter sur Ch<11ons. il aimait mieux marcher sur Troyes, parce qu'une fois l'armée alliée arrivée à Troyes, Napoléon, menacé sur son aile droite, se trouvant dans l'impossibilité de rester îi Chàlons, serait forcé de se porter en avant pour venir attaquer l'armée alliée sur une i)Osi-
* Scliwarzenberg à Wittgenste'n, Langres, 21 '}^BYieT,{K,K.KriegsArehiv,, I. 4Gn.)
2 Rapport journalier à l'empereur d'Autriche, Langres 21 janvier. (Ibid,, I, 503).
' Sclnvarzcuberg à Wrède, Langres 21 'janvier. (Ibid., I. 492, o.)
lion qu'il aura été facile de choisir h Tavance », Wrède recevait de Biùcher une dépôche que nous croyons devoir donner dans toute sa teneur.
Lettre de Biùcher à Wrède. — Le général bavarois Iraiismettait cette lettre au généralissime, avec h» rapport de Pahlen (relatif à sa halte h Lunéville), en ajoutant qu'il avait conseillé à ce dernier de venir h Gondrecourt et demandé h Wittgenstein de se relier à la droite du V» corps*.
« Le feldmaréchal Blucher au général do cavalerie comte» de Wrède. — 21 janvier 1814, 9 heures du malin.
« J'ai reçu la lettre que m'a apportée l'aide de camp prince de Lôwenstein.
« L'armée de Silésie marche aujourd'hui par Void, Commercy et Vaucouleurs pour s'assurer les |)assages de la Meuse.
« Le général Sacken a appris à Nancy (\\w rcMinemi est en marche de Chàlons sur Langres ; mais ni lui ni moi nous n'ajoutons foi à cette nouvelle.
« Connue vous devezrester à Bourmont jusqu'à ce (jue le prince de Schwarzenberg ail fait serrer son extrême gauche, j'altendrai de mon côté l'arrivée d'York à Sainl-Mihiel, où le général ne s(Ta que le 26.
« L'armée de Silésie ne pourra donc être concentrée entre Arcis et Vitry que le 30.
« Ma cavalerie a néanmoins pour ordre de gagner conslanmient du terrain en avant *. »
La cavalerie de Platoff et de Stscherbatoff , soutenue par Wassiltchikoff à Vaucouleurs. — Passage de la Meuse. —
Platoff et Stscherbatoff' étaient encore à ce moment devant le front du V« corps vers Joinville et Vaucouleurs, oii la caval(»rie du général Wassiltchikoff était arrivée dans la nuit du 20 au 21.
* Wrède à Scliwarzeuberg, Neufchûteau, 22 janvier. (K. K. Kriegs Archiv., I, 511.)
* Blûcherà Wrède, 21 janvier. {Ibid., I, 511 a.)
» Tagesbegebenheiten (Ibid., I, 30).— D'après les registres de BeUiard, le duc de Bellune occupait Commercy, Void, Vaucouleurs et Gondrecourt ; Ney était à Bar-le Duc, Ligny et Saint-Dizier. BeUiard, ajoutait : « Le mart'chal duc de Tréviie doit être à Chaumout. »
Stscherbatoif*, qui n'avait pas encore connaissance de la présence de Wassillchikoff, passa dans la journée la Meuse à Sauvigny et poussa de là par Gondrecourl jusqu'à Bonnet, d'où il envoya des partis à gauche sur Joinville, îi droite sur Vaucouleurs. Le soir ses cosaques occupaient ces deux points.
Affaire de Pavant-garde du W^ corps à Juzennecourt. —
L'avant-garde du IV® corps, sous le général von Stockniayer, s'avança sur la route de Bar-sur-Aube jusqu'à Blézy et Gillancourt. Le général von Jett, qui était à Bologne, y recevait l'ordre de pousser des partis vers Joinville pour communiquer avec Plaloff. Quant au lieutenant-colonel Rôhricli, posté avec ses deux escadrons à Bricon, il avait pour mission de se relier au III^ corps posté * à Courban et à Arc-en-Barrois.
L'arrière-garde de Mortier occupait encore Colombey-les-Deux- Églises, et les cavaliers alliés avaient eu quelques escarmouches avec les coureurs français dans la forêt de Juzennecourt '.
Thurn trouve Caulaincourt à Châtillon. — Le l^^ corps, continuant sa marche sur Dijon, est à Is-sur-Tille et à Thil- ChAtel, le corps volant du lieutenant-colonel Thurn à La Fertésur-Aube et ChiUillon-sur-Seine, d'où cet officier adresse à Schwar/.enberg les deux lettres suivantes pour lui annoncer l'arrivée du duc de Vicence, chargé de représenter La France au Congrès de Châtillon, et pour lui communiquer les particularités de l'entretien qu'il a eu avec Caulaincourt * :
« Le lieutenant-colonel comte Thurn, au prince de Schwarzenberg. — Chj\tillon, 21 janvier 1814, 9 h. 1/2 soir.
« Un courrier du duc de Vicence vient d'arriver m'annonçant que le duc en personne serait ici dans une demi-heure. Je l'enverrai à Langres par Arc, mais j'ai cru de mon devoir d'informer immédiatement Votre Altesse. »
« Le lieutenant-colonel comte Thurn, au prince de Schwarzenberg. — Chiltillon, 21 janvier 1814, 10 heures soir.
* Stsclierbaloff à Schwarzenberg, Bonnet, 21 janvier. {K. K.Kriegs Arcliiv., 1,512.)
» Journal (l*opérations du IV*» corps. (Ibid., 13/56.)
' Tagesbegebenheiten. (Ibid., I, 30.)
« Thurn à Scbwarzenberg.ChâtiUon, 21 janvier. (/&id.,I, 485 et ad l, 485.)
« Le duc de Vicence vient d'arriver et m'a dit qu'il voulait parler au prince de Metternich en personne ou attendre ici une lettre du prince.
« Lorsque je lui dis : « Je viens, Votre Excellence, recevoir o vos ordres (sic), » il me r(^pondit : « C'est à vous, les vain- « queurs, de nous les donner. » J'ai fait mon possible pour le traiter avec une politesse égale à la sienne.
« J'attends avec impatience les ordres de Votre Altesse et désire surtout savoir si je puis laisser le duc, comme il le désire, continuer sa route.
« Le duc me remet à l'instant une lettre à transmettre. »
De son côté, le généralissinu» avait prescrit au général Toll de diriger par Aubigny et Thil-Chatel sur Dijon les deux régiments de cosaques provenant du corps dissous du colonel Scheibleret destinés à rejoindre le le' corps d'armée (Colloredo). Schwar/enberg ajoutait que, comme ces deux régiments de cosaques seraient affectés h la division du comte Ignace Hardegg, il serait bon qu'il y eût dans leurs rangs (juelques officiers cosaques parlant le français *.
Lettre de Schwarzenberg à Blûcher.— Enfin, informant Rlûcher de la marche des III®, IV«, V" et VI^ corps et des résenes russes vers Troyes, le généralissime ajoutait : « La direction à donner à la colonne de Dijon (!«»• corps et corps du prince héritier de Hesse-Hombourg) dépendra des nouvelles que je compte recevoir demain. J'approuve votre marche sur Arcis ; mais je crois que vous ferez bien d'exécuter au préalable, ou en même tempSy par Vitry-le-François, une démonstration sur Chutons, Je vous préviendrai du jour où je compte être à Troyes * ».
22 et 23 janvier. — Mouvements de Stscherbatoff sur Saint-Dizier. — Le 22 et le 23, c'est h peine si les différents corps de la grande armée firent le moindre mouvement. Au VI® corps, Pahlen passa la Moselle au pont de Flavigny, se porta jusqu'à Vézelise, où il fit reposer encore une fois son monde pendant
1 Schwarzenberg à ToU. Langres, 21 janvier. (A'. A'. Kriegs Archiv., l, 500.) * Schwarzenberg à Biùcher. Langres, 21 janvier. {Ibid,, I, 492.)
W«il. 11
toute la journr'?c du lendcmaûi, et Willgenstcin se rapprocha graduellement de Nancv.
Le V« corps ne bougea pas, mais, chose singulière, au moment même où Schwarzenberg n'aurait dû songer qu'à une offensive vigoureuse, il trouvait le temps d'écrire longuement h Wrède et d'insister îi nouveau sur la nécessité de faire mettre en état de défense Hanau et Memmingen *.
Stscherbatoff, arrivé à Bonnet depuis la veille, recommençait son mouvement vers Saint-Dizier, tout en conservant, écrivait-il à Schwarzenberg *, sa communication à gauche avec Platoft. Il craignait seulement que les grandes inondations ne fissent occuper (c'est le terme même dont il se sert dans sa dépêche rédigée en français; beaucoup de temps à ses marches.
Le prince royal de Wurtemberg était toujours à Chaumont. Le III« corps s'étendait de Chàteau-Villain et Blessonville jusqu'à (Uairvaux et La Ferté-sur-Aube ; et Thurn, pour les raisons qu'il expose dans sa lettre, avait cru bon de ne pas s'éterniser à Chiltillon et avait, comme on va le voir, poussé vers Bar-sur-Seine.
Mouvement du corps volant de Thurn sur Neuville. --
« Le général von Hecht' ayant laissé à Chàtillon une troupe destinée à servir de garde d'honneur au duc de Vicence, j'ai cru (|ue ma présence et celle de mon détachement devenaient inutiles sur ce point, et j'ai poussé par suite, hier 22, mon avant-garde vers Bar-sur-Seine. J'ai occupé aujourd'hui Neuville où se trouve ma cavalerie, et Gyé, où sont mes chasseurs.
(( Le duc de Vicence m'avant fait connaître les causes de son voyage et la raison de sa présence h ChîUillon, en me donnant communication d'une lettre du prince de Metternich, j'ai cru pouvoir laisser arriver jusqu'à lui deux courriers venant de Paris; mais je l'ai prévenu en môme temps que, tant que nous n'aurions [)as reçu d'ordnîs de nos chefs, aucun de ces courriers ne serait autorisé à retourner à Paris.
« Un(; patrouille, que j'avais envoyée avec un émissaire dans
1 ScliNVîirzeiihorg û Wrède. Langrcs, 22 janvier. (A'. A'. Kriegs Arcku\, 1, 524.)
' StsclicrbatofT à Schwarzenberg. Bonnet, le 22 janvier. {Ibid , I, 312.)
' Thurn à Schwai'zenberg. NeuviUe, 23 janvier, trois heures après midi. (A'. A'. Kriegs Arehiv., 1, 527.)
la direction de Bar-sur-SeiiK». annonce quo l'cMincnii n'a laisse à Troyes qu'une faible garnison et s'est replié, aveu* le jj;ros de ses forces, en partie sur Chî\lons, en j)arti(» sur Sens.
« Le feidzeugmeister comte Gyulay vient d(^ me Iransmelln» les ordres de Votre Altesse relatifs à la réception et au départ des courriers du duc de Vicenoc».
a J'ai dirigé sur le quartier général d(» Votre Altesse le général et les officiers espagnols que j'avais trouvés à (^hâtillon. »
Les réserves et les gardes russes et prussi(»nn(^s, arrivées le "ii à Humes et s'échelonnant en arrière jus(prà Fayl-Billot restèrent, elles aussi, dans leurs cantonnements jusqu'au :28.
Voyag6 de Schwarzenberg à Dijon. — Arrivée de l'empereur de Russie à Langres. — Ce fut à ce moment ([ue Schwarzenberg crut devoir partir le 23 pour Dijon alin d(^ surveilh^r par lui-même l'exécution des mesures qu'il avait ordonnées quelques jours auparavant et qui modifiaient sensiblement la composition du !«' corps et des réscr\'es.
Ce fut alors également que l'empcîreur de Russie arriva à Langres, et c'est vraisemblablement îi sa présence qu'il convient d'attribuer la reprise des 0[)ératioiis complètement arrêtées, sans raison plausible, depuis le 18.
Le 23 janvier, de Blamont, Wittgenstein a<'<'usant réception à Schwarzenberg des ordres qui le dirigeaient par Nancy et(]oIombey-les-Bellcs sur Gondrecourt. lui annonçait que Pahl(?n prendrait, le 24, position entre Wrède, posté à Neufchilteau, et Hlftcher, qui devait s(î trouver entre Saint-Mihiel, Void et Vaucouleurs, et qu'il arriverait lui-même le 26 entre la Moselle et la Meuse à Colombey *.
Positions de Mortier. — Affaires de Clairvaux et de Tremilly. — L'arrière-garde de Mortier occupait toujours devant les III® et IV« corps, entre Colombey-les-Deux-Églises et Bar-sur-Aube, une forte position , d'où elle ne cessait de pousser des reconnaissances offensives contre les avant-postes des Alliés.Toujours fidèle à
^ WiUgensteia àSch>K'arzenberg. Balmont, 23 janvier. (A". K, KriegsArchiv.. L 580.)
celle; détensive aclive qui lui avait si bien réussi, le duc de Trévise avait fait attaquer, le 23 au matin, par les chasseurs de la garde, le [)oste de Clairvaux-sur-Aube et y avait enlevé une douzaine d'hommes (chevau-légers de Klenau et Croates) de Tavant-garde du général Hecht (III® corps) qui, précédant Gyulay, était depuis le 23 au matin à La Ferté-sur-Aube.
Le prince royal de Wurtemberg, irrité de ces alertes incessantes et de ces coups de main qui fatiguaient son monde, avait eu rinlention d'enlever par surprise, le 23 au matin, les postes français de Colombey-les-Deux-Églises ; mais il renonça à ce projet dès qu'il sut que les Français occupaient solidement les bois situés entre Colonibey et Juzennecourt, et, après en avoir obtenu l'autorisation de Schwarzenberg, il se décida, pour le lendemain, h une attaque combinée des III® et IV® corps sur Bar-sur-Aube.
Comme l'ataman Platoff avait fait savoir de Joinville, le 22*, au prince de Schwarzenberg que, continuant à marcher sur Bar-sur- Aube, il serait à Doulevant le 23 ; comme son avant-garde avait poussé de lii des partis en avant de ce village et que l'un d'eux avait même cherché à intercepter la route de Bar-sur-Aube ii Briennc pour y enlever des courriers, on l'invita à prendre part ii l'opération résolue sur Bar-sur-Aube, en tombant sur la gauche et les derrières de l'ennemi, au moment où il commencerait sa retraite.
Les mouvements de Platoff n'avaient pas échappé à la vigilance de Mortier, dont les reconnîiissances avaient eu affaire aux Cosa<[ues de Tataman ù Tremilly. Le maréchal sachant que Vassy et Monliérendcr étaient occupés par les Alliés, avait aussitôt, après cette escarmouche, envoyé 500 hommes d'infanterie avec 2 canons et 50 chevaux s'établir à Tremilly, ce point se trouvant sur les communications de Joinville h Brienne.
Comme il s'attendait à voir les Alliés faire un détachement sur Brienne, il avait prescrit au général Dufour, alors à Arcis-sur- Aube, d'aller occuper Brienne au plus vite. Le maréchal ne s'était pas trompé en pensant, ainsi qu'il l'écrivait le 23 au matin au major général, que Gyulay et le prince royal attendaient l'arrivée des Cosaques de Platoff pour agir ; il était, dès ce moment, convaincu qu'il allait être sérieusement attaqué le 24, et demandait avec instance ii connaître la direction qu'il aurait à prendre, soit
' Rapport de Platoff, 23 janvier. {K. K. Kriegs ArcfUc, l, 629 6.)
sur Troyes, soit sur Ch»11ons, dans lo cas fort j)robal)I(> où il s(» trouverait hors d'état de résistt>r à d(\s forces Icllciinciil supcN Heures aux siennes.
24 janvier. — Combat de Bar-sur-Aobe. — (iOnfomicniont à l'entente convenue entre le princ<» royal de WurliMnberg et le feldzeugmeister comte Gyulay, le IV« corps se j)orta h» 24 an matin vers Bar-sur-Aube, par la rive droite» de TAube, le !II« par la rive gauche.
L'arrière-garde du duc de Trévise, sous les ordres du général Letort, sun'eillait de Colombey-les-!)enx-Églises la route de Chaumont, avec 4 bataillons, 4 escadrons et G pièces ; une forte colonne avait pris position plus en arrière, de fac^^on à [)Ouvoir recueillir les troupes de Letort, sur les hauteurs situées en arrière du ruisseau de Rouvres. De cette façon. Mortier avait îi sa gauche t»t devant lui le village de Voigny; fi sa droite, son artillerie enfilait à la fois la route de Colombey et le pont Houdelin, (pii franchit TAube h Fontaines; la division Michel occu[)ait ce village. Enfin, sur la rive gauche, le rest(» des trou|)es du maréchal giirnissait les hauteurs de Sainte-Germaine.
A onze heures du malin, Gyulay, qui marchait par la rive gauche avec son corps d'armée formé en deux colonnes, vint donner à Bayel, avec la colonne» qui longeait la rivière, contre les avant-postes français, qui se replièrent sur Fontaines, au moment où la division Michel se déployait en avant de ce village.
a J'apprends h Finstant, dit à ce propos S(!h\varz(»nberg dans le rapport qu'il adressait le lendemain à l'empereur d'Autriche*, que le feldzeugmeister comtt^ Gyulay s'est avancé avec h» III« corps, le long de l'Aube, a repoussé l'avant-garde ennemie jusqu'au pont de Beau-de-Ville (il doit s'agir ici du pont Boudelin), où Tennemi a pris une bonne position, avec 12,000 hommes (?), 10 canons et 4 obusiers. Le comte Gyulay, ayant reconnu qu'il était impossible d'enlever cette position sans sacrifier beaucoup de monde, s'était décidé h attendre l'arrivée du IV« corps; mais h midi, l'ennemi déboucha de Bar-sur-Aube, attaqua le lU^ corps qui le rejeta et le fit poursuivre par sa cavalerie jusque sur scîs
* Schwarzenberg à Temperenr d'Autriche. Langres, 25 janvier. (A'. K. Kriegs Archiv., I, 582.)
positions. L'ennemi renouvela à plusieurs reprises ses attaques que (lyulay réussit à repousser. »
Le prin<Mî royal th» Wurtemberg, dont le corps était également formé sur deux eolonn(»s, arriva h midi avec son avant-garde (général von Stockmayeret 3 bataillons), se dirigeant sur Colombey-la-Fosse qu'il voulait prendre à revers, pendant que le général von Jett, avec 2 régiments de cavalerie, 2 bataillons et une batterie à cheval, avait pour mission d'attaquer ce village de front. Le princ(î royal ipii avait laissé le reste du IV® corps avec le général Koch à Chaumont, n'avait en réser\e que 2 bataillons, 1 régiment de cavalerie et une batterie.
Le général Letort avait, des hauteurs de Colombey, pénétré les projets du commandant du IV« corps, et s'était mis aussitôt en retraite.
Le prince royal, se portant en avant sans attendre l'arrivée du gros de l'infanterie du général Storkmayerqui n'avait pas encore paru, ch(;rcha îi entamer avec sa cavalerie et sa batterie <\ cheval, la petite colonne du général Letort, qu'il atteignit à Lignol. Celui-ci continua h effectuer sa retraite en bon ordre et ne tarda pas à être recueilli sur le phiteau de Rouvres par la division Priant, qui garnissait les hauteurs du village de Voigny, pendant que les 20 bouches à feu, que Mortier avait mises en batterie sur ce point, obligeaient les Wurlembergeois à s'arrêter. « Le prince royal de Wurtemberg, dit Schwarzenberg dans son rapport, dont l'infanterie et fartillcîrie étaient restées en arrière, ne put attaquer cette j)Osition. »
Oyulay avait continué à attaquer le pont de l'Aube et le village (le Fontaines, mais, dit le Journal des opérations *, il ne réussit pas îi les enlever et ne s'empara du pont (pie le soir.
L'artillerie wurtembergeoise, et plus lard l'artillerie autrichienne étant arrivées en ligne dans le courant de l'après-midi, le maréchal Morlier *, craignant avec raison d'être trop faible.
* Tapesbegehenheiten. (A'. A'. Kriegs Archiv., I, 30.)
' « Morlier à l'Kiiipereur. — Bar-sur-Aubo, 24 janvier.
M Ainsi q::c je m'y élais attendu, IVnneini m'a attaqué «lujourd'hui. Depuis six In-ures «lu matin les troupes étaient sous les aimes et j'étais en mesure. Le H;r, avec «leux canons, occupait le pont près de Doiancourt. Un régiment de vieille garde et trois pièces de position avait>nt pris poste sur le plateau entre Provervilie et S|)oy. Le village de Fontaines était occupé par les chasseurs
pour avoir une chance quelconque de résister le lendemain à Tattaque de forces par trop supérieures en nombre, jugea prudent d'évacuer Bar-sur-Aube pendant la nuit. « Gvulav, dit encore Schwarzenberg *, qui avait, ainsi ijue le prince royal, campé le soir en arrière du champ de bataille, m'annonce à l'instant ((ue Tennemi a évacué Bar-sur-Aube pendant la nuit, se retirant sur Chàlons et sur Troyes. Le feldzeugmeister a occupé !5ar-sur-Aube. Le IV® corps, posté î\ Rouvres, Lignol et Villeneuve-aux-Fresnes, lui sert de soutien. »
Mortier se replie sans que les Alliés s'aperçoivent de sa retraite. — Ici encore, comme à Langres, les Alliés s'aperçurent si peu du départ de Mortier, que le 24 au soir, les deux généraux se concertèrent en vue de l'attaque qu'ils comptaient
à cheval de la garde, nn bataillon do la vieille garde et iOO hommes de la 2« division. Le reste des troupes était rangé en bataille en avant de Bar, sur la route de Chaumont. Mes éolaireurs occupaient ArrentiAres. Vers onze lieures Tenuemi déboucha sur deux colonnes, l'une par la route de Chaumont. l'autre par celle de Clairvaux. C'était une attaque réelle. On ne pouvait s*y méprendre à la profondeur d(;s colonnes qui se présentaient devant moi. De fortes masses d*infanteric de la colonne venue de Clairvaux tentèrent do s'emparer du pont au-dessus de Fontaines. Mon artillerie l'en éloigna. Trois fois Fontaines fut attaqué avec impétuosité, trois fois l'ennenii fut culbuté. Il porta sur sa gauche de fortes colonnes. Cependant Spoy n'avait pas encore été attaqué à la tombée de la nuit.
« Le général Letort avait reçu l'ordre de se replier de Colombey-les-Deux- Ëglises sur Lignol. 11 fut suivi par le corps du prince royal de Wurtemberg et une nuée de cosi^ques. 11 vint se mettre en ligne avec nous, su gauche dans la direction du plateau de Voigny, que j'avais fait occuper, et s'y est maintenu malgré la supériorité des forces qu'il avait devant lui J'ai eu affaire au corps de Gyulay, que les prisonniers afilrrnent de .'^0,000 hommes. Ces fon'cs sont indépendantes de celles du prince rojal de Wurtemberg, qu'on évalue de 12,000 à 15,000 hommes.
« Dans mes précédents rapports, j'avais eu Thonneur de faire connaître à Votre Majesté que l'ennemi manœuvrait par les deux rives de l'Aube. Il paraîtrait que toutes les forces concentrées à Arc, Château- Villain, La Fertésur-Aube, Clairvaux, etc., s'étaient réunies. Ma position n'étant plus tenable, je me porterai demain sur Vendeuvre pour couvrir la route de Paris. Je compte camper ensuite au pont de la Guiilottiùre, qui m'offre une bonne position où je tenterai de nouveau le sort d'une bataille avant de me rendre à Troyes Si Votre Majesté pense que je doive aller de Troyes à Arcis-sur-Aube, cil».; aura la bonté de me le faire savoir . Je préviens de mon mouvement le général Gérard, qui a dû se rendre à Rrienne. Platoff était à Doulevant : ses cosaques inondent le pays ». (Archives de la Guerre,)
* Schwarzenberg à l'empereur d'Autriche. (A'. A'. Kriegs Archiv., 1, 582.)
exécuter le lendemain. Ici encore, ils perdirent le contact. Leurs troupes légères et leur cavalerie s'étaient laissées arrêter par le premier obstacle qu'elles avaient rencontré sur leur route, le pont détruit près de Spoy, sans même essayer de trouver un autre passage et de poursuivre plus loin. Aussi, au lieu de chercher à savoir ce qu'était devenu Mortier, leurs généraux s'en tenant à des suppositions, se fiant aux bruits recueillis et ù des renseignements qu'ils n'avaient pu faire contrôler, annonçaient au généralissime que le gros des troupes du duc de Trévise avait, de Bar-sur-Aube, pris la direction de Châlons, que la garde seule était allée à Troyes. Avec un peu d'activité et d'initiative, il leur aurait été cependant facile de constater que le petit corps français, presque exclusivement composé de troupes de la garde, s'était tout entier replié sur Troyes. Enfin, on ne s'explique guère les raisons pour lesquelles le prince royal laissa le gros de son corps à Chaumont, et ne porta que 7 bataillons, 13 escadrons et 3 batteries à l'attaque de Bar-sur-Aube.
Fautes et mensonges de Platoff . — Le combat de Bar-sur- Aube avait, d'ailleurs, coûté pas mal de monde aux deux adversaires, mais comme le dit le Journal des opérations tenu au quartier général de Schwarzenberg*, comme le constate également le Journal des opérations du IV® corps', les Français auraient certainement plus souffert, si, ainsi qu'il en avait reçu l'ordre et ainsi qu'il l'avait promis la veille au prince royal de Wurtemberg, Platoff avait paru sur leurs derrières avec ses 4,000 cosaques.
De même qu'à Épinal, Tataman était arrivé trop tard, et bien qu'au lieu de déboucher sur le derrière des Français, il se fût montré sur ceux du IV® corps, il osa néanmoins adresser à Schwarzenberg le rapport ci-après ' :
« Ayant pris avec mon corps la direction de Bar-sur-Aube, je faisais, de mes postes avancés, replier les détachements de cavalerie des gardes ennemies, de Joinville jusqu'à Beurville. Ces détachements étaient destinés à couvrir l'aile gauche du corps du
* Tagesbegebenheiten. (K, K. kriegs Archiv., I, 30.)
* Journal d'opérations du IV® corps. (Ibid., XIII, 56.)
' IMatoff à Schwarzenberg. Bar-sur-Aube, 25 jauvicr (en français dans l'original). (/T. K. Kriegs Arehiv., I, 572.)
maréchal Mortier, qui se trouvait à Bar-sur-Aube, ayant son avant-garde, hier, à Colombey-les-Deux-Églis(;s.
« Mes partis entretenaient la liaison avec les troupes wurtombergeoises qui occupaient le grand chemin de Chîllons. Jours et nuits, j'envoyais des cosaques en flanc et en dos de l'ennenii, devant le général Gyulay et le prince de Wurtemberg.
a Mes cosaques Tinquiétèrent de même pendant qu'il était aux mains avec ces généraux, dispersèrent les détachements de cavalerie des gardes qui voulaient s'opposer à eux et firent nombre de prisonniers. L'ennemi fut obligé de quitter Bar-sur-Aube. Il y abandonna 200 blessés et prit sa direction sur Troyes.
« Mes partis le poursuivent en côté sur le chemin ; mais demain, ils se dirigeront sur Bar-sur-Seine, où je vais me porter moi-même.
« Les prisonniers des gardes, que j'ai pris, ont été remis au comte Gyulay. »
Lettre du prince royal de Wurtemberg au général ToU. —
Le prince royal de Wurtemberg devait être cette fois moins patient, njoins crédule et moins indulgent qu';\ Épinal. Justement indigné et de la mollesse et des impudences de Platoft*, qui osait, de Beurville (à 15 kilomètres de Bar), lui annoncer, hi 25, ([ue ses cosaques avaient chassé l'ennemi de Bar, le prince royal ordonna, le 26 janvier, ii un des officiers de son état-major d'écrire au général lieutenant Toll. Dans cette lettre, qui est reproduite cidessous, il flétrit comme elle le mérite, quoique dans des termes peut-être un peu trop violents, l'inexplicable conduite de l'ataman pendant la journée du 24 janvier :
« Bien que ce document * ne doive pas être considéré comme une communication officielle, mais uniquement parce qu'il me semble nécessaire de faire connaître la vérité à Votre Excelhnice, je crois revenir encore une fois sur (affaire ' sérieuse d'avanthier, dont l'issue a été satisfaisante puisque la vieille garde, une
1 Bernhardi, ToU. Denkw'nrdigkeilen, V. 397. T^ottrc adress<^ au g6nérallicQtenant comte ToU par l'état-major général du prince royal de Wurtemberg, le 2ô janvier 1814.
' En français dans le texte.
partie de la jeune et une division arrivée de Metz en toute hâte ont dû se retirer après avoir subi de grosses pertes
« Dès (jue le prince royal eut combiné, le 23 après midi, son attaque avec le feldzeugmeister comte Gyulay, il écrivit à l'atanian (Platoff) pour l'engager à se porter, le 24, sur Bar-sur-Aube et à se montrer sur les derrières de l'ennemi, qui se retirait de Colombey. L'ataman, avant d'avoir reçu la lettre du prince, avait de son côté prié Son Altesse, par une communication datée de Beurville le 24 de grand matin, de vouloir bien entreprendre quelque chose contre Colombey, parce que lui, Platoff, avait l'intention de tomber sur les derrières de l'ennemi et de pousser sur Bar-sur-Aube.
« Nous comptions par suite d'une manière absolue sur la coopération de l'ataman; nous avions enlevé les positions de l'ennemi, nous l'avions rejeté sur la ville, en avant de laquelle il occupa sérieusement une nouvelle position sur le front de laquelle il avait mis vingt bouches à feu en batterie, et nous ne savions toujours rien de l'ataman, si ce n'est qu'on avait vu quelques cosaques sur nos propres derrières. Le prince royal espérait toujours voir l'ataman déboucher par Arrentières avec son artillerie, prendre l'ennemi à dos et l'obliger ainsi h traverser dans le plus grand désordre le défilé formé par la ville. Ce mouvement aurait permis ù Gyulay, sérieu.sement engagé à Fontaines, et au prince royal de se porter sinmltanément sur Bar et d'infliger h l'ennemi une véritable défaite.
« Mais ce ne fut qu'hier matin, après l'entrée de Gyulay à Bar et après le retour du prince royal de Bar à Colombey, que Son Altesse reçut dudit ataman une lettre toujours datée de Beurville, lettre par laquelle il lui faisait connaître que ses cosaques avaient chassé l'ennemi de Bar, et qu'ayant désormais les mains libres, il allait se porter en droite ligne sur Fontainebleau.
« A Votre Excellence d'apprécier la conduite de l'ataman. Quant II nous, après avoir critiqué et blîlmé son attitude, nous ne pouvons plus que rire de l'impudence de cet imposteur. »
Platoff dirigé sur Sens et Fontainebleau. — C'était cependant à un pareil officier que l'empereur de Russie avait cru pouvoir «îonfier la délicate mission qui consistait h enlever le pape i\ Fontainebleau. Le 24 janvier, en effet il avait fait écrire à Platoff
par Toll une lettre dans laquelle il lui disait : « Sa Majesté tient par-dessus tout à ce qu'une fois arrivé h Bar-sur-S(îin(% vous vous dirigiez de suite sur Auxon et Sens pour vous porter sur la route qui va de Paris h Dijon par Fontainebleau et la rive gauche de la Seine. Comme le midi de la France envoie sans c(;ss(i d(»s approvisionnements de toute sorte à Paris, tant par les routes d(^ terre que par les voies fluviales, vous ferez solidement occuper Moret et Nemours, points par h^squels tous ces transports doivent forcément passer, vous vous emparerez de ces envois en vous gardant de détruire des approvisionnements qui peuvent nous être très utiles, et vous aurez soin de faire connaître au princes de Schwarzenberg la nature et la quantité des envois (|ui tomberont entre vos mains*. »
On verra plus loin de quelle façon l'ataman s'acquitta de celle mission.
Pahlen à Haxey, Stscherbatoff à Eurville. — Pahlen (avantgarde du VI« corps) était arrivé le 24 a Maxey et le V^ corps n'avait pas bougé de Neufchûteau.
Stscherbatoff, moins indolent que Platofl', était du coté de Saint-Dizier, agissant avec ses partis h droite et gauche d'Eurville, annonçant à Schwarzenberg que, pendant les journées des 23 et 24, les troupes ennemies se repliaient de Void par Ligny sur Saint-Dizier.
C'est également d'Eurville * qu'il écrit au généralissime pour lui annoncer qu'il lui envoie le maire de cette ville, le baron de Lespérut, attaché au maréchal Berthier, « ])arce que, dit-il, la visite qu'il m'a faite et le désir trop manifeste quil avait de savoir la quantité des troupes qui demandaient des vivres et des fourrages, tout enfin me fait voir cet homme suspect.
« Mes soupçons peuvent être mal fondés, mais ma prudence m'oblige à faire plutôt trop que trop peu, quand cela s'agit pour le bien général.
« Hier soir, ajoute-t-il dans le même rapport, on avait pris
« Berxhardi, TolL Denkuurdigknten, IV, 238-39.
« Stscherbatoff À Schwarzeîiberg. Eurville, 24 janvier. (A'. K. KriegsArcliiv,, \, 548), et Tagesbegebenhciten (Jbid.j 1. 30).
deux espions, et en passant par Eunille un d'eux a été arraché par les habitants, que j*ai fait assembler, leur ai dit que nous ne venions pas faire la guerre à la nation, ce qui est annoncé par les proclamations ; mais si, au contraire, nou^ trouverions des malveillants qui s armeront ou ch^cheront à nou^ nuire de telle façon que ce soit, les coupables seront punis avec toutes les rigueurs militaires et leurs maisons brûlées * ».
Thurn à Bar-sur-Seine. — A la gauche, le lieutenant-colonel Thurn occupait Bar-sur-Seine. Comme il était destiné à opérer du côté de Troyes, le généralissime lui envoya le capitaine von Tully, du régiment d'infanterie Erlach, « parce que, écrivait-il, cet officier, originaire de Troyes et connaissant parfaitement le pays, pourra vous rendre de grands services lors de l'occupation de Troyes, et qu'il sera bon de l'y laisser comme commandant de place *. »
Le 24 janvier, Thurn écrivait, lui aussi, à Schwarzenberg pour rendre compte de ses opérations, mais surtout pour se plaindre d'un ordre de Wrède et demander, comme toujours, des renforts.
w Un courrier du général comte Wrède m'apporte à l'instant l'ordre qui m'enlève les deux compagnies de chasseurs bavarois attachées jusqu'à ce jour î\ mon détachement. Ces deux compagnies rejoignent dès demain l'armée bavaroise.
« Je me permets respectueusement d'appeler l'attention de Votre Altesse sur la faiblesse de mon corps. Il ne me restera plus demain qu'un petit escadron de hussards archiduc Ferdinand avec deux officiers (un capitaine et un lieutenant).
« Votre Altesse comprendra, j'ose l'espérer, qu'avant d'avoir reçu des renforts, il me sera absolument impossible de rien tenter contre l'ennemi.
« L'ennemi a poussé aujourd'hui une assez forte reconnaissance et a inquiété le parti que j'avais envoyé du côté de Troyes et qui s'est retiré ensuite par Vaudes et Saint-Parres.
t( Je me propose de tenir ici le plus longtemps possible. Il y a avec moi un parti volant envoyé par le feldzeugmeister comte Guylay, et qui se compose d'un escadron de chevau-légers et de
» Schwarzenberg à Thuru. Langres, 24 janvier. (K, K. Kriegt Archiv,, I, 504.)
2 compagnies d'infanterie, sous les ordres du lieutenant-colonel Selby * ».
HoaTements de CoUoredo. — Positions du prince héritier de Hesse-Hombourg. — A Textréme gauche, Colloredo qui avait reçu les troupes que lui attribuait la nouvelle organisation, et avec lesquelles il devait se porter sur Chî\tillon-sur-Seine, avait envoyé la division légère Ignac^e Hardegg dans la vallée de TArmançon, vers Montbard, sur la route directe de Dijon à Paris, et poussé sa propre avant-garde jusqu'à Saint-Seine.
Le prince héritier de Hesse-Hombourg, dont le gros était encore à Dijon, avait dirigé WiniptTen avec sa division, 2 régiments de cuirassiers et 2 batteries de position, sur Saint-Jean-d(»- Losne pour y disperser des rassemblements armés et perm(»ttre au général Scheither de se porter sur Chalon-sur-Saône» et d'envoyer de là des partis vers Mîlcon afin de se relier avec le colonel Wieland*. Un escadron de chevau-légers autrichiens de Vincent avait occupé Beaune sans coup férir.
25 janvier. — Pahlen à Donjeux. — Le gros du VP corps à Nancy. — Le 25, pendant que Wittgc^nstein avec le gros dt» son corps arrivait h Nancy, Pahlen se montrait sur les bords de la Marne, à Donjeux, où il devait être suivi et rejoint par le général Rudinger.
Positions des corps alliés. — Le V« corps était encore dans ses cantonnements depuis Neufchilteau jusiiu'îi Clefmont. Le IV» corps restait en soutien du IIP du côté de Colombey-le-Sec, de Colombey-les-Deux-Églises et de Lignol. Le III*' cori)s était entré à Bar-sur-Aube, et ses avant-postes se tenaient en vue des dernières troupes de Mortier, postées entre Magny-Fouchard et Vendeuvre, et que, par suite de la destruction des ponts, Gyulay avait renoncé à poursuivre.
Schwarzenberg avait établi son quartier-général à Chaumonl.
A gauche et plus en arriére, formant une sorte de deuxième
t Thuni à Schwarzenberg. Bar sur-Seine, 2i janvier. (A*. A'. Kriegs ArcUiv, I, 545.)
* Tageabegebenheiten. (K. K. Kriegt Archiv,, I. 30.)
ligne ', Colloredo était à Saint-Seine et, avec quelques troupes seulement, dans les environs de ChAtillon ; le prince héritier de Hesse-Hombourg se trouvait ii Dijon, et, plus en arrière encore, le II» corps, sous Aloïs Liechtenstein, devant Besançon et Auxonne ; la division légère de Maurice Liechtenstein opérait d'une façon indépendante à l'extrême gauche, avec ordre de se diriger vers Auxerre, tandis que Bubna était Ji Pont-d*Ain, Zechmeister à Genève et Chambéry, Scheither à Mâcon.
En arrière du centre de cette longue ligne, les réservées et les gardes russes et prussiennes, cantonnées aux environs de Langres. se dirigeaient sur Chaumont.
Renseignements envoyés par Thurn. — En avant des corps d'armée en première ligne on ne trouvait, h gauche, que le petit corps volant du lieutenant-colonel Thurn, en marche de Chàtillonsur-Soine sur Bar-sur-Seine, où il devait arriver le 26 et d'où il faisait savoir ù Sch\vai7.enberg * que le corps ennemi posté entre Bar-sur-Aube et Colombey s'était replié le 23 au matin par Vendeuvre sur Troyes, emportant ses blessés sur des voitures. Thurn avait fiiit inquiéter, tout(î la journée du 25, l'ennemi par de fortes patrouilles et appris le soir que la plus grande partie des troupes qu'il avait devant lui s'était retirée de Yendeuvre parDienville sur Brienne et s'était postée sur la route de Châlons. Après avoir reconnu la présence des avant-postes ennemis en avant de Troyes, à Maisons-Blanches, qu'occupaient 150 cavaliers et environ iOO fantassins, il avait encore poussé une reconnaissance de ce côté, chassé les vedettes et pu découvrir la faiblesse des postes avancés de l'ennemi, qu'à cause de sa propre faiblesse il avait dû se borner à harceler. « Il m'était, dit-il, d'autant plus impossible de songer h les attaquer, que des troupes ennemies défilaient constamment sur ma droite, de Vendeuse î\ Troyes. Je prie donc
1 Pour plus de clarté, et bien que nous nous réservions de revenir plus loin sur ces mouvements, nous croyons devoir ajouter ici que le 1" corps occupa Châtillon-sur-Seine le 26, qne le feld-maréchal-lieu tenant Biancbi arriva avec ses troupes à Saint-Seine le même jour; que, sur la droite de la grande armée, l'avant-ijarde du VP corps s'avança jusqu'à Cirey-le-Château, et que les autres corps restèrent immobiles.
* Tliurn à Schwarzenberg. Bar-sur-Seine, 26 janvier. (K, K. Krieys Archiv., I, 685.)
instamment Votre Altesse de donner nne suite ininu'diule ;i in;i demande urgente de renforts. » A droite de Thurn, Platofl', (jui aurait dû être déjà rendu à Bar-snr-Seine, eontinuait à rester h Bar-sur-Aube, se préparant, sans se hAler, à niareher vers la Seine.
Stscherbatoff opère à Eurville sa jonction avec Tarmée de Silésie. — Enfin, à Taile droite, Stscherbatoff envoyait dT.urville à Schwarzenberg la dépêche par laquelle» il Tinformait de sa jonction avec Tavant-garde de l'armée de Silésie \ avec la cavalerie des généraux Lanskoï et Karpoff, qui occupaicMit Saint- Dizier. Stscherbatoff lui mandait, en outre, que, son détachcMuent ayant empêché la destruction du pont sur la Marne, il comptait se remettre, le lendemain à la pointe du jour, en marche sur Arcis-sur-Aube.
Au moment même où les armées de Bohême et de Silésie opéraient leur jonction du côté de Saint-Dizier, l'Empereur partait de Paris et arrivait, le 26 au matin, à Châlons. Sa présen(îe à l'armée, attendue avec une indicible impatience, allait désormais imprimer aux opérations une impulsion énergique, rendue plus nécessaire que jamais par la gravité des circonstances, et leur assurer Tunité de direction qui leur avait manqué depuis l'ouververture de la campagne.
t Stscherbatoff à Schwarzenberg. Eurville, 25 janvier (original en français). {K. K. Kriegs Arelùv., 1, 57S.)