CHAPITRE III
OPÉRATIONS DE L* ARMÉE DE SILÉSIE DEPUIS LE PASSAGE DU RHIN jusqu'à la PREMIÈRE JONCTION AVEC LA GRANDE ARMÉE DE BOHÊME (26 JANVIER 1814).
Effectif et position de Tarmée de Silésie en décembre 1813. — Depuis le jour (7 novembre) où le conseil de guerre, réuni à Francfort-sur-le-Mein, avait fait tenir à Blûcher Tordre de ramener vers Mayence Tarmée de Silésie, les différents corps de cette armée îivaient mis h profit les quelques semaines de repos qui leur étaient accordées pour se refaire et se renforcer. Us avaient reçu les missions suivantes :
Le I®"* corps prussien (York), cantonné dans le duché de Nassau, le long de la rive droite du Rhin, avait été chargé de l'investissement de Castel et du fort Montebello. Depuis le 18 décembre, les hussards de Brandebourg, le 10« régiment de cavalerie de landwehr et quelques compagnies de chasseurs surveillaient le cours du Rhin, depuis le confluent de la Lahn jusqu'à Hochheim; la 7« brigade, cantomiée à Mosbarh et Bieberich, fournissait les troupes qui bloquaient le fort Montebello et se reliait à Eltville aux postes échelonnés le long du Rhin ; la 2^ brigade occupait Wiesbaden et Erbenheim et poussait ses avant-postes jusijue sous Castel : son extrême gauche donnait la main îi la droite du corps Sacken. Les l"*® et 8« brigades étaient réparties aux environs de Langen-Schwalbach; la cavalerie de réserve était h Kirberg et le quartier général d'York restait du 14 novembre au 30 décembre h Wiesbaden. L'effectif total de ce corps était au lef janvier 1814 de 21,447 hommes d'après Damitz, de 22,108 hommes, dont 661 officiers, d'après Droysen, et seulement de 19,561 officiers, sous-officiers (ît soldats (à la date du 4 janvi(T) d'après Plolho et Bogdanowitch. Il se composait de 31 1/2 bataillons, 44 escadrons et 13 batteries (104 bouches à feu).
Le II« corps prussien (Kleist), fort de 16,000 hommes environ (et de 20,000 d'après Bogdanowitch), à la date du 6 janvier, époque à laqu(îlle il se mit en route pour se porter vers le Rhin, était resté jusqu'alors devant Erfurt. (k; corps d'armée qui devait, d'après les ordres qu'il reçut ultérieurement, être le 16 janvier à
Coblentz ai du :27 au 28 h Trêves, avait détaché une colonne volante, composée de 2 escadrons du 2« régiment d(î hussards de Silésie, de î2 escadrons du régiment national de hussards de Silésie, d'un escadron de chasseurs avec quelques bouches h feu, laquelle, placée sous les ordres du général-major prince Biron de Courlande, avait été temporairement attachée au corps russe du général von Sacken.
Au moment ofi Kleist commença sa marche vers le Rhin, son corps comprenait 23 bataillons, 20 escadrons et 12 batteries (9G pièces). Il avait été précédé par sa (cavalerie de réserve (16 escadrons et 16 bouches h feu), sous les ordres du général von Roder.
A gauche du corps d'York se trouvait pendant les mois de novembre et de décembre, le corps russe du générfil von Sac^ken, cantonné depuis le 2 décembre aux environs de Darmstîidt. Composé des 6® et 11» corps d'infanterie (généraux-lieutenants Stscherbatoff et Liewen III, du corps de cavalerie du général Wassiltchikoff, des cosaques du général Karpoff), il présentait î\ la lin de décembre un effectif de 26 bataillons, 28 escadrons, 8 régiments de c^osaques, 7 batteries (94 bouches il feu), en tout 21,550 hommes*.
Le corps russe du général comte Langeron, placé en 2« ligne autour de Francfort, comprenait le 8« corps (général comtr^ de Saint-Priest, qui, détaché h Ehrenbreitstein, opéra î\ part et d'une façon indépendante pendant une bonne partie de la campagne), le 9« (général Olsufieff) et le 10« (général Kapsewilch), le corps de cavalerie du général Korff et les cosaques du général Grekoff VIII. En en déduisant le 8« corps (environ 10,000 hommes), ce corps présentait un effectif de 23,000 hommes, répartis en 43 bataillons, 28 escadrons, 7 régiments de cosaques et 12 batteries (136 bouches h feu), 5 compagnies de pionniers et ponton niers et un équipage de ponts*.
D'après Bogdanowitch, les effectifs du corps Langeron, au moment de la reprise des hostilités, auraient été de 36,000
* D'après Bogdanowitch : 26 bataillons, 3i escadrons, 7 régiments do cosaques, 8 batteries (96 canons), avec un effectif total de i 9,500 hommes.
> D*après Damitz et Piotho.
Weil. 12
hommes, réduits h 24,099 par suite du détachement du 8« corps qu'il compte pour 11,901 hommes.
Effectifs disponibles lors du passage da Rhin. — L'effectif total de l'armée de Silésie était donc au rnoment oà elle franchit le Rhin de 67,000 hommes*, avec un peu plus de 300 bouches îI feu.
Mais comme Blûchcr dut laisser environ 15,000 hommes du corps Langeron devant Mayence, ce fut seulement avec un p(îu plus de 50,000 hommes qu'il commença les opérations sur la rive gauche du Rhin.
29 décembre. — Mesures prises par Blûcher. — Bliicher, dont le quartier général était installé à Hôchst, se transporta de sa personne k Francforl-sur-le-Mein, le 29 décembre. Pour donntîr le change à tout le monde, au moment même où il adressait à ses lieutenants des instructions confidentielles relatives au passage du Rhin, il chargeait ostensiblement Ribbentrop, le commissaire général des guerres de Tarmée de Silésie, de s'occuper activement de rétablissement des quartiers d'hiver et de la constitution des magasins nécessaires à des troupes appelées îi faire un assez long séjour sur les points qu'elles occupaient sur la rive droite du fleuve.
Lettre de Schwarzenberg à Blûcher. — A ce moment, le 26 décembre, Schwarzenberg annonçait au feld-maréchal « qu'il occupait Berne, Soleure, Zurich et Porrentrui ; que Bubna, arrivé à Fribourg, se dirigeait sur Genève ; qu'il comptait toujours parvenir à hauteur de Langres vers le 20 janvier ; qu'il n'avait pendant ce temps de craintes que pour la droite de l'armée de Bohème, et qu'il importait par suite d'occuper les forces françaises qui pouvaient se réunir à Metz, de façon à les empêcher d'envoyer du monde vers Huningue ou de chercher à traverser le Rhin à Kehl. w Le généralissime ajoutait dans cette lettre du 26 que VVittgenstein, étant encore tro)) faible pour pouvoir s'opposer à de semblables tentatives, il comptait sur l'armée de Silésie pour se charger de cette tilche.
i 74,000 hommes d'après Clauscwitz.
Rôle attribué par le plan de campagne à Tarmée de Silésie. — Le rôle attribué h l'armée de Silésit; avait, (l'aill(îurs, été prévu et déterminé dans le plan général de Cîimpagnc : « L'armée de Silésie pass(»ra le Uhin (mtre Cobhînlz, Mayenee et Mannheim, bloquera ensuite» Mayenee, se portera avec son gros sur Metz, de façon à y arriver le lo janvier, épocpu* îi laquelle la grand(i armée se trouvera à hauteur de Langres. L'armée de Silésie, sans se préoceupcT autrement des places dt^ la Moselle et de la Meuse, continuera son mouvement V(Ts la Champagne, et h» 31 janvier les d<ni\ grandes armé(»s alliées devront être réunies (Mitnî Troyes, Arcis et Vitry. »
L'auteur du plan en question ajoutait : « Que l'armée de Bohômcî, passant par la Suisse et la Franchtî-Comté et ayant plus d(î chemin à parcourir, l'armée de Silésie devait franchir le Rhin onze jours après cjut» les troupes de Schwarzenberg auraient etîectué leur passage. »
Instructions confidentielles de Blûcher à ses généraux. —
Aussi, dès le i6 décembre, Blu(*her adressait à ses diflerents lieutenants des instructions conlidentielles par lesquelhîs il lixait au l'-"" janvier 1814 au matin le passage du Rhin, que les corps de Langc.Ton et d'York traverseraient entre Mayenctî et Coblentz, hî (îorps de Sacken entre cette dernière ville et Mannheim. Les différents corps de l'armée de Silésie devaient se réunir le 4 janvier sur la ligne Kreuznach — Alzey.
Aux difficultés qu(î présente toujours le passîige d'un grand cours d'eau venaient encore s'ajouter celles qui provenaient de la présence sur la rive gauche du Rhin du maréchal Marmont avec le G" corps et la faible division du général Ricard, et du fait que Mayenee et Castel étaient occupés par les 12,000 hommes du général Morand.
11 en résultait que l'armée de Silésie devait tenter d'elTectuer ce passage îi la fois en amont et en aval de cette place et que l'opération n'avait de chance de réussir qu'à condition d'être pré- . parée en secret et exécutée avec la plus grande célérité, de façon à ne pas laisser aux Français le temps nécessaire pour se concentnT et écraser les tètes de colonnes au moment oii elles cherchcîraient à prendre pied sur la rive gauche.
Mouvements préparatoires des différents corps. — A œi
efiel, Langeron, avec le 10® corps (Kapsewitch) et la réserve d'arlillerie, se porta le 29 sur la Nidda et la plus grande partie de la cavalerie de r('îser\'e s'établit entre Butzbach et Kirberg.
Le 30, l'infanterie continua son mouvement vers Wiesbaden, où elle releva les avant-postes prussiens, qui depuis Biebrich jusqu'à Mosbach participaient au blocus de Castel, pendant que la cavalerie de réserve atteignait Kirberg et Erstein et que le 1er corps prussien (York) quittait Wiesbaden pour se masser entre Langen-Schwalbach et le Rhin.
Le lendemain 31, ce corps poussait jusqu'entre Nastàlten et le Rhin, vers Caub et Sanct-Goarshausen. Langeron avec le 10« corps s'établissait derrière lui sur la rive droite du Mûhlbach, la cavalerie de réserve à Langen-Schwalbach et Katzenellbogen et le 9® corps relevait les postes de l'aile droite des troupes en position devant Castel.
Le point de passage à Caub reconnu par un officier de l'élatmajor du 2® corps était, sans démonstration, occupé dans l'aprèsmidi par une des brigades du I®*" corps, sous les ordres directs du général-lieutenant von Hunerbein, chargé de la conduite de l'avant-garde.
Tout était calme sur la rive gauche : on semblait n'y avoir aucune notion ni des projets de l'armée de Silésie, ni des mouvements qu'elle exécutait.
En même temps Saint-Priest massait le 8° corps russe sur la Lahn, de Dausenau à Ober-Lahnstein, et embarquait sur 82 bateaux amarrés îi peu de distance du confluent de cette rivière, 5,000 hommes destinés à se porter immédiatement sur Coblence, dès qu'ils auraient débarqué sur la rive gauche.
Du coté du corps Sacken, on avait employé les derniers jours de décembre à la construction d'un pont de bateaux qui devait, au moment opportun, descendre le Neckar et permettre le passage aux environs de Mannheim.
Le 31 décembre au soir, l'armée de Silésie occupait les positions suivantes :
Le corps de Sacken était cantonné aux environs de Mannheim : le 1er ^-orps prussien entre Sanct-Goarshausen et Caub, où se trouvait également h; quartier général de Blùcher : Langeron avait pris position avec le 10« corps en arrière du I" corps. Le
9*^ corps (»Unit tout ontiei* tl(»vaiil Cast(»l et Kî H** du rot<'» dTJirenbreilstoin. sur les rives de la Lahn. Le corps volant du gcucral Biron, qui avait reçu Tordre de rejoindre le corps de Sacken à Mannheim, y arriva dans la matinée du 31 décembre.
Ordres de l'Empereur à Marmont. — Mouvements de Marmont. — Au moment où Tarmée de Silésii» se préparait à passer le Rhin, Marmont qui avait été chargé jusque-lji de la garde de la rive gauche avec les divisions Lagrange, postée en face de Mannheim, Ricard et Durutte entre Mayence et Coblence, venait de recevoir de l'Empereur, informé de l'apparition des Alliés en avant de Bàle, l'ordre de concentrer sur Landau le 6^ corps et le 1" corps de cavalerie, pour se porter sur Colmar où il prendrait la direction supérieure des opérations en Alsace. Le maréchal, se conformant aux instructions de son souverain, avait aussitôt commencé son mouvement et se trouvait de sa personm», dès le 30 décembre, à Neustadt avec l'infanterie de Lagrange et la cavalerie de Doumerc. Il ne restait plus à Ober-Wesel, Bacharach et près de Mannheim que quelques petits postes de la division Lagrange. Quant à la division Durutte, une de ses brigades était répartie entre Coblence et les redoutes élevées en face de Lahnstein, l'autre était à Saint-Goar, Bacharach et Bingen; la division Ricard marchait sur Kreuznach, pour se relier au maréchal.
La fortune souriait, on le voit, à Blûcher et allait lui faciliter singulièrement une opération que la présence de forces quelque peu respectables aurait pu aisément faire échouer ou tout au moins compromettre.
1*' janvier 1814. — Passage du Rhin par le corps Sacken.
— Si Sacken avait eu le soin de faire descendre le Neckar au pont de bateaux qu'on y avait construit en pleine sécurité, il lui fallait pour jeter ce pont sur le Rhin, s'emparer tout d'abord de la redoute, armée de six bouches à feu et élevée par les Français, en face du confluent du Neckar et du Rhin. Il chargea de cette opération, qui devait s'exécuter dans la nuit du 31 décembre au l*»" janvier, six régiments de chasseurs*, sous les ordres des géné-
i Diaprés Bogdanowiti'li, 4 ré$]^imenls de chasseurs et le régiment d'infanterie de Biélostok*
raux Talisin II ol Sass, et qu'il avait ombarquos sur des bateaux trouvc^s sur le Neckar.
Ces troupes formées en deux échelons s'ébranh'^rent î\ 4 heures du matin. Protégées parle brouillard, elles réussirent h arriver sans être aperçues jusqu'à quelques pas de la redoute qu'elles enlevèrent en présence du roi de Prusse, non sans avoir eu leurs 2 généraux blessés et sans avoir perdu 300 hommes, parmi lesquels 1 officier supérieur tué et 2 blessés. A 6 heures du soir, le pont de bateaux était en place, et Sacken, commençant aussitôt îi laire passer son monde sur la rive gauche, poussa le soir menu» jusqu'à Frankenthal. Des partis envoyés en avant arrivèrent, h droite jusqu'à Worms, à gauche jusqu'à Spire, tandis que le général prince Biron de Courlande, avec son corps volant, dont 1(» gros s'était arrêté à Frankenthal, étendîiit ses avant-postes vers Alzev. Il devait de là chercher à se relier sur sa droite avec les corps d'York et de Langeron.
Combat de cavalerie de Hutterstadt. — Le général Karpoff II *, qui avait pris à gauche avec ses cosaques aussitôt après
* Le corps de cosaques du général KarpofT 11 se composait d'environ 2,000 chevaux appartenant aux sept régiments suivants : cosaques du Don de KarpofT, de Lukowkin.dc Semenstrhikofl, de Kuteinikoff IV, de Grekoff, cosaques volontaires du baron Borde et 2« ri^giment de Kalmoucks.
Bien que la Kurzgefasste Darstellung der Kriegsbegebenheiten der SchlesiscJien Année im Jahre 1814 (A'. A'. Kriegs Archiv., 1. 3l) n'enregistre ce combat comme celui d'Aizey qu'à la date du 2 janvier, il est bien évident que TafTaire de Mutterstadt eut lieu le 1" janvier, et que Bliicher, renseigné tardivement à ce moment, l'a par erreur laissé enregistrer à la date du 2.
Le rapport suivant de Marmont au major-général ne laisse aucun doute sur le moment où cet engagement a eu lieu :
u Marmont au major-général. — Hochdorf, 1" janvier.
u Informé par des douaniers fuyards du passage du Rhin par l'ennemi h Mannheim. j'ai réuni la cavalerie que j'avais sous la main et suis parti immédiatement pour Mutterstadt. Nous avons rencontré environ 100 cosaques en avant de Meckenheim. Le 7* dragons les a chargés et menés l'épée dans les rein?» jusqu'à Mutterstadt... Environ 300 chevaux ennemis étaient à Mutterstadt et se sont repliés. Voulant profiter du reste du jour et avoir des nouvelles précises, j'ai donné ordre au général Doudenarde de suivre avec ses 500 chevaux et de presser le mouvement de l'ennemi. A un quart de lieue de Mutterstadt, ce général a été attaqué par liOO à 1500 chevaux, qui l'ont forcé à se replier... Je saurai demain matin à quoi m'en tenir. Si ce n'est qu'un fort parli, je le pousserai. Si c'est l'armée qui dél>ouche, je me replierai sur Neustadt. et je défendrai les gorges pied à pied, autant que mes moyens me le permettront . La 8* division qui vient de Coblence ne m'a pas encore rejoint. Pour
sï'ire établi sur la rivo gaucho, rencontra près do Mullersladt 8 escadrons français; il les chargea sans leur laisser lo lomps de se reconnaître, les mit en pleine déroute et leur enleva 23 officiers et 200 hommes.
Passage du Rhin à Caub par le corps Tork. — C était surtout du côté de Caub que la fortune devait favoriser les entreprises de Blùcher, bien (ju'il eût choisi pour le passage le point qui paraissait se prêter le moins à une entreprise de ce genre. En eftet, pour arriver à Caub, il fallait d'abord passer par le défilé de Weisel qui, s'il permettait d'y masser les troupes sans qu'on put apercevoir leurs mouvements, présentait le grave inconvénient d'être commandé pîir les hauteurs de la rive gauche. Il pouvait, de plus, être aisémcmt rendu impraticable si rartillorie française, en incendiant le village de Caub, venait à on interdire complètement le débouché. Enfin, les hauteurs situées sur la rive gauche tombent [)resqu'i\ pic dans le fleuve. Le choix fait par Blûcher d'un point aussi défavorable se justifie par la constatation qui avait été faite de l'absence de tout poste français et du manque de toute disposition défensive sur la rive gauche.
L'avant-garde du P»" corps prussien, forte de 12 bataillons d'infanterie, de 2 compagnies de chasseurs, do 16 escadrons et de 16 bouches h feu, le tout sous les ordres des généraux Hiinerbein et Jurgass, s'était massée le 31 au soir sur la rive droite, un peu avant le moment où les pontons russes venant de Nastàtton et destinés au pont arrivèrent sur ce point. On commença aussitôt à jeter le pont qui devait en amont de Caub mener à la Pfalz, sans que les mouvements de troupes et le travail des pontonniers eussent provoqué la moindre alerte sur la rive opposée. Vers 3 heures du matin 200 fusiliers s'embarquèrent et prirent pied sur la rivo gauche après avoir essuyé quelques coups de fusil partis au dernier moment d'un poste de douaniers. Ces fusiliers eurent ensuite une légère escarmouche avec quelques faibles détachements qui.
accélérer sa marche, elle était formée en trois détachements. J'envoie à chacun d'eux des instructions conformes aux circonstances.
« Si l'ennemi se porte sur moi, je me retirerai sur Kaiserslautern et sur la Sarre. Si ce n'est qu'un parti, après lui avoir fait repasser le Rhin, je continuerai mon mouvement sur Strashourg. »
[Arehivef âf la Guerre.)
accourus d'Ober-Wosol ot do Bacharach, ne larderont pas à so retirer. A Taubo, les Français renouveU'Tent encore tiniidenionl leur t(Mitative, mais sans plus de succès.
Renseignements recueillis par les Prussiens sur la rive gauche. — Un courrier, porteur de dépêches de Marmonl, qui se rendait de Bacharach à Rheinfels, fui pris par les troupes passées sur la rive gauche. Les Prussiens apprirent par lui qu'ils n'avaient eu affaire qu'à un pelil poste de 60 hommes et que la rive gauche était presque entièrement dégarnie de troupes. Des dépêches saisies, et qui étaient destinées au général Durulle, alors II Coblence, il ressortait clairement que Marmonl avait rintention de prendre position entre Kaiserslautern et Neustadl, où Durutte avait ordre de venir le rejoindre. Le maréchal prescrivait, en outre, à ce général, dans le cas où il lui serait impossible de marcher par Kirn et Oberslein, de se diriger par Birkenfeld vers la Sarre. Enfin, on savait désormais, et c'était là chose importante pour Blûcher, que Marmonl était pour le moment à Neusladl et que la division Ricard se tenait aux environs de Kreuznach. Aussi, dès qu'ils eurent repoussé la tentative faitcî au malin par les Français, les trois bataillons prussiens, qui étaient venus renforcer les deux compagnies de chasseurs, se porlon^nt en avant, escaladèrent les hauteurs et occupèrent Bacharach, Ober-Wesel et les villages environnants.
A 9 heures du matin, le pont atteignait enfin la Pfalz, qu'occupèrent aussitôt deux escadrons de hussards qui, avec deux canons, ne tardèrent pas à être transportés en bateau sur la rive gauche, où se trouvait déjà une brigade d'infanterie. La première brigade, aussitôt après avoir passé le Rhin en barques, avait immédiatement poussé dans la direction de Sainl-Goar*.
Rupture du pont de la Pfalz. — A 4 heures de l'après-midi, au moment où l'on se croyait presque certain de parvenir à achever rapidement le pont qui devait mener de la Pfalz à la rive gauche, les ancres cédèrent, les amarnîs se rompirent et les bateaux furent entraînés par la violence du courant. Forc(» fut
* Kriegs Archir. dfi BerUn, E. 23.
donc do roprendro îi nouvoaii h» IravaiK et lo pont îh» put r*tro achève'» que dans la matinre du i janvier. Enfin, les chasseurs. lK)stés sur la rive droite îl lludesheim, ayant sijçnaié vers le soir des mouvements de troupes françaises se portant de Bin^en vers Bacharach, le g(^néral von York (Tut devoir (envoyer, h? soir même, la premit'^re brigade, qui avait occupé Saint-Goar, soutenir à tout événement les qutîlques troupes postées à Bacîharach.
Par suite de la rupture du pont, Blucher resta encon» pendant la nuit du !•'' au 2 janvier sur la rive droite, entre Caub, VVeisel et Saint-Goarshausen, avec ce (jui restait de trois brif^ades du I«' corps prussien et le corps russe de Langeron, établi plus en arrière, en deuxième ligne.
Passage d'une partie du corps de Saint-Priest. ~ Prise de Coblence. — Plus en aval, dans la nuit du 31 décembre au i*"" janvier, Saint-Priest avait réussi h jeter sur la rive gauche» deux de ses brigades, sous les ordres des généraux Bistrom 11 et Karpenkoff, et à faire enlever la redoute» éh^vée par l(»s Français en face de l'embouchure d(^ la Lahn. Le général Durulle, forcé par ces événements de se retirer sur le Hundsriick, évacua (]obl(»nce, où les Russes entrèrent le l*"" janvier îi 4 heures du malin. Lc! général-major Pillar poussa «Micore le même jour jusqu'à Andernach, où il s'empara de six bar(|ues-transports chargés de vivres et de munitions.
Le 2 janvier, à 9 heures du matin, les pontonniers russes avaient achevé le pont de bateaux, dont les troupes et l'artillerie du I«^ corps se servirent immédiatement pour achcîver leur passage. Comme on ne disposait que d'un seul pont, ce fut seulement Iq 3, à l'aube du jour, que le corps de Langeron put à son tour quitter la rive droite du Rhin.
Passage du corps Langeron. — Opinion de Clausewitz sur le passage du Rhin. — « Un passage de rivière, dit à ce propos Clausewitz, malgré toute l'admiration qu'il professe pour Blucher et qui l'amène souvent, même dans sa Critique straté(jique de la campagne de 1814, quand il s'agit des opérations du feld-maréchal, à se départir de son impartialité ordinaire, un passage de rivière exécuté par 70,000 hommes sur une ligne de plus de 120 kilomètres de long, interronipue par une place dans laquelle
Tennemi a une garnison de 16,000 hommes, n'est pas une opération bien reconmiandable ; car Tennemi, pour\^u que ses forces le lui permissent^ pouvait se jeter avec tout son monde sur une fraction, celle de Sacken, et la bousculer avant que l'autre eût été h même de lui porter secours. Étant donné cependant la faiblesse des Français, comme il ne pouvait entrer dans leur plan de tenir ferme entre le Rhin et les Vosges, il n'y avait pas grand danger à tenter l'entreprise; de plus, comme on pouvait obtenir ainsi des résultats plus considérables qu'en opérant le passage sur des points plus rapprochés, on eut raison d'agir de la sortcî : c'est à celui des deux a'dversaires qui a pour lui la supériorité du nombre qu'il appartient de provoquer la crise, de rechercher les grands résultats. »
Il y a assurément beaucoup de vrai dans la manière de voir de Clausewitz, et l'on ne saurait qu'approuver le principe qu'il pose en terminant. Toutefois il nous semble qu'il aurait été plus sévère pour tout autre général et qu'après avoir critiqué l'opération, comme il le fait ajuste raison au début; après avoir mis en lumière ses inconvénients et ses dangers, il n'aurait pas manqué de dire, s'il n'eût pas été (juestion de Bliicher, que cette manière d'agir et le choix de points de passage aussi éloignés ne pouvaient se justifier que dans le cas où, avant de commencer l'opération, le commandant de l'armée de Silésie aurait su, pîir les rapports de ses émissaires, comme il l'apprit ensuite par les dépèches trouvées sur le courrier, que Marmont avait dû. par ordre supérieur, dégarnir la rive gauche et se porter sur Kaiserslautern.
2 janvier. — Mouvements des corps Tork et Langeron. —
Pour remédier dans la limite du possible aux lenteurs inséparables du passage d'un grand cours d'eau sur un S(^ul j)ont et surtout sur un pont de bateaux, Bliicher prcîscrivit à York de se diriger aussitôt de Bacharach par Rheinbôlhm et Stromberg sur Kreuznach. Langeron reçut l'ordre de prendre, une fois sur la rive gauche, la chaussée de Bacharach h Bingen.
Marche de la division Ricard. — Le général Ricard avait passé la nuit à Kreuznach, où il avait eu connaissance du mouvement des Prussiens et des Russes sur Coblence» et Bacharach. Il s'était mis aussitôt en marche pour se porter par le
Hûndsrûck vers Coblence et donner la nniin îi la division Durutte. Bien que son avant-garde eût dé'jh dc'^passt^ Alzey, (jue son gros eût atteint Stromberg, son arrière-garde qui était encore h Laubach ne tarda pas à se joindre aux restes de la division Durutte qui se repliait sur Sininiern et se rei)orta en avant jusqu'à Habsenbach. Mais les postes français de Saint-Goar et de Bacliarach ayant été forcés par les Prussiens qui poussaient sur Rheinbollen et Stroniberg, h général Ricard se vit i^ontraint à s'arrêter h Laubach, afin de s'y réunir av(»c Ici général Durutte. Dés qu'il eut appris qu'York était maître des débouchés du Rhin sur hî Hûndsrûck, qu'il occupait déjà Rheinbollen et Stroniberg, que sa cavalerie remontait par la rive gauche de la Moselle et qu'il sut que le général Durutte n'avait avec lui que 400 à oOO hommes, il résolut de se diriger sur Trêves, pour s'assurer le passage de la Moselle.
Blûcher, en poussant rapidement en avant le corps d'York d'abord sur Kreuznach, jKiis par la vallée de la Glan, sur Sarrebrûck, pendant qu'il faisait marcher Sacken par Kaiserslautern et Deux-Ponts vers la Sarre, ch(Tchait évidemment à empêcher les troupes des généraux Durutte et Ricard d'opérer, d'abord leur retraite, puis leur jonction avec Marmont.
Affaire de cavalerie de Rheinbollen. — York avait mis ses troupes en mouvement aussitôt après la réception des ordres du feld-maréchal, c'est-à-dire un peu après midi; sonavant-gard(» prit la route de Kreuznach : les !'"<', 2'^ et 7° brigades, et la cavalerie de réserve suivirent le mouvement de l'avant-garde. La cavalerie de Textrôme avant-garde chassa sans peine les cavaliers français de Rheinbollen, leur enleva une cinquantaine d'hommes et ne trouva plus trace de l'ennemi, ni à Stroniberg. ni même à Kreuznach, où elle arriva pendant la nuit. La 2*^ brigade poussa jusqu'à Rhfîinbollen et Ellnau, et comme les Français occupaient encore Argenthal et Schnorbach, comme d'autre part c(;tte brigade avait reçu l'ordre de continuer sa marche, elle laissa provisoirement à Ellern un bataillon et un escadron chargés de couvrir la droite des autres troupes du I^"" corps jusqu'au moment où le colonel comte Henck(»l, qu'on venait de diriger sur Simmern avec un corps volant, aurait obligé les Français à quitter Argenthal.
Envoi du corps volant de Henckel sur Trêves. — Le dotachôment confi('î au colonel Henckel, et qui devait ensuit(» de Sinimern se porter sur Trêves, se composait du 5*^ régiment de cavalerie de landwehr de Silésie (4 escadrons), de 2 escadrons du 3^ régiment de cavalerie de landwehr de Silésie, du bataillon de fusiliers du corps et d'une demi-batterie d'artillerie à cheval. Comme cette colonne n'avait été formée (jue dans le courant de l'après-midi, elle arriva h neuf heures du soir h Rheinbollen, s'y arrêta quelques instants et reprit aussiôt son mouvement sur Sinmiern.
La marche du 2 janvier, exécutée par un froid des plus vifs et dans les mauvais chemins du Hundsruck, éprouva d'autant plus les troupes du P"" corj)s qui avaient déjà bivouaqué pendant les deux dernières nuits, que la plupart d'entre elles n'atteignirent l(»urs cantonnements situés en avant des gorges des montagnes qu(i fort tard dans la nuit, et que quelques-unes même n'y arrivèrent que le 3 au matin. York arriva de sa personne à onz(» heures du soir à Stromberg, et le quartier général de Bliicher resta h Bacharach.
Combat de Dûrkheim et mouvement de Biron sur Alzey. — Du côté du corps Sacken, Marmont, afin de couvrir Kaiserslautern, avait pris position sur le Schindbuckel, avec la division Lagrange et la cavalerie de Doumerc, entre Diirkheim et Ellersladt. Après un court combat, il avait dû se replier sur. Hardenburg, en arrière de Dûrkheim, et laisser entre les mains de l'ennemi une centaine de prisonniers. Les généraux Ricard etDurulte, se trouvant dans l'impossibilité de rejoindre le maréchal dès le moment où les troupes d'York les avait prévenus h Stromberg, se virent forcés à gagner la Sarre en passant par Laubach et Simmern.
Le 2 janvier, h neuf heures du matin, Sacken avait encore dirigé le corps volant du général prince Biron de Courlande, de Dautenheim sur Alzey. Ce détachement, en se portant le ItMidemain 3 sur Wonsheim, avait pour mission d'établir et d'assurer la communication avec l'avant-garde. Biron trouva Alzey évacué; il réussit néanmoins à atteindre l'ennemi grâce à un brouillard épais, h le surprendre entre Bermersheim et Lohnsheim, et à lui
prendre 1 lieutenant colonel, 5 officiers, iO hommes et Go chevaux *.
Combats de cavalerie de Hehlem et Ober-Winter. — La
cavalerie de Saint-Priest avait continué à pousser en avant d'Andernach et était arrivée dans l'après-midi du 2 janvier jusqu'à Mehiem et Ober-Winter. Mais les rosa(|ues, sout(inus par (jnelques compagnies d'infanterie et une boucher à feu, viiu'ent se heurter sur ce point contre les généraux Albert et Jacquinot (du 5" corps, Sébastiani;, qui, sortis de Bonn à leur rencontni, les attaquèrent aussitôt, les reconduisirent vivement dans la direction d'Andernach et réoccui)èrent lltîinagen *.
Passage du corps de Saint-Priest retardé par les glaces.
— Le Rhin ayant commencé à charrier d(»s glaces, Saint-Priest parvint, à grand'peine et en perdant beaucoup de temps, à faire passer successivement en bateau le reste de son infanterie, son artillerie et sa cavalerie. Force lui fut donc de rester plusieurs jours à Coblence, et ce fut plus tard seulement (ju'il put commencer son mouveujent par Andernach sur Malmédy, Dinant et Givet. Nous n'aurons plus, d'ailleurs, à nous occuper de Saint- Priest avant la mi-février, époque à laquelle il se njit en marche avec un des échelons du 8« corps russe pour se rendre à Saint- Dizier, où il arriva le 27 février. 11 y resta alors pendant quelque temps pour réunir les renforts envoyés à Blûcher et relier l'armée de Silésie, d'une part avec l'armée de Bohème, de l'autre avec le Rhin.
3 janvier. — Mouvement de la cavalerie prussienne sur Bingen. — La plus grande partie des troupes du 1«^ corps fit
1 La plapart des autears allemands (Plotho, Damitz, etc.) prétendent que les combats d'Alzey et de Mutterstadt eurent lieu le l*^*" janvier, le jour môme du passage du Rhin, bien que la Kurzgefasste Darstellung dei' KriegsbegebenheUen der Schlesisclien Armée im Jahre 1814 {K. K. Kriegt Archiv,, I, 31) enregistre ces deux affaires à la date du 2 janvier, tandis que laffaire de Mutterstadt eut lieu, comme nous l'avons dit, le 1<^' janvier. Celle d'Alzey, seule, est du 2 janvier.
' Sèbastiani au major- général. Obcrwintcr, 2 janvier au soir. {Archives de la guerre.)
halt(^ le 3 janvier. Tout se borna de ce côté à quelques oi)éralions de la cavalerie de l'avant-garde et au mouvement du colonel comte Henckel.
Le général von Hûnerbein, qui commandait l'avant-garde, m» sachant pas si Bingen était encore occupé par les Français, avait envoyé de ce côté une colonne volante qu'il lit partir de Stromberg le 2 au soir. Elle devait éclairer sa gauche et établir, si faire se pouvait, la communication avec le corps Langeron. Cette colonne, sous les ordres du lieutenant-colonel von Stôssel et formée par le bataillon de fusiliers du régiment de Brandebourg, chassa de Waldalgesheim un petit poste français qui, grAce à l'obscurité, parvint à se retirer sans encombre. Le lieutenant-colonel von Stossel réussit néanmoins à savoir que les Français (il s'agit là du général Ghoisy qui, avec le 2* réginjenl de gardes d'honneur et un millier de fantassins de la 2^^ brigades de la division Durutte, alla ensuite s'enfermer dans Mayence), occupaient encore Bingen le 3 au matin et surveillaient le cours de la Nahe.
Combat de cavalerie de Simmern. — Le colonel Henck(^l, continuant son mouvement dans la nuit du 2 au 3, avait trouvé Argenthal évacué par l'ennemi et était arrivé à 2 heur(»s du matin devant Simmern, qu'occupait encore une faible arrièregarde de la division Ricard. Cette petite troupe, chassée presqu(i aussitôt de la ville, essaya vainement de reprendre pied au débouché; mais, rompue par la cavalerie de Henckel, (;lle fut poursuivie jusqu'à Kirchberg où le combat, qui avait coûté aux Français une centaine d'hommes tués, blessés ou prisonniers, continua jusque vers 5 heures du matin.
Le gros du corps volant du colonel Henckel atteignit le 3 au soir Kirchb(Tg, que les Français avaient quitté dans le courant de la journée, pour se repli(T avec les généraux Ricard et Durutte, par Kirn et Saint- Wendel sur la Sarre.
Mouvements des cosaques. — Les cosaques s'étaient pendant ce temps reliés par AIzey avec le corps Sacken, et les (jnel- (|U(;s troupes françaises postées encore de ce côté avaient dû se retirer d'abord sur Meisenheim, i)uis sur Kirn, i)Our rejoindre les divisions Ricard et Durutte en retraite; sur Birkenfeld.
Marche de Langeron sur Bingen. — Lan^^tTon, dont le corps avait, enfin, pu achever la veille le passaj^^e du Rhin (*t prendre position le 2 au soir à Baeharaeh, s'était, dès l'aulH», mis en niareh(î sur Bingen, qu'il avait fait enh^ver par le général Karnieloff. Le général Choisy, auquel eett(» artainî avait coûté 300 hommes, se retira avec son infanteri(» sur Iiigelheim, dans la direction de Mayence, ])endant que sa cavalerie^ cherchait à rallier les troupes du maréchal Marniont. Quant au l®»" régiment de gardes d'honneur précédemment posté à Kreuznach, il avait été coupé du reste des troujX's françaises par les mouvenuMits de l'armée de Silésie ; mais il n'en réussit pas moins, après avoir été contraint à se diviser en petits pa(pu»ts njarchant par des routes différentes, ii rejoindre tinalement les troupes françaises sur la Sarre.
Affaire de cavalerie de Neustadt. — Embuscade de Warteck. — Escarmouche de Fûrfeld. — Sacken avait coutinué îi suivre Marmont ([ui, après avoir été rejoint par -4 bataillons et une demi-batterie de la division Richard, éva(Hia Durkheim et Neustadt dans la nuit du 8 au -4, pour se replier sur Kaiserslautern. L'arrière-garde du maréchal, atteinte à Neustadt et prise en flanc par les cosaques du général major Lukowkin. fut bousculée et ramenée vivement, perdant dans celte affairtî 3 officiers et 50 dragons faits prisonniers '.
Le général princi» Biron avait enlevé un convoi de vivn^s dans une embuscade tendue près de Warteck, entre Alzey et Kirchheimbolanden, et avait ensuite été s'établir à Wonsheim, d'où il s'était relié à l'avant-garde d'York.
Pour compléter l'exposé des petites opérations de ce jour, il nous reste à ajouter (ju'une patrouille ])russi(Mine, envoyée de Kreuznach vers Furfeld, avait eu un léger engagement avec un petit poste français, et ([ue sur son extrême droite York s'était relié dans l'après-midi avec des cosacpies appartenant au corps de Saint-Priest.
Positions le 3 janvier au soir. — 11 résulte de ce qui précède que, le 3 au soir, deux des corps de l'armée de Silésie se
1 12« rapport île l'année de Silésie (Zwôlfter Bericht der Schlesischen Armée), daté de Saint- Wendel, 9 janvier 1814. (K.K, Kriegs Archiv.,1, 186.)
porlaieiil vers la Sarre : York par la route de Kreuznach, Sacken par colle de Kaiserslaiitern, pendant {|ue Langeron se dirigeait vers Mayence.
4 janvier. — Ordres de Blûcher relatifs à la transmission des nouvelles. — Mouvements de l'avant-garde vers la Sarre. — Le 4 janvier, l'avant-garde du corps York, conformément aux ordres de Blùcher, continua, par la route de Kreuznach et la vallée de la Glan, en passant par Meisenheim et Lauterecken, son mouvement sur Gusel. « Afin, dit Blûcher dans cet ordre, d'assurer la rapidité dans la transmission des nouvelles venant de l'avant, on laissera des ordonnances de cavalerie aux points principaux et l'on expédiera les renseignements importants à l'aide de chasseurs volontaires qui serviront de courriers. «
Cette avant-garde devait de Cusel marcher vers la Sarre en deux colonnes se dirigeant, celle de gauche sur Sarrebruck, celle de droite sur Sarrclouis. Elle avait pour mission d'empôcher l'eimemi de s'établir solidement sur la Sarre, d'enlever Sarrelouis, dans le cas où la place n'aurait que peu de vivres et qu'une faible garnison, enfin de couvrir la marche du corps York et d'assurer la tranquillité de ses cantonnements successifs.
Le gros du corps avait ordre de se cantonner le 4 au soir entre Kreuznach et Meisenheim.
Mais le dégel, (jui était sur\'enu entre temps, avait défoncé les chemins à tel point que l'avant-garde, sous les ordres du prince Guillaume de Prusse ne parvint pas h dépasser Lauterecken,d'oii l'on envoya un détachement à Kirn, afin de couvnr la droite. L'extrême avant-garde, commandée par le général von Katzler avait dû s'arrêter h Otfenbach et se contenta de pousser h gauche, vers Kaiserslautern, le régiment de uhlans du Brandebourg avec ordre de se relier de ce côté avec le corps de Sacken.
Marche d'Henckel sur Trêves. — A l'extrême droite, Henckel avait reçu l'ordre de pousser vers Trêves, de s'en emparcT, si cette» ville était faiblement occupée. On voulait de la sorte s'assurer un pont sur la Moselle et sur\'eiller Luxembourg. H(înckel s(î porta de Morbach vers Thalfang, suivant, malgré toutes les difficultés que présenta cette marche, l'arriêre-gardc française, qui cherchait à gagner Sarrebruck en passant par Bir-
kenfeld. Pour se couvrir sur sa droite, il avait fait passer la Moselle h Trarbach à un parti de 30 cavaliers, coniniaiidé par un oflîcier chargé de surveiller la route de Coblence.
Langeron, de son côté, s'approchait de Mayence, poussant devant lui les quelques postes français (jui essayaient de l'arrêter en route. Sacken continuait sa marche sur Kaisersiaulern ; Kleist, auquel aux termes de la convention signée le 21 décembre on allait remettre le 6 la ville d'Erfurt, avait reçu ce jour-là de Schwarzenberg l'autorisation de ne laisser qu(î quelques troupes devant la citadelle, et pris immédiatement ses mesures pour se mettre en njouvement avec le reste de son corps formé en trois colonnes.
5 janvier. — Mouvements du P' corps prussien. — Henckel à Trêves. — Le !'•»' corps resta immobile le 5 janvier; l'avant-garde seule fit un p(îu de chemin ; après s'être concentrée à Lauterecken, elle poussa jusqu'à Gusel, toujours précédée par le général von Katzler, qui atteignit Konken, pendant que la réserve d'artillerie du corps venait à Ober-Moschei et que York installait son quartier général à Meisenheim.
Le colonel Henckel avait, malgré le mauvais temps et l'état déplorable des chemins, continué son mouvement de Thalfang sur Trêves, (ît dès le 5 au matin il s'était fait précéder par un détachement composé de 4 escadrons de cavalerie de landwehr et de 60 tiraiHeurs transportés en voiture sous les ordres du njajor von Ozeroffski, qu'il avait chargé de reconnaître Trêves. Le major réussit à chasser devant lui les postes extérieurs des Français et à se maintenu' devant la ville jusqu'à l'arrivée du colonel, qui parvint avec son gros le o au soir jusqu'à Ruwer, à un peu plus de o kilomètres de Trêves. Afin de tromper l'ennemi sur la force réelle de son corps, il fit allumer un nombre considérable de feux, et, formant sa troupe en deux colonnes, il se prépara à enlever la ville avant le jour. Mais la faible garnison française n'attendit pas son attaque et se n^plia sur Luxembourg. Henckel, prévenu de son départ, entra à 3 heures du matin dans Trêves, où les Français avaient abandonné leurs malades, leurs blessés et plusieurs magasins abondamment i)ourvus d'équipement militaire \
1 12*« Bericlit der Scblcsischeu Armée (Saint-Wcudel, 9 janvier 1814) Well. 13
Marche de Sacken sur Kaiserslautern. — Langeron devant Mayence. — Sacken continua en deux colonnes sa marche vers Kaiserslautern. Après un combat assez vif, Langeron avait achevé d'investir Mayence. Ne gardant devant la place que le corps du général Kapsewitch, il mit immédiatement en route hi 9° corps (général Olsufiefl), avec ordre de rejoindre Tarmée de Silésie par les voies les plus courtes. Enfin, le général major prince Biron de Courlande, se conformant aux ordres qu'il avait reçus pendant la nuit du 4 au 5, avait occupé à cinq heures de l'après-midi Kaiserslautern évacué par les Français.
Retraite de Marmont vers la Sarre. — Marmont, se rendant un compte exact de la situation, avait parfaitement compris que BKicher espérait le voir faire tête sur son front h Sacken, qui l'aurait anmsé, afin de ménager à York le temps nécessaire pour déborder sa gauche. Il avait, en outre, reconnu qu'il n'avait pas assez de troup(îs pour se maintenir sur la position de Kaiserslautern, (ît (jue, de toute façon, il s'exposait en y restant à voir York arriver avant lui sur la Sarre, pendant que Sacken le déborderait en |)assant par Uabenstein et Schônenberg. Enfin, comme il savait fort bien que c'était seulement sur les bords de cetti; rivière qu'il lui serait possible de rallier les troupes des généraux Burutte et Ricard, il se n^plia le 5 au matin vers Homburg et (tontinua le 5 au soir son mouvement de retraite sur Sarrebriick, où s(» trouvaient déjîi dei)uis la veille quelcjucs troupes envoyées par la garnison de Metz. Pour compléter les précautions prises de ce côté, les Français avaient fait sauter le pont de pierre et l'avaient remplacé par un pont de bateaux*.
Nouveaux ordres de Blûcher. — Dans l'après midi du 5, sur
(A'. K. Krieg* Archir., 1, 186), et le général Rigaa au major-général, Grewemaclicrn, 0 janvier 1814 :
« L'ennemi m'a forcé à quitter Trêves hier 5 janvier, à 7 heures du soir, après m'èlre tiraillé avec lui tout l'après-midi pour donner le temps aux dépôts, qui y étaient stationnés, d'effectuer l'évacuation de leurs magasins. H est impossible que le courrier puisse continuer sa route sur Kirohberg, attiMidu que la roule de Sarrelouis est également interrompue.
« L'ennemi est en ce moment à ma hauteur, sur la rive droite de la Moselle. » (Archives de la guerre.)
* Bliiohcr à renqjcreur de Russie (Cusel, 7 janyicr). (K, K. Kriegs ArclUv., 1, 3136.)
lu foi de renseignements d'après lesquels Marniont aurait pris position h Kaiserslautern, Bliichcr avait modifié ses ordres. 11 avait prescrit h York de se porter le G, dès Taube, sur Cusel, en envoyant son avant-garde sur la Sarre, et h Sacken, de se diriger d'une part sur Otterberg, de Fautre sur Alsenborn, afin de retenir les Français jusqu'au moment où York aurait pu déboucher sur leurs derrières. Bliicher ajoutait dans son ordre : o Si, comme il y a tout lieu de le supposer, Tennemi, dès qu'il se verra tourné, se retire et pnMid la route de Pirmasens, le corps Sacken aura pour njission d<; le suivre, en faisant marcher d(î préférence en têt(î de ses colonnes son infanterie qui, scuile, peut agir utilement dans ce i)ays de montagnes. Le corps d'York aura, de son côté, à prévenir Tennemi sur la Sarre et h le couper de Metz. »
Enfin York, comme il le fit d'ailleurs, devait envoyer de la cavalerie dans la direction de Deux-Ponts, pendant que Tavantgarde du prince Guillaume continuerait de son côté à pousser sur Sarrebriick. Sacken avait l'ordre de se dirig(;r de Kaiserslautern par Homburg et Bliescastel, d'une part sur Sarreguemines, de l'autre sur Bitche, et devait rappeler à lui et reporter en avant sa cavalerie, soit par Diirkheim et Kaiserslautern, soit par Neustadt et Kaiserslautern, soit enfin par Annweiler.
Si l'ordre donné par Blûcher le 5 n'est pas aussi clair et aussi précis que le sont en général les instructions données par le feldmaréchal h ses lieutenants, cela tient uniquement à ce qu'en réalité il n'avait pas pu jusque-là parvenir îi se renseigner d'une façon positive sur les positions occupées et les mouvements exécutés par son adversaire. La dernière phrase de son ordre de mouvement le démontre, d'ailleurs, d'une façon péremptoire : « 11 importe, dit-il, de découvrir le plus rapidement possible les mouvements de l'ennemi, de m'en informer immédiatement, de me fournir, par conséquent, des rapports nombreux et fréquents. »
Mais à ce moment, et malgré la marche des plus dures qu'il allait faire exécuter à ses troupes par un temps affreux et par des chemhis entièrement défoncés, il était déjà trop tard pour pouvoir rejoindre le duc de Raguse. En eft'et, le maréchal, après avoir, sous la protection d'une arrière-garde composée d'une brigade de cuirassiers, bivouaqué aux environs de Homburg dans la nuit
du o au G, uvail atteint le 6 Sarrcguemines et Sarrebrûck, points sur lesquels il repassa la Sarre*.
6 janvier. — Mouvements de la cavalerie du général von Jûrgass sur Deux-Ponts. — Néanmoins, le général von Jùrgass, avec une brigade' de dragons et une demi-batterie d'artillerie à cheval, partit dès l'aube des environs de Cusel, se dirigeant par la route de Homburg sur Deux-Ponts : Tavant-garde marchait sur Sarrebrûck. Sur l'ordre du prince Guillaume, la cavalerie du général von Katzler, envoyée vers Tholey, détacha sur Ottweiler le régiment de uhlans de Brandeburg et un bataillon d'infanterie. Le lieutenant-colonel von Stutterheini, qui conduisait cette colonne, avait pour mission spéciale d'enlever, le 7, Sarrebrûck, si cette ville était faiblement gardée, et de pousser ensuite des partis vers Sarrcguemines, Saint-Avold et Sarrelouis. Ce détachement arriva le 6 au soir à Ottweiler.
Mais le 6 au soir, les troupes françaises avaient déjà repassé la Sarre , brûlé le pont de bateaux de Sarrebrûck , alors que le général von Katzler était encore à Tholey, Bergweiler et Marpingen, le gros de l'avant-garde du prince Guillaume à Saint- WendeP, le général von Jûrgass à Brûcken et Schônenberg sur la grande roule de Cusel à Homburg. Le quartier général de York, dont les troupes ne s'arrêtèrent qu'entre neuf et dix heures du soir, s'installa à Cusel et celui de Blûcher à Lauterecken.
Henckel, pendant ce temps, mettait Trêves à l'abri d'un coup de main et d'un retour offensif des Français qu'il faisait suivre dans la direction de Luxembourg par un escadron du 3« régiment
1 lîter Bericht der Schlesischeu Armée. (K, K. Kriegs Arehiv., 1, 186.) Les divisions Ricard et Durutte, venant de Saint- Wendei, étaient déjà arrivées à Sarrebrûck le 5 au soir.
' Le général Ricard, arrivé de sa personne à Sarrebrûck en même temps que Marmont. le 6 janvier, avait informe Belliard de sa jonction avec le maréchal et lui disait, en outre « qu'il avait vu, le 5, à Saint-Wendel, 2 régiments de hussards prussiens (700 à 800 chevaux), avec 300 chasseurs à pied, mais qu'il n'avait pus été suivi dans sa marche sur Sarrebrûck. » {Archives fie la (juerre.)
Marmont ajoutait dans son rapport à Berthier, de Sarreguemiues, le 6 jan vier à 10 h. 1/2 du soir, que l'avant-garde prussienne avait eu à Saint- Weudel un léger engagement avec les gardes d'honneur. (Le l*''' régiment rejoignit tout entier le maréchal. Le 2° régiment de gardes d'honneur s'était replié sur Mayence, oii il allait être enfermé avec le général Morand.)
de cavalerio de landwehr de Silosio et une compagnie de fusiliers.
Cosaques de Sacken à Denx-Ponts. — Du cut(^ de Sacken, le gén<^ral-raajor Lanskoï, avec un peu de cavalerie, avait pousse^ en avant de Kaiserslautem sur Pirmasens, et Biron, qui s'était mis en route î\ neuf heures, était arrivé h deux heures îI Homburg, venant de Landstuhl; il avait envoyé de Ih un petit parti d'une vingtaine de hussards et de quelques cosaques sous les ordres du major von Strantz, h Deux-Ponts, où ces cavaliers enlev^rent une partie des bagages de Kellermann. La communication entre les corps d'York et de Sacken était désormais établie.
Les renseignements recueillis avaient permis de constater la retraite du duc deRaguse; on avait également appris qu'il n'y avait à Sarrelouis que peu d'approvisionnements et une garnison d'à peine un millier d'hommes.
Les troupes françaises avaient d^s lors une avance d'une bonne journée de marche sur l'armée de Silésie. De plus, comme les pluies incessantes et le dégel avaient grossi les eaux de la Sarre, dont les ponts avaient été coupés, le maréchal Marmont, qui avait réussi i\ opérer sur la rive gauche de cette rivière sa jonclion avec Ricard et Durutte, était désormais en mesure d'en disputer le passage à son adversaire, de retarder sa marche et de gagner le temps dont il avait besoin pour approvisionner les places et procéder i\ l'organisation des troupes de nouvelle formation et aux opérations de la levée en masse *.
* belUard, écrivant au roajor-gém'ral de Metz, le 3 janvier, lui faisait un triste tableau de la situation :
« J'ai Thonneur de le rappeler à Votre Altesse, on ne fait rien pour se mettre en mesure contre les ennemis. Point de magasins, point d'approvision nements. Aucune place n'est armée et en état de défense . L'esprit public est mort. On ne s'occupe pas de le faire revivre. Les armées combinées marcheront ; on voudra s'opposer au torrent : il sera trop tard et l'Empereur n'aura pas le tiers des moyens sur lesquels il doive compter. Il semble qu'un génie malfaisant a répandu ses pavots sur la France. La crise est terrible, mais nous en sortirons. Le tocsin doit sonner partout. La nation tout entière doit être sous les armes et ne les déposera qu*après avoir chassé l'ennemi de son territoire; mais les moments sont pressants...
« ... De nombreux partis organisés et jetés sur les derrières des années combinées doivent lenr faire beaucoup de mal. Je sais que dans T Alsace et dans les Vosges beaucoup d'habitant» sont très disposés pour cela : il ne s'agit que de les réunir et de leur donner de bons chefs. » (Archirex de la guerre.)
7 janvier. — Positions des avant-postes de cavalerie. — Bombardement de Sarrelouis. — Le lendemain 7 janvier, le pr corps de l'armée de Silésie, toujours en deux colonnes marchant. Tune par Birkenfeld, l'autre par Saint- Wendel, continua, mais moins vivement, son mouvement vers la Sarre. York et Blûcher se tinrent ce jour-là à Saint- Wendel.
A Tavant-garde, le prince Guillaume avait dirigé vers Sarrelouis le général von Katzler. Celui-ci s'avança jusqu'à Saarwellingen et Dillingen; après avoir infructueusement tenté de faire passer la rivière à la nage à quelques-uns de ses cavaliers, il étendit la chaîne de ses avant-postes par Dillingen, Roden, Ensdorf et Vôlklingen, et jeta pendant la nuit du 7 au 8 quelques obus dans Sarrelouis. Le 7 au soir, le prince Guillaume était, avec le gros de l'avant-garde, à Lebach, occupant en outre Landsweiler, Eppelborn, Bubach et Eidenborn.
Henckel détaché vers Namur et Aix-la-Chapelle. — A l'extrême droite, Henckel était toujours à Trêves, d*où il dirigeait un officier avec un petit parti, par Arlon, vers Namur et Aix-la- Chapelle dans l'espoir de se relier au III« corps prussien. Mais cet officier dut revenir à Trêves sans avoir pu établir cette communication.
A ce propos, il y a lieu de faire remarquer que l'armée de Silésie paraît avoir été au moins aussi mal partagée en fait de cartes que l'armée de Bohême; c'est du moins ce qui ressort d'une lettre qu'York adressait, le 7, à Henckel en le priant de lui envoyer de Trêves des cartes qui, disail-il, vont, à partir de ce moment, lui faire complètement défaut. La même demande était renouvelée ce jour-là, et en termes plus pressants encore, par le major von Schack, quartier-maître du I®"" corps prussien.
Escarmouche de Saint-Jean. — Le général von Jùrgass avait atteint Neunkirchen avec ses dragons et le lieutenant-colonel von Stutterheim, ayant occupé, après une légère escarmouche en face de Sarrebrûck, Saint-Jean, sur la rive droite de la Sarre, y avait opéré sa jonction avec Biron. Le gros du corps Sacken était à Homburg, son îivant-garde vers Sarreguemines, à Rohrbach, Bliescastell et Deux-Ponts, le général Lanskoï vers Pirraasens.
8 janvier. — Ordres de Blûcher. — Les ordres dr. niouvoraent pour la journé(^ «lu 8 sont aussi insigniliauls q\w. les év(^nements de cette» journée», <*l Bliieher. tout en prescrivant au l*' corps d'emplojvr deux nianhes pour arriver sur la Sarre, s'oceu|)e surtout des moyens de faire rallier l(»s fraelions qu'il a laissées en arrièn». Aussi l'avant-^arde du prince (iuillaunie reste îi Saarwelliufçen; seul h» major d(^ Zastrow, av(»e le 10'' régiment de cavalerifî d(^ landwelir de Silésie, est envoyé à Beckinjçen et Fickinji^en pour y surveiller hî cours et les gués de la Sarre.
Affaire de Saint-Jean. — Quant au lieutenant-colonel von Stutterheim, attaqué par une; centaine (rhommes v(muis de» Sarrebruck et qui avaient j)assé la Sarre en barques sous la protection d'une batterie d'artillerie, il avait été momentanémenl chassé de Saint-Jean. Les Français * abandonnèrent ce village après avoir brillé et coulé les quehpies bateaux que les Prussiens avaient trouvés et réunis sur la rive gauche. Le soir, d'ailleurs, le lieutenant-colonel recevait l'ordre d(^ se porter, le 9 janvier, sur Saar- \v(»llingen. Sa présence h Saint-Jean était d(?venue complèt(»m(»nl inutile depuis l'arrivée sur ce point du corps volant de Hiron.
Mouvements d'Tork et de Sacken. — Le 8, le quartier général d'York avait été j)orté h Thohîy; l(i corps de» SackeMi était à Deux-Ponts, se dirigeant sur Sarreguemines.
1 Marmont avait dans ses dispositions pour la journée du 7 janvier prescrit de faire sauter le pont de Sarrehriirk; oi*donné aux divisions Ricard et DurulU^ de prendre position à Forbach occupant Sarrebriick, les gués de Wehrden, Vôlklingen et Malstatt avec de rinfanterie, de la cavalerie et du cîinon ; au général Doumerc de garder le gué de Rehlingen à la position de Sierslierg, de tenir le gué de Pachten avec sa grosse cavalerie, soutenue par 600 hommes tirés provisoirement de la garnison de Sarrelouis. Si renuemi venait à forcer le passage à Siersherg. Doumerc devait se replier dans la direction de Metz, après avoir informé de son mouvement les généraux postés à Forbach.
L'effectif des deux divisions Hicard et Duruttc et de la division Lagraiige îrétait que de 8,500 hommes. {Archives de la guerre.)
Marmont ajoute dans son rapport au major-général, de Forbach, le 8 janvier, à 8 heures du soir, que par une négligence inimaginable tous les bateaux qu'il avait fait réunir à Sarrebriick avaient descendu la rivière et étaient sur la rive droite au pouvoir de Tennemi. Comme ils étaient assez nombreux pour transporter 5,000 hommes, et comme les Prussiens n'étaient pas en force sur ce point, le maréchal ne perdit pas un seul instant pour faire arriver du canon, chasser les postes de Saint-Jean et reprendre passession de ces bateaux qu'il fit couler. (Archiretf de la guerre.)
Enfin, Henckel recevait de Bliicher Tordre do rester jusqu'au 16 * fi Trêves. Il avait pour mission de rayonner pour empocher lo ravitaillement de Luxembourg, et il devait y attendre rarrivéc du général Rôder (du II*' corps, Kleist) pour se remettre en marche et former l'extrême droite de rarmée.
Quant à Kleist, qui, avec 16,000 hommes du Il« corps, avait quitté Erfurt, il recevait le 8 àCassel Tordre de Bliicher de partir le 14 de Marburg et d'être rendu le 20 ii Coblence.
Ordres de Blûcher pour les 9, 10 et 11 janvier. — Dans Tordre qu'il fit établir pour les journées des 9, 10 et 11 janvier. Blûcher cherche évidemment h rattraper le temps qu'il avait perdu depuis le passage du Rhin, en donnant, les 3 et 5 janvier, deux jours de repos à ses troupes, très éprouvées, il est vrai, par la rigueur et les variations de la température. Il veut faire bordcM* ce jour-lîi la Sarre par le corps d'York, de Merzig jusqu'à Sarrobrûck, et de ce point jusqu'à Sarralbe par le corps do Sackon.
Pour la première fois aussi on trouve dans son ordre de mouvement des indications, très sommaires et très incomplètes onroro. sur les forces et les intentions de son adversaire ; mais, malgi'»' tout son désir de joindre au plus vite Marmont, lo fold-maréchal est obligé de reconnaître que, par suite du front considérable qu'il a fait occuper à ses troupes et en raison de la crue do la Sarre, il lui sera impossible de passer cette rivière dans la journée du 9, qu'il lui faudra consacrer tout entière aux (ravanx d'établissement des ponts.
Négligence de Blûcher. — On peut remarquer en passant que Blûcher eut dû songer à l'avance aux difficultés de ce passage et qu'il eût pu aisément gagner du temps en faisant marcher un équipage de ponts avec les têtes de colonne de chacun dr ses d(îux corps. Enfin, comme il semble croire que Marmonl. favorisé évidemment par l'appui que peuvent lui prêter les placos fortes de la Meuse, de la Moselle et de la Sarre, a dû se conc(Mitrer pour s'opposer h ses entreprises, Blûcher, en disséminant ses troupes sur un front s'étendant depuis Trêves jusqu'à Sarralbe,
* On verra plus loin que Henckel quitta, le 1?{, Tri^vcs, avec Tordre de se porter sur Thionville, et qu'il fut ensuite dirigé à nouveau sur Luxembourg.
s'exposait à voir les Français chorrhor îi crevor cotto longue ligne sur un point quelconque.
9 janvier. — Retraite de Harmont. — Les lieutenants de Blûcher, ex('»cutant ses ordres à la lettre, occupèrent donc dans la journé(î du 9 les positions indiquées ci-d(\ssus. Mais l(»s renseignements transmis par les émissaires et surtout par la cavalerie, établirent d'une façon positive, que le duc de Raguse, loin de chercher h disputer le passage, avait, au contraire, continué son mouvement de retraite sur Metz. Les Français semblaient, en effet, n'avoir laissé du monde qu'à Sarrebri'Ktk; leur poste établi jusque-là en face de Beckingen s'était rei)lié sur Sarrelouis, c(mi\ des villages de Vôlklingen et de Bouss sur Forbach.
Cavalerie russe du côté de Sarreguemines. — Quelques partis de cavalerie prussienne, ayant réussi à passer sur la riv(^ gauche, suivaient attentivement les mouvements sans oser cependant s'aventurer trop loin. Le lieutenant-colonel von StutterhcMui avait toutefois poussé quelques patrouilles sur la route de Metz, el le général Karpoff II, du (*orps de Sacken, après avoir trav(;rsé la Sarre en aval de Sarreguemines, en avait chassé les Français, rétabli immédiatement le pont et envoyé des partis vers Puttelange.
10 janvier. — Évacuation de Sarrebrûck. — On n'avait pas cessé de travailler activement à l'établissement, à Beckingen, d'un pont que l'on comptait pouvoir livrer aux troupes dans la matinée du 10. Mais pendant ce temps et à la nouvelle de l'apparition de la cavaleri(^ de Karpoff du côté de Sarreguemines, la garnison de Sarrebrûck, alarmée par les mouvements des cavaliers d'York entre Sarrelouis et Sarrebrûck, avait évacué cette place dans la nuit du 9 au 10 et s'était repliée sans être autrement inquiétée sur Saint- Avold*.
Kxéculé .3G, ou à la rigueur m( me 24 heures plus tôt, h» mouvement env(.'loppanl que Blûcher allait faire tenter à sa cavalerie
* Des ordres et des dépêches ci-dessous expédiées par Marmont, il résalte qu'il s'était alarmé plus que de raison et qu'il aurait parfaitement pu dissimuler sa retraite et consenrer sur le gros do l'armée de Silésio une avance
aurait amené inévilablomont dos résultais immédiats, malgré sou amplitude démesurée, surtout si Marmont avait partagé la manière de voir de Napoléon et si, croyant comme lui que Bliicher, obligé de laissser derrière lui dans sa marche depuis le Rhin, une vingtaine de mille hommes, n'arriverait sur lui qu'avec 30,000, il s'était décidé h disputer sérieusement et pied à pied le passage de la Sarre. Mais, comme Marmont avait pu évaluer exactement les forces de son adversaire, et comme ce fut le 10 seulement que le gros de la cavalerie de Blûcher déboucha sur la rive gauche de cette rivière et se porta en avant, il était déjî\ trop tard pour que le feld-maréchal pût rejoindre le gros des corps français et inquiéter môme les dernières troupes qui avaient gardé la Sarre. Les Français, ayant toujours conservé leur avance d'une grande journée de marche, il leur était facile, comme ils le firent d'ailleurs, de refuser le combat et de se retirer, presque sans encombre, sur Metz.
Le feld-maréchal lui-môme reconnaît, du reste, les faits que nous venons d'avancer, et nous trouvons dans la Kurzgefasste Darstellung der Kriegsbegebenheiten (1er Schlesischen Armée*, h la
nécessaire sans imposer à ses troupes déjà très éprouvées les fatipfues d'une marrlie de nuit.
« Marmont au major-général — Forbach, 9 janvier, midi.
« L'ennemi a forcé le passage de la Sarre à Rehiingen au-dessous de Sarrelouis, construit un pont et débouché en force avec infanterie, cavalerie et artillerie. J*ai reçu également le rapport que les forces ennemies se sont augmentées du côlé de Sarreguemines et que l'ennemi est entré avant-hier à Saverne. Ces circonstances me déterminent à me porter demain matin sur Saint-Avold avec la plus grande partie de mes forces en laissant mon avantgarde à Forbach. »
« Ordre du 9 janvier i8i4, quartier général de Forbach, 6 h. 1/2 soir.
« La division Lagrange se mettra en marche immédiatement avec son artillerie et la réserve pour aller prendre position à Saint-Avold et y attendre l'arrivée des autres troupes. Le général van 51crlen suivra avec sa cavalerie et sera sous les ordres du général Ligrango. Le général van Merlen poussera cetto nuit même des reconnaissances sur la direction de Puttelange et de Bouzonville.
« Le général Durutte réunira ses troupes à Forbach de manière à être en marche à 2 heures du matin sur Saint-Avold.
« La division du général Ricard, qui aura eu le temps de se rallier, marchera immédiatement après.
a Le général Picquet sera à cheval à 2 heures, avec ses gardes d'honneur et marchera avec le quartier général sur Saint-Avold.
« Le général Beurmann devra être rendu à Forbach à 2 heures du matin, ri fera l'arrière-garde. » (Archives de ht guerre.)
' K. K. Kriegn Archiv., I, 31 .
ilale du 10 janvier, les phrases suivantes : « Blûcher prescrit h sa cavalerie de passer la Sarro le 10, de déborder l'ennemi, de se porter sur Forbach et Saint-Jean et d'intercepter ses communications avec Metz. Marmont, de moitié plus faible que Blucher, devine ses intentions et se retire sur Metz par Saint-Avold. »
Quoique le retard que nous venons de signaler ait empêché Blûcher de déborder les Français et de les couper de leur ligne de retraite, on doit cependant reconnaître que c'est uniquement en poussant rapidement sa cavalerie en îivant aussitôt aprt>s le passage de la Sarre, qu'il parvint d'abord h chasser les troupes françaises de tout le pays situé entre la Sarre et la Moselle, puis à se rendre maître, sans coup férir, grâce il est vrai h la négligence des généraux français, des principaux passages de la Meurthe et de la Moselle.
Il importo encore de reconnaître que la température vint, elle aussi, contrecarrer les projets de Blûcher et retarder la marche de ses colonnes, puisqu'à cause de la gelée qui recommença le 10, le pont de Beckingen, qui devait être achevé le 10, ne put être compl^tement établi que le 11 vers 3 heures de l'après-midi, et ce fut le 14 seulement que les dernières troupes y passèrent la Sarre *.
Ordres d'York. — Des dispositions prises par Blûcher le 9, complétées à l'usage du !«' corps et expédiées par York, h 7 heures du soir, de Lebach, il résulte que l'on ignorait encore h ce moment la retraite des troupes françaises, ou tout au moins que l'on s'attendait à rencontrer une résistance assez vive dès qu(^ l'on chercherait à s'avancer sur la rive gauche de la Sarre. C'est, en eft'et, plus tard et dans un deuxième ordre que York, informé du départ de l'ennemi, recommande au général von Jûrgass, dans le cas où cet officier général réussirait à passer la rivière à Sarrebrûck, de gagner immédiatement la roule de Metz et de poursuivre l'ennemi; au général von Katzler, d'accélérer le plus possible son passage î\ Beckingen. York se porte sur ce point dès l'aube, afin do se rendre par lui-môme un compte exact des événements. 11 y trouve le prince Guillaume en position avec 3 bataillons, une compagnie de (chasseurs et une demi-batterie.
* DftOTSEif. Leben des Felâtnarsehail Grafen York ron Wartenhurg, II, i70.
Mouvements de cavalerie sur Thionville, Sarrelouis, Forbach, Luxembourg et Saint-Avold. — Comme les ponts étaient encore loin d'être finis, le lieutenant-colonel von Stôssel, qui avait pris le commandement de la cavalerie de Favant-garde (à la place du général von Katzler malade), passa la Sarre au gué de Rehlingen, pour se porter aussitôt par Bouzonville sur Boulay. Il envoya immédiatement des partis, sous les ordres du major von Krafft, d'un côté vers Thionville et de Tautre vers Niederwisse. Entre temps, le !«' régiment de cavalerie de landwehr de la Nouvelle-Marche avait également passé la Sarre à gué prés de Beckingen, et s'était rabattu sur Sarrelouis.
Quant au lieutenant-colonel Stutterheim, posté à Saint-Jean, dés qu'il eut connaissance de l'évacuation de Sarrebrùck par les Français, il s'était empressé d'abord de remettre à flot les barques qu'ils avaient coulées, puis de jeter un pont provisoire, qui fut achevé vers 11 heures du matin, et de faire garder Sarrebrùck par un bataillon d'infanterie et par ses 4 escadrons do uhlans. Aussitôt le pont achevé, le général von Jùrgass passa sur la rive gauche avec 13 escadrons et une batterie à cheval, et poussa avec eux jusqu'il Forbach. Blûcher arrivait lui-même vers le soir h Sarrebrùck ; mais avant de quitter Sainl-WendeL il avait envoyé h York de nouveaux ordres lui prescrivant, d'abord de faire investir Sarrelouis. puis, dés qu'il aurait eu la certitude de la retraite de l'ennemi sur Metz, d'envover sur Thionville le général von Horn.
Cet officier général devait s'efforcer de répandre partout la confusion et la terreur, chercher h enlever la place par un coup de main, empêcher en tous cas qu'on la ravitaillât, pousser des partis sur la Moselle, intercepter les routes de Luxembourg et de Longwy à Thionville et se relier avec Henckel, auquel il avait à faire tenir l'ordre de se porter le 15 au plus tard de Trêves sur Thionville.
Henckel n'était pas resté inactif depuis son entrée îI Trêves. Les partis qu'il avait envoyés vers Luxembourg, sous les ordres du capitaine von Osten et du lieutenant de Chevallerie, s'étaient réunis le 10 près de Wulferdingen, avaient repoussé jusque sous les canons de la place un gros détachement ennemi et lui avaient enlevé un certain nombre d'hommes, pendant qu'un autre de ses partis, remontant plus au nord, poussait vers Malmédy.
Sîicken avait porlé son quartier ^éiuTiil à Sarralhc*. Sa caval(Tie, sous Lanskoi et Karpoff, continuait à marcher de Sarreguemines sur Saint-Avold, et, dans la journée du 10, Biron ^s'était porté de Sarrebrùck sur Forbach. Après s*y être réuni vers le soir avec le général von Jûrgass, il était allé cantonner à Freymingen pour i)Ousser le lendemain il sur Saint-Avold, point sur lequel il devait recevoir des instructions ultérieures.
11 janvier. — Mouvements après rachëvement des ponts de la Sarre. — Ce ne fut, nous l'avons dit, que le 11, à 3 h(;ures de l'après-midi, que le pont de Beckingen fut en état d'être livré aux troupes. Ce retard do près de 36 heures avait eu pour première conséquence d'empôcher l'exécution d(»s ordres donnés par Blùcher pour les journées des 10 et 11 janvier; mais il avait, en outre, obligé York à faire bivouaquer, par un froid des plus rigouriîux, des troupes déjà fort éprouvées et auxquelles, pour rattraper le temi)s perdu et essayer de rejoindre l'ennemi, on allait être obligé de faire exécuter encore des marches forcées.
Le prince Guillaume fit aussitôt passer son avant-garde, qu'il dirigea d'abord sur Valdevrange, où il quitta la grande roule, qui l'aurait conduit sous le canon de Sarrelouis, pour ne la rei)r(îndre qu'à Bisten ; ce détour fut cause qu'il ne parvint le soir que jusqu'à Uberherrn. Sa pointe était arrivée à Carlingen à G kilomètres de Saint-Avold. Sa cavalerie qui, sous les ordres du lieutenant-colonel von Stôssel, avait poussé jusqu'à Boulay, avait été contrainte à se reporter à une lieue en arrière de ce point, d'abord parce que les Français occupaient tous les villages situés entre Saint-Avold et Boulay, ensuite parce qu'il lui avait été impossible de se relier sur sa gauche avec la cavalerie de réserve du général von Jùrgass.
Affaire de cavalerie de Pontigny. — Ce mouvement rétrograde avait faillli compromettre le sort d'un escadron du 2« régi-
* t( L'enueini ayant passé la Sarre à Sarralbe el à RehllDgen et cherchant à uic couper du détilé de Saint-Avold, écrit, le 10 janvier, à 8 lieures du soir, le maréchal Marinont à Helliard. j'ai pris position à Longeviile; je tiens une avaul-garde à Saint-Avold et j'y resterai assez longtemps pour obliger Tennemi à se déployer. » {Archives de la gtierre,)
ment de hussards du corps. Celui-ci, sous les ordres du capitaine Erichsen, après avoir passé le 10 le gué de Rehlingcn, avait reçu pour instruction de pousser aussi loin que possible sur la route de Metz, afin de se procurer des nouvelles positives sur les positions, la force, les mouvements et les projets de Tennemi. Cet escadron réussit dans la délicate mission qui lui était confiée et arriva le 11 h une lieue de Metz sans avoir rencontré Tennemi. Là, les hussards prussiens donnèrent contre un convoi d'artillerie, l'attaquèrent, enlevèrent quelques hommes et quelques chevaux. Le but que Ton se proposait était désormais atteint et l'escadron commença sa retraite. A cause de la grande quantité de neige tombée, elle dut s'effectuer par la route suivie en venant de la Sarre.
Pendant ce temps, l'infanterie française était venue occuper le village de Pontigny situé à trois lieues de là et au point où se trouve précisément le pont de la Nied. Le commandant de l'escadron du 2® hussards fut informé de ce fait lorsqu'il était déjà aux Étangs, à une demi-lieue de Pontigny, où il s'était arrêté pour faire manger ses chevaux. Il s'assura, du reste, par lui-même de l'authenticité de la nouvelle. Le village était fortement occupé, le pont solidement barricadé, et il était par suite impossible de songer à enlever Pontigny de vive force. On avait, en outre, h craindre, à cause de l'affaire qu'on venait d'avoir avec le convoi d'artillerie, une attaque venant de Metz. Le détachement était dans une de ces situations dont il est impossible de se tirer autrement que par la ruse.
Le capitaine, qui commandait les hussards, envoya donc en parlementaire un officier, accompagné d'un trompette, sommer le commandant français de Pontigny de se rendre, en lui annonçant que la cavalerie formait la pointe d'avant-garde d'un corps considérable. Le parlementaire fut reçu à coups de fusil tirés contre lui par les sentinelles postées à l'entrée du village ; mais, profitant de l'obscurité, il mit pied h terre, se glissa dans le fossé qui borde la route, arriva ainsi jusqu'au petit poste, s'y présenta comme parlementaire et se fit conduire au colonel qui commandait les troupes de Pontigny. Celui-ci refusa de se rendre et n'ajouta pas croyance à la fable débitée par l'officier prussien, qui réussit néanmoins h lui faire croire qu'il avait devant lui une j)alrouille de flanc du corps du comte Henckel, et que ce corps se
n^unirail le matin iiièiiiu h Poiitigny avec les troupes venant de Sarrelouis.
Le colonel déclara alors à l'officier prussien qu'il évacuerait Pontigny dans une heure, à condition toutefois d'y être préalablement autorisé par le général Ricard, dont le quartier général était h une petite lieue de Pontigny. L'officier prussien accepta naturellement la i)roposition. On envoya au général un soldat monté sur un cheval de paysan, et une heure et demie plus tard le colonel recevait l'ordnî écrit de quitter Pontigny.
Cette nouvelle, transmise aussitôt par l'officier prussien h son chef, arriva d'autant plus à propos que 1(î petit poste établi sur la route de Metz V(»nait d'être inquiété par une patrouilU» de hus- • sards français et qu'on devait s'attendre à une nouvelle attaque, qui aurait eu pour conséquence l'anéantissement du détachement pris entre deux feux. Les hussards prussiens se portèrent donc sans plus larder sur Pontigny, déblayèrent le pont, continuènîut lestement leur retraite jusqu'à Volmerange, situé à deux lieues de là, et occupèr(»nt ce village dont ils barricadèrent les rues. Le lendemain 12, l'escadron y était rejoint par le reste du régiment*.
A la droite du I®' corps, hî général Horn avait commencé son
* Les rap{)orts français de ce jour constatent et enregistrent ces faits. C'est ainsi que le général Fournier écrivait do Narbéfontaino au général Ricard, le 11 janvier, à 1 h. i/4 de Taprés-midi : « Un particulier, qui arrive de Metz, a vu ce matin 40 cosaques au village des Etangs. Le colonel du 136^ établi a Niedervisse m'informe que Tenneini occupe Boulay et a poussé des reconnaissauces jusqu'à Volmerange et qu'il a fait partir une reconnaissance pour voir si le village de Darting est occupé. »
Le général BcUiard donnait encore plus de détails dans le rapport qa*il adressait, le 11 janvier, à 10 heures du soir, de Metz, au major général.
« Un parti ennemi est venu hier soir à Boulay. On Ta su de suite. L'ennemi u'y a pas moins couché, et, so trouvant tranquille, il s'est porté aujourd'hui en avant jusqu'à une lieue de Metz, à l'embranchement de la route de CourceUes, où il s'est établi. Il nous a enlevé quelques hommes allant à Courcelles, ou en revenant, ainsi que des voitures. Je pense que le parti sera retourné à Boulay. 11 est vraiment honteux de voir 60 cavaliers courir impunément la campagne sous le canon d'une place de guerre de premier ordre. Je demande qu'on mette du monde sur la route de Courcelles, qu'on fasse des patrouilles autour de la ville, qu'on pousse au loin des reconnaissances. Je demande aussi qu'on occupe en force Pont-à-Mousson, où U n'y a personne, et qui est un point important à conserver. Tout cela va se faire. On me l'a promis, n
mouvement de Bockingen vers Thionville et s'était cantonne le soir avec sa brigade à Bouzonvilie.
Prise de Saint-Avold par la cavalerie.— Conformément aux: ordnis du prince Guillaume, le lieutenant-colonel von Stutterheim s'était mis en marche pour s'établir h Saint-Avold. Arrivé h peu de dislance de cette ville, il avait donné à rentrée du défilé de Neuen-Mûhle contre Tennemi qui avait posté sur ce point quelque infanterie soutenue par de la cavalerie. Comme le terrain sur lequel il allait être obligé d'agir ne se prêtait guère h Taclion de la cavalerie, Stutterheim fit passer un de ses bataillons par les bois silués sur la gauche des Français, les tourna ainsi et les débusqua sans peine de leurs positions. Le lieutenant-colonel, prononçant son mouvement de front, les poursuivit vivement avec ses quatre escadrons jusque dans Saint-Avold où les Français essayèrent de tenir bon. Après un combat assez vif, les Prussiens, gnice à Tarrivée opportune du corps volant du prince de Biron et de la cavalerie du général Lanskoï, réussirent à s'emparer de cette ville * et à en chasser l'ennemi qui se retira sur la route de Metz, poursuivi par Lanskoï jusqu'à Longeville. Vers dix heures et demie du soir, la cavalerie du général von Jûrgass venait, elle aussi, bivouaquer aux environs de Saint-Avold; le gros de la cavalerie du corps Sacken, sous les ordres du général Wassillchikoft', se tenait encore aux alentours de Puttelange.
12 janvier. — Mouvement dTork et de Sacken. ■— Affaire de cavalerie de Noisseville. — Le 12, les corps d'York et do Sacken continuèrent leur mouvement vers la Moselle, l'un dans la direction de Metz, le second sur la ligne Pont-à-Mousson— Nancv.
En avant du i)rince Guillaume (avant-garde du I®"" corpsj, arrivé à Fouligny et qui occupa llaville et Guinglange, le lieule-
i Marmoiit écrivait de Longeville, le H jauvier, à 7 heures du soir, au major général et à Helliard, que Sackcu était arrivé devant lui pendant que York passait la Meuse à Kehlingen et marchait par la route directe de Sarrelouis u Metz, et que, par suite, il partait la nuit même pour se rapproclier de Metz. H ajoutait qu*il y avait eu un léger engagement à Saint-Avold entre son avant-garde et celle de l'ennemi, «< qui nous a forcés d'abandonner cette ville, mais sans pertes ». {Archive» de la guen'e.)
nanl-colonel von Stôssel s'était porté, avec sa cavalerie, h la droite d'York, et avait continué vers Metz, par Boulay et les Étangs. A hauteur de Noisseville, il vint donner dans trois escadrons do cavalerie française qui, au moment où ils se disposaient à se jeter contre les cavaliers prussiens, furent chargés par un escadron du 2« hussards, un escadron des hussards de Mecklembourg el un escadron du réginiimt de cavalerie nationale de la Prusse orientale, mis en déroute et chaudement ramenés jusqu'à Noisseville. Un poste d'infanterie française, établi sur ce point, les recueillit, pendant que plusieurs bataillons d'infanterie et 6 escadrons de cavalerie débouchant d(î Xouilly, village situé fi 2 kilomètres à peine de Noisseville, se déployaient pour arrêter le lieutenant-colonel von Stossel. Conmie la cavalerie de réserve du général von Jurgass et le gros de Tavant-garde n'étaient pas encore arrivés h sa hauteur, cet officier crut plus prudent de refuser un engagement (jui, vu la disproportion des forces, ne pouvait lui être que défavorable, et s'établit à Glatigny. La petite affaire de Noisseville avait coûté aux Français une quarantaine d'hommes hors de combat et une trentaine de prisonniers *.
La cavalerie d(; réserve?, sous les ordres du général von Jiirgass, avait aussi passé la Nied, et le lieutenant-colonel von Stutterheim, qui la suivait avec 3 bataillons, 4 escadrons et une batterie à cheval, se cantonnait le soir à Courcelles.
Le quartier général d'York venait à Longeville et le gros de son corps s'établissait sur une ligne allant de Saint-Avold à Fouligny.
Horn devant Thionville. — A l'extrême droite, Horn * était arrivé devant Thionville, qu'il avait fait investir sur la rive droite
i « Noas avons eu, éoril Marmont, le li janvier à li heures du soir, do Metz, à Belliard, des engagements de cavalerie assez vifs dans Taprès-niidi, du côté de Bouluy et de Courcelles. L'ennemi a montré de chaque côté un millier de chevaux. Demain f aurai devant itwi de fortes avant-gardes et aprèS' demain toutes les forces eniwmies, » {Archives de la Guerre.)
Il ajoutait que, comme il s'afTaiblissait beaucoup en fournissant des troupes qui resteraient en garnison à Metz, le général Curial lui laisserait provisoirement la division Dccouz, venant de Thionville.
' Belliard au major général, Metz, 12 janvier, soir. — Il lui annonce dans la même dépêche le départ du quartier général pour Ghàlons.
Wdl. 14
de la Moselle par le lieuteuant-coloucl von Sohr, avec 1 bataillon et 4 escadrons. Quant i\ lui, il restait encore à Disiroff, avec ses 6 autres bataillons *.
Position de la cavalerie de Sacken. — Le général Lanskoï (avant-garde de Sacken) avait reçu ce jour-là, 12 janvier, près de Courcelles, Tordre de marcher par la route de Château-Salins sur Pont-à-Mousson, tout en maintenant avec la cavalerie prussienne ses communications que devait assurer un de ses régiments de cosaques posté à Chailly. Wassiltchikoff, avec le reste de la cavalerie de Sacken, continuait à pousser, lui aussi, vers la Moselle, et Biron, chargé de se relier avec le VI® corps de la grande armée de Bohême (Witlgenstein), qu'on croyait déjà en marche sur Nancy, arriva le soir à Morhange et Habourdange. Le gros du corps de Sacken occupa, le 12 au soir, la ligne Pultelange— Faulquemont.
Retraite de Harmont sur Metz. — État de son corps.
— Dès le 12 au matin, Marmonl était venu prendre position sous le canon de Metz, abandonnant à Tennemi tout le terrain entre la Sarre et la Moselle, où Sarrelouis seul restait encore aux Français. Il est juste de reconnaître que la situation du maréchal était loin d'être brillante. Quels que pussent être les avantages et les points d'ap])ui que présentait pour lui la ligne de la Moselle, malgré les ressources qu'il aurait pu y trouver, il est impossible de se dissimuler qu'il ne pouvait s'arrêter à l'idée de s'y maintenir qu'à la condition d'être certain d'y être immédiatement renfercé par des troupes fraîches et surtout par des troupes solides et aguerries. En jetant un coup d'œil sur les états et les situations, on trouve, il est vrai, qu'il y avait à ce moment à la gauche du duc de Raguse la division de jeune garde du général Decouz, en formation à Thionville ; à sa droite, les troupes que Ney avait réunies à Nancy; puis, enfin, plus à droite encore, celles avec lesquelles Victor se repliait devant les IV® et Y« corps de l'armée de Bohème. Mais en réalité pour avoir une chance, même faible, de résister sur la Moselle, il fallait, avant tout, opérer avec Ney et Victor une jonction qui ne résultait pas directement des ins-
1 Bliicher avait laisse devant Sarrelouis 4 bataillons et 4 escadrons.
tructions de TEmpereur, et qui ne larda pas, d'ailleurs, à devenir impossible. Enfin, la désertion avait pris, pendant la retraite du Rhin sur la Sarre et surtout pendant le mouvement de la Sarre vers la Moselle, de telles proportions que Ton ne peut s'empêcher de partager et de comprendre les inquiétudes et les préoccupations de Marmont.
Dès le 7 janvier, le duc de Raguse avait signalé, dans une lettre adressée à Berthier, de nombreux cas de désertion qui s'étaient manifestés, surtout parmi les soldats tirés des départements du Mont-Tonnerre et de Rhin-et-Moselle. De tout un régiment de hussards hollandais, il ne lui restait plus que 50 hommes, qu'il avait dû désarmer et démonter pour les empêcher de déserter avec armes et bagages. Arrivé sur les bords de la Sarre, il n'avait plus autour de lui que 11,000 hommes*, et, le 13 au matin, le lendemain de son arrivée i\ Metz, ses 48 bataillons comptaient Il peine 6,000 hommes. Aussi, tout en ayant le droit de regretter que la jonction des trois maréchaux Marmont, Ney et Victor n'ait pu s'effectuer, il serait d'autant plus injuste d'en vouloir faire retomber toute la responsabilité sur Marmont, que la précipitalion avec laquelle Ney évacua Nancy et la direction prise par le maréchal Victor îi la suite de cette évacuation et à l'instigation du prince de La Moskowa, allaient rendre sa position plus difficile et plus critique encore, et l'obliger, deux jours plus tard, le 15 janvier, h se replier lentement sur Verdun.
13 janvier. — Houvements de la cavalerie de Sacken et d'Tork vers la Moselle. — En attendant, comme au quartier général de l'armée de Silésio on s*était rendu compte de la situation de l'ennemi, et comme la retraite de Marmont sur Metz était désormais constatée, on employa judicieusement la journée du 13 à faire tûter par la cavalerie du corps Sacken les positions occupées par les troupes adverses sur la Moselle et à pousser des partis vers Nancy.
Afin de faciliter îi celle cavalerie l'accomplissement de sa misiiion, York poussa dès l'aube son avant-garde et sa cavalerie de réser\^e vers Metz, leur fit prendre position entre Colombey et Courcelles, et plaça la cavalerie de réserve sous les ordr(»s du
* Marmont, Mémoireê, VI, 12.
prince Guillaume, qui devait, d'une part, se relier à l'avantgarde de Sacken et, de Taulre, investir Metz avec sa cavalerie.
Cavalerie du prince Guillaume devant Hetz. — Le prince Guillaume avait à cet effet divisé le terrain autour de Metz en trois secteurs. Le lieutenant-colonel von Stossel, avec la cavalerie de Tavant-garde (8 escadrons), soutenue par un bataillon d'infanterie et une demi-batterie à cheval, devait former la droite de la ligne des avant-postes et s'étendre de Mey jusqu'à la Moselle. Pour se rendre sur les positions indiquées, ce détachement, qui avait à passer par Villers-I'Orme, y trouva les Français solidement établis (1000 hommes d'infanterie et de cavalerie), et dut se replier. Le lieutenant-colonel, avec trois de ses escadrons, essaya alors de prendre par Mey et Borny ; mais, comme les Français occupaient le premier de ces villages, et comme le second aurait été intenable à cause de sa trop grande proximité de la place, on dut se contenter de faire surv^eiller le secteur jusqu'à la Moselle par des vedettes et des patrouilles qui réussirent, d'ailleurs, à faire quelques prisonniers.
Au centre de la ligne formée par les avant-postes, se trouvait le lieutenant-colonel von Stutterheim. Venant avec 2 bataillons, 2 compagnies de chasseurs, 4 escadrons et une demi-batterie à cheval par la grande route de Saint-Avold, il occupa à droite et à gauche de cette route, en arrière de Montoy et de Colombcy, Coincy, Maizery et Silly-sur-Nied. Enfin, à gauche, le major von Woïsky s'établissait à Ars-Laquénexy, Mercy-les-Metz et La Grangeaux-Bois. Derrière lui, le général von Jûrgass prenait position, avec le reste de ses 8 escadrons de dragons et sa demi-batterie à cheval, à Courcelles-sur-Nicd, Laquénexy, Mécleuves et Fronligny, pendant que le gros de l'avant-garde (4 bataillons, 4 escadrons, 1 compagnie de pionniers et une batterie montée) se tenait à Courcelles-les-Chaussy, Pont-à-Chaussy, Chevillon, Maizeroy et Pange, afin de pouvoir, en cas d'un retour oft'onsif de l'ennemi, défendre le passage de la Nied française et recueillir les avantpostes.
Du côté de Thionville, il ne s'était rien passé de nouveau ; seulement, les avant-postes de cavalerie avaient informé York, dont l'infanterie avait fait halte h Longeville, qu'une forte colonne française, sortie de Metz, se dirigeait sur Verdun.
Prise des ponts de Frouard par la cavalerie russe. —
La cavalerie de Sacken, sous les ordres du g<^n^ral Wassillehikoff, avait continué sa marche vers Pont-à-Mousson. Elle avait détaché plus h gauche des partis de cavalerie légère qui, débouchant sur les rives de la Moselle, aux environs de son confluent avec la Meurthe, s'étaient emparé des ponts de Bouxiéres et de Frouard.
Les maréchaux Ney et Victor, bien que la pointe de la cavalerie alliée ne fut plus qu'î\ une journée de marche en arrière d'eux, avaient négligé de les détruire en se retirant. Wassiltchikoff profita de cette faute inexplicable pour pousser aussitôt des coureurs, d'une part, vers Pont-à-Mousson, de l'autre, vers Commercy et Saint-Mihiel.
Marche de Biron sur Nancy. — Biron, quittant le 13, h 9 heures du matin, Habourdange, où il ne laissa qu'un poste volant de correspondance, arriva à midi à Chi\teau-Salins, qu'il occupa sans coup férir et poussa, dans le courant de la journée, jusqu'à Neuvelotte, où il s'arrêta pour passer la nuit. Il avait, dans l'après-midi, envoyé des coureurs, tant dans la direction de Nancy que du côté de Lunéville, dans l'espoir de se relieur avec la cavalerie de Wiltgenstein, ou tout au moins de se procurer quelques renseignements sur sa position. Mais les cosaques envoyés il la recherche du VI® corps rentrèrent pendant la nuit sans avoir pu rien découvrir.
Houvement du corps de Kleist. — Le corps de Kleist (II« corps prussien) arrivait le 13 h Marburg ; sa cavalerie de réserve, sous les ordres du général von Rôder, qui était, depuis le 9, k Ehrenbreitstein, retenue sur la rive droite par les glaçons charriés par le Rhin, passa ce jour-là aussi sur la rive gauche.
Le 13 janvier, comme la cavalerie prussienne l'avait signalé à York, Marmont avait bien fait partir de Metz, non pas pour Verdun, mais pour Pont-à-Mousson, la division Ricard* qui, arrivée le 13 au soir seulement à Novéant, ne put, par suite, atteindre Pont-iVMousson que dans la matinée du 14.
< Marmont aa général Ricard, Metz, 12 janvier, li heures du soir. {Archires de la Guerre.)
14 janvier. — Mouvement sur Thionville. — York, de son côté, prenait ses dispositions- pour résister à une offensive éventuelle des Français en avant de Metz, où, du reste, la journée se passait sans incident.
Ce même jour, Blùcher envoyait sur Thionville la brigade du général von Pirch II (1™ brigade prussienne), qui devait relever devant cette place le général von Horn, dirigé sur Sierck, pour y passer la Moselle et opérer de concert avec Henckel contre Luxembourg. Malgré les renseignements envoyés le 13 par cet officier, et d'après lesquels cette place aurait renfermé de 4,000 à 5,000 hommes, le feld-maréchal espérait parvenir à l'enlever, soit d'assaut, soit avec la connivence des habitants *.
11 s'était, d'ailleurs, produit dans le cours de cette journée, du côté du corps Sacken, des événements qui allaient décider Blilcher h imprimer aux opérations d'une partie de son armée l'énergique impulsion qui leur avait manqué jusque-là, et une activité plus en rapport avec les goûts et le caractère du feld-maréchal.
La cavalerie de Lanskoî occupe Pont-à-Housson. — L'apparition de la cavalerie du général Lanskoî en vue de Pont-à- Mousson avait, en effet, suffi peur amener le général Ricard * h évacuer cette ville et à se retirer par Thiaucourt sur Verdun.
* U est juste d'ajouter que Bliicher avait été induit en erreur par les rapports par trop optimistes du lieutenant de Ghevallerie, lui aflirmant que Luxembourg n'avait qu'une faible garnison, et que ses habitants étaient disposés à ouvrir leurs portes aux Alliés. (Ordre de Bliicher à Henckel> de Saint* Avold, le i4 janvier, à midi.)
> Marmont, Metz, 14 Janvier, iOh. i/4, matin, au général Ricard : c( Puisque Tennemi s'est montré à Pont-à-Monsson et comme des bruits fâcheux ont couru hier sur Nancy, j'ai fait partir cette nuit pour vous rejoindre la brigade de cavalerie du général van Merlen; elle servira à vous éclairer sur Nancy et sur Toul, à surveiller la rivière et à me donner des nouvelles. Si l'ennemi est à Nancy, et qu'il n'y ait rien de nouveau dans la journée dans la Basse-Moselle, il est probable que demain je me mettrai en marche pour vous appuyer avec le reste de mes troupes. »
Marmont au major général, Metz, le 14 janvier, 10 heures du soir : « Le corps prussien a pris position à une lieue de la rive droite de la Moselle, entre Thionville et Metz. Le corps de Sacken est devant moi à quelque distance.
u J'ai fait choix du général Durutte comme commandant supérieur de Metz. » (ArcJUves de la Guerre.)
Dans sa retraite, cet officier général n'avait môme pas songé à couper derrière lui le pont de la Moselle.
Entrée de Biron à Nancy. — Presque au même moment, malgré la gelée et la neige, Biron, qui avait eu le soin de faire ferrer h glace les chevaux de son corps volant, était arrivé le 13, à 4 heures, devant Nancy. Après avoir essuyé quelques coups de fusil, il avait occupé la capitale de la Lorraine, qui se rendit à un escadron de hussards et à une centaine de cosaques *.
15 janvier. — Premiers ordres de Blûcher pour le 16.
— Blûcher avait eu d'abord (ses premiers ordres donnés le 15 au matin pour la journée du 16 en fournissent la preuve) l'intention d'investir sérieusement Metz, de poursuivre Tennemi dans la
i Kurzgefasste DartUllung der Kriegsbegebenheiten der Sehlesisehen Armée im Jahre iSii. {K. K. Kriegt Arehiv., 1, 31.)
Victor à Grouchy. Nancy, 14 janvier 1814 :
« Ordre. — Le raouvement sera continaé sur Tout : la 1'® division d'infanterie ouvre la marche ; la ^^ suit la l'^' ; les 2 divisions de dragons marchent ensemble derrière la 2" d*infantcrie.
M Les gardes d'honneur et la cavalerie légère font l'arrière-garde. Le géndral Defrance fera occuper jusqu'à la nuit la sortie de Chdteau-Salins, de Flavigny, de Saint- Vincent, pour observer Tennemi. U tiendra le gros de sa cavalerie sur la route de Toul jusqu'à la nuit et se repliera avec tout son monde dans la direction de Toul jusqu'à Gondrcville, où il attendra les ordres. »
Grouchy à Milhaud, 14/1 :
«... L'ennemi étant entré à Nancy peu d'instants après celui où j'en suis sorti, je vous prie de donner à vos cantonnements l'ordre d'une extrême surveillance. Il faudra aussi pousser des reconnaissances sur les routes de Vézelise et de Vaucouleurs, et aller aux nouveUes dans l'une et l'antre de ces directions. »
Victor au major général. Toul, 14 janvier, 6 heures soir : « Les troupes do mon commandement ont couché la nuit dernière à Luné* ville et Saint-Nicolas. Je croyais pouvoir les y laisser aujourd'hui, pour prendre le repos dont elles avaient besoin, mais sur l'avis que j'ai reçu du maréchal prince de La Moskowa qu'une colonne des Alliés s'approchait de Nancy, par Château-Salins, et que ceUe qui a débouché par Epinal manœuvrait dans la direction de NeufchAtcau, j'ai dû continuer mon mouvement pour arriver à Toul avec l'infanterie et l'artUlerie. J'ai échelonné la cavalerie depuis Gondrcville jusqu'à Nancy. Je tiendrai cette position jusqu'à ce que j'aie reçu de nouveaux renseignements. Si j'apprenais que l'ennemi marchait par Neufchâteau sur Joinvilie, comme on me l'assure, je marcherai sur Vitry. Le prince de La Moskowa va occuper Pagn y- sur-Meuse et Void. Les chevaux souffrent beaucoup et perdent beaucoup, faute d'argent pour entretenir le ferrage. » (Arehireg de la Guerre.)
direction de Verdun, d'attaquer Luxembourg, de tAter Longwy et de passer à cet effet la Moselle sur trois points : à Sierck, pr^s Thionvillc et h Ancy.
Dans cette conjoncture, le corps York devait rester dans ses cantonnements et se contenter de faire reconnaître si les chemins venant de Fouligny à Pont-à-Mousson étaient praticables pour Tartillerie légère ; le corps russe de Langeron devait venir le 16 à Sarrebrûck, le 17 entre Saint-Avold et Forbach ; Sacken devait occuper, avec son infanterie, Château-Salins et Morhange, Vicsur-Seille, Moyenvic et Marsal, afin d'être absolument maître de la route de Sarreguemines à Moyenvic, par Puttelange et Dieuzo. 11 avait ordre de faire soutenir par sa cavalerie les coureurs qui étaient entrés à Nancy, et cette cavalerie devait, en outre, occuper Nancy et Pont-à-Mousson et poursuivre, enfin, Tennemi sur la rive gauche de la Moselle, dans le cas où il aurait évacué cette dernière ville.
11 est bien évident qu'au moment où il envoyait cet ordre, Blùcher ne savait pas encore que Pont-à-Mousson était depuis la veille occupée par des cavaliers de la division de Wassiltchikoff*, qu'il n'avait pas davantage connaissance de la retraite de Ney et de Victor vSur Toul. Ce fut donc à la nouvelle de l'abandon des ponts de Frouard, de Bouxières et de Pont-h-Mousson, lorsqu'on l'informa de la prise de possession des deux débouchés conduisant vers la Meuse, lorsqu'il apprit que les Français se trouvaient désormais hors d'état de lui résister et de lui disputer sérieusement le pays compris entre la Moselle et la Meuse, qu'il prit la résolution de faire par sa gauche un mouvement qui allait lui permettre de devancer la grande armée de Bohème, et peut-être môme d'arriver sur la Meuse avant l'un dos trois corps français en retraite devant lui.
Blûcher prend le parti de se porter en avant. — Toutefois, n'osant pas exécuter avec toute son armée ce mouvement qui ne manquait pas de hardiesse, il l'entreprend seulement avec le corps de Sacken et la division Olsufiew du corps Langeron. Pour nous servir des termes mêmes employés par Clausewitz, dans son Aperçu de la campagne de 1814, il se dirige ii la tête de 28,000 hommes sur Nancy, afin de rejoindre l'armée de Schwarzenberg, qu'il va en réalité précéder. En même temps, il charge York du
soin de surveillor les places do la Moselle, de masquer la direction qu'il a prise, de lui assurer la possession des roules par lesquelles vont lui arriver les renforts que lui amènent d'abord Langeron, puis Kleist. En confiant cette mission à York, le feldmaréchal espérait, en outre, que le commandant du I*^** corps réussirait à enlever de vive force Tune de ces forteresses et îi donner un point d'appui solide à la ligne d'opérations de l'armée de Silésie*.
Ordres à York. — Le 13 janvier, k 8 heures du soir, York, dont le quartier général était à Longeville, recevait, avec les ordres du feld-maréchal, la dépêche suivante que Blucher lui envoyait de Saint-Avold :
« Votre Excellence recevra ci-joint les ordres que je donne après avoir reçu la nouvelle de l'abandon complet de la Moselle par l'ennemi.
« Le prince Biron est entré hier à 4 heures h Nancy et suit Tennemi sur Toul. Le maréchal Victor, qui s'est replié sur cette place, craint d'ôtre coupé par Wrède.
« Votre Excellence maintiendra pendant la journée du 17 Finvestissement de Metz, Thionville, Luxembourg et Sarrelouis; je
1 Ii est bon de remarquer que, si cette résolation a été inspirée à Blucher par GneiscDan, le feld-maréchal a eu le mérite de modérer l'ardeur exagérée de son chef d'état-major. Gneisenau, en effet, n'était pas encore parvenu à se consoler du rejet du plan qu'il avait proposé en novembre, et qui consistait à poursuivre les opérations contre Napoléon immédiatement après Leipzig. 11 suffit pour s*en convaincre de rappeler ici la lettre que le chef d'état-major de Tarmée de SUésie adressait précisément ce jour-là à Radetzky, et dans laquelle, eti lui annonçant la prise de Nancy, il lui disait : <( Pourquoi laisser des troupes sur le Rhin? Pour surveiller Mayence et Strasbourg! Mais nous sommes à 14 étapes de Paris, et 18 jours nous suffisent pour franchir la distance qui nous sépare de la capitale, livrer une bataille et imposer à l'ennemi nos volontés. » Et il ajoutait : « Pourquoi ne pas faire converger sur Paris tout ce que nous avons encore sur le Rhin. Dans notre situation, une seule bataille doit nous donner une victoire décisive qui nous permettra de dicter la paix telle que nous la voulons... Laissez-nous donc nous porter en avant, disait-il encore en fiuissant, et faire venir à nous tout ce qui pourra nous rai* lier. 11 y a prés de Moret, entre Montereuu et Nemours, une position d'où Ton peut, sans effusion de sang, forcer Paris à se soumettre dans le cas où l'on n'aurait pas pu y parvenir plus rapidement par une bataille. Cette position se trouve en aval du confluent de TYonne, de l'Aube, de l'Ârmançou, du canal de Briarre et de la Seine, par laqueUe on amène à Paris les subsistances qui font vivre la capitale. » (Bbrnhardi, Denktnûrdigkeiten atu dem Leben de$ Grafen von Toll, lY, Sii-Si3.)
n'ai toutefois pas Tintention de vous immobiliser sur ces points pendant fort longtemps. Voici, au contraire, quels sont mes projets :
« Votre Excellence se rend évidemment compte de tous les avantages que nous assurerait la possession d'une quelconque de ces forteresses qui deviendrait pour nous une place d'armes. S'il est possible de s'emparer d'une de ces places (dans lesquelles il n'y a, d'ailleurs, que des conscrits), soit grâce à la connivence des habitants, soit d'assaut, il importe de tenter cette entreprise, dussions-nous sacrifier pour cela un millier d'hommes et môme davantage. Partout où une entreprise de ce genre serait impossible, il sera utile d'alarmer de nuit la garnison pour arriver h connaître ce qu'elle vaut. 11 suffit, h cet effet, de quelques vieux soldats d'infanterie.
« Si l'on ne peut pas parvenir h prendre Metz, Thionville et Luxembourg, si les commandants de ces places sont décidés h faire bonne contenance, il conviendra, en attendant l'arrivée du général von Kleist, de charger le général von Rôder de bloquer avec sa cavalerie Luxembourg et Thionville, de confier la même mission devant Metz à la cavalerie de Langeron. Votre Excellence marchera alors avec son corps d'armée droit par Saint-Mihiol vers la Meuse, apr^s avoir fait préalablement tâter Longwy.
« J'ignore ce que vous possédez en fait de munitions pour les obus de 10 livres; toutefois si, en bombardant une de ces places avec ces pièces, vous pensiez amener une capitulation, vous auriez assurément à recourir à ce moyen, tout en ménageant cependant vos munitions, dont vous aurez besoin quand nous livrerons bataille.
« Je me rends à Nancy, pour me tenir en communication avec la grande armée, et laisse Votre Excellence libre de donner, conformément aux présentes instructions, des ordres à son corps d'armée.
« Si vous jugiez à propos d'affecter encore pendant quelque temps des troupes d'infanterie au blocus de l'une des places, vous pourriez parfaitement le faire et ne vous porter dans ce cas sur Saint-Mihiel qu'avec une partie de votre corps.
« Prière de me faire connaître l'époque de votre arrivée h Saint-Mihiel et la situation d'effectif des troupes qui marcheront avec vous. J'envoie à Votre Excellence des ordres destinés au
général von Rôder et au général russe Borosdin, afin que vous
puissiez en faire éventuellement usage.
« Au quartier général de Saint-Avold, 15 janvier 1814. » A cette dépêche étaient joints les ordres auxquels le feld-maré-
chal vient, à plusieurs reprises, de faire allusion et qui réglaient
dans leur ensemble les mouvements du !«>" corps pour les journées
des 16, 17 et 18 janvier.
Houvements des corps de l'armée de Silésie le 18 janvier.
— En attendant Texécution de ces nouveaux ordres reçus le 15 au soir, on n'avait fait pendant la journée du 15 qu'une reconnaissance sommaire de Metz, et comme la brigade Pirch était arrivée, dans le cours de cette journée, devant Thionville, la brigade Horn avait pu commencer son mouvement sur Sierck.
Quant à Henckel, qui, au moment de quitter Trêves pour marcher sur Thionville, avait reçu de Blûcher l'ordre formel de coopérer à l'entreprise que le général von Horn allait tenter contre Luxembourg, il était déjà, le 15 au soir, à Grewemachern.
Le corps d'armée de Kleist continuait k marcher vers le Rhin, en deux colonnes, l'une par Giessen, Wetzlar, Weilburg et Leinburg, l'autre par Herborn, Hadamar et Ehrenbreitstein, tandis que sa cîivalerie, sous les ordres du général von Rôder, arrivait le 17 à Trêves.
Retraite de Harmont sur Hars-Ia-Tour. — Ce fut également le 15 janvier qu'une brigade de cavalerie du corps Sacken vint rejoindre Biron à Nancy, et que Marmont dut, à la suite de la retraite précipitée de Ney et de Victor, se résoudre à quitter avec la cavalerie de Doumerc et les divisions Lagrange et Decouz, Metz, où il laissa le général Durutte avec deux des régiments de sa division et les conscrits qu'on avait rassemblés dans cette place. 11 se replia sur Mars-la-Tour, sans être, d'ailleurs, le moins du monde inquiété par la cavalerie prussienne.
C'est en réalité pour cacher la faute du général Ricard que le <luc de Raguse, dans la dépêche qu'il écrivit de Metz le 15 janvier à 11 heures 1/2 du soir au major général, cherche à rejeter sur Ney et Victor la responsabilité de son mouvement rétrograde. Il est, en effet, obligé de reconnaître dans cette même dépêche que le général Ricard, informé de l'entrée de l'ennemi à Nancy,
a cru devoir, à la nouvelle de sa marche sur Thiaucourt, abandonner Ponl-à-Mousson. 11 ajoute que Ricard a dû se replier, par suite du mouvement rétrograde des autres corps sur Toul et que ces mouvements le forcent à quitter lui-même la Moselle le 16 pour se rapprocher de la Meuse. Mais ce n'était là qu'une excuse peu plausible, qu'une preuve de plus de la mésintelligence qui régnait entre les trois maréchaux, puisque le 16 à 8 heures du matin le maréchal faisait écrire par son chef d'état-major, le général Meynadier, au général Ricard : « Le maréchal trouve votre mouvement de Pont-à-Mousson sur Thiaucourt bien précipité. Son Excellence aurait voulu que vous gardassiez ce point, et au moins qu'en le quittant, vous en eussiez fait sauter le pont. » Enfin, dans une autre dépêche, il lui donne l'ordre de s'arrêter, « parce que lui-même s'arrêtera à Gravelotte, et qu'il serait resté à Metz si Ricard n'avait pas évacué Pont-à-Mousson. »
Ney et Victor ont assurément commis une lourde faute en laissant subsister les ponts de Frouard et de Bouxières-aux-Dames. Mais la destruction du pont de Pont-à-Mousson était d'autant plus nécessaire que Pont-à-Mousson était précisément le point qui permettait à Blùcher de se déployer sans retard sur le plateau et de manœuvrer par la rive gauche de la Moselle sur la Haute-Marne.
CcDsidérations sur les opérations de Blûcher. — Si Ton ne peut qu'approuver la résolution prise par Blûcher, dés qu'il eût connaissance de la retraite des maréchaux et de l'abandon de la ligne de la Moselle, si l'on comprend que, se mettant en route pour prendre vigoureusement l'offensive avec le gros de ses forces, il ait tenu à s'assurer ses derrières et à couvrir sa droite en chargeant York de masquer momentanément les places de la Moselle, on ne parvient pas en revanche à découvrir les raisons pour lesquelles il détacha du l«f corps prussien deux brigades d'infanterie et la colonne de Henckel pour les envoyer vers Thionvillc et plus à droite encore, vers Luxembourg. Blûcher savait cependant fort bien que la cavalerie de Roder allait arriver le 1 7 à Trêves et pourrait de lii surveiller Luxembourg. Il aurait pu, en outre, faire rabattre de ce côté Saint-Priest, qui, avec le 8« corps, avait pris, d'Andernach et de Remagen, sa direction sur Malmédy et Givet. Enfin, la cavalerie de Langeron, sous le général Borosdin, suivie de près par une bonne partie de l'infanterie de ce corps.
devait être, du 17 au 18 au plus tard, devant Metz. Ces détachements, ces expéditions excentriques sont d'autant plus inexplicables que Blûcher ne cherchait pas des avantages partiels, des succès insignifiants, qu'il était obsédé par l'idée fixe de. joindre Tennenii au plus vite et avec le plus de monde possible. C'était donc de sa part commettre une double faute * que d'obliger York Il envoyer près de la moitié de son corps aussi loin de la ligne qu'il aurait à suivre pour rejoindre le gros de l'armée; c'était lui imposer volontairement des retards inutiles et le mettre presque dans l'impossibilité de concentrer son corps et de marcher avec toutes ses forces réunies dès qu'il aurait été relevé sous Metz par les renforts qui s'approchaient. L'entêtement mis par Blùcher îi vouloir se rendre, presque sans coup férir, maître des places de Lorraine ne peut s'expliquer que d'une seule façon : le feld-maréchal espérait que les conunandants de ces forteresses s(î laisseraient intimider, oinriraient à York les portes des villes fortes qu'ils étaient chargés de défendre et suivraient le dé])lorable exemple donné tout récemment par les officiers auxquels l'Em- )»ereur avait confié les places de Hollande et qui, presque tous, avaient capitulé à la première sommation de Bùlow et de ses lieutenants.
Malgré le mécontentement, assez naturel d'ailleurs, qu'il é])rouva à la réception d'un ordre qui le chargeait d'une mission aussi ingrate que difficile, York prit immédiatement les mesures nécessaires pour se conformer aux dispositions nouvelles que
1 Clause witz, dans sa Critique stratégique de la campagne de 1814, a luimôme condamne cette opération en disant : u Comme le plan entier de la campagne consistait à amener le plus rapidement possible une grande bataille décisive, la prise de quelques forteresses ne pouvait constituer en tous cas qu'un objectif absolument secondaire, dont on devait s*occuper seulement après avoir porté ce coup, ou bien dans le cas, improbable d'ailleurs, où la guerre aurait pris un caractère traînant. H importait donc d'employer le moins de troupes possible pour paralyser l'action des places occupées par les Français. II suffisait, par suite, surtout dans le principe et jusqu'à l'arrivée des réserves, de s'occuper uniquement de celles qui étaient situées sur les routes môme ou à proximité des routes par lesquelles on marchait, d'observer simplement celles d'entre elles qui étaient peu importantes et de n'investir que celles qui avaient une valeur réelle.
« On pouvait ranger parmi les premières, Erfurt, Wiirzburg, les places d'Alsace et Strasbourg ; parmi les deuxièmes, Mayence, Landau, Sarrelouis, Thionville, Metz, Luxembourg, Longivy et éventuellement Verdun, et 65,000 hommes suffisaient amplement à cet eTet. »
Blûcher avait arrêtées le IS au soir. Aux termes de ces dispositions, une des brigades d'infanterie du I^' corps devait investir Metz, de Colombey par Magny-sur-Seille jusqu'à Montigny-les- Metz. La cavalerie de Tavant-garde devait fournir les troupes d'investissement de Saint-Julien à Montigny; l'autre brigade restait en soutien, et la cavalerie de réserve était destinée à suivre le mouvement de retraite de l'ennemi sur Verdun.
Le 17, la brigade d'infanterie, gardée jusque-là en soutien, avait ordre de passer la Moselle à Ancy et de compléter l'investissement de Metz. Le blocus de Thionville et de Luxembourg devait être également chose faite à la date du 17, jour où le corps Sacken, dont les quartiers s'étendaient de Chdteau-Salins à Nancy, ferait occuper cette dernière ville par une brigade d'infanterie et aurait à pousser de l'infanterie à Pont-à-Mousson et à faire suivre l'ennemi par sa cavalerie tant dans la direction de Commercy que dans celle de Bar-le-Duc. Blûcher insistait, en outre, sur les mouvements de la cavalerie de Borosdin et de l'infanterie d'Olsufiew, dont la division, déjà arrivée à Sarrebrûck, devait atteindre le 19 la ligne Château-Salins— Nancy.
16 janvier. — Houvement des troupes d'Tork autour de Metz. — York transféra par suite son quartier général le 16 de Longeville à Boulay pendant que ses troupes exécutaient autour de Metz les mouvements prescrits. Toutefois la cavalerie de réserve du général von Jûrgass ne réussit pas à passer la Moselle, on face d'Ancy, à Jouy-aux- Arches : le dégel, survenu depuis la veille au soir, avait grossi la rivière, qui charriait de gros glaçons, et le général, manquant absolument de moyens pour exécuter son passage au point indiqué, obligé de remonter la Moselle jusqu'à Pont-à-Mousson , ne put arriver que jusqu'à Champey. Il en fut de môme pour la brigade Pirch, qui ne put passer à Thionville, et pour le général von Horn, qui, ne voulant pas remonter jusqu'à Trêves pour reprendre le chemin de Luxembourg, se vit pour la même raison obligé de rester à Sierck. Henckel, il est vrai, était arrivé à Betzdorf, et un de ses partis, sous les ordres du capitaine von Osten, avec un escadron, battait l'estrade au nord de Luxembourg, entre Mersch et Arlon.
Henckel envoie des partis sur Arlon. — Henckel profita de
la présence auprès du général von Horn du colonel von Valenlini, chef d*élal-Hiajor du P^ corps, pour insister sur Tinipossibililé presque absolue de se rendre maître de Luxembourg par un coup de main. « Le feld-maréchal, écrivait-il au général von Horn, a été induit en erreur par les rapports et les propositions d'un jeune officier, ardent, désireux de trouver loccasion de se distinguer, mais qui n'a pas pu et n a j)as su se rendre compte de la valeur et de retendue des ressources dont nous disposons. » D'ailleurs, en admettant même qu'Henckel eût de son côté exagéré la force de la garnison de Luxembourg, il est d'autre part hors de doute que cette garnison, tenue en éveil par la présence aux environs de nombreux partis de cavalerie, faisait bonne garde et que la place, bien armée, ne pouvait être enlevée par surprise. Le général von Horn n'eut pas grand' peine à convaincre Valentini, qui écrivait le jour même ii Henckel : « Le général von Horn ne peut manquer de recevoir avant peu, ainsi que vous, l'ordre de revenir plus à gauche. » Mais comme nous le verrons, Valenlini se trompait au moins de quelques jours, puisque ce fut le 21 seulement que Blùcher renonça enlin îi son idée sur Luxembourg.
Sacken à Nancy. — Les maréchanz continuent leur retraite. — La journée se passa, du reste, assez tranquillement. Sacken étîiit venu installer son quartier général ii Nancy ; Blûcher avait le sien h ChiUeau-Salins, et les comnmnications étaient désormais établies entre les armées de Silésie et de Bohême *.
Pendant ce temps, les maréchaux français continuaient leur retraite : Nev était à ce moment à Bar-le-Duc , avec la division Meunier; à rapproche des Busses, Victor avait quitté Toul, où il n'avait laissé que 300 hommes, pour rétrograder jusqu'à Comniercy; mais il avait eu au moins l'idée de faire réoccuper par les dragons du général Briche, soutenus par une petite troupe d'infanterie, le pont de Commercy, pendant que, sur l'ordre de Marmont, le général Decouz marchait pour reprendre possession du pont de Saint-Mihiel*.
* K, K. Kriegs Arehiv., I, 30.
* 11 est utile de rappeler eu passant que le général Ricard, en évacuant PoDi-à-Moasaon, avait négligé d*en détmire Id pont et, comme le montrent ks
Si nous avons insisté au chapitre II sur les dissentiments des généraux alliés, si nous avons essayé démettre en lumière les tiraillements et les conflits d'attribution qui se produisaient à tout instant dans les difl'érents quartiers généraux de Tannée de Bohême, il nous est impossible de passer sous silence les mésintelligences fatales des trois maréchaux qui auraient dû plus que jamais combiner leurs mouvements et leurs opérations, afin de retarder les progrès de Tinvasion.
Nous avons déjà eu occasion de reproduire à ce propos une lettre de Grouchy au major général, de citer un extrait d'une des dépèches de Belliard à Berthier. Mais ce fut surtout au moment de l'évacuation de Nancy, de la perte de la ligne de la Moselle, lorsque se produisirent les négligences inexcusables qui livrèrent aux Alliés les ponts de Frouard , do Bouxières-aux-Dames et de Pont-à-Mousson , qui faillirent leur donner ceux de Saint-Mihiel et de Commercy, que les récriminations, les plaintes des maréchaux l'un contre l'autre prirent des proportions inquiétantes. Le maréchal Victor est, de loue-, celui qui paraît le plus irrité, le plus mécontent, ])robablement parce qu'il est de tous celui qui a encouru les plus sévères reproches de la part de TEmpereur.
Avant d'évacuer Toul, il écrit, en effet, au major général, le 16 au soir, pour lui faire ressortir les inconvénients du partage du commandement ; mais au lieu de se déclarer prêt à servir sous les ordres de celui d'entre eux auquel l'Empereur confiera la direction supérieure, il sollicite dans ce cas la faveur d'être employé ailleurs : « Il est probable, écrit le duc de Bellune, que si Sa Majesté ne réunit pas sous un seul commandement le 2^ corps, celui du prince de La Moskowa et celui du duc de Tarente, les
Mémoires de Grouchy, n'avait mémo pas jugé à propos de donner avis de sa retraite aux troupes sous les ordres de Ney et de Victor.
Le gdncral Meynadier, chef d'état-inajor de Marmont, avait, en effet, ordonné le i7, à 10 heures du matin, au général Ricard, de faire partir immédiatement 150 hommes d'infanterie et 100 chevaux, avec un ofllcior de choix, pour Saint-Mihiel, où ce détachement devait garder les ponts, les défendre et les couper si l'ennemi se présentait en force avant Tarrivée de la 2* division de jeune garde du général Decouz. Quelques heures plus tard, le maréchal, informé de l'occupation de Saint-Mihiel par les coureurs alliés, prescrivait à Ricard de rallier sa division à Fresne et d'être en hataille le 18, à 3 heures du matin, à Manheulles, où le maréchal se réservait de lui envoyer des ordres.
ennomis iront aussi loin qu'ils lo voudront sans obstacles. Lo duc do Kaguso a quitté pendant la nuit dcrni(>rft la position de Pont-fi-Mousson sans qu(î j'en fusse prévenu. Je ne l'ai appris qu'indirectement. Les troupes du prince de La Moskowa, qui étaient à Void s'en sont allées je ne sais où, et je n'en ai été instruit que de la môme manière. De pareilles dispositions ne peuvent être que; nuisibles au bien du service, et il en arriverait, si l'on n'y apportait remède, que des troupes découvertes, comme le sont les miennes aujourd'hui, seraient compromises. Je suis persuadé que les trois corps, réunis sous le commandement d'un seul maréchal, seraient en élat d'arrêter les progrès de l'ennemi, tandis que divisés comme ils le sont, leur ser\'ice est absolument nul. Je prie donc Votre Altesse de solliciter cette réunion de Sa Majesté. Si l'Empereur y consent et que Sa Majesté ait jeté les yeux sur un autre que moi, comme je dois le croire^ pour lui confier le commandement, je la prierai alors de m'appe- 1er à une armée où mes services puissent être utiles, »
Quelques heures plus tard, Ney écrivait dans le mémo sens de Bar-le-Duc, le 17 au matin, à Berthier : « Un détachement de cavalerie ennemie est entré h Saint-Mihiel et pousse des pointes sur Commercy. On affirme qu'une autre colonne avec de l'infanterie est arrivée à Neufchàteau, Ce sont sans doute ces démonstrations sur les flancs du ^^ corps qui ont déterminé la retraite du duc de Bellune. Le maréchal a dû sans doute donner il Votre Altesse des renseignements plus étendus; mais comme il me laisse ignorer et ce quil a fait et ce qu'il veut faire, comme je nai de ses nouvelles qu4* quand ses troupes refluent sur les miennes, je me borne à recueillir auprès des autorités civiles les rapports qui leur par\iennent. J'ai fait partir un de mes aides de camp pour savoir où se trouve le quartier général du 2« corps, afin d'avoir avec le duc de Bellune une entrevue que je crois nécessaire au bien du service. »
Pour ce qui est de» Marmont, nous avons déjà eu lieu de parler de ses dépèches du 13 janvier, des récriminations qu'elles contenaient à propos des mouvements du prince de La Moskova et du diuî de Bellune; mais le du<' (h» Ragusc, lui non plus, ne s'en tint pas h\. Dans son rapport du 16 au major général, il va presque jusqu'à rendre le maréchal Ney responsable de la faute commise par Ricard à Ponl-à-Mousson. « 11 est fâcheux, écrit-il, que le
w«ii. \ 5
prince de La Moskowa n'ait pas ordonné de couper le pont sur la Moselle à Frouard, h Tinstant où il a évacué Nancy. Le général Ricard aurait alors également fait couper celui de Pont-à-Mousson, et j'aurais pu alors rester sur la Moselle, me porter en masse sur Pont-à-Mousson... » Et il ajoute : « Maintenant que l'ennemi est maître du défilé de Pont-à-Mousson et du pont dt; Frouard, une opération de ce genre sur la rive gauche de la Moselle serait impraticable quand môme l'inondation viendrait à disparaître. »
Le lendemain 17, il revient avec encore plus de violence sur ce sujet, dans sa dépêche datée d'Harville, 9 heures du soir : « J'avais envoyé hier, écrit-il au major général, des officiers en poste pour préparer la défense de la Meuse et faire sauter les ponts depuis Saint-Mihiel: mais la fatale imprévoyance du prince de La Moskowa qui, en évacuant Nancy, n'a pas fait sauter le pont de Frouard, a donné à l'ennemi les moyens d'arriver sur la Meuse avant moi et a empêché mes dispositions d'avoir leur effet. L'officier que j'avais envoyé h Saint-Mihiel m'annonce que l'ennemi y est entré en force... Ainsi, la conservation du pont do Frouard nous a privés à la fois de la défense de la Moselle et de celle de la Meuse. S'il eût été coupé, il est probable que nous eussions défendu la Moselle quatre à cinq jours, et la défense de la Meuse ayant été préparée, elle aurait arrêté l'ennemi au moins ^ autant de temps. » Toutes ces récriminations étaient évidemment fondées, et les plaintes de chacun des maréchaux parfaitement légitimes en elles-mêmes. On comprend, par suite, quelles relations pouvaient exister entre des chefs qui, au lieu de s'entendre et de se concerter, ne cherchaient qu'à s'accuser mutuellement et à rejeter les uns sur les autres tout le poids des fautes qu'eux et leurs lieutenants avaient commises. Il en était, d'ailleurs, de même en Belgique, où le général Koguet, n'obéissant qu'à regrel à Maison, réclamait auprès du duc de Plaisance et de Drouol, aide-major de la garde, contre les ordres qu'il recevait de son général en chef.
17 janvier. — Marche de Biron sur TouL — Cavalerie du général von Jûrgass en avant de Pont-à-Housson. — Le 17 au
malin, Biron, suivi par une partie de l'infanterie russe de Sacken, se dirigeait de Nancy vers Toul et arrêtait le gros de son
corps îi GoiidrevillL', doù, escorté par quclcpics cavaliers, il se porta en avant pour reconnaître les abords do la place. Son corps volant se cantonnait tant bien que mal à Gondrevilh^ et servait de pointe d'avant-garde à la cavalerie de WassillchikotV. pendant qne le général von Jûrgass, avtîc la cavalerie de réserve du I®' corps, passait la Moselle h Pont-à-Mousson et poussait jus- (pi'à Thiaucourt son avant-garde, forte dci deux escadrons, sous les ordres du major von Woïsky. L'arrière-garde française était à ce moment en position près de Saint-Benoit en Wœvre.
Plus au nord, le général-major von Horn avait, non sans peine, réussi ;\ passer la Moselle à Remich, et l'infanterie d(^ la 2" brigade ayant relevé la cavalerie devant Metz, le lieutenant-colonel von Stutlerheim se porta avec quelques escadrons sur la route de Pont-tVMousson jusqu'à Corny.
Mouvements de Sacken, d^une partie du corps de Langeron et de la cavalerie de Eleist. — Les troupes d(^ Sacken étaient toujours entre Cliàteau-Salins et Nancy; mais la cavalerie du général Borosdin (dragons de Mittau et de la Nouvelle-Kussie, 2e et 4® régiments de cosaques de l'Ukraine) était arrivée à Saint- Avold, précédant la division d'infanterie d'Olsufiew, en marche de Forbacli sur Saint-Avold. Le général von Rôder, avec la cavalerie du II*' corps (Kleist) occupait Trêves dès le 7 au soir, comme nous l'avons dit.
Observations dTork en réponse aux ordres de Blûcher.—
Enfin, York, après s'être conformé aux ordres de Blucher, adressaitce jour-là au feld-maréchal, en réponse aux instructions du 15, quelques observations, dans lesquelles il lui exposait les difficultés inséparables d'opérations aussi complexes que celles qui, dans l'esprit du feld-maréchal devaient assurer h l'armée de Silésie la possession de Sarnîlouis, Metz, Thionville et Luxembourg. Une semblable entreprise était d'autant plus difficile que, comme l'écrivait le commandant du I«*'cor])s, il n*avait à sa disposition ni équipage de pont, ni artillerie de siège, et ([ue l'eflectif total du corps d'armée, auquel les marches exécutées depuis le j)assage du Rhin avaient déjà coûté plus de 3,000 hommes, était tombé à ce moment au-dessous de 17,000 hommes. York terminait sa lettre en disant au feld-maréchal qu'il allait en personne
se rnuln? devant les places de la Moselle, les recoiinailre, alin do voir si une pareille entreprise pouvait ou non ôtrc tentée avec quelque chance de succès.
18 janvier. — Marche de la division Liewen surTouL — Le
18 au matin, Birou et Wassiltchikoft avaient reconnu de nouveau Toul, dont le commandant et le maire refusèrent de capituler. Convaincus, dès lors, qu'on ne pouvait s'emparer de la place sans infanterie, et surtout sans artillerie, ils firent aussitôt partir de Gondreville pour Nancy un officier qui rendit compte de la situation îi Bliicher en personne. A ce moment, du reste, la division d'infanterie du général Liewen, du corps Sacken, était déjà en marche sur Toul*.
Rôle de la cavalerie française. — De leur côté, les cavaliers français avaient su conserver le contact avec l'ennemi et découvrir à l'aide de renseignements fournis par les gens du pays les principaux mouvements de leur adversaire. C'est ainsi que le 18, à deux heures de l'après-midi, Grouchy * pouvait écrire au major général : « Les cosaques sont établis entre Neufchîtteau et Gondrecourt. Le corps York suit Marmont dans la direction de Metz h Verdun. Le corps Sacken, qui s'est dirigé sur Pont-à-Mousson et Nancy, est devant moi ; celui de Kleist ' paraît s'être arrêté devant Thionville. » Sur la foi de ses renseignements, il avait, dès le matin, envoyé à sa l*"** division, stationnée k Sorcy, l'ordre de rejoindre la division Briche, h Commercy, pour en défendre le pont jusqu'à la dernière extrémité, et de se replier ensuite, si elle y était contrainte, sur Saint-Aubin, où elle se mettrait en bataille*.
Mouvements des corps Langeron et Tork. — Quant aux troupes d'infanterie du corps Langeron, qui venaient renforcer
* K. K, Kriegs Arckiv., I, 31.
' Grouchy, Mémoires.
» Grourliy ne commet d'erreur qu'on ce qui touche Kleist. dont rinfantoric commençait ce jour-là à passer le Hliin à Coblence. La cavalerie sous Hoder était arrivée la veille seulement a Trêves. 11 n'y avait à ce moment devant Thionville que la hri;rade du gênerai von Pirch, du 1"' corps.
* GnoucHY, Mémoires,
Sarken, elles ôlaienl arrivons h haulour do Château-Salins ot d(î Faulqueniont. L(^ général Borosdin, ({ui les avait précc^dées avec sa cavalerie, recevait l'ordre d'en poussfT une partie sur Ponl-à- Mousson, afin d*êtrc désonnais en mesun» de coopérer de ce coté à l'investissement de Metz.
York avait, dès le 17 au soir, envoyé h ses généraux des ordres déterminant la nature des opérations h entreprendre contre les places de la Sarre et de la Moselle, (;t fixant d'une manière précise le temps qu'ils devaient y consacrer et l'étendue des eftbrls qu'ils avaient à faire h cet efl'et.
Dès le 18, il diriginiit le prince Guillaume, avec le gros de son avant-garde, sur Pont-à-Mousson ; le lieutenant-colonel von Stutterheim, avec la pointe de celte avant-garde, allait h Vandières et envoyait des patrouilles vers Metz et Grav(»lolle. Le; colonel von Warburg, avec sa brigade, et le lieutenant-colonel von Stossel restaient dans leurs anciennes positions devant Mt^tz. Le général von Jùrgass, avec sa brigade de dragons et une batterie h cheval, venait à Thiaucourt et portait son avant-garde à Saint- Benoit sur la route de Pont-à-Monsson à Verdun.
Ce môme jour, Marmont arrivait à Verdun et le général Ricard s'était replié dans la même direction, couvert par une arrièregarde, qui. Il l'approche de la (.'avalerie prussienne, se retira en passant par Fresnes-en-Wœvre.
Affaire de Saint-Mihiel. — Marmont, il importe de le reconnaître, avait été induit en erreur par la fausse nouvelle d'un mouvement sérieux des Prussiens sur Saint-Mihiel et par l'annonce de l'entrée de leur avant-gard(î dans cette ville. Le fait même que ce renseignement lui avait été fourni par l'un des officiers qu'il employait habituellement h courir le pays était de nature à le convaincre de l'tîxactitude d'une nouvelle, d'autant plus probable que l'armée de» Silésie possédait, depuis le 14, le pont de Frouard, et qu'il n'y a en somme (pie 2 ou 3 marches au plus de Nancy à Saint-Mihiel. La retraite inopinée et précipitée du général Ricard, qui s'était retiré de Pont-à-Mousson si vivement (ju'il n'avait pas cru pouvoir s'arrêter à Thiaucourt, d'oii il aurait su il quoi s'en tenir sur les prétendus mouvements du l^^ corps prussien, contribuait encore h donner plus de vraisemblance à cette nouvelle. Mais dès que le maréchal put présumer par les
rapports qu'il roriit le 18 au malin, que les Prussiens n étaient pas on force h Saint-Mihiel, il se hâta d'y envoyer un détachement d'infanterie et de cavalerie qui, sous les ordres de son aid(» (le camp, le colonel Fabvier, y surprit et en chassa les cosaques. Le colonel réoccupa donc Saint-Mihiel et prit aussitôt toutes les mesures nécessaires pour rompre le pont si Ton était contraint d'abandonner de nouveau la ville. A ce moment donc, Marmont, dont les troupes étaient à Verdun, dont rarrière-garde était encore à Haudiomont avec des partis à ManheuUes, était en situation de défendre la Meuse aussi longtemps que le corps du maréchal Victor se maintiendrait sur les rives de ce fleuve.
Affaire de cavalerie à Hollerich. — A Textrôme droite de l'armée de Silésie, Henckel, qui avait reçu Tordre de se diriger, le 23, sur Longwy et d'être le 26 à Saint-Mihiel, avait contourné Luxembourg et était venu s'établir h Bertrangç, pendant que Horn restait sur les positions qu'il occupait déjh la veille.
Pendant cette marche, un do ses escadrons, conduit par le capitaine von Allenstein, avait eu une afi'aire avec un détachement d'infanterie qui, sorti de la place, tenta infructueusement de rempôcher d'entrer dans le village d'Hollerich, et fut, après une charge de cavalerie, obligé de se retirer sur Luxembourg.
Mouvements et positions du corps de Saint-Priest. — Raid du corps volant du majorvonFalkenhausen. — Le général de Sainl-Priest s'était, de son côté, porté par Andornach et Remagen sur Malmédy, Dinant et Givet, formant ainsi l'extrême droite de Blùcher. On avait, enoulre, fait partir pour Arlon une colonne volante qui, sous les ordres du major von Falkenhauson, devait enïpôchor la conscription et la levée dans le département de» Sambre-ot-Meuse\
Positions de Tarrnée de Silésie. — Il suffit, il nous semble, de jeter un coup d'œil sur les positions des diflérentcs fractions de l'armée do Silésie, pendant les journées du 15 au 18 janvier, pour voir que les Français auraient pu aisément profiter de leur
* Rapport du major von Falkenliausen sur Toccupation du département de Sambre-ct-Mcuse. {K,K,Krieij$Archu\,\y ad. 690.)
(^p«nrpillemonl sur un front qui s'étendait depuis Luxembourg jusqu'au-dessus d(î Pont-à-Mousson, et m^me jusque vers Toul. Jusqu'au 18 au malin, n'ayant devant eux que de la cavalerie précédant à une assez grande dislance quelqucîs petits groupes d'infanterie, ils pouvaient se masser sur un point quelconque de celle longue ligne, forcer, ce qui n'eût pas été bien diflîcile, le passage de la Moselle et tomber, par exemple, sur la droite du !«' corps de rarmé(; de Silésie, au nord de Metz, et se rabattre de là sur ses derrières. Un mouvement de ce genre, ((ue les trois maréchaux Ney. Vi<*lor et Marmont pouvaient tenter d'autant plus aisément qu'ils auraient eu sur York l'avantage du nombre, aurait assurément eu des conséquences considérables. Il ne leur fallait pour cela qu'un peu d(^ confiance en eux-mêmes et en leurs troupes. Mais une pareille entreprise, d'autant moins dangereuse ([ue Macdonald couvrait, du côté de la basse Meuse, la gauche des Français, n'eût été possible que si l'Empereur avait préalablement confié l(î commandement supérieur à l'un de ses lieutenants. Investi de l'autorité nécessaire pour remédier au déplorable décousu des opérations, le général en chef aurait en tous cas imprimé une direction unique h la retraite, que chacun des maréchaux exécuta pour son propre compte, sans se soucier des corps voisins, sans même les informer de mouvements rétrogrades effectués avec une rapidité et une précipitation que riei ne motivait.
Faute de cette direction unique et énergique, on laissa échapper le moment où il était encore possible de réparer les inexcusables négligences commises h Frouard, Bouxiéres et Pont-à-Mousson ; on perdit l'occasion de reprendre pied sur la rive droite de la Moselle, de jeter le désordre et la confusion dans les colonnes éparses, dans les petits paquets de l'armée de Silésie, de l'obliger sinon h se replier sur la Sarre, du moins h s'arrêter pour se concentrer. Quelles n'eussent pas été les conséquences, sinon d'un échec sérieux infligé à cette armée, du moins d'un temps d'arrêt passager, d'un accroc transitoire, d'un mouvement rétrograde de quelques marches qui, en découvrant momentanément l'aile droite de l'armée de Bohême, aurait certainement porté le trouble dans l'esprit naturellement inquiet du généralissime? Un pareil événement eût vraisemblablement suffi pour que Schwarzenberg, épouvanté de la responsabilité écrasante qu'il ne se sentait pas de
force II porter, et qui hésitait déjà à dépasser le plateau de Langres, se décidât à s'y arrêter avec le gros de ses forces et à détourner de leurs directions les Wurtembergeois du prince Royal et les Austro-Bavarois de Wrède *.
19 janvier. — Ordres de l'Empereur. — C'était d'ailleurs bien là ce que l'Empereur reconnut, tardivement, il est vrai, et c'est pour cette raison qu'il écrivait de Paris, le 19 janvier, au major général :
« Mon cousin, on ne peut plus rien concevoir à la conduite du duc de Bellune. Arrivez aux avant-postes avant demain matin 20. Assurez la défense de la Meuse, donnez le commandement au meilleur général. Joignez-y la division de jeune garde. Renvoyez le duc de Bellune; donnez le commandement de tout au duc de Raguse et restez jusqu'à ce que le duc de Raguse ait pris toutes les mesures pour la défense de la Meuse et pour se battre. »
Le môme jour encore, complétant sa pensée et jugeant de loin la situation aussi nettement que s'il avait été sur les lieux, il adressait à ses maréchaux les instructions contenues dans la pièce qu'on va lire :
« Paris, 19 janvier 1814. — L'ennemi n'a passé la Meuse qu'avec de la cavalerie; il faut l'attaquer et reprendre celte ligne.
i l\ noas paraît utile de reproduire ici une partie des instructions générales que l'Empereur, après avoir reconnu, le i3 janvier, que l'ennemi opérait en trois masses, adressait au corps d'Anvers, aux ducs do Tarenle, de Raguse, de Bellune, de Trévise et au prince de La Mosko\% a, et d'en extraire ce qui a trait à la marciie <ie Uliicber :
« n se porte, disait- il, sur la Sarre, et, dés lors, il a à masquer Sarrelouis. S'il passe la Sarre et qu'il se porte sur la Moselle, il devra masquer Luxembourg, Thionville, Marsal et Metz. Son corps sera à peine suffisant pour r^s opérations. Le duc de Raguse doit l'observer, le contenir, manœuvrer entre ces places et si, par une cbance qui n'est pas présumahle, ce marérbal était obligé de repasser la Moselle, il jetterait la division Durutte dans Metz et préviendrait toujours l'ennemi sur le grand cbemin de Paris. Djins cette supposition, le duc (Je ïarente, qui réunit un corps sur la Meuse, observerait le flanc droit de l'ennemi, défendrait Liège et la Meuse, et suivrait toujours le flanc droit de l'ennemi, do manière à ne pas cesser de couvrir les débouchés do Paris. Si, au contraire, Blucher après avoir tâté la Sarre se porte sur la basse Meuse pour menacer la Belgique, le duc do Tarente défendra la Meuse, et le duc de Raguse suivra le flanc gauche de l'ennemi pour observer ses mouvements, le contenir, le retarder et lui faire le plus de mal possible. » (Correspondance de Napoléon, 21091.)
Si cela nVHail pas possibles ol que Ton dût se reployor, le duc de Ragiise défendrait l'arrivée de l'eiinenii sur Chàlons eu lui dij<pulaut la route d(; Verdun à Chàlons.
(( Le diui de Bellune et le prince de La Moskowa prendraient la position de Vitry-le-François, oii ils se l)altrai(*nl.
« Dans cette position, le duc de Kaguse formerait la gauche, le duc de Bellune et le prince de La Moskowa le (centre, le duc do Trévise la droite.
(c Le général Dufour est à Arcis-sur-Aubc avec quatre bataillons et 16 canons. Le duc de Trévise est h Chauniont av(?c les d(;ux divisions de vieille garde et la brigade du général Hourmont, composée de trois bataillons du i 13«; deux bataillons, aux ordres du général Curial, sont à Chàlons; trois bat;iillons couchent le 15 à Meaux, se dirigeant sur Chàlons.
« La division de jeune gardt» du général Rotlembourg est également en marche, se dirigeant sur Chàlons Le général do La
Hamelinaye est à Troyes. »
Mouvements du corps Sacken vers Toul, des cosaques vers Vaucouleurs, d'Olsufiew vers Nancy. — Mais au momc^nt où l'Empereur donnait ces ordres, il était déjà trop tard ])our réparer les fautes commises par les maréchaux.
La division Liewen, du corps Sacken, s'approchait de Toul et devait arriver le 20 au matin sous les nmrs de cette place, que Biron et WassiltchikolV continuaient à observer avec leur cavalerie : « J'envoie de Colombey-les-Belles de la cavalerie sur Toul, où l'on entend le canon, » écrivait à cette date Frimont \
Les cosaques de la cavalerie de Sacken avaient poussé vers Vaucouleurs et y rejoignaient le petit corps volant de Stscherbatoff*, tandis ([ue l'infanterie du général Olsutiew arrivait aux environs de Nancv.
Mouvements autour de Metz. — Du coté de Metz, la crue de la Moselle avait immobilisé le prince Guillaume, qui, posté depuis la veille à Pont-à-Mousson, recevait du feld-maréchal l'ordre de rester sur ce point jusqu'au moment où la roule de Pont-à-
4 TagetbegebenlieUen,.. (K, K Kriêijt Arehir., I, 30.)
« Stscherbatoff à Schwarzenberg. (À'. K. Kriegt Archiv., 1, 445.)
Mousson redeviendrait praticable et lui permettrait de compléter rinveslisscment de la place par la rive gauche. En attendant, le lioulenant-coloncl von Stutterheim s'était établi à Gorze; ses avant-postes occupaient Ars-sur-Moselle, Gravelotte et Vaux pendant que, d'autre part, la cavalerie russe du général Borosdin relevait, dans la journée du 19, les postes fournis devant Metz par le lieutenant-colonel von Stôssel.
Combat de cavalerie de Hanheulles. — Dans la nuit du 18 au 19, le général-major von Jùrgass avait fait suivre l'arrièrcgarde française par les deux escadrons du major von Woïssky, qui atteignit l'ennemi près du village de ManheuUes, îi la croisée même des routes qui mènent de Ponl-à-Mousson et de Metz à Verdun. Les Français avaient posté leur infanterie dans le village, dont ils avaient fait couvrir les abords par leur cavalerie (10® régiment de hussards) *. Le major von Woïssky les attaqua le 19 au matin et lit aussitôt prévenir le général, qui se porta immédiatement en avant avec les dragons de la Prusse-Occidentale et deux pièces d'arlillerie à cheval, pendant qu*il dirigeait par Fresnes les dragons de Lithuanie et le reste de son artillerie. Appuyée par les tirailleurs d'infanterie postés dans les maisons et les jardins du village, la cavalerie française repousse tout d'abord les charges des dragons prussiens. Mais les feux de Tartillerie prussienne l'obligent h se replier, et le général von Jûrgass poursuit les Français jusqu'à l'entrée du défilé d'Haudiomont. Recueillis sur ce point par un détachement d'infanterie soutenue par quelques bouches h feu, ils réussirent ù se maintenir jusque dans la matinée du 20 et se retirèrent sur Verdun sans être inquiétés. Le général von Jiirgass n'osant pas, à l'approche de la nuit, attaquer une position naturellement forte et solidement occupée par des troupes d'infanterie, s'établit à ManheuUes et à Fresnes avec ses cavaliers, et se borna à faire surveiller Haudiomont par ses grand'gardes et ses vedettes *.
* (î encrai von Jiirgass, relation du combat de ManheuUes et rapport d'York à Bliicher, de Pange, 28 janvier.
* D'après Koch, qui estime d'ailleurs à 1200 chevaux reffeclif des deux régiments du général von Jiirgass, le général Picquet aurait, au contraire, réussi à se maintenir à ManheuUes, et Jiirgass, poursuivi par le 10* hussards, aurait été obligé de se replier. Nous croyons que Koch commet là une légère crreui
Tournée d'York devant les places. — Ainsi qu'il Tavait annoncé, York était allé se rendro compte par lui-niénio de la situation des trou])os chargées d'investir et d'enlever les places, et des chances qu'elles avaient de réussir dans leurs entreprises.
Sarrelouis avait été bombardé sans succès. Horn et Heiuîkel, qui allaient reccîvoir le lendemain la visite du conuuandant du V^ corps, avaient investi Luxenibourj; : Horn du coté de l'est, Henckel il l'ouest; le général von Rôder, avec la cavalerie du II® corps (Kleist), arrivait ce jour-là h Grewemachern,
Raid de Falkenhausen en Sambre-et-Heuse. — Affaire de Neufchftteau. — Le major de Falkenhausen, qui s'était porté le 18 sur Arlon, où on lui avait signalé la présence de 800 lanciers polonais, avait continué le 19 son mouvement dans la direction de Bastogne. Il devait chercher à empêcher la levée dans le département de Sambre-et-Meuse, en chasser les partisans français, établir, si faire se pouvait, une conmmnication entre l'armée de Silésie et celle du Nord, et se procurer des renseignements précis sur la force du corps du général Sébastiani. « J(î m'attendais, dit-il dans son rapport, h rencontrer une certaine résistance h NeufchAteau, mais le lieutenant von Schôning réussit h surprendre le poste ennemi et à lui prendre 18 hommes appartenant aux troupes stationnées à Sedan, pendant que, d'autre part, le lieutenant Spitzer surprenait Bastogne, où l'on m'a reçu avec enthousiasme, » et « où, ajoute le major, j'ai appris qu'une colonne mobile française, forte de li20 chevaux, était établie aux environs de Marche*. »
Rapport de Blûcher à Schwarzenberg. — Comme nous avons eu lieu de le signaler en relatant les opérations de l'armée de Bohême, Blùcher avait adressé le 19, de Nancv, à Schwai7.en-
et veut dire que Jùrgass n'a pas pu, le 19, forcer le délilc d'Haudiomont. I^ rapport du général von Jiirgass est, d'ailleurs, confirmé, si co n'est dans ses détails, du moins dans son ensemble, par la version même du général Curély, alors colonel du 10<^ hussards. (Voir, à cet elTet : Général Thoumas, Le général Curély, pages 371 à 875.)
Quant à Marmont, il se contente de dire au major général que son avantgarde a été attaquée à Manheulles par un millier de chevaux prussiens, et que le général Decouz œcupe Saint-Mihiel.
* Rapport du major von Falkenhausen. (A'. A'. Kriegs Archiv., I, ad, 699.)
berg, un rapport dans Icqnel, résumant les conseils qu'il avait donnés à Wrcdc, il lui communiquait les ordres envoyés h York, qui devait être rendu à Saint-Mihiel le 26, et lui faisait part du mouvement qu'il se proposait d'exécuter, de manière à être le 30, époque h laquelle Klcist arriverait avec son infïmleric sous Metz, avec le gros de son armée entre Vitry et Arcis. A ce rapport était joint un mémoire dans lequel le feld-maréchal exposait en détail les motifs qui militaient en faveur de ces opérations * et dans lequel il demandait à Schwarzenberg de vouloir bien donner son approbation aux projets en question.
20 janvier. — Capitulation de Toul. — Le 20 au matin, Wassiltchikoff, passant par Dommartin et contournant Toul par le sud, venait se poster sur la rive gauche de la Moselle, pendant que Biron s'avançait par la route de Gondreville et que le général Liewen, dont l'artillerie avait pris position sur les hauteurs qui dominent la ville du côté du nord, formait son infanterie en colonne entre les routes de Pont-à-Mousson et de Void.
Entouré de tous côtés, menacé d'une attaque h laquelle il lui était impossible de résister, le commandant de la place se vit forcé de capituler et d'ouvrir aux Alliés les portes d'une ville qui avait une réelle importance pour eux, parce que, maîtres de Toul, ils pouvaient désormais utiliser la grande route de Nancy à Bar-le-Duc.
Renseignements fournis par Sacken. — Sacken informait inmiédialement Bliicher de la reddition de TouP. Par un rapport dalé (lu 20, à deux heures de l'aprés-midi, il lui faisait oonnaîlre qu'on y avait trouvé 2 drapeaux (qui semblent, dit-il, ùiro portugais), 3 canons de bronze, 1 canon de fer, 800 fusils, 2,000 projectiles pouvant servir à l'artillerie des Alliés, beaucoup de poudre, des vivres, des fourrages et 400 hommes, et qu'il faisait poursuivre l'ennemi. Il avait, en etfet, poussé jusqu'à Kong, sur la roule de Void et de Ligny, le corps volant de Biron, dont les vedettes surveillaient Lav.
* K. K. Kriegs Archiv., 1, 492 a, et 1, 492 6.
* Je crois utile de relever en passant l'erreur commise par l'Iotho, III, p. 84, qui prêtent] que le général Liewen prit Toul à l'assaut et à la baïonnette. Le général Sacken n'aurait pas manqué d'enregistrer ce fait d'armes et n'aurait pas dans ce cas annoncé ù Bliicher la reddition de Toul.
SîU'kon coinpli'lail son rapport en disant à BIucIkt i]n\\n voituricr qui avait rondnil un oflicior ît (]h;\lons ot qui on était reparti le 18 pour revenir h Toul. assurait «pie les Français étaient massés h Chî\lons et se disposaient à niarelier sur Lanjçres; qu'on parlait à (]liàlons de rétablissement prochain d'un grand camp à Vaimy. 11 terminait son rapport en disant : (< Les habitants sont las de la jjjuerre. Les conscrits se sauvent et les hommes de 20 î\ 40 ans refusent d<î particip(îr h la levée on masse'. »
Le généi'al russe ne devait pas tarder à changer d'avis ot à s'apercevoir que si les Marie-Louise étaient capables de tenir victorieusement tétc» ;\ ses troupes, les paysans s'armaient, (nix aussi, et de leur plein gré, pour résister fi l'invasion.
Le major autrichien Manvschal, qu(î Schwarz(^nberg avait envoyé au quarli(»r général de Hlùcher et qui suivit pendîint toute la campagne les opérations de l'armée de Silésie, coniirmait de Nancy cette nouvi^lle et communiquait, en outre, au généralissime des bruits d'après lesquels « le maréchal ^(îy serait à Bar-lc-Duc avec son corps d'armée*. »
Ces deux rapports, ainsi qu(î la dépèche adressée de Nancy le 20 janvier par Blucher à Schwar/eidjerg, et dans laquelle il lui exposait la situation générale à cette époque, en lui contirmant ses précédents rapports, parviiu'ent au généralissime le 22 ^
Positions et mouvements le 20. — Le corps de Sacken était donc le 20 entre Touf (»t Nancy, où se trouvait le quartier généi*al de Blucher. Le général Lanskoi, avec sa cavahîrie, était à
* Sacken à Blucher. Toul, 20 janvier, 2 heures apr^'s-niidi. [K, K, Krieys ArchU., 1,466 a.)
> Major Maresrhal à Schwarzenbcrg. (À'. A'. Kriegs Archiv,, I, 466 b, et iftir/m, 1, 30 et:H.)
' U ressort de cette dernière piAee (Bliirher à Schwarzenberpf, Nancy, 20 janvier, K. K. Krlftjs Arckir., 1, 466), que Damitz (I, p 314) commet, lui aussi, une erreur, lorsqu'il prétend qu'on forma, avec le général Sotomayor et les prison • niers espagnols trouvés a Nancy, un bataillon à 4 compagnies qui vint, après la reddition, tenir garnison à Toul. Bliicher annonce, au contraire, à Schwarzenberg que le gênerai Sotomayor et les officiei-s rentrent en Kspagne, i\u"\\ a armé les soldats espagnols qui ont préféré rester et qu'il les employera pour escorter les convois. Ce nu fut que plus tard qu'on les répartit dans les places.
Rambucouri, cl le général Borosdin (du corps Langcron, donl rinfanleric sous Olsufiew s'avançait de Chûteau- Salins vers Nancy), envoyait deux de ses quatre régiments (dragons de Millau et 4« de cosaques de l'Ukraine) sur la rive gauche de la Moselle, îi Gor/e.
Le prince Guillaume se préparait à compléter l'investissement de Metz, que la hauteur anormale des eaux de la Moselle allait encore retarder. Bien qu'il ait, dans le principe, espéré pouvoir tenter dans la nuit du 20 au 21 un coup de main contre celle place, le prince était encore obligé de reslerà Pont-à-Mousson, et seul, le lieutenant-colonel von Stutterheim put s'approcher de Metz et venir s'élablir k Lorry.
Marche de la cavalerie de Jûrgass vers Verdun. — Après la retraite de Tarrière-garde française, le général von Jûrgass avait fait occuper Haudiomont * par ses deux escadrons de poinle dont les coureurs et les patrouilles s'étendirent dans la direclion de Verdun. Lui-même resta jusqu'au 26 avec le gros de sa brigade à Fresnes, et posla à Manheulles deux escadrons qui élablirent Icmrs grand'gardes du côté d'Étain, tandis qu'un troisième escadron, posté plus en arrière à Pinthevilhî, observait la roule de Melz à Verdun. Jûrgass chercha en vain, pendant les six jours qu'il passa dans ces canlonnemenls, à enlamer des négociations avec le commandant de place de Verdun et à l'amener il capituler.
Affaire de la cavalerie de Henckel à Ettelbriick. ~ York% arrivé d(î sa personne aux environs de Luxembourg dans la nuit du 19 au 20, avait conféré à Rôdt avec les généraux von Horn et Roder. Henckel, qui aurait dû se rendre à ce conseil, n'avait pu quitter ses troupes établies à Slrassen, parce qu'elles étaient
* Le général Picquct (jiiilla Haudiomunt, par ordre de Mannont, deux heures avant le jour, et vint à Haudainvinc, et le général Ricard reçut le 20, du duc de Kaguse, l'ordre de laisser une de ses brigades à Verdun et d'aller se cantonner avec l'autre à Sivry-la-Ferclie, sur la route de Clermont. Le 50 au matin, les divisions Lagrange et Ricard s'étaient formées en avant de Verdun, pour soutenir éventuellement la cavalerie du général l'icquel.
* Rapport d'York a Bliichcr, en date do Pange, 23 janvier.
tenues constamment en alerte par les sorties continuelles de la garnison. En revanche, le colonel avait réussi à faire enlever, près d'Ellelbrùck, un convoi de nmnilions qui se rendait do Liège à Metz, pendant que ses parlis, sous les ordres du capitaine von Osten et du lieutenant de Chevallerie, prenaient à quatre lieues au delà d'Arlon un transport chargé d'é(piipeni(înts militaires, de 400 fusils et de 8 ballots de draps destinés à la garnison de Luxembourg et venant également de Liège.
York, tout en s'étant parfaitement rendu compte de l'impossibilité presque absolue d'enlever par un coup de main une forteresse aussi respectable que Luxembourg et dont la garnison faisait bonne garde, crut cependant devoir se conformer jusqu'au bout aux ordres du feld-maréchal. Avant de prendre une résolution définitive et de modifier le caractère de Tinvestissement en rappelant h lui les troupes qu'il avait été forcé de détacher de ce côté, il prescrivit à la brigade Horn d'entreprendre, le lendemain 21, une reconnaissance sérieuse de la place.
Raid de Falkenhausen vers Marche. — Renseignements sur la marche de Hacdonald et de Sébastiani. — Continuant ses opérations, le major von Falkenhausen s'était, le 20 dès l'aube, dirigé sur Marche, précédé par une patrouille qui avait ordre de passer plus à droite, par La Roche. «Je comptais, dit-il dans son rapport*, parvenir h cacher ma marche à l'ennemi, mais pour célébrer notre arrivée, on se mit îi sonner la cloche de tous côtés et des paysans montés me précédèrent à Marche. L'ennemi eut ainsi le temps de seller ses chevaux et s'échappa en partie. Cependant, le capitaine von Kalinowsky réussit encore à s'emparer de 37 chevaux et rejeta les Français dans les bois où un bon nombre d'entre eux furent assommés par les paysans. »
Falkenhausen, après ce récit quelque peu fantaisiste, faisait savoir que, d'après les renseignements recueillis, le maréchal Macdonald s'était replié de Maéstricht sur Namur, et le général Sébastiani de Cologne sur Liège. Enfin, dans la nuit du 20 au 21, il avait, pour contrôler ces renseignements, expédié dans la direction de Namur un officier et 16 uhlans qui, montés sur des chevaux réquisitionnés aux paysans, vinrent donner à 2 lieues
i Kapport du majur vuii Falkenhausen. {K, K, Krieys ArctUc, 1, ad,, 699.)
environ de Naniiir contre 300 cavaliers français couvrant la retraite de Macdonald, et furent obligés de revenir rapidement en arrière.
21 janvier. — Ordres de mouvement de Blûcher vers la Marne. — Le 21 janvier allait être une journée des plus importantes pour l'armée de Silésie, non pas tant à cause des opérations mêmes de cette journée, que parce que Blûcher, décidé à partir de ce moment à presser la marche des événements, va se porter résolument en avant. Le commandant de l'armée de Silésie ne put se résigner à attendre la réponse de Schwarzenberg, qui lui écrivit cependant le lendemain même du jour où le feld-maréchal lui avait envoyé le mémoire dont nous avons parlé, en approuvant la marche par Arcis, mais en lui conseillant d'opérer au préafîible, ou en même temps, par Vitry-le-François sur ChAlons \ Donnant libre jeu îi la décision, fi l'énergie indomptable qui faisaient le fond de son caractère, îi une ardeur que ni l'îlge ni les fatigues n'étaient parvenus à calmer, il avait pris la résolution de porter vivement en avant le gros de ses forces, dès qu'il eut acquis la conviction que les maréchaux se disposaient h se retirer sur ChAlons, et qu'il eut appris que Macdonald abandonnait les Pays-Bas et la Belgique pour se porter lui aussi sur cette ville. Convaincu par les arguments de Gneisenau, certain que ChiUons allait devenir le point de concentration générale des troupes françaises, pensant, non sans raison, que les njaréchaux se maintenaient derrière la Meuse uniquement pour donner h cette conc(întration le temps de s'effectuer et pour couvrir les mouvements qu'elle rendait nécessaires, sentant qu'il était urgent de prévenir l'offensive que les Français ne pouvaient tarder i\ vouloir prendre, Blûcher, informé de la présence de la grande armée de Bohême du côté de Chaumont, de l'arrivée du V^ corps (Wrède) à Neufch;\teau, se porta en avant sur trois colonnes. La première, celle de droite, constituée par l'avant-garde, sous les ordres du général-lieutenant prince Stscherbatoif*, de la cava-
' Scliwarzcnlx'rj,' à BIucIkt, Langrcs, 21 janvier. (A'. A'. Kriegs Arcltiv., I, 40i.i
* H importe de i»e pas ronfondre cet offirier général avec le j^t'néral-iiiajor (lu riiéine nom, qui commandait un rorps de partisans opérant en ce moment sur la Meuse et qui précédait l'armée de Bohômc.
lerie (lu général Wassiltchikoff ot de la première colonne du corps de Sacken, avait ordre de se diriger par Ligny et Bar-le-Duc sur Saint-Dizier. La deuxième colonne, formée de l'autre partie du corps Sacken et suivie h une journée de marche par la troisième, composée du IX^ corps russe d'OIsutiew, appartenant au corps Langeron, devait, en passant par Vaucoulours et Gondrccourt, prendre à gauche d(; la première Joinville pour objectif.
Bliicher * se proposait de repousser l'aile droite du corps de Victor de Ligny vers la Marne, de fiiire croire à l'ennemi qu'il voulait atteindre Chi\lons, tandis que, masqué par son avantgarde qui ferait face au maréchal et se tiendrait devant lui vers Vitry-le-François, il déborderait, sans être aperçu, son aile droite et atteindrait avec ses trois colonnes l'Aube du côté d'Arcis, en passant par Brienne.
Quant il York, il devait, d'après les projets de Bliicher, rester encore quelques jours devant les places de la Sarre et de la Moselle, jusqu'à l'arrivée des troupes de Kleist et de la cavalerie de Langeron destinées à le relever, puis arriver ii Bar-le-Duc le 27, et gagner de là Vilry*, où il devait être rendu le 30.
La cavalerie passe la Meuse à Vaucooleurs. — Dans la nuit du 20 au 21, l'avant-garde de la colonne de gauche, se dirigeant sur Joinville, avait passé la Meuse sans rencontrer de résistance au pont de Vaucouleurs', que les Français n'avaient pas détruit, parce que l'inondation les en avait empêchés. C'est du moins l'explication, ou pour mieux dire l'excuse, qu'on a cherché à donner de cet inconcevable oubli. Mais, précisément à cause de l'inondation, la possession de ce pont était d'autant plus précieuse
* Bliicher à Wrède, 21 janvier, 9 heures du matin. {K. K, Kriegg Archiv., l 511.)
' On verra plus loin que les ordres de marche d'York durent ôtre modifies. Au lieu d'être à Vitry le 30, il éUiit ce jour-là à Saint-Dizier.
3 Nous avons déyd en occasion do parler des affaires qui avaient eu lieu le 18 janvier, à Vaucouleurs, entre les cosaques du général-major prince Stsclierbatoff et Tarrière-gardc de la cavalerie française, lorsque nous avons exposé au chapitre précédent les opérations de rarméc de Bohôme. Voir entre autres le rapport du général-major Stscherbalolf à Schwarzcubcrg, de Saussure, 19 janvier. (If. K, Kriegt Archiv., 1, 445.)
Weil. 16
pour les Alliés qu^elle leur permettait de continuer sans perte de temps leurs opérations sur la rive gauche de la Meuse. L'abandon du pont de Vaucouleurs obligea Victor à se replier sur Ligny % en évacuant Void et Vaucouleurs ; Marmont, à ne laisser qu'une division à Verdun, h faire quitter Saint-Mihiel à la division Decouz, qui, après avoir fait sauter le pont, vint s'établir h Naives ; la division Lagrange dut venir h Chaumont-sur-Aire*.
Inconvénients de la position de Victor à Ligny. — La position occupée par Victor à Ligny n'était pas sûre, et malgré les ordres formels de l'Empereur, qui voulait qu'on tînt bon sur l'Ornain, Victor aurait très probablement cédé aux conseils de ses généraux de cavalerie qui, insistant sur les graves inconvénients de cette position, le pressaient d'aller s'établir en arrière de Ligny, à l'entrée du défilé de Saint-Dizier*.
1 Victor avait prescrit, le 20 au soir, de se replier le 21, à 1 heure du matin, promptement et en bon ordre, par Void et Saint-Aubin sur Ligny, de prendre position derrière Ligny, sur la route de Bar-le-Duc. La 2* division (général Forestier) devait suivre la division Duhesme et s'établir derrière elle en 2" ligne; la 1" division avait ordre de partir de Comroercy à 4 heures du matin, allant sur Ligny par Saint-Aubin , et do venir derrière Ligny en 3* ligne. Le général Firé, cliargé de faire sauter le pont de Pagny-sur-Meuse, après le passage de la division Duhesme, avait à se porter de là sur Void, à attendre à Void le général de France, qui devait partir également à 4 heures de Vaucouleurs, allant à Void, pour se replier ensuite avec Pire sur Ligny ; enfin, le général Briche, partant à 6 heures de Commercy, se portant également sur Ligny.
< BeUiard, écrivant le 21 janvier à Macdonald, lui résumait ainsi les positions des corps de Marmont et de Victor et lui donnait certaines indications à peu près exactes sur la position des Alliés :
c( Le duc de Raguse occupe avec son corps d'armée Verdun, Saint-Mihicl, et s'étend par sa gauche du côté de Stenay. Il a son avant-garde à trois lieues en avant de Verdun, sur la route do Metz. Le duc de Belluue occupe Commercy, Void, où est son quartier général, Vaucouleurs et Gondrecourt. Le prince de La Moskowa est à Bar-Ie-Duc, occupant Ligny et Saint-Dizier. Le maréchal duc de Trévise doit être à Chaumont.
« F, S. — Le corps du duc d^York (sic) marche sur Verdun, relui de Sacken sur Saint-Mihiel. Bliicher est devant le duc de Bellune. Platoff est à Neufchàteau avec 10 régiments de cosaques. » (BeUiard, Dépôt de la Guerre.)
Beliiard fait marcher le corps d'York plus vite qu'il ne marcha en réalité, puisque, le 21 janvier, le I" corps prussien était encore devant Metz.
» L'arrivée de Bertliier et les ordres catégoriques qu'il envoya le 20 de Chu- Ions et le 21 de tiar-Ie-Duc, à Victor, avant de se rendre auprès de lui^ empêchèrent seuls le maréchal de quitter sa position.
Dès le 21 au matin, Grouchy écrivait à cet elïcl au f^^cncral Milhaud : « Mon cher général, il est très f[\cheux que toute noire cavalerie soit forcée d'être ce soir dans Ligny ; c'est avoir Tennemi sous son nez, et demain matin il fera tel hurrah qu'il voudra, non seulement sur Ligny, mais aussi sur la division Briche, sur h; flanc de laquelle il peut arriver en passant l'Ornain, qui a des ponts.
« Prévenez le général Briche à ce suj(^t. Donnez ordre îi la division Lhéritier d'être à cheval dcnnain avant le jour en avant de Ligny, sur la route de Saint-Aubin, ayant devant elle la division Pire, soutenue par l'infanterie (jue fera sortir le maréchal.
« Que la division Briche pousse dés 4 heun^s des reconnaissances sur Demange-aux-Eaux, atln de s'assurer si une* colonne ennenjie ne s'avance pas de ce côté; mais que les reconnaissances marchent bien éclairées, i)uisque l'ennemi (îst h Gondrecourt*. »
Le général Pire', écrivant à Grouchy le soir du même jour, à 9 heures, est tout aussi préoccupé que son chef et se rend, lui aussi, un compte (;xacl de la gravité de la situation, des dangers auxquels on s'expose fatalement en restant h Ligny.
« Tous les renseignements, toutes les reconnaissances, é(Tit-il de Nançois-le-Petit, démontrent que le corps de M. le maréchal duc de Bellune est compromis en continuant h occuper Ligny, qui est une mauvaise position et un véritable entonnoir. Si la brigade évacue Nançois-le-Petit, l'ennemi, arrivant par Naneoisle-Grand et Willéroncourt, coupera la roule de Bar par le très beau pont de pierre de Velaine, ou par celui de Nanrois-le-Petit, à côté duqucîl il y a un gué praticable. D'un autre côté, M. le général Briche, qui garde la route de Gondrecourt, n'est pas en état de résister à la colonne ennemie, qu'on sait avoir débouché par Vaucouleurs et par Maxey. Si elle n'altiique pas le général Briche, il est évident qu'elle marche sur Saint-Dizier, par Joinville, et le corps d'observation qu'on a envoyé h Joinville ne peut s'opposer à la marche d'un nombre aussi supérieur. »
Les événemtîiits du lendemain no devaient que trop complètement justifier les prévisions des généraux de Grouchy et Pire.
* Grouchy à Milhaud. {Archives (le la Guerre.)
• Pird à Grouchy, Pctit-Nançois, 21 Janvier. {Arekives de la (hterre.)
Marche de Biron sur Void. ~ Mouvements autour de Metz. — Biron avait reçu h Foug, le 21, à 8 heures du matin, Tordre de se porter sur Void. Ramassant en passant ses grand'gardes, établies en avant de Lay-Saint-Remy, le prince s'arrêta le soir à Pagny-sur-Meuse, disposa ses avant-postes sur la rive gauche de la rivière et envoya des patrouilles dans la direction de Void.
Du côté de Metz il ne s'était rien passé d'important. Toutefois, comme la Moselle continuait à baisser, le prince Guillaume avait pris la résolution de resserrer, le lendemain, l'investissement de la place. Des deux régiments de cavalerie du général Borosdin qui étaient arrivés à Gorze, l'un, le régiment de dragons de Mittau, avait reçu l'ordre de rester devant Metz, tout en envoyant des patrouilles vers Verdun, tandis que le 4« régiment de cosaques de l'Ukraine devait partir le 23 pour assurer le blocus de Mézières.
Le colonel Henckel avait été relevé, le 21 au matin, devant Luxembourg, par le Ueutenant-colonel Wrangel et quatre escadrons du régiment de cuirassiers grand-duc Constantin. Se conformant aux ordres qui lui étaient arrivés le 17, il devait, après avoir rallié tout son monde, se porter le lendemain sur Aubange, pour voir s'il n'était pas possible de tenter un coup de force contre Longwy. Mais avant de se mettre en mouvement, il avait reçu d'York * l'ordre de régler ses marches ultérieures de façon à être à Saint-Mihiel le 27 et à y opérer sa jonction avec la brigade Horn, qui, après avoir paru devant Thionville le 23, devait, elle aussi, défiler par Saint-Mihiel le 27.
Affaires devant Luxembourg. — York avait cependant tenu à tAter encore une fois, dans la journée du 21, Luxembourg avec la brigade Horn et la colonne du colonel Henckel. Il poussa avec elles, par les deux rives de l'Alzette, une forte reconnaissance, h la suite de laquelle il put se convaincre qu'on ne viendrait pas facilement à bout de la place. Sa première intention avait été de diriger de suite Horn sur Frisange, de façon îi lui permettre d'arriver devant Thionville dans la matinée du 22. Mais, à la
Ordre d'ïork à lienckcl, de Strapig, 21 janvier.
nouvelle qu'une partie des habitants do Luxembourg paraissaient disposés à ouvrir Tune des portes de la ville le lendemain, il donna h Horn l'ordre de tenir sa brigade rassemblée le 22 jusqu'à 10 heures du matin îi Itzig, parce que, de cette façon, le général pouvait encore arriver à Thionville dans le courant de l'apn'^smidi.
Mouvement de Falkenhausen vers Namur. — Quant au major von Falkenhausen, il avait quitté Manche en y laissant un poste de 30 cavaliers, et, se portant en avant avec le reste de son njonde, il avait envoyé des partis vers Givet et Sedan. Mais, ayant appris dans la nuit du 21 au 22 qm* la route de Marche î\ Namur était libre, il mit aussitôt en route un escadron en prescrivant îi son chef d'atteindre Namur au plus vite, afin d'établir dans le plus bref délai possible la comnmnication avec le général Winzingerode*.
22 janvier. — Rapport de Blûcher à Schwarzenberg. — Combat de cavalerie de Saint-Aubin. — « Le 22 au matin, dit Blûcher dans le rapport* que, de Gondrecourt, il adressait à Schwarzenberg, le prince de NeuchAtel' est venu de Paris ji Ligny. Après y avoir conféré pendant quatre heures avec les maréchaux Ney et Victor, il en est reparti ensuite i)0ur Paris.
1 Rapport du major yon Falkenhausen. (K. K. Kriegt Ârchiv., I, ad., 699.)
• Blûcher à Schwarzenberg, de Gondrecourt, 34 janvier. (A'. A'. Kriegt Ârehii\ ,
s Oelliard rend compte à l'Empereur des positions occupées par Tarmde le 22, à midi :
4( Belliard (Correspondance) à TEmpereur, le 23 janvier.
u Sire, la position de Tarméc était hier, à midi, ainsi qu'il suit :
(f Le duc de Raguse en arriére de Verdun, sa cavalerie sur Senoncourt.
« Le duc de Bellune à Ligny, occupant Stainvillo.
« Le prince de La Moskowa à Bar-Ie-Duc, ayant une brigade à Saint-Dizier.
(c Le duc de Trévise à Bar-sur-Aube, d'après sa lettre du 21.
u Le duc de Bellune a l'ordre de tenir jusqu'à ce qu'il soit forcd. Le prince appelle le duc de Raguse prôs de lui, pour lui donner le commandement des deux corps.
« Si tous les corps sont forcés de revenir sur Chdlons, comment les troupes doivent-elles être placées ? Et si l'ennemi prenait Chàlons, un corps doit-il se retirer sur Reims ?
(( Des lettres du prince, parties hier au soir à 11 heures, donnent à Votre Majesté les mêmes nouvelles. » (Archivei de la Guerre, Belliard, Correipon^' danee,)
Les habitants prélendont que, dans cette conférence, on a décidé que Victor tiendrait h Ligny * el Bar-le-Duc jusqu'au 26, jour de Tarrivée de la jeune garde venant d'Anvers. »
En effet, sur Tordre formel de Berthier, la cavalerie française dut se reporter en avant de Ligny el se diriger sur Saint-Aubin : « L'ennemi, dit Blucher *, occupait le 22 Ligny, et deux brigades de cavalerie, sous les ordres du général Wassiltchikoff % avaient poussé jusqu'il Saint-Aubin. Dans l'après-midi, l'ennemi sortit de Ligny avec environ 2,000 chevaux, repoussa nos avant-postes, se déploya devant Saint-Aubin, lorsque notre cavalerie, se portant en avant, le fit canonner par une batterie h cheval jusqu'au soir, où il se retira sur Ligny*. » Victor ne laissa, d'ailleurs, qu'une arrière-garde à Ligny *.
De leur côté, les hussards russes s'établirent en avant de Void,
1 Ce renseignement, parfaitement exact, sauf en ce qui concerne le retour du major général à Paris, est confirmé en tous points par Grouchy, qui dit à ce sujet dans ses Mémoires : « Le 22, Victor est prêt à prolonger la retraite sur Saint-Dizier pour D*ètre pas débordé, lorsqu'il reçoit l'ordre de tenir sur romain. Milhaud (5® corps de cavalerie) a à Saint-Aubin un engagement avec les Busses et se replie sur Ligny. »
« Rapport de Bliicher (K. K, Kriegs Archiv., I, 5o0). Le feld-maréchal no parle pas des chatges de la cavalerie russe mentionnées par Plotho et Daraitz, et qui n'eurent pas lieu.
3 Le général WassiltchikofT faisait partie de la colonne du géncral-lientenant prince Stscherbatoff, dont le Journal d'opérations nous fournit les renseignements suivants :
« Le prince Stscherbatoff a reçu communication des tableaux de marche qui donnent à son corps une direction spéciale. Le général Lanskoï, avec une bri- 4^ade de hussards (régiments de hussards d'Aktyrka et de Mariopol) et une batterie à cheval, 3 régiments de cosaques sous les ordres du général-major KarpofT et le détachement prussien du général prince Biron sont mis à sa disposition et forment son avant-garde. Le corps se porte aujourd'hui sur Void, son avant-gnrdc est ce soir à Saint-Aubin, d'où l'on a chassé l'ennemi, n
*' Bliicher ajoute dans son rapport que des voyageurs qui étaient à Paris le 12, jour de la revue, disent qu'il y avait là, non pas 30,000 hommes, mais au plus 18,000. « Ils n'ont vu entre Paris et Chdlons que 2 bataillons de vétérans do la garde. »
5 Le 2' corps et le 5*^ de cavalerie occupèrent, le 22, les positions suivantes : Pire, soutenu par la division Duhesme, vers Saint-Aubin; 400 dragons do Briche, soutenus par la f* division d'infanterie, éclairaient vers Gondrecourt, occupant Givrauval, Longeaux, Nantois, avec une avant-garde à Saint-Amand. Le reste de la division Briche était en arriére de Ligny, sur la route de Bar à Tronville, Guerpont et Tannois. I^i division Lhéritier, à Stainville; le général de Krance, avec les gardes d'honneur, à Ancerville. Un bataillon d'infanterie de la 2*" division, on soutien do Lhéritier, à Stainville. (;4rr/4iiY« Je la Giurre.)
et Biron occupa la forme de Riéval avec dos avaiil-postos fournis par les cosaques h Moiiil-la-Horgne.
La colonne do droite de rarniée de Silésie arrivait h Void; celle de gauche à Vaucouleurs. Olsuflew était à Toul avec le quartier général de Blùchcîr; l'avanl-garde de Palhen (VI*^ corps de l'armée de Bohême), à Vézelise.
Du coté des Français, Ney était encore pour peu de temps ;i Bar-le-Duc; Marmont, afin de rester lié aux deux autres maréchaux, avait commencé son mouvement de retraite de Verdun sur Bar et Saint-Dizier, où il arriva le 24 après avoir laissé la division Ricard du côté de Clcrmont en Argonne pour garder lo défilé des Islettes et couvrir la route de Verdun î\ ChAlons.
Positions du prince Guillaume de Prusse sous Metz. — Le prince Guillaume de Prusse s'était dirigé de Pont-h-Mousson vers Metz par Pagny-sur-Moselle et établi à Sainto-Ruffine, après avoir fait occuper Vaux, Jussy, Lessy et Plappeville, d'où il pouvait apercevoir l'ensemble des défenses de la place. Par suite du séjour forcé qu'il avait dû faire h, Pont-îVMousson et comme il avait ordre de commencer son mouvement vers Bar-le-Duc le 2G, le i)rince ne disposait plus que de trois jours pour essayer de se nmdre maître de Metz. Lo général von Jurgass était resté aux environs de Fresnes, le colonel von Warburg h Marly et le lieutenant-colonel von Slutterheim h Lorry.
Mouvements de Horn vers Thionville et de Henckel sur Longwy. — De Luxembourg, dont les portes étaient toujours closes, Horn s'était dirigé le 22, par ordre d'York, sur Thionville où il devait rejoindre la brigade du général von Pirch et avait fait halte le 22 au soir à Roussy. Il avait préalablement confié le soin de surveiller Luxembourg au général von Rôder (cavalerie du corps Kleist), qui devait, en outre, masquer Thionville, dans le cas où l'entreprise projetée contre cette place n'amènerait aucun résultat.
Arrivé par Aubange sur Longwy, Henckel avait reconnu la place. Ayant constaté l'impossibilité de tenter un coup de main, il l'avait contournée pour se rendre à Longuion et s'était contenté de laiss(îr quelques petits j)Ostes en observation devant les débouchés de Longwy.
York était allé, par Remich et Sierck. inspecter la brigade
postée devant Thionville, dont la garnison avait tenté le malin môme une sortie, que Pirch n'avait réussi à rejeter dans la place qu'après un combat assez vif et en engageant plusieurs bataillons. Toutefois, comme la brigade Horn devait, dans son mouvement vers la Meuse, passer sous Thionville, il voulut essayer d'enlever la forteresse avec ces deux brigades. York, en agissant de la sorte, ne faisait que se conformer strictement aux ordres que Blûcher lui avait fait par\^enir avant de quitter Nancy le 21 , et par lesquels, tout en insistant sur l'intérêt qu'il y aurait à s'emparer d'une des places, il invitait cependant York à hâter ses opérations et h tout préparer pour le rejoindre au plus vite. Il est important de faire remarquer en passant que l'empereur de Russie venait d'arriver le 22 janvier au quartier général de Langres. C'est, en effet, à sa présence seule qu'est due la reprise du mouvement en avant de l'armée de Bohôme, immobilisée depuis quelques jours entre Chaumont et Langres. Hardcnberg et Knesebeck, dont l'opinion avait prédominé jusqu'alors et avec eux tous les diplomates qui suivaient la grande armée, ne pouvaient se décider a dépasser le plateau de Langres que Knesebeck comparait, c'est là l'expression textuelle dont il s<i servait, au Rubicon.
23 janvier. — Combat de Ligny. — Le 23 au matin, Wassiltchikoffet Biron, précédant l'infanterie du général- lieutenant Stscherbatoff, avaient repris leur mouvement en avant dans la direction de Ligny. Avant de se mettre en route, ils avaient appris l)ar une reconnaissance d'officiers, envoyée de Rieval vers Commercy, que le général Lanskoi, venant de Rambucourt avec ses hussards, approchait de Commercy et ne tarderait pas à les rejoindre. Pendant ce temps, la cavalerie française se retirait lentement sur Ligny, qu'occupait une arrière-garde d'infanterie avec quelques bouches h feu. Afin d'éviter des pertes inutiles, Biron et Wassiltchikoflf, après avoir repoussé de concert mie charge de la cavalerie française, crurent d'autant plus prudent de se dérober aux vues de l'artillerie ennemie que l'infiinterie du général-lieutenant Stscherbatoff entrait en ligne à ce moment. « Stscherbatoff, dit BlùcherS se porta sur Ligny. oi\ il devait se
1 Bliicher à Srhwarzenberg (K. K, Kriegx Archiv., I, 550) ot Kurzgeftmtp
cantonner, ot. ronnonii n'évacuant pas co point, il Tattaqua et le rejeta aj^rès un combat assez vif, qui c^oftta 200 lioninies aux Russes et dont Stscherbaloft * rend compte en ces tenues :
« L'arri^re-garde du duc de Bellune (»st postée îi Ligny. Elle tient le défilé et 1(îs hauteurs en avant de la ville. Le général Stscherbatoff qui devait, d'après les ordres, occuper ce jour-là Ligny. fait attaquer rennemi. La cavalerie ennemie, ave<* une partie de Finfanterie et quelques canons, avait pris position en avant de la ville et s'était portée en tête du défilé. Le prince Stscherbatoff, remarquant que des colonnes ennemies s'approchaient rapidement de la ville, en conclut que l'ennemi n'a pas encore rassemblé tout(îs ses forces et ordonne aux 11» et 36« régiments de chasseurs d'attaquer la ville par la droite, pendant que les régiments de Pskoff et de Sofia donnaient l'assaut du côté de la grande route. Notre artillerie, en batterie sur une excellente position, inflige des pertes sanglantes à l'ennemi, qui se replie en courant sur la ville.
« Le régiment de Pskoft'. soutenu par celui de Sofia, pénèti^e dans Ligny, rencontre sur la place du marché une colonne» ennemie, l'attaque à la baïonnette et la disperse. Le combat dans la vihe dure quelque temps, mais l'ennemi finit par en être complètement chassé et concentre ses troupes sur les hauteurs situées en arrière, près de l'entrée d'un défilé, au débouché duquel il avait mis quelques pièces en batterie. Il réussit ainsi à se maintenir qu(îlque tem})s sur les hauteurs et se replia pendant la nuit par la route de Sainl-Dizier. »
Les Français, d'après le rapport de Blûcher, profitèrent de la nuit pour se retirer, d'une part, sur Bar-le-Duc, de l'autre, i)ar Stainville sur Saint-Di/ier*.
Darsiellung der Kri?gshegébenheiten der SchlesUclien Armée (K, K. Kriegt Archiv.X 31).
< Journal d'opérations do général-licatenant prince Stscherbatoff.
' Il est certain que. sans l'ordre formel donné par Berthier, on n'aurait pas cherché à tenir sur la position de Saint-Aubin et moins encore sur celle de Ligny. Victor, en effet, reconnaissait que cette position ne pouvait guère être défendue que par l'infanterie et fort peu d'artillerie, que la cavalerie ne pouvait y servir que pour éirlairer ou arrêter la cavalerie alliée venant de Saint-Aubin, te I^e plateau au-dessus de Ligny, écrivait Victor au major général, ne peut être considéré ni comme une position défensive, ni comme une position de
« J'envoie ces nouvelles en toute hâte, disait Blucher en terminant, et je continue ma marche conformément aux ordres de Votre Altesse. »
Mouvements de Sacken et d'Olsufiew. — Rapport dTork à Blûcher sur les places. — Ce même jour, la deuxième colonne de Sacken, celle de gauche, arrivait à Gondrecourt, et le corps d'Olsufiew, avec lequel marchait le quartier général de Blucher, à Vaucouleurs.
York, qui avait terminé son inspection des corps détachés devant les places de la Sarre el de la Moselle, était h peine de retour îi Pange qu'il adressait h Blûcher un rapport détaillé sur la situation de ces places. Concluant à l'impossibilité de la réussite d'un coup de main, il conseillait néanmoins de faire investir sérieusement Metz, afin d'empêcher la garnison de se porter sur les lignes de communication de l'armée de Silésie.
u J'attends maintenant de Votre Excellence, disait York, des ordres précis relatifs k la marche de mon corps depuis les places jusqu'à Saint-Mihiel, et des instructions relatives au rappel des 4 bataillons employés devant Sarrelouis. Je fais remarquer, en
combat, parce qu'il y a du côte de la ville un défilé extrêmement rapide et que c'est là la seule communication qu'il présente. J'ai choisi, pour défendre la position opposée, rentrée du défilé de Saint- Dizier, dont je couronne les hauteurs par l'infanterie. Quelques canons sont en batterie sur la chaussée. » Voici maintenant comment Victor rend compte du combat même : k Mon avant-garde était établie sur les coteaux. Prévenu de l'approche de Tennemi, j'ai été le reconnaître. Ses lignes étaient déjà formées. 11 s'est mis en mouvement vers une heure de l'après-midi. Mon avanV-gardc se défendant par écliclons, se replia en bon ordre sur Ligny. Plusieurs bataillons étaient placis dans les jardins pour protéger sa retraite, et, pendant ce mouvement, j'ordonnai à la cavalerie de passer le déBlé de Saint-Dizier parce qu'elle ne pouvait me servir sur ce terrain étroit et coupé de ravins. L'infanterie se mit en bataille sur la hauteur de ce défilé. Nous avons attendu l'ennemi, qui s'est d'aliord porté avec une colonne de 2,000 à 3.000 hommes sur Ligny. Les bataillons du général Duhcsme, placés dans les jardins, l'aiTêtcrent jusqu'à ce que la ville fût évacuée, défendant opiniâtrement l'entrée de la ville et se retirant ensuite en bon ordre. L'ennemi a tenté plus tard une attaque sur nos lignes ; mais repoussé, il s'est borné à nous inquiéter par un feu de tiraiUeurs et une
canonnade assez vive Vei-s 10 heures du soir, nos avant-postes ont
remarqué que les feux de bivouac de l'ennemi s'éteignaient et ont rendu compte qu'on entendait un bruit de voitures sur la route de Gondrecourt. L'eimenii marchait par cette direction, laissant peu de monde à Ligny. Les choses étaient en cet état lorsqu'à 2 heures du matin je reçus l'ordre de me replier sur Saint-Dizier. » (Archives de la Guerre.)
outre, que c'est seulement le 27 ou le 28 que mon corps pourra être concentré h Saint-Mihiel. »
L'observation qu'York faisait là au feld-maréchal est intéressante à consigner. Il importe de remarquer que, la crue de la Moselle ayant retenu le I*^ corps devant les places plus longtemps qu'on ne l'avait pensé, York se trouvait dans l'impossibilité d'être le 2G h Saint-Mihiel, comme il l'avait écrit h Blùcher à la date du 17, et, par conséquent, d'arriver à Bar-le-Duc le 27 et fi Saint- Dizier le 28, comme l'avait marqué le feld-maréchal dans sa dépèche à Schwarzenberg, en date du 19, dans sa disposition, ainsi que dans ses ordÀs de marche du 22.
Sauf une sortie exécutée par la garnison de Metz, dans la direction de Lorry et de Plappeville, la journée se passa sans incident devant les places. Horn et Pirch étaient restés d(^vant Thionville en attendant l'arrivée du général von Rôder, et la cavalerie du général von Jiirgass était toujours en observation aux environs de Verdun ; Henckel seul avait fait un peu de chemin, et passant par Spincourt, il était arrivé îi Étain, où il resta pendant toute la journée du 24.
Escarmouche du côté de Givet. — Quant au major von Falkenhausen, il annonçait que l'escadron, qu'il avait détaché en avant pour se relier à Winzingerode, avait découvert l'arriiTegarde française du côté de Givet, avait eu avec elle un engagement, à la suite ducjuel cette arrière-garde avait dû se replier sur cette ville. Il communiquait, en outre, la nouvelle reçue par lui le 23 au soir de l'arrivée des Russes à Liège, et il ajoutait en terminant* :
Rapport de Falkenhausen. — « J'envoie un officier h Liège pour faire savoir qu'il n'y a plus de trou|>cs ennemies sur la Meuse.
« Après m'étre concerté avec le général Winzingerode, je compte me diriger sur Montmédy. Voici, d'ailleurs, en résumé le résultat de mes opérations :
« Évacuation par l'ennemi de tout le département de Sambreet-Meuse ;
* Rapport du major prussien v. Falkenhausen. (K. K. Kriegt Ârehiv., I, ad. tt99.)
« Destruction d'un corps de partisans ennemis; « Mise en liberté de 1800 conscrits ; « Prise de magasins considérables;
« Ouverture et établissement de communications entre l'armée de Silésie et Tarmée du Nord ; « Découverte des mouvements de l'ennemi. »
24 janvier. — Houyement de Stscherbatoff. — Le 24,
l'armée de Silésie continua son mouvement. La disposition * prescrivait à Stscherbatoff de marcher ce jour-là sur Bar-le-Duc et d'être le 25 à Saint-Dizier. Ayant appris en route que le maréchal Ney était encore le 24 au matin près de Bar-le-Duc avec 8,000 hommes, le général russe crut devoir restera Ligny avec le gros de ses troupes, tandis qu'il poussait le général Lanskoï avec l'avanl-garde sur la route de Saint-Dizier, avec ordre de poursuivre le corps du maréchal Victor. Lanskoï s'avança jusqu'à Stainville et se fit couvrir en avant par le général Karpoif, dont les cosaques s'arrêtèrent à Ancerville, à moins de deux lieues de Saint- Dizier. Un régiment de cosaques, envoyé en observation du côté de Bar-le-Duc, annonça vers le soir que l'ennemi avait entièrement évacué la ville. Les trois maréchaux s'étaient, en effet, réunis le 24 au soir à Saint-Dizier.
Le prince Stscherbatoff, en restant à Ligny, avait jugé inutile d'y laisser la colonne volante du prince Biron, qu'il envoya se poster en deuxième ligne, en soutien des généraux Lanskoï et Karpoff, à Nant-le-Petit.
Renseignements envoyés par Jûrgass. — Marche de Horn. — Blûcher était arrivé à Gondrecourt avec Olsufiew, et le général von Jûrgass, toujours en observation du côté de Verdun, faisait savoir au feld-maréchal que l'ennemi avait abandonné Haudainville et Belrupt, s'était replié sur la place, et qu'il n'y avait plus dans ces parages sur la rive droite de la Meuse que quelques faibles détachements. Jûrgass ajoutait qu'il avait fait partir un petit détachement de cavalerie pour Sainl-Mihiel, dont le pont était détruit et que les cosaques avaient quitté *.
1 Journal d'opérations du général-lieutenant prince Stscherbatoff.
* Le général Hicard avait, en effet, reçu Tordre d'envoyer 200 chevaux et
Horn, avec la 7^ brigade (rinfanlerie, était arrivé h Briey ; la V^ brigade, avec le général von Pirch, était encore à Distroff devant Thionville.
Étant données les positions du I®"" corps, c'était tout au plus si la léte seule de Tavant-garde atteindrait, le 28, Bar-le-Duc, et si h; gros du I®*" corps parviendrait à se réunir, à la même époque, aux environs de Saint-Mihiel, à trois bonnes journées de marche de Vitrv.
Il importe encore de considérer qu'au moment où les ordres de; Blficher parvinrent au quartier général d'York à Pange, le 23 au matin, les différentes fractions du I®' corps étaient forcément disséminées, les unes à une certaine distance en arrière de la rive droite de la Moselle, les autres plus loin encore vers la Sarre, et qu'il leur fallait pour le moins deux jours d(î marche pour atteindre la Moselle du côté de Pont-îi-Mousson.
25 janvier. — Remarques sur les ordres de Blûcher à Tork. — L'ordre de mouvement que Blucher adressait, le 24 au soir de Vaucouleurs, ii York, et qui lui parvint le 23 au matin, ne tenait cependant aucun compte de la situation toute spéciale du I*»** corps. Le feld-maréchal ignorait d'autant moins cette situation, qu'il avait (;ntre les mains le rapport d'York sur les opérations tentées infructueusement, pendant les derniers jours, contre les places de la Sarre et de la Moselle par les troupes sous ses ordres. York lui avait d'ailleurs, pour plus de sûreté, fait porter ce rapport par l'un des officiers de son état-major dans lequel il avait le plus de confiance.
Bliicher, en lui donnant communication du tableau de marche des corps qu'il avait déjà mis en mouvement et avec lesquels il comptait ètri^ à Brienne le 28, lui prescrivait néanmoins d'être à Bar-le-Duc le 27, à Saint-Dizier le 28, h Vitry le 30. Il ajouUiit, dans la dépêche qui accompagnait ce tableau, que Schwar/enberg
150 hommes d'infanterie pour observer le pont de Sainl-!i]iliiel et ocrupcr solidement le passage des Isleltcs, dont il importait d*autant plus de s'assurer la possession que les cosaques avaient paru à Villotte. Marmont, en rendant compte de la présence des cosaques à Villotte, annonçait au major général qu'il envoyait 200 hommes et 300 chevaux pour les en chasser ; que lu tt* corps marchait sur Vitry, que la division Lagrauge occupait Cliaumont-sur- Aire, et la division Deconz, Naives, le 21 au matin.
arriverait à Troyes le 29 et recommandait h York, dans le cas où Tennemi, pour retarder la marche de Tarmée de Silésie, prendrait l'olfensive contre son aile droite, de refuser tout engagement sérieux. York devait, dans cette éventualité, se dérober en se dirigeant vers TAube et attacher d*autant moins d'importance h la perte momentanée des communications avec Kleist et Langeron, que lui, Blûcher, pourrait toujours correspondre avec eux par l'intermédiaire de la grande armée. Lui confirmant Tarrivée de Kleist à Saint-Mihiel pour le 2 février, il l'invitait à remettre au général von Rôder le blocus de Luxembourg et de Thionville; au général Borosdin, celui de Metz, et à surveiller la marche de Macdonald S qui, ayant quitté Namur du 18 au 20, devait vraisemblablement se diriger sur Chàlons, où il pouvait être du 29 au 30. Il le chargeait, en outre, de faire savoir, par le major von Falkenhausen, au général Tchernitcheff, qui avait suivi le maréchal jusqu'au delà de Namur, que Tennemi semblait vouloir se concentrer fi Châlons et que toutes les forces des Alliés seraient réunies, le 30, entre l'Aube et la Seine, dans les environs de Troyes. Il terminait, enfin, cette dépêche par ces mots :
« L'ennemi ne pouvant, en présence de nos mouvements, rester sur sa position de Chîllons, il serait bon que Tchernitcheff se portîlt aussitôt sur Reims. »
Positions et état du corps York. — La réception d'un ordre, dans lequel le commandant en chef de l'armée de Silésie croyait superflu de prendre en considération la situation que ses instructions avaient faite aux troupes du l^^*" corps, devait causer un embarras réel h York et à son état-major.
Le lor corps était encore échelonné de Verdun à Metz et Sarrelouis, et cependant Blûcher, entraîné par le mouvement même qu'il avait fait exécuter à Sacken et li Olsufiew, allait se trouver h Brienne, à plus de 100 kilomètres en avant du I*»" corps, dont le gros se réunissait en ce moment à Saint-Mihiel. Si, comme tout permettait de le supposer, l'Empereur était arrivé î\ ChAlons, on devait s'attendre h le voir se jeter immédiatement entre les
* Macdonald était, le 24, à Méziôres, où il resta jusqu'au 26, jour où la division Brayer était avec son infanterie à Rethel, avec sa cavalerie au Ch(>Ge-i*opulcux et à Vouziers.
doux grosses fractions do rarmôe de Silésir, couper leurs lignes de comniuniciilion, qui passaient alors à moins de 50 kilomètres de (]hî\lons, et écraser l'une des colonnes, de préfér(^nc(i Taih; droite, de cette armée. Il fallait donc à tout prix chercher à rejoindre Bli'icher au i)lus vile et imposer, à cet et!et, des marches forcées à des troupes déjà très éprouvées par des mouvements incessants, par les alertes et les exigences du ser\ice qu'on leur avait inutilement imposées devant les places, par les nuits passées au bivouac. Il s'agissait de demander de nouveaux etîorts à un corps d'armée qui, rien que par les fatigu(\s, avait perdu 2,446 homm(»s du 18 au 25 janvier.
Malgré l'arrivée de renforts s'elevant h 3,246 hommes, le I^*" corps ne comptait, le 25, que 17,486 présents sous les drapeaux, et, sans avoir eu une seule affiiire vérital)lement sérieuse, il avait vu disparaître, du l®'' au 25 janvier, 5,805 hommes, soit le quart de son (îffectif total *.
Ordres donnés par Tork. — Premiers mouvements de son corps — Quoi qu'il en soit, et bien qu'il ne se dissimulât pas la grandeur de l'effort qu'on lui demandait, York n'hésita pas un seul instant. Il prit aussitôt des mesures gnlce auxquelles il espérait arriver, le 29, avec son avant-garde à Saint-Dizier, avec le gros îi Bar-le-Duc, amener ces deux échelons le 30 et le 31 à Vitry, et réduire ainsi h 24 ou 36 heures au plus un retard qu'il ne dépendait plus de lui de supprimer. Pour obtenir ce résultat, York prescrivit ù toutes les fractions du I«' corps, qui se trouvaient déjà sur la rive gauche de la Moselle (au détachement du colonel Henckel, posté depuis le 23 à Étain, et appelé désormais* à servir de point(î à l'avant-garde du prince Guillaume de Prusse, à la cavalerie» d(i rései*ve du général von Jûrgass établie aux environs de Verdun, à la brigade du prince Guillaume (8« brigade) à ce naoment encore devant Meto du côté de Plappeville, à
* Droysen, Dos Leben des Feld-MartcltaUs Grafen York von Warteiihurg, II. 277.
Des 20,045 hommes qui avaient passé le Rhin le !<>' janvicri il n'en restait plas que 14,210 présents à leurs corps le 25 ; reffeclif total s* élevait cependant, grâce à riirrivce des renforts^ à 17,480 combattants.
' Dépêche du prince Guillaume de Prusse à Uenckcl, de Sainte^Rufinc, le 25 janvier.
Los habitants pr(^tondont quo, dans cette confi^renco, on a déddé que Victor tiendrait fi Ligny * et Bar-le-Duc jiisciirau 26, jour de Tarrivée de la jeune garde venant d'Anvers. »
En effet, sur Tordre formel de Berthier, la cavalerie française dut se reporter en avant de Ligny et se diriger sur Saint-Aubin : « L'ennemi, dit Blncher*, occupait le 22 Ligny, et deux brigades de cavalerie, sous les ordres du général Wassiltchikoff ', avaicMit poussé jusqu'à Saint-Aubin. Dans Tapn'^s-raidi, rennemi sortit de Ligny avec environ 2,000 chevaux, repoussa nos avant-postes, se déploya devant Saint-Aubin, lorsque notre cavalerie, se portant en avant, le fit canonner par une batterie h cheval juscpi'au soir, où il se retira sur Ligny'. » Victor ne laissa, d'ailleurs, ([u'une arrière-garde à Ligny *.
De leur côté, les hussards russes s'établirent en avant de Void,
1 Ce renseignement, parfaitement exact, sauf en ce qui concerne le retour du major général à Paris, est confirmé en tous points par Grouchy, qui dit à ce sujet dans ses Mémoires : « Le 22. Victor est prêt à prolonger la refraito sur Saint-Dizier pour n*^tre pas débordé, lorsqu'il reçoit l'ordre de tenir sur romain. Milhaud (5" corps de cavalerie) a à Saint-Aubin un engagement avec les Russes et se replie sur Ligny. » ,
« Rapport de Bliicher {K. K. Kriegs Arehiv., I, 5-)0). Le feld-marcchal no parle pas des charges de la cavalerie russe mentionnées par Plotho et Damitz, et qui n'eurent pas lien.
• \jO général Wassiltchikoff faisait partie de la colonne du général-lieutenant prince Stscherbatoff, dont le Journal iVnpérations nous fournit les rensoignements suivants :
t< Le prince Stscherljatoff a reçu communication des tableaux de marche qui donnent à son corps une direction sp(>ciale. Le général Lanskoï, avec une brii;ade de tiussards (ri'giments de hussards d'Âktyrka et de Mariopol) et une batterie à cheval, 3 régiments de cosaques sous les ordres du général-major Karpoff et le détachement prussien du général prince Riron sont mis à sa dis- ]K)sition et forment son avant-garde. Lo corps se porte aujourd'hui sur Void, son avant-garde est ce soir à Saint-Aubin, d'où l'on a chassé l'ennemi. »
* Rliicher ajoute dans son rapport que des voyageurs qui étaient h Paris le 1 2. jour de la revue, disent qu'il y avait là, non pas 30,000 hommes, mais au plus 18,000. « Us n'ont vu entre Paris et ChAlons que 2 bataUlons de vétérans de la garde. »
» Le 2' corps et le 5* de cavalerie occupèrent, le 22, les positions suivantes : Pire, soutenu par la division Duhesme, vers Saint-Aubin; 400 dragons do Briche, soutenus par la 1 '• division d'infanterie, éclairaient vers Gondrecourt , occupant (jivrauval, Longeaux, Xantois,avec une avant-garde ù Saint-Amand. Le restr de la division Rriche était en arriére de Ligny, sur la route de Rar à Tronville, (tuerpont et Tannois. La division Lhériticr, à Stainville; le génénil de France, avec les gardes d'honneur, à Ancerville. Un bataillon d'infanterie de la 2*^ division, en soutien do Lhériticr, à Stainville. (/4rr/«irc*r/<» la (hwrre.)
et Biron occupa la ferme de Riéval avec des avant-poslos fournis par les cosaques î\ Ménil-la-Horgne.
La colonne de droite de l'armée de Silésie arrivait ;\ Void; celle de gauche à Vaucouleurs. Olsufiew était à Toul avec le quartier général de Blûcher ; l'avant-garde de Palhen (Vl® corps de l'armée de Bohème), il Vézelise.
Du côté des Français, Ney était encore pour peu de temps à Bar-le-Duc; Marmont, afin de rester lié aux deux autres maréchaux, avait commencé son mouvement de retraite de Verdun sur Bar et Saint-Dizier, où il arriva le 24 après avoir laissé la division Ricard du côté de Clermont en Argonne pour garder lo défilé des Islettes et couvrir la route de Verdun à Chûlons.
Positions dn prince Guillaume de Prusse sous Metz. ~ Le
prince Guillaume de Prusse s'était dirigé de Pont-îVMousson vers Metz par Pagny-sur-Moselle et établi h Sainte-Ruffine, après avoir fait occuper Vaux, Jussy, Lessy et Plappeville, d'où il pouvait apercevoir l'ensemble des défenses de la place. Par suite du séjour forcé qu'il avait dû faire h Pont-îVMousson et comme il avait ordre de commencer son mouvement vers Bar-le-Duc le 26, le prince ne disposait plus que de trois jours pour essayer de se rendre maître de Metz. Le général von Jùrgass était resté aux environs de Fresnes, le colonel von Warburg h Marly et le lieutenant-colonel von Stutterheim h Lorry.
Mouvements de Horn vers Thionville et de Henckel sur Longwy. — De Luxembourg, dont les portes étaicmt toujours closes, Horn s'était dirigé le 22, par ordre d'York, sur Thionville où il devait rejoindre la brigade du général von Pirch et avait f'àll halle le 22 au soir à Roussy. Il îivait préalablement confié le soin de surveiller Luxembourg au général von Rôder (cavalerie du corps Kleist), qui devait, en outre, masquer Thionville, dans le cas où l'entreprise projetée contre celle place n'amènerait aucun résultat.
Arrivé par Aubange sur Longwy, Henckel avait reconnu la place. Ayant constaté l'impossibilité de tenter un coup de main, il l'avait contournée pour se rendre à Longuion et s'était contenté de laisser quelques petits postes en obsen^alion devant les débouchés de Longwy.
York était allé, par Remich et Sierck, inspecter la brigade
Los habitants prétondent quo, dans cotto conféronce, on a décidé que Victor tiendrait î\ Ligny* et Bar-lo-Duc jusqu'au 26, jour de Tarrivée de la jeune garde venant d'Anvers. »
En effet, sur Tordre formel de Berlhier, la cavalerie française dut se reporter en avant de Ligny et se diriger sur Saint- Aubin : « L'ennemi, dit Bliicher*, occupait le 22 Ligny, et deux brigades de cavalerie, sous les ordres du général Wassiltchikoff \ avaient poussé jusqu'à Saint-Aubin. Dans l'après-midi, rennemi sortit de Ligny avec environ 2,000 chevaux, repoussa nos avant-postes, se déploya devant Sainl-Aubin, lorsque notre cavalerie, se portant en avant, le fit canonner par une batterie î\ cheval jusqu'au soir, où il se rôtira sur Ligny ^ » Victor no laissa, d'ailleurs, qu'une arrière-garde à Ligny *.
De leur côté, les hussards russes s'établirent en avant de Void,
1 Ce renseignement, parfaitement exact, sauf en ce qui concerne le retour du major général à Paris, est confirmé en tous points par Grouchy, qui dit à ce sujet dans ses Mémoires : « Le 2i, Victor est prêt à prolonger la retraite sur Saint-Dizier pour n^étre pas débordé, lorsqu'il reçoit Tordre de tenir sur romain. Milhaud (5^ corps de cavalerie) a à Saint-Aubin un engagement avec les Russes et se replie sur Ligny. » ,
« Rapport de Bliicher (K. K, Kriegs Archiv., I, 5o0). Le feld-maréchal no parle pas des charges de la cavalerie russe mentionnées par Plotho et Damitz, et qui n'eurent pas lieu.
' Le général Wassiltchikoff faisait partie de la colonne du général-lieutenant prince Stscherbatoff. dont le Journal iVopérations nous fournit les rensoi< gnements suivants :
« Le prince Stscherbatoff a reçu communication des tableaux de marche qui donnent à son corps une direction spck'iale. Le général Lanskoï, avec une brii;ade de hussards (régiments de hussards d'Âktyrka et de Mariopol) et une batterie à cheval, 3 régiments de cosaques sous les ordres du général-major Karpoff et le détachement prussien du général prince Biron sont mis à sa disposition et forment son avant-garde. Le corps se porte aujourd'hui sur Void, son avant-garde est ce soir à Saint-Aubin, d'où l'on a chassé l'ennemi. »
* Bliicher ajoute dans son rapport que des voyageurs qui étaient à Paris le i 2, jour de la revue, disent qu'il y avait là, non pas 30,000 hommes, mais au plus 18,000. « Us n'ont vu entre Paris et ChAlons que t bataillons de vétérans de la garde. »
» Le 2' corps et le 5® de cavalerie occupèrent, le 22, les positions suivantes : Pire, soutenu par la division Duhcsme, vers Saint-Aubin; 400 dragons do Briche, soutenus par la l'* division d'infanterie, éclairaient vers Gondrecourt, occupant Givrauval, Longeaux, Nantois, avec une avant-garde à Saint-Amand. Le reste de la division Briche était en arriére de Ligny, sur la route de Bar à Tronville, (luerpont et Tannois. La division Lhéritier, à Stainville; le général de France, avec les gardes d'honneur, à Ancerville. Un bataillon d'infanterie de la 2<^ division, en soutien de Lhéritier, à Stainville. (^rcAtirxr/e la Guprre.)
et Biroii occupa la forme de Riéval avec des avaiit-posles fournis par les cosaques à Mc'^iil-la-Horgue.
La colonne de droite de rarniée d(î Silésie arrivait il Void; celle de gauche à Vaucouleurs. Olsufiew était à Toul avec le quartier général de Bli'icher ; lavant-garde de Palhen (Vl^ corps de ramiéc de Bohême), à Vézelise.
Du coté des Français, Ney était encore pour peu de temps à Bar-le-Duc; Marmont, afin de rester lié aux deux autres maréchaux, avait commencé son mouvement de retraite de Verdun sur Bar et Saint-Dizier, où il arriva le 24 après avoir laisse» la division Ricard du côté de Clermont en Argonne pour garder lo défilé des Islettes et couvrir la route de Verdun à ChAlons.
Positions dn prince Guillaume de Prusse sous Metz. ~ Le
prince Guillaume de Prusse s'était dirigé de Pont-îi-Mousson vers Metz par Pagny-sur-Moselle et établi à Sainle-Ruffine, après avoir fiut occuper Vaux, Jussy, Lessy et Plappeville, d'où il pouvait apercevoir Tensemble des défenses de la place. Par suite du séjour forcé qu'il avait dû faire h Pont-î\-Mousson et comme il avait ordre de commencer son mouvement vers Bar-le-Duc le 26, le prince ne disposait plus que de trois jours pour essayer de se rendre maître de Metz. Le général von Ji'irgass était resté aux environs de Fresnes, le colonel von Warburg î\ Marly et le lieutenant-colonel von Slulterheim à Lorrv.
Mouvements de Horn vers Thionville et de Henckel sur Longwy. — De Luxembourg, dont les portes étaient toujours closes, Horn s'était dirigé le 22, par ordre d'York, sur Thionville où il devait rejoindre la brigade du général von Pirch et avait fait halte le 22 au soir h Roussy. Il avait préalablement confié le soin de surveiller Luxembourg au général von Rôder (cavalerie du corps Kleist), qui devait, en outre, masquer Thionville, dans le cas où l'entreprise projetée contre cette place n'amènerait aucun résultat.
Arrivé par Aubange sur Longwy, Henckel avait reconnu la place. Ayant constaté l'impossibilité de tenter un coup de main, il l'avait contournée pour se rendre à Longuion et s'était contenté de laisser quelques petits postes en observation devant les débouchés de Longwy.
York était allé, par Remich et Sierck, inspecter la brigade
Les habitants prétendent que, dans cette conférence, on a décidé que Victor tiendrait il Ligny* et Bar-le-Duc jusqu'au 26, jour de Tarrivée de la jeune garde venant d'Anvers. »
En effet, sur Tordre formel de Berthier, la cavalerie française dut se reporter en avant de Ligny et se diriger sur Saint-Aubin : « L'ennemi, dit Blucher*, occupait le 22 Ligny, et deux brigades de cavalerie, sous les ordres du général Wassiltchikoff \ avaient poussé jusqu'à Saint-Aubin. Dans Tapri'^s-midi, Tennemi sortit de Ligny avec environ 2,000 chevaux, repoussa nos avant-postes, se déploya devant Saint-Aubin, lorsque notre cavalerie, se portant en avant, le fit canonner par une batterie h cheval jusqu'au soir, où il se retira sur Ligny \ » Victor ne laissa, d'ailleurs, qu'une arriére-garde à Ligny \
De leur côté, les hussards russes s'établirent en avant de Void,
1 Ce renseignement, parlaitement exact, sauf en ce qui concerne le retour du major (général à Paris, est confirmé en tous points par Groucliy, qui dit à ce sujet dans ses Mémoires : « IjG 22, Victor est prêt à prolonger la retraite sur Saint-Dizier pour n*étre pas débordé, lorsqu'il reçoit Tordre de tenir sur rOrnain. Milhaud (5^ corps de c^ivalerie) a à Saint-Aubin un engagement avec les Russes et se replie sur Ligny. » ,
« Rapport de Bliicher {K, K. Kriegs Arehiv., I, 5o0). Le feld-mar(5chal no parle pas des charges de la cavalerie russe mentionnées par Plotho et Damitz, et qui n'eurent pas lieu.
• Le général Wassiltchikoff faisait partie de la colonne du général-lieutenant prince Stscherbatoff, dont le Journal (Vnpérations nous fournit les renseignements suivants :
t< Le prince Stscherbatoff a reçu communication des tableaux de marche qui donnent à son corps une direction sptriale. Le général Lanskoï, avec une hrii;ade de hussards (régiments de hussards d'Âktyrka et de iMariopol) et une batterie à cheval, 3 régiments de cosaques sous les ordres du général-major Karpoff et le détachement prussien du général prince Riron sont mis à sa disposition et forment son avant-garde. Lo corps se porte aujourd'hui sur Void, son avant-gnrde est ce soir à Saint-Aubin, d'où l'on a chassé l'ennemi. »
* Bliicher ajoute dans son rapport que des voyageurs qui étaient h Paris le 12, jour de la revue, disent qu'il y avait là, non pas 30,000 hommes, mais au plus 18,000. « Rs n'ont vu entre Paris et ChAlons que 2 bataUlons de vétérans de la garde. »
5 Le 2' corps et le S*' de cavalerie occupèrent, le 22, les positions suivantes : Pire, soutenu par la division Duhesme, vers Saint-Aubin; 400 dragons do Briche, soutenus par la Indivision d'infanterie, éclairaient vers Gondrecourl, occupant Givrauval, Longeaux, Nantois, avec une avant-garde à Saint-Amand. Le reste de la division Briche était en arriére de Ligny, sur la route de Bar à Tronville, Guerpont et Tannois. La division Lhéritier. à Stainville; le général de France, avec les gardes d'honneur, à Ancerville. Un bataillon d'infanterie de h 2® division, en srmtien de Lhéritier, à Stainville. (-4 rr/iïrcxt/é» la Gurrre.)
et Biron occupa la forme de RitWal av(îc des avaiil-postos fournis par les cosaques à IVK^nil-la-Horgne.
La colonne do droite de l'armée de Silosie arrivait h Void; celle de gauche à Vaucouleurs. Olsuliew était h Toul avec le quartier général de Blûcher ; l'avanl-garde de Palhen (Vl® corps de l'armée de Bohême), à Vézelise.
Du côté des Français, Ney était encore pour peu de temps il Bar-le-Duc; Marmont, afin de rester lié aux deux autres maréchîiux, avait commencé son mouvement de retraite de Verdun sur Bar et Saint-Dizier, où il arriva le 24 après avoir laissé la division Ricard du côté de Clermont en Argonne pour garder lo défilé des Islettes et couvrir la route de Verdun à Chûlons.
Positions dn prince Guillaume de Prusse sous Metz. ~ Le
prince Guillaume de Prusse sétait dirigé do Pont-îi-Mousson vers Metz par Pagny-sur-MosoUe et établi à Sainte-Ruffino, après avoir fait occuper Vaux, Jussy, Lessy et Plappeville. d'où il pouvait apercevoir Tensomble des défenses de la place. Par suite du séjour forcé qu'il avait dû faire h Pont-iVMousson et conjme il avait ordre de commencer son mouvement vers Bar-le-Duc lo 26, lo prince no disposait plus que de trois jours pour essayer de se rendre maître de Metz. Lo général von Jiirgass était resté aux environs do Fresnes, le colonel von Warburg î\ Marly et le lieutenant-colonel von Stulterheim à Lorrv.
Mouvements de Horn vers Thionville et de Henckel sur Longwy. — De Luxembourg, dont les portes étaient toujours closes, Horn s'était dirigé le 22, par ordre d'York, sur Thionville où il devait rejoindre la brigade du général von Pirch et avait fait halte le 22 au soir à Roussy. Il avait préalablement confié le soin de surveiller Luxembourg au général von Rôder (cavalerie du corps Kleist), qui devait, en outre, masquer Thionville, dans le cas où l'entreprise projetée contre cette place n'amènerait aucun résultat.
Arrivé par Aubange sur Longwy, Henckel avait reconnu la place. Ayant constaté l'impossibilité de tenter un coup de main, il l'avait contournée pour se rendre à Longuion et s'était contenté de laisser quelques petits postes en observation devant les débouchés de Longwy.
York était allé, par Remich et Sierck, inspecter la brigade
Les habitants prc^tondent que, dans cette conféronco, on a décidé que Victor tiendrait h Ligny* et Bar-le-Duc jusquaii 26, jour de l'arrivée de la jeune garde venant d'Anvers. »
En effet, sur Tordre formel de Berthier, la cavalerie française dut se reporter en avant de Ligny et se diriger sur Saint-Aubin : « L'ennemi, dit Bliicher*, occupait le 22 Ligny, et deux brigades de cavahîrie, sous les ordres du général Wassillchikoff \ avaient poussé jusqu'il Saint-Aubin. Dans l'après-midi, l'ennemi sortit de Ligny avec environ 2,000 chevaux, repoussa nos avant-postes, se déploya devant Saint-Aubin, lorsque notre cavalerie, se portant en avant, le fit canonner par une batterie î\ cheval jusqu'au soir, où il se retira sur Ligny \ » Victor ne laissa, d'ailleurs, qu'une arrière-garde à Ligny \
De leur côté, les hussards russes s'établirent en avant de Void,
1 Ce renseignement, parfaitement exact, sauf en ce qui concerne le retour du major gént'ral à Paris, est confirmé en tous points par Groucliy, qui dit à ce sujet dans ses Mémoires : « Le 22, Victor est prêt à prolonger la retraite sur Saint-Dizier pour n'être pas débordé, lorsqu'il reçoit l'ordre de tenir sur rOrnain. Milhaud (5*^ corps de cavalerie) a à Saint-Aubin un engagement avec les Russes et se replie sur Ligny. » ^
« Rapport de Bliicher (AT. A'. Kriegs Arehiv., I, 550). Le feld-maréchal no parle pas des charges de la cavalerie russe mentionnées par Plotho et Damitz, et qui n'eurent pas lieu.
' Le général Wassiltchikoff faisait partie de la colonne du général-lieutenant prince StscherbatofT, dont le Journal d*npérations nous fournit les renseignements suivants :
« Le prince StscherbatofT a reçu communication des tableaux de marche qui donnent à son corps une direction spéciale. Le général Lanskoï, avec une brii;ade de hussards (régiments de hussards d'Aktyrka et de Mariopol) et une batterie à cheval, 3 régiments de cosaques sous les ordres du général-major Karpoff et le détachement prussien du général prince Riron sont mis à sa disposition et forment son avant-garde. Le corps se porte aujourd'hui sur Void, son avant-garde est ce soir à Saint-Aubin, d'où l'on a chassé l'ennemi. »
* Bliicher ajoute dans son rapport que des voyageurs qui étaient à Paris le i 2, jour de la revue, disent qu'il y avait là. non pas 30,000 hommes, mais au plus 18,000. « Rs n'ont vu entre Paris et ChAlons que 2 bataillons do vi'térans de la garde. »
» Le 2' corps et le 5^ de cavalerie occupèrent, le 22, les positions suivantes : Pire, soutenu par la division Duhesme, vers Saint-Aubin; 400 dragons do Rriche, soutenus par la !'• division d'infanterie, éclairaient vers Gondrecourt, occupant Givrauval, Longeaux, Nantois, avec une avant-garde à Saint-Amand. Le resto de la division Rriche était en arriére de Ligny, sur la route de Bar à Tronville, Guerpont et Tannois. 1^ division Lhéritier, à Stainville; le général de France, avec les gardes d'honneur, à Ancerville. Un bataillon d'infanterie do la 2'^ division, en soutien de Lhéritier. à S>i;ûny\\\e. (Archives de la Guerre.)
et Biron occupa la ferme de Riéval iWin: dos avanl-poslos fournis parles cosaques h Mc'^nil-la-Horgne.
La colonne do droite de Tarniée de Silésie arrivait fi Void; celle de gauche à Vaucouleurs. Olsullew ('^tait h Toul avec le quartier général de Blûcher ; Tavant-garde de Palhon (Vl^ corps de rarniée de Bohème), à Vézelis(\
Du cùlé des Fran^'ais, Ney était encore pour peu de temps h Bar-le-Duc; Marmont, afin de rester lié aux deux autres maréchaux, avait commencé son mouvement de retraite de Verdun sur Bar et Saint-Dizier, où il arriva le 24 après avoir laissa» la division Ricard du côté de Clermont en Argonne pour garder lo défilé des Islettes et couvrir la route de Verdun h Chûlons.
Positions dn prince Guillaume de Prusse sous Metz. ~ Le
prince Guillaume de Prusse s'était dirigé de Pont-i\-Mousson vers Metz par Pagny-sur-Mosolle et établi h Sainto-Ruffine, après avoir fait occuper Vaux, Jussy, Lessy et Plappeville. d'où il pouvait apen^evoir Tensomble des défenses de la place. Par suite du séjour forcé qu'il avait dû faire h Pont-îVMousson et comme il avait ordre de commencer son mouvement vers Bar-le-Duc le 26, lo prince ne disposait plus que de trois jours pour essayer de se rendre maître de Metz. Le général von Ji'irgass était resté aux environs de Fresnes, le colonel von Warburg h Marly et le lieutenant-colonel von Stutterheim h Lorry.
Mouvements de Horn vers Thionville et de Henckel sur Longwy. — De Luxembourg, dont les portes étaient toujours closes, Horn s'était dirigé le 22, par ordre d'York, sur Thionville où il devait rejoindre la brigade du général von Pirch et avait fîiit halte le 22 au soir à Roussy. Il avait préalablement confié le soin de surveiller Luxembourg au général von Rôder (cavalerie du corps Kleist), qui devait, en outre, masquer Thionville, dans le cas où l'entreprise projetée contre cette place n'amènerait aucun résultat.
Arrivé par Aubange sur Longwy, Henckel avait reconnu la place. Ayant constaté l'impossibilité de tenter un coup de main, il l'avait contournée pour se rendre à Longuion et s'était contenté de laisser quelques petits postes en obsen'ation devant les débouchés de Longwy.
York était allé, par Remich et Sierck, inspecter la brigade