‹ La campagne de 1814Chapitre 3 sur 12 · HO · texte numérisé non relu

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foinplc si l 011 ne voulait pas s'exposera compromettre au dernier moment le résultat tinal.

Mouvements et positions du VI* corps et des gardes et réserves. — C'était pour cette raison qu*on avait arrôlé le \^ corps entre Chailly et La Ferté-Gaucher et pour cette raison aussi <pi«». par la disposition partie du quartier-général de Coulommicrs le 28 au soir à minuit, on se contenlait de pousser sur ^f(*au\ les deux colomus formées par les corps de la grande armée». La colomn^ de droite (le VI® corps, les grenadiers autrichiens et les gardes et réser\es) devait suivre la route de Lagny jusqu'à Couilly et prendre de là à droite pour aller par Nanteuil à Meaux. Les bagages de rarmée et le parc de réservr^ de rartillerie russe avaient ordre de march(»r par la même route <pie cette colonne, tandis que le IV® corps s'arrêterait dès son arrivée à Couilly et que le lil» corps, défilant par Coulommiers, s'établirait à Mouroux. Ces deux corps devaient attendre des ordr<»s ultérieurs sur ces positions.

Wrède n^stait à Chailly pour couvrir la mai-chc» des parcs et des bagages. On avait cru utile de le faire renforcer par la brigade autrichienn(» du général Schàffer et on l'avait chargé d*envoy<*r sur Provins et sur Sézanne d(»s partis ayant mission de lui procunT des nouvelles sur les mouvements de rennemi.

L(* généralis.sime, en comnmniquant cette disposition à Bli'icher, priait le feld-maréchal do réserver à la grande armée l'un des deux jwnts de Trilport *.

On pensait en cftet que, conformément à ce que Gneisenau avait fait savoir au quartier général de la grandi» armée, l'armée de Silésie aurait achevé de passer la Marne à Trilport dans la matinée et, qu'à partir de 2 hr»ures de l'après-midi, on pourrait disposer des deux ponts. Aussi, au lieu de continuer à marcher par Cn»cy sur Lagny, la grande armée alliée se reporta par Nanteuil sur Meaux, où les deux années allaient opérer leur jonction. Du moment où l'on se décidait à faire ce détour, d'autant plus inutile d'ailleurs qu'on avait envoyé un régiment de cavalerie wurtembergeoisc à Lagny pour y réparer le pont, on aurait

1 Starki:, KinUieiluDfr nnd Tage^begebcnheilcn dcr llaupt-Armee im Moualc Miri. {K. K. Kriegt Archiv,, ill, i.)

dû |)OUsser rapidcint'ul la cavalerie du VI« corps sur Mraux, la rhargcT de s'euiparer du pont de pierre de la Marne et i^Miielln» viveinenl eu étal le poul du canal de l'Ourctf que les Français avaient coupé le 27 au soir, en se» repliant de Trilporl sur celte ville.

Loin de procéder de la sorle on se fia coniplètenienl aux [U'oinesses de Gneisenau et, le i8, à 7 heures du matin, le généralissime envoyait aux dilTérents corps de la rolonne de dmitiî Tordre de marcher de Nanteuil, non pas sur Meaux, mais sur Trilport, d'y passer la Marne et d'aller camper sur la rive droite d<^ la rivière à Crégy, au nord de Meaux. Mais Tannée de Silésie n'avait pas achevé son passage îi Theure fixée par (ineisenau et, vers 3 heures de Taprès-midi, Barclay de Tolly écrivait de Quincy au généralissime que, vu l'heure avancée de la journée, il croyait plus sage et plus prudent do garder ses troupes sur la rive gauche de la Marne. Le iS au soir, le VI« corps s'arrêtait (Mi conséqueiu*e à Nanteuil; les gardes et résenes avec Barclay do Tolly, à Meaux '.

Mouvements et positions des IIP et 1V« corps. — - La

colonne de gauche n'avait guère fait plus de chemin que celhîde droite. A midi et demi le troisième corps n'avait pas encore pu (juilter son camp de Saint-Pierre-en- Veuve; la route de Coulommiers était tellement encombrée par les voitures et les convois de l'armée que le feld/t»ugmeisler Gyulay se résigna à gagner Mouroux par la traverse de Vaux et d(^ Coubertin. Arrivé sur ce point oCt il avait ordre de s'arrêter justiu'à nouvel ordre, il forma ses bataillons en masse des d(»ux cotés de la route. A 6 heures du soir, n'ayant reçu aucune nouvelle du quartier général, il cantonna ses troupes sur les deux rives du Grand-Morin à Pommeuse, Faremoutieis, La Celle-sur-Morin, Voisins, Boussois el Giremoulicrs.

Le IV® corps, de son côté, s'arrêta à Couilly, Pont-aux-Dames el Saint-Germain-les-Couilly *.

Au lieu d'aller à Meaux, le grand quartier général resta avec les souverains à Quincy.

* Staiikk, EiuUieilang uiid TagMbegdkulieiten der Uaupt-Armee im Monate xMhi*z. (A'. A'. KrieyB Arcfùv., 111, 1.) < Ibid.

Position et mouvement du V* corps. — Au V« corps, la cavalerie formait l'arrière-garcie fi La Ferlé-Gaucher, couvrant de là la position de l'infanleric h Chailly ; mais la brigade Schàffer, qui avait ordre de renforcer WrMe, s'était Irouvée dans Timpossibililé de le rejoindre et n'arriva à Chailly que le 28 au soir. « Les routes, écrivait Wrède, sont toujours encombrées par les convois, les parcs et les bagages, et Chailly ainsi que les villages environnants ont été si complètement pillés qu'on n'y trouve plus aucune ressource '. »

Considérations sur les mouvements de la grande armée alliée. — La grande armée alliée avait par suite employé toute la journée du 28 à serrer sur Meaux. Tout en tenant compte des craintes qu'inspirait l'éventualité de Tapparition de l'Empereur sur leurs derrières, tout en faisant remarquer qu'on était aussi peu rassuré au quartier général de l'armée de Silésie, puisque Gneisenau avait poussé la prudence jusqu'à écrire à Radetzky pour lui proposer, « dans le cas de l'approche de l'Empereur, de lui offrir la bataille sur le plateau qui s'étend entre La Fertésous-Jouarre et Monlmiraii ' », il esl impossible de justifier la lenteur des mouvements des Alliés, d'approuver dans leur ensemble les dispositions prises pour la journée du 28. En admettant même qu'on ne dût pas accentuer davantage la marche sur Paris avant de savoir exactement à quoi s'en tenir sur les opérations de l'Empereur, on ne saurait cependant s'expliquer pourquoi on ne prit aucune mesure de nature à remédier à l'encombrement des routes. Par cela même qu'on craignait une attaque de l'Empereur, on devait chercher avant tout à déblayer le terrain, à débarrasser les chaussées. Au lieu de s'enléter à faire défiler les deux armées par les deux seuls ponts de Trilporl, on eût dû, dès le 27, diriger des équipages de ponts de Coulommiers sur Lagny, y établir des passages et éviter d'enfermer toute la grande armée alliée dans la boucle que la Marne forme près de Meaux, boucle où, en cas d'attaque, elle eût été acculée à la

» Taxis, Tagebucli {K. K, Kriegt Archiv, Xllf, 32); Wrèdc au prince de Schwarzenberg, Chailly, S8 mars (/6trf,, III, 480), et Schwarzenbcrg à l'empereur d'Aulriclic, Quincy, 28 mars (/6id., III, 480).

* Gnei:fcnau à Kadelzky, La Ferté-sous-Jouarie, 27 mars, soir.

riviùro v\ au cuiial de l'Ourcq dont les Fraiiijais avaient coupe les ponts derrière (hix.

En manœuvrant de la sorte, les AllitVs ne perdaient pas seulement une journée de marche , ils s'exposaient encore à un danger qu'aucun avantage ne compensait.

Retraite des Maréchaux. — be plus, on avait pres<|ue absolument négligé de faire suivre les Maréchaux.

Ilowaïski ', relevé par Seshivin à Provins, s'élait mis en route pour rejoindre Pahlen, et Seslavin seul observait, sans pouvoir l'inquiéter, la retraite des Maréchaux d(î Provins sur Nangis. Libres de leurs raouvc^menls, les Maréchaux s'étaient portés de Nangis, le duc de Trévise sur Guignes, où il arriva à 10 heures du soir, le duc de Uaguse sur Melun, où il entrait l\ 1 heures du soir. Sur l'ordre de Clarke et comme ils le lui avaient d'ailleurs proposé, les dcîux maréchaux comptaient revenir sur Paris le lendemain et opérer leur jonclion au pont de Charenlon le 29 dans l'après-midi *. Souham seul restait encore sur la Seine t\ Nogenl et h Bray, afin d'assurer par la rive gauche du fleuve les. communications avec l'Empereur.

Comme Kaïssaroft* laissé h Arcis-sur-Aube depuis le 26 avec Tordre de surveiller les mouvements de l'Empereur avait cru devoir rester avec ses cosaques entre la Seine et TAube, en rappelant sur la Marne toute la cavalerie delà grande armée, on s'était mis dans Timpossibilité de retarder la marche des Maréchaux et d'inquiéter, dans les plaines de la Hrie, si favorables à l'action de la cavalerie, la marche de troupes harassées de fatigue et d'une solidité lellem(»nt douleusi; (|ue leurs chefs cherchaient pardessus tout a éviter toute espèce d'engagement avant d'avoir pris leur ligne d'opération sur Paris et reçu les munitions qui leur

* llowaïsky XII au prince Wolkonsky. 28 mars, Rapport. (Journal des pièces reçuesy n^ 583.)

' Mortier au Ministre, Guignes, 28 mars, 10 heures du soir et Marmont ao Alinistri^, Melun, 28 mars, 9 heures. (Arehivti de la guerre.)

Dans cette lettre, le duc de Uaguse ne cesse de charger son collègue : « Je voudrais, écrit-il, élrc à Meaux et à Lagny avec le duc de Trévise, et cela serait, sans la marche absurde et ridicule que nous faisons sur Provins ». Le maréchal avait assurément oublié cette dépêche, lorsqu'en rédigeant ses Mémoires, il s'extasiait, au contraire, sur la belle potilion de Provins.

We», — IV. 8

in iin|u;ii(^iit pn'sque <»nlièremenl *. L'emploi peu rulioiinol de lu cavalerie alliée eut pour consécjuence forcée les erreurs, les craintes et l'ignorance du coniniandenient, auquel Seslavin ne ne put faire connaître que le 28 au soir la direction suivie par les Maréchaux.

Marche des colonnes de l'armée de Silésie. -- Combats de Claye et de Ville-Parisis. — Du côté des 1er et lie ^orps de l'armée de Silésie, lavant-garde de Katzler avait repris, le !28 à la pointe du jour, son mouvement vers Meaux. A 7 heures du matin le 2« hussards du corps, soutenu par un bataillon d'infanterie formant la pointe de lavant-garde, débouchait de Meaux et s'engageait sur la route de Clave à la suit(» de Tarriére-garde française du général Vincent. On cherchait par-dessus tout à accélérer le mouvement, on avait hîUe d'en finir et darriver à Paris et, comme on ne s* attendait plus h trouver en chemin la moindre résistance, on s'était si complètement départi de la prudence ordinaire que Tavant-garde prussienne, marchant sans s'éclairer, donna h l'improviste h l'entrée de Claye contj'e les troupes de Compans. Ce général, renforcé par des troupes venues de Paris, avait habilement tiré parti du terrain et pris une excellente ])Osition en arrière de Claye. Il n'avait laissé en avant de la ville que (juelques escadrons qui, se repliant h l'approche des Prussiens, évacuèrent aussitôt Claye où les hussards s'engagèrent h leur suite.

Claye* se compose d'une longue rue grimpant le long de la colline et formant, à peu ])rès au milieu de la ville, un coude assez prononcé. Deux rues latérales siMiles aboutissent à cette» grande rue. A l'entrée même de Claye un chemin, parlant de la ville et se dirigeant vers le sud, conduit vers la ferme de Voisins, i|u'il atl(>int en franchissant la Beuvronne sur un pont. La villedeClaye même était déserte, les maisons closes, abandonnées par les habitants, qui les avaient barricadées.

Sur l'ordre de Katzler, k 1^»" bataillon de fusiliers de la Prusse orientale suivit le niouvement des hussards. « Un aide de camp

* MariiiuQt au Ministre, Mcliiii, 28 mars, soir. {Archives de Ui ynene )

* Von Oelsnitz, llittorique du 1*' rt'tjimeni d^infanlerie pruisienne.

- lin -

(lu lieulciianl-coloiiel voii Klùx niuvail a|i|)orlé. l'ordre do |irn(*- Ircr inimédialonicnl dans lo village cl de le Iraversor eu nie faisant préréder par des lirailleui*s ehargés de le fouiller, dil dans son rapport sur le combat de Claye le ca]iilaine von Hesserer, qui eonmuindait par intérim le bataillon de fusiliers. Jr suivais, par suite, mes tiraillcnirs à une eertain(î dislance, avec mon bataillon marchant en colonne par section. A ce moment, un deuxième ofticier, envoyé par le licîutenant-colonel von Kliix, me prescrivit de pousser en avanl sans plus larder et d'envoyer sur ma gauche une compagnie occuper, sur la route de Voisins, hî pont de la Heuvronnc. Je me conformai h cet ordre, pendant que mes tirailleurs continuaient cl suivre les hussards. Les sinuosités, que décrit la grande roule, m'en}pè<haienl d'apercevoir ce qui se passait devant moi, et je continuai ù marcher par section. Une foisentiii dans le village, je longeai avec mes hommes le C(Mé droit de la rue, pendant que le général von Katzier, avec ses officiers, marchait sur le côté opposé. On venait de me donner Tordre de faire halte, lorsque les hussards revinrent sur nous en désordre (»t au grand galop. Voici ce qui s/était passé. Les éclaireurs, après avoir fouillé (Haye, étaient sortis de la ville, s'étaient établis dans l'allée qui part des dernières maisons et avaient envoyé quelques coups de feu aux vedettes françaises, pendant que les hussards, n'ayant rien dé(!0uvert en avant de Claye, avaient continué ù s'avancer.

Arrivés a cent mètres ù peine des dernières maisons, ils avaient donné h l'improviste contre des cuirassiers français et des lanciers |)olonais qui, habilement embusqués et cachés par l'un des tournants de la route, les surprirent et les ramenèrent dans Claye, après avoir sabré les tirailleurs*, » Le lieutenant von Oelsnitz, qui commandait ces tirailleurs et qui fut pris par les Français, complète encore dans son rapport les renseignements relatifs à cet épisode du combat de Claye. « Nous avions, dit-il *, traversé sans encombre la grande rue de Claye, tout était tranquille. On entendait à peine quelques coups de fusil isolés. Les aides de camp nous poussaient en avant, lorsque tout h coup je

* Capitaine von BEssEBEn, Rapiiort sur le combat de Claye. {HUlorique du 1"' règimrnt (Cinfnntcrie pruffienne,)

* Liculciiaiit von Oelsnitz, Rapport sur le combat de Claye. {Idem.)

vis revenir le général von Katzler et une trentaine de hussards au grand galop, le sabre à la main, en pleine déroule, et nous criant : Place! Place! Derrière eux apparurent aussitôt des cuirassiers, des chasseurs, des lanciers polonais. Avant d'avoir eu seulement le temps de me reconnaître, j'étais déjà renversé, sabré, pris et mes hommes, sabrés comme moi, durent mettre bas les armes. »

La cavalerie française essava à son tour de déboucher de Claye; mais elle fut arrêtée et ramenée par les hussards prussiens, qui la poursuivirent jusque sur la route de Ville-Parisis et arrivèrent encore assez à temps pour délivrer un certain nombre de fusiliers, qui rejoignirent leur bataillon rentré ;\ Claye après la retraite de la cavalerie française *.

Le reste de l'avant-garde de Katzler s'arrêta sur son ordre avant d'entrer h Claye, et Katzler attendit pour déboucher de la ville l'arrivée des généraux York et Kleisl et du gros du II® corps. La configuration même du terrain empêchait les généraux prussiens de reconnaître la position de Compans, dont les troupes occupaient le bois de Claye, la ferme deGrosbois, les boqueteaux, h Test de celte ferme et, un peu plus en arrière, Montsaigle, qui servait de réduit à la position, et où le général avait posté son gros. Les généraux prussiens, qui n'avaient pu apercevoir que les quelques tirailleurs qui garnissaient la lisière du petit bois au sud de la route, résolurent de s'emparer des hauteurs qui s'élevaient h leur gauche, de menacer la droite de Compans et de préparer ainsi l'attaque qu'ils comptaient diriger sur le front de la position.

Dès que le prince Auguste de Prusse, à la tête des 9® et 10® brigades (généraux von Kliix et von Pirch I), eut dépassé le défilé de Claye à la suite de l'avant-garde de Katzler et de la cavalerie de réserve de Zielen, York poussa le colonel von Lettow, avec l'infanterie de Katzler, vers les hauteurs qui s'élèvent au sud de la chaussée et «chargea Zieten d'accentuer, avec les uhlans de Brandebourg et de Silésie, le mouvement débordant dirigé conire la droite des Français. Étonné de la résistance aussi opiniâtre

* L'aiïairedc Claye et de Ville-Parisis coûta aux fusiliers prussiens 16 morts. 58 blessés, dont I oîTicior, et 114 prisonniers, dont 1 officier. (Von Oelsnitz, Hap[>ort sur le combat de Claye.)

qu'inallriiduo que Kalzler avail rencoiUm», York, loujoiirs |)riidonl, avait on même temps envoyé un de ses officiers prier le feld-maréchal de faire passer l'avant-gardeduoorpsdeLangeron au nord de Claye, de la diriger par Messy et Saint-Mesme sur Mory, et de la charger de tourner les bois de Saint-Denis, qui bordent la grande route et s'étendent au nord de Montsaigle et de Ville-Parisis.

Pendant ce temps, le colonel von Lettow poussait en avant avec deux bataillons de fusiliers (l'-^ et 2« de la Prusse occidentale), obligeait les tirailleurs français îi se rejilier vers les hauleui^s de Montsaigle, que le prince Auguste de Prusse était en train de tourner avec la 9« brigade (von Kliix). La 10« brigade (von Pirch I) continuait son mouvement, parallèlement à la route.

Devant le déploiement considérable des forces prussiennes, Compans avait ramené le gros de ses tirailleurs sur Montsaigle et n'avait laissé que quelques postes d'observation à la ferme de Grosbois. Les bataillons du colonel von Lettow, précédant le gros de Tavant-garde, derrière laquelle venaient les troupes du prince Auguste de Prusse, avaient suivi de près les tirailleurs français jusciu'au moment où le général Compans résolut de tenter un retour offensif. Débouchant brusquement de Montsaigle avec son infanterie, il parvint à chasser momentanément les Prussiens des petits bois et se replia ensuite sur le bois de Claye, situé à Test de Ville-Parisis. Mais, pendant que Compans réussissait ce retour off'ensif contre les lignes prussiennes, la gauche de l'avantgarde, soutenue par la cavalerie de Zieten, arrivait sur la droite de la position française par Le Pin, et la 9® brigade, achevant son mouvement débordant, atteignait les environs de Montsaigle. La 10« brigade restait en colonne, des deux côtés de la grande route où elle se dissimulait derrière un pli de terrain. Ses tirailleurs tenaient la partie nord des petits bois et Tartillerie, soutenue par quelques escadrons et un bataillon d'infanterie, commençait ù conlrebattre les batteries françaises en position en avant de Ville- Parisis et dont le feu bien dirigé infligeait des pertes assez sérieuses aux soutiens de l'artillerie prussienne. Menacé sur sa droite, le général Compans se décida alors \x abandonner la ferme de Gros-Bois et le bois de Claye, dont la iOe brigade prussienne borda aussitôt la lisière, et le gros de ses forces vint prendre position h Ville-Parisis; sa gauche s'appuyait «^ la ferme

de Morlbiidé, sa droite à Monlsai^le, qu'on avait solidement retrancli(^ et dont les bîUinients formaient une espèce de fortin. Quelques tirailleurs garnissaient les vignes et les boqueteaux des eollines du eôté de Le Pin. « Au moment où la 9*^ brigade arriva sur les hauteurs de Montsaigle, dit le prince Auguste de Prusse dans son rapport, trois bataillons, sous les ordres du lieutenantcolonel von Kliix, occupaient déjii les hauteurs et les bois adjacents. L'ennemi ne tenait plus que Montsaigle et les boqueteaux les plus rapprochés de cette ferme.

« Comme Tattaquo directe de Montsaigle aurait coûté beaucoup de monde, j'ordonnai h la 9^ brigade de pousser vivement en avant du côté de Ville-Parisis, atin de menacer les lignes de retraite» de l'ennemi. »

Le prince Auguste oublie peut-être intentionnellement de rappeler que les tentatives faites pour enlever Montsaigle de vive force avaient échoué et avaient coûté aux Prussiens pas mal de monde. Le commandant de l'un des bataillons de fusiliers, le major von Hundt, et l'un des aides de camp de Kleist, le major von Walzdorf, moururent le lendemain des suites des blessures re(;ues pendant cette attaque. Les Français ne quittèrentMontsaigle et ne se replièrent sur Ville-Parisis que lorsque; la 9** brigade, accourue au pas de charge, commença à déboucher sur leur droite et à menacer leur retraite. Les tirailleurs du général von Kliix poussèrent derrière eux, jusque dans la vallée, et le général von Kleist, arrêtant la brigade sur la hauteur, y fit prendre position h une batterie de six livres et ii une demi-batterie ;i cheval qu'il chargea de canonner l'infanterie et la cavalerie françaises postées dans la vallée de Ville-Parisis. La <avalerie de Zieten vint s'établir h la gauche d(^ la 9" brigade pendant que lavant-garde de Kalzler dépassait Montsaigle et que la 10*" brigade se portail par la chaussée contre Ville-Parisis. Mais cette brigade n'y entra que le soir, après le départ de Compans qui, ramenant le gros de son petit détachement k Bondy, ne laissa derrière lui que sa cavalerie d'arrière-garde postée avec le général Vincent au Vert-Galant \

* Rapport du princo Auguste de Prusse sur le combat do Claye. 38 mars. (Krieg9ijiichichtUche EinzeUchriften) : (îuretzky-Corvitz, Historique du i^^ régiment de uhlans de Brandebourg, ti® 3 ; Hixtorique du 6® régiment d'infanterie pruiienne ; Rapport du licutentint von WedcIstUdt: lUnEM, Historique du

Positions de rarmée de Silésie le 28 mars au soir. —

I/îivaiU-gardo de Katzlor bivouaqua aux environs de Yille- Parisis; la O^ brigade (Kliix) sur la hauteur de Montsaigle, la 10« (Pircli) entre Claye el Ville-Parisis, se reliant par la ferme de (irosbois aver la O** brigade. Kleist resta avec la cavalerie de réserve ch» Zieten h Montsaigle.

Le I®»" corps prussien s'arrêta ii droite el un peu en arrièn» du II* corps, la division Horn à Souilly, la division du prince Guillaume de Prusse avec York à Messv.

Langeron que, sur la demande d'York, on avait dirigé vers la Reuvronne, était arrivé h Saint-Mesmes et son avant-garde avait poussé plus avant encore jus(|u*ii la roule des Petils-Ponls.

Les deux autres corps russes (Sacken et Woronzofi) n'avaient achevé le passage de la Marne à Trilport (|ue vers la fin de» la journée; iis s'échelonnèrent entre Trilport et Meaux où se trouvait le quartier général de Bliicher.

Bulow continuait toujours le siège en règle de Soissons ; il avait fait procéder, dans la nuit du il au 28, îi l'ouverture de la dcHixième parallèle. Une sortie énergicpie de la garnison réussit néanmoins h délruire et h bouleverser une partie des travaux des sapeurs prussiens.

Situation à Paris. — Conseil de guerre du 28 mars. —

Jusqu'au 28 mars on avait conservé, ou tout au moins afieclé de conserver, h Paris des illusions sur la situation. Mais les nouvelles reçues pendant le cours de cette journée ne laissaient plus le moindre doute sur les mouvements elles intentions des Alliés, et, lorsque le 28, h 8 heures 1/2 du soir, le roi Joseph, lieutenant général de l'Empereur, se décida h réunir d'urgence le Conseil de régence, le temps manquait pour prendre les mesures les plus indispensables, pour exécuter des travaux de défense devant lesquels on avait reculé dans la crainte d'alarmer la population *.

3® régiment de dragons de la Nouvelle-Marche ; Schnbidawixo, Prinz Wil/ielm von Preussen m den Kriegen geiner Zeil ; V'oM Wedell, Historique du 18® régiment d'infanterie prussienne; Gompans ii Clarke. Vert-Galant, 29 mars, 8 heures du matin, et Opérations du gc^néral Vincent du 10 an ^ mars. {Archives de la guerre,)

1 L'Empereur n'avait cependant pas ménagé les avis à Joseph, qu'il avait eu le tort de nommer son lieutenant général. Le 13 marii. par exemple, il lui avait écrit de Soissons (Correspondance, n° S 1477) :

L'apparition dos Alliés était désormais corlainc. On avait h peine quelques heures encore pour aviser au plus pressé, pour exécuter les ordres formels d(î l'Empereur, relatifs au départ de l'impératrice et du roi de Rome, pour presser le retour des Maréchaux et de Compans.

S'il n*y avait pas eu parmi les membres du Conseil de régence un certain nombre de personnages qui n'avaient cessé de conspirer et dont les émissaires et les envoyés avaient sinon provoqué, tout au moins précipité la marche des Alliés sur la capitale, ou s'il se fût trouvé h Paris un homme énergique possédant Taulorité personnelle, rinfluence et les talents qui faisaient défaut au roi Joseph, on n'aurait pas hésité h se conformer aux volontés, aux décisions de l'Empereur et le gouvernement tout entier, quittant la capitale en môme temps que Marie-Louise et le roi de Rome, se serait rendu sur la Loire. Mais chacun des grands dignitaires et le lieutenant général de l'Empereur, plus que tout autre, tremblaient devant une responsabilité, même fictive, devant l'application de mesures dictées par la sagesse et ordonnées par le souverain. Les uns n'avaient à se reprocher que leur ignorance ou leur timidité; les autres, au contraire, n'osant pas jeter le masque, mais travaillant en silence au renversement de leur sou^rain, constataient, avec une satisfaction qu'ils dissimulaient de moins en moins, l'aggravation au point de vue polili(|uc d'une situation déjîl gravement compromise au point de vue militaire.

En maintenant le gouvernement h Paris, on avait donc commis une faute encore plus grave, encore plus néfaste que celles qu'on n'avait cessé d'accumuler depuis pli s de six semaines et que toute l'activité, trop tardive, de Clarke allait être impuissante h réparer. En gardant dans la capitahî les grands corps de l'Etat, on venait de donner, sans s'en douter, un point d'appui de plus aux Talleyrand, aux Montesquiou, aux Dalberg, de leur fournir l'arme nécessaire ;i la |)er|)étration de Ifurs projets, de l(»ur

« Mon fn^r<»...,parlont j'ai des plaintes du peuple ronlrc les maires et les bourfreois qui les em|M'client de se défendre. Je vois la même chose à Paris. Le peuple a de Tùnergie et de l'Iionneur. Je rrnins bien que ce soient certains ch^'fs qui ne veulent pas se battre et qui seront tout sots, apn'^s rêvt^nement, do ce qui leur sera arrivé à eux-mômcs >».

assurer la possibilité d'assouvir leur haino, de satisfaire leur anibilion, de s'arroger le pouvoir et de substituer h leurs uienées, jusque-lîi occultes, des négociatious couvertes par uneap|)arenco de légalité. Pendant ces lamentables journées, la .trahison seule avait bien compris son rôle.

29 mars. — Insuffisance des mesures de défense prises à Paris. — Causes de cette insuffisance. — De tous les ministres, de tous les membres du gouvernement, Clarke, seul, essayait encore de rétablir la situation par un redoublement de zcMc et d'activité. Jusqu'au dernier moment on s'était refusé îi croire h la possibilité de la marche des Alliés sur Paris. On avait, même h une époque où personne n'aurait eu l'idée de sVn inquiéter, lorsque l'Empereur chassait devant lui les débris de l'armée de Bliicher, négligé, au mois de février, de faire commencer les travaux de défense de la capitale. On avait cru inutile d'éludier, d'arrêter un plan éventuel de défense, de préparer des formations spéciales, des dépôts d'armes. On s'était uniquement occupé des renforts h envoyer h l'armée, on s'était borné à faire de Paris un immense dépôt d'hommes et de chevaux ; maintenant, en quelques heures à peine, au milieu du trouble général, du désarroi causé par le départ de l'Impératrice et du roi de Rome, il allait falloir tout créer, tout improviser, parce que, depuis le départ de l'Empereur pour l'armée, on avait perdu Thabitude de lui obéir. On avait discuté ses ordres, on lui avait caché la vérité, d'une part pour mieux travailler à sa chute, pour conspirer k l'aise et organiser la trahison ; de l'autre, parce que, lassé de ces luttes continuelles, découragé par la mauvaise fortune, on n'avait plus ni confiance en soi-même, ni foi dans le génie de l'Empereur.

Napoléon avait cependant eu le soin de déterminer et de simplifier la mission qu'il avait confiée au\ hommes politiques et aux généraux laissés à Paris. Avant même de songer h quitter sa capitale, l'Empereur, reprenant une idée qu'il avait déjà eue lors de la campagne de 1805, avait en effet donné à Clarke, h la date du il janvier, les instructions suivantes : « Mon intention est de

faire de Paris une place forte Il est nécessaire d'établir aux

Invalides et îi l'École militaire de grands ateliers d'artifice, de faire venir de tous les côtés 1000 pièces de canons de campagne.

300,000 rou|)s de canon et 12,000,000 de carlouches. Il faut que tout cela soit prôl dans les premiers jours de février'. » Le lendemain, ou tout au plus quelques jours plus tard, dans sa note sur la situation actuelle de la France *, il indiquait d'une façon bien nette et bien précise ce qu'il y avait h faire h Paris et fixait, en quelques lignes, les conditions essentielles, les bases de la défense de la capitale.

« En tout état de cause, écrivait-il, il faut i>rendre les mesures convenables et dans aucun cas n'admettre l'abandon de Paris. Il faut donc faire venir entre Paris et la Loire tous les dépôts, afin de les compléter à Paris, tous les cadres des soldats du train des équipages militaires, ainsi que le matériel d'artillerie non armé, afin d'avoir une immense supériorité d'artillerie sur Tennemi. Il faut compter 60 ou 80 pièces de canon pour défendre les barrières de Paris. Il faut faire le relevé de la partie de la muraille de Paris ' qui n'est pas achevée et commander en secret des palissades, chevaux défrise et barrières qu'on placerait de manière îi fermer Tenceinte. Il faudrait faire reconnaître par des officiers du génie discrets toutes les hauteurs de Paris h occuper, ainsi que les ponts de la Seine et de la Marne et étudier la position que devrait prendre l'armée. Par ce moyen la garde nationale de Paris, avec 60 pièces de canon, assurerait la défense de la ville; la garde nationale de Saint-Cloud et de Versailles garderait les ponts de Saint-Cloud et de Sèvres, la garde nationale de Meaux, les |)0nts de Mcaux,Corbeil et autres. » Et, dans le résumé qui terminait cette note, il insistait encore sur certains points: il ordonnait de réunir à Paris 80,000 à 100,000 sacs de farine, de manière que la subsistance de l'armée et de la ville soit assurée pendant quatre ou cinq mois; de mettre en construction des affûts d(î siège, de garnir de pièces et d'affûts 1rs hauteurs de Paris, d'en placer sur les redoutes et les ponts.

Et il ajoutait encore : « Cela aurait un grand avantage : celui d'être utile et de produire un grand effet. » Il voulait connaître

* Correspondance, n® 21084.

• Corretpontlance, n° 21089. Cette note ne porte que la date de janvier 1814. Elle figure dans la Correspomianee, à la date du 12 janvier, a vit la mention « est probablement du 12 ».

' Il s*agit iri du mur d*ot'troi.

le nombre de loises de imiraillcs (jui irélaieiil pas lormiiiées el, comme la saison ne permettait pas de les aehever en maçonnerie, il prescrivait de commander à portée une grande <pianlité de grosses palissades pour pouvoir, en peu de jours, les planter. Il commandait encore de faire une quantité de |mlissades, afin de pouvoir construire des tambours sur toutes les portes, la saison ne permettant pas d'entreprendre des ouvrag<'s en terre, et do confectionner des chevaux de frise qu'on put porter où l'on voudrait, pour mettre les postes d*infanlerie h l'abri de la cavalerie».

Le 13 janvier il renouvelait encore ces ordres dans unc^ lettre adressée h Bertrand *. Il savait, h ce moment, que la partie» de Paris qui n'avait pas de murailles ne mesurait pas moins de 400 toises et réitérait l'ordre de pré|)arer d(»s palissades « destinées h être placées, lorsque le moment serait arrivé, en avant de la palanque actuelle qui lui semblait trop faible. » Il pres<Tivait encore de faire un tambour aux trente principales portes et de condamner les autres. Tout devait s'exécuter sans que les ouvriers pussent se douter de Tusage auquel on destinait leur travail.

Dix jours plus tai-d, le 23 janvier*, il donnait Tordre do former deux, et si faire se pouvait, quatre compagnies d'artillerie avec les hommes de l'Hùtel des Invalides, et de les placer aux diftérentes barrii'^res. Il chargeait, en mémo temps, h» général Chasseloup d'organiser le génie de la garde nationale, de s'occuper, avec le maréchal Moncey et le général Hulin, de la défense de Paris. Il avait si peu perdu de vue ses ordres antérieurs, qu'il demandait au ministre de la guerre de lui faire savoir quand les chevaux de frise, les barrières et les palissades qu'il avait commandés, seraient placés.

En quittant Paris pour se rendre h l'armée, en nommant Joseph lieutenant général, l'Empereur avait eu le soin de lui laisser des instructions formelles relatives h l'organisation de la défense de la capitale, h la formation de la garde nationale. Il avait nettement déterminé ses pouvoirs, placé sous ses ordres le maréchal Moncey, qui devenait son major-général, les généraux

* Con'enpomlance, n® 21095.

« Ibid., iio 21125.

Ornano ot Huliii commandant, le premier, les troupes de la garde, le deuxième, celles de la i»"® division militaire. Enfin, il avait appelé tout particulièrement son attention sur la question de Tarmement de la garde nationale'.

Un peu plus lard, quelques jours après La Rothière, au moment où il se préparait à tomber sur Blucher, il revenait encore sur la nécessité de tenir ferme aux barrières de Paris, de placer deux pièces de canon î\ chacune d'elles, d*y mettre des postes de gardes nationaux armés de fusils. Il allait même jusqu'à fixer la composition de chacun de ces postes *.

Quarante- huit heures après, il fixait à neuf le nombre des batteries destinées pour le service de Paris et renouvelait l'ordre de faire garder les barrières par la garde nationale. « Il faut, disaitil, accoutumer la garde nationale à faire seule le service des barrières, parce que, quand on ôtera les troupes de ligne de Paris pour les porter en avant, la garde nationale se croira perdue*.

Le 15 février, après avoir battu Blucher, et sur le point de se retourner contre Schwarzenberg, dont Tarmée avait poussé les Maréchaux sur l'Yerres, il s'occupait à nouveau de la défense de Paris. « Je suppose, écrivait-il à Joseph *, que les barrières du côté du Jardin des Plantes sont en étal et qu'on y a placé des

' Corretpondance, u^ 21134, Instructions pour le roi Joseph, Paris, 24 janvier. « La grande diiBcofté pour la garde nationale est les armes : nous n'en avons pas. On essaye en ce moment rétablissement d'un atelier poor la garde nationale. Elle doit s'armer de toos les fusils de chasse qu'on pourra trouver ». Et plus loin, il ajoutait : « Il n'y a rien à Paris qui puisse contrarier la volonté du Gouvernement. »

* Correipondanee,\n? 21195, au roi Joseph, Nogent, 7 février : « Il doit y avoir à chaque barrière SO hommes armés de fusils, 100 hommes armés de fusils de chasse et 100 armés de piques, ce qui fera 250 hommes à chaque poste. Vous devez former tous les jours une réserve de 400 à 500 hommes armés de fusils d'ordonnance, du double de fusils de chasse et d'un tiers armés de piques ; ce qui fera une réserve de 2,000 hommes pour se porter partout où il serait nécessaire avec des batteries attelées de la Garde ou de l'École polytechnique. >» Le même jour, dans une autre dépêche adressée à Clarkc [Correipondanee, n^ 21108), il insistait encore sur la nécessité a de mettre des canons en batterie aux principales barrières. La présence seule de ces canons en imposera aux partis de cavalerie ennemie ».

* Correspondance, n°» 2122 V et 21226, au roi Joseph et àClarke, Nogent, 0 février.

* Ibid., n» 21264. La Ferté-sous-Jouarre, 15 février, 2 heures, aprèsmidi.

— Mo —

corps dp lourde et du canon. » Les 23 vi H février, se rendant aux observations de Joseph et de Clarke, il consentait à renoncer à son idée de doubler i'ertectif de la ^arde nationale de Paris*.

Le lendemain même de la bataille de Laon, répondant à une lettre de son frère à qui une inspection des l)arrières avait démontré que le comité de défense, attendant l'approbation d'un plan général soumis îi l'Empereur, s'était borné à Texéculion de travaux insifçnitiants, Napoléon renouvelait de Chavignon l'ordre de faire élever des n^doutes sur les hauteurs et en particulier h Montmartre. La veille encore il lui avait prescrit d'aviser aux moyens de lever, sous le titre de levée en masse des gard«'s nationales, 30,000 hommes « dans toute; cette population qui se réfugie a Paris et dans tous b»s ouvriers qui se trouvent sans ouvrage, w Kt il ajoutait : « Puisque vous avez des fusils, cela doit vous être facile*. »

Deux jours |>lus tard, Joseph, qui commençait h redouter les suites de ses négligences et des lenteurs du comité de défense, avait rappelé h l'Empereur que les travaux visés par ce projet avaient été retardés par le manque de fonds, et Napoléon se bornait à lui répondre « que le |)lan en i|ueslion était trop compliqué, qu'il fallait des choses très sim|)les ' ».

Enfin les 14 et 18 mars il s'occupait pour la dernière fois des mesures à prendre h Paris *, un chargeant Montalivel de lui présenter un |)rojet de décret formant h Paris douze bataillons de 1000 hommes et en écrivant d'Épernay îi Clarke : « Le mouvement de Tennemi ayant toujours été sur Paris au point de négliger même les places fortcîs qu'il n'a pas bloquées, c'est sur Paris que j*ai fait venir tous les conscrits, c'est sur Paris qu'il faut faire venir tous les moyens d'armement ».

Mais ce n'était pas seulement sur l'organisation et l'armement de la garde nationale, sur la mise en état de défense de Paris que l'Empereur avait porté son attention, distraite forcément h certains moments par la gravité des événements, par l'impor-

i Correfpomlance. n*'» 21356, 21338 et 21360, Cliàlros, 23 février, et boorg des Noes, à Troyes, 24 février.

« IbUL, n»» 21460 et 21461, à Joseph, Cliavignon, 10 et 11 mars.

• Ibid., Il' 21477. Soissons, 13 mars.

* IbUi., no 21487, à Moiitalivet. Reims. 14 mars, et n^ 21316, Kpernay, 18 mars.

lance et l'urgence des opérations mililaires. Il n'avait d'ailleurs pas manqué défaire tenir au Conseil de régence des instructions iornielles déterminant la conduite qu'il y aurait lieu de tenir dans des circonstances extraordinaires, de prévoir les nKîsures relatives au départ de sa famille et des membres du gouvcrm^ment, t^u'lques jours après La llothière il mandait îi Joseph de m» laisser à Paris qu'un commissaire impérial. « Voyez, lui disait-il, sur qui le clioi\ pourrait rouler. Concertez cela avec l'archichancelier et les ministres des finances, du trésor et de rinlérieur. Je pense (pfil ne faudrait laisser aucun ministre. Mais j'espère que le cas n'arrivera pas *. » Et deux jours plus lard, il ajoutait : « Je vous ai répondu sur l'éventualité de Paris; vous n'avez plus à y revenir... Je vous ai ordonné pour l'Impératrice, h roi de Rome et notre famille ce que les circonstances indiquent... S'il arrivait bataille perdue ou nouvelle de ma mort, vous en seriez instruit avant mes ministres. Faites partir Tlmpéra- Iricc et le roi de Rome pour Rambouillet; ordonnez au Sénat, au Conseil d'État et à toutes les troupes de se réunir sur la Loire. Laissez h Paris, ou le préfet, ou un commissaire impérial, ou un maire... Dans les circonstances bien difficiles de la crise des événements, on f;iit ce qu'on doit et on laisse aller le reste». » Et, comme s'il eût prévu Tavenir, il terminait cette lettre par ces j)aroles tristement propliéti<iues : « Je préférerais qu'on égorgent mon fils plutôt que de le voir jamais élevé h Vienne comme prince autrichien... Je n'ai jamais vu représenter /Inrf/'oww^î/c? que j(» n'aie plaint le sort d'Astyanax sunivanl îi sa maison et que je n'aie regardé comme un bonheur pour lui de ne pas survivre h son père * ».

Le IG mars il avait complété ses instruclions d'une manière ])lus formelle et plus impérative encore : « Mon frère, écrivait-il à Josejih », conformément aux instructions verbales que je vous ai données et h l'esprit de toutes mes lettres, vous ue devez permettre que dans aucun cas l'Impératrice; et le roi de Rome tombent entre les mains de l'ennemi. Je vais manœuvrer de manière qu'il serait possible que vous fussiez plusieurs jours sans avoir

* CvrrespiirnUwcfi, ii* 21189. ;i Ju>c|)li, Truyo, 6 février.

^ Ibiil., n^ 21210. à Joseph, Nu;;eiil, 8 février, H heures muliii.

^ /'m/., iio 21497, à Joseph, Ki'ims. 16 mars.

de lïios nouvelles. Si rcniK'ini s'avaiirait sur Paris avec des tbrces telles <|ne loute résistance devint impossible, faites partir dans la direction de la Loire la Hégeïile, mon lils, les grands dignitaires, les ministres, les oflieiers du Sénat, les présidents du Conseil d'Klat, les grands otïniers de la (louroiine, le baron de La Houillerie et le Trésor. Ne (|uilte/ pas mon lils vi ra|)|)ele/.-vous (|ue je ])rét*érerais le savoir dans la Seine que dans les mains d<»s eiuKMiiis de la France. Le sort d'Astyanax, prisonnier de> Gnrs, m'a toujours paru le sort le plus malheureux de l'histoire ».

li'incuric et la mollesse des uns, les intrigues, les menétîs occultes et la trahison des autres obligeaient l'Empereur, non seulement h diriger de loin l(»s préparatifs de défense de Paris, h renouveler les ordres éventuels relatifs au dé|)art de sa famille et du gouvernement en cas d'événements extraordinaires, mais i\ s(» préoccuper de l'esprit public, à signaler les principaux traîtres h ceux-lîi mômes qui avaient pour devoir de conduire Topinion publique, de découvrir, de surveiller les agissements criminels de conspirateurs, connus d'ailleurs de tous. Sans revenir ici sur les reproches qu'il avait adressés ii plusieurs reprises aux ministres et dont nous avons eu lieu de parler précédemment, nous nous bornerons i\ reproduire (juelques passages des letlres qu'il adressa îi Monlalivet, à Cambacérès el à Joseph ii partir de la fin de février 1814. C'est ainsi que nous le voyons écrire le iQ février de Troyes à Montalivet * : « J(» ne puis être plus mécontent que je le suis du peu que Ton fait pour l'esprit public. Ce n'est pas par des vers, des odes qu'on peut parvenir à 1 animer, mais bien par des faits el des détails simph's et vrais. (Vesl une chose bien simple a comprendre. Je ne veux pas qu'on fasse des articles à Paris. Je ne veux pas qu'on trompe le public, mais seulement qu'on mette la conduite des ennemis sous les yeux de tous... Il faut que les villes, qui ont été occupées par les ennemis, envoient des députés h Paris pour y faire le récit de ce qu'ils ont vu et appris, de ce qui s'est passé chez eux... L'ensemble de tous ces faits produira la rage et l'indignation. C'est alors que chacun sentira la nécessité de courir fi sa défense. >» Et il ajoute : « Mais je ne ne suis plus obéi. Vous avez tous plus

Correipondancc, ii" !21375«à MoiilallYet^ Troyes, 26 février.

d'esprit qiuî moi et sîins cesse on m'oppose de la résistance en ni'objeelant des mais, des si y des car,.. Je ne puis écrire à tous mes ministres. Celte lettre doit leur être commune. La France serait déjà lout entière sous les armes sans la pusillanimité des ministres qui craignent toujours de mettre en avant l'administration. La police doit tous les jours ramasser des quantités de lettres écrites de toutes les parties de la France... Ou'elle les fasse imprimer, qu'on mette tous les noms et qu'on ne cache rien au public ».

Après Laon, le 12 mars, il disait i\ Joseph * : « Si les Parisiens veulent voir les Cosaques, ils s'en rei)enliront, mais encore fautil leur dire la vérité. Je n'ai jamais cherché les applaudissements des Parisiens. Je ne suis pas un caractère d'opéra. D'ailleurs, il faut être plus pratique que vous ne Tètes j)Our connaître l'esprit de cette ville, qui n'a rien de conmuin avec les passions de 3,000 ou 4,000 personnes qui font beaucoup de bruit. Il est tout simple, et c'est plus e\péditif, de déclarer que l'on ne peut pas faire une levée d'hommes que d'essayer de la faire. »

Que Rovigo ignorât ou non l'existence des complots ourdis contre la dynastie impériale, qu'il ait eu peur de faire arrêter Talleyrand sans un ordre formel de l'Kmpereur ou du roi Joseph, qu'il ait éludé l'ordre d'emprisonner ou tout au moins d'éloigner le vice-électeur de la capitale, qu'il ait été sa dupe ou son complice, c'est là chose que nous ne saurions rechercher ici. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'Empereur, sur le point de partir pour l'armée, avait déjà dit en présence même de Talleyrand : « Je sais que je iaisse à Paris d'autres ennemis que ceux que je vais combattre. » Ce qu'il y a de certain encore, c'est qu'à deux reprises il avait formellement signalé à son frère et à ses ministres les menées de Talleyrand et qu'on aurait pu, qu'on aurait dû sévir conlre lui si on l'avait voulu, si l'on n'eût pas perdu l'habitude d'obéir.

LTjupercur, en effet, avait écrit, par exemple à Cambacérèsde La Ferté-sous-Jouarre, Ie3 mars* : « Mon cousin, je vois qu'à Paris vous avez de l'esprit tout plein pour avoir dc^s sujets de peur. Il n'y a pas de remède à cela. Il suffit de penser qu'au-

' Correspuwlance. ii» 214G7, au roi Joseph, Soissoui», 12 mars. « Ibid., iio 21423.

jourd'hni la capitale» n'est plus n^ollement coiiiproiiiiso. Cela est beaucoup avec le mauvais esprit de tout ce qui lient h l'administration, depuis le i)rince de Bénévent, jus((u\'i je ne sais qui; ce sont eux qui ont propagé depuis novembre un si mauvais esprit dans Topinion. »

Un mois auparavant, il avait été encore plus eatrgoriquc dans la lettre adressée ii Joseph et (contenant les ordres relatifs au départ conditionnel de sa famille*. « J'ai droit îi ôtre aidé par les hommes qui m'entourent ])ar cela même que je les ai moimême aidés... Je ne comprends pas commcMit vous couvrez d*éloges si impolitiques les propositions de traîtres indignes de conseiller rien d'honorable. Ne les employez jamais, môme dans le cas le plus favorable. »

Et quelques lignes plus loin il était plus net, plus clairvoyant encore : « J'avoue que votre lellre du 7, h onze heures du soir, m'a fait mal parce que je ne vois aucune tenue dans vos idées et que vous vous laissez aller aux bavardages et aux opinions d'un tas de personnes qui ne réfléchissent pas. Or, je vous parlerai franchement. Si Talleyrand est pour quelque chose dans cette opinion de laisser l'Impératrice h Paris dans le cas où nos forces l'évacueraient, c'est une trahison qu'ils doivent comploter. Je vous le répète, méfiez-vous de cet homme. Je le pratique depuis seize années; j'ai même eu de la faveur pour lui; mais c'est sûrement le plus grand ennemi de notre maison, h présent que la fortune l'abandonne dei>uis quelque temps. Tenez-vous aiia- conseils que f ai donnés. J'en sais plus que ces yens-la, »

Cette fois encore, l'Empereur avait vu juste, et le conseil de régence du 28 mars devait prouver trop tardivement aux quelques serviteurs restés fidèles à sa fortune au milieu de cette multitude d'intrigants, de conspirateurs et de traîtres que, quoique loin de sa capitale , Napoléon connaissait mieux qu'eux et le caractère des hommes qu'il avait laissés derrière lui et le cœur du peuple français. Mais le 28 au .soir, le mal était irrémédiable.

On avait trop tardé pour pouvoir chîltier les traîtres, agir sur l'opinion publique, réparer le temps perdu, procéder in extremis h des levées devant lesquelles on avait reculé par pusilla-

* Correspondance, a® ililO, au roi Joseph, Nogeut, 8 février, 11 heures niutiu.

Wcil, — IV. 0

niinilé, el entreprendre des travaux do défense qu'il était désormais impossible de faire exécuter.

Gri\ce à la faiblesse et à la timidité des chefs du gouvernement, grâce aux renseignements que leur haute position leur |)ermeltait de recueillir sans difficulté et sans danger, Talleyrand el ses complices avaient mené l\ bonne i\u Tœuvre coupable qu'ils avaient entreprise. Non coulent de correspondre d'une façon suivie avec le quartier général des souverains, le vice-électeur, mettant sa merveilleuse habileté au service de la haine qu'il avait vouée h l'Empereur, avait réussi à agir sur Topinion publique par trop négligée par le gouvernement, h répandre dans le peuple de la capitale des nouvelh'S qui ne faisaient qu'augmcmter l'inquiétude, qu'accroître le découragement général.

Tel était Tétai d'esprit de la population parisienne lorsque, le 28 mars au soir, on a|)prit que Compans avait quitté Meaux pour se replier sur Paris, lorsqu'on dut, pour se conformer aux ordres formels de l'Empereur, fixer au lendemain le départ du roi de Home. La garde nationale n'était pas organisée, son elïeclif total atteignait à peine 12,000 honmies, pour la plupart incomplètement habillés et équipés el dont la moitié seulement était armée de fusils de toutes es|)èces et de tous calibres.

Les travaux do défense n'étaient guère plus avancés et mieux entendus que l'organisation de la garnison. Après le rejet du projet que le comité de défense avait présenté à l'Empereur dans le courant do janvier, on s'était contenté d'élever dos tambours aux portes, de créneler les biUimenls des barrières, de fermer par des palissades les parties inachevées du mur d'octroi, d'affecter à la défense de l'enceinte environ 80 bouches à feu, de barricader les ponts de? Sainl-Maur, de Charenton et de Neuilly; mais on avait négligé de retrancher les faubourgs extérieurs, d'armer les hauteurs qui dominent la ville '.

^ Ce fut le 23 mars sculemeot que le roi Joseph commença à doDiicr des signes réels d'inquiétode. Ecrivant ce joor au général Hulin, il lui fail connaître que « les opérations de l'Empereur pouvaient exiger que Paris fût dans le cas de se défendre pendant quelques jours contre des partis ou même contr-e un corps qui anièoerait du canon ». 11 informait en même temps le géuér.il qu'u à partir du 21 mars les troupes de ligne garderont et défendront les fwsles avancés el seront employées aux patrouilles et reconnaissances extérieures »». Afin de les rendre disponibles, il ordonne de faire relever par la garde nalionule celles d'entre elles qui étaient jusque-là employées à la garde

Le 229 au malin il m^ reslait |)his à Paris, après le départ des renforts, que le général Com|)ans avait trouvés h Claye, a|)rès la mise eu route des 1500 fantassins (»l des 300 cavaliers (jui servaient d'escorte h rimpéralrice et au roi de Home', (jue 600 hommes, 300 cavaliers et 4,000 conscrits doni on forma h la hi\tc une division improvisée placée sous les ordres du général Michel, et la garde nationale. Le général Compans s'était arrêté à Bondy <;t, malgré la ra|)idité avec laquelle les Maréchaux exécutaient leur retraite, il était encore im|)0ssihle de savoir s'ils arriveraient à temps pour pouvoir participer h la défense de la capitale.

Dès l'aube, on avait affiché la proclamation du roi Joseph*, pendant que Moncey, Ornano et Clarke, rassemblant les gardes nationales et les régiments h peine formés dont ils disposaient, répartissaient les postes entre les gardes nationales et les troupes de ligne. Les quelques fraclions de la garde qui l'estaient h Oriumo reçurent Tordre de rejoindre Compans le jour même, pendant (|uc la cavalerie allait occuper Pantin.

Depuis la veille au soir, Clarke se multipliait et essayait de réparer, par une infatigable activité, les erreurs qu'il avait commises, les fautes qu'il avait été impuissant h conjurer. Le général Boyer de Rebeval, bien que souffrant encore de ses blessures,

des barriùres. La garde nationale sera désormais seule chargée de la défense de Tenceintc. Les viUages et les faubourgs extérieurs (ju'occuperont les troupes de ligne devant être retranchés, le roi Joseph invite le général Dejean, premier inspecteur général du génie, à faire tracer de suite les ouvrages, à faire exécuter les premiers travaux de cKMure, à faire barrer les roules, chemins vicinaux ou d'exploitation qui aboutissent aux villages et faubourgs extérieurs, à faire murer les portes des murs de dùturo, des murs et jardins qui donnent sur la campagne, afin que les garnisons de ces villages et de ces faubourgs aient une enceinte continue formée par ces murs et ces clôtures. Enlin, comme il est nécessaire qu'il y ait de suite de Tartillerie placée sur les hauteurs principales et à la tête des faubourgs, le roi Joseph invile encore lo général llulin à s'assurer des moyens dont dispose U direction d'artillerie de Paris pour mettre immédiatement en position quelques batteries de canons et d'obusiers.

t « Rien sans doute, dit Gohier, n'eût été pins propice à rassurer les Parisiens contre les alarmes de ce départ imprévu (celui de Marie- Louise et du roi de Rome) que la présence du frère de Napoléon si, aux talents militaire:^ qui lui manquaient, il eût au moins suppléé par une résolution ferme et à tonte épreuve. Mais lorscfu'il limitait la durée des elTorts qu'il attendait des braves qu'il commandait, sa proclamation même annonçait une détermination cfinncelanle. Eu ne leur demandant que quelques instants de résistance, il leur

était venu, comme le général Micliel, se mettre à la disposition du ministre et devait prendre, le 30 au matin, le commandement d'une petite division formée de trois bataillons du 11® voltigeurs, d'un de flanqucurs-grenadiers et d'un bataillon tiré d'un autre régiment, représentant un effectif total de 1700 h 1800 hommes *.

Avant même de se rendre au conseil de régence, le ministre availexpédié aux deux maréchaux Tordrede continuer, sansaucun délai, leur marche sur Paris, tout en laissant sur la Seine, à Nogent et à Bray, la division du général Souham *. AUix devait se rapprocher de Sens pour appuyer Souham qui, chargé d'assurer la défense de la Seine de Nogent à Montcîreau, se repliera sur Montereau s'il v est forcé. AUix surveillera l'Yonne et le Loing, évacuera Auxerre et occupera Montereau, s'il n'y a personne à Pont sur- Yonne'. Le général Grouvel tiendra le plus longtem|)s possible à Villers-Cotterets, jus(|u'ii ce que des forces trop supérieures débouchent de la forêt. Il se repliera alors par Nanteuil sur Dommartin *.

Dans la nuit du 28 au 29, Clarke avait encore envoyé à Compans, à Bondy, des munitions, une batterie polonaise et six petits J)ataillons de 400 hommes chacun « avec l'ordre de tenir sa position pour gagner du temps". » Enfin, rendant sommairement compte à l'Empereur des événements militaires de la veille, des positions occupées le 28 au soir par Marmont, Mortier et Compans, le ministre terminait sa courte dépèche par cette phrase : « Il n'y a que la présence de Votre Majesté qui puisse remédier aux dangers qui nous menacent". »

annonçait assez qu'il n'était pas décidé à soutenir de longs combats... . Un chef, digne dos braves qui étaient dans Paris, en eût obtenu plus que le prince Josoph ne leur demandait, aurait pu compter non pas seulement sur une courte résistance, sur quelques instants de combat, mais sur la défense la plus vigoureuse, la plus constante ». {Mémoires de Gohier, président du Directoire au 18 brumaire. 3<> livraison, t. Jl, p. 236 ; Mémoires des Contemporains pour servir à l'histoire de France cl principalement à celle de la Révohition et do TEmpire.)

* Journal de Boyer de Rebeval. (Archives de la guerre.)

« Le ministre de la guerre aux miré«*hau\ Marmont et Mortier, Paris, 28 mars G heures soir. (Archives de la guerre.)

* Le même à AUix et à Souham, Paris, 28 mars. (Ibid,)

* Le même à Grouvel, Paris, 28 mars. (Ibid.)

* Le même à Compans, Parij, 29 mars, 2 heures matin. (Ibid.)

* I^ ministre de la guerre à l'Kmj)creur, Paris, 20 mars, 3 heures matin (Ibid.)

Ordres de mouvement de Schwarzenberg. — Tandis c|uo Clarko essayait do fairo faco aux insolubles difficullos d'une situation désespérée, h» généralissime avait arrêté, le 28 au soir au quartier général deQuinev, la disposition générale pour la journée du 29*:

« L'armée de Silésie laissera un de ses corps d'armée à Meaux, sur la rive droite de la Marne. Le reste de cette armée marchera par la roule de Soissons de façon à pouvoir continuer son mouvement sur Paris, tant par Saint-Denis que par la route môme de Soissons.

« Le VI® corps (colonne de droite de la grande armée alliée), passera la Marne ii Trilport et réglera sa marche de manière que sa queue ait dépassé Meaux î^i cinq heures du malin, heure h laquelle les gardes devront défiler par les ponts de la Marne h Meaux. Le Vl« corps prendra la route menant droit î\ Paris par Claye, occupera la forêt de Bondy et se reliera h droite avec l'armée de Silésie, en attendant Tenvoi d'ordres ultérieurs.

« Le général comte Pahlen poussera îi la fois sur Belleville et sur la route directe de Paris.

« Le IV« corps (colonne de gauche) se fera rejoindre par les grenadiers autrichiens, passera la Marne ti Meaux, où sa tête de colonne devra être rendue h huit heures du matin au plus lard. Il devra traverser la rivière immédiatement après les gardes et réserves. Le IV** corps suivra ensuite la grande route jusqu'au moment où il lui sera possible de prendre au plus court, pour se rejeter sur la route de Lagny à Paris. 11 continuera ensuite sa marche jusqu'à la hauteur de Chelles, se reliera à droite avec le VI« corps et poussera ses avant-posles le plus en avant possible du côté de Gagny et de Neuilly-sur-Marne. Le IV* corps devra en outre diriger une colonne volante sur le pont de Saint-Maur.

« Dans le cas où l'on aurait réussi à achever le pont de Lagny, le IV® corps passera la Marne sur ce point.

i< Les gardes et réserves quitteront leurs positions h cinq heures du matin, passeront la Marne à Meaux et suivront le VI* corps auquel elles serviront de soulien.

« Le III® corps servira de soutien au IV® et continuera à êlre

1 Prince de Schwarzenberg, Disposition pour le 29 mars, Quincy, 28 mars, soir. (K. K, Kriegs Archiv., Ilf, 478.)

placi'^ sous le commandemoni su|)(''ricur du prince royal do Wurlouïborpf. Dans lo cas où il sorail impossible do faire usage du pont de Lag;ny. lo corps ne commencera son mouvement qu'h sept heures du malin, passera la Marne h Meaux et suivra, après avoir fait une halle de trois heures, la direction prise par le IV* corps. Il poussera aussi avant que possible, sans toutefois inïposer aux honmics dos fatifçues exagérées. Les cuisiniers de ce corps partiront cette nuit, afin que les troupes puissent faire un repas chaud aussitôt après leur arrivée à la grande halte. Si le pont de Lagny est praticable, le III« corps se dirigera sur celle ville et reprendra sa marche après une halle de trois heures, pendant laquelle on fera manger les hommes et les chevaux. S. A. R. le prince royal (]o Wurtemberg informera en temps utile lo feldzeugmeisler comte Gyulay, do la direction qu'il prendra en raison de l'état du pont de Lagny,

« L(i V« corps se portera sur Meaux, s'établira sur la rive gauche de la Marne et laissera la plus grande partie de sa cavabîrie sur la ligne Crécy — Saiicy. Lo gros de ses avant-postes restera h Coulommiers.

« L'artillerie de n'serve passera la Marne h Meaux, les bagages et les colonnes de subsistances à Trilport, et y parqueront ainsi que cette artilltTie à droite et îi gauche de la route de Paris.

« La réserve d'artillerie russe suivra les gardes et s'arrêtera sur un point qui lui sera indiqué par S. E. le général en chef Barclay de ToUy. Les souverains viendront h Souilly, près de Claye. Le généralissime aura son quartier général à Claye. Tous les rapports devront Mre envoyés par la roule de Paris. »

Premier et deuxième ordres de mouvement de l'armée de Silésie. — Avant d'avoir reçu communication dos ordres du généralissime, on avait résolu, au quartier général de l'armée de Silésie, <lo donner lo 29 un jour do repos aux cor|)s d'York, de Kleist, de Langoron et do Sacken. On avait prescrit en même temps do déblayer les routes u afin do permettre au corps de Woron/ot!, aux gardes ol réserves de se servir de la chaussée de Paris. » On avait de plus autorisé les corps })récilés h se faire rejoindre par leurs bagagrs, les uns venant de La Ferté-Milon, les autr<»s arrêtés près do Meaux. Enfin on avait envoyé aux généraux Jagotl et Witto l'ordre de rallier leurs corps. Mais dès

qu'on oui reçu dans In nuit du ÛH au 29 la disposition j^i'urralo d(» Scliwarzonborj];*, on annula h» pnMuier ordro. Ou proscTivil alors h Langoron de coniniencer son mouvenienl à neuf heures du malin et de prendre, en passant par (k)!npans et Le Mesnil- Anielol, la roule de Soissons à Paris ; h York et h KleisI de partir h huit heures, de passer par Mory, de s'engager sur la roule des Petits-Ponts et de se faire flanquer sur leur droite par leur avantgarde.

Le corps de Sackcn devait s'arrêter entre Meaux et Trilport ol faire face à la Marne et au pont de Trilport.

L'infanterie de Winzingerode parlant c^ neuf heures et passant par Crégy, Neufnionliers, Sainl-Mesmes et Mory, avait ordr<» de s'engager h la suite des deux corps prussiens sur la route des Petits-Ponts que l'état-major prussien allait suivre, et sur laquelle on devait lui envoyer les nouvelles et les renseignements recueillis.

Les arm(^es allié(»s formaient ainsi trois grosses colonnes. Celle de droite composée de l'armée de Silésie tout enli(>re, h l'exception de Sacken qu'on arrêtait h Meaux, et de Bulow qu'on n'avait pas encore fiiit revenir de Soissons, devait se porter par Charny et Mory vers Aulnay-les-Bondy et la route des Petits-Ponts. Celle du centre comprenant la cavalerie de Pahlen, le VI« corps et les gardes et réserves, marchait de Claycî sur Hondy par la route de Metz et de Strasbourg, tandis que les IV« et III® corps formant la colonne de gauche allaient de Charmentray rejoindre h l'est de

* On a prétendu, à tort selon nous, qao des considérations politiques avaient motîvé le mouvement vers la droite qu'on fit exiVuter îï l'armée de Silésic, qu'on aurait pu, en laissant continuer York ot Kleist droit devant eux, attaquer Paris le 29 au soir, c'cst-i\-dire à un moment où les Maréchaux auraient été hors d'état de prendre part à la défense de la capitale. On a dit et imprimé que l'empereur Alexandre avait sacrifié les intérêts de la Coalition à la satisfaction d'entrer le premier à Paris à la této de ses gardes. On a allégué, en faveur de cette opinion, erronée d'après nous, l'envoi de parlementaires porteurs de lettres adressées à Clarke et lui proposant un armistice de quelques heures destiné à faciliter l'ouverture des négociations. Mais on a oublié volontairement de voir que ce mouvement vers la droite était indispensable, que la grande armée avait besoin de la roule de Strasbourg et de l'espace compris entre cette route et celle d'Allemagne pour achever son déploiement et son mouvement en avant. Enfin pour les besoins de cette cause qui nous parait difficile îi soutenir, on a naturellement passé sous silence la première des dispositions de Tétat-major général de l'armée de Silésie, celle qui. prise avant la réception de l'ordre général, accordait un jour de repos aux quatre corps de cette armée seuls capables d'agir sur Paris.

ChoUes la route de Coulommiers et devaient se diriger de \h sur Vincennes.

Retards éprouvés par les colonnes de la grande armée alliée. — Bien qu'on crût avoir tout combiné de façon î\ éviter le moindre accroc, le plus léger relard dans l'exécution des mouvements projetés, la plus grande partie des troupes alliées ne parvint cependant pas à atteindre les positions qui leur étaient indiquées. L'armée de Silésie n'ayant en eflet achevé de défiler |)ar les deux ponts de Trilport que le 29 mars au matin, le VI' corps se trouva dés le début de la marche dans l'impossibilité de se conformer à la disposition. Loin d'avoir dépassé Meaux h cinq heures du matin, ce corps, qui formait la tôte de la colonne du centre, ne put déboucher sur la rive droite de la Marne qu'avec un retard de plusieurs heures. 11 était bien pr^s de midi lorsque la cavalerie de Pahlen atteignit Ville-Parisis et y releva Tavantgardc prussienne de Katzler, lorsque le VI® corps arriva h Claye et y reprit les positions occupées jusque-lîi par les troupes du 11« corps prussien. Les gardes et réserves qui avaient pu passer dès le matin sur le pont de pierre de Meàux qu'on avait ré|)aré, suivirent le VI** corps et se dirigèrent derrière lui sur Claye.

A l'aile gauche on avait non seulement échoué dans toutes les tentatives faites pour rétablir le pont de Lagny, mais on n'avait même pas pu, à l'aide de moyens improvisés réussira jeter sur la rive droite les 4* et 5« régiments de cavalerie wurtembergeoise. On dut donc se résigner à faire prendre le chemin dr Meaux aux 1V« et ni* corps. Aussi, quand la cavalerie du IV® corps, qui s'était mise en route à cinq heures du matin, arriva h Meaux, elle y trouva le pont encombré par les gardes et réserves et par leurs bagages. Avant de pouvoir prendre rang dans la colonne, elle dut attendre si longtemps que force lui fut de s'arrêter h» 29 au soir li hauteur de Chelles. L'infanterie du 1V« corps qui suivait la cavalerie du général von Walslebeii, ne conmienca à passer que vers le soir et, comme la queue du corps n'acheva son passage que le 30 vers trois heures du matin, le prince royal dut l'iîistallor au bivouac h Annet, sur les bords mêmes de la rivière*.

* Starke. Eintheilung und Tageibegchenlioiton der llaupt-Armcc im Moiiatti Miirz. (K, K, Kriegs Arehiv., III, 1.)

Le m* corps arrivé h Créey à 7 heures du matin, y avait reçu l'avis (le renconibrement du pont de la Marne, »\ Meaux, et était arrivé vers midi h peu de distance de cette ville. Apn'^s s'éti'e rendu compte en personne de Fimpossibilité de faire passer, le 29, son corps d'armée sur un pont qu'encombraient encore h 4 heures de l'après-midi les trains des gardes et réserves et dont le !¥• corps devait se servir avant lui, Gyulay ordonna h ses troupes de s'établir au bivouac, à Nanteuil-lesMeaux. Le III* corps n'acheva par suite le passage de la Marne, que le 30 au matin, 24 heures plus tard que les prévisions de la disposition *.

Le V« corps, formant l'arrière-garde de la grande armée, avait, le 29 au matin, quitté les environs de Chailly-en-Brie et de La Ferté-Gaucher pour se porter sur Meaux. A son arrivée î\ peu de dislance de Crécy, à 8 heures du matin, Wrède avait expédié au généralissime un billet du colonel von Swichow, apporté de Vitry-le-François h La Ferté-Gaucher par un officier prussien, et annonçant que l'avant-garde de Tannée de Napoléon était entrée hSézannele 28 au soir; Wrède, il est vrai, s'empressait d'ajouter qu'il ne croyait guère à une nouvelle que rien n'était venu conlirmer.

Quelques heures plus tard lefeld-maréchal bavarois était h Quincy. En présence de l'encombrement absolu des routes il avait reconnu l'impossibilité de continuer sa marche sur Meaux ; il avait par suite fiiit savoir au généralissime qu'il prenait le parti d'arrêter son infanterie à Quincy et il avait envoyé au général Frimont l'ordre de laisser la brigade du général von Geramb en arrière-garde à Coulommiers et de venir le rejoindre à Quincy avec le reste de sa cavalerie. EnOn, à 10 heures du soir, Wrède mandait au généralissime que le gros de sa cavalerie venait d'arriver après avoir laissé la brigade de cavalerie légère de Geramb h Coulommiers et une extrême arrière-garde à La Ferté-Gaucher. Il ajoutait « que les patrouilles de cavalerie, envoyées le 28, par Frimont à Sé/anne, n'avaient trouvé nulle part la moindre trace de l'ennemi, qu'il venait d'être informé du mouvement de retraite de Winzingerode et de Tettenborn sur Chillons et sur Epernay et de la présence d'avant-postes français appartenant îi

* Starke. Eiiitheilung und Tagesbegebenheinten dcr Hanpt-Armee im Monale Marx. (A'. K, Kriegs Archii\, IIJ, 1.)

l'armée de l'Eniporour qui so soraienl établis lo 28 aux environs de Vitry ». Le feld-niaréchal bavarois terminait sa dépêche en disant : « En dépit de ces renseignements, je ne pense pas que Napoléon marche par Sézanne et Montmirail et suive la cavalerie de Winzingerode ; mais je persiste i^i croire que, si les maréchaux Marmont et Mortier se sont réellement dirigés sur Bray, comme le général Seslaviu Tannonçait hier, Napoléon suivra la rive droite de l'Aube afin d'opérer au plus vite sa jonction avec les corps des Maréchaux et la garnison de Paris * ».

Les patrouilles de cavalerie envoyées dans l'après-midi du 29 de Coulommiers et de Quincy sur Rebais, Sézanne et Provins, rentrèrent d'ailleurs sans avoir aperçu la moindre colonne française.

Les Souverains et le généralissime passent en route la revue des corps de Tarmée de Silésie. — L'empereur de Russie, le roi de Prusse et le généralissime, partis de Quincy dès le matin et suivant la ronle de Meaux pour se rendre h l'avantgarde de leurs armées, avaient successivement rejoint et dépassé les diflérenls corps de l'armée de Silésie. A Charmentray, Tem-

« Taxis, Tagebuch (K. K. Kriegs Archiv,, XIII, 32); Starke, Eintheilang ond Tagcsbegebenheiton der Haupt-Armee im Monate Marz {Ibid., III» 1).

Wrôde au prince de Schwarzenberg. Crécy, 39 mars, 8 hoares du matin. Qaincy, 3 heures après-midi et 10 heures du soir. (Ibid., \M, 488.)

Les troupes du V* corps, peut-être parce qu'elles formaient l'arrière-garde, t'étaient fait remarquer depuis quelques jours par des actes si nombreux do pillage et de brutalité que l'empereur Alexandre, ému des plaintes motivc^es par la conduite des Bavarois, avait adressé, le 28 au soir, à Wrèdo la lettre suivante : « Maintenant que nous approchons des murs de Paris, il ne nous est possible d'atteindre les grands résultats que nous sommes en droit d'espérer que grâce au maintien de la discipline la plus sévère. Vous avez été l'un des premiers à déclarer qu'il importait de gagner à notre cause les habitants de la capitale de la France. Or ce serait agir contrairement à nos intérêts que de dévaster inutilement les environs de Paris, au lieu de les placer sous la protection de nos troupes. Connaissant vos principes et votre caractère, jp suis certain que vous vous atticherer à maintenir, en cet instant décisif, l'ordre 1p plus complet dans les troupes placi^s sous vos ordres, et je vous prie instamment d'employer tous les moyens en votre pouvoir pour prévenir et empêcher tout acte de violence et de piUage. Il est absolument nécessaire de rendre les chefs de corps et de détachements personnellement responsables des désordres et des abus commis par leurs hommes. Votre intervention personnelle vous vaudra la reconnaissance générale et augmentera encore l'estime en laquelle je vous tiens, n (Lettre autographe de l'empereur Alexandre à Wréde, Quincy, 28 mars.)

pereur Aloxnndro avait prolilt» do la liallo failo par Sackon, auijiiol on vouait do doiinor Tordro do proîidro position h Trilport, pour passoron rovuocooorpsd*arnH''o, dont IVftortit'prôsonl lo 17 ï\m\^ s'ôlovail h pros do 14,000 lioninios ot qui, hion quo n'ayant pas combattu depuis ootlo opoquo, puisque la cavalerie de Wassiltchikoft avait seule donne'» îi Fi^^ro-Chanipenoiso, s(» trouvait rc'^duit h 0,000 hommes environ. Un pou plus loin, entre Claye et Ville-Parisis, les souverains passeront devant lo front dos troupes prussiennes d'York et de Kloisl*. Se rendant ensuite sur la hauteur occupée par la brigade de Klux, ils reconnurent les positions occupées par rarriore-gardo française et aperçurent enfin dans le lointain. Paris et les tours do Notro-Damo,

Mouvement des corps de l'armée de Silésie et 3® disposition. — Les troupes russes de Langeron et do Woron/off s'étaient dirigées pendant ce tomi)s vers la route de Soissons, tandis que les troupes prussiennes, obligées d'attendre l'arrivée de la léte de colonne do la grande armée alliée, chargée de les relever, restaient immobiles sur leurs positions. Dans l'intervalle l'étatmajor général do cette armée îivait expédié un troisième ordre de mouvement. Comme les souverains et lo généralissime voulaient pousser le jour même jusqu'à Bondy, (Jneisonau proscrivit aux 1er pt II® corps prussiens de continuer leur marche jusqu'à Aulnay-les-Bondy; à Langeron de ne s'arrêter que lorsqu'il aurait atteint le ruisseau (la Morée), qui coule entre Dugny et Blanc-Mosnil. L'infanterie du corps Winzingerode devait s'établir avec le quartier général à Villopinte.

Gomme nous l'avons dit plus haut, les deux corps prussiens avaient commencé leur mouvement sur Aulnay aussitôt après l'arrivée de la cavalerie de Pahlen et do l'infanterie du prince Eugène de Wurtemberg.

Envoi d'un parlementaire russe aux avant-postes du général Vincent. — Tandis que les souverains rejoignaient les

* D*apn>s Droyscn, le roi de Prusse aurait été tcUement mécontent de Tétat et de l'aspect de ces troupes que lorsque York s'avança vers lui pour lui présenter son corps, le roi se serait borné h lui dire : « Mauvaise tenue : vos houimes sont sales », ot aurait immédiatement détourné son clieval, tandis qu'York aurait commandé : « Demi-tour et en aj^anl marché* ! »

lentes de colonne, le généralissime, informé des retards [que les corps de la grande armée éprouvaient au passage des ponts de Trilport et de Meaux, avait eu recours à d'autres moyens afin d'arriver à gagner le temps nécessaire pour amener les deux armées sur leurs positions. Dès le matin, h 8 heures, un aide de camp de l'empereur de Russie (le général-lieutenant Ouvaroff), porteur de lettres adressées au Ministre de la guerre, s'était présenté aux avant-postes de Vincent au Vert-Galant, et avait demandé h se rendre à Paris pour s'acquitter de sa missioii et exposer au Ministre les conditions d'un armistice. Le général Vincent en référa immédiatement au général Compans. Celui-ci refusa de laisser passer Tofficier russe. Il consentit cependant h transmettre sa lettre et à suspendre les hostilités jusqu'à la réception de la réponse ; mais il renvoya aux Alliés la proclamation adressée aux Parisiens que Schwarzenberg avait également confiée au général russe *.

Combats de Bondy, du Bourget et d'Aubervilliers. — La

matinée se passa tranquillement du côté du Vert-Galant jusque vers midi. Mais un peu après midi les éclaireurs du général Vincent l'informèrent que les Alliés profitaient de la suspension d'armes pour essayer de faire déborder sa gauche par la cavalerie du général Emanuel allant sur Gonesse et lui signalèrent des mouvements s'opérant sur sa droite, par la roule de Lagny, dans la direction de Chelles. A ce moment la tête de colonne du VI« corps était déjà à Ville-Parisis, et le prince Eugène de Wurtemberg, faisant immédiatement soutenir la cavalerie de Pahlen par la 14« division* (général Helfreich), ordonnait à ces deux généraux d'occuper les hauteurs boisées de Coubron et de gagner ensuite le plateau de Romainville, en passant par Monlfermeil et le parc du Raincy. Lui-môme, avec le reste de son infanterie et la 2« division de cuirassiers, se mettait en marche par Livry sur Bondy qu'il voulait attaquer de front pendant que les troupes

i Compans au Ministre de la guerre, Le Vert-Galant, 20 mars, 0 heures du matin. (Archives de la guerre,)

* Composition des troupes du VI* corps qui donnèrent à Livry et à Bondy : 1 4* division : régiments de Tenguinsk et d'Êsthonie, 25* et 26* régiments do chasseurs ; brigade Wolf (de la division du prince Schakhoiïskoï) : régiments de Mourom et de Tcheroigoff.

prussiennes, en s(î clirigeunt vers Anlnay, lourneraieîil la lisièn; nord de cette forêt. Mais les généraux français, prévenus ù temps par leurs coureurs, avaient déjîï, sur l'ordre de Compans, commencé leur retraite sur Paris ^ Se repliant lentement et en bon ordre, disputant le terrain picnl à pied, Compans avait réussi >. occuper le village cl la forêt de Bondy, et le jour tirait vers sa Pn lorsque le général français, attaqué par le prince Eugène de Wurtemberg, donna à ses troupes Tordre d'abandonner, d'abord la forél, puis le village et de se replier sur Pantin. Le général Vincent, voyant que sa cavalerie ne pouvait rendre aucun service du côté de Bondy, s'était posté îi la sortie du bois pour proléger Tinfanterie de Compans. Informé que la cavalerie du général Emanuel se rabattait de Gonessesur La Villette, il s'était porté sur Pantin, avait passé le canal et barré aux cavaliers russes le chemin de La Villette. La nuit était déjà venue lorsque le prince Eugène de Wurtemberg entra à Bondy, travei'sa le village et, prenant à gauche, se dirigea sur Romainville où il se rejoignit avec Pahlen qui, passant par Rosny-sous-Bois, venait d'arriver sur ce plateau '.

A droite du VI® corps Tavanl-garde de Langeron avait tiraillé dans l'après-midi, entre le Bourget et Aubervilliers, avec l'extrême gauche de Compans qui, après un engagement insignifiant, s*était retirée derrière le canal de Saint-Denis.

Positions des corps alliés de première ligne le 29 mars au soir. — Comme Taile gauche des Alliés commençait seulement à passer la Marne h ce moment, comme Tarmée de Silésie (aile droite), obligée d'obliquer h droite, n'avait pu arriver à hauleur des positions occupées par le VI® corps, on ordonna au prince Eugène de Wurtemberg et h Pahlen de quitter Romainville, de ne laisser que des avant-postes du côté de Romainville et de Pantin el de se replier sur Noisyle-Sec. Le reste du VI® corps s'éche-

* Opérations du général Vincent du 19 au 29 mars (Archives de la guerre); Starkb, Eintheilung und Tagesbcgebenhciten der Haupt-Armee im Monate BJârz (K. K. Kriegs Archiv., \l\, 1) ; Journal d'opérations de Barclay de ToUy (Archives topographiques, n° 29188), et général Dellporf, Aus dem Leben des kaiser lichen russiscfun Gênerais der Infanterie Prinzen Eugen von Wur* temberg, 111, 36).

< Stàrke, Eintheilung nnd Tagesbegebenlieiton der llaupt-Armcc im Monnte Màrz. (K, K, Kriegs Archiv,, III, 1.)

lonna de Noisy-le-Sec à Bondy ; Icsgar ye.s fit rcscncs campèrent aux environs de VillcParisis. Les Souverains et le généralissime s'installèrent au chAleau de Bondy. A Taile droite l'avant-garde de Kalzler s'arrêta à Drancy : les l^^ et 11° corps à Aulnay-les- Bondy; Langeron h leur droite au Bourgct; Woronzoff, avec l'infanterie de Winzingerode et le quartier général de l'armée de Silésie, en deuxième ligne derrière les I®*" et 11« corps à Villepinte.

Positions des généraux Compans et Ornano, des maréchaux Marmont et Mortier, le 29 mars au soir. — Pendant que Compans se retirait devant les Russes du prince Eugène de Wurt(»mberg, Ornano, sorti de Paris avec la division Michel (conscrits tirés des dépôts de la garde), venait de dépasser Pantin. Informé du mouvement rétrograde de Compans, Ornano, pensant que ce général ne manquerait i)as d'occuper Pantin, ramena sa division sur la position qui s'étend entre La Chapelle et Les Prés- Saint-Gervais. Mais au lieu de se diriger sur Pantin, Compans, croyant de son côté ce village occupé par les troupes d'Ornano, (»nvoya îi la cavalerie de Vincent, en position en avant de La Villette, l'ordre de bivouaquer en avant de La Chapelle pour couvrir les communications entre Paris et Saint-Denis et vint s'établir à l'ouest des Prés-Saint-Gervais sur la butte Beauregard qui domine ce village et se relie à la posilioîi de Belhîville, laissant aux troupes du maréchal Marmont, arrivées h Montreuil dans l'aprèsmidi du 29, le soin de défendre et d'occuper à sa droite Bagnolct et Uomainville. Pantin resta par suite inoccupé, puisque les avantpostes français se tinrent h l'ouest de ce village et que les grandgardes du général Helfreich avaient dû, par ordre des souverains, se rapprocher de Noisy-le-Sec.

Partis de Melun et de Guignes, le 21) au point du jour, les deux maréchaux, après avoir opéré leur jonction h Brie-Comte- Kobert, s'étaient dirigés sur Charenton où ils arrivèrent d'assez bonne heure; mais h; désarroi était si grand qu'ils n'y trouvèrent aucune instruction et qu'après avoir passé la Marne, la tôte de colonne du duc de Raguse resta à Montreuil. Le gros du corps de Marmont s'arrêta h Charonne, Vincennrs et Saiiit-Mandé ; l'infanterie de Mortier, plus on arrière encore, à Bercy et Conflans; la cavalerie, à Picpus.

11 est d'aulanl plus diflicilo de découvrir l'oxplicalion do cet arrtH incompréhensible que, dès h» id h 9 heures ci h 11 heures du malin, Clark(», par la première de ses dépêches, informait Compans de Tarrivée prochaine des Maréchaux (jui se porteront de son côté pour le soutenir. Dans la secoîide, en lui recommandant de communiquer au plus vite avec le duc de Raguse, il ajoutait : « Le salut de lEtai dépend peut-élre d(î pouvoir contenir l'ennemi pendant deux ou trois jours >» et il conseillait à Compans d'occuper les hauteurs de Romainville *. A 4 heures de Taprès-midi, le Ministre renouvelait à Compans l'ordre de se réunir à Marmont et de prendre ses ordres. Mais au milieu dcîs préoccupations de toute sorle qui Tassiégeaienl et peu accoutumé d'ailleurs ii songer à tout, à s'assurer de l'exécution des ordres donnés, Clarke oublia de compléter les instru<;tions par trop vagues qu'il avait adressées aux Maréchaux. Malgré cela, Marmont et Morlicir ne sont pas non plus exempts de reproches et, bien qu'ils puissent invoquer pour leur excuse la fatigue de leurs troupes épuisées par des marches forcées, ils auraient dû néanmoins, aussitôt après leur arrivée sur la rive droite de la Marne et de la Seine, faire demander des instructions au Ministre et au roi Joseph. La direction suivie par les armées alliées leur était bien connue et au lieu de s'arrêter au sud-est de Paris, Marmont aurait dil, dès Taprès-midi du 29, se décider à pousser son avant-garde vers les hauteurs de Romainville, pendant que Mortier aurait été s'établir îi la gauche de Compans et de Vincent.

Mouvements de Tarmée de l'Empereur. — L'Empereur, dont l'arrivée seule aurait pu réparer les fautes commises par ses lieutenants et ses ministres et prolonger la défense de Paris pendant les quelques jours dont son armée avait besoin afin d'arriver sous les murs de la capitale, avait tenu, avant de partir de grand matin avec la cavalerie de sa garde de Doulevant pour Dolancourt, à assister à l'expédition des ordres de mouvement sur Troyes*, qu'il avait dictés pendant la nuit au major-général.

^ Clarke à Compans, Paris, S9 mars, 9 et 11 heures da matiu, et Clarke à Mannont, 29 mars, 11 liearcs du matin {Archiva de la guerre).

s Major- jjêudral à Sébastiani. Saint-Germain, Defrance, Wauriii, Pire, NVy c*t &lacduiiaid. Douleyaut, 29 mars, 3 iienres du matiu. (Archives de la guerre.)

Drs 'A hciin-s du matin, la division Hanrion avait reçu Tordre de <|uillrr liar-snr-Aube à 6 heures cl de se diriger par le plus court clH'niin sur Veiideuvre avec la cavalerie de Sébasliani. dette cavalerie allant directement à Dolancourt, devait pousser aussi loin (pie possible sur la route de Troycs par Vendeuvre. On avait également prescrit au général Defrance, qui avait couché h Thors, d'en |)artir h 5 heures du malin pour se rendre à Bar et y prendre la (été de la colonne formée par les troupes du général Hanrion. L<*s parcs de l'armée, couverts sur leurs flancs par l'infanterie, devaient eux aussi commencer leur mouvement à B heures du matin.

Le général Maurin, poslé avec sa cavalerie h Morvilliers, passera l'Aube, soit au pont de Dienville, soit h gué entre Briennc et Har-sur-Anbe el se dirigera sur Troyes. Il doit chercher à savoir si c'est Tchernilrhefl* ou un autre général qui manœuvre avec sa cavalerie sur Brienne.

Sainl-(iermain, partant h 7 heures, suivra par Dolancourt U) niouvenient de Sébasliani et fera connaître au major-général le point où il couchera. On renouvelle en mémo temps à Pire l'oixire lionne le i8 ji 4 heuiTs 1/5 de Taprés-midi de se porter avec sa division el cent gardes d'honneur qu'il lix)uvcra ù Joinville, sur Bar-sui--Aube el Colombey. Il doit chercher à se fîiire suivre par les vivn»s el les souliers qu'il avait trouvés el rassemblés à (Ihaumont.

Macdonald quittera sa position, di^s qu'Oudinot aura dépassé Sainl-Di/.ier el suivra la garde sur Troyes. En raison de la présence des cosaques signalés à Brienne, il fera flanquer sa marche, prtWiendra Oudinot de son mouvement el informera le quartier général du point où il passera la nuit.

A i heun»s du malin Ney reçoit Tordrt* de prendre U^ armes à 0 heun»s du malin el de marcher par Nully el Dolancourl pour se rappriH^her le plus fK>ssible de Troyes.

Arrivé à Nully rKm|>t'nnir. prévenu de Tapparilion de partis de cavalerie qui riklent dans les environs el tenant à couvrir la iuar\'he du grand pan' de Tarmée, ordonne à Siiint Germain de communiquer avec Maurin qui est du cOlé de Monilliers et de resler ;\ Nully jusi|u*à ce qu'une partie du grand jKirc ait dértié.

A3 hcun»s de TapK^s-midi, apri*s la rireplion des courrier^ d*» Tari-i, il ne cons<T\e plus aucun doute sur la gravité de la situa-

tion. Les Aiilrichicns sont entrés à Lyon le 21 et les armées alliées sont snr le point (Je paraître devant Paris. Anssitôt après le départ dn général Dcjean, l'un de ses aides de camp qu'il expédie l\ Paris pour y annoncer son retour et ordoniier de prolonger la résistance, il prescrit au major général *' d'envoyer aux maréchaux Macdonald et Oudinot un aperçu de la situation et de nouveaux ordres imposant de nouvelles fatigues k son armé(». Oudinot et Macdonald doivent hî\ler leur marche par Dolancourt sur Troyes. Maurin partira du point où il se trouve pour aller droit sur Troyes. Un ordre analogue est envoyé à Pire « qui ne s'arrêtera que le temps nécessaire pour faire manger ses chevaux et verra TEmpereur en passant». Dès que ces ordres sont rédigés l'Empereur continue son mouvement sur Troyes d'où, quehiues heures plus tard, il onJonne au général Girardin, aide de camp de Berthier, de partir à franco élrier pour Paris et d'y confirmer la nouvelle de son arrivée immédiate.

Cependant la garde elle-même n'avait |)U pousser jusqu'à Troyes. Elle dut après une marche des plus rudes s'arrêter à Lusigny, tandis que Macdonald ne parvenait pas à dépasser Nully et qu'Oudinot atteignait h grande peine DoulevanL Pire, à la rencontre duquel on avait envoyé deux escadrons et qui avait fait une marche de treize lieues, s'arrêtait à Villv-en-Trodes d*où il se disposait à continuer sur Troyes le 30 à six heures du matin '. Maurin, parti de Morvilliers à deux heures de l'après-midi avait sur l'ordre de Sébasliani, poussé vei's Rouilly afin de couvrir la roule de Piney*.

La cavalerie de Winzingerode, Tettenborn el Tchernilcheff, avait suivi et observé de loin le mouvement de l'armée impériale. Quittant Saint-Dizier, elle vint s'établir le 29 au soir à Montieren-Der, ([ue les avant-gardes seules dépassèrent.

* iMajor-général à MardonalJ cl Oudinot, Pont de Dolancourt, 20 mars. 4 heures do soir : « Noos venons de recevoir les courriers de Paris. L'esprit de la ville est bon. Les ducs de Trêvise et de Raguse qui n ont pas souffert et ce qu'on a pu ramasser à Pari:^, sont en bataille avec une nombreuse artillerie à Claye. Bliiclier a dû entrer aujourd'hui 29 a Meaux. Sa Majesté sera cette nuit à Troyes, demain à Nogent; il faut marcher jour et nuit en prenant leument le$ inlercalles de repos indUpentabtes. » {Archives de la guerre.)

' Pire au major -général, Villy-en-Trodes, nuit du 29 au 30. minuit. (Arehices de la guerre.)

s Maurin au major-gcnéral, Morvilliers, 29 mars, 1 h. 45 après-midi. (/6td.)

Weil.— IV. 10

L(»s nouvelles, que le major-général avait, sur Tordre de l'Empereur, communiquées aux chefs de corps, avaient enlevé même aux plus optimistes d'entre eux le peu de confiance, les dernières lueurs d'espoir, les quelques illusions qui les soutenaient encore.

Macdonald lui-même, quoique le plus discipliné et le moins raisonneur d'entre eux, en écrivant dans la nuit du 29 au 30 * au major-général, ne pouvait s'empêcher d'émettre son opinion et de s'écrier: « Il est trop tard pour secourir Paris, du moins par la route que nous allons suivre; il y a d'ici (de NuUy) près de 50 lieues. En supposant que l'on marche en forçant et sans obstacles, il faudra quatre jours au moins. Mais en quel état sera Tarraée s'il faut combattre, car il n'existe aucune ressource de l'Aube à la Seine, surtout de Troyes h Nogent? Les Alliés étant hier à Meaux auront poussé leur avant-garde, et nous aurons la douleur d'apprendre qu ils sont aujourd'hui aux barrières de Paris. Sont-ce les corps réunis des ducs de Trévise et de Raguse qui les arrêteront assez de temps pour nous donner celui d'arriver? Mais les Alliés ne manqueront pas de se retourner a notre approche : ils garniront la Marne et alors plus de passage I

« Je semis donc d'avis que l'Empereur marche par Sens, appelle h lui tous les corps et détachements par Melun ou Fontainebleau: Ri Paris succombe, ensuite marcher k l'ennemi ou nous rabattre sur Augercau (Macdonald ignorait la prise» de Lyon), livrer une batiiilie décisive sur un terrain choisi après avoir fait reposer nos troupes et, si la Provid(»nce a marqué notre dernière heure, au moins nous succomberons honorablement au lieu de finir comme des misérables, dispersés, pris et dépouillés par des cosaques. Si celle opération ne prévaut pas, il aurait peut-être été plus sage et plus sûr de nous jeter avec nos débris en Alsace et en Lorraine. Quoi ((u'il en soit, réunissons nous, ne nous perdons pas en détail et sans fruit pour notre malheureuse patrie. »

Dispositions générales pour la défense de Paris. — Les craintes du duc d<» Tarente n'étaient malheureusement que trop fondées et les événements allaient se charger de justifier ses appréhensions. Il n'y avait plus à Paris ni gouvernement, bien

* Macdonald au raajor-géuéral, Xully, 30 mars, 4 heures du matiu. {Ar- :kives de ta guerre.)

que Ton eiU désobéi aux ordres <le rEniprreur en y gardant les ministres cl les grands eorpsde l'Elat, ni direction, bien que le lieutenant-général de THnipeivur eût cru devoir rester dans la capitale. Redoutant la responsabilité de ses actes, n'exerçant d'ailleurs qu'une autorité nominale, le roi Joseph après avoir, dans l'après-midi du 29, procédés une reconnaissance sommaire des points par lesquels les Alliés devaient déboucher sur Paris, était rentré aux Tuileries pour y conférer avec (Marke, les minisres et le maréchal Moncey,et arrêter, d'accord avec eux, les dispositions générales de la défense extérieure» et intérieure de la capitale.

A 11 heures du soir, Clarke communiquait aux maréchaux Marmont et Mortier les ordres cjui les concernaient. Pendant la nuit Marmont devait s(» réunir entre La Villette et Les Prés-Saint- Gervais, au corps du général Compans qui passait sous son commandehient, i^t former Taih» droite de la défense sur tout le front s'étendant de La Villette jusqu'à Charenton.

Mortier recevait l'ordre d'opérer la nuit mAme sa jonction h La Villette avec la cavalerie et une partie des troupes du général Ornano, et de se charger h l'aile gauche de la direction de la défense entre La Villette et Saint-Denis.

La garde nationale sous les ordres du maréchal Moncey, et les troupesdu général Hullin allaient occuper les positions de deuxième ligne et avaient pour mission de défendre les buttes de Fontarabie, de Chaumont, de Montmartre, des Batignolles, de Monceaux et de l'Étoile, les jardins de Bercy, Ménilmontant, Charonne, Belleville et la plaine de Clichy. L'artillerie de la garde nationale était chargée de desservir les batteries de l'enceinte. L'artillerie de ligne assurerait le service des batteries du Rouvroy, des Prés- Saint-Gervais et de la butte de Fontarabie.

Inquiétude des Souverains. — Conseil de guerre de Bondy. — Malgré les nouvelles rassurantes que Talleyrand, Montesquiou et Dalberg ne cessaient de faire parvenir au quartier général de l'empereur de Russie, malgré l'arrivée continuelle des affidés et des émissaires dont les rapports permettaient aux Souverains de se rendre un compte exact de la situation générale des esprits, du trouble et de la confusion qui régnaient h Paris, malgré l'enthousiasme que la vue de la capitale avait provoqué

— us -

dans les rangs des armées alliées, Alexandre n'avait pu cliass^M* de son esprit des inquiétudes et des préoccupations ravivées encore par la dépèche du colonel von Swichow, que Wrede venait de transmettre au quartier général, et d'après laquelle Tavantgarde de l'armée de Napoléon aurait occupé Sézanne le 28 au soir.

Ni Alexandre, ni Schwarzenberg ne doutaient du succès final; mais au moment de lancer les ordres d'attaque pour la journée du lendemain, leurs craintes étaient dautant plus naturelles qu'ils n'avaient aucun renseignement positif sur la position de Tarmée de l'Empereur, qu'ils ne possédaient aucune donnée précise sur la direction suivie par les Maréchaux, qu'on n'avait pas môme connaissance de leur arrivée sous Paris. L'empereur de Russie et le généralissime sentaient tous deux qu'il n'y avait pas une minute h perdre, qu'il fallait à tout prix enlever Paris dans la journée du lendemain. Aussi, quelque favorable que fût en somme la situation des Alliés, on se trouvait au quartier général en présence de tant de facteurs inconnus, de problèmes d'une réelle gravité, dont on aurait voulu trouver la solution avant de prendre une résolution extrême, qu'on est malgré soi amené à comprendre et à justifier les craintes d'Alexandre et de Schwarzenberg. L'armée alliée manquait de vivres et avait presque entièrement épuisé ses munitions. Qu'allait-elle devenir si Paris se défendait énergiqucment pendant deux ou trois jours et donnait à rKmpereur le temps d'arriver ? Aussi, après avoir confén» pendant une i)artie de la soirée avec Schwarzenberg, Wolkonsky et Nesseli*ode, après avoir approuvé le dispositif d(» combat préparé par le généralissime, l'empereur de Russie n'avait pu se dissimuler que la gravité des circonstances rendait son intervention directe et personnelle plus indispensable que jamais. Dès que le conseil de guerre fut terminé, il donna à Nesselrode l'ordre verbal de proliler de toute occasion favorable pour traiter de la capitulation de Paris, et chargea Wolkonsky d'envoyer en son nom de nouvelles instructions à Hlucher et au duc de Saxe- Weimar.

Dans la première de ces dépêches adressée à Blucher, l'empereur de Russie lui faisait savoir que Wrède et Sacken restaient momentanément à Meaux, pour couvrir les derrières de l'armée contre un mouvement venant de Sézanne et que Sacken passait temporairement sous les ordres du feld-maréchal bavarois.

« VotreExcellence,écrivailWolkonsky, voudra bien donner au général Sacken les ordres en oonséquenee, en lui recommandant d'envoyer à Trilport trois bataillons d'infanlerie pour y garder les ponts. Quand les équipages et la cavalerie de l'armée auront passé la Marne h Trilport, le général de Sacken veillera à ce qu'on lève deux des ponts et qu'on n'en laisse qu'un seul qui suffira pour assurer le passîige du détachement qui se trouve h La Ferté-sous- Jouarre ». On se préparait ainsi h ramener sur la rive droite de la Marne, dès que les tètes de colonne de l'Empereur se seraient montrées, tous les détachements restés sur la rive gauche de cette rivière. Du reste Wolkonsky ajoutait dans la même dépêche : « Pour conserver notre communication avec les Pays-Bas, il ne nous reste que la route de Compiègne h La Fère. Votre Excellence verra la grande importance de s'emparer d'avance de Compiègne pour s'assurer de la ligne mentionnée*. » Dans cette dépêche, Wolkonsky donnait en outre h Blûcher des ordres spéciaux relatifs h l'attaque :

« S. M. l'Empereur de Russie désire que V. E. fasse attaquer, demain h cinq heures du matin, la hauteur de Montmartre afin de s'en rendre maître. L'armée du prince de Schwarzenberg attaquera de son côté les hauteurs de Romainville. S. M. suppose qu'en étant maître de ces deux points, on pourra par Ik faciliter les négociations qu'on se propose d'entamer avec la ville de Paris. » Cet ordre, s'il eût été exécutable*, aurait eu des conséquences

* Wolkonsky à Bliicher, Bondy, 29 mars. (Journal des Pièces expédiée», n*^ 244; dépêche originale en français.)

* L*officier prussien, le capitaine von Reichenbach, que le chef d'état-major de Tarmée de Silésie avait envoyé le 29 dans Taprèi^midi au grand quartier général avec la mission spéciale d'en rapporter au plus vite les ordres pour la journée du lendemain, s'était d'abord rendu à Claye où Ton croyait encore le généralissime et ne Tavait rejoint à Dondy qu'après avoir fait de nombreux détours. On ne lui remit les ordres qu'entie il heures du soir et minuit. L'officier demanda en vain qu'on lui donnât un cheval frais et un guide. On l'obligea à se remettre en roule sur le cheval exténué de fatigue qu'il avait monté toute la journée et, comme on prétendait manquer de guides, on se contenta de lui indiquer sur la carte un chemin qui, traversant la forêt de Bondy, devait le conduire à Villepinte. L'officier prussien s'égara dans la forêt. Après avoir erré toute la nuit à l'aventure, il s'estima heureux de retrouver enfin la route de Claye, mais il ne put arriver au quartier général de l'armée de Silésie que le 30 à G heures du matin. (D'après le Tagebuch du comte Noslitz (Krieyigeschiehlliclte EnizeUchriften hernusgeyeben vom Gros$en Generalslabe, 1884. \W 135.)

considérables, puisque; l'armée de Silésie se sérail dans ce cas établie sans coup férir sur des hauteurs que les soldats de Mortier n'occupèrent qu'après l'heure énoncée dans la dépêche.

Avant d'adresser à Raieffsky, îi Seslavin, h Kaissaroif , à Tchernitcheff et Ilowaïsky XII des instructions de détiiil complétant la disposition du généralissime, l'empereur de Russie avait envoyé au duc de Saxe-Weimar la dépêche suivante ; « Nos armées sont devant Paris, que nous attaquerons demain et dont nous espérons nous emparer. Mais la route de Compiègne et de Soissons étant notre unique ligne de communication, il est de la plus haute importance de s'en assurer et de la tenir libre. Le général von Bfdow en est chargé ; mais il dispose de trop peu de monde. Sa Majesté désire que vous le fiissiez rejoindre immédiatement par le général von Borstell et i)ar toutes les troupes appartenant au III* corps. Sa Majesté désire également que vous preniez vivement l'offensive. 11 résulte en effbt des rapports du Ministre de la guerre h Napoléon, rapports que nous avons interceptés, que le général Maison n'ayant à sa disposition que 5,000 honnnes, est hors d'état de vous tenir tête. »

Entîn, comme on l'avait dc^à fait après Leipzig, on chercha h s'emparer de la personne de Napoléon en promettant 500,000 roubles h quiconque l'amènerait au quartier général.

Disposition générale et ordres de détail pour l'attaque de Paris. — Le généralissime n'était pas moins préoccupé que l'empereur de Russie. S'il était, comme Alexandre, parfaitement nu courant du mouvement de l'opinion publique» et des menées des conspirateurs, il était bien incomplètement renseigné sur la situation militaire de la ca|)itale, sur les mesures défensives prises par h» lieutenant de THnipereur. De plus, si l'on considère que, depuis plus de vingt-quatre heures, Schwarzenberg était sans nouvelles des corps de cavalerie chargés de lui faire connaître les mouvements des Maréchaux et la direction suivie par

D'ailleurs, mOmo si HeicheDbacli eût réussi à rentrer directement au quartier général de l'armée de Silésie. Im diiïérents corps de cette armée n'auraient guère pu recevoir leur ordre de mouvement que vers 4 ou S heures du matin. Enfin il est hon de se rappeler que, dans ce cas même. Langeron, posté au Bourget. aurait eu encore près de dix kilomètres à faire pour arriver au pied des buttes Montmartre et que les autres corps de l'armée de Silésie étalent tous cantonnés on bivouaques plus en arriére.

l'armée do Napoloon * et qu'il n'avait reru (jiio le renseignement erront^ émanant dn colonel von Swichow, on s'expliquera les raisons pour lesquelles, obligé de provoquer par lous les moyens une solution immédiate, le généralissime ne put dans ses dispositions (pfesquisser îi grands traits le rôle réservé aux trois groupes principaux des armées alliées (»t se borna h délimiter la zone probable d'action de chacun de ces groupes.

« L*aile droite de la grande armée, écrivait le généralissime", formera le centre de l'attaque et se i)ortera dès la pointe du jour contre les hauteurs de llomainville et de Helleville. L'aile gauche de cette armée descendra la Marne (»t se dirigera sur Charenlon et Vincennes.

« L'armée deSilésie, formant l'aile droite, débouchera au môme moment de Saint-Denis et du Bourget et attaquera Montmartre. Le feld-maréchal Blficher réglera à sa guise l'emploi et la répartition de ses troupes et prendra ses dispositions pour l'attaque quand il sera h proximité du champ de bataille.

« Les corps de Sacken et de Wréde restent pendant la bataille k Meaux et ù Trilport et couvrent les derrières des troupes engagées sous Paris contre les mouvements que pourrait entreprendre l'empereur Napoléon venant de Vitry avec son armée. »

Les dispositions spéciales à la grande armée alliée ne sont guère plus précises, plus nettes et plus détaillées que la disposition générale. On se borne à régler la marche des deux colonnes qui, se servant l'une de la roule de Meaux, l'autre de celle de

* Scliwarzeoljerg, en même temps qu'it faisait partir la disposition générale, avait envoyé des instructions aux chefs des corps volants. TchernitchefT reçut l'ordre d'envoyer, par Sens, des partis sur la route de Fontainebleau, liowaïsky XU devait, le 30, au matin, faire passer sur la rive gauche de la Marne des cosaques charges do hatlre les roules de Lajrny, Croissy, Tournant et Bric-Comte-Robert, de reconnaître les ponts existant en amont du conQuent de la Marne sur la rive droite de la Seine, d'établir et de maintenir la communication avec Seslavin. On conHait à ce dernier général le soin de balayer la rive droite de la Seine, depuis Pont-sur-Seine jusqu'à Melun. d'envoyer des colonnes volantes sur les routes menant de Nemours à Paris par Moret et Footaincbleau, de se relier avec Kaïssaroff.

Après avoir chargé Kaïssaroff de la surveillance de la rive droite de la Seine entre Paris et Montereau, Seslavin devait passer sur la rive gauche, s'y établir et envoyer des renseignements précis sur la marciic de l'Empereur.

= Disposition générale pour Fattaque de Paris, Bondy, 39 mars, 1 1 heures du soir ; Starke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im MonateMârz. {K.K. KnegiArchiv.,l\\, t.)

lonna de Noisy-li*-Sec i\ Bondy ; les gar ye.s et réserves campèrent aux environs de Ville- Parisis. Les Souverains et le généralissime s'inslallèrenl au chî\leau de Bondy. A l'aile droite l'avant-garde de Kal/ler s'arrèla h Drancy : les l""^ et 11° corps à Aulnay-les- Bondy; Langeron î\ leur droite au Bourget; WoronzotF, avec l'infanlerie de Winzingcrode et le quartier général de Tarmée d<» Silésie, en deuxième ligne derrière les I^f et II« corj)S à Villepinte.

Positions des généraux Compans et Ornano, des maréchaux Harmont et Mortier, le 29 mars au soir. ^ Pendant que Compans se relirait devant les Russes du prince Eugène de Wurtemberg, Ornano, sorti de Paris avec la division Michel (conscrits tirés des dépôts de la garde), venait de dépasser Pantin. Informé du mouvement rétrograde de Compans, Ornano, pensant qu(» ce général ne manquerait pas d'occuper Pantin, ramena sa division sur la position qui s'étend entre La Chapelle et Les Prés- Sîiinl-Gervais. Mais au lieu de se diriger sur Pantin, (Compans, croyant de son côté ce village occupé par les troupes d'Ornano, envoya à la cavalerie de Vincent, en position en avant de La Villelte, l'ordre de bivouaquer en avant de La Chapelle pour couvrir les comnmnications entre Paris et Saint-Denis et vint s'établir à l'ouest des Prés-Sain t-Gervais sur la bulte Beauregard qui domine C(; village et se relie h la position de Belleville, laissant aux troupes du maréchal Marmont, arrivées h Montreuil dans l'aprèsmidi du 29, le soin de défendre et d'occuper à sa droite Bagnolet et Romainville. Pantin resta par suite inoccupé, puisque les avantpostes français se tinrent à l'ouest de ce village et que les grandgardes du général Helfreich avaient dû, par ordre des souverains, se rapprocher de Noisy-le-Sec.

Partis de Melun et de Guignes, le 29 au point du jour, les deux mai-échaux, après avoir opéré leur jonction h Brie-Comte- Uobert, s'étaient dirigés sur Charentoii où ils arrivèrent d'assez bonne heure; mais le désarroi était si grand qu'ils n'y trouvèrent aucune instruction et qu'après avoir passé la Marne, la tète de colonne du duc de Raguse resta h Montreuil. Le gros du corps de Marmont s'arrêta à Charonne, Vincennrs et Saint-Mandé; rintanterie de Mortier, plus en arrière encore, à Bercy etConllans; la cavalerie, à Picpus.

— ua —

Il ost d'autant plus diflicili? do découvrir roxplication de col arrôl iucouipréhensiblo que, dos lo î29 îi 9 houros ol h il houres du matin, Clarko, par la première de ses dépochos, informait Compans de Tarrivéc» prochaine dos Maréchaux qui se porleront de son côté pour lo soutenir. Dans la socondo. on lui recommandant de communiquer au plus vite avec lo duc de Raguso, il ajoutait : « Le salut ih ÏElat di^pend peut-iMn» d(; pouvoir contenir l'ennemi pondant deux ou trois jours >• et il conseillai! à Compans d'occuper los hauteurs de Romainville *. A 4 heures de l'après-midi, le Ministre renouvelait h Compans l'ordre de se réunir k Marmont et de j)rendre ses ordres. Mais au milieu dos préoccupations de toute sorte qui Tassiégc^aient et peu accoutumé d'ailleurs a songer à tout, à s'assurer de l'exécution des ordres donnés, Clarko oublia de comploter los instructions par trop vagues qu'il avait adressées aux Maréchaux. Malgiv cela, Marmont et Mortier no sont pas non plus exempts de reproches et, bien ([u'ils puissent invocpier pour leur excuse la fatigue de leurs troupes épuisées par des marches forcées, ils auraient di\ néanmoins, aussitôt après leur arrivée sur la rive droite do la Marne et de la Seine, faire demander dos instructions au Ministre et au roi Joseph. La direction suivie par les armées alliées leur était bien connue et au lieu de s'arrêter au sud-est de Paris, Marmont aurait dû, dos Taprès-midi du 29, se décider h pousser son avant-garde vers les hauteurs de Romainville, pondant que Mortier aurait été s'établir h la gauche de Compans et de Vincent.

Mouvements de l'armée de l'Empereur. — L'Empereur, dont l'arrivée seule aurait pu réparer les fautes commises par ses lieutenants et ses ministres et prolonger la défense de Paris pendant les quelques jours dont son armée avait besoin alin d'arriver sous les murs de la capitale, avait tenu, avant de partir de grand matin avec la cavalerie de sa garde de Doulevant pour Dolancourt, à assister à l'expédition des ordres de mouvement sur Troyes*, qu'il avait dictés pendant la nuit au major-général.

* Clarke ù Compans, Paris, 39 mars, 9 et li heures du matiu, et Clarke à Marmont, 29 mars, 11 heures du matin {Archiva de la guerre).

» Major-géndral à Séhastiaiii, Saint-Germain, Defrance, Mauriii, Pire, Ney ut Macdonald. Doulevaut, S9 mars, 3 heures du maliu. (Archives de la guerre.)

ocnipîiitMU ou allaieiU occuper dans la matinée du 30 les positions indiquées ci-après :

A r(»xlrên)o droite, la cavalerie des généraux Chastel et Vincent devait se déployer en bataille en première ligne entre Gharonne H Montreuil. Le l®"* corps de cavalerie (divisions Bordesoulle et Merlin) avait ordre de former une deuxième ligne en arrière de la roule de iMontreuil. Sur l'ordre du roi Joseph, Tinfanterie du 6" corps allait s'établir; la division du duc de Padoue h Monlreuil-sous-Bois et sur le plateau de Malassise; la division Lagrange en bataille en avant du parc des Bruyères, fi droite et h gauche du chemin de Bellcville à Romainville; la division Ricard, formée par bataillons en masse, en réserve dans le parc des Bruyères et en avant de la butte des Tourelles. A gauche des divisions du G« corps et placé également sous les ordres du duc de Raguse, le général Compans, qui garnissait avec sa division le bois de Romainville et Les Prés-Saint-Gervais, avait envoyé le général Ledru des Essarts occuper la butte Beauregard. La division Boyer de Rébeval, rattachée aux troupes de Marmont et de Compans, était j)Ostée dans la plaine, au nord des Prés-Saint- Gervais, entre Belleville et le canal de TOurcq, couvrant la route de Pantin.

Le duc de Raguse disposait en somme, d'après les situations d'ellectifs du 29 mars, de 3,310 hommes et de 1421 chevaux appartenant au (>« corps, des troupes des généraux Compans, Ledru des Essarts, Boyer de Rébeval, Chastel et Vinc(»nl, s'élevant à <»nviron 7,000 hommes, dont 1400 îi 1500 chevaux, soit un total pour Taile droite de 11,700 hommes, sans y comprendre les 400 hommes qui gardaient le chi\leau de Vincennes, les SOO hommes fournis par la garde nationale, les vétérans, etc., qui occupaient Saint-Maur et Charenton, et les six compagnies de grenadiers de la garde nationale (|ui, avec l(»s élèves de FÉcole Polytechnique et 28 canons, étaient en position h la barrière du Trône. La défense de Taile droite disposait encore, en fait de batteries de position, d'une balterie de quatre pièces sur la butte de Fontarabie, enfilant la roule de Montreuil ; d'une autre batterie de six j)ièces sur le mont Louis (Père-Lachaise), battant d'écharpe l(î chemin de Charonne îl Ménilmontant ; de deux batteries établies, l'une an sud-ouest du parc des Bruyères, l'autre k la butte Beauregaïul, commandant les abords des Prés-Saint-Gervais;

(l'uno battorie de douze pièces de li en avant des Pi»és-Sainl- Gervais ; d'une de quatn* pièces sur la bulle Chauinonl et enfin, sur les bords mômes du canal de TOurcq au Houvroy, au point oi\ la gauche de la division Boyer de Rébeval se reliait h la division Michel, d'une batterie de dou7.e pièces de 12 qui défendait le débouché entre Pantin et Bomainvillc

L*aile gauche placée sous les ordres du maréchal Mortier, chargé de la défense du front s'étendant depuis Pantin jusqu'il Saint- Denis, se composait des divisions de jeune garde Charpentier, Curial et Christiani (4,900 hommes) et des 1900 chevaux de Belliard.

Ces troupes parties îi la pointe du jour de leurs cantonnements de Picpus, vinrent, avant d'occuper les positions de La Villelle et Montmartre, renforcer vers sept heures du matin la gauche de Marmont. La division Charpentier se njassa en n'^serve au pied des buttes Chaumont; la division Curial, arrivée derrière Pantin, était provisoirement chargée de soutenir la brigade Sécrétant de la division Michel. La division Christiani poussa seule jusque entre La Villette et La Chapelle, s'établit en soutien de la brigade Robert (division Michel), dont les avant-postes occupaient Aubervilliers. La cavalerie de Belliard devait venir se déployer entre La Chapelle et Saint-Ouen en avant de Clignancourt, h hauteur des restes des retranchements élevés en 1792. Les dépôts de cavalerie de la garde (800 chevaux sous le général Dautancourl), formaient la gauche de la cavalerie et s'appuyaient h l'avenue de Saint-Ouen.

L'effectif des troupes de Mortier s'élevait, en y comprenant la division Michel cl la cavalerie de Dautancourl, h environ 11,000 hommes. 600 hommes fournis par un bataillon de jeune garde et deux cadres d'infanterie de ligne formaient la garnison de Saint- Denis, et 550 hommes provenant des dépôts d'infanterie et d'une compagnie de vétérans, gardaient les ponts de Neuilly, Saint- Cloud et Sèvres. En fait d'artillerie et sans parler ni de la batterie du Rouvroy, ni des vingt pièces ramenées par les Maréchaux, Mortier disposait i\ l'aile gauche d'une batterie de cinq pièces sur la butte Montmartre et de deux pièces on position au pied de cette butte, îi la bifurcation des roules de Saint-Ouen et de Clichy.

Mais ces 25,000 hommes, affectés h la défense extérieure de la capitale, étaient pour la plupart en mouvement pour se rendre

le 30 au matin des points on ils avaient passé la nuit aux positions de combat qu'on aurait pu et dû leur faire occuper dès la veille. Seules, les divisions nonvellement formées des généraux Boyer de Kébeval et Michel, et les troupes que Compans, Ledru des Essarts et Vincent avaient ramenées de Meaux et de Clave, garnissaient au centre, le 30 au matin, une ligne partant des abords d'Aubervilliers, ri^oignant le canal de l'Ourcq en arrière de Pantin et s*étendant jusque vers le plateau de Romainville, du côté des Prés-Saint-Gervais.

Knfin, pour terminer l'exposé des forces dont disposait le roi Joseph, il est indispensable de faire entrer en ligne de compte environ 2,000 hommes appartenant aux dépôts de la ligne et de la garde, 12,000 hommes fournis par la garde nationale et postés pour la plupart depuis Bercy et Fontarabie jusqu'à la barrière de rf^toile, un millier d'artilleurs de la garde nationale, de la ligne et de la marine. L'effectif total des forces susceptibles de prendre part à la défense de Paris s'élevait par suite h près de 42,000 hommes et 134 bouches k feu.

Malgré le temps qu'on avait perdu au passage de la Marne, malgré les pertes considérables qui avaient réduit les corps d'armée à la moitié environ de leur effectif primitif, malgré le détachement de Bùlow et de la division légère de Maurice Liechtenstein et l'arrêt imposé à Sacken et à Wrède, les Alliés disposaient néanmoins, pour l'attaque, de forces plus de trois fois supérieures en nombre h celles de la défense, et plus de cinq fois plus nombreuses que les troupes de Marmont, Mortier, Compans et Ornano.

Si l'on se reporte aux termes de la disposition du généralissime on verra en effet que les corps de la grande armée devaient amener à Taile gauche de l'attaque les 27,000 hommes des 1V« et 111« corps, au centre les 12,000 hommes du Vl« corps et les 16,000 hommes des gardes et réserves russes et prussiennes, tandis que l'armée deSilésie devait entrer en ligne îl l'aile droite avec 47,000 hommes fournis par les corps russes de Langeron et l'infanterie de Winzingerode et pjir les l*' et II* corps prussiens. L'attaque disposait donc de troupes formant un total d'un peu plus de 100,000 hommes*.

* Situation et ordre de bataiUe des armées aUiées le 30 mars au matin :

I)<»s deux cC)ivs 0» avait donc, avant inriin» do s'enj^af^or, commis des faillis que de part el d'aulrc on essaya de réparer des le matin. Pendant que Mortier filait avant li* jour et suivait les boulevards extérieurs de Cliaronne jusqu'à Belleville, Marmont qui avaU comme les Alliés, reconnu Timporlance de la position de

(irande arro(*c siiqa les ordros du feld*marérlial pniirc deSchwarzenberf; :

Aile gauche. — Prince royal de Wurlcmhorjr : IV« corps (Wurlemliergeois) — Avant>garde : général-Iieiitenniit priin* Adam de WiirlcinlK^rg ; cavalcrif' aa- Irirhienne et worteTnl)crgeoi<c de» |rén Taux von WalHlebeii et Jctt et brigade d'infanterie von StO('kma>er. — (Jros, Wnrtembergeois : feldzt*ugm«Mster comte de Kranquemont. C^ division : ^néral-lieutenant baron Kocli ; hrigadei prince llolienlolic, von Misinui et von Lalaiice. V division : gt^ncraUlieutenant von Doring (régiment d*infanterie, n® 7) et li brigadt^ StcH'kmayer détachée à l'avant-garde. — Autrichiens : fclt|-roaréclial>lieulcnant comte Nostilx. Brigade de grenadiers du général Trcnk et brigades de cuirassiers do général comte Desfoars el du colonel von Se>minn. — Total du IV* corps : 15,000 hommes qui, partis à 5 heures du matin d'Aniiet, sont en marche sur Saint- Maur, Charenton et Vinreniies.

III*' corps : feIdzeugmeiàttT comte (jyulay. Avant-garde : feld-maréchat lieutenant comte Crenneville; brigade Hecht. — Gros : (^ division : feldinjiré<*hal-lieutenant von Weiss; brigades Splén> et (irimmer. — %^ division : feld*maréchal-lieutenant comte Fresm»! ; brigades efliiger et Longueville ; environ 1:2,000 hommes en train de passer la Marne à Meaux. — ÈfTectif total : 27,000 hommes.

Centre. — Général d'infanterie conîte Barclay de Toll). VI* corps : général de cavalerie Raïeiïsky. \^^ corps d'infanterie russe : général-lieutenant prince GortchakofT 11. — R* division : général-major Mezentzoff. — 14® division : général-m-»jor von llelfreicb. i^ corp^ d'infanterie russe : général-lieutenant prince Eugène de Wurtemberg. — S*' division : général-lieutenant prince SchiikhoflTskoï. — 4« division : général-lieutenant Pisrhnitzky. — Corps de cavalerie : général-lif-utenant comle Fabien. Division de hussards : généralmajor Budinger. Brigade de uhlans : général-major Lissanovitch. — Total du VI* corps : 12,000 hommes.

Le VI* corps o:cupe le 30 au matin les positions de première ligne.

Gardes et ré:>erves : général comte .Miloradovitch. 3* (*orps de grenadiers : général-lieutenant comte Lambert. P* division de grenadiers : général-lieutenant Tschoglokoiï. 2* division de grenadiers : général-lieutenant Paskiévitch. Garde impériale russ<* : général-lieutenant YemiolofT. 1*^ division d'infanterie de la garde : général -lien tenant baron Rosen. 2* division d'infanterie de la garde : général-lieutenant von l'dom. Brigade d'infanterie de la garde prussienne et badoise : colonel baron von Alvensleben. — Cavalerie : Division de cavalerie légère de la garde russe : général-lieutenant T*chalikoiï. — (k)rp8 de cavalerie de réserve : grand-duc Constantin, i^^ division de cuirassiers : généial-lieutenant Depreradovitcli 2* division de cuirassiers : général-lieutenant K'étoiï. 3* division de cuirassiers : général-lieuttuiant Duka. Brigade de cavalerie de la garde prussienne : colonel La Roche von StarkenfeN. Environ 16,000 hommes en deuxième ligne et en soutien du VI* corjis. — Effectif total du centre : 28,000 hommes.

Aile droite, — Armée de Silésie : Feld-maréchal von Bliicher.

Komainvillo, ôlail parti avant le jour de Sî'.iiit-Mandé, Monlreuil, Malassis(î et Bagnolet, dans l'espoir de les devancer sur ce point que CiOnipans avait évacué la veille, et qu'une reconnaissance» envoyée h minuit avait encon» trouvé inoccupée '.

Le général Haiellsky avait eu la même idée que le duct de Uagus<\ Atin de réparer au plus vite la faute commise la veille an soir, en obligeant les généraux Helfreich et Rotli à évacuer Pantin, le commandant du VI'" cor|)s avait prescrit au général

Corps russe du gêiiOral-lieutenaut comte Laiigcron : 8' corps d*iiifantcric : gt^tiéral-lieutenant Hudsewitdi. 9^ corps d'infanterie : Kénéral-Iiou tenant KarniélofT. 10^ corps : géniWI-iieatcnant Kapse>^itcli. 4° corps do cavalerie: géncral-licutenant baron Koriï. (Kri marche, di^bouclicra sur le cliamp de bataille à partir de 10 heures) : 47,000 hommes.

1^' corps prussien: g<>n6ral d'infanterie von York; i'* division : générallieutenant ilorn : 2° division : Prince Guitlaume de Prus.so. Cavalerie de réserve du général von Jiirgass: 10,000 hommes.

11' corps prussien : général-lieutenant von Kleist . 0° brigade : général von Klu\: 10* brigade: général von Pirch. Cavalerie de réserve du général von Zieten : 8,000 hommes.

Corps d'infanterie russe des généraux comtes Slrugunofl cl Woronzoll (infanterie (lu corps Win zingerodc) : 12,000 hommes.

Ces trois derniers corps viennent d'AuIiiay et de Villepinto et suivent le corps de Langeron. — EÏTectif total de l'aile droite : 47,000 hommes.

Outre ces 102,000 hommes, les Alliés dispos«iiont encore des corps suivants détachés à proximité et (louvant rejoindre au premier appel : Y* corps d'armée (Austro-Bavarois) : feld maréchal comte Wréde. 20,000 hommes à Meaux et <:orps volants formés par les cosaques des généraux Kaïssaroff et Seslavin sur TAube et sur la Seine. 6,000 hommes appartenant à la grande armée.

Corps russe du général-lieutenant baron Sacken : 10,000 hommes à Trilport. Corps de cavalerie de Winzingerode du cAté de Troyes : 7,000 hommes dépendant de l'armée de Silésie, soit un total de 43,000 hommes.

Il convient en outre de se rap|)eler que Biilo\^ assiégeait Soissons avec les 17,000 hommes du 111^ corps prussien et que la division légère du prince Manrici; Liechtenstein (4,000 hommes) avait été laissée du cAté de Chàtillonsnr-Seinc, Montbard et Semur.

Kntin si, aux chiiïres qui précédent, on ajoute encore 17,000 nou-combattanU comprenant les trou|»es emplo}ées à la garde des quartiers généraux et des pan*8, les soldats du train, les escortes des con\ois et des bagages, les pionniers, sapeurs, infirmiers, etc., on arrive pour les deux armées alliées opérant contre Paris, a un effectif total de 183,000 hommes présents sous les drapeaux le 30 mars au matin.

i Uarmo.nt, Mémoires, VI. 24J292.

Marmont reproche à loiDcier en\o>é en reoonnaiisance de n'a>oir pas été a Homainville. C'est là un moyen a:îsez simple de S4* décharger d*uiic responsabilité, l/oflicicr envoyé par le duc de Ragu^e avait fioussé juxju'à Romainville et n'y avait trouvé personne. C'était par suite au maréchal de voir s'il voulait faire occuper la |K)sition de suite ou attendre le jour pour le faire.

Hcifreich do iiu'lln' la 14° division en niarclie avant la poinlr du jour; ce gi^ncral devait jelor vivomrnl la hrigadc Holh (:2o« v{ 20" régiments de chasseurs) dans Pantin, et la brigade Lialin (régimenls de Tenguinsi; et d'Kslhonie) dans Honiainville. Vers 0 heures, au moment on la I 4® division russe eommençait le feu, le prince Eugène de Wurtemberg avait fait prendre les armes à son 2« corps et se préparait de son colé, à (piiller Noisy-le-See. Les généraux russes espéraient parvenir à réoccuper sans coup férir leurs positions avancées de la veille. Mais la marche de Marmont, l'offensive prise par ses troupes entre Homainville et Pantin, Timportance que h» duc de Haguse attachait h la possession de CCS deux villages allaient, dés le débtit, moditier lecaraetére que les Alliés auraient voulu donner à Taction et les obliger îi entamer sérieusement la lutte avant l'entrée en ligne du gros de leurs forces.

Observations sur la situation des troupes de l'attaque et de la défense, le 30 mars à 6 heures du matin. — Avant dVtudier dans ses détails cette bataille de Paris, engagée sans ensemble et soutenue sans direction, cette bataille dans laquelle la défense» prit l'offensive pour essayer de réparer les fautes inconcevables commises dans la journée du 29, il est indispensable de jeter un rapide coup d'œil sur la situation des deux armées au moment où le premier coup de canon tiré à Pantin donnait le signal de Faction qui allait décider du sort de la France. Un heureux concours de circonstances, la direction excentrique donnée dès la veille à l'armée de Silésie, le relard apporté h la transmission des ordres remis au capitaine» von Reichenbach, la répartition tout au moins singulière des corps de la grande armée alliée sur le front d'attaque allaient, non seulement permettre h la défense de regagner in entremis une faible portion du temps perdu en lui donnant la possibilité de faire arriver une |>arlie de ses troupes sur les positions qu'elles auraient dû occuper dès la veille, mais encore lui assurer, pendant les premières heures de la matinée, une supériorité numérique inespérée. De part et d'autre on avait commis la faute d'abandonner Pantin et Romainville; mais il fallait bien peu de temps au général Compans, dont l'infanterie avait bivouaqué sur la bulte Beauregard, pour s'établir sur le plateau de Romainville.

De plus les lrou|M's de Marniont n'avairnl que peu de chemin h parcourir pour se porter de ÎWalassise et de Bagnolel sur la position ceutral<s pour opérer leur jonction avec (k)mpans, pour sVtablir fortement sur le plateau el empêcher ainsi h»s Russes de déboucher de Pantin. L'aile gauche de la défense était seule dégarnie de troupes. La cavalerie de Vincent avait reçu, il est vrai, l'ordre de (|uitter les environs de La Chapelle; mais c'était vers 10 heures seulement qu'on pouvait s'attendre à voir déboucher sur la gauche de la division Michel les têtes de colonne du maréchal Mortier, chargé de défendre la partie du champ de bataille s'élendant du canal de l'Ourcq à Monlmartre.

De ce rùté, l(»s Alliés auraient à peine rencontré un semblant de résistance si, comme le prescrivait la disposition, leur aile droite (armée de Silésie), avait pu entrer en ligne entre 5 et 6 heures du matin.

Sans insister à nouveau sur le fait que les ordres de mouvement nélaient pas encore arrivés au quartier général de l'armée de Silésie, il fallait de toute façon tenir compte du temps matériel nécessaire pour amener sur ce front les corps échelonnés depuis Le Bourget et Le Grand-Drancy jusqu'à Aulnayles-Bondy et Villepinte.

On avail de |)lus réglé d'une façon peu rationnelle les mouvements des corps appartenant à la grande armée. On s'était laissé troubler oulre mesure par la dépêche, peu vraisemblable cependant, du colonel von Swichow. On avait n'^ellemenl cru pendant quelque temps que Napoléon et son armée étaient arrivés le :28 au soir à Sézanne, et pour cette raison on avait immobilisé 30,000 hommes,représenlés par les corps de Wrède et de Sacken. Kn admettant même qu'on ait pu momentanément ajouter foi à la dé|>êche du commandant de Vilry, il nous semble cependant qu'il eiU été plus logicjue de laisser le corps Sacken continuer son mouvement h la suite de l'armée de Silésie. Quoi qu'il arrivât et |>uis<|u*en cas d'attaque dirigée sur les derrières de la grande armée on se proposait de couper et de lever les ponts de la Marne, il était, d'autre part, inutile et contraire aux véritables principes d'arrêterle V« corps. On pouvait proWler du relard éprouvé par le 1II« corps au passiige de la Marne, retard qui ne lui permettait d'arriver à |)ro\imité de Paris que dans ra|>rès-midi du 30, pour lui conli(T la garde des derrières et la protection des ponts, des

Irains et des parcs et donner aux corps de Sacken et de Wrèdc l'ordre de marcher par la rive droite de TOurcq et de venir se former au plus vile h la droite du VI* corps, pendant que les •47,000 hommes de l'armée de Silésie auraient débordé Montmartre par Touest et auraient réussi à entrer dans Paris presque sans coup férir. Tout en cherchant h amener par les armes une solution qu'on voulait prompte et immédiate, on s'était non seulement privé du concours de plus de 30,000 hommes, mais les dispositions prises étaient si singulières que les Alliés n'allaient pouvoir opposer à Marmonl et à Compans, de 6 à 7 heures du matin, que les 2,000 hommes formant la 14« division (général Helfreich), puis de 7 k 11 heures, qu'une douzaine de mille hommes du VI« corps, renforcé par la 2« division de cuirassiers du général Krétoff.

Combats de Pantin et de Romainville. —La situation générale était donc loin d'être défavorable îi la défense, au moment où les Russes du général Helfreich s'engageaient à Pantin avec les tirailleurs de la division Boyer de Rébeval, soutenue et encadrée à sa gauche du côté de la route d'Allemagne par la division Michel. Pendant ce temps, Compans et Ledru des Essarts s'avançaient des Prés-Sain t-Gervais vers Romainville, tandis que les tètes de colonne de Marmonl. débouchaient de Bagnolet et commençaient îi gravir les pentes du plateau.

Pendant qu'on se fusillait h Pantin, l'empereur Alexandre, après avoir donné ses dernières inslructions au comte Nesseirodc et au colonel Orloff, son aide de camp, montait à cheval pour se rapprocher du champ de bataille et envoyait au prince Eugène de Wurtemberg Tordre de soutenir, avec le 2« corps d'infanterie et les cuirassiers de Krétoff, la division du général Helfreich.

Bien que la division Helfreich eût réussi à empêcher les soldats de Boyer de pénétrer dans Pantin et les eût même obligés à se replier sur la brigade Sécrétant (division Michel), le prince Eugène de Wurtemberg avait reconnu l'impossibilité, non seulement de déboucher de Pantin, puisque la vallée était balayée par les feux croisés des batteries de position du Rouvroy, de la butte Beauregard et des Prés-Sainl-Gervais, mais même de se maintenir dans ce village s'il ne parvenait pas h se rendre maître, d'abord de Romainville, puis des Prés-Saint-Gervais. Il avait

Well. — IV. il

d'ailleurs remarqué que des colonnes de troupes françaises se portaient rapidement sur Romainville d'où elles auraient commandé toute la plaine et dominé la route de Meaux. Il s'agissait donc moins de renforcer la 14« division engagée à Pantin, que de devancer les Français à Romainville et de s'y maintenir à tout prix jusqu'à l'entrée en ligne des gardes et réserves et des corps de l'aile gauche. Aussi le prince Eugène de Wurtemberg, au lieu de se conformer aux ordres qu'il venait de recevoir, prescrivit au général prince Schakhoffskoï d'occuper sans retard Romainville avec la 3» division d'infanterie, et chargea le général Pischnitzky, auquel il fit prendre position au pied des hauteurs de Romainville, de soutenir le général Helfreich et de chasser les Français des abords de Pantin. Pendant que le général Pischnitzky accomplissait sans trop de peine la mission dont le prince l'avait chargé, les cuirassiers de Krétoft, dont il ne savait que faire pour le moment, se massaient en réser\^e en arriére de Pantin. Le prince s'était d'ailleurs empressé de rendre compte de la résolution qu'il avait cru nécessaire de prendre de sa propre autorité et avait adressé au général d'Auvray, chef d'étatmajor du \l^ corps, avec prière de le transmettre h Barclay, lo billet suivant rédigé en français : « Romainville est la clef du terrain et doit être occupé; un sanglant combat y attend le II® corps. 11 se dévoue. Ce n'est pas la première fois. J'espère un prompt secours. Eugène*. » Malgré cela, Raïetfsky faisait savoir au commandant du i^ corps russe que, « se conformant aux ordres qu'il venait de recevoir », il se portait avec la 5« division d'infanterie (MezentzofI) et la cavalerie légère de Pahlen plus à gauche dans la direction de Bagnolet et de Montreuil. Mais Barclay de ToUy, plus libre de ses actions que le général Raïetfsky, avait approuvé la résolution prise par le prince et ne tardait pas à lui annoncer que les grenadiers se mettaient en route pour le soutenir. Il s'agissait donc de tenir ferme jusqu'à l'arrivée de ces renforts, jusqu'à l'entrée en ligne de la division Mezentzoff ; c'était là chose d'autant plus diflicile que, des deux divisions du S* corps, l'une était indispensable à Pantin et l'autre, à peine suffisante pour se maintenir à Romainville et empêcher la brigade Chabert, sou-

* Journal du 3* corps dWanterie. {Archiva topographiquei, n® 47344.)

tenue par la division Ledru des Essaris, de déboucher du bois de Romainville et de pousser vers le village.

De 7 à 9 heures du malin, les deux divisions du i^ corps russe et la 14® division (Helfreich), bien que cruellement éprouvées par le feu des Français qui leur mil plus de 1500 hommes hors de combat, parvinrent néanmoins à conserver Pantin et h se maintenir h Romainville, dont la possession était d'autant plus importante pour les Alliés que la perle de ce village aurait empoché la 5® division d'intanlerie (général Mezentzoff) d'achever son mouvement sur Bagnolel. Le roi de Prusse, accompagné de ses deux fils, était arrivé sur ces entrefaites sur le champ de bataille et avait été rejoint quelques instants plus tard par Tempereur de Russie et par le généralissime. On savait déj.^ à ce momenl que l'armée de Silésie n'avait pas pu s'engager à l'heure prescrite par la disposition et que les corps sous les ordres du prince royal de Wurtemberg n'arriveraient en ligne que dans l'aprèsmidi du 30.

Ces considérations décidèrent les souverains et le généralissime à approuver les dispositions prises par Barclay qui, après avoir envoyé aux grenadiers russes l'ordre de venir soutenir le 2* corps, avait prescrit à la brigade des gardes prussiennes et badoises de se porter sur Paulin et aux gardes russes de se masser en avant de Noisy-le-Sec. De plus, afin d'empêcher les Français d'employer toutes leurs forces disponibles du côté de Romainville, Barclay avait invité le général Langeron îi acliver son mouvement vers Montmartre*. Enfin, on s'élait empressé de faire renforcer le prince Eugène de Wurtemberg par les seules troupes qu'on eût sous la main, par la 3* brigade (général Wlastoff) de la division Mezenlzoff qui vint, avec les 23^ et 24« régiments de chasseurs se former en bataille h la gauche de la division Schak-

hoffskoï *.

Malgré ce renfort, la situation des troupes russes était d'autant plus critique que, pendant que Mezentzoff marchait sur Bagnolet etPahlen avec sa cavalerie sur Montreuil, l'infanterie de Marmonl s'avançait rapidement par le vallon de Bagnolet et n'allait pas tarder h donner la main aux troupes de Compans et de Ledru,

t Journal d'opérations du 2« corps (Archivée iopographiquet, n® 47344), et Joarnal de Barclay de toily (Ibid., n° 29J88).

établies dans le bois de Roniainvillc. En effet, pondant que, dn côté de Roniainville, Compans et Ledru faisaient échouer toutes les tentatives du prince Eugène, que Boyer de Rébeval et Michel, soutenus par les batteries de position, couvraient et écrasaient de leurs feux les défenseurs de Pantin, que Vincent venait s'établir avec sa cavalerie îi Belleville, la division Lagrange, télé de colonne de Marmont, débouchait du vallon de Bagnolet h hauteur du bois de Roniainville, se reliait à la droite des troupes de Compans et de Ledru et se déployait immédiatement à cheval sur la route de Belleville h Romainville. La division Arrighi qui la suivait, reçut Tordre de prolonger la droite de Lagrange et de s'établir sur le plateau de Malassise. Le duc de Padoue couvrait ainsi Bagnolet et se reliait à la cavalerie formée sur deux lignes s'étendant en avant de Charonne depuis L'Épine jusqu'à La Pissotte. La troisième des divisions du maréchal, la division Ricard, se plaçait en i'éserve générale dans le parc des Bruyères, et l'artillerie de corps venait se mettre en batterie sur la butte des Tourelles.

Dès que ces différents mouvements furent exécutés et que les troupes du 6^ corps eurent achevé leur déploiement, le duc de Raguse prit l'offensive sur toute la ligne. Compans et Ledru s'avancent de nouveau sur le plateau ; à leur gauche, le général Boyer de Rébeval soutient leur atta(pie, et ses tirailleurs, côtoyant les flancs du plateau, poussent sur Pantin; à leur droile les divisions Lagrange et Arrighi se portent également en avant. "Favorisés par le terrain et profitant habilement des abris qu'il présente, les tirailleurs de la jeune garde parviennent, malgré les charges des cuirassiers de Kréloff, à arracher à la division Helfreich les premières maisons de Pantin *. Sur le plateau le prince Eugène de Wurtemberg a dû abandonner coni|)ièlement le bois et se replier jusque sous les murs du parc de Roniainville. A la droite de Marmont la division Arrighi a momentanément réussi à arrêter le mouvement des huit bataillons de la division Mezentzoff en marche sur Bagnolet et Montreuil.

* Le général-major Hotli et tous \vt> ofDciers supérieurs du 2G« régiment de chasisours furent blessés et mis hors de combat lors de cette attaque. (Journal de Barclay de ToUy; Archivée topograpkiques, u° 29188.)

A gauche de Marmont, Mortier avait dôhouclié dans la plaine et occupait les positions sur la rive droite du canal de l'Ourcq,

Rejoint entre dix et onze heures du matin par la brigade de chasseurs du général Wlastoff, le prince Eugène de Wurtemberg, qui avait déjà reconnu l'impossibilité de s'emparer du plateau par une attaque de front, avait envoyé au général Pischnitzky l'ordre d'exécuter, avec une partie de sa division postée du côté de Pantin, une attaque contre la gauche des troupes de Ledru et de Compans qui le serraient de près à Romainville. Malgré les diflicultés que présentait un pareil mouvement et les attaques de plus en plus vives que la brigade Sécrétant, soutenue par la division Curial, dirigeait sur Pantin, le général Pischnitzky prescrivit aux 4« et 34® régiments de chasseurs de gravir les pentes du plateau et de tomber sur le flanc gauche des tirailleurs de la division Boyer de Rébeval. Ces deux régiments, escaladant les pentes, surprennent, par leur attaque imprévue, les troupes de Boyer, les font plier et obligent même les troupes de Compans à céder du terrain, h abandonner le bois de Romainville et à se replier sur Les Prés-Saint-Gervais devant un retour offensif exécuté par la division Schakhoffskoï et les chasseurs du général Wlastoft. Soutenus par quelques troupes fraîches, les Français s'étaient remis rapidement. Malgré cela Compans avait dft se résigner à évacuer le bois de Romainville. Mais les deux régiments de chasseurs russes avaient perdu, dans cet engagement, leurs colonels et la plus grande partie de leurs hommes. Quant au régiment de Volhynic qui, sans en avoir reçu l'ordre et sur l'initiative directe de son chef, s'était porté de Pantin sur les derrières des troupes de Boyer, il avait été presque entièrement détruit et ses débris n'avaient réussi qu'à grand peine à regagner Pantin.

Entrée en ligne des premières troupes de Tarmée de Silésie. — Il était alors un peu plus de 11 heures; de part et d'autre on n'avait encore fait aucun progrès sensible, remporté aucun avantage sérieux. On se battait en tirailleurs, sans lien, sans direction depuis Pantin jusqu'à Romainville, lorsque Barclay, qui de Romainville avait suivi les péripéties du combat désastreux dans lequel s'était engagé le régiment de Yolhynie, envoya au prince Eugène de Wurtemberg l'ordre d'aller à Pantin et de se

rendre sur place un compte exact de la situation des 4« et 14« divisions. Le prince venait h peine d'arriver dans ce village, lorsqu'il entendit enfin dans la plaine et sur sa droite les premiers coups de canon de Tannée de Silésie. C'étaient, d'une part le général Emanuel ' qui ouvrait le feu du côté d'Aubervillers, et de l'autre l'artillerie h cheval de l'avant-garde du général von Katzler qui essavait de fiiire taire la batterie du Rouvrov.

Aussitôt après la réception de l'ordre de mouvement qui leur était parvenu à 8 heures, York et Kleist avaient prescrit à leur avant-garde de se porter sur Pantin et d'y rétablir le pont du canal. Les I*' et II® corps précédés par les deux batteries de 12 livres du !«•• corps, avaient ordre de suivre l'avant-garde. La cavalerie de réserve de Zieten et l'artillerie de réserve des deux corps fermaient la marche. Tous les bagages et les convois devaient s'arrêter à Aulnay et y parquer. L'infanterie russe de Woronzoff, parlant de Villepinte, servait de réserve h ces deux corps et suivait également la roule des Petits-Ponts. Ne possédant aucune bonne carte, les deux généraux s'étaient avancés jusque sur les bords du canal de l'Ourcq, avaient reconnu sous le feu de l'artillerie française la position des Français et ordonné à Katzler * d'ouvrir le feu avec ses deux batteries h cheval et de faire passer les ponts du canal aux fusiliers du corps et au 2« bataillon de fusiliers de la Prusse orientale. Dès leur arrivée sur la rive gauche du canal, ces troupes avaient ordre d'occuper la ferme du Rouvroy et de dégager les régiments de la 14® division (Helfreich) épuisés par quatre heures de combat.

Entrée en ligne des grenadiers russes et de la brigade

* Composition de l'avant-ganle russe du général Emanuel : 10*, 12®, 22* et .^8* régiments de chasseurs à pied ; régiment de dragons de Kiew, régiment de chasseurs à cheval de Livonie, régiments de Cosaques du Don : SélivanofTll et Grékoff XXI ; une batterie à cheval (artillerie régulii^re) et 3 pièces de l'artillerie à cheval dos Cosaques du Don. (Journal d'opérations du général Emanuel.)

> L'avant-garde de Katzler se composait de 6 bataillons d*infanterie, S compagnies do chasseurs, 2 compagnies de tirailleurs, sous les ordres du lieutenant-colonel von LiUow; de 4 régiments de cavalerie (2* hussards du corps, hussards do Brandebourg, hussanls do Silésie et dragons de la NouveUe-Marcho), sous les ordres du colonel von lUiirher, et de 2 batteries à cheval.

de la garde prassienne. — Quelques inslanls plus tard, vers raîdi, le prince Eug6ne de Wurlember^ç recevait de Barclay de Tolly une dépêche lui annonçant que la première division de grenadiers (général Tchoglikoff) était sur le point d'arriver h Romainville, que la brigade du colonel von Alvensleben, formée par les gardes prussienne et badoise, s'approchait de Pantin et que la 2« division de grenadiers (général-lieutenant Paskiéwilch) se dirigeait, sur son ordre, de Bondy vers Montreuil pour renforcer les attaques de gauche et soutenir la division MezentzoS '. Le prince Eugène de Wurtemberg, rassuré désormais sur le sort de sa droite et sachant que le général Helfreich pouvait être immédiatement relevé et soutenu par les troupes du colonel von Alvensleben, ordonna au général Pischnitzky de se porter avec le reste de sa division vers la partie basse des Prés-Saint-Gervais, de faire surveiller ce village par quelques tirailleurs et d'obliquer à gauche pour se relier sur les pentes du plateau de Romainville à la droite de la division Schakhoifskoï. Il prescrivait en même temps au général Tschoglikoff, dont la division venait d'être placée sous ses ordres, de faire occuper le bois de Romainville par deux de ses brigades. Avant de quitter Pantin pour remonter sur le plateau, le prince Eugène de Wurtemberg prescrivit encore au général Helfreich de se contenter momentanément de la possession de Pantin et de rester sur la défensive jusqu'à ce qu'il ait lui-même réussi, d'abord à déboucher du bois de Romainville, puis à s'emparer des Prés-Saint Gervais et du parc des Bruyères. Il avait en même temps envoyé au colonel von Alvensleben Tordre de masser sa brigade à couvert en arrière de Pantin et d'attendre sur ce point des instructions ultérieures.

Prise de Montreuil par la division Hezentzoff et une division de grenadiers russes. — La situation générale s'était d'ailleurs modifiée h l'avantage des Russes au moment où, un peu après midi, le prince Eugène de Wurtemberg rejoignit sur le plateau et dans le bois de Romainville le gros des troupes placées sous ses ordres. Les généraux Raïeffsky et Gortchakoff,

* Les deux divisions de grenadiers russes et la brigade de la garde prassienne et badoise formaient un total d'environ 1S,600 hommes.

inforiTHîS de l'approche dos ronforls formés par la division de (çrenadiers de Paskii'^witch, avaient fait reprendre Toffensive aux quatre régiments de la division Mezenlzoft (3« division) qui, couverts et éclairés sur leur gauche par la cavalerie de Pahlen, rhaswîrent de Montreuil les quelques troupes que le duc de Padoue y avait établies. Aussitôt apK's la prise de Montreuil, Pahlen s'était séparé du général Mezentzoff; contenant avec une partie de son monde la cavalerie de Bordesoulle qui n'osa ni le charger ni même le harceler, il avait fait surveiller le château de Vincennes

par (juelques partis et avait dirigé le gros de son corps sur Charonne. A sa droite, Mezenlzoft et Gortchakofi* étaient chargés d'arraeluT au duc de Padoue le plateau de Malassise et le village de Baguolet. Obligé par la conformation môme du terrain de rester en observation devant Charonne qu'il lui était impossible d'enlever rien qu'avec sa cavalerie, Pahlen ne larda pas à recevoir l'ordre de ne rien tenter avant d'avoir été rejoint et renforcé par le prince royal de Wurtemberg.

Le prince Eugène de Wurtemberg attaqne Les Prés- Saint-Gervais et le parc des Brnyères. — Les progrès que Mezentzoff venait de faire du côté de Montreuil, l'arrivée du gros de la 4* division (Pischnitzky)au sud de Pantin, l'entrée en ligne des grenadiers de Tschoglikoft sur le plateau môme de Romainville, décidèrent le prince Kugène de Wurtemberg à entreprendre sans plus tailler l'attaque simultanée des Prés-Saint-Gervais et du panî des Bruyères. Sa colonne de droite, la division Pischnitzky. a pour objectif le village des Prés-Saint-Gervais. Celle de gauche, formée par la division Schakhoftskoî, la brigade Wlaslofl vi la brigade de grenadiers du général Kniâschnin, et qu'il dirige en personne, se porte sur le parc des Bruyères. Celle du centre, comprenant les deux autres brigades de la division de gn'nadiers du général Tschoglikoff, est tenue en deuxième ligne ol devra, après avoir cha.ssé du bois de Boujainville la brigade Chabort qui y avait repris pied, coopérer à l'attaque des Prés- Sainl-Ger\ais. .Menacé plus sérieusement que jamais sur son front et sur sa gauche, le duc de Raguse tenta un effort suprême et engagea ses dernières troupes disponibles afin de conserver ses |H>sitions. l-a division l-edru des Essarls re«;ut l'ordre de quitter U*s Pn^s-Saint-Ger\*ais et d'aller au plus vile renforcer Compans

el la brigtide Chabert que les Russes de Pischnilzky et do Tschoglikoff étaient sur le point de chasser des bois de Romainville. Pendant sa marche, celle division donna contre les Iroupes de Pischnilzky et les rejela sur les pentes du plaleau du côté de Pantin; mais, prise de flanc par les grenadiers de Tschoglikoff, elle dut se replier ainsi que la brigade Chabert el reprit position entre le parc des Bruyères et Les Prés-Sainl-Gervais. La colonne de gauche du prince Eugène de Wurtemberg avait également gagné du terrain : les chasseurs de Wlasloft, suivis par les grenadiers de Kniaschnin, avaient poussé jusqu'au pied du mur du parc des Bruyères que les troupes du général Lagrange continuaient à défendre avec acharnement contre un adversaire supérieur en nombre el bien que leur chef, le général Fournier, eût été mis hors de combat.

Après avoir été rcjetée en bas du plateau par le général Ledru des Essarts, la division Pischnilzky avait commencé par côtoyer le plaleau ; elle s'était ensuite portée sur Les Prés-Sainl-Gervais et avait poussé rapidement ses tirailleurs contre ce village occupé seulement par deux bataillons de la division Boyer de Rébeval. Vivement poussés par les Russes qui commençaient à pénétrer dans le village, ces deux bataillons étaient déjà sur le point de plier et d'abandonner leur position lors(|ue le maréchal les fil soutenir par 400 hommes conduits par le colonel Fabvier, son aide de camp. Cet officier réussit, non seulement h dégager les bataillons de Boyer. mais parvint à rejeter les Russes sur leurs soutiens que les feux plongeants et convergents de l'arlilleric française obligèrent bientôt à chercher un abri derrière les angles morts formés par les pentes du plateau.

Pour la deuxième fois depuis le commencement de la bataille, le prince Eugène de Wurtemberg s'était vu contraint à rompre le combat. Il allait d'ailleurs, quelques instants plus tard, recevoir de Barclay de Tolly Tordre d'éviter pour le moment tout engagement sérieux el de se borner <i tirailler avec les troupes avancées de Marmont. Il était alors midi passé. On n'avait réussi à enlever à la défense que Montreuil, dont la possession était sans grande importance, et les bois de Romainville. Jusque vers deux heures de l'après midi, tout se réduisit sur le plateau à une simple fusillade entremêlée de quelques coups de canon el h quelques coups de main isolés exécutés, les uns par l'infanterie russe, les autres par

la brigade de cuirassiers du général Slahl (division Kréloff) *. De pari et d^aulre, on profila de celle espèce de trêve; du côté de lallaque, pour rallier el reformer des régiments presque enlièrement déployés en tirailleurs et pour la plupart mélangés entre eux; du côté de la défense, pour rétablir Tordre dans la ligne, essayer de résister à de nouvelles attaques et se préparer h tenir plus en arrière sur lefrontPrés-Sainl-Ger\ais — Belleville — Charonne.

Continaation du combat de Pantin. — Pendant que le prince Eugène de Wurl(»mberg avait vainement essayé pour la deuxième fois d'arracher au duc de Hagusele plateau de Romainville, Les Prés-Sainl-Gervais et le parc des Bruyères, on avait continué h se battre avec acharnement à Pantin. A midi, au moment où la brigade de la garde prussienne et badoise s'arrêtait h Test de Pantin, le général Helfreich n'avait plus un seul homme en réserve; ses 1200 hommes, déployés en tirailleurs, résistaient péniblement aux efforts des Français qui continuaient à occuper toute la partie ouest du village. Soutenus par les pièces en posilioîi h rentrée du village et par le tir convergent de deux batteries établies. Tune sur les hauteurs des Prés-Saint-Gervais, Tautre dans la vallée même h peu de distance du canal de TOurcq en arrière de la ferme du Rouvroy, les généraux Boycr de Rébeval, Michel et Curial se disposaient à renforcer la brigade Sécrétant el leurs têtes de colonne étaient à peine à 600 mètres de Tenlrée du village. Le prince Eugène de Wurtemberg, qui dirigeait le combat depuis le matin, avait reconnu que les Français seraient fatalement obligés de renoncer h Pantin dès le moment où Ton aurait réussi îi les débusquer du plateau et h leur enlever Les Prés- Sainl-Gervais; mais que, d'autre part, il serait presque impossible de déboucher du village et de progresser dans la vallée tant que l'artillerie française y ferait converger ses feux. Voulant éviter des perles inutiles, il avait par suite ordonné au général Helfreich de s'abstenir de toute démonstration offensive, mais de conserver Pantin h tout prix. Ce fut à peu près à ce moment que la garde

* Journal d'opérations de Barclay do Tolly el Joarnal d'opérations du V corps d'infanterie russe (Arehivei topographiquet. n^* 29188 et 47344); Journal de Boyer de Rébeval (Arehivei de la guerre), et Journal de Fabyier.

prussienne arriva dprri^^o Pantin. Celle brigade n*avail pas encore tiré un coup de fusil depuis le commencement de la campagne. Officiers et soldats brûlaient du désir de combattre et de se signaler. Du point où il s'était porté pour reconnaître le terrain, le colonel von Alvensleben avait aperçu les réserves françaises se dirigeant sur Pantin. La tentation était trop forte et, sans tenir compte des instructions laissées par le prince Eugène, Alvensleben, encouragé d'ailleurs par le grand-duc Constantin et par le général russe Roth *, ordonna au lieutenant-colonel von Block de traverser Pantin avec les deux bataillons d'avant-garde" et de renforcer immédiatement les Russes. Dès qu'il fut parvenu h hauteur des premières maisons de Pantin, le lieutenant-colonel von Block déploya vers sa droite ses tirailleurs qui se relièrent avec Tavant-garde de Kalzler établie sur la rive droite du canal, pendant qu'Alvensleben donnait au lieutenant-colonel von Mûffling Tordre de servir de soutien aux troupes du lieutenant-colonel von Block et de s'établir à l'entrée du village avec deux bataillons, l'un prussien, l'autre badois, et deux bouches h feu. En môme temps, Alvensleben faisait prendre position aux quatre autres bataillons de la garde prussienne et h cinq bouches h feu au nord de Pantin.

Débouchant avec impétuosité du village, le lieutenant-colonel von Block chargea à la baïonnette les trois bataillons français qui essayaient de pénétrer dans Pantin h la suite des Russes et les obligea à se replier sur leur gros qui occupait l'espace compris entre Les Maisonnettes et le canal et dont la droite s'appuyait sur Les Prés-Saint -Gervais. Entraînés par l'exemple de leurs officiers, les deux bataillons prussiens, bien qu'accueillis par un feu meurtrier, tentèrent vainement d'enlever Les Maisonnettes. Ecrasés par les projectiles de rartillerie française, décimés par le feu de l'infanterie, menacés sur leurs flancs par la brigade Bigarré (division Curial), ils ne tardèrent pas h se replier sur

i Le grand-duc Constantin aurait, dit-on, demandé au colonel von Alvensleben de se porter en avant. D'autre part, il parait certain que, pendant la reconnaissance à laquelle il procéda, Alvensleben se croisa avec le généra! russe Roth, qu*on conduisait à l'umbuiance et qui lui cria : « Hâtez-vous, colonel ! sans cela, Pantin va devenir un autre Probstheyda ».

* Bataillon de fusiliers du i" régiment de la garde et i" bataillon do 2* régiment de la garde.

Pantin suivis seulement par quelques tirailleurs qui, loin d'attaquer le village, se bornèrent à en surveiller les abords et le débouch(^. Comme tous les mouvements prématurés et isolés, la tentative hardie du colonel von Block n'avait amené que des résultats tout il fait hors de proportion avec les pertes considérables éprouvées par sa petite colonne. On avait, il est vrai, dégagé les Russes d'Helfreich, arraché aux troupes du général Sécrétant quelques maisons dans lesquelles il leur aurait été difficile de se maintenir bien longtemps; mais les deux bataillons, réduits ù 150 hommes, avaient laissé plus des trois quarts de leur eff(»ctif sur le terrain. Tous les officiers du bataillon de fusiliers du 1" régiment de la garde, à l'exception d'un seul capitaine légèrement blessé, étaient hors de combat. A une heure de l'aprèsmidi, le colonel von Alvensleben, craignant de compromettre inutilement toute sa brigade en engageant successivement ses bataillons établis h la sortie nord-ouest de Pantin, renonça h l'offensive et se contenta de charger son artillerie de rontrebattre les batteries françaises et d'arrêter les tirailleurs.

L'armée de Silésie entre en ligne an peu après 11 heures dn matin. — Pendant que les deux bataillons de la garde prussienne essayaient follement et inutilement de déboucher de Pantin, l'armée de Silésie avait fini par se rapprocher du champ de bataille et par se déployer à l'aile droite du front d'attaque. L'avant-garde de Katzier était, nous avons déjà eu lieu de le dire, arrivée vers 11 heures au Grand-Drancy, h hauteur de Pantin, et s'était déployée sur la rive droite du canal, à peu de distance du point où la route des Petits-Ponts aboutit au pont du canal. Son artillerie à cheval, renforcée d'abord par deux batteries de 12 livres, puis par une batterie de 6 et par quelques obusiers, avait pris position entre le canal et la route des Petits-Ponts et s'était étendue progressivement jusqu'à peu de distance de la roule de Lille. Mais ce combat d'artillerie n'avait pas tourné \\. l'avantage des Prussiens qui, loin de réussir à éteindre le feu de la défense, avaient déjà eu, au contraire, plusieurs pièces démontées, au moment où la division du général von Horn, tète de colonne du l**' corps, commença à paraître sur la route des Petits-Ponts.

De tous les corps de l'armée de Silésie, le corps de Langeron,

établi au Bour^ol, élail depuis la veille au soir !e plus rap|)roch«^ de Paris et devait, d'après la disposition de Bluchcr, former la colonne de droilo de l'année de Silésie. Kn effet, dès que le général russe eut t^ntendu le canon du coté de Pantin, il avait, sans attendre les ordres du (luarlier général, mis son corps en marclu^ dans la direction de La Villetle et prescrit au pMu'îral Emanuel qui conmiandait son avant-garde d'enlever Aubervilliers'. Un peu après 10 heures, le général Emanuel avait, comme nous l'avons déjà dit plus haut, commencé Tatlaque de ce village. Mais, dans l'intervalle, Langeron avait reçu la disposition de Bliïcher et, pour se conformer aux ordres qui lui prescrivaient d'investir Saint-Denis, il avait drt détacher contre cette petite» ville fortifiée le général Kapsevitch avec les O'et 10« corps d'infanterie. Deux heures environ plus tard, lorsqu'on eut reconnu que la prise de cette place» coûterait assez de mal, lorsqu'on se fut convaincu de l'impossibilité de tenter une pareille opération, on autorisa Langeron à rappeler le gros de son infanterie et à ne laisser devant Saint-Denis que le général Korniloff avec deux régiments d'infanterie et le régiment de chasseurs à cheval de Dorpat.

Ces didérents changements de direction avaient naturellement retardé la marche de la colonne de droite et lui avaient fait perdre tellement de temps qu'elle n'entra réellement en ligne qu'après les deux corps prussiens d'York et de Kleist. Ces corps qui avaient en effet dépassé Le Grand-Drancy vers 11 heures, arrivèrent entre midi et une heure à hauteur de Pantin. Le général von Kat/ler avait profité de l'approche des I^^^et II® corps et de l'arrivée de la division Horn pour exécuter l'ordre qu'York lui avait donné deux heures auparavant, lorsqu'il avait procédé à la reconnaissance de la position, et auquel, faute de soutiens, il n'avait pu se conformer jusque-là. Deux de ses bataillons se

^ D'après les journaux do marche et d opérations des généraux Langeron et Emanuel, l'avaut-garde russe aurait occupé AuberviUiers dès le 29 au soir. H y a là une erreur évidente, mais explicable. l\ est, en effet, hors de doute que la brigade Kobert (division Michel) était établie, le 30 au matin, àÂubervilliers et n'abandonna ce village qa'apn;s une heure de l'après-midi. Il est possible, toutefois, que les Busses aient néanmoins pénètre le 29, vers le soir, à Aubervilliers, avant l'arrivée de la brigade Rolierl. Mais les Français rëoccupérent ce village dans la nuit et n'y trouvèrent plus personne.

portèrent au pas de course vers le pont du canal que gardaient déjà quelques tirailleurs de la garde prussienne, le traversèrent sans s'arrêter et enlevèrent à la baïonnette la ferme du Rouvroy.

Mais le général essaya d'autant moins de pousser plus avant que les feux croisés des batteries françaises continuaient îi balayer toute la plaine et que l'occupation du Rouvroy coïncidait avec la retraite sur Pantin des débris des deux bataillons de la garde prussienne si follement lancés par le colonel von Block contre Les Maisonnettes et Les Prés-Saint-Gervais. Plus prudent que le colonel von Alvensleben, le général von Katzler abrita son monde au Rouvroy et attendit un mouvement décisif sur le plateau pour se reporter en avant.

Vers une heure de l'après-midi York, Kleist et Langeron reçurent du quartier général de l'armée de Silésie de nouvelles instructions. La division du prince Guillaume de Prusse (!«»■ corps) dut se déployer, sa droite h la route de Lille par Senlis, sa gauche bordant le canal et soutenant l'avant-garde de Katzler. La division Horn et les divisions du II« corps, obliquant h droite, se portèrent vers La Villette (;t La Chapelle dès que les Russes du général Emanuel eurent pris Aubervilliers. Elles avaient pour mission d'occuper le corps de Mortier sur son front et de faciliter ainsi l'attaque de Montmartre. Aux termes de ces nouvelles instructions le gros du corps de Langeron devait s'étendre vers sa droite dans la plaine Saint-Denis et franchir le canal dont les travaux étaient h peine ébauchés. Le général Kornilofif restait seul chargé de Tattaque de Saint-Denis; le général Kapsewitch, avec le 10® corps et le reste du 9« corps, reçut Tordre de se porter d'Aubervilliers sur Montmartre, tandis que le général Rudsewitch , qui formait la droite de Langeron avec le 8« corps, marcherait sur Montmartre par la route de Sainl-Ouen. Enfin le général Rudsewitch devait jeter sur son extrême droite une colonne volante dans le bois de Boulogne et charger un autre délachement de surveiller Les BatignoUes. Les deux corps prussiens exécutèrent immédiatement les mouvements prévus par celle disposition. La division Horn et le II* corps (Kleist) quittèrent la route des Petits-Ponts h hauteur du chemin de traverse menant de Bobigny h Aubervilliers; la division Horn, contournant ce village, vint se déployer au sud-ouest d'Aubervilliers, sa droite vers le canal de Saint-Denis pour se relier de ce côté avec le

corps (le Langeron; le corps de Kleist vint se former en balaille à l'est (le ce village d'où Emanuel avait chassé vers une heure un détachement de la brigade Robert. La cavalerie de Zielen passa le canal Saint-Denis et se forma en bataille, sa gauche appuyée au canal, sa droite vers la route de La Chapelle. Une batterie de 12 livres attachée h la division Horn, avait vainement essayé de prendre position en avant de ce point. Vivement canonnée par l'artillerie de La Villette et de La Chapelle elle dut bientôt renoncer à la lutte et rentrer dans le village d'Aubervilliers. Elle ne parvint :i rouvrir le feu qu'après l'entrée en ligne des batteries du II** corps. Le corps russe de WoronzofiF devait remplir plus tard le vide existant entre la gauche du II® corps et la droite du prince Guillaume de Prusse.

La brigade de la garde prussienne essaye pour la deuxième fois de déboucher de Pantin. — Prise des Maisonnettes. — Dans l'impossibilité de quitter le plateau de Roraainville avant que les corps de l'armée de Silésie ne fussent entrés en ligne, le prince Eugène de Wurtemberg avait chargé son aide de camp Helldorff de se rendre h Paulin et d'inviter Alvensleben à y rester jusqu'à nouvel ordre sur la défensive. Mais, dans l'intervalle, le colonel prussien avait obtenu de Barclay de Tolly Tautorisation de tenter vers 2 heures une deuxième attaque avec toute sa brigade qu'il forma à cet effet en deux colonnes. Le lieutenant-colonel von Miiftling, resté jusque-là en réser\'o en arrière de Pantin, déboucha du village avec le 2« bataillon du 2« régiment de la garde prussienne et le bataillon de la garde badoise, obliqua aussitôt vers la droite et, continuant sa marche en colonne, rejoignit les tirailleurs qui garnissaient Tespace compris entre les dernières maisons de Pantin, Le Rouvroy et le canal. L'autre colonne, sous les ordres du lieutenant-colonel von Witzleben, passa au sud de Pantin et prit la formation de combat dès qu'elle fut arrivée dans la plaine. Le bataillon de fusiliers du 2^ régiment de la garde se déploya en première ligne devant les deux bataillons de grenadiers du l*' régiment de h garde auxquels le bataillon de chasseurs de la garde servait de réserve. Ces deux colonnes, soutenues au centre par les débris des deux bataillons du lieulenanl-colonel von Block, arrivées presque simultanément à hauteur de la lisière ouest de Pantin»

venaient de commencer leur mouvement oflensif h Tinstimt oii Helldortt* apportait a leur chef Tordre par lequel le prince Eugène de Wurtemberg se proposait d'éviter des pertes inutiles.

Au moment où la garde prussienne commençait son attaque, les Français occupaient devant elle les positions suivantes : Une grosse batterie établie sur la hauleur des Prés-Sainl-Gervais canonnail. d'une part, les Iroupes du prince Eugène de Wurtemberg et le bois de Romainville, et balayait, de l'autre, la plaine de Paulin. Les lirailleurs français garnissaient les pentes du plateau et tenaient en échec les quelques compagnies russes qui s'abritaient, soit derrière les haies et les murs des jardins, soit dans les quelques maisons situées au pied de la hauteur. Deux masses d'infanterie, Tune appartenant à la division Boyer de Rébeval, Tautrc formée par la brigade Sécrétant, étaient déployées à droile cl à gauche de la route de Pantin enfilée par 4 pièces de 6 en position sur la chaussée. Une batterie de 10 pièces de 12 établie près du canal en arrière du Rouvroy croisait ses feux avec l'artillerie du plateau. Les réserves françaises étaient : les unes abritées derrières Les Maisonneltes, les autres, celles qui appartenaient h

^ Le gt^néral von Helldoriï, alors aide de camp da prince Eugène, donne, dans le livre qu'il a publié sur la vie do son ancien général {Aus dem fjeben des kaiterlich ruuitchen Gênerais dcr Infanterie Prinzen Eugen von Wiirltemberg) des détails carieux et intéressants sur la mission dont il avait été chargé. IlelMorif raconte qu'arrivé auprès du chef de la colonne de droite et prenant le lieutenant-colonel von Miiffling pour le colonel von Alvensleben, il lui avait communiqué, en excellent allemand, les ordres du prince ; Tofficier prussien lui répondit : « Je ne comprends pas un mot de russe. 11 m'est donc impossible de saisir ce que vous voulez dire». Helldorff, malgré tous ses eiïorts, ne paniiit ni à obtenir une autre réponse, ni même à savoir où il rencontrerait Alvensleben. Il résulte, d'ailleurs, d'une conversation qu'Hclldord et Miiffling échangèrent plus tard, que Miiffling, comme les autres ofOciers de la garde prussienne, étaient décidés à faire la sourde oreille, afin de permettre à la l)rigade de prendre une part sérieuse à une action de guerre avant la fin de la campagne. Ilelldorfr, traversant Pantin, après avoir quitté le lieutenantcolonel von Mijffling, rejoignit enfin Alvensleben. Mais les colonnes prussiennes étaient déjà en mouvement, et Helldoriï. après avoir vainement essayé de le décider à ramener son monde dans Pantin, s'empressa de rejoindre le prince Eugène de Wurtemberg, qu'il retrouva près du parc des Bruyères au moment où, afin d'a<surcr le ralliement de ses tirailleurs, le prince faisait avancer les cuirassiers de Stahl. Ilelldorfr lui annonça qu*il n'avait pu décider le colonel von Alvensleben à renoncer à Tattaque des Maisonnettes. (llELLi)OR'-i', Aus dem Lehen des kaiserlich russischen Gênerais der Infanterie Prinzen Eugtn von Wurtemberg, 111, 67, 60.)

la division Curial, vu fornialion de rasseuiblemenl sur la rive droite du canal do TOurcq.

Sans se laisser arrêter par les feux çroisc^s de Tartillerie française, la garde prussienne avait continué à se porter résolument en avant. Les troupes françaises attendirent de leur côté leur attaque de pied ferme et n'exécutèrent leur première salve au commandement que lorsque les Prussiens furent arrivés à une centaine de pas. iMais leur tir mal dirigé ne produisit aucun effet. L'infanterie prussienne, chargeant à la baïonnette, rompit les bataillons français qui, malgré les efforts de leurs chefs, ne tardèrent pas h se retirer en désordre vers les barrières de Paris, abandonnant les quatre pièces en batterie sur la chaussée h la colonne du lieutenant-colonel von Witzleben.

Une charge tentée par deux escadrons de cavalerie française vint se briser contre les baïonnettes du 2« bataillon du i*"" régiment de la garde, et Alvensleben profita de cet avantage pour couvrir sa gauche contre une attaque venant des hauteurs en poussant du cùlé des Maisonnettes et en s'élablissant dans les quelques fermes qui se trouvaient entre la chaussée et les hauteurs. En même temps il faisait demander à Barclay de Tolly de lui envoyer quelques escadrons de cavalerie et de faire occuper par quelques troupes le village de Pantin où il n'avait pu laisser personne.

A droite le lieutenant-colonel von Mûffling avait poussé les Français vers le canal de TOurcq, enlevé les 10 pièces qui armaient la batterie en arrière du Rouvroy, pris 4 canons envoyés en soutien et occupé les maisons qui s'élevaient le long du canal de TOurcq.

Malgré la prise des Maisonnettes, malgré l'enlèvement de Fartillerie en batterie dans la plaine et bien que le colonel von Alvensleben eût fait prendre position à 6 pièces entre Les Maisonnettes et le canal, le feu plongeant et croisé des batteries françaises établies sur la hauteur des Prés-Saint-Gervais (butte Beauregard) et sur la rive droite du canal de l'Ourcq était encore tellement violent et tellement meurtrier que l'artillerie prussienne ne tarda pas à être réduite au silence après avoir eu deux de ses pièces démontées. Il était alors un peu plus de 2 heures. Le combat avait presque entièrement cessé sur le plateau de Romainville, et le colonel von Alvensleben, reconnaissant l'impossibilité

Well. — IV. 12

de tirer plus complètement parti de ses avantages, arrèla son mouvement en avant. Il se contenta de garder les positions qu'il venait de conquérir jusqu'au moment où les progrès de rarniée de Silésie et du prince Eugène lui permettraient de reprendre roffensive.

Cessation momentanée du combat. — Position des troupes alliées un peu après 1 heure.— Etonné de la ténacité d'une résistance à laquelle les Alliés étaient loin de s'attendre, Barclay de Tolly,avantdese rendre auprès des souverains et du généralissime, avait renouvelé, un peu après 1 heure, l'ordre d'arrêter complètement tout mouvement oftensif, de canonner vivement les positions françaises et de profiter de ce répit pour reformer les corps dont les différentes unités, engagées successivement et presque toutes déployées en tirailleurs, s'étaient mélangées et confondues. Au centre le prince Eugène de Wurtemberg, avec sa première ligne (brigade Wlastofi et division Schakhoffskoï), bordait le parc des Bruyères ; les grenadiers de Tschoglikoff et les cuirassiers de Krétoff* formaient sa deuxième ligne établie dans le bois de Romainvillc. A la droite du prince Eugène de Wurtemberg, la division Pischnitzky se tenait au pied de la hauteur et s'abritait contre le feu des batteries des Prés-Saint-Gervais, se reliant, plus à droite du côté de Pantin, aux troupes du général Helfreich. La brigade de la garde prussienne était sur le point de renoncer ù la continuation de ses attaques et se tenait entre Les Maisonnettes, Le Rouvroy et le canal de l'Ourcq. De l'autre côté du canal, l'armée de Silésie achevait son déploiement sous la protection de son artillerie. A l'aile gauche, Raïeffsky, avec l'infanterie de Mezeutzofi et la cavalerie de Pahlen, attendait en avant de Montreuil, Roit les progrès du prince Eugène contre Les Prés-Saint-Gervais, soit l'arrivée des grenadiers de Paskiéwitch, soit un ordre de Barclay, pour se porter sur Bagnolet et Belleville. La l'»» division de grenadiers russes et une partie de la cavalerie de la garde russe étaient en réserve derrière le centre en avant de Romainville, tandis que la i^ division de grenadiers russes obliquait à gauche pour renforcer^ du côté de Montreuil, Raîeffsky et Gortchakoff.

Attitude du roi Joseph. — Depuis le matin Joseph s'était établi avec Clarke et Hullin sur la butte des Cinq-Moulins* De cet

obscTvaloire, il avait pu apercevoir les luouvenienls de Tarniéo de Silésie,mais il lui avait été impossible de suivre les péripéties du combat acharné qui se livrait au centre sur le plateau de Romainville. Dissimulant de son mieux ses intjuiéludes sous le masque d'une indifférente impassibilité, essayant de faire partager à son entourage une confiance qu'il n'avait jamais eue, il affectait encore de ne pas croire à la gravité de la situation, de douter de la présence sous Paris du gros des armées alliées. Il avait cependant à deux reprises invité dans la matinée sa femme h ({uitter la capitale et h aller rejoindre l'Impératrice et envoyé le général AUent, chef d'état-major de la garde nationale, demander îi Mortier s'il ne pourrait pas détacher une partie de ses troupes pour renforcer les positions de Marmont.

Arrivée de Peyre à Montmartre. — Vers midi, l'arrivée h Montmartre d'un architecte, ingénieur de la Ville, le capitaine de sapeurs-pompiers Peyre, vint dissiper les dernières illusions du lieutenant de l'Empereur. Soit que, et c'est Ih ce qui nous parait le plus vraisemblable, il eût été envoyé la veille au soir par le général Hullin en reconnaissance du coté de Pantin, soit que, comme d'autres documents permettraient de le croire, on l'eût chargé de rejoindre un parlementaire russe qu'un commandant de grand* garde avait refusé de recevoir, ce qu'il y a de certain c'est que Peyre avait été enlevé avec le gendarme qui l'accompagnait par une patrouille de Cosaques et emniené h Noisy-le-Sec. Après avoir vainement essayé d'y faire reconnaître sa qualité de parlementaire, il parvint, seulement le 30 au malin, à se faire conduire au grand quartier général h Bondy. Interrogé par Michailoffsky-Danilewsky, il fut introduit par cet officier auprès de l'empereur Alexandre qui, désirant par-dessus tout obtenir la reddition de Paris, s'entretint avec lui pendant plus d'une demiheure.

A 8 heures et demie, Peyre était reparti de Bondy en emportant un paquet de proclamations de Schwarzenberg. Alexandre l'avait en outre chargé d'annoncer au roi Joseph que « les Alliés, bien qu'ayant amené toutes leurs forces sous Paris, n'en étaient pas moins disposés à traiter afin d'empêcher le sac et le pillage de la capitale ». D'ailleurs, Peyre n'avait pas quitté seul Bondy; on lui avait donné pour l'accompagner et pour transmettre au roi

Joseph en qualité de parlementaire, les propositions des Alliés, un aide de camp du tzar, le colonel Orloff. « Partez, avait dit Alexandre ii Peyre, le sort de votre ville est dans vos mains* », et s'ad ressaut au colonel Orloff, il avait ajouté : « Allez. Je vous donne le pouvoir de suspendre le feu partout où vous le jugerez nécessaire. Je vous autorise, sans aucune responsabilité, à arrêter les attaques les plus décisives et la victoire elle-mômc pour prévenir et empêcher les désastres. Paris, privé de ses défenseurs errants et de son grand homme, ne saurait résister. J'en ai l'intime conviction. Mais en m'accordant la puissance et la victoire, Dieu a voulu que je n'en use que pour donner la paix et le repos au monde. Si, cette paix, nous pouvons Tobtenir sans répandre plus de sang, tant mieux. Si non, rendons-nous à la nécessité et combattons, car, de gré ou de force, au pas de charge ou de parade, sur des décombres ou dans des palais, il faut que l'Europe couche aujourd'hui même à Paris*. »

Le colonel Orloft, accompagné du colonel Diékoff, aide de camp du tzarevitch, et de deux trompettes, Peyre et son gendarme arrivèrent à Pantin au plus fort du combat soutenu par Helfreich. Parvenu sur la ligne des tirailleurs, Orloff fit cesser le feu sur la ligne russe et sonner au parlementaire. Du côté des Français un officier se porta au devant d'Orloff qui s'était arrêté entre les deux lignes. Mais, avant qu'il ait pu joindre le colonel Orloff*, les tirailleurs français recommencèrent tout à coup h tirer pendant qu'une vingtaine de chasseurs à cheval, chargeant les parlementaires, essayaient de les enlever et vinrent se faire prendre à Pantin . Une deuxième tentative d'Orloff* n'eut pas plus de succès*. Pendant ce temps, Peyre avait disparu après avoir échangé, d'après Orloff", quelques paroles avec Tofficier français et s'était rendu au plus vite à l'État-major, place Vendôme. N'y trouvant plus le général Hullin, il avait fini par le rejoindre auprès du roi Joseph sur la butte Montmartre.

Le roi Joseph quitte Paris et aatorise les maréchaux à

1 Lettre de Poyre, 2 avril 1814.

* Journal de Michel Fédorovitch Orloiï. {Archives lopographique$, n« 47240, texte original en français).

* Joaraal de Hicbel Fédorovitch Orloff, (Àrehivci tapographiçuti, n* 47246.)

capituler. — Amené aussitôt auprès du roi aucjnol il remit le paquet de proclamations. Poyre lui raconta ce qu'il avait vu, et lui répéta les paroles adressées par Alexandre au colonel Orlofl.

Si le doute n'était plus possible, la perplexité de Joseph n'en était que plus grande. N*osanl assumer sur lui une responsabilité aussi lourde que celle de la défense h outrance qui seule pouvait donner h l'Empereur le temps d'arriver, il s'empressa de prendre conseil de Clarke, d'Hullin, des personnages présents à Montmartre, et, sans môme songer à se renseigner plus exactement sur la situation des Maréchaux, sur la physionomie du combat, il résolut de quitter immédiatement Paris. Avant de s'éloigner de Montmartre, Joseph avait toutefois chargé deux de ses aides de camp de remettre aux Maréchaux le billet suivant, daté de Montmartre h midi un quart : « Si Monsieur le ^Maréchal duc de Raguse et Monsieur le Maréchal duc de TnWise ne peuvent plus tenir, ils sont autorisés i\ entrer en pourparlers avec le prince de Schwarzenberg et l'empereur de Russie qui sont devant eux *. »

Pendant que Joseph, les ministres et les hauts fonctionnaires filaient sur Rambouillet, les jeunes troupes des Maréchaux avaient profité du répit que leur avait laissé Rarclay de Tolly pour se reformer, et Marmont lui même désespérait encore si peu qu'il venait d'envoyer à Montmartre, où il ne trouva plus Joseph, son aide de camp, le colonel Fabvier, pour lui dire que si le reste de la ligne n'était pas en plus mauvais état, il espérait pouvoir prolonger la résistance jusqu'à la nuit.

Entrée en ligne de Taile gauche des Alliés sous les ordres du prince royal de Wurtemberg. — Combat et prise de Saint-Haur et de Charenton. — Le prince royal de Wurtemberg, dont l'infanterie n'avait achevé de passer la Marne que vers 3 heures du matin, tandis que sa cavalerie était depuis le 29 au soir à Chelles, avait, au reçu de la disposition du généralissime, prescrit à son infanterie de lever le camp ù 5 heures du matin et

i Mémoires du roi Joseph, X, 23. 24. — Marmont, dans ses Mémoires, date ce biUet de 10 heures l/i, heure à laquelle Peyre était encore hors de l^aris. Marmont reçut d'ailleurs ce billet, apporté par le général Stroltz, un peu après 1 heure. 11 n'est pas absolument certain que Joseph adressa à la même heure le même billet à Mortier, puisque le duc de Trévise n'eut avis du départ du roi et ne reçut communication de ce billet qu'à 5 heures.

dp se porter par Chellos sur Neuilly-sur-Marne. La brigade de cavalerie du IV» corps avait ordre de pousser sur Montreuil, Nogent-sur-Marne, Fontenay et le bois de Vincennes, de reconnaître et de fouiller ces points et de se relier avec la gauche du VI® corps. A 10 heures du matin, le prince royal de Wurtemberg arrivait à Neuilly-sur-Marne avec la cavalerie sous les ordres du prince Adam, chassait après une courte escarmouche les postes français de Fontenay-sous-Bois et deNogent-sur-Marne, et les obligeait h se replier: les uns sur le bois de Vincennes, les autres sur Saint- Maur où la défense avait établi une batterie de 8 pièces chargée de couvrir les abords du bois et du pont.

A une heure de l'après-midi, l'infanterie du IV« corps entrait en ligne sur le plateau entre Fontenay et Nogent. Le prince royal de Wurtemberg*, laissîint un bataillon à Nogent, forma son infanterie en deux colonnes. L'une, celle de gauche (brigade du prince Hohenlohe en première ligne: les brigades Misani et Lalance en deuxième ligne), devait immédiatement prendre h gauche de la route de Lagny, se porter contre le bois de Vincennes, pratiquer une brèche dans le mur de clôture et jeter dans le bois un de ses bataillons qui devait se rabattre sur le pont de Saint-M'aur, tandis que le reste de la brigade de lôte continuerait son mouvement en longeant la lisière du bois et en côtoyant la Marne. La colonne de droite, formée par la brigade Stockmayer soutenue par quatre bataillons de grenadiers autrichiens, devait suivre la route même de Lagny jusqu'à la lisière est du bois de Vincennes, y pénétrer par l'entrée principale et prendre h revers le pont de Saint-Maur pendant que la brigade

* S'il faut en croire les Mémoira du général-lieutenant von BUmarck, alors colonel et chef d'état-major da prince Adam de Wortemberg, les souverains et le généralissime, informés de rinntilité des onvertares faites par Nesselrode et par le colonel OrlofT et rendus plas circonspects encore par le manque imminent de munitions, auraient tenu une espèce de conseil de guerre entre midi et 1 heure. On y aurait décidé de renouveler une fois encore l'attaque sur toute la ligne, de faire donner les gardes russes au centre et, en cas d'insuccès, de se retirer par la route de Compiégne, dès que la nuit serait venue. Toujours d après Bismarck, le colonel autrichien von Vambiihler, chargé de transmettre ces résolutions au prince royal de Wiirtemberg, le rejoignit dans le bois de Vincennes, au moment où il cherchait à s'assurer les passages de la Marne. Questionné par le prince royal sur la situation générale, Vambiihler ne lui aurait pas caché les inquiétudes et les craintes du quartier général, et aurait même ajouté qu'on n'y croyait plus à la prise de Paris.

Hohenlohe exécuterait Tatlaque de front et détournerait Tattention des défenseurs. La brigade Stockraayer pénétra sans grande difficulté dans le bois et détacha un bataillon sur le chAteau de Vincennes. La brigade Hohenlohe tiraillait déjh avec les 400 conscrits chargés de défendre Saint-Maur et servant de soutien aux 8 pièces, lorsque Stockmayer, débouchant du bois, lança son régiment de tête sur Saint-Maur. En moins d'une demi-heure, Stockmayer avait réussi h en déloger les Français et à s*oraparer de 6 canons*.

Maître de Saint-Maur, le prince royal de Wurtemberg dirigea contre Charenton, en la faisant passer par le bois de Vincennes, la brigade Hohenlohe et le général Trenk avec les quatre batiiillons de grenadiers autrichiens et le régiment de hussards Archiduc-Ferdinand, pendant qu'un bataillon marchait ostensiblement par les bords mômes de la Marne. Le général von Stockmayer, après avoir confié la garde de Saint-Maur h un de ses bataillons, se portait en même temps sur le chAteau de Vincennes dont le commandant refusait de se rendre et dont la brigade Lalance, tenue jusque-là en deuxième ligne, devait l'aider à compléter l'investissement.

A Charenton, comme à Saint-Maur, on avait cru assurer suffisamment la défense en construisant sur la rive gauche de la Marne un tambour armé de huit pièces d'artillerie h l'entrée du pont de pierre. La garde de ce poste était confiée h une compagnie de vétérans, au bataillon improvisé formé par les élèves de rÉcole vétérinaire d'AIfort, et h quelques canonniers, renforcés au dernier moment par la petite poignée d'hommes qui avaient réussi h s'échapper de Saint-Maur. A l'approche de la colonne de Hohenlohe, les Français avaient amené sur la rive droite de la Marne cinq de leurs pièces et essayé ainsi d'arrêter la marche des Wurtembergeois. Ces pièces avaient h peine pu ouvrir le feu qu'elles étaient déjà réduites au silence et que le mouvement débordant et convergent des Austro-Wurlembergeois, qui cherchaient à prendre le village h revers par la route de Bercy, obligeait les Français h les ramener derrière le tambour. Le prince

* Starke, Eintheilung nnd Tagcsbegobenheintcn der Haapt-Armce im Monate Mari (K. K. Kriegg Archiv,, III, 1), et Prince royal de Wurtomberg, Paris. 13 avril 1814, Relation de la bataille de Paris (/frtd., IV, 115).

do Hohonlohe h la tôle de deux bataillons pénétra à leur suile dans le village, mais ne parvint cependant pas à les en chasser coraplMement *. « Je dus, afin de venir h bout de celle résistance, dit le prince royal de Wurtemberg, faire soutenir la brigade Hohenlohe par deux bataillons de grenadiers autrichiens h l'aide desquels on finit par s'emparer du pont, des huit canons et d'une centaine d'hommes. » Les Français avaient vainement essayé de faire sauter le pont de la Marne, et les troupes légères du prince royal de Wurtemberg purent, par suite, pousser sur la rive droite de la Seine, jusqu'à hauteur de Port-ù-l' Anglais, dans l'espoir de se servir du bac qu'on avait heureuscMncnl eu le soin de détruire.

Les restes de la petite garnison de Charenton, après avoir traversé le fleuve a Alfort, gagnèrent ensuite la roule de Choisy et s'y réunirent dans la soirée avec les troupes en retmite sur Fontainebleau *.

Marche du III® corps. — Bien qu'il eût, lui aussi, fait passer toute son artillerie sur la rive droite d(»la Marne, dans la nuit du 29 au 30, et qu'il eût mis en marche son infanterie dès 4 heures du matin, Gyulay avait employé près de douze heures pour amener son III« corps sur la ligne Fonlenay— Montreuil. A 4 heures, le feidzeugmeister, qui venait d'informer le prince royal de son arrivée, recevait du commandant du IV» corps. Tordre de faire «iltaquer par Taile droite de son corps La Pissotle et Vincennes cl d'étendre son aile gauche de façon h se relier avec le IV« corps. Le III« corps devait, dès que les Français auraient évacué le bois de Vinceimes, se porter vers les barrières de Paris.

La division légère du comte Crenneville n'eut guère de peine î\ enlever La Pissotle et le village de Vincennes et h rejeter quelques petits postes français dans le donjon. Le reste du III« cor|)s ne prit aucune part à la bataille de Paris et se borna h compléter, du côté du nord, l'investissement du donjon.

« Prince royal de Wurlembcrg, Paris, 13 avril I8ii. Hclatioii do lu bataille de Paris. (A'. K. KrUgi, Archiv,, IV, 115.)

* Sr'ÂRKE, KiutlH*ilung and Tagesbegebcnlieiteo dcr llaupt-Armec iin Monnie llarz (A'. A'. Kriegt Arehiv,, III. 1). Manquant d'attolages pour enlever les pièces prises à Saint-Maur et à Charenton, les troupes du IV^ corps reçurent l'ordre de les enriouer.

Pendant que hi brigado Hohonlohe et les grenadiers autrichiens attaquaient Charenlon, le prince royal avait d(^taché sur leur droite, dans la direction de Bercy et de La Grande-Pinle, quelques escadrons de cavalerie l(^gt>re qui vinrent donner do. ce côté contre quelques postes de garde nationale, occupèrent le chAteau de Bercy et prirent position entre Saint Mandé et Bercy, sans chercher toutefois h se rapprocher davantage de la barrière. Quelques instants plus lard, vers 5 heures de l'après-midi, au moment où il se disposait h atta(|uer sérieusement le faubourg Saint-Antoine, le prince royal de Wurtemberg reçut l'ordre de cesser les hostilités, confia au III« corps la ligne des avantpostes, du côté de la barrière du Trône, et se borna îi faire occuper Saint-Mandé par quelques troupes du IV« corps *.

Les Alliés reprennent l'offensive au centre et enlèvent Halassise, Bagnolet, Charonne et le parc des Bruyères. ^

Barclay de ToUy n'avait atlendu que l'entrée en ligne de l'aile gauche, pour recommencer l'attaque avec plus d'ensemble et plus de vigueur. A son aile gauche, Raïeffsky et Gorlchakoff se portèrent avec la division du général Mezenlzoff, couverte sur son flanc extérieur par la cavalerie de Pahlen, contre Arrighi, qui occupait encore Malassise, Bagnolel et Charonne. La configuralion môme de la position de Malassise qui, s'il s'était entêté sur ce point, aurait compromis la retraite de sa faible division, obligea le duc de Padoue à l'évacuer presque sans combat et à laisser une partie seulement de son monde dans les villages de Bagnolet et de Charonne, contre lesquels l'artillerie russe, chargée de préparer l'attaque, ouvrit immédiatement le feu. Mais dans l'intervalle le maréchal Marmont, vivement pressé sur le plateau h hauteur du parc des Bruyères et se sachant menacé sur sa droite, avait fait tenir à Arrighi l'ordre de se replier sur le parc de Saint-Fargeau et de ramener en arrière la cavalerie de Bordesoulle et de Chaslel qui, passant par les fonds de Charonne, devra venir s'établir sur la hauteur entre Aunay et Ménilmontant. Les tirailleurs de Mezentzoff, profitant de la retraite du duc

* Prince royal do Wurtemberg. Paris, 13 avril 1814, Relation de la bataiUe de Paris {K, K. Kriegi Arehiv., IV, 115), et Staiike, Ëintheilang und TagesbegebenheiteD der Haupt-Armee imMoDate Marz (/ôtd., 111, 1).

dft Padoue, débouchèrenl aussitôt de Charonno et cherchèrent, en forçant la barrière de Fontarabie, h tourner le Mont-Louis (Pèro-Lachaise). Arrêtés par le tir de la batterie établie sur la butte de Fontarabie et par les feux des gardes nationaux qui lui servaient de soutien, les tirailleurs russes furent obligés de rentrer dans Charonne. Gortchakoff, renonçant momentanément h de nouvelles tentatives se contenta de masser ses troupes à Charonne et ii Bagnolet *.

En même temps que les colonnes de gauche des Russes menaçaient le flanc droit des positions de Marmont, leur droite et leur centre, formés en trois colonnes, avaient repris rofl*ensive sur le plateau. La colonne du centre, conduite parle prince Eugène de Wurtemberg, qui se mit en personne à la tête de la division Pischnitzky, obliqua légèrement h gauche et se porta contre le parc des Bruyères. Elle était flanquée, à droite par les grenadiers de Tschoglikofi*, h gauche par le général Stahl avec les cuirassiers d'Astrakhan et de Pskoff.

Malgré la disproportion des forces le général Chabert essaya de tenir bon. Il abrite ses tirailleurs derrière les plis de terrain, les haies, les murs, mais ne tarde pas cependant h être obligé de plier sous le nombre. Marmont n*avait plus sous la main que la division Ricard, tenue en réserve et massée par bataillons derrière le parc des Bruyères. Toutes ses autres troupes étaient, les unes déployées en tirailleurs, les autres engagées. Le mouvement rétrograde de la brigade Chabert s'accentuait. Commencé en bon ordre, il était sur le point de dégénérer en déroute et menaçait de compromettre la ligne tout entière dont les Russes cherchaient h crever le centre. 11 n'y avait plus une minute h perdre si l'on voulait prévenir une catastrophe et donner aux troupes le temps de se rallier.

Un retour offensif pouvait seul rétablir momentanément la situation. Le Maréchal, se mettant h la tête de la brigade Clavel dont Teflectif total s'élevait h peine h 600 hommes, la forme rapidement en colonne d'attaque et se porte au-devant des régiments de Pischnitzky. Mais cette poignée d'hommes a à peine

t Starke, Eintlieilong nnd Tagesbegcbenheiten der Haupt-Armee im Monate llârz (K. K, Kriegi Archiv., III, 1), et Journal d'opérations de Barclay deTolly {Archives topographique$, n^ 29188).

débouché du pnrc dos Bruy^res qu'une batterie russe établie sur un des mamelons du bois de Romainville, la crible de mitraille et jetle le désordre dans ses rangs. Le î20« régiment de chasseurs h pied russes se jette sur la brigade pendant que les cuirassiers de Stahl la chargent sur son flanc droit et l'enfoncent. Les fuyards entraînent dans leur déroute la 2« brigade de leur division et laissent entre les mains des Russes le général Clavel qui a vainement tenté de les reporter en avant. Marmont lui-même est sur le point d'avoir le môme sort et ne doit son salut qu'au courage et au dévouement du plus brave soldat et du plus brave homme qu'il ait, dit-il, jamais connu, le colonel Genheser*. Cet officier, débouchant du parc des Bruyères, se précipita sur les derrières des bataillons russes à la tête d'une poignée de soldalg rassemblés h la hAte, arrêta un moment leurs progrès ', mais ne put parvenir h leur reprendre le parc des Bruyères. L'intervention du cohmel Genheser et la présence d'esprit du général Compans qui s'était empressé d'occuper avec un bataillon do jeune garde la butte du Télégraphe, avaient du moins permis au maréchal de faire prendre à ses troupes une dernière position et d'assurer pendant quelque temps la défense de Belleville. Il ne restait h ce moment au maréchal que 8,000 hommes à peine, avec lesquels il lui fallait occuper au plus vite et de son mieux une position trop étendue pour un effectif aussi peu considérable et pour des troupes d'une solidité douteuse, fatiguées et démoralisées tant par les efforts et les privations des jours précédents que par la lutte acharnée qu'elles soutenaient depuis le matin.

Le duc de Padoue, qu'on a rappelé de Charonne et do Bagnolet, s'établit au parc de Saint-Fargeau. A sa gauche, les divisions Ricard, Lagrange, Compans et Ledru, se reformant à la hâte, se déploient de la butte du Télégraphe jusque vers la butte Beauregard et se relient de ce côté h la droite de la division Boyer de Rébeval, qui occupe toujours Les Prés-Saint-Gervais. A gauche de Boyer de Rébeval les troupes de Michel (brigade Sécrétant) gardent dans la vallée l'espace compris entre Les Mai-

* Marmont, Mémoires, VI, 244; Starke. Eintheilung and Tagesbegebenheitcn der Haupt- Armée im Monate Marz (K, K. Kriegi Archiv., IlL I); Journal d'opérations de Barclay de ToUy (Archiva topographiquet, n^ 29188); Joarnal d'opérations da 2° corps (/6td., n^ 47344).

« Ibid.

sonnelles et le canal de l'Ourcq. Le manque de temps empêche seul le maréchal de rappeler de son extrême droite la cavalerie de Bordesoulle et de Chastel immobilisée sous le feu des batleries alliées entre Ménilmonlant et le Mont-Louis, et qui aurait pu rendre de véritables services à Taile gauche de la défense.

Maître du parc des Bruyères, Barclay de Tolly se dispose de son côté h porter à Marmont un coup décisif en lui enlevant ses nouvelles positions par une attaque générale, et à le rejeter sur la ville.

Prise de la batterie des Prés-Saint-Gervais par les Prussiens. — La garde prussienne n'était j)as restée complètement inactivo pendant l'attaque que les Russes venaient d'exécuter sur le plateau au centre môme de la ligne de bataille.

Malgré les pertes considérables que sa brigade avait eu îi subir depuis son entrée en ligne, le colonel von Alvensleben avait reconnu qu'il lui était impossible de se contenter des quelques avantages qu'il venait de remporter. S'il avait réussi h obliger les Français à se retirer sur Les Maisonnettes, ceux-ci n'en continuaient pas moins h être maîtres du pont du canal près de La Villelte et de ce village, dont il importait de les débusquer. D'autre part, son artillerie avait peine h se maintenir sous le feu meurtrier dirigé contre elle par les batteries françaises des buttes Beauregard et Chaumont qui enfilaient la gauche de sa position. De ce coté, la situation pouvait, d'un moment h l'autre, devenir extrêmement grave. Il suffisait, en effet, de l'arrivée de quelques renforts aux Prés-Saint-Gervais, d'un retour offensif des Français, pour arracher à la garde prussienne et aux débris de la 14* division le terrain qu'ils avaient eu tant de peine h conquérir, pour les obliger h reculer et peut-être même h abandonner Pantin.

Le colonel von Alvensleben, ignorant les dispositions prises par Barclay de Tolly et par York et la mise en route de troupes destinées h le soutenir et à le relever, commença par confier la protection de sa gauche au 1«' bataillon du l*^' régiment de la garde, aux chasseurs de la garde et aux débris du bataillon de fusiliers de la garde qu'il établit à la lisière est des Maisonnettes. Les cinq autres bataillons lui serN'irent h former trois colonnes; Tune, celle de droite (lieutenant-colonel von MOffling avec deux bataillons), devait longer le canal et enlever le pont

de La Villette; les doux autres a>aienl ordre de s'avancer des deux côtés de la route de Pantin, contre la barrière de Pantin.

La colonne de droite ne parvint pas à s'emparer du pont; apK'S plusieurs attaques infructueuses, on dut ramener en arrière le bataillon de la garde badoise qui n*avail plus de munitions et jeterdans les maisons voisines le bataillon de la jj^arde prussienne trop faible pour forcer à lui seul le pnssa{<e. Les colonnes du centre et de pfauche avaient été plus heureuses; elles avaient réussi ù s'établir aux Maisonnettes, h en déboucher et h dessiner leur mouvememenl veis la barrière de l^uitin.

Mais à Texlréme gauche des positions occupées par la ganie prussienne, le ca|)itaine von Nayliauss avait réussi à gravir avec une compagnie de chasseurs de la garde les pentes septentrionales du plateau des Prés-Saint-Gervais et s'était enq)aré à micôte de quatre des pièces de la batterie dont le tir avait fait tant de mal aux Prussiens. Arrêtés sur ce point par rinfanterie française qui protégeait les pièces de |)Osilion en batterie sur la hauteur môme, les chasseurs prussiens ne reprirent leur mouvement (lu'après avoir été rejoints par la garde russe du général Yermoloff.

Dispositions pour Tattaque générale sur le centre. —

Malgré ce hardi coup de main, il était néanmoins absolument indispensable de soutenir au plus vile la brigade du colonel von Alvenslehen qui, rt'duite au tiers de son effectif et manquant de munitions, n'avait été renforcée que par les deux bataillons de Tavanl-garde de Kal/Jer élai)lis au Uouvroy; il im|)ortait surtout de la mettre à même de tirer parti des quelques avantages qu'elle avait si chèrement achetés. Le moment décisif était arrivé et, pour exécuter avec une plus grande chance de succès Taltaquc» générale contre la dernière position de Marmont, il s'agissait de la faire coïncider pour le moins avec un mouvement offensit dirigé de Pantin et du Rouvroy contre les barrières de Pantin et du Combat. Or, ce mouvement, Alvensleben et Helfn;icli ne pouvaient l'entreprendre qu'avec l'appui des troupes fraîches du prince Guillaume de Prusse que York allait, vers 8 heures 1/2, faire entrer en ligne et pousser en avant sur les deux rives du canal de l'Ourcq.

Décidé à prendre h iHîvcrs Les Prés-Saint-Gervais pendant que

le prince Eugène de Wurtemberg aborderait celle position de front, Barclay de Tolly ne voulait et ne pouvait rien tenter avant que les Prussiens eussent complètement chassé les Français des abords de Pantin, leur eussent arraché les ponts du canal de rOurcq et fussent parvenus à les rejcîler sur la barrière de Pantin. Ignorant d'ailleurs les ordres donnésau prince Guillaume de Prusse, Barclay avait prescrit au général Yermoloff de pousser en avant de Pantin le général Udom avec les régiments de grenadiers de la garde et Pawlowsky, et de faire occuper le village par la première division de la garde (général Rosen : régiments Préobrajensky, SéménofFsky, Ismaïloflsky, chasseurs et marins de la garde).

La garde russe, placée sous les ordres de Miloradovitch, était chargée de renforcer la brigade de la garde prussienne d'Alvensleben; mais, après avoir facilité ses progrès dans la plaine, elle devait se porter par la route qui passe entre les buttes Beaurcgard et Chaumont pour prendre Les Prés-Saint-Gervais et Belleville à revers et donner la main au prince Eugène de Wurtemberg. Au centre, le prince Eugène attendait un ordre ou un signal pour se lancer sur Les Prés-Saint- Gervais. Les grenadiers de Tschoglikoff étaient chargés d'aborder Belleville. A gauche Paskéwitch allait attaquer Ménilniontant de front. Enfin Gortchakoft et Mezentzoff, couverts sur leur gaucho par la cavalerie de Pahlen, devaient se porter par les hauteurs d'Aunay et du Mont-Louis contre la droite de la position de Ménilmontant.

Le prince Guillaume de Prusse avait exécuté les ordres envoyés directement du quartier général de Tannée de Silésie qui lui enjoignaient de renforcer la garde prussienne et Tavant-garde de * Kat/Jer; laissant ses trois régiments de cavalerie sous les ordres du colonel von Blûcher, dans la plaine en avant de La Villette, le prince, pour évitera sa division des pertes inutiles, avait remonté le cours du canal de l'Ourcq, passé le pont au-dessus de Pantin et établi sa division en avant du village, sa gauche appuyée «i la grande route vers Les Maisonnettes, sa droite au canal, de façon à pouvoir à la fois s'opposer à un retour offensif des Français contre Le Rouvroy et coopérer à Tattaque de La Villette.

Attaque et prise de Hénilmontaiit, des Prés Saint-Oer- Tais, des Maisonnettesi des buttes Beauregard et Chau*

mont. — La supériorité des forces et la simultanéité des attaques ne pouvaient plus laisser do doutes sur le résultat final. A Textréme gauche, Mez(»ntzoff, malgré le fendes batteries du Pere- Lachaise et quelques efforts tentés par la cavalerie de Chastcîl qu'il contraint bientôt h se replier sur Paris, pénètre dans Ménilmontant. A sa gauche la cavalerie de Pahlen chasse de Fontarabie et du Petit-Charonne les derniers avant-postes français et menace la droite de Bordesoulle. L'artillerie russe prend pied sur les hauteurs du Mont-Louis et de Ménilmonlant, prête à ouvrir le feu contre les boulevards extérieurs et h bombarder la ville.

Le prince Eugène de Wurtemberg, h la tête de la 3« division Schakhoflskoï et de la brigade Wlastoff (de la o« division), a laissé Belleville sur sa droite et couronné, de concert avec Mezentzoff et Paskiéwitch, les hauteurs de Ménilmontanl et du Mont- Louis.

La position de Saint-Fargeau est désormais intenable et le duc de Padoue, menacé sur ses derrières par Mezenlzoff, pressé de front par Gortchakoff, débordé du côté des Tourelles par les grenadiers de Tschoglikoff, est contraint de se replier sur Belleville. Blessé pendant la retraite, il remet le commandement de sa faible division au général Lucotte qui va prendre position î\ la butte du Télégraphe.

Au centre, la division Pischnilzky se dirige droit sur Les Prés- Saint-Gervais. A sa droite, tandis que la division du prince Guillaume de Prusse exécute une conversion îi droite pour se rapprocher du canal de TOurcq, les Russes de Yermolofl sont venus soutenir la garde prussienne d'Alvensleben au moment où elle rejetait des Maisonnettes jusque vers la barrière de Pantin la faible brigade du général Sécrétant. Mortier, pressé h La Villette, a dû quelques instants plutôt rappeler h lui les troupes de Charpentier et de Curial, tenues jusque-lîi en réserve au pied des buttes Chaumont. Maître des Maisonnettes, Yemioloff laisse la garde prussienne continuer vers la barrière de Pantin et engage ses deux régiments et son artillerie, précédés par des tirailleurs, dans la gorge entre les buttes Chaumont et Beauregard où ils se séparent et marchent en deux colonnes : l'une gravit les pentes de la butte Chaumont, déborde la batterie dont elle s'empare et se dirige sur Belleville ; Tautre, escaladant les pentes de la butte Beauregard, vient déboucher sur les derrières de Boyer de Ré-

beval cl de Onnpaiïs au inomcul où la division Pischnil/ky les attaque de front. Pris entre deux feu\ et mis en déroule, les bataillons franrais ne durent leur salut qu'à la charge d'un escadron d(» lanciers polonais, le seul dont disposai le général Compans. Les défenseurs des Prés-Sainl-Gervais parviennent grî\ce à cette charge opportune, h se retirer, non sans peine sur Belleville, où ils barricadent à la hâle les passages, occupent les maisons, tout pnMs à recommencer le combat. Mais ils ont dû laisser entre les mains des Uussesl7 bouches îi feu que, faute d'attelages, il leur aurait de toute façon été impossible d'ennnener.

Maître des Prés-Saint-Gervais , des buttes Heauregard et Chaumont, Pischnitzky pousse aussitôt sur Belleville ses tirailleurs (|ui se rejoignent à l'entrée de ce faubourg avec ceux d'Yermoloff*.

Mouvement de la cavalerie de Pahlen. — Charge des uhlans de Tchougouleff contre Tartillerie du major Evain.

— Pendant ce temps, Pahlen avait profité de l'entrée en ligne du l\^ corps, de son mouvement sur Saint-Maur et Charenton et di^ la retraite de la cavalerie de Bordesoulle et de Chastel pour descendre du plateau, s'établir entre Montreuil et Vincennes et envoyer quelques partis vers la barrien» du Trône, fiiiblement occupée par des gardes nationaux.

Le major Kvain, qui commandait sur ce point un gros grou|)e d'artillerie de réserve composé de iH pièces servies par les élèves de l'Écoh» polytechnique et destiné à se porter au premier signal sur les points les plus menacés, n'avait reçu aucun ordre. Bien que n'ayant pour tout soutien que quelques gendarmes, le major Evain, lassé du rôle |)assif qu'il jouait depuis le matin, crut un peu après 3 heures qu'il pouvait sans danger s'engager sur la chaussée en remblai menant à la barrière du Trône et sur laquelle il ne pouvait marcher qu'en colonne par deux pièces. Le major esj)érait arrêter par le feu de ses 28 pièces les progrès d(» Pahlen et opérer une diversion utile à Marmont. Arrivé à hauteur du point où la chaussée de Charenton à Charonne coupe la chaussée de Vincennes, le major Evain ordonna h ses pièces de tête qu'il établit,

» Juuriial de Banlay d«; ToUy (ArcUirei lojH)tjraphiquci, ii° 20188); Journal (lu prince Kugùno de Wurtemberg (/6m/., u^ 47341), et Journal de Boyer de Uébcval {Archives de la guerre).

les unes sur la chaussée, les autres au sud de celle chaussce, de canoimer la cavalerie russe débouchant par la route de Monlreuil. Pahlen lui répondit immédiatement avec ses batteries à cheval dont le tir bien dirigé démonta quelques pièces et jeta le trouble dans cette longue colonne d'artillerie conduite par des conducteurs inexpérimentés.

En même temps, Pahlen prescrivit au général Kameneft d\»nlever les pièces en batterie îivec les uhlans de Tchougouïeff soutenus par un escadron wurlembergeois, d'arriver sur celte artillerie en masquant son mouvement et en dissimulant le plus possible ses cavaliers derrière les maisons du Petit-Vincennes. Exécutant une conversion îI droite dH qu'il fut parvenu h hauteur de la chaussée, le général Kameneff se précipita sur la batterie au moment ofi le major Evain ordonnait d'amener les avant-trains et de se mettre en retraite. Les gendarmes avaient d'ailleurs filé sur la barrière dès qu'ils avaient aperçu les uhlans russes, et la charge, ne rencontrant aucun obstacle, arriva sur les pièces, les dépassa et pénétra dans la colonne. L'inexpérience et la terreur des conducteurs, l'encombrement de la chaussée obstruée par une partie des canons qu'on avait renversés en voulant leur faire faire précipitamment et maladroitement demitour, augmentèrent le désarroi. Alalgré la valeur déployée par les élèves de l'École polytechnique, la colonne tout entière serait infailliblement tombée entre les mains des uhlans de Tchougouïeff, si les généraux Vincent et Laville n'avaient aperçu le mouvement des Russes. Les lanciers polonais de Vincent se portèrent aussitôt en avant et menacèrent les derrières des uhlans pendant que le colonel Ordener, à la tête du 30® dragons, se frayant un passage à travers les pièces, les chargeait sur leur flanc droit et les obligeait à reculer en abandonnant une bonne partie de leurs prises. Grûce î\ Tintenenlion opportune du 30® dragons, le major Evain, couvert par un détachement de garde nationale, put ramener environ les deux tiers de son artillerie h la barrière du Trône. Les uhlans russes trop faibles pour renouveler leur coup de main et d'ailleurs trop éloignés de leur division se retirèrent de leur côté en emmenant 9 des 15 pièces qu'ils avaient enlevées, 6 caissons et un certain nombre de prisonniers. Pahlen craignant d'être pris en flanc par Bordesoulle et Chastel, n'avait pas osé soutenir les uhlans de Tchou-

wtu. — IV. 13

gouïeft auxquels il envoya Tordre de rejoindre le gros de sa cavalerie. Il se borna dus lors à surveiller d'assez loin les abords de la barrière du Trône *.

Harmont envoie des parlementaires aux Alliés. — Déborde sur sa droite et sur sa gauche, pressé sur son front, MarmonI, rossiMTé dans Helleville, craignant ù tout moment d'être rejeté îI rinlérieur de Paris, crut le moment venu de faire usage de l'autorisation de Joseph. S'il faut en croire le récit du prince Eugène de Wurtemberg, en môme temps qu'il envoyait en parlementaires trois officiers, parmi lesquels le colonel de Labédoyère, et dont un seul, l'aide de camp du général Lagrange, parvint à pénétrer dans les lignes russes, le duc de Raguse aurait donné avis de sa démarche au maréchal Mortier. En raison de la distance assez considérable qui séparait les deux maréchaux, de la difficulté des communications entre eux, il est presque imj)ossible d'admettre que, comme il le prétendit dans sa lettre h l'Empereur, Marmont ne se décida îi capituler qu'après s'être concerté avec le duc de Trévise. La version donnée par le prince Eugène de Wurtemberg est bien autrement vraisemblable. Le prince affirme que le duc de Trévise (jui, on le sait, n'avait pas encore reçu communication des ordres de Joseph, répondit h son collègue : « Depuis trois heures, je fais infructueusement chercher le lieutenant de l'Empereur. Je ne prendrai aucune résolution avant d'avoir reçu ses ordres. »

Mais lorsque Marmont reçut celte réponse, la situation s'était modifiée du tout au tout, et le moment critique était arrivé.

Défense de BelleviUe. ^ La division Schakhoffskoï et la brigade Wlastoff étaient maîtresses des hauteurs de Ménilmontant et du Mont-Louis. Le général Tschoglikoft, après avoir chassé les lroui)es du duc de Padoue du parc de Saint-Fargeau, continuait à pousser sur Belleville, où la 4« division (Pischnitzky) et la i^ division de la garde russe étaient sur le point de pénétrer j)ar l'ouest. La tète de colonne de Yermoloff, débouchant de la butte Beauregard, venait môme de s'engager dans la grande rue de Belleville.

i Jourual d'upératious de Barclay de Tuily (AreMvts lopo§raphiques, n^ 29188) ; Mémoiret de Lôwenttem ; Journal du général Vincent, opérations du 19 au 30 mars (Archivée de la guerre).

La moindre hésilalion pouvait tout perdre. Marmonl réunit h la hâte les quelques hommes qu'il a sous la main et se met h leur tête avec les généraux Meynadier, Ricard, Pelleport cl Boudin. Le maréchal a son cheval blessé, ses habits criblés de balles ; le général Pelleport est blessé ; le général Ricard contusionné, mais celte petite troupe « dont les Russes ne pouvaient apercevoir la faiblesse dans un pareil défilé » «,a réussi à faire faire demi-tour à la tête de colonne russe. La retraite est désormais possible : le maréchal, tout en repliant une partie de son monde sur le plateau en arrière de Belleville *, a pu faire reprendre position aux troupes d'Arrighi, de Ricard, de Joubert et de Lagrange et obliger les Russes à se tenir à distance. Ce retour offensif lui donne la possibilité d'attendre sans se compromettre la rentrée du parlementaire envoyé à Schwarzenberg qui, avec les souverains, suivait les péripéties du combat des hauteurs h Test de Belleville.

Opérations de l'aile droite des armées alliées. — Retour offensif de Mortier en avant de La Villette. — Attaque et prise de La Villette. — Tandis que le centre des Alliés rejetait Marmont sur Belleville, que Taile gauche s*établissait à Saint-Maur et Charenton, que la cavalerie de Pahlen surveillait Vincennes et la barrière du Trône, les Russes et les Prussiens de l'aile droite avaient eux aussi accentué leurs progrès. Sérieusement attaqué h partir de deux heures par les troupes de l'armée de Silésie, Mortier s'était vu contraint à rappeler à lui les divisions Curial et Charpentier qu'il avait jetées, la première dans La Villette, la seconde dans La Chapelle.

Le maréchal, tout en cherchant à s'opposer aux projets des Alliés qui se déployaient et s'étendaient sur sa gauche, avait remarqué le mouvement de la division du prince Guillaume de Prusse envoyée en soutien des Russes et de la garde prussienne à Pantin. Afin de dégager la gauche de Marmont et de ralentir les progrès des Alliés en avant de Pantin, le duc de Trévise avait,

* Mémoires de Marmont.

* Jouraal d'opérations de Barclay de Tolly {Archives topographiques, n*> 29188); Journal d'opérations du prince Eugène de Wurtemberg (Ibid., n^ 47344), et Starkb, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der liaupt-Armec imMonate Marz {K, K, Kriegs Archiv,, 111, I).

vers trois heures, lenlé un retour offensif en avant de La Villctte et repoussé au delà du pont du bassin les troupes prussiennes qui l'occupaient. Le prince Guillaume, poussant alors ses tirailleurs le long de la levée du canal, lança h la baïonnette deux bataillons du régiment d'infanterie de Brandebourg et le 14« régiment de landwehr, qui rejetèrent les Français sur La Villelle et leur enlevèrent deux canons pendant que le reste de sa division exécutait un changement de front vers la droite.

Afin de couvrir la droite de son artillerie établie sur le tracé des anciens retranchements de 1792, au moment où il faisait reprendre l'offensive à son infanterie, le duc de Trévise avait prescrit îi la brigade de dragons de Christophe de se porter en avant de La Villctte et d'enlever la batterie prussienne qui canonnail vivement les débouchés de La Villetle et n'avait pour soutien qu'un bataillon de fusiliers du 6* régiment d'infanterie. Culbutant les fusiliers prussiens qui ont vainement essayé de dégager la batterie, les dragons étaient sur le point d'enlever les pièces lorsque l'intervention de la cavalerie du général von Katzler rétablit l'équilibre. Sans laisser aux dragons le temps de se rallier, Katzler les fait charger de front par le 2« régiment de hussards du corps, soutenu en deuxième ligne et plus à droite par les hussards de Brandebourg, les ramène en désordre et les rejette dans La Villctte. Profitant ensuite de la confusion et du désarroi causés par la réussite de sa charge, il déborde la batterie française et s'empare de 14 pièces.

L'artillerie prussienne a repris position et prépare maintenant par ses feux l'assaut que vont donner à La Villette les Prussiens du prince Guillaume et les Russes de Woronzoft *.

Sans perdre un instant et bien qu'il soit tout à fait en pointe, Kat'/Jer a poussé vers les premières maisons de La Villette le bataillon de fusiliers qui n'a plus à se préoccuper désormais de la garde des batteries du I*' corps prussien. Il a en même temps

* Historique du G*^ régiment d'infanterie pruisienne; Hagen, Hulorique du 3" régiment de dragons de la Nouvelle-Marche; Schnbidawind, Prinz Wilhelm von Preuuen in den Kriegen seiner Zeit ; Beitzke, Lében des General-Lieutenanls von Sohr; C. von W., Feldzûge der schlesischen Armée; Colomb (geocral-lieutenant von), Beitrdge zur Gcschiehte der Preussischen Kavallerie seit 1808 ; Starke, Eintlieilang und Tagedbegebeuhciten der Haupt-Armee im Monate Blarz (K. K. Kriegs Archiv,, III, 1).

fait connaître les derniers événements à Woronzoff dont la tête de colonne est arrivée h peu de distance de La Villette. Le prince Guillaume vient du reste de faire passer le pont du canal h sa division. Attaquant alors La Villette du côté du bassin, il s'empare des pièces en batterie h l'entrée du village et y pénètre en même temps que le général Krasowsky. Le général russe, appuyé par la batterie du lieutenant-colonel Vinsper, entre dans la partie nord de La Villette h la tète des 13« et 14* régiments de chasseurs russes, d'une partie du régiment de Toula, enlève ce qui reste de pièces et, de concert avec les Prussiens, oblige le général Curial à abandonner la tète du village et à se rapprocher des barrières.

Malgré le feu terrible dirigé contre La Villette, bien que le général Krasowsky eût été renforcé par le reste du régiment de Toula, par celui de Navaguinsk et le !«'' régiment de Cosaques du Bug, bien que le gros du corps de Woronzoff se fût déployé en avant d'Aubcrvilliers, sa gauche à la route de Sentis, le duc de Trévise était d'autant moins disposé à abandonner La Villette que, sur sa droite, les débris de la brigade Sécrétant et quelques vétérans tenaient encore bon au pont du canal et arrêtaient les progrès de la garde prussienne en avant des Maisonnettes. Aussi, décidé à tenter un suprême effort pour reprendre La Villette, le maréchal, tout en envoyant quelques faibles renforts à la brigade Sécrétant, avait lancé la division Christian! sur la partie du village occupée par les Russes et les Prussiens et repris quatre des pièces qu'on avait perdues, lorsque la garde prussienne, débouchant des Maisonnettes, rejeta Sécrétant et les chasseurs vétérans sur la rive droite du canal. Il était dès lors impossible de songer à se maintenir à La Villette, et le maréchal dut se résigner h donner aux troupes de son aile droite Tordre de se replier sur la barrière de La Villette. Cette retraite s'exécuta dans Tordre le plus parfait, par échelons, sous la protection de Tartillerie, malgré les efforts des Russes et des Prussiens et bien que le prince Guillaume de Prusse eût h ce moment opéré sa jonction avec la garde prussienne avec laquelle sa gauche se relia du côté de la barrière de Pantin*.

Joarnal d'opérations de Barclay de Tolly {Archives tapa^mphiquit.

Prise de La Chapelle et mouvement du II^^ corps prussien sur la butte des Cinq-Moulins. — A droite de Krasowsky et du prince Guillaume, le général von Horn, suivi par la division du prince Auguste de Prusse, avait traversé Aubervilliers et s'était formé en bataille en avant de La Chapelle que son artillerie et celle du II® corps criblèrent de projectiles '. Obligé d'employer toutes ses réserves h La Villette et sur le canal de TOurcq en avant de Pantin, le maréchal Mortier ne disposait plus sur sa gauche que de la division Charpentier postée h La Chapelle et de la brigade Robert établie entre ce village et Montmartre. Malgré rinfériorité du nombre. Charpentier fit si bonne contenance à La Chapelle qu'une des brigades du prince Auguste de Prusse dut se déployer h la gauche de la division de Horn. L'entrée en ligne de ces troupes fraîches ne parvint pas il déloger les Français, et Charpentier n'évacua La Chapelle que lorsque le maréchal Mortier, obligé d'abandonner La Villette, lui envoya l'ordre de se replier. Comme Christiani, Charpentier se retira, sous la protection de Tartillerie, lentement, en bon ordre, par échelons, sur la barrière Saint-Denis, tandis que la brigade Robert allait prendre position sur la butte des Cinq-Moulins.

La division Horn, ainsi s'exprime le prince Auguste de Prusse dans son rapport *, re(;ut h ce moment (4 heures 1/2 de l'aprèsmidi) Tordre d'attaquer Montmartre en débouchant de La Chapelle. La 10« brigade lui servait de soutien; la 9<* brigade suivait et formait la réserve. Au moment où les troupes prussiennes, s'avançant au pas de charge en poussant des hourrahs, commençaient à s'élever sur les pentes de la butte des Cinq-Moulins, elles reçurent l'ordre de s'arrêter '. a On avait conclu l'armistice, dit encore le prince ; Paris demandait h capituler. Nos troupes occupèrent les hauteurs de La Chapelle et les faubourgs jusqu'à la barrière Montmartre. »

Sur la droite de Mortier, le prince Guillaume de Prusse et le

n'* 29188) ; Schnbidawind, Pfinz Wilhelm ton Preuisen in den Kriegen seiner ZeU.

^ Rapport da prince Auguste de Prusse sur la bataille de Paris. {KriegsgesehichlUche Einzeltchrifien herausgegeben vom Grouen Generatstabe»)

• 1d, in ibid.

* Nous résumons plus loin toutes les négociations relatives à la conclusion de rarmistîce et à la capitulation de Paris.

colonel von Alvenslebon se disposaient eux aussi à briser le dernier obstacle qui se dressait encore devant eux.

Ils se préparaient à donner l'assaut à la barrière de Pantin, lorsqu'on leur prescrivit de suspendre leur mouvement. I^e prince Guillaume se borna dès lors à, pousser jusqu'fi 200 ou 300 mètres des palissades la chaîne de ses tirailleurs, soutenus par le reste de sa division, formée par bataillons en masse. La brigade de la garde prussienne s'établit un peu en arrière, ea deuxième ligne.

Mouvements et opérations de la colonne de droite des Alliés. — - Marche de Langeron sur Montmartre. — Prise de la butte. — Pendant ce temps Langeron, après avoir, pour nous servir des expressions mômes que Chrapovilzky emploie dans son Journal *, d'abord piétiné sur place, puis marché à pas de tortue, avait cependant fini par gagner peu à peu du terrain vers Montmartre, Les BatignoUes et le bois de Boulogne. Aussitôt après la prise d*Auber\illiers, le général Emanuel, renforcé par les régiments de dragons de Kargopol et de Miltau et par un escadron des chasseurs à cheval de Tchernigoff, avait été dirigé par Clichy sur la barrière de l'Étoile et Neuilly *. A la tête d'un corps de cavalerie d'un peu plus de 2,000 chevaux, cet officier général devait s'emparer des ponts de Neuilly, de Sainl-Cloud, de Sèvres et d'Iéna. En môme temps, les généraux Kapsewitch et Rudsewitch exécutaient en avant d'AuberN'illiers et de Saint- Ouen, un grand mouvement tournant afin d'aborder Montmartre, le premier par Clignancourt, le deuxième encore plus à l'ouest, par les pentes du côté des BatignoUes. Le duc de Trévise, dont toutes les troupes étaient déjà engagées vers la barrière de Pantin, à La Villetle, h La Chapelle, contre les Prussiens du prince Guillaume de Prusse et d'Alvensleben, contre les Russes d'Yermolotf, contre l'infanterie de Woronzofï et les divisions de Horn et du prince Auguste de Prusse, ne pouvait opposer à Langeron et à Emanuel que la cavalerie de Belliard. Ce général, dès qu'il eut remarqué le mouvement exécuté par la

* Journal du conseiUer d'Etat Chrapovitzky sur la campagne de 1814.

* Journal d'opérations du frénéral Emanuel et Journal de Langeron. (Arehives topographiquet, n^ 29103.)

cavalerie d'Emaniiel, sur la roule de la Révolte, et rapproche de rinfanlerie de Rudsewilch et de Kàpsewitch, avait dû se rapprocher du pied des buttes et appuyer sa droite à Clignancourt, sa gauche ù la route des Batignolîes à Saint-Ouen. Quelques cavaliers tirés des dépôts de la garde et 300 gardes nationaux lui servaient de réserve.

La cavalerie de Belliard était manifestement hors d'état d'arrêter la marche des deux colonnes russes sur Montmartre. L'enlèvement même des butles était d'autant plus certain qu'au moment du départ de Joseph on avait envoyé, tant aux Balignoiles que dans la plaine Glichy, la plus grosse partie des gardes nationaux qui y étaient établis depuis le matin ; il n'y restait plus que trente bouches h feu dont le service était incomplètement assuré, une centaine de vétérans et de conscrits et le bataillon de sapeurs-pompiers de Paris, fort d'environ 280 hommes, qui n'était arrivé sur la butte que dans l'après-midi. Bien qu'il n'eût rencontré aucune résistance, Langeron ne tenta môme pas d'enlever Montmartre par un coup de main. Il fit méthodiquement préparer son attaque par les feux de son artillerie et attendit pour dessiner son mouvement que toutes ses colonnes, y compris celle que Rudsewitch avait sur son ordre poussée vers Les Batignolîes par la route de Saint-Ouen, fussent arrivées h égale hauteur et que la cavalerie du général Emanuel eût repoussé sur Les Batignolîes les tirailleurs de la garde nationale établis en avant de Monceaux et des Ternes et fût déjà sur le point de se montrer à la Porte-Maillot. Toute cette partie de la ligne, depuis Montmartre jusqu'au delà de Neuilly, n'était d'ailleurs défendue et gardée que par les gardes nationaux du maréchal Moncey. Un peu après 4 heures, au moment où les colonnes de Langeron achevaient leur déploiement, Moncey, qui s'était tenu jusque-là à la barrière Clichy, fit avancer sur la route de Saint-Ouen une batterie chargée de contrebattre la batterie russe en position au pied du mamelon de la butte des Gardes au point où le chemin de Saint-Ouen coupe la croupe qui descend en pente douce vers Clichy, et d'arrêter les progrès de l'infanterie. Les gardes nationaux refoulés sur Les Batignolîes occupaient le village ; d'autres détachements s'établissaient aux Ternes et à Monceaux. La batterie postée à la place de l'Étoile avait été portée en avant et couverte par des abatis.

Les dispositions du maréchal n'avaient pas échappé aux généraux pusses.

Pendant que la colonne de Clignancourt restait au pied de la butte, en soutien de son artillerie, le général Emanuel arrivait h la porte Maillot. S'arrôtant avant de s'engager dans le bois de Boulogne et de pousser vers le pont de Neuilly, il détacha vers la barrière de TÉloile de la cavalerie et quelques pièces qui se bornèrent h tirailler avec les gardes nationaux.

Précédées par leur artillerie les troupes de Langcron avaient conlinué leur mouvement convergent sur Montmartre et étaient arrivées à portée de fusil de la cavalerie de Belliard ; celui-ci fait charger leurs tètes de colonne par le général Dautancourt : mais ses chasseurs sont ramenés par le feu des Russes et obligés h se rallier derrière la deuxième ligne; une autre charge conduite par le général Sparre (5« et 12® dragons) n*a pas plus de succès. Débordé sur ses deux ailes, coupé des plaines par lesquelles il aurait voulu se retirer, mitraillé par Tartillerie de Langeron, Belliard n'a d'autre ressource que de remonter au galop les chemins qui aboutissent au sommet de la butte. Il jette en toute hâte dans un enclos, sur la gauche de la butte, le bataillon de sapeurs-pompiers qui seul peut ralentir la marche de Kapsewitch et de Rudsewitch, et donner à la cavalerie le temps de rentrer dans Paris.

Quelques instants plus tard l'infanterie russe couronne les hauteurs de Montmartre. Pendant ce temps deux des escadrons de Belliard se portent en toute hâte par Les BatignoUes en avant de Monceaux, que l'extrême droite de Langeron est sur le point d'enlever.

Mais bientôt, pressés par le nombre, ces deux escadrons, que la garde nationale refuse de soutenir, sont obligés de rétrograder sur la barrière de Monceaux pendant que les Russes pénètrent dans Les BatignoUes et poussent en désordre sur la barrière de Clichy les gardes nationaux postés dans ce faubourg. A la gauche de Langeron, Horn et Kleist ne trouvant plus personne devant eux, avaient occupé la butte des Cinq-Moulins*.

1 Gneiscnau dans sa lettre h Eichhorn, en date de Paris, 20 avril 1811, citée par les KriegsgeschiehtUche Einzelschriflen, !88i, V, 136, écrit à ce pro-

Combat de la barrière de Clichy. — Malgré la gravité de la situation et le désarroi causé par les progrès des Russes, le maréchal Moncey, décidé à tenter l'impossible pour empocher les Alliés de forcer les portes de Paris, avait rallié les gardes nationaux chassés des Batignolles et achevé d'organiser la défense de la barrière de Clichy, vers laquelle semblaient converger les troupes de Langeron. En arrière du tambour élevé à la barrière même, il avait improvisé un deuxième retranchement. Les pièces servies par les Invalides avaient été amenées dans les embrasures du tambour, dont les meilleurs tireurs de la garde nationale garnissaient les créneaux. Les grenadiers et les chasseurs de cette garde s'étaient postés aux fenêtres et sur la plate-forme du grand bâtiment de la barrière. Le reste de la garde nationale était formé en bataille des deux côtés de la rue de Clichy.

Le vieux maréchal avait réussi par son exemple à rendre la confiance à la garde nationale, à faire passer son énergie dans le cœur de ces soldats improvisés.

Un feu bien nourri accueille les têtes de colonne de Langeron et oblige les Russes à s'établir dans les maisons du faubourg d'où ils répondent vivement aux gardes nationaux et aux canonniers-vélérans de Moncey et continuent à tirailler avec eux jusqu'au moment où ils reçoiveni, eux aussi. Tordre de cesser le feu*.

Derniers coups de feu tirés à Saint-Denis et à la barrière de l'Etoile. — Korniloff, détaché sur Saint-Denis qu*il avait vainement essayé d'enlever à trois reprises après avoir fait brèche dans les murs, avait eu quelque peine à se maintenir contre une vigoureuse sortie de la petite garnison avec laquelle il tirailla sans succès jusqu'au soir et qu'il ne put décider à capituler*.

pos : <c Noos allions donner Tassant k Montmartre lorsqne nous reçûmes Tavis officiel de l'armistice. Je yonlais emp^her Tassant, mais il n'était pins pos- 8U)le d'arrêter les troupes, et c'est ainsi qu'on enleva par la force des positions qu'on nous aurait cédées à la suite des négociations. »

i Journal d'opérations du général comte de Langeron. (AreMvet topographiquci, no 291U3.)

' Id, in ilnd.

Enfin pendant que les Russes de Langeron escaladaient Mont* martre, le général Emanuel avait envoyé un parti occuper le pont de Neuilly; lo gros de sa colonne continuait îI tirailler avec les gardes nationaux postés à TEloile. Séparé du reste do la ligne de bataille par quelques escadrons de cavalerie française se dirigeant sur, le bois de Boulogne, Emanuel reçut le dernier Tavis de Tarraistice et le feu ne cessa de ce côté qu'à la nuit *.

La bataille de Paris avait coûté cher aux Alliés; les pertes des Russes (y compris les corps de Langeron et de Woronzoflf appartenant à Tarmée de Sibérie) s'élevaient h plus de 100 officiers et de 7,000 hommes. La garde prussienne et badoise avait laissé sur le champ de bataille 69 officiers et 1286 hommes; les corps d'York et de Kleist avaient été moins éprouvés et n'avaient perdu que 700 hommes; le corps du prince royal de Wurtemberg n'avait eu que 216 hommes hors de combat. 86 bouches à feu (si Ton ne comprend pas dans ce chiffre les 29 pièces laissées à Montmartre et que Langeron enleva sans combat) étaient tombées entre les mains des Alliés *.

Négociations. — Armistice. — Un peu après 4 heures, l'aide de camp du général Lagrange, envoyé en parlementaire par Marmont, avait réussi à franchir les lignes des Alliés et h se faire conduire près des souverains et du généralissime. Les pouvoirs donnés à Tofficier français étaient peu étendus : il devait se borner à obtenir une suspension d'armes. En raison même des progrès ftiils par l'attaque, de la prise des positions qui dominaient Paris, il était impossible d'admettre que les souverains et le généralissime se contenteraient d'une convention semblable, renonceraient aux avantages qu'ils venaient de remporter et consentiraient h donner à la défense, naturellement désireuse de traîner les négociations en longueur, la possibilité d'attendre l'arrivée de l'armée de l'Empereur. Le tzar se garda bien toutefois de repousser l'occasion qu'il recherchait depuis la veille et qu'il avait déjh essayé de faire naître le malin. Il chargea

i Journal d'opérations du général comte de Langeron. (Archives topograpkiqueSf n<> 29103), et Journal d'opérations da général Emanuel.

> Journal d'opérations de Barclay de ToUy. (Archivei tofiographiquet, n« 29188.)

donc le colonel Orloif, son aide de camp qui avait déjà accompagné Pcyre à Pantin, de s'aboucher avec le parlementaire français. L'entretien fut de courte durée. L'insuffisance des pouvoirs donnés à l'officier français ne lui permettant pas de s'engager, le tzar chargea Orloft et le colonel comte Paar de se rendre avec lui auprès de Marmont. Traversant au galop et sous un feu terrible la chaîne des tirailleurs russes et français, Orloff aperçut un général français vers lequel il se dirigea et qui donna aussitôt l'ordre de cesser le feu. a Je suis le duc de Raguse, dit-il en se portant à la rencontre de l'officier russe, et vous, qui êlesvous? — Le colonel Orloft, aide de camp de S. M. l'empereur de Russie. Sa Majesté désire conserver Paris à la France et au monde. — C'est aussi notre désir et notre espoir. Quelles sont vos conditions? — Le combat cessera immédiatement. Les troupes françaises se retireront en arrière des barrières. On nommera de suite une commission chargée d'arrêter les bases de la capitulation. — fy consens. Le duc de Trévise et moi nous nous rendrons à la barrière de Pantin où nous vous attendrons. Nous allons nous hiller de faire cesser le feu sur toute la ligne. Au revoir. »

En partant pour rejoindre son souverain, Orloft se retourna encore une fois vers le maréchal et lui dit : « Les hauteurs de Montmartre sont-elles au nombre des points que vos troupes doivent évacuer? » — Marmont réfléchit une minute avant de répondre : « Sans doute, puisqu'elles sont en dehors des barrières. »

A son retour auprès des souverains, Orloft trouva le tzar sur la hauteur en avant de Bclleville en train de donner l'ordre d'y établir une batterie. Dès que le colonel lui eut rendu compte de sa mission, Alexandre fit appeler le comte de Nesselrode et lui communiqua les instructions qu'il avait préalablement arrêtées avec le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg. Nesselrode, Orloff et le colonel comte Paar, aide de camp du généralissime, désignés pour faire fonction de commissaires et accompagnés par le capitaine Pelcrsen, chambellan de l'empereur de Russie, se dirigèrent sans tarder vers la barrière de Pantin où ils arrivèrent vers 5 heures.

A ce moment le feu avait complètement cessé sur tout le front des positions de la grande armée alliée et de Marmont. On n'en-

tendait plus la canonnade et le bruit de la niousqueteric que du côté de l'armée de Silésie et de la face Nord de Tenceinle. Marniont seul, entouré de son état-major, attendait les commissaires alliés à la barrière de Pantin. Mortier* n'avait pas paru. Après quelques minutes d'entretien, les commissaires alliés, accédant à la proposition du duc de Raguse, consentirent à aller, d*abord jusqu'il La Villette, puis jusqu'à La Chapelle, où Ton trouva enfin le duc de Trévise. Les commissaires alliés et les deux maréchaux entrèrent alors pour discuter les bases de la capitulation dans une auberge, à peu de distance de la barrière Saint-Denis.

Dans l'intervalle le duc de Trévise avait été rejoint vers 4 heures par le général Dojean qui, après avoir vainement couru aprt's le roi Joseph, avait apporté au man»chal l'annonce de l'arrivée prochaine de l'Empereur et l'ordre verbal, mais formel, de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Le général Dejean avait en même temps informé le maréchal Mortier qu'il était porteur d'une lellre de l'Empereur à Schwarzenberg, lettre par laquelle Napoléon faisait savoir au généralissime qu'il avait soumis directement à son beau-père des propositions qui devaient amener la paix. Mortier, bien qu'il n'eût pas encore reçu l'ordre laissé par Joseph à son départ de Montmartre et qu'il ne se fit aucune illusion sur l'accueil réservé à une communication de ce genre faite dans un semblable moment, avait néanmoins chargé le général Lapoinle, son chef d'état-major, de demander un armistice et de remettre au généralissime la lettre confidentielle qui lui était destinée*.

Dès l'ouverture de la conférence, à l'auberge du « Petit-Jardinet », Nesselrode posa des conditions inadmissibles : Paris de* vait être remis aux Alliés, toute la garnison mettrait bas les armes. Le commissaire russe essaya vainement (Je calmer l'indignation des Maréchaux en leur déclarant que les souverains alliés n'imposaient de semblables conditions que pour obliger Napoléon à faire la paix. Les Maréchaux n'en restaient pas moins inébranlables, lorsqu'on entendit tout à coup une violente

i D'après Koch, Schels et Damitz, le général Lapoinle aurait été envoyé directement par Mortier au quartier général des Alliés. Nous ayons, au contraire» donné la préférence à la version du comte Orloflf qui a retracé dans son Journal les moindres événements des pourparlers et des négociations qui ont abouti à la signature de la capitulation.

canonnade et le bruit d'une fusillade des plus vives. C'était Langeron qui couronnait les hauteurs à peine défendues de Montmartre. Nesselrode, pensant que ce nouveau progrès des Alliés pourrait décider les Maréchaux h accepter ses conditions, revint une fois encore h la charge; mais devant leur refus catégorique, il dut se résigner à lever la conférence et à retourner avec ses collègues chercher de nouvelles instructions à Belleville. « Les commissaires alliés, dit Orlofl, étaient accompagnés par le général Lapointe, porteur de la lettre apportée par le général Dejean. Ëconduit par le généralissime, le général Lapointe ne tarda pas h rentrer à Paris par la barrière de La Villettc *. »

A 7 heures du soir, les commissaires alliés, munis de nouvelles instructions, étaient de retour au cabaret où les attendaient les Maréchaux.

Les nouvelles propositions n'étaient guère moins dures que les premières.

Les souverains consentaient à laisser les troupes sortir de Paris avec armes et bagages ; mais ils voulaient, en revanche, déterminer h leur choix la direction de leur retraite.

Les Maréchaux protestèrent vivement contre ces prétentions d*autant plus inadmissibles que, comme Marmonl le fit remarquer aux commissaires alliés, Paris n'était pas bloqué. Pour lui, comme pour Mortier, les troupes françaises devaient pouvoir utiliser pour leur retraite toutes les routes encore à leur disposition.

Le duc de Raguse invita d'ailleurs Nesselrode à lui faire connaître celle des routes ([ue les Alliés comptaient leur attribuer dans le cas où ils auraient accepté ces inacceptables propositions. Dès qu'il sut qu'on comptait les obliger à prendre la route de Bretagne, Marmont déclara que : « Décidé h défendre, dans ce cas, Paris pied a pied, et ne pouvant, en tous cas, être rejeté que sur le faubourg Saint-Germain et de là sur la route de Fon-

' Journal du comte Orloff {Archiret topographiquei)» Orloff qui conférait à BelleviHe avec l'empereur Alexandre, n'a pas eu connaissance de la réponse faite par Schwarzcnberg à la lettre rrmise par le général Lapointe. Le généralissime Ht savoir au maréchal qu'il était mal informé, que les liens sacrés et indissolubles qui unissaient les souverains mettaient son souverain dans l'impossibilité de traiter séparément de la paix et joifmit à sa lettre un exemplaire de la déclaration faite par les souverains alliét lors de la rupture du congrès de Châtillon.

taincbleau, il lui était impossible de concéder pur un armistice incompatible avec Thonneur d'un vieux soldat ce que les Alliés seraient hors d'état d'obtenir par la force. » Visiblement ému par les prétentions exorbitantes des commissaires, le maréchal ajouta en finissant : « La fortune vous favorise; le succès de vos armes est certain. Les conséquences de votre victoire sont incalculables. Soyez modérés et généreux. Ne nous poussez pas aux dernières résolutions. La grandeur d'ûme est souvent plus utile et plus profitable que la force. »

Tout en reconnaissant la justesse des arguments des Maréchaux, les commissaires, liés par leurs instructions, n'osaient et ne pouvaient rien céder. Dans ces conditions, la discussion continua sans aboutir jusqu'au moment où le maréchal Mortiei, renonçant à jouer plus longtemps un rôle de diplomate qui convenait peu à son caractère, déclara aux commissaires qu'il abandonnait au duc de Raguse le soin de négocier avec eux, et qu'il les quittait afin d'aller |)rendre les mesures nécessaires pour assurer et continuer la défense de la capitale.

Suspension des pourparlers et des négociations, le 30 mars, à 8 heures du soir. — La nuit était venue. Il était alors 8 heures du soir. On discutait depuis près de trois heures, sans pouvoir arriver i\ une solution. La situation paraissait d'autant plus grave aux commissaires alliés qu'ils avaient coimaissance de l'arrivée du général Dejean, et qu'ils savaient TEmpereur et son armée en marche sur Paris.

Le colonel Orlofi fit alors remarquer à Nesselrode que, les Alliés ne pouvant attaquer Paris pendant la nuit, il leur était par suite absolument impossible d'empêcher les Français de se retirer par la route que les Maréchaux choisiraient. Il fallait, à son avis, ou signer immédiatement la capitulation, ou suspendre les négociations et le laisser en otage à Paris jusqu'il la signature de l'armistice ou justju'à la reprise des hostilités. Le comte de Nesselrode n'osant enfreindre les instructions formelles de l'empereur Alexandre accepta la proposition d'Orloff, et leva la séance en déclarant au duc de Raguse que les Alliés ne recommenceraient pas les hostilités avant que le colonel OrlofT n'ait été rappelé et ramené aux avant-postes russes.

Marmont, accompagné d'OrlofT. rentra h Paris. Nes&elrodc, le

colonel coinle Paar cl le capitaine Pelersen retournèrent au quartier général d'Alexandre.

Ordres donnés par Schwarzenberg le 30 mars, à 6 heures du soir. — Pendant qu'on négociait sans parvenir à tomber d'accord sur les conditions de la capitulation, le généralissime avait, dès 6 heures, envoyé à ses différents corps une première disposition et renouvelé Tordre de cesser les hostilités sur toute la ligne. Aux termes de cette disposition l'armée de Silésie devait s'établir à Montmartre et couvrir sa droite en occupant le bois de Boulogne et les ponts de la Seine, depuis Neuilly jusqu'à Paris. Les grenadiers russes et le VI* corps allaient bivouaquer sur les hauteurs de Belleville et de Bagnolet, ayant pour soutien les gardes et les réserves arrêtées sur les hauteurs en arrière de Pantin et de Romainville. Le IV* corps, ayant derrière lui le III® corps, restait dans le bois de Vincennes et gardait le pont de Charenton.

Le quartier général retournait à Bondy. Les troupes alliées décrivaient ainsi autour de Paris un immense arc de cercle s'appuyant ii la Seine en amont et en aval de la capitale. A gauche, le prince royal de Wurtemberg avait réparti ses troupes légères entre le bois de Vincennes et Charenton. Le gros du IV® corps resta pour la nuit à Nogent et Neuilly-sur-Marne. Derrière lui, le m® corps campait en deuxième ligne entre Montreuil et Fonlenaysous-Bois. La brigade Crenneville, employée à Tinvestissemenldu chilteau de Vincennes, avait son gros à La Pissotte. La cavalerie de ces doux corps était à Saint-Mandé, couverte par une ligne de vedettes établies à portée de fusil des barrières de Paris.

Au centre le VI® corps et les grenadiers russes avaient allumé leurs feux de bivouac sur les hauteurs de Belleville, Ménilmontant, Mont-Louis et Charonne, les grenadiers en première ligne, le VI® corps en deuxième. La 1'® division de la garde russe prolongeait la droite des grenadiers sur les hauteurs et s'étendait dans la plaine, au nord des Prés-Saint-Gervais. La 2® division de celle garde et la brigade de la garde prussienne et badoise campaient dans la plaine en avant de Pantin. Les cuirassiers russes et la cavalerie de la garde russe et prussienne restaient en deuxième ligne, aux environs de Pantin. L'artillerie russe était en batterie à Charonne, Mont-Louis et Belleville.

Baixîlay de Tolly, qu'on venait de nommer iVId-maréchal, s'installa à Romainville.

Le roi de Prusse vint s'établir à Pantin. L'empereur de Russie el Schwarzenberg avaient fçardé leur (juarlier général au chAteau de Bondy.

A Taile droite, Tavant-garde de Katzler n'avait pas bougé du Rouvroy ; le prince Guillaume de Prusse occupait La Villettc ; la cavalerie de Zielen s'établit à hauteur de La Chapc^lh»; la division Horn campa entre la butte des Cinq-Moulins el Montmartre; le 1I« corps et le corps de Langeron sur la butte Montmartre et Woronzoff devant Clignancourt.

Des détachements fournis par le corps de Langeron occupèrent Monceaux et Les Ternes, Clichy et Neuilly, Boulogne et AuteuiP.

Blûcher, bien que souffrant encore cruellement de son ophtalmie, était remonté pour la première fois à cheval vers la fin de la journée et, sans avoir rien vu de ce qui s'était passé, sans avoir pris la moindre part h la direction des combats livrés par son armée, il avait été s'établir d'abord près de La Villette, puis dans une maison complètement dévastée et pillée sur la butle Montmartre *.

La lenteur des négociations n'avait pas été sans inquiéter les généraux alliés et surtout Tétat-major de l'armée de Silésie. Pour être prêt h parer h tout événemenl, on avait établi h Montmartre une grosse batterie de 84 pièces et donné Tordre de tenir les troupes prêtes, soit à recevoir l'attaque des Français, soit a donner 1 assaut. On avait en outre informé les commandants de corps el de division que, sans attendre l'avis de la dénonciation de Farmislice, ils auraient à se porter en avant dès que la grande armée reprendrait l'oftensive. York et Kleist, roulés dans leurs manteaux, s'étaient étendus sur une botte de paille. Toujours prudent, toujours enclin h prévoir des difficultés, le commandant du l^^ corps s'attendait si bien à voir la lutte se renouveler le lendemain qu'il avait donné ordre de mettre la nuit à profit pour

1 Starkb. EintheiluDg iind Tagcsbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Màn. (K, K. Kriegt Àrehiv,, III. 1.)

' Tngcbuch des Gênerais der Kavallerie Grafen vouNostitz. (Kriegtgeschichllùhe EinzeUchrifUn, 1884. V.)

WeU. — IV. li

— iiO —

distribuer à ses troupes qui n'avaient plus de cartouches les munitions abandonnées par les Français. Vers 11 heures il se rassura quelque peu lorsque le comte de Brandenburg, qu'il avait envoyé au quartier général du roi de Prusse, lui rapporta de Pantin une dépêche lui annonçant que les Maréchaux allaient être obligés de se retirer sur Rennes, mais que la capitulation n'était cependant pas encore définitivement signée *.

Positions des corps de Wrède et de Sacken. — Les deux corps de Wrède et de Sacken avaient été, on s'en souvient, laissés à Meaux et à Trilport pour couvrir les derrières des Alliés. Dans le courant de l'après-midi, le feld-maréchal bavarois avait rendu compte au généralissime des positions occupées par le V« corps et par les Russes. Il lui mandait, en outre, que le gros de la cavalerie de Frimontse tenait à Quincy, l'avant-garde à Crécy; deux escadrons de la pointe occupaient sur le Grand-Morin le pont de Coulommiers. Le général Sacken avait poussé le gros de sa cavalerie sur Château-Thierry et détaché des partis sur la route de La Ferté-Gaucher. Ni les cosaques de Sacken, ni les cavaliers de Frimont n'avaient aperçu la moindre colonne de troupes françaises.

Mais les bagages et les convois n'avaient pas achevé de passer la Marne. « Demain seulement, disait Wrède en terminant sa dépèche, il ne restera plus sur la rive gauche de la Marne que la cavalerie* ».

Disposition provisoire du généralissime pour le 31 mars.

— Le généralissime, après avoir donné à 6 heures du soir les ordres que nous avons reproduits plus haut, n'avait d'ailleurs pas attendu hi signature et la conclusion définitive de l'armistice pour envoyer à ses lieutenants des instructions provisoires réglant les mouvements du lendemain.

Par les rapports fournis par Seslavin et Kaissaroff, il savait déjù, avant de rentrer à son quartier général de Bondy, que l'armée de

« Drotsbn, Vie du feld-maréchal amie York von Warlenburg, II. 38S-89.

• Feld-maréchal comlc Wréde au prince de Scbwarzenbcrg, Meaax, 30 mars après-midi (K, K, KrUgt Archiv., 111, 496), et Taxis, Tagebueh (Ibid,, XUl, 32).

TEmpereur était en inarche sur la roule de Troyes à Sens et se dirigeait sur Fontainebleau *. L'arrivée de Nesselrode ne lui laissant plus do doutes sur l'issue des négociations, il adressa sans plus tarder de nouvelles instructions à Wrède, au prince royal de Wurtemberg, h llaïefl'sky et au feld-niaréchal Bliiclier.

La dépêche destinée à Wrède était conçue en ces ternies : a Les maréchaux Marmont et Mortier vont probablement se replier sur Fontainebleau, et Napoléon, paraît-il, marche sur Paris par la route de Sens. Ne laisse/, qu'un détachement sur La Ferté Gaucher. Venez demain avec votre» corps d'armée à Chelles alin de pouvoir arriver sous Paris après demain, 1" avril. Le corps de Sacken restera jusqu'à nouvel ordre à Meaux et enverra des partis sur Montmirail et La Ferté-sous-Jouarre* ».

llaieffsky devait pousser, dès le 31 au matin, sa cavalerie légère sur la route de Fontainebleau et la charger de i)Oursuivre vivement les troupes françaises sortant de Paris '.

Le prince royal de Wurtemberg recevait de son côté Tordre de passer la Marne h Charenlon, de marcher sur Melun et de s'assurer du pont de la Seine *.

1 Stàbeb, Ëintheilung und Tagesbegebenheiten der Uaupt- Armée im Monnle Marz. {K. K, Kriegi Arehiv,^ III, I.)

' Prince de Schwarzenberg an feld-maréchal comte Wrôde, Boody, 30 mars soir. {Ibid,, III, 604.)

* Prince de Schwarzenberg au général Haïeffsky, Boody, 30 mars soir. {Ibid., IIL K03.)

* Prince de Schwarzenberg au prince royal de Wurtemberg, Bondy, 30 mars soir. (îbid., III, 502.)

Le prince royal de Wurtemberg répondit encore dans la nuit du 30 au 31, de Fontcnay-soii8-noi». à la dép^he du généralissime. 11 l'informa que, dés 10 heures du matin, un réf^iment wurtcmbergeois ot deux bataiUons de grenadiers autrichiens du l\^ corps, un régiment d'infanterie autrichienne du III^ seraient rendus à Pantin et que les troupes du 1V° corps garderaient les barrières comprises entre la barrière du Trône et la Seine, l'ne deuxième brigade du III* corps devait aassi renforcer les troupes chargées de l'investissement du château de Vincennes. Le gros des deux corps passerait la Marne à Charenton et irait prendre position sur la ligne Villencuve-Saint-Georges — Noiseau. L'avant-garde du IN" corps pousserait vers Melun et celle du III* corps sur Brie-Comte-Robert avec ordre de surveiller de là la route de Provins. Le prince royal modilia d'ailleurs quelques heures phis tard les instructions relatives au III® corps. Ce corps reçut l'ordre de commencer son mouvement à 8 heures, de passer le pont de Saiiit-Maur et de prendre position : le gros à Boissy-Saint- Léger, Tavant- garde à Brie-Comte-Iiobert, surveillant les ruutes menant à Tuuman, à Fontenay, à Rozoy et à Guignes.

Comme le généralissime avait décidé qu'une partie seulement de Tarmée alliée entrerait à Paris, il avait joint h ses dispositions des instructions relatives aux positions que les diftéronls corps de l'armée alliée auraient h occuper le 31 mars, dès 7 heures du matin. L'armée de Silésie devait garder les barrières depuis La Villette jusqu'à la Seine du côté de Passy et pousser de là sur la rive gauche; le VI® corps avait à fournir les postes depuis la barrière de Pantin jusqu'à la route de Montreuil; le IV» corps, ceux établis depuis Montreuil jusqu'à la Seine.

Observations sur la bataille de Paris — Avant de revenir une dernière fois sur la conclusion de la capitulation et de reprendre l'exposé des négociations auxquelles elle donna lieu, il nous paraît indispensable, de jeter un dernier coup d'œil sur le caractère même de la bataille de Paris. De part et d'autre, du côté de l'allaque comme de celui de la défense, la conduite des opérations donne lieu à plus d'une critique.

Quoique prévue et désirée par les généraux alliés autant qu'elle était redoutée par le roi Joseph et par ses conseillers, la bataille de Paris présente avant tout celte singulière particularité qu'elle a, pendant la plus grande partie de la journée, affecté le caractère d'un combat de rencontre par cela môme que la direction supérieure et la préparation rationnelle du combat ont fait défaut des deux côtés. Bien que malgré l'eftacement complet de Joseph, malgré des fautes aussi graves que l'abandon de Romainville et de Pantin, les Maréchaux aient pu tenir pendant toute la journée, on aurait néanmoins tort de vouloir attribuer à leurs dispositions la durée d'une résistance que la faiblesse du commandement et le manque de direction des armées alliées ont seuls rendue possible.

Sans parler môme du luxe superflu de précautions prises pour couvrir les derrières des masses amenées devant Paris, de l'arrêt inutile de deux corps d'armée à Meaux et à Trilport, on a peine à s'expliquer les raisons pour lesquelles on dirigea les deux corps de Gyulay et du prince royal de Wurtemberg vers Textrôme gauche de l'attaque sur des points où la résistance ne pouvait être sérieuse, tandis qu'on conliait au seul corps de Raïeffsky la diflicile mission d'enlever le plateau de Romainville.

On avait également donné une extension démesurée au front

d'attaque et négligé surtout de régler la marche des différentes colonnes de façon qu'elles fussent Ji môme d'enlrer en ligne au moment voulu et en état de se soutenir réciproquement. Loin de profiter de la faute commise par les Français de l'abandon de Pantin et de Romainville, les Alliés avaient évacué ces villages le 29 au soir. Sans l'initiative du prince Eugène de Wurtemberg qui, par son coup d'oeil et son énergie, répara en partie, dans la limite des forces dont il disposait, les erreurs et suppléa à l'insuflisance du commandement supérieur, Marmont aurait réussi h occuper les hauteurs et h empêcher le VI« corps de» prendre pied sur le plateau dont la possession pouvait seule permettre aux Alliés de déboucher de Pantin.

Les mouvements de l'armée de Silésie n'avaient été ni mieux combinés, ni plus habilement préparés que ceux de la grande armée. Ils s'exécutèrent avec tant de lenteur que Mortier eut le temps de venir s'établir sur des positions qu'on aurait pu occuper sans coup férir si, dès le matin, on avait marché au canon et poussé Langeron, des environs d'Aubervilliers, vers les bords du canal de l'Ourcq et sur La Villette. Enfin, pendant que les Russes de Raïeffsky et la brigade de la garde prussienne soutenaient tout le poids de la lutte, on ne voulut pas, au quartier général de l'armée de Silésie, se départir des procédés habituels de Gneisenau et, au lieu de chercher h dégager le centre du front de combat par une offensive brusquée contre la gauche des lignes françaises, on prépara méthodiquement l'attaque des positions au nord du canal de l'Ourcq par l'action de rarlillerie.

Les Alliés ont du reste chèrement payé les fautes qu'ils ont commises, et c'est, nous le répétons encore, au manque d'une direction unique, aux dispositions défectueuses du commandement, à leurs efforts successifs, à leurs attaques partielles qu'on doit attribuer les pertes relativement considérables que leurs troupes éprouvèrent pendant la journée du 30 mars.

Signature de la capitulation. — A 11 heures du soir, l'empereur de Russie avait évidemment accepté en principe les conditions posées par Marmont et que Nesselrode s'était chargé de soumettre à son approbation puisque le généralissime, écrivant h Blucher, lui disait : « Par suite de la capitulation, les troupes françaises évacueront Paris demain matin h 7 heures et se retire*

ronl vraisPiiiblablcment par la route de Fontainebleau. Vous reconnaîtrez avec moi qu'il importe d'autant plus de les poursuivre que nous ne stipulons rien en faveur de Tennemi après sa sortie de Paris. Vous ferez donc assurer celte poursuite très énergiquement et, par la roule la plus courte, par celles de vos troupes les plus avantageusement placées h cet effet. La cavalerie légère du VI® corps a ordre de participer h cette poursuite. Elle sera soutenue par les III* corps et IV® corps qui pousseront leurs troupes légères sur les routes menant fi Melun et sur les routes voisines *. »

Pendant ce temps, Marmont, accompagné par Orloff, était rentré à Paris. Tout ce qui restait dans la capitale de hauts fonctionnaires et de personnages officiels y attendait avec impatience le relour du maréchal. Le général de Girardin, aide de camp du major-général, arrivé de Troyes dans la soirée, s'élait lui aussi rendu h riiôtel du maréchal, et malgré les protestations des assistants, tous, îi l'exception de La Valette, partisans de la capitulation, il avait renouvelé au maréchal Tordre formel de continuer la défense et déclaré de nouveau au duc de Raguse qu'il précédait seulement de quelques heures l'Empereur eu personne. Rien n'élail «encore fait; rien n'était détinitivement arrêté.

On pouvait donc recommencer la lufte le lendemain. L'arrivée de Talleyrand *, l'entretien particulier qu'il eut avec le maréchal, succédant aux insinuations perfides de Bourrienne, aux éloges, aux félicitations dont ne cessaient de le combler les persormages réunis chez lui, triomphèrent des dernières hésitations du maréchal et le décidèrent, pour nous servir des termes mêmes employés par le général-lieutenant von Bismarck, « h sacrifier son

1 Le prince de Srliwarzoïiberg au feld-marcchal Bluchcr, Bondy, 30 mars, il heures du soir. (K. K, Kriegt Archiv., III, 56i.)

' Le colonel OrlolT raconte que Talleyrand. apn*s l'entretien qu'il venait d'avoir avec Marmont, traversa le salon et, se dirigeant vers l'oilicier russe qui se tenait à l'écart, lui dit d'un ton solennel : u Monsieur, veuillez bien vous charger de porter aux piods de S. M. l'empereur de Russie, l'expression du profond roipert du prin* e de Béntivent. » a Prince, répondit à mi-voix Orloff. je porterai, soypz-en sûr, ce blanc-seing à la connaissance de Sa Majesté. » In tin sourire se dessina sur les lèvres de Talleyrand qui. satisfait du sens de ses paroles, s'éloigna aussitôt et quitta l'hôtel du maréchal. (Journal de Michel Kédurovitch Orloff: Archives (opographiquet, n^ 47346.)

honneur et l'honneur national h la haine qu*il portait à Napoléon. »

A 2 heures du matin, le colonel comte Paar * rejoignait Orlofî et lui apportait les pouvoirs nécessaires pour signer la capitulation, et qui autorisaient les commissaires alliés h accepter les conditions posées par Marmonl et Mortier. Quelques heures plus tard, Orloff et Paar, au nom de l'empereur de Russie et du généralissime, les colonels Fabvier et Denvs de Dann^mont *, aides de camp de Marmont et délégués par lui, signaient la capitulalion suivante dont le texte avait été lu préalablement par Marmont lui-même aux personnages réunis dans son salon :

« Article premier. — Les corps des maréchaux Marmonl et Mortier évacueront la ville de Paris, le 31 mars, h 7 heures du malin.

« Art. 2. — Ils emporteronl avec eux rattirail de leurs corps d'armée.

« Art. 3. — Les hostilités ne pourront recommencer que deux heures après Tévacuation de Paris, c'est-à-dire le 31 mars, h 9 heures du matin.

« Art. 4. — Tous les arsenaux, ateliers, établissements el magasins militaires seront laissés dans Télat où ils se trouvaient avant qu'il fûl question de la présente capitulation.

« Art. 5. — La garde nationale ou urbaine est totalement séparée des troupes de ligne. Elle sera conservée, désarmée ou licenciée selon Icîs dispositions des puissances alliées.

« Art. 6. — Le corps de la gendarmerie municipale partagera entièrement le sort de la garde nationale.

« Art. 7. — Les blessés et maraudeurs restés h Paris après 7 heures seront prisonniers de guerre.

i La lettre du comte de Nessclrode était conçoe en ces termes: « A Monsieur le colonel OrlofT. Monsieur. S. M. l'empereur^ d'accord avec le maréchal prince de Schwarzenberg, trouve plus avantageux pour les armées alliées de ne point insister sur la condition qu*il avait mise à la sortie des troupes en se réservant la faculté de les faire poursuivre sur la route par laquelle elles se dirigeront. Vous êtes donc autorisé, conjointement avec M. le colonel comte Paar, à conclure une convention relative à la remise et à l'occupation de Paris aux conditions dont nous étions convenus avant mon départ avec MM. les ducs de Trévise et de Ragusc. Bondy, 18/30 mars. » (Journal d*Orloff; Archives topagraphiquet, n^ 47846.)

* Le même qui fut tué à l'assaut de Gonstantine.

« Art. 8. — L»i ville de Paris osl recommandée h la générosilt» des liaulcs puissances alliées. »

La capilulalion n'élait et ne pouvait être que purement militaire; mais il restait encore un grand nombre de questions à régler, questions qui, bien que d'une importance capitale, ne pouvaient être résolues que par les autorités civiles, que par une dépulation qu'on convint d'envoyer auprès du tzar et que le colonel Orlofl promit de conduire h Bondy et de présenter h son souverain. Le colonel russe, qui avait mené ces tristes négociations avec un esprit de modération et une délicatesse qui correspondaient aux instructions de Tempereur Alexandre, avait d'ailleurs eu le soin de déclarer que l'article 8 avait été rédigé sur Tordre formel du tzar, désireux « d'épargner aux habitants de Paris l'humiliation de voir les clefs de la ville figurer dans cjuclque musée étranger. »

Conduite par b colonel OrloflF, la dépulation de Paris, composée du préfet de la Seine Chabrol, du préfet de police Pasquier, de quelques membres du Conseil municipal, du chef d*élat-major de la garde nationale Allent, de Tourton et d'Alexandre de Laborde, adjudants-commandants de cette garde, se mit en route pour Bondy. Après avoir présenté la dépulation au comte de Nesselrode, le colonel Orloff monla h la chambre du tzar, lui rendit compte de sa mission et se prépara îi repartir pour la barrière de Pantin où les commissaires français et alliés devaient se retrouver le 31 à 8 heures du matin *.

Position des corps de Harmont et de Mortier le 30 mars au soir. — Les troupes françaises n'avaient pas attendu la signature définitive de la capitulation pour commencer leur mouve-

* Journal de Michel Fedorovitrh Orloiï (Arehivet iopographiquet, n^ 47340). Orloiï y raconte en ces termes lentretien qu'il eut à Uondy avec le tzar qui n'était pas encore levé : « Quelles nouvelles in'ap portez-vous ?» — « La capitulation de Paris, Sire? » — Le souverain sai-it l'écrit, le lut, le replia, le glissa sous son oreiller en disant au colonel : u Je vous félicite d'avoir attaché votre nom à ce grand événement ;>. L'empereur se fit donner par Orloff des détails sur son séjour à Paris et surtout sur son entretien avec Talleyrand. <( Ce n'est encore qu'une anecdote, mais cela peut devenir do l'histoire », ajouta-t-il en congédiant Orloff. Quelques instants après l'emiiereur de Russie dormait de nouveau d'un profond sommeil.

iii(mU de retraite et pour sortir d(» Paris. Dès qu'il eut quitté le PetitJiirditiet, le maréchal Mortier avait fait remettre» les barrières fi la garde nationale et donné au général Cnrial l'ordre d'évacuer Paris, de gagner par les boulevards extérieurs et le pont d'Austerlit/ la route de Fontainebleau et de s'établir militairement îi hauteur de Villejuif. A minuit, le mouvement était achevé.

Le corps de Marmont se rallia aux Champs-Elysées où il passa la nuit. Quelques bataillons seuls étaient restés à peu de distance des dernières positions de combat*. Tout le 6« corps d'armée avait ordre de se mettre en route le 31 mars vers 4 heures du matin, de passer les ponts d'Iéna et de la Concorde et de sortir par les barrières d'Orléans et du Maine pour aller s'établir h Essonnes.

La cavalerie de Belliard, précédant la colonne du général Curial, était en marche vers Juvisy.

Mouvements de l'armée de l'Empereur pendant la journée du 30 mars. — Avant de quitter Troyes, le 30 mars à 10 heures du matin, l'Plmpereur, de plus en plus inquiet, avait employé toute la matinée h presser la marche de son armée sur la route de Troyes ù Sens et Fontainebleau *.

A 6 heures du matin, il avait envoyé au général Maurin l'ordre de partir pour Nogenl-sur-Seine dès l'arrivée delà tète de colonne de Sébastiani. Maurin y trouvera le général Souham qui a fait réparer le pont et a dû en construire un deuxième. Cet officier général devait avec sa division se porter sur Monlereau et se charger eu outre de la garde des ponts de Moret et du Loing.

A 9 heures du matin, l'Empereur mandait îi Saint-Germain qu'il venait de prescrire au général Maurin d'aller îi Villeneuve-l'Archevéque et que l'armée prenant la route de Sens, Saint-Germain devait avec sa cavalerie suivre le mouvement de Maurin.

A 10 heures, il expédiait ses dernières instructions aux Maréchaux et les prévenait qu'il se dirigeait de sa personne sur Fontainebleau. Ney suivra d'aussi près que possible le mouvement

* Journal de la division Boyer de Rébe?al. {Archives de la guerre.) ^

* Starke, Eiotheilung and Tagesbegebenheiten der Haupt-Arnice im Monate Màrz. (A'. K; Kriegt Archiv., III, i.)

de rEraperiHir. Macdonald marchera par Doulevanl, NuUy, le pont de Dolancourt, Troyes et Villenouve-rArchovôque sur Sens et Fontainebleau. Oudinot, qui fait l'arrière-garde, suivra la môme route *.

Positions des corps de TEmpereur, le 30 mars au soir. —

Tout en forçant ses marches, la garde impériale à pied et à cheval n'avait pu cependant aller plus loin que Villeneuve-l' Archevêque. Précédé par la cavalerie du général Defrance, Ney avait été obligé de s'arrêter à Troyes où la division Lefol n'arriva que fort avant dans la soirée. Le manque absolu de vivres et la nécessité de prendre h Troyes le pain, que le prince de La Mosiiowa y faisait fabriquer, avaient empêché le maréchal de pousser jusqu'à Sainl-Liébaull comme il se Tétait proposé*.

Macdonald avait quitté NuUy à la pointe du jour. Afin de gagner du temps, son infanterie marchait en colonne par bataillons à droite du chemin, les bataillons séparés les uns des autres par une dislance convenable, la tête de l'artillerie à hauteur des premiers bataillons, les chevaux de main, cantines, etc., etc., à la gauche du chemin. La cavalerie de Milhaud flanquait la marche. Mais ces troupes, arrivées h ii heures du soir, étaient tellement exténuées que le maréchal ne put faire atteindre La Villeneuveau-Chêne qu'au i l« et au 5« de cavalerie*. Le 2« corps avait dû s'arrêter à Vendeuvre, où Oudinot arriva dans la soirée avec le T corps et le 6« de cavalerie*. Pire, qui faisait diligence pour rejoindre la tête de Tarmée, passait la nuit avec sa cavalerie à Fontaines*. Souham, disposant seulement de 6 bataillons de

i Major-général au général Maarin, Troyes, 30 mars, 6 b. i/4 et 0 heures du matin; au général Souham, ibid., 8 heures i/2 ; au général Saint-Germain, 0 heures; aux maréchaux Ney, Macdonald et Oudinot, iO heures du matin. (Registres de Berthier, (Archives de la guerre,)

* Ney au major-général, Troyes, 30 mars, 4 heures du soir. (Archives de la guerre.)

' Macdonald au major-général, NuUy, 30 mars, 4 heures du matin. « Les villages sur nos derrières et sur nos flanci sont remplis de tr<itnards de toutes sortes et de tous les corps. Si nous ne marchons pas avec un peu d ordre, nous formerons une longue queue et l'apparition de quelques cosaques suffira pour amener la dissolution de la colonne. » Macdonald au major-général, Villeneuve-Mcsgrigny, 30 mars, 10 heures soir. (Archives de la guerre.)

* Oudinot au major-général, Vendeuvre, 30 mars soir. (Ibid,)

* Pire au major-général. Fontaines, 30 mars soir. (Ibid,)

ligne et d'un balaillon ilo p;ar(lo.s nalionalos, repr^'sentanl un effectif total (le 1800 hommes et de 150 ehevaux, et, par conséquent, trop faible pour garder la ligne de Monlereau h Moret et les ponts du Loing, avait rappelé les postes placés sur la rive gauche de la Seine, et (|uittant Nogenl, il s'était mis en marche sur Montereau V

Arrivée de TEmpereur à La Cour-de France— Pendant que ses troupes exécutaient ces marches forcées, TEmpereur, accompagné parle vieux maréchal Lefebvre, par Caulaincourt, Drouol, Flahaul et Gourgaud, était parti de Troyes h 10 heures, escorté . par les escadrons de service jusqu'à Villeneuve- TArchevéque. Sûr alors que la route est libre, il se jette dans une voilure de poste.

A partir de Sens, où il arrive h une heure, les mauvaises nouvelles se succèdent de relai en relai. En changeant de chevaux, il apprend d'abord que limpératriceel le roi de Rome ont quille Paris, puis que les Alliés attaquent sa capitale. Au lieu de s'arrêter à. Fontainebleau, comme il en avait l'intention, il continue sa course sur Paris, n'emmenant avec lui que Berthier, Caulaincourt et Flahaut.

A 11 heures du soir, pendant qu'il change de chevaux h La Cour-de-France, le général BelHard y arrive avec sa cavalerie. Surpris de rencontrer des troupes françaises de ce côté de Paris, inquiet du grand silence qui régne dans la direction de la capitale et que le bruit du canon ne vient plus interrompre, l'Empereur fait appeler Belliard, le prend h part et, marchant avec lui sur la route, il l'accable de questions auxquelles l'aide-major général a h peine le temps de répondre. En quelques mots, Belliard lui raconte les événements de la journée. L'Empereur s'arrête et se retournant vers Caulaincourt et les autres officiers : « Vous entende/, Messieurs, ce que dit Belliard. Allons! il faut aller fi Paris. Caulaincourt, faites avancer ma voiture ! »

Malgré les observations de Belliard et de Caulaincourt, l'Euïpereur, persistant dans son projet d'aller h Paris, continuait h s'avancer sur la route, attendant sa voiture qui n'arrivait point.

* Souhain au major* général, Nogeot, 30 mars. {Archives de la guerre,)

Marchant à grands pas, questionnant Belliard, commentant en termes violents la conduite de Joseph et deClarke, il pousse h pied jusqu'à Athis oii il rencontre la colonne du général Curial *. Cédant enfin aux instances de Berthier, de Caulaincourt, de Belliard, il appelle Flahaut, il le charge de courir à francs étriers h Paris, de rejoindre Marmont, d'ordonner au duc de Raguse de rompre les pourparlers et de continuer la lutte avec son corps d'armée et la garde nationale.

Dès que Flahaut est parti, l'Kmpereur retourne à La Cour-de- France et y rédige à la hâte les instructions qui, accréditant Caulaincourt auprès des souverains et du généralissime, « l'investissent de tout pouvoir' pour négocier et conclure la paix. »

Un peu après 4 heures, un courrier de Caulaincourt annonçait à l'Empereur que la capitulation avait été signée à 2 heures du matin et que les Alliés* entreraient dans Paris le 31 au matin. Quelques instants plus tard, Flahaut revenait îi son tour porteur d'une lettre de Marmont. D*après le maréchal, « la garde nationale et les Parisiens sont décidés à ne pas se défendre » et, comme le duc de Raguse doit toujours accuser quelqu'un, il n'hésite pas h trouver l'explication de ce revirement soudain de l'état des esprits dans le départ de Joseph et des membres du Gouvernement. Se gardant bien de parler des sentiments de l'armée, Marmont terminait sa dépèche en disant qu'il mettrait ses troupes en mouvement h 5 heures du matin, afin de n'avoir pas sur les bras la cavalerie alliée qui pourrait inquiéter sa marche h partir de 9 heures *.

Tout étîiit consommé, et Napoléon, n'ayant plus de raisons pour restera La Cour-de-France, se décida à retournera Fontainebleau où il arriva un peu après 6 heures du malin.

31 mars. — L'empereur de Russie reçoit à Bondy la députation de Paris et le duc de Ticence. — En attendant le réveil d'Alexandre, Nesselrode avait conféré avec la députation de Paris

t Mémoires de Belliard»

' L*Empcreur à Caulaincourt. La Cour-dc-France. 31 mars. {Corrctpori' année, n» il5&6.)

* Faim. Manueerii de 1814.

^ Slarmont à rEmperear, Paris» 31 mars, 4 h. 1/S du matin.

et envoyé au généralissime les oHirierscle la fçarde nationale, plus spécialement chargés de régler les conditions de la remise des barrières. Schwar/enberg consentit sans peine h laisser à la garde nationale le soin de fournir, tant aux barrières mômes qu'à l'intérieur de la ville, les postes nécessaires pour maintenir Tordre, et la tranquillité. Ijw officier russe et un des deux adjudants- commandants de la garde nationale repartirent aussitôt pour Paris afin d'assurer sur place l'exécution de ces mesures. L'adjudant-commandant Laborde ne larda pas h les suivre. Nesselrode l'avait chargé d'inviter Talleyrand h ne pas s'éloigner de Paris.

Peu de temps après, la déj)ulation de Paris était présentée au t/ar, qui la reçut avec bienveillance. Exposant en quelques mots les raisons qui l'avaient obligé à faire la guerre, non pas h la France, mais h l'empereur Napoléon, dont il évitait d'ailleurs de prononcer le nom, faisant allusion h la proclamation qu'il allait lancer quelques heures plus tard, déclarant qu'il désirait connaître le vœu de Paris et l'opinion du pays, l'empereur de Russie promit de sauvegarder les musées, les monuments publics et les propriétés particulières. Sur les instances des délégués il consentit même î\ conserver la garde nationale et demanda seulement qu'on prit les mesures nécessaires pour faire vivre les troupes alliées désignées pour entrer dans la capitale.

Dès que la députation eut repris le chemin de Paris, Caulaincourt fut introduit à son tour près du tzar. L'accueil fait au duc de Vicence fut cordial, mais l'audience fut de courte durée et n'amena aucun résultat. Impatient de partir, Alexandre refusa d'écouter les propositions (jue Caulaincourt lui apportait et se borna à l'inviter à revenir conférer avec lui le jour même à Paris, s' engageant d'ailleurs i\ le recevoir ù toute heure.

Ordres de Schwarzenberg. — A 6 heures du matin, Schwarzenberg avait arrêté les dispositions relatives aux mouvements à opérer dans la journée du 31 et désigné les corps appelés à entrer avec les souverains à Paris. Sachant que les Maréchaux se retireraient sur Fontainebleau, voulant d'autre part ne montrer aux Parisiens que celles de ses troupes dont la tenue ne laissait pas trop à désirer et dont les uniformes n'étaient pas trop en lambeaux, il ordonna aux gardes russes et prussiennes, à un régiment d'infanterie wurtembergeoise, aux grenadiers russes et

il deux bataillons de grenadiers autrichiens, à la cavalerie de réserve et de la garde; de se masser h 9 heures et demie du matin enln^ Pantin et le faubourg Saint-Martin *. Les gardes russes et prussiennes devaient seules être maintenues à Tintérieur de Paris. La cavalerie légère de Pahlen, chargée de poursuivre; les Maréchaux, devait commencer son mouvement à 9 heures, traverser Paris de la barrière du Trône au pont d'Austerlitz, et s'engager sur la route de Fontainebleau. Les III« et 1V« corps restaient momentanément aux barrières de Charenton; le VI® corps h Belleville. Le V' corps avait ordre de venir h Chelles. La garde des barrières, depuis la Seine en amont de Paris jusqu'à la porte de Pantin, était confiée aux troupes des III^, 1V« et Vl« corps*. Les corps russes et prussiens de l'armée de Silésie restaient sur leurs positions de la veille devant les portes de Paris, h l'exception de la cavalerie du général Emanuel qui devait continuer h suivre les Maréchaux \

Entrée des souverains alliés à Paris. — Vers il heures du malin, l'empereur de Russie, le roi de Prusse et Sch\var/.enberg *, entourés des commandants de corps et d'un innombrable étatmajor, précédés par les cosaques de la garde, franchissaient la barrière de Pantin. Descendant le fauLourg Saint-Marlin, ils longèrent les boulevards et s'arrêtèrent à la place de la Concorde pour voir détiler devant eux la colonne formée par la cavalerie légère de la garde russe, deux bataillons de grenadiers aulri-

1 1000 hommes appartenant au 2* corp» russe (prince Ragùnc de Wurtcmbflrg) furent chargés d'aUer o<*cuper l'Hôtel de Ville. Lo prince Eugène ne put se conformer à l'ordre formel de Burclav aux termes duquel ce détachement devait ^tre f4)rnié d'hommes avant des bottes et non des sabots et revOtus d'uniformes russes. Or, à ce niumcnt de la campagne, les soldats de HaïeflTskv et du prince Ku^ène n'avaient que des shakos d'ocdonnanre et au lieu de leurs capotes usées, ils avaient tous endos^'é les unifurmen français ramassés sur les champs de butaiUe d*Arcis-sur-Aulio et de Fêre-Champenoise. (Mémoires du prince Eugène de Wurtemberg.)

* Disposition do Sch^arzenl)erg jiour la journée du 31 mars, Dondy, 31 mars, 6 heures du matin.

' Dispositions de GniMsenau pour la journée du 31 mars, Disposition spéciale à l'armée de Silésie.

* BlUcher, trop malade encore, était resté à Montmartre. II entra à Paris le 1*' avril seulement et alla habiter le logement qu'on lui avait pn*paré dans l'hôtel de Fouché. (Tagehuch des Gênerais der Kavallerie Grafcn von Noslitz; Krifg»getchiehlliche Einzeltchrifien ^ 1884, V.)

— as -

chiens, deux biilaillons d'infanterie autrichienne du III^ corps, deux bataillons du 5<» régiment d'infanterie wurlembergeoise Prince-Frédéric, les grenadiers russes, les gardes russes et prussiennes derrière lesquelles venaient les trois divisions de cuirassiei*s russes.

Conférence à rhôtel Talleyrand et proclamation des Alliés. — Après la revue, les troupes alliées s'établirent au bivouac, au Champ-de-Mars, dans les Champs-Elysées, sur la place de la Concorde, et l'empereur Alexandre s'installa ii l'hoti'l Talleyrand. Le prince de Bénévent y était déjà depuis (juelques heures en conférence avec Nesseirode et avait réglé en principe avec le secrétaire d'État du tzar les principales questions qu'il importait de résoudre de suite. Quand Alexandre arriva rue Saint-Florentin, Pozzo di Borgo, le duc de Dalberg, l'abbé de Pradt, le baron Louis et le général Dessoles y att(Midaienl son arrivée. Quelques instants après, le roi de Prusse, Schwarzenberg et le prince Liechtenstein rejoignaient Tempereur de Russie. Grâce h Taccord préalable qui s'était déjà établi entre Nesseirode et Talleyrand, décidé à tout mettre en (cuvre pour assurer la chute de l'Empereur, grûce aux déclarations royalistes du duc deDalberget du baron Louis, on amena les souverains et le généralissime à déclarer dans une proclamation signée par l'empereur de Russie qu'ils ne traiteraient ni avec Napoléon, ni avec aucun membre de sa famille, et h inviter le Sénat à nommer « un gouvernement provisoire qui puisse préparer une Constitution »*.

* Pioclumalion des souverains aUiés : « Les armée.'* des poissaiiccs atliécs ont occuptî la capitale do la Franre. Les souveraios alliés accueiUent lo vœu do la nation française. Ils déclarent :

« Que si les conditions de la paix devaient renfermer les plus fortes garanties lorsqu'il s'agissait d'encbatner Tambition de Bonaparte, elles doivent être plus favorables lorsque par un retour vers un gouvernement tage^ la Franco elle-mi^me donnera l'assurance de ce repos.

« Les souverains alliés proclament en conséquence :

u Qu'ils ne traiteront plus avec Napoléon Bonaparte ni avec aucun membre de ^a famille.

« Qu'ils respectent l'intégrité de Tancienne France, telle qu'elle a exitté S(u< tes rois légitimes,

c< Ils peuvent même f:iiro pln«< parce qu'ils professent toujours le principe que, pour le bonheur de l'Europe, il faut que la Franre soit grande et forte.

La chute de l'Empereur semblait dès lors irrévocablement décidée, et l'on avait, on le voit, écarté même l'idée de confier la régence h Marie-Louise, lorsque Caulaincourt se présenta à l'hôtel Talleyrand. Il essaya vainement de fléchir Tempereur de Russie (it n'ayant pu, ni lui faire accepter les conditions posées par les Alliés eux-mêmes h ChAtillon, ni lui arracher la promesse de reconnaître le roi de Rome, il était parti en emportant ces dernières paroles du l/.ar : « Rapportez-moi l'abdication, on verra ensuite pour la régence. »

Mouvements et positions des corps alliés restés hors Paris.

— Pendant que Talleyrand et ses acolytes, heureux d'avoir enfin réussi k assouvir aux dépens de Thonneur national la haine qu'ils avaient vouée à l'Empereur, se préparaient à tirer parti de celle déclaration d'Alexandre qui engageait solennellement l'avenir et se disposaient à rendre le Sénat complice de leur œuvre d'intrigues et de vengeance, les diflérents corps des armées alliées restés hors Paris avaient employé la journée du 31, les uns à opérer les quelques mouvements prescrits par le généralissime, les autres à s'installer de leur mieux dans des cantonnements qu'ils ne devaient occuper que peu de temps.

Mouvements de la cavalerie d'Emanuel et de Fabien. —

Dans la nuit du 30 au 31 mars, le général Emanuel, à la tête d'environ 2,000 chevaux du corps Langeron, avait passé la Seine à Saint-Cloud. Le 31 au matin il avait continué son mouvement dans la direction de Versailles, Berny et Chevreuse et ramassé sur sa route une centaine de traînards, mais il n'avait pu parvenir à atteindre les dépôts qu'on s'était empressé de faire filer dès la veille*.

« Qu'ils reconnaîtront et garantiront la Constitution que la nation française se donnera. Ils invitent, par conséquent» le Sénat à désigner un gouvernement provisoire qui puisse pourvoir aux besoins de l'administration et préparer la Constitution qui conviendra au peuple français.

« Les intentions que je viens d'exprimer me sont communes avec toutes les puissances alliées.

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