P. S. M. L ALEXANDRE
Le Secrétaire d'Etat, comte os Nesselhooe.
Paris, le 31 mars 1814, 3 heures après-midi, n
■ Colonel da 6* hussards au ministre de la guerre. Le Perray, 30 mars,
Emanucl, ne trouvant plus rien devant lui, avait aussitôt obliqué à gauche, et le 31 au soir ses avant-postes, établis sur les bords de la Bi^vre, se reliaient avec ceux de Palilen*.
Cet officier général, auquel on avait adjoint le 31 au malin les cuirassiers russes de Kréloft' qu'un conlre-ordre arrêta h la barrière du Trône et dont les cosaques sous llowaïsky XII étaient encore détachés entre la Seine et la Marne, avait passé la Seine au pont d'Auslerlit/ avec un millier de chevaux et 15 pièces d'artillerie à cheval et pris la route de Fontainebleau. « D'après ce que j'ai appris, écrivait-il le soir à Schwar/enborg, le gros de rennemi semble avoir suivi celle roule. J'ai trouvé nonibn» de traînards près des barrières. A Villejuif j*ai donné conlre la queue de Tinfanlerie et j'ai poussé sur Kungis où j'ai établi mon gros. La chaîne de mes avant- posles va des bords de la Seine, près d'Ablon, jusqu'à la roule d'Orléans*. »
A l'approche de la cavalerie de Pahlen Tarrière-garde française avait d'ailleurs quitté sa position de Chevilly, repris son mouvement rétrograde et passé l'Yvette et l'Orge. Pahlen Tavait fait observer de loin par les uhlans de Tchougouïeff (jui s'arrêtèrent à Juvisy et poussèrent leurs vedelles ju.sque vers Ris et Grigny, parallèlement h la ligne des petits posles français. Bien qu'il n'eût rencontré aucune résistance, le général Pahlen était loin d'ôlre rassuré. « Les prisonniers, disait-il encore dans sa dépèche, prétendent que le maréchal Marmont est sur la route de Fontainebleau. Une partie des troupes ennemies aurait pris avec lui la route d'Orléans. »
Et il ajoutait en finissant : « Il m'est impossible de rien entreprendre d'utile et de sérieux à cause du faible efîeclif des troupes
11 heures soir; Ministre de la guerre au gtSnéral de Préval; Général do Preval au ministre de la guerre, Versailles, 30 mars, et général Fririou au ministre de la guerre. (Archives de la guerre.)
u Les partis que j'avais laissés à Saint-Germain et à Versailles ont abandonné ces villes le 31 mars, à 4 heures du matin. Hier 31, 3,000 chevaux ont pris position à Saint-Glou'j. >» (Général de Préval au ministre de la guerre. Mantes, 1®' avril, 5 heures du matin ; Archives de la guerre.)
* Starke« Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Hnupt-Armce im Monate Marx {K.K. Kriegs Archiv., Ht, 1), et Journal d*opérations de Langeron (Ar^ clUtfes loi-ographiques, n^ 29103).
« Général comte Pahlen au prince de Schwanenbcrg. Rungi'C, 31 mars, 7 h. 3/i soir. (A'. A'. Kriegs Arehiv,, III, 512.)
Well. — IV. 15
dont je dispose. Quelques escadrons suivent l*ennemi. Je continuerai à marcher demain*. »
Mouvements des IV* et III* corps. — Le gros du IV« corps avait passé la Marne à Charenton et vint s'établir à Villeneuve- Saint-Georges. La cavalerie du prince Adam de Wurtemberg, formant Tavant-garde du corps, poussa entre l'Yères et la Seine sur les routes de Corbeil et de Melun; la brigade Jett, marchant par la route de Melun, s'avança juscju'à Combs-la-Ville et Lieusaint; la brigade Walsleben, éclairant du côté de Corbeil, occupa Soisy sous-Etiolles et Draveil : un de ses deux régiments resta en soutien à Montgeron*.
Au III» corps, la brigade Grimmer et un escadron avaient relevé les Wurtembergeois et la division lég^re de Crenneville devant Vincennes qui continuait à se défendre. Le gros du corps, commençant son mouvement à 8 heures du matin, avait traversé le pont de Saint-Maur, s'était engagé sur la route de Rozoy et de Provins, et s'échelonnait le soir entre Sucy-en-Brie et Boissy-Saint- Léger; la division Crenneville formant l'avant-garde deGyulay, alla jusqu'à Brie-Comte-Robert; quelques escadrons flanquaient et éclairaient la gauche du corps du côté de Tournan*.
Mouvements du T* corps. — Positions du corps de Sacken et des corps de Tarmée de Silésie. — L'infanterie du V^' corps défila par Claye, mais ne dépassa pas Chelles. Seul le général Frimont poussa avec sa cavalerie jusqu'à Saint-Mandé. La brigade Geramb, détachée du côté de Crécy et de Coulommiers et qui avait môme poussé des partis sur La Ferlé-Gaucher, avait reçu l'ordre de rallier le gros du V® corps, et bien qu'elle se fût mise en route immédiatement il lui était matériellement impossible de rejoindre le feld-maréchal bavarois avant le lendemain au plus tôt*.
< Pahlen à Schwanenberg, RuDgis, 31 mars, 7 h. 3/4 soir (K. K, Kriegt Archiv., Ul, 512), et Starce, Eintheilung and Tagesbegebenheiten der Haupt- Armee im Monate ^Hârz {Ibid,, 111, 1).
* StÀrce, Eintheilung nnd Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Mftrz. (K, K. Kriegi Archiv., 111, 1.)
> Id in ibid,
4 Taxis, Tagebuch (K, K. Krieg» Archiv., XiU, 3i), et Stàrkb. EintheUung tind Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Marx {Ibidem, III, 1).
Sacken, rappelé par le tzar et nommé gouverneur militaire de Paris, avait remis à Wassiltchikofl le commandement de celles de ses troupes qui restaient encore à Meaux. Enfin Saint-Denis avait capitulé dans l'après-midi du 31 et avait été occupé par un des régiments de Woron7X)ff.
Quand l'Empereur rencontra dans la nuit du 30 au 31 mars la cavalerie de Belliard, la convention n'était pas encore signée et, sans les représentations de Belliard et d'HuIlin, nul doute qu'il n*eût donné suite à sa première idée et n'eût marché sur Paris dès le 31 au matin. La présence de TEmporeur, la seule nouvelle de son arrivée aurait vraisemblablement suffi pour modifier du tout au tout la situation. Même après la signature de la capitulation, rien ne s'opposait è ce qu'on fît rentrer à Paris les troupes des Maréchaux. L'article 3 de la capitulation légitimait un semblable procédé, puisqu'on avait simplement stipulé que les hostilités pourraient reprendre le 31 mars à 9 heures du matin. La rentrée de l'Empereur h Paris, le 31 mars au matin, h la tète des troupes de Marmont et de Mortier aurait ranimé tous les courages. Rien n'était encore désespéré ni perdu*.
Talleyrand, hors d'état de continuer ses intrigues, se serait empressé de quitter Paris et, bien qu'il soit impossible de déterminer le caractère et la portée des événements qui auraient été la conséquence de cette résolution, il y a tout lieu de penser que les Alliés auraient hésité à livrer un nouveau combat dans les rues mêmes de la ville. C'était Ik un événement dont se préoccupaient, non sans raison, plusieurs des généraux alliés, et York en particulier. La capitulation, en effet, n'avait pas suffi pour dissiper les craintes du commandant du l^^ corps de l'armée de Silésie. Resté hors Paris pendant que les souverains y faisaient leur entrée, York, causant avec les officiers de son état-major, leur disait que Napoléon, semblable à un sanglier blessé, allait se précipiter tète baissée sur les Alliés et jouer sa couronne en les obligeant à lui livrer bataille. Ne croyant pas h la sincérité des sentiments qu'on prêtait à la population de la capitale, aux
' Dans la lettre qu'il fit écrire le 81 mars aa matin» au préfet du Loiret, l'Empereur lui disait : « Si on ayait seulement letardé do trois heures la convention, l'arrivée de TEmpereur aurait empêché la chute de la capitale, n {Archives de la guerre,)
quelques manifestations sympathiques qui avaient marqué l'entrée dos souverains, le général prussien était convaincu qu'il faudrait en tout cas laisser à Paris même une garnison nombreuse. Blîlmant la légèreté et l'insouciance des stratèges du grand quartier général, il critiquait d'autant plus sévèrement l'entrée à Paris que Ton manquait de munitions. Son corps d'armée avait tout consommé, et le dernier caisson contenant les dernières réserves de poudre et de munitions avait sauté pendant la bataille du 30'.
Positions des troupes françaises autour de Paris. —
Malheureusement pour lui et bien qu'il n'eût plus rien à ménager. Napoléon, cédant aux représentations de ses lieutenants*, renonça h son premier projet. Rentré h Fontainebleau, il avait ordonné à Marmont de faire l'avant-garde, de réunir toutes ses troupes à Essonnes, d'envoyer les magasins de Corbeil à Fontainebleau, de diriger les poudres, les dépôts de cavalerie, d'infanterie et les trains des équipages et d'artillerie sortis de Paris sur Orléans où le Gouvernement devait s'établir. Mortier recevait en môme temps Tordre de masser son corps d'armée entre Essonnes et Fontainebleau. Orléans devenait momentanément le pivot de l'armée*.
Mouvements et positions de Ney, Souham et Haurin. —
Tandis que les troupes des Maréchaux s'établissaient derrière l'Essonne*, le gros de l'armée impériale continuait sa marche
* Droysex, Das Leben des Feld-MarschaUs Grafen York von Wartenbiirg, II, 390.
* On trouve à ce propos dans les Aufzeichnungen da général von Bismarck la phrase suivante que le général wurlembergeois attribue à Louis XVllI : 41 Les premiers ingrats à Bonaparte furent ses compagnons de gloire, des hommes comblés de ses bienfaits, enrichis de ses trésors, anoblis par sa puissance. Les maréchaux sacriûcrent tout à un seul but, celui de conserver leur position. Ils oublièrent toute mesure, toute dignité personnelle. La masse du peuple, les fonctionnaires civils, les sous-lieutenants, c'est-à-dire Farmée, restèrent fidèles à ri!)mpereur. Mais la fortune de la France n'était pas attachée à eux seuls. »
* Mujor-général à Marmont. Mortier, Feltre; Registres de Bcrthier (Archivei de la yuene) ; Journal de Boyer de Hébeval (/6k/.), et SxAnKE, Einlheilung and Tagesbegebenheiten der llauptrArmee im Monate Màrz (K. K. Kriegg Arehiv., 111, i).
^ Marmont de Corlieil à Kssounes. Mortier derrière lui entre Essonnes et Fontaineblt'HU avec son quartier général à Mennecy.
forcer*, sur Fontainobleau où rEmporcur, hésitant encore enti-e deux projets, l'attaque de Paris ou la retraite derri(>rc la Loire, voulait concentrer toutes ses forces. Ney, qui marchait en lôte de colonne avec la garde, avait quitté Troyes le 31 au matin. A midi il arrivait à Villeneuve-rArchevôque. La vieille garde était entre cette ville et Pont-sur-Yonne. Deux bataillons, composés des meilleurs marcheurs, la précédaient avec la cavalerie de Sébasliani que le général de Pire avait ordre de rejoindre. La cavalerie de Saint-Germain flanquait le mouvement du prince de La Moskowa. Mais bien que les troupes du maréchal eussent fait les plus fortes marches possibles pour rejoindre le quartier impérial, la garde impériale s'arrêta le 31 au soir à Champignysur- Yonne. La cavalerie de Saint-Germain resta, sur Tordre du prince de La Moskowa, à Villeneuve-la-Guyard jusqu'.^ ce que la garde eût achevé de défiler. Le général Hanrion passa la nuit îi Sens qu'il devait quitter le l®' avril h la pointe du jour pour venir prendre position à Fossard. Sa division était chargée de servir d'escorte au parc d'artillerie de Tarmée. Les généraux Lefol et Defrance avaient ordre de s'établir à Villeneuve-la-Guyard et d'en partir le 2 avril pour Fontainebleau. Le quartier général du maréchal Ney était, le 31 au soir, î\ Pont-sur- Yonne*.
Souham, venant de Nogent et arrivé à Montereau îi 3 heures de l'après-midi, avait fait occuper Moret par un bataillon et Nemours par des gardes nationaux. Il devait, sur Tordre de Ney, apporté par le général Monthion, rester le lendemain derrière TYonne et ne commencer que le 2 à midi son mouvement sur Fontainebleau*.
La cavalerie de Maurin était arrivée à Fontainebleau et s'était établie au bivouac à Tentrée de la ville*.
Mouvements de Kaîssaroff et de Seslavin. — Renseignements envoyés par ces généraux. — Quoiqu'elle n'eût pas été
* Ney au major-général, Troyes, 31 mars, 3 heures du malin ; Villeneuvel*Archevéque. 31 mars, midi; Pont-sur-Yonne, 31 mars, 7 heures du soir. [Archires de la guerre.)
« Souham au major-général, Montereau, 31 mars, 7 henres soir, et Ney au major-général. Pont-sur- Yonne, 31 mars, 7 heures soir. (Ibid,)
» Général Maurin au major-général, Fontainebleau, 31 mars soir. (Iltid.)
inquiétée, la marche du corps do Ney el des troupes de Souham avait été cependant remarquée et signalée au quartier général des Alliés par Seslavin et Kaïssaroff.
Ce dernier, arrivé à Provins le 31 mars à 6 heures du soir*, avait pu communiquer avec Seslavin, dont les partis battaient le pays le long de la Seine de Nogent à Melun. Seslavin avait en effet occupé Nogent quelques heures après le départ de Souham. Il y avait appris que l'Empereur était parti la veille pour se rendre droit à Paris par Fontainebleau et que le corps de Ney allait à Sens et devait continuer le lendemain sur Fontainebleau *.
Mouvements de Hacdonald et des corps sous ses ordres.
— Macdonald, à la tête du 2« échelon de Tarmée impériale, était arrivé à Troyes dans la matinée du 31 mars avec le 11® corps et le 5« corps de cavalerie. Après une halte de deux heures à Sainte- Savine ' il avait repris sa marche, et son infanterie s'était arrêtée le soir entre Estissac et Saint-Liébault. Le 5« corps de cavalerie couvrait sa droite et bivouaquait du côté de Dierrey-Saint- Pierre et de Dierrey-Saint-Julien. Derrière lui, Oudinot, qui avait quitté Vendeuvre le matin, n'avait pu, comme le duc de Tarente Tespérait, arriver jusqu'à Fontvannes. Deux de ses divisions d'infanterie avaient été dans Timpossibilité d'aller plus loin que Troyes où le duc de Reggio établi avait son quartier général. Le 6« corps de cavalerie occupait Pont-Sainte-Marie,,Creney et Sainte- Maure, et faisait observer les roules de Piney, Pougy, Ramerupt, Arcis et Plancy*.
* Dans la dépêche qu'il adie^sait à Schwarzenberg, de Provins. 31 mars, 6 heures soir (K. K. Kriegs Arehiv., UI, 618), Kaïss&roff annonçait môme an généralissime que les premières troupes de Tarmée impériale passaient déjà la Seine à Slontcreau. 11 ajoutait qu'il se proposait le lendemain « de côtoyer l'armée française en se rapprochant le plus possible de la rive droite de la Seine afin de mieux découvrir les mouvements de l'ennemi. » (Dépêche originale en français.)
« Seslavin, billets en français en date de Nogent, 3i mars, 2 heures aprèsmidi et 9 heures soir {K. K. Kriegi Arehiv., III, 516 et 516 a), et SxAhKB, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate JMarz (Ibid.'
' Macdonald au major-général, Sainte-Sayine, 31 man, et major-général à Macdonald. (Archivée de la guerre.)
* Macdonald au major-gënéral, Sainte-Savine, 31 mars; major-général à Macdonald et Oudinot ; ordres de mouvement, Vendeuvre, 30 mars, 6 heures loir, et Troyes, 31 mars toir. {Archivée de la guerre.)
Tous oes corps avaient onlri' de se remettre en marche lo l"f avril à 4 heures du matin, pour se rendre h Sens en passant par Villeneuve-rArchevèque.
Monvements de Winsingerode, Tettenborn et Tchernit* cheff. — Ëvénements sur les derrières des Alliés pendant les journées des 29, 30 et 31 mars. — Ordres de Duka. ^ Opérations du prince Maurice de Liechtenstein. — Winzingorodc» apn'^s avoir ralli«'' ï< hi'rnitrhefl le :2î) uiai^s à Saint-I)i/.ier, sYlait arrêté le soir h Montier-en-I)er. Suivant de loin les eolonnes françaises dont il avait perdu la traee, il avait, dans la journ('»e du 30, poussé Tetleid)orn dans la direelion de Troyes. Mais tous ces mouvements s'exécutèrent avec tant de i)rudenre et de lenteur que les Cosa<|nes irarrivèrent h Troyes qu'après le dépari des dernières troupes françaises. Bien que plus spécialement chargé de suivre les corps de l'armée de Napoléon, Winzingerode avait hésité ?! s'attach<»r h eux avant d'être rassuré sur ce qui se passait du eùlé de (Ihaumont, de Langres et de Dijon où l'inquiétude causée par l'apparition des troupes françaises était encore loin d'être calmée.
Malgn» le chanpfcment de direelion des corps que THnipereur ramenait sur Paris, l'insurrection se propajçeait de tous cOtés et avait pris des proportions si considérables que le feldzeujijmeisler Duka, quoi(|ue momentanément rassuré sur le snrl de I^anj^res olde Dijon, se croyail encore oblif^é de redouMer de vigilance et de précaution. Les renseignements contra<li<-loires que Haigecourt et 1(^ colonel Wielaiid avaient envoyés au feldzeugmeister Duka *. l'absem'e de nouvi'lles positives du généralissime et de la grande armée alliée ne permetlaienl pas encore h Duka de moditier les mesures qu'il avait prises pour couvrir le quartier général de rempen'ur François. Il savait cependant, depuis le 28 mars au soir, <ju»' le poste français de Kolampont s'était retiré en arrière de Vesaignes vers (^haumoiit. Pensant que la ca-
* Diilca, écrivant le 29 au matin à Iiaige<M>urt, lui disait : « Los rensfigiiempnts que vous me donnoz ne conrordont nullement aver coux que m'envoie le colonel Wieland. Envoyez de forts détaohemonts do cavalerie dans toutes les dire*.*! ions, surtout à droite vors Join ville pour savoir exactement ce que fait rennemi. » (Feldzeugmeister Duka au général -major comte de Raigecourt, Dijon, 29 mars, 9 heures du matin; K, K, Kriegi Archic, 111, 484 a.)
valorie française avait abancJoniu» Chaunionl, et sachant que tout était tran(|uille h Langres, il avait prescrit au colonel Wieland d'(;nvoyer des partis versChauniont et de pousser des patrouilles à gaucho vers Ch{\teau-Yillain afin de se relier du côlé de Chanceaux * avec le prince Maurice Liechtenstein. Un escadron de la division légère de ce général devait venir par Vitleaux jusqu'il la croisée des routes de Semur et d'Availon afin de couvrir Dijon et de surveiller les bandes qui s'étaient organisées dans le Morvan *.
Le 29 au matin, tran<|uillisé sur ce qui se passait h Langres et à (Ihaumont, mais de plus en plus préoccupé des progrés des bandes de paysans annés* rassemblés du côlé de Semur et d'Avallon qui, poussant du rùté de Beaune et de Chalon, menaçaient ses communications avec Lyon, Duka prescrivit h Wieland de rétrograder sur Dijon et de régler sa marche de façon îi y arriver le 31 mars. Le colonel avait ordre de se faire suivre par les escadrons détachés du côté de Chaumont et de donner avis h Raige- Court de son mouvement *.
Maurice Liechtenstein devait également faire rentrer ses partis détachés du côté de Langres et de Chaumont, ne laisser dans ces parages cjue les troupes nécessaires pour fournir les postes et observer la route de Chûtillon-sur-Seine et la vallée vers Tonnerre et Montbard oi\ Ton s'attendait h voir arriver le général Allix venant d'Avallon *.
Bien qu'il n'eût presque rien devant lui, bien qu'il sftt depuis le 28 que les Français n'avaient plus personne à Arc-enBarrois, Chtiteau-Yillain et La Ferté-sur-Aube, le prince Liechtenstein ne pouvait cependant pas suffire à la tîVche qu'on lui avait imposée. Chargé de suneiller tout le paysde|)uis la Marne jusqu'ù Mont-
* Fel(Jzeu;çiiieistor Duka au général-major comte de Raigecourt, DijoD, 28 mars soir. (A'. K, Kriegs Archiv., III, 484.)
* Feldzeugmoistcr Duka au prince Maurice LiechteDStein, Dijon, 28 m.irs, 7 heures soir. [IbûL, III. 48i m )
' Nous aurons lieu de parler en détail au chapitre XX : Opérations de Varm^e autrichienne du Sud pendant le moit de mars, des événements auxquels fuit allusion le feldzcugmeister !)uka.
« Feldzeugmeister I)uk« au colonel Wieland, Dijon, 29 mars. (If. A'. Kriegt Arehiv,, 111, 4Mi o.)
* Feldzcugmeister Doka au prince Maurice Liechtenstein, Dijon, S9 mars. {Ibid., 111, 484 « et «.)
bard, il avait (lélachr îi col eflet il escadrons. Enfin, obligé par les derniers ordres de Dnka. motivés |>ar la fausse nouvelle signalant Tapparition de la cavalerie française h Seniur, de s'étendre au sud de Montbard jusqu'il Villeaux, il protestait avec raison contre cette mesure qui lui enlevait ses dernières réserves et l'obligeait « h mettre tout son monde en détachement ou en piquet » *.
Des renseignements recueillis et transmis par Liechtenstein au feldzeugmeister, il résultait que les Français avaient évacué Bar-sur-Seine et (|ue leur premier poste était du coté de Clairvaux.
Mais de toutes parts les rapports signalaient la présence de nombreuses bandes de paysans armés. Ijn capitaine autrichien*, qui avait accompagné le colonel de Galbois aux avant-postes français, avait informé le prince Maurice Liechtenstein, à son retour, « qu'il avait été à plusieurs reprises arrêté dans les bois de La Fcrté. » Le major Wiisthoff, détaché à Courban, faisait savoir ù Liechtenstein qu'il cause du grand nombre de paysans armés, il se trouvait dans l'impossibilité d'avancer et devait prendre de grandes précautions pour ne i>as être surpris et enlevé'. Plus à l'est, un autre détachement, envoyé vers Chalancey et Prauthoy (au sud de Langres), avait donné partout contre des paysans en armes et n'avait pu percer nulle part.
A la gauche de Liechtenstein, le parti envoyé le 28 au soir ?i Semur n'y avait pas relevé la moindre trace de la cavalerie française signalée de ce côté, mais il avait trouvé tout le pays en pleine ébuUition et avait été reconduit îi coups de fusil* dès qu'il se replia pour revenir sur Chanceaux.
* Pcldzeagmeister Duka aa prince Maurice Liechtenstoin, Dijon, 29 marà, 8 heares oiatin (K, K, Kriegt Arckiv., III, 484 u). et prince Maariee Liechtenstein au feldzeugmeister Duka. Chanceaux. 29 mars (Ibid , lll, 484 v et <)* Lie4*htenstein terminait la dernière de ces deux dépêches en disant à Duka : « Je rends compte de ces faits au prince de S>'hwarzenberg, mais en attendant ses ordres, j'envoie mon dernier escadron .à Vilteaux. »
* Capitaine Pichl au prince Maurice de Liechtenstein, Courban, 29 mars, (fi'. A'. Kriegs Archiv., III, 50'» f.)
. ' Prince Maurice dé Liechtenstein an feldzeugmeister Duka, Chanceaux, 29 mars. (/6»d., III, 509.)
« Prince Maurice Liechtenstein au feldzeugmeister Duka, Chanceaux. 29 mars. {Ibid,, III, 488 g.)
L'insurrection se généralisant de plus en plus, Liechtenstein avait demandé, le 29 au soir, à Duka de faire relever les détachements qu'il avait dû fournir du côté de Semur, d'Avallon et de Monlbard, et avait fait part au feldzeugmeister de son projet de se porter le 30 sur Châlillon et le 31 sur Bar-sur-Seine *. Mais le 29 au soir Duka lui faisait, au contraire, tenir Tordre d'entreprendre quelque chose contre le général Allix. Liechtenstein ne devait toutefois se diriger vers Joigny, Sens et la vallée de la Seine, que lorsque les troupes envoyées par le feldzeugmeister et renforcées par deux régiments de cavalerie venant de l'armée autrichienne du Sud auraient réussi à disperser les rassemblements armés de Semur, d'Avallon et d'Autun '. . 11 convient d'ailleurs de remarquer que les nouvelles de TEst étaient de moins en moins rassurantes et bien peu de nature à disposer Duka à affaiblir les forces qu'il croyait nécessaires pour couvrir Dijon en laissant Liechtenstein s'éloigner de lui. Le général-major Hirsch, qui commandait à Vesoul, venait de lui signaler l'apparition de paysans armés dans les bois de Cintrey et de Lavoncourt et de lui annoncer qu'il avait dû charger le détachement établi à Combeaufonlaine de battre le pays du côté de Cintrey. Le général Hirsch ajoutait dans cette dépêche : « Le pays devient de moins en moins sûr du côté de Lavoncourt, et je prie Votre Excellence de faire passer par Gy les courriers venant de Gray. Les routes de Bourbonne par Jussey et celle de Vauvil- 1ers par Luxeuil et Faverney sont sûres jusqu'à présent. Les terribles excès des Cosaques et les exigences inouïes des convoyeurs qui conduisent les bagages de Tarmée m'ont obligé d'en faire fusiller quelques-uns qui attaquaient nos postes de police, de correspondance et de sûreté » *.
Inquiet des proportions que prenait le soulèvement dans les départements de l'Est, sachant que les troupes françaises occupaient encore Bar-sur-Aube, le feldzeugmeister Duka envoya, le
^ Prince Maurice Liechtenstein au feldzeugmeister Duka, Ghanceaux, 29 mars. (K, K. Kriegi Arehiv., IH, 488 h,)
* Duka à Maurice Liechtenstein, Dijon, S9 mars, li heures soir. (Ibid., iri, 488 /•.)
* Général-major Hirsch au feldzeugmeister Duka, Vesoul, S9 mars. (Ibid,, m ad 496.)
30 au matin, au colonel Wicland * Tordre de rester sur ses positions h ThilchAlel. La prc^sence du général Allix h Auxerre, la nouvelle de sa marche sur Avallon et Montbard et l'apparition de ses troupes dans la vallée du Serain, du côté de Sauvigny, étaient autant de causes de préoccupation pour Duka qui annonçait h Liechtenstein Tenvoi de renforts composés d'un régiment de cavalerie et d'une batterie à cheval.
Les rapports de Liechtenstein, s'ils continuaient du reste à être peu rassurants, donnaient en revanche une idée exacte de la situation dans ces parages, de l'état d'esprit des populations, de l'extension de l'insurrection et de l'importance des services qu'aurait pu rendre à l'Empereur une levée générale, si elle avait été bien organisée.
« Le général Allix, écrivait le prince Maurice Liechtenstein "à la date du 30 mars *, ne pourra guère être pris. Il ne s'arrête nulle part, se contente d'organiser les armements et de faciliter la formation des bandes. Il connaît toujours tous nos mouvements. Tout ce que je pourrai faire, ce sera de le rejeter sur Montargis et peut-être sur Orléans. Les paysans armés sont déjà très à craindre et deviendront de jour en jour plus redoutables. Il y a peu de chose à faire contre eux quand on a une autre mission militaire à remplir. Il faudrait envoyer contre eux des colonnes mobiles d'infanterie légère qui ne rencontreront guère de résistance sérieuse. Les traînards, les isolés, les estafettes, les petits partis de cavalerie sont seuls menacés par les bandes de paysans armés qui s'embusquent dans les bois, dans les vignes, sur les flancs des coteaux; mais ces bandes ne s'aventurent pas en terrain découvert. Le Morvan est la région la plus dangereuse pour nous, il en est de même de celle comprise entre Autun, Semur, Avallon, Auxerre et de là jusqu'à Montargis et Orléans, comme de tout le territoire s'étendant depuis Autun jusque vers Nevers et Mâcon, parce que le pays est boisé et accidenté, les villages assez rares, les maisons isolées, les habitants féroces et prêts à tout. Si on envoyait vers Paris un corps de
* Le feldzeQgmeister Duka au colonel Wieland, Dijon, 30 mars. (K» K, Kriegi Arehiv., 111, 509.)
* Prince Maurice Liechtenstein an feldseagmeister Duka, Cbanceaax, 30 mars. {Itnd., III, 488.)
Tarmée du Sud il faudrait le fairo passer par Aulun et Auxerre pour en finir avec ces bandes. » Et Liechtenstein ajoutait comme preuve de son dire : « Mon détachement, qui est resté à Avallon, y a eu de non)breuses affaires. Il a eu ses communications coupées, ses estafettes enlevées, ses vedettes et ses éclaireure tués ou blessés. Seule Tattilude énergique du major Wùsthoff à Avallon et du capitaine Oenhausen h Autun *, les a tirés de cette situation critique. Le major Nagy a été du côté de Semur avec 60 chevaux; il est entré dans cette ville oi\ il n*y avait pas de troupes ennemies. Il y a relevé des traces de leur passage, mais il n'a pu rien savoir quant h la direction prise par les Français. Il est revenu hier soir et a laissé ù Semur un petit parti de cavalerie *. »
Dans la nuit du 30 au 31 Allix, établi h Sauvigny-en-Terre- Plaine, se disposait i\ reprendre dès 2 heures du matin son mouvement sur Montbard, lorsqu'un courrier du ministre de la guerre lui apporta l'ordre de revenir sur Sens. Modifiant aussitôt ses dispositions, Allix se dirigea en suivant la vallée du Serain par Noyers et Chablis sur Seignelay où il arriva le l*' avril au soir *.
Les patrouilles de Liechtenstein purent par suite aller de Montbard h Semur sans rien rencontrer, sans apercevoir ni troupes régulières françaises, ni bandes de paysans. Le détachement envoyé en reconnaissance sur Tonnerre, où les Français n'avaient plus personne, avait été cependant attaqué à son retour par des paysans armés embusqués dans les bois.
A la droite de Liechtenstein h; détachement qu'il tenait h Courban continuait h être immobilisé et n'osait même pas, à cause du grand nombre et de Taudace des bandes et de Tétendue des bois, s'éclairer et pousser sur Rar-sur-Aubc *.
* Nous aurons lieu du parler eu détail des événements d' Autun au chapitre XX.
* Prince Maurice Liechtenstein an feldzeugmeister Duka, Cbanccaux, 30 mars. (A'. K. Kriegi Arehiv., 111, 488.)
' Général Allix. Sourenin polUiquei el mUilairet,
* Prince Maurice Liechtenstein au feldzeugmeister Duka, Chanceaux, 3i mars. {K. K, Kriegi Arehiv., III. 509.)
Opérations du III^' corps prussien contre Soissons. - Au
Nord (le Paris, en attendant Tarrivée de Borstell que le duc de Saxe-Weiniar n'avait laissé se mettre en roule que le 29 et le 30 mars, Bûlow continuait sans plus de succès h assiéger Soissons. Une sortie énergique de la garnison avait réussi h détruire et il bouleverser, dans l'aprés-midi du 28, les travaux d'approche des Prussiens. Sous la protection de ses batteries Bùlow avait toutefois non seulement réparé les travaux détruits, mais il avait même, dans la nuit du 29 au 30, achevé le passage blindé du bastion Saint-Jean. L'énergie du commandant Gérard ne se démentait pas un instant et, dans la nuit du 30 au 3i, il réussit i\ incendier le blindage.
Le 31 au matin, à la surprise de Gérard et de la garnison, les Prussiens avaient enlevé leur artillerie, désarmé leurs batteries de siège, abandonné les tranchées pour se reporter plus en arrière sur les hauteurs qui entourent et dominent Soissons. Bi'ilow se préparait dès ce moment îi lever le siège de Soissons. Toutefois, avant de commencer son mouvement sur Paris, il avait donné le 30 au général von Krafft, Tordre de se porter avec sa brigade sur Compiègne et de s'emparer de cette place par une attaque brusquée.
Mouvements du corps volant de Geismar du 29 au 31 mars. ^Affaire de Venette et tentative sur Compiègne. - Le
29 mars au matin le colonel von Geismar, parti de Montdidier, avait poussé avec son corps volant jusqu'à Cuvilly, i\ la croisée des routes menant de Rove et de Montdidier à Pont-Sainte- Maxence et Compiègne. Informé par ses émissaires que des renforts, évalués à 2,000 hommes de troupes polonaises, étaient attendus dans cette place, il résolut de la reconnaître le lendemain et d'essayer de l'enlever par un coup de main.
Bien qu'il eût cherché à dissimuler la direction prise par sa colonne à laquelle il avait eu le soin de ne faire suivre que des chemins de traverse; bien qu'il eût marché lestement, il ne parvint ni il surprendre la garnison, ni à tromper la vigilance du major Otenin. Quand le corps volant déboucha sur le plateau de Margny, son approche avait été signalée, la garnison était sous les armes, le tocsin sonnait partout. Le colonel von Geismar, obligé de renoncer à un coup de main désormais impossible,
voulut au moins faire la reconnaissance des abords de la place et poussa à cet eftet deux détachements sur les villages de Venelle et Margny qu'occupaient quelques paysans armés et que les Cosaques incendièrent*.
Maître de ces deux villages, Geismar put reconnaître d'assez près les abords mêmes de la place et constater qu'il était impossible de rien tenter contre elle sans le concours de troupes d'infanterie. Il se décida donc à retourner à son bivouac de Cuvilly où il resta pendant la journée du 30. Avant de quitter Venelle et Margny il avait rendu compte de la situation à Bûlow en lui demandant de faire soutenir par une de ses brigades Tattaque qu'il comptait tenter le 31.
Le 31 au malin, Geismar se reporta de nouveau contre Compiègne. L'incendie de Venelle et de Margny avait porté ses fruits et les paysans armés se gardèrent bien d'inquiéter ou de signaler sa marche sur Margny. La reconnaissance du 29 avait toutefois donné l'éveil h Compiègne, et le major Otenin, s'atlendanl h tout moment h avoir à résister à une attaque sérieuse, avait placé une partie de ses troupes en avant du pont sur la rive droite de l'Oise, surveillant ainsi les chemins de Venelle, de Cuvilly et de Noyon.
L'approche de Geismar lui avait été immédiatement signalée par ses éclaireurs. Du reste le colonel russe, croyant trouver devant Compiègne l'infanterie prussienne sans laquelle il ne pouvait rien entreprendre, se borna à tirailler avec les avantpostes français entre Margny et Venelle. Mais le gros de la 6* brigade prussienne (général von Kraffl) venant de Soissons n'avait pas dépassé Trosly-Breuil et Cuise-Lamotte.
Le colonel von Sydow, venant de Noyon, arriva toutefois vers la fin de la journée à Venelle et Margny avec quelques bataillons et quelques bouches h feu ; il était trop lard pour s'engager, et Geismar et Sydow, attendant l'arrivée du général von Krafil qui
' Major Otenin aa ministre de la guerre et maire de Compiègne au ministre, Compiègne, 29 mars. (Archives de la guerre.)
u Les cavaliers de Geismar incendièrent flO maisons à Venette et y massacrèrent les habitants. Le colonel de Geismar dans son Tagebnch {K. K, Kt\eg$ Archiv., IV, 178) dit qu'il brûla Venelte « parce que let habitanti avaient fait êonner le iocûn pour donner Valarme et appeler knU le monde aux arme$. m
devait les rejoindre pendant la nuit, s*établirent au bivouac sur les hauteurs*.
|er avril. — Immobilité presque complète des armées alliées pendant la journée du ^^' avril. — Uès le 31 mars au soir, h rissue de la conférence tenue à Thôtel de la rue Saint- Florentin, les opérations militaires avaient cessé d'occuper le premier rang dans les préoccupations des souverains présents à * Paris et du généralissime. La politique avait repris le dessus. Sans parler du roi de Prusse qui ne voyait plus que par les yeux d'Alexandre, le généralissime lui-même, peut-être en raison de Tabsence de Tempereur François, se trouvait dans la nécessité de prêter plus d'attention, d'accorder plus d'importance aux menées deTalleyrand qu'aux mouvements des maréchaux Marmont et Mortier et aux projets de Napoléon.
Le Sénat avait été convoqué extraordinairementparTalleyrand afin de nommer un gouvernement provisoire. Les membres de ce gouvernement, soigneusement choisis par lui, soit parmi ses amis particuliers comme le duc de Dalberg et le marquis de Jaucourt, soit parmi les royalistes militants comme l'abbé de Montesquiou, soit parmi ceux qui, quoique comblés de bienfaits par l'Empereur, espéraient comme le général de Beurnonville *
' Major Gaillemin (du 24^ d'infanterie) aa ministre de la guerre, Le Mans, 20 avril (Archives de la guerre) ; Tagebuch des Streifcorps uuter Hefehle des kaiserlicheu russischen Obersten von Geismar, wdbrond dein Felzuge 1814 ▼om 13i«n Februar bis 11»»»» April (K. K. Kriegt Ârchit)., IV, 178) ; Schrei- BER, Historique du régiment d* infanterie prussienne n^ 21 et Zeitschrift fiir Kunst und Wissenschaft des Krieges, année 1830.
* Ce ne fut que deux ans plus tard, en juillet 1816, que Beurnonville finit par obtenir le bâton de maréclial. On trouve à ce propos, dans le dossier du maréchal conservé aux Archives administratives, des renseignements curieux qui ne laissent aucun doute sur les visées de Beurnonville. En mettant, en juillet 1816, ses états de service sous les yeux de Louis XVIII, l'ancien ministre de la guerre de la Convention rappelle au roi que : « Lors de rentrée des Alliés à Paris, le 30 mars 1814, il a été fait membre du gouvernement provisoire et que c'est lui qui, ùprés avoir combattu la régence dans la nuit du tt au 6 avril chez Vempereur de Russie, détermina le roi de Prusse à se déclarer contre. »
Réclamant le maréchalat auquel il fut élevé le 3 juillet 1816, il avait avait ajouté de sa main à ce mémoire la note suivante, assez curieuse si l'on se rapporte à l'époque à laquelle elle a été écrite : « La bataUle de /emmapes est la seule qui n'ait pas donné de maréchaux à la France et c'est la plus ancienne comme la première de toutes. »
obtenir d'un réfçiinc nouveau des récompenses auxquelles ils n'avaient aucun droit et ne devaient être que des instruments dociles entre les mains du vice-élecleur. Les résultais de cette séance absorbèrent à un tel point Taltention que lion songea à peine à prendre les mesures strictement nécessaires imposées par la situation militaire, par la nécessité de faire face à une attaque improbable, mais cependant possible. On se borna h laisser Wrède continuer sa marche de Chelles sur Rosnv et Paris. Le gros du V« corps s'arrêta le soir à Siiint-Mandé. L'avant-garde occupa le faubourg Saint-Antoine *.
La destruction des ponts de Choisy-le-Roi et Timpossibilité de faire passer les 111® et 1V« corps sur la rive gauche de la Seine obligèrent toutefois le généralissime à modifier les ordres donnés au prince royal de Wurtemberg et à Gyulay et à faire revenir leurs troupes sur Charenton. La cavalerie wurtembergeoise resta seule en avant-garde ù Créteil et h Maisons-Alfort.
Mouvements de la cavalerie de Pahlen» d'Ilowaisky XII et d'Emanuel. — Le VI® corps, après avoir remis aux grenadiers la garde des barrières de Paris, resta pendant toute la journée du l«*" avril sur ses positions de Belleville à l'exception toutefois de (juatre bataillons de chasseurs des 4« et 34« régiments qui, franchissant le pont d'Austerlitz, s'avancèrent sur la route de Fontainebleau afln d'échelonner Tavant-garde de Pahlen.
On trouve d^ailleurâ dans une autre pièce de ce ni(^me dossier un autre document non moins intéressant daté du 14 avril 1819 : « Dès le 3 juin 1814, le roi avait daigné dire au général de lieurnonvillc qu'il réparerait l'injustice qu'il avait éprouvée lors do la première promotion des maréchaux et qu'il serait le premier qu'il ferait. Sa Majesté n'ignorait pas quà l'époque à laquelle cette dignité militaire avait été supprimée en France au mois de septembre 1792, elle arail été remplacée par le grade de général d'armée qui avait été conféré aux généritux Dumouriez, Kellermann et Utmrnonville qui avait dû jouir de ses prérojsatives ; que le général de Beumonvillc aurait, par conséquent, dû être fait maréchal le deuxième de la première promotion après le général Kellermann, le général Dumouriez ayant quitté le service français ; Elle l'a en conséquence élevé à la dignité de maréclial de France le 3 juillet 1816, et le 14 du même mois le maréchal de Deurnonville a prêté son serment eutre les mains du Hoi. » {Ministère de la guerre, Archives administratives.)
* Taxis, Tagebucli. (A'. K, Kriegs Archiv,, XIU, 38.)
De Hiiiif^is où il avait passé la miil, PalihMi * avait, dès 7 heures du matin, prévenu le généralissime que les arriènsgardes fran» çaises, qui s'étaient arrêtées le 31 au soirii une lieue et demie de Ris, s'étaient repliées à 4 heures du matin et marchaient dans la direction de Fontainebleau. Le général russe avait aussitôt donné l'ordre de suivre le mouvement rétrograde des troupes françaises ; mais, justement préoccupé pour ses derrières et ses communications, il écrivait en même temps au généralissime : « Je prie Votre Altesse de me faire savoir sur quel point se trouveront mes soutiens, vu que jusqu'il présent il n'y a aucune troupe entre les barrières de Paris et moi et qu'il n'y a même pas de postes h ces barrières *. » Arrivé à 3 heures de Taprès-midi au château de Petit-Bourg près d'Evry, Pahlen complétait encore les renseignements envoyés le matin ' et mandait au quartier général que « les quelques escadrons a|)er(;us eu arrière de Ris s'étaient à son approche retirés jusqu'î\ Essonnes, et cjue des troupes françaises des trois armes y occupaient une bonne position sur la rive droite de la rivière. » Les quelques prisonniers qu'il avait ramassés en route avaient encore appris au général russe (|u'on avait déjîi fait sauter une des arches du pont de pierre de Corbeil. Pahlen avait en outre communiqué avec Ilowaiski XII dont les Cosaques étaient arrivés à même hauteur que lui, sur la rive droite de la Seine. Un de ces Cosaques avait passé la Seine h la nage pour lui annoncer la présence de troupes françaises à Melun. En même temps qu'il écrivait au généralissime, Pahlen avait également correspondu avec le général Emanuel qui, continuant à s'avancer par la route d'Orléans, n'avait ramassé que des convois et des traînards et comptait pousser le même jour jusqu'il Longjumeau ouMontIhéry. Le gros de Tavant-garde de la cavalerie de l'armée de Silésie arriva en effet le 1«r avril au soir Il Montlhéry et sa pointe ne s'arrêta qu'à Arpajon. Enfin avant de ramener le soir le gros de sa cavalerie à Juvisy et de disposer ses vedettes le long de l'Essonne, Pahlen avait rendu compte au
* Pahlen à Schwarzenberg, Kungis, 1®' avril, 7 heures du malin. (Original en français. K, K, Kriegs Archiv,, IV, 3.)
* /</. in ibid.
* Pahlen à Schwarzcnberg, Château de Petit-Bourg par Evry, !•' avril, 3 heures après-midi. (K. K. Kriegi Arehiv., iV, 1.)
Well. — IV. 46
généralissime des niouvomcnts qui s'étaient produils un peu après 3 heures dans les lignes franraises. « Les avant-postes m'annoncent, écrivait-il en Post-Scriptum, que Tinfanterie ennemie prend les armes à Essonnes et que la cavalerie monte k cheval. On entend le tambour et les cris de Vive l^Empereur! Il est probable que l'Empereur vient d'arriver et il peut fort bien se faire que les troupes d'Essonnes se portent encore aujourd'hui contre moi '. »
Ordres de Napoléon à Harmont et à Mortier. — Pahleu ne se trompait pas. C'était bien TEmpereur qui était venu inspecter h Essonnes les positions de ses troupes et s'assurer par luimême de la façon dont les maréchaux Marmont et Mortier avaient exécuté ses ordres.
En eflet le l*' avril, h 6 heures du matin, le major-général avait fait savoir aux deux maréchaux que TEmpereur, voulant réunir le gouvernement ii Orléans el y rassembler toutes s(îs réser\'es de l'intérieur, avait résolu de se placer avec son armé(» entre Fontainebleau el Paris et de faire occuper, par Marmont la droite, par Mortier la gauche de la position d'Essonnes, afin d'obliger, en cas d'attaque, les Alliés à tenter un passage de rivière sur des points qu'il aurait choisis. En attendant l'arrivée de l'armée qui devait le rejoindre sur ces positions, il prescrivit aux deux maréchaux de faire fortifier le cours de l'Essonne et de mettre Corbeil et Essonnes en état de défense. Prévoyant enfin les mouvements de la cavalerie de l'armée de Silésie, l'Empereur recommandait encore au maréchal Marmont d'envoyer de la cavalerie à Arpajon, de mettre cette localité à l'abri des coups de main des Cosaques et de pousser son avant-garde et ses reconnaissances aussi loin que possible sur la roule de Paris *.
* Pahlen à Scliwanenberg, Petit-Bourg, 1«» avril, 3 heures après-midi. (K, K, Kriegi Archiv, IV, 1.)
• Major-gi'iiéral aux maréchaux Marmont et Mortier, Foutaincbleau, !«' avril, 0 heures du matin, (hegistres de Berthier, Archives de la gurrre.)
Mortier rendant compte au major-gcMiéral, lui annonçait qu'il avait pris position, sa droite au Plossis-Chenet, 8;i gauche à Mennery, sa cavalerie à Mennecy el Fontenay-le-Vicomte. Lo maiéchal avait en outre fait occui>er en avant de son front le village d'Onuoy, &itué dans la vallée de l'Essonne, au pied mùmo du plateau. Le parti détaché par le maréchal sur Arpajon n'était pas encore rentré au moment où il expédiait sa dépêche. (Mortier au majorgénéral, Le Pleâsis-Chenet, !«' avril ; Archives de la guerre.)
Afin d*ôlre plus complètement couvert sur sa ^^auche et dVXre mieux renseigné sur ce qui pouvait se produire du côté d*Arpajon, TEmpereur avait encore envoyé au général D(»france, appelé îi cet effet de Villeneuve-la-Guyard, Tordre d'aller avec sa division h Saint-Germain-sur-EcoUe et de s'éclairer sur La Ferté-Aleps et la route d'Arpajon *.
Ordres donnés à Hacdonald. ^ Houvements des corps de Ney, Hacdonald et Oudinot. — Le 31 mars au soir, en même temps (fu'il informait Macdonald de la capitulation de Paris, l'Empereur lui avait mandé de faire séjourner le !«' avril ses troupes et celles d'Oudinot sur les positions où elles auraient i couché. Il y a donc tout lieu de. penser qu'h ce moment l'Empereur n'avait pas encore pris de parti définitif et voulait, en arrêtant momentanément une partie de ses troupes, leur épargner des marches inutiles et éviter une perte de temps dans le cas où il aurait résolu de se diriger vers le Sud et de prendre position derrière la Loire.
Lorsque la dépêche du major-général * fut remise à Macdonald à 9 heures du matin, h Villeneuve-l'Archevôque, les corps étaient en marche depuis 4 heures du matin. Ils s'arrêtèrent par suite : le H« corps et le 5« de cavalerie h Villeneuve-l'Archevêque, le 7* corps et le 6« de cavalerie à Saint-Liébault \ Dans l'intervalle TEmpereur était revenu à l'idée de la marche sur Orléans. A 9 heures du matin il mandait à Ney de continuer vivement son mouvement sur Fontainebleau et annulait l'ordre précédemment donné à Macdonald \
Ce dernier ordre ne parvint plus au duc de Tarente dans la journée du 1«^ avril, puisqu'k 6 heures du soir, Timpossibilité de faire vivre ses troupes et l'apparition d'assez nombreux partis
i La division du général Défiance ne comptait pins, lors de son arrivée à Saint -Germain-sar-EcoUe, qne 430 combattants et 68 officiers. (Général Defrance au major-général, Saint-Germain-snr-Ecolle, i^' avril. (Ibid,),
s Major-général an maréi'hal Macdonald, Fontainebleau, 31 mars, (> henres soir. (Registres de Berthier, Archives de la gueiTe.)
* Macdonald au major-général, VUleneuve-rArchevéquo. 4*» avril, 9 heures dn matin. (Archives de la guerre.)
* Major-général à Ney, Macdonald, Oudinot. Fontainebleau, tf et H heures du matin, !•' avril. (Registres de Berthier, Archives de la guerre.)
de Cosaques sur ses lianes et sur ses derrières, décidèrent le maréchal h écrire au major-général et î\ l'informer « qu'il avait donné h ses troupes Tordre de partir au jour pour Sens où il comptait les concentrer » *.
Les coureurs de Teltenborn, en marche de Méry sur Sens, s*élaient montrés en force sur la droite d'Oudinot du côte de Prunay et de Faux-Yillecerf et avaient obligé le duc de Ueggio h les faire teiïir en respect par la division Jacquinot *.
Biron lève le siège de Verdun et vient s'établir à Bernecourt. — Sur les derrières des Alliés il ne s'était produit pendant la journée du !«' avril aucun incident, ni du côté de Langres, ni du côté deChanceaux. Mais le prince Biron de Courlande qui, après Taflaire du 27 mars aux Paroches, avait investi Verdun le lendemain, avait dû se décider h lever le siège de cette place îi la nouvelle de l'approche du général Durutte qui se |)ortait contre lui li la tète de 9,000 h 10,000 hommes tirés des garnisons de Metz, de Thionville et de Luxembourg. Biron avait appris au même moment que M. von Alopeus, gouverneur général de la Lorraine, avait dirigé sur Neufchùteau les troupes russes du général Jussefovitch, relevées sous Metz par les Hessois du général Millier que Durutte avait rejetés du côté de Luxembourg. Ne sachant pas, si des environs de Verdun le général Durutte tenterait un coup de main sur Nancy ou suivrait au contraire le chemin de Bar-le-Duc, Biron, après avoir fait filer un de ses régiments de Saint-Mi hiel sur Nancy, résolut de prendre position à Bernécourt, à moitié chemin entre Saint-Mihiel et Nancy. Ne se sentant pas assez fort pour tenir seul tète h Durutte, Biron avait rappelé h lui le général Jussefovitch.
* Macdonald au major-jréDéral, VilIencuve-rArchevôque, i** avril, 6 heures soir (Archiva de la guerre) et Oudinot à Macdouald, Saint-Liébault, i*' avril. (Ibid.)
Le duc de Tarente, écrivant à 6 heures du soir an général Priant, lui disait : « Je n'ai pas do nouvelles du quarlier-frénéral. Je ne sais ce que Ton veut faire. La prise de Paris nous a consternés. Quelles en seront les suites pour notre malheureuse patrie ? »
Le maréchal, avant même d'avoir reçu les ordres du major-général, avait du reste prescrit à ^lolitor de rasî^enibler le 11* corps, à 1 heure du matin, pour aller prendre position sur la route de Sens du côté de Foiss> . à (jérard do venir entre Lailly et SJoIinons.
Celui-ci, renonçant h son niouvenient sur Neufchîlleau molivé par les coups de main de plus en plus sérieux des paysans du côté de Chaunionl, vint le rejoindre h Bernécourt le 2 avril. Quelques jours plus tard Durutte, informé de la marche de l'Empereur sur Paris et craignant h son tour d'être coupé de Metz, rentrait dans cette place qu'investirent jusqu'à la fin de la campagne les troupes de Biron, de Jussefovitch et de Millier, et que ces trois généraux se disposaient h attaquer au moment où ils reçurent l'ordre de cesser immédiatement les hostilités.
Attaque de Compiègne par la brigade Krafft et le corps volant de Geismar. — De tous les corps des armées alliées opérant sur le principal théî\tre de guerre, le IIl« corps prussien (Bulow) fut le seul qui s'engagea pendant la journée du l*»" avril. Chargé d'essayer d'enlever Compiègne par un coup de main, le général von Kraflt avait résolu d'attaquer cette place par les portes d'Hulme et de Pierrefonds, pendant que le colonel von Geismar, renforcé par un bataillon de chasseurs prussiens, renouvellerait sur la rive droite de l'Oise ses tentatives de la veille. Geismar, placé ainsi à l'aile droite de la ligne d'investis* sèment en aval de Compiègne, commença par démolir h coups de canon les murs des jardins, pendant que les chasseurs prussiens tiraillaient avec les défenseurs de la ville et que quelques pelotons de sa cavalerie remplissaient les vides de la ligne. La composition môme du corps de Geismar ne se prêtait guère à un combat de ce genre et la matinée tout entière se passa sans que l'attaque eût fait de ce côté le moindre progrès.
Sur la rive gauche de l'Oise, le général von Kraflt, après avoir pris position en amont de Compiègne, avait prescrit dès le matin ù deux bataillons du régiment de Colberg de lâler la place par la roule de Soissons, de rejeter l'ennemi dans la ville, de reconnaître sa force et sa position et de couvrir le mouvement de la batterie russe qui marchait avec eux. Les trois autres bataillons de la 6e brigade envoyés plus à gauche étaient chargés de l'attaque sur la face Sud.
. Les deux bataillons du régiment de Colberg, repoussant sans peine les avant-postes français établis à environ 1,000 mètres de la place, pénétrèrent à leur suite dans le grand parc. La batterie russe prit position, dirigea ses feux contre le chAteau et ouvrit
uuo brèche dans le rempart. Une première sortie de la garnison bouscula les tirailleurs prussiens, que le général von Krafft fut obligé de faire renforcer et qui parvinrent ainsi h réoccuper leur* anciennes positions qu'une deuxième sortie ne tarda pas h leur faire reperdre. Jusqu'à 3 heures de Taprès-raidi le combat continua h rester indécis; malgré leur nombre, malgré le feu terrible de leur artillerie, les Prussiens n'avaient pas réussi à arracher un pouce de terrain h la garnison. A ce moment le général von Krafft, prévenu qu'on avait découvert un point faible par lequel il semblait possible de pénétrer dans la place, se décida à donner un assaut général. Deux compagnies de chasseurs et un détachement de fusiliers se portent vers le point désigné, pénètrent dans le petit parc, gravissent les rampes aboutissante la terrasse et s'approchent du chAteau. Fusillés par les défenseurs de ces terrasses, mitraillés par les pièces de la défense, les Prussiens reculent et se nîforment derrière la grille du petit parc. Repoussés lors d'une deuxième attaque, ils reculent jusque sur leurs premières |)Ositions.
L'attaque tentée par l'autre colonne prussienne n'avait pas eu plus de succès; elle avait réussi h pousser jusqu'aux portes, mais n'ayant rien pour tenter Tescalade et écrasée par les feux dv la l»lace, elle avait été contrainte îi se replier sur le faubourg.
Sur la rive droite, les chasseurs prussiens envoyés en soutien des partisans d(^ Geismar et flanqués par les hussards saxons avaient essayé d'enlever le pont et de pénétrer dans la ville. Arrivés h peu de distance de la porte, ils avaient été arrêtés par des volées de mitraille, puis repoussés par les défenseurs et obligés, eux aussi, à se retirer dans une grande maison et dans des jardins clos de murs où ils tinrent bon jusqu'il la lin du combat.
Renonçant définitivement h triompher de la résistance acharnée de la garnison, le général von Krafl't dut se résigner le soir même î\ ramener ses troupes h Lanjotte et îi rappeler le bataillon détaché au corps volant de Geismar. Le colonel russe resta pendant la nuit sur la montagne de Margny et, se séparant des Prussiens pour reprendre le cours de ses opérations interrompues par ce coup manqué, il retourna le 2 avril au matin h Cuvilly *.
1 Major Guillemin au ministre, Le Mans, SO avril {Arehivei de la guerre) ; Tagcljurli des Streifcorps unter Befehle des kaiserlichon russisi'hcn ()l)orâteii
BicQ que le siège eut été levé dès le i au matin les Prussiens envoyèrent le 3 un parlementaire prévenir le commandant de la capitulation de Paris. Le 4, Borstell, arrivé h Vic-sur-Aisne, fil partir pour Compiègne un nouveau parlementaire. Dans l'intervalle le major Guillemin, qui avait pris le commandement de la place après la mort du major Otenin, avait été renseigné sur les événements de Paris; manquant d'ailleurs de munitions il consentit î\ capituler et h signer le 5 avril une convention aux termes de laquelle sa petite garnison réduite à 1300 hommes, était autorisée h quitter la place avec ses armes et bagages, à rejoindre l'armée et à emmener son matériel.
Combat de Gondreville et de Crépy-en-Talois. — L'approche du général von Borstell, parti de Bavay le 29 mars pour venir par Pont-sur-Sambre, Avesnes et Laon, remplacer le III® corps prussien devant Soissons, avait permis h Billow de ne laisser momentanément devant cette place que la 4« brigade (von Thùmen) qui devait, après l'arrivée des troupes attendues do Flandre, suivre son mouvement sur Paris et former avec la 6« brigade (général-major von Krafft) son deuxième échelon.
Se conformant aux ordres venus du grand quartier-général le commandant du Ill« corps avait dirigé, le !«' avril au matin, le reste de son infanterie sur Villers-Cotterets et Nanteuil-le-Haudoin. Sa cavalerie sous les ordres du général-lieutenant von Oppen, après avoir chassé de Lévignen quelques piquets de cavalerie française, avait môme poussé derrière eux jusqu'à Crépyen-Valois. Mais cette petite ville était occupée par quelques compagnies d'infanterie et quatre escadrons de cavalerie. Rejetant cette avant-garde, les troupes françaises obligèrent la cavalerie prussienne h se replier sur Gondreville où elle tint bon jusqu'il l'arrivée de renforts, qui lui permirent, non seulement de forcer la cavalerie française à se replier sur Crépy, mais d'envoyer un escadron occuper Nanteuil-Ie-Haudoin et de fermer ainsi au petit détachement français la route de Dammartin. Le
von Geismar, wiihrend dem Feldzuge 1814 vom 13*«° Februar bis ilt»» April (II. A'. Kriegt Archiv., IV, 178); Major von Bagensky, Getehiehte det 9*«n Infanlerie Régiments, genannl Colbergtehes ; Schrbiber, Getehiehte det Infanterie Regivientt n^ 20 et Rapport du lieutenant-colonel von Reckow.
général von Oppen résolut en conséquence d'enlover ce détachement le 1«' avril et confia cette mission au colonel von Treskow. L'escadron d'avant-garde (un escadron du 2« dragons) poussa si rapidement en avant qu'il prit une avance de 6 kiloraMres sur le gros. A 2 kilomètres de Crépy cet escadi'on, après avoir surpris une grand'garde française, chargea deux escadrons et les poussa Kur Crépy. Entraîné par Tardeur de la poursuite, Tofficier qui commandait cette pointe ne s'aperçut pas de la présence d'un troisième escadron français qui, formé en bataille, avait laissé passer les Prussiens et tomba sur leurs derrières. Heureusement pour le commandant de l'escadron prussien, Tofficier qui (commandait son dernier peloton avait reconnu h temps le danger et, chargeant en queue l'escadron français, il l'obligea h faire demi-tour et i\ disparaître derrière Crépy où les dragons prussiens arrivèrent jusqu'à la place du Marché. Recueillis par leur infanterie les cavaliers français, qui avaient eu le temps de se reformer, rejetèrent en fin de compte l'avant-garde prussienne liors de Crépy. Bien que renforcée peu de temps après par un escadron de dragons de la Reine, celte avant-garde ne parvint à rentrer dans Crépy que lorsque la cavalerie française, menacée d'être tournée et coupée par quatre autres escadrons de dragons prussiens, se vit contrainte k se replier sur Sentis. Le colonel von Treskow la suivit vivement avec sa brigade, y arriva presque en même temps qu'elle, la chassa de Senlis et coupa ainsi la retraite aux quelques fantassins qui, restés h Crépy, furent ramassés par le gros de la cavalerie du général von Oppen*. L'infanterie de Bulowne dépassa pas ce jour-là Villers-Cotterets.
2 avriL — L*Empereur réorganise son armée. — Positions des différents corps. — Pendant que le Sénat, habitué si longtemps à obéir aveuglément à l'Empereur, se faisait l'exécuteur docile des volontés de Talleyrand, constituait un gouvernement provisoire composé des personnages choisis par le Vice-Électeur et confiait les différents ministères aux amis du prince de Bénévent, pendant que le Conseil général et le Conseil
* Itiltincistcr vos Bâhensprung. detehiehle det ivetlpreussUchen Kurattier Regimenls n« 5 von teiner Sliftung bis zur Gegenwart. (Ce régiment i)ortait eu 1814 le nom de 2« réirinient de dragons de la Prusse occidentale.)
miiaicipal, dovançaiit la résolulion du Sénat, so liAlaient do demander le r^^lablisscment de Louis XVIIl, les coIoik^Is Fabvier et Damrémont avaient rejoint Mamiont au moment où l'Empereur venait d'achever l'inspection de ses positions.
Les nouvelles qu'ils apportaient de Paris étaient peu rassurantes; la déclaration du tzar, dont Napoléon n'avait pas encore eu connaissance, suffisait d'ailleurs pour lui prouver qu'il lui fallait ou se résigner à disparaître, ou continuer la guerre. Aussi, rentré vers le soir seulement h Fontainebleau, il ne songea plus qu'à presser la marche de Ney, de Macdonald et d'Oudinot, qu'à procéder immédiatenjent h une réorganisation de son armée.
L'immobilité des Alliés depuis la capitulation de Paris, le faible etiectif des corps de cavalerie qu*ils avaient timidement poussés sur les routes de Fontainebleau et d'Orléans, la dispersion de leurs troupes, avaient laissé entrevoir h l'Empereur la possibilité de tenter une fois encore le sort des armes, de tirer parti de leur situation peu conforme aux grands principes de l'art de la guerre, en refoulant sur la capitale des forces h peine supérieures en nombre aux siennes, en faisant appel au patriotisme du peuple de Paris, en profitant du trouble causé par son approche pour rentrer dans sa capitale en vainqueur. Mais avant de recommencer les opérations, il était d'abord indispensable pour lui de procéder à la reconstitution immédiate de son armée. Aussi, dès le i^f avril au soir, il donna au major-général l'ordre de dissoudre les régiments provisoires dont les différents détachements devront rejoindre immédiatement leurs corps d'origine. Le parc fournira îi Marmont et à Mortier le nombre de pièces nécessaire pour que ces deux maréchaux disposent au moins de 60 bouches à feu.
Les restes de la division Boyer de Rébeval furent attribués au duc de Trévise dont le quartier-général était à Mennecy. On rattacha au corps de Marmont deux bataillons de vétérans de la garde et la division du général Souham qui, venant de Montereau, reçut l'ordre de partir de grand matin et d'arriver entre 9 et 10 heures à Fontainebleau pour continuer de là sur Essonnes.
Le général Friant, avec l'infanterie et l'artillerie de la vieille garde, devait aller s'établir au débouché de la forêt de Fontainebleau, à une lieue environ en arrière des positions assignées aux troupes de Ney.
La ('aval(»rii» dr la (çanln sons les ordres d(» Sébastian!, r<»nforcée par los (hHarlirineiils du généml Orimno et du gf'Miéral Guyot, (|ui iironait le roiuniandonKMit de la division Colbert, ainsi que la hrigadi* l^iré, devaient «juiller Fontainebleau aussitôt après avoir M passifs en r(>vue. La brigade du général Pire, qui allait prendre position h Montceaux» était mise à la disposition de Marnmnt. Uii^^iil ^ Sébastiani, dont lo ([uartier général était h Pringy, on lui proKcrivait de cantonner ses trois divisions, les dm\ prenii(''res h Auvernaux, ChampcueiL Nainville et Perthes, la Iroisiôun* h Saint-Sauveur-sur-Ecolle et à Pringy, de façon toutefois h pouvoir les porter sur TKssonne au premier signal. Le général DefrancïS n»joint par la cavalerie du général Vincent et rattaché au corps de Mannont» so portait dès le S au matin sur Foutenay-le-VicomIe pour éclairer TKssonne depuis La Ferté- Âleps et jeter des partis sur Ârpajon.
Les cuirassiers de Saint-Germain devaient presser leur marche de façon h ètrt» passés en ivvue dans la cour du Cheval-Blanc et it pouvoir aller, dans la journée du i, prendre position à Saint- (lermain et h Soisv-sur-Kcolle.
Kntin le major-général envoyait au général AUix Tordre de se porter sur St»ns, tle garder Pont-sur-Yonne et les passages de la rivièrt» et dW n^lever les troupes que Macdonald y laissait jusqu*it sou arrivée *.
Maître des ponts de Corbeil et do Molun, s'éclairant et se reliant sur sa gauche avec Orléans où il venait d'appeler sa famille et st's UMiiistivs, TEmpereur voulait dès le 4. aussitôt apr^s rentn'H^ en ligne des corps de Nev, de Macdonald, «l'Oudinol, do Molitor ot dv» Géranî. so jeter à la této de pK*s de TO.iUH) hommes contre» un advorsain* qui, pensant avoir atteint son but on outrant ;\ Paris, no se souciait guère do déboucher do la capitale, renonçait i\ Toifonsivo ot craignait do tout conipnnuottro dans uuo dornièn' bataille livriS? au sud de la capitale.
* CifrrvtpimJamet , n' 11519. Re^Utre^ «le IVrthier. et oiajor-g^aëral io\ ^êucrjkux iVtiJiiKV. Sv^rbier. N>uhaui. SiêbjsCiaut. Drouot. NLiaC-Gt*niuio. \Ui\. Jiu\ uijuv\.'hdu\ Maruiout eC Mortier. F'«>ucaiaebit.'i3. ± avril. I h«iinf^
HouvementB des armées alliées. — Ordres de Schwarsenberg. — Toul marchait en effol au gré dos souverains allif^s j le Sénat préparait l'acte officiel qui allait le lendemain prononcer la déchéance de rEmpereur. Pour éviter celte bataille qui pouvait tout remettre en question, pour assurer plus complètement encore son triomphe et accélérer la chute de son ancien maître, Talleyrand avait ourdi de nouvelles trames, imaginé de nouvelles machinations. Sans s'endormir sur les avantages acquis, il cherchait h tirer parti du découragement, de la lassitude des maréchaux, il travaillait à détacher de l'Empereur celui-Ui même de ses lieutenants qui couvrait avec ses troupes la concentration de l'armée impériale.
Le généralissime, auquel ces intrigues no pouvaient que convenir, se borna par conséquent h prendre quelques mesures de sûreté et h modifier quelque peu la position de certains de ses corps. Sachant par les rapports de Winzingerode, de Seslavin et de Kaïssaroff que l'armée française se rassemblait h Fontainebleau, Schwarzenberg résolut de concentrer ses forces sur la rive gauche de la Seine et de renforcer sa position entre Longjumeau et Juvisy.
Dès le moment où en raison môme des considérations politiques que nous avons indiquées plus haut, Schwarzenberg renonçait à profiler de son immense supériorité numérique, s'interdisait la continuation de l'offensive et cherchait uniquement h couvrir Paris contre les entreprises éventuelles de son adversaire, on ne saurait qu'approuver sans restriction la disposition du généralissime et le choix qu'il fit de la ligne Palaiseau — Longjumeau — Juvisy, couverte dans toute son étendue par les vallées de l'Yvette et de l'Orge. Le généralissime avait en outre prévu le cas où Napoléon forçant le passage de l'Yvette aurait chassé devant lui l'avanl-garde des Alliés. Une fois arrivé sur le plateau, l'Empereur trop faible pour attaquer simultanément les deux grosses niasses des Alliés aurait dû se décider à sejeter. soit contre sa droite (armée de Silésie), soit contre sa gauche (grande armée alliée). Quelle qu'eût été la résolution prise par l'Empereur, l'aile qu'il aurait attaquée avait ordre de livrer un combat purement défensif qui devait dans l'esprit du généralissime permettre à l'autre armée de se porter sur les flancs et les derrières des Français. On avait h cet elfet mis le parc de Morangis en
«'•IhI iIp ili'fiMiM' l'I rlinrf^<'' la noinbronso ravalme alli(';c de con- Iriirior. ili«linn'i'li»r ni do rMliMilirlosiiioiivenionls do TEniperour. hini?' lo ras où rKiiiporonr unrail oliorcho h déborder la droite do la |Mmilioii (Iph AlliÔH. oti avait ôtiidit^ un mouvement qui anrail a«»pnrô i\ l'arniôo do Sih'sio la possession des hauteurs p'iMontlanl don onviron?» do (lliovrouso juscju'îi Versailles. Au rtudrairo. ï»i on raisou du nomhrt! ol do la foroo des positions {\v^ Allii^f*. rHuïporour, rohont:anl h so porter sur Paris par la rivo ganolio do la Soiuo. dessinait un mouvement oftensif enti'e la Soino ol la Marno» on avait pris toutes les mesun\s nt^cessaires pour rt^^uivr les passages \\\^ la Seine et de la Marne au moyen de \\\\\\\^ do hatoauv jot<^ {> ChanMdon et Ton se croyait certain de p^^ViSlor rUmpertMir ol d\>ocupor avant lui les positions sur lesi^urllos les IrxMipos (Vancaisos avaient ess;iyi^ d'arrêter les Alliés pendant la jourmV du M mars.
\u\ tonnes do ivtto dis)H>s)tion ;irriMtV^ |>ar le généralissime ^lans la soû>V du V^ ^\r\U les 111^ et IV* corj^s' qui sVtaiont w,i^v<^> le \^ a\nl au soir à Oh^irtMitou ol doni les av;!inl-|>o>les ^v^vup^iieut MaliM^u^-\UV^rt et t^^réloiL ^ur^îenl dû i^^ssor la S^mdo ,\ r.h^Hïvy Ïe-U*M. I.a destn^otion de tv }H>nt U^ ohlijrea à revenir M^r îeut'v jvi^ et i^ detîler jv^r ran:*^, Rclardtv au jx>nt d*Au<xMiir \^T îe \!^ hnvî^nx linfaîHerie du IV* oi>n>s s'arrcMa el iMViNUi^^ua 1o i au ^î4^ir pW^ d'Alhis. 1^ cavalerie yH»u>sa >e> i^rafriNTiv insqu'3^ Rîn; 1^ brifrade Jen ^VîaUit enîTe Viir m
X.-^" TVSfriwîont tîe «-^l^assi^wrs >^-nrl^jfifîï*«^rw>is îinr Lc»ni> alla jusqn îj K'K*»nn'-M*'*r»'v<ris, q^'il ^jniwa le s^ir mintiv apr?s avoir (îi<^
1 *- TU' oArf»v >'îim'ta derriiTr )r IV* k ôrS i*X Vill(5Tï(^uvf^]f- |\r»; <»i Ir V' <v»rr»v. oui fivjiii tnivr^rs*' Vurh h- muùh mi'Htv.. viiji pr<»?»dr#' TVtsihmi ^ h droitr /Jii TTl'. îi KnTifrr> oî Tuniv.
V-ev ^«rdev eî n'serv^e> resii^roni ii Vuri> i*.l ^v cîhHrg«nînî d< l'iriv<'^lrs<«»nîoi»i de Vin**onnrs.
^:(' W enriis. nf»n> î.'Vfiir r/^mis ie •!**• nu mtiliii lu çurûv air^ hitrr'iT.'v di ParK :nî\ ^pnadi»»rs rirsses. > fUail. dtî> in poini*
du jour, servi du pont d'Auslerlilz pour jeter sur la rive gauche quatre de ses bataillons qui, destinés h servir de soutien h Tavant-garde de Pahlen, s'engagèrent sur la roule de Fontainebleau et rejoignirent la cavalerie h Juvisy. Le gros du corps, parti de Belleville, s'arrêta le soir en avant des positions du IV« corps et bivouaqua aux environs de Juvisy. Son avant-garde, sous les ordres de Pahlen, renforcée par la 3« division de cuirassiers de Duka et rejointe par les cosaques d'Ilowaïsky XII venant de la rive gauche de la .Marne, poussa jusqu'îi Fleury- Mérogis et Bondoufle. Ses avant-postes, établis sur une ligne allant de Villabé à Echarcon, se reliaient h gauche avec les avant-postes du IV'' corps, à droite avec ceux de rarinéc de Silésie.
Le généralissime avait transféré son (luartier général à Chevilly*.
Le général KaissarofT, venant avec ses cosaques de La Chapelle-Gauthier, avait envoyé dès la veille au soir son avant-garde jusqu'aux faubourgs de Melun et poussé avec son gros jusqu';\ Brie-Comte-Robert *.
* A 9 heures du soir, MarmoiU signalait au major- général rcxislencc d'uQ canrjp considérable sur les hauteurs de La Cour- de-France, (Archiva de la guerre). — Taxis, Ta^rebuch (A'. K. Kriegt Archiv., XUf, 32), et Rapport de Barclay de ToUy au prince Wolkonsky du 22 mars/3 avril (Journal det pièces reçuet, n® 624).
* KaïssarocT, en écrivant le 2 au matin, de Guignes au comte de Crenncville lui annonçait que les Français travaillaient à reconstruire le pont de MeluQ et terminait sa dépiVhe par ces mots . « En portant ces faits à la connais • sance de Votre Excellence, je vous supplie, mon général, do me dire la direction du corps que vous commandez, ainsi que la connaissance que vous pourrez avoir sur la position de notre armée et celle du grand quartier général. »» KaissarofT à Crenneville. Guignes, 2 avril. (Original en français, K, K, Kriegs Arcliiv., IV, 21.)
Quelques heures plus tard, arrivé à Brie -Comte-Robert, il adressait au généralissime le rapport suivant qu'il nous a paru utile de reproduire parce qu'il contient quelques données intéressantes et curieuses :
« L'ennemi a renoncé à continuer la reconstruction du pont de Melun et n'a jeté entre le? arches que quelques poutres et planches pour le passage de quelque infanterie.
« La cavalerie qui était de ce côté se retire sur l'autre bord de la rivière, H ne reste de ce côté que quelque infanterie. J'ai mon poste devant la ville.
« Le pont de Corheil est sauté. L'armée française se trouve toute sur l'autre bord de la Seine. Les habitants la supposent de 80,000 à iOO.OUO hommes avec 80 pièces de canon. Mon poste près de la ville a remarqué dans la nuit beaucoup de feux de bivouac de l'autre c6(é.
Ûuanl à Seslavin, venant de Nangis, il n'était arrivé qu'assez avant dans la soirée du 2, à Guignes*.
Blûdier, toujours malade et dans Tinipossibilité d'exercer le comniandement, avait aussitôt après l'entrée des Alliés h Paris demandé h Frédéric-Guillaume III Tautorisation de quitter l'armée de Silésie, h la tôte de laquelle les souverains placèrent Barclay de Tolly. Le 2 au matin, Gneisenau, rentrant dans la suite du roi de Prusse, résigna également st's fonctions que le général von Muffling exerça pendant les dernières journées.
Le 2 au matin, Tarmée de Silésie, formant Taile droite des armées alliées, quitta ses cantonnements au nord de Paris pour venir se former sur la rive gauche de la Seine, h hauteur de la grande armée de Schwarzenberg. Le I«' corps (York) et le II« cori)s prussiens, sous les ordres du prince Auguste de Prusse remplaçant le général von Kleist, retenu h Paris par le roi de Prusse,
t( Dans la matinée on a vu l'ouncuii défiler sur Paris en côtoyant les montagnes [sic) et la rivière. Napoléon a couché au château de Coudray.
« La partie de la ville de Corbeil se trouve occupée par deux ou trois bataillons avec quatre canons, et mes cos.iqnos tiraillent toute la journée. Je me suis porté à Brie-Comte-Rolicrt dans l'intention d'ohserver de plus prés Melun et Corbeil. ayant un parti à Villeneuve qui doit découvrir la route qui vient do Choisy et se dirige sur Charenton.
« Ayant tous ces points en vue, je garde tons Ici passages de la Seine et je vois tous les mouvoments de l'autre côté de la rivière.
« Etant dans une parfaite ignorance de la direction que prend notre armée, je me suis va obligé de suivre simplement celle de TEmperear et si mes mouyements se trouvaient n'avoir pas été conformes à ceux de la grande année, daignez. Votre Altesse, y porter votre indulgence et m*bonorer de vos ordres. Le général Seslavin se portera, je l'espère, de Nangis à Guignes. »
Général-major KaissarofT au prince de Schwarzenberg, Brie^imte-Robert, 2 avril. (Original en français, K, K, KrUgt Archiv,, IV, 4.)
* Rapport du général-major Seslavin au général-lieatenint Sabaneïeff, Guignes, 28 mars/i avril. (Journal det pièces reçMi, n^ 048.)
Le i avril, à 7 heures du soir, le général Maurin rendait compte au majorgénéral des événements de la journée et, signalant les mouvements de Kaïssaroff et de Seslavin, il lui faisait connaître qu'après le départ du duc do Vicence et do l'officier russe qui l'accompagnait, un parti de 50 cosaques avait tenté de pénétrer dans la ville par la route de Montereau et avait été chassé |Kir ses avant-postes. D'autres partis cosaques avaient paru sur plusieurs points et patrouillé en vue de Melun et il ajoutait : u Apri*s le passage de la voiture da duc de Vironce, on n'a conservé au pont qu'un passage pour l'infanterie et quelques chevaux. D'apn'^s le dire de deux cosaques faits prisonniers, Seslavin serait à deux lieues d'ici avec quatre régimf*nts de cavalerie, v
Général Maurin au major-général. Meluo, % avril, 7 heures da soir. {Arehires de la guerre.)
(létîl(Tenl par la barrière de l'Étoile el le ponl d'Iéna, s'engagèrent sur la route d'()rl(^ans et, passant par Bourg-la-Heine et La Croix-de-Berny, s'arrêtèrent le 2 au soir, le !«»• corps h Palaiseau, le II® î\ Chaniplan. L'avant-garde, sous les ordres de Katzler, s'c^tablit à Villejust et poussa ses avant-postes jusque vers Monthléry, tandis que Zieten occupait Orsay avec la cavalerie de réserve, couvrait la droite de l'armée do Silésie et s'éclairait par des patrouilles qui, envoyées sur Gometz-la-Ville et Janvry, se reliaient à gauche aux avant-postes de Katzler*.
Le corps de Langeron, après avoir passé la Seine au pont de la Révolution (pont de la Concorde), avait suivi le II« corps prussien et avait pris position îi sa gauche autour de Longjumeau.
Woronzoff (infanterie du corps Winzingerode) s'était servi du pont Royal pour traverser la Seine et vint s'établir un peu eu arrière du corps de Langeron à Chilly-Mazarin el Morangis. Le quartier-général de Barclay de Tilly s'installa à Massy.
Le corps de Sacken, placé sous les ordres du général-lieutenant Wassillchikoff et venant de Meaux où Ton n'avait laissé qu'un détachement peu important, arriva le 2 au soir h La Villette.
Bûlow, après avoir confié provisoirement le blocus de Soissons à la brigade Thumen qui devait y être relevée par la brigade Borstell venant de Belgique, avait, h la tête de sept bataillons, huit escadrons et trois batteries et demie du III® corps prussien, continué sa marche sur Paris et s'arrêtait le 2 au soir à Nanteuille-Haudoin.
Winzingerode se bornait ù suivre prudemment et d'assez loin la marche des corps en route pour rejoindre l'Empereur et n'était entré à Troyes que dans l'après-midi du l®' avril.
Macdonald, arrivé à Sens h 5 heures du soir sans avoir été autrement inquiété que par un hourrah insignifiant tenté par quelques centaines de Cosaques, se disposait à reprendre le 3, h 4 heures du jnatin, sa marche par Pont-sur- Yonne et Villeneuvela-Guyard.
< Lo maréchal Mortier signalait aa major-général dans sa dépêche du 3 aa matin, l'apparition des premiers conrcars alliés sur la roulo de MootUiéry û Arpajon où ces coureurs se seraient montrés dans l'aprés-midi du 2. 11 demandait qu'on fit couper ou garder le pont de La Ferté-Aleps, seul point où la cavalerie russe et prussienne pouvait passer l'Essonne. — Mortier au majorgénéral, Mcnnecy, 3 avril «lu matin. {Archiva de la guerre.)
1 1 (o iH'htl '\lll'i. (|Ml II iisiill |iiih riinm* rcrii Tonlir du majorl^riirhil tin hivi'iiii oiir hnim, iiviiil (|iiit(n Sci^iirlay 1(*:2 au matin, il •. rliiil iiiirir. In nMh îi Miilu^iiVi a|in'*s avoir nivoycMiu bataillon i\ { It'ilili ) ri un •iiihr l'i TiMiiirriT.
I iiliit iiial^^m U\ iihiuNoMii'iil ilo ri'!iii|ioiTur sur Paris ot la dis- |iiuilitiu \\\'\ lhiu)in) Ihmvahriqut h'rtaioni uiontiTos un moment du ut|(« dn riiauuMud ri do Lau^n^H. 1rs |m\sans n\(vaiont pas juidu \«>uiair\n ni In J t\\\\\, UaïK^vourl ô^M'ivait cnooiv i\ Duka |inui Ini d^(^ \|u uu\» ivnouuai^saui'o l'uvovoo do Lan^n*s à Fayl- \\\\U\\ a\<ol nio aii.Mlhn dans lo\ boix. ol uu\^ Lu/.v, à une lieue nu\tiou sw iiid dn i'Ii.unnout. dox bandes axaient attaqué uih' \iuiHM>\Jnn vl uiluuleueel un e.Nvadivn de cavalerie *.
4u4M<)«> Ui» V.'tmUiuÇ^ml A Pi^ttUiutbUau - >lais pendant «pn t bni)>('i\-i(i . Kuil eu \e préparant .\ la e\.ut(itiuali«>n de la l«iu«' M»^ uiu»n^ail |«a\ .'^ l e.Npi»ir d\»l»lemr eueoi\* utie Mention p,^ .iupi^\ |:(lU\ta:iJ veiliatt .^ INutv La tiaaie ipi'il axait vom**' î TKm!,'» uiw . ^\-U\- îiaîu^ Mxtx^v .'Uvvi^' par la erniule àe< Jangn!> j;i. :«.»:»\.ri 'aU' ^x'^iMT j v< !»\rv.»une e luaiiilieu de 'a i)- '4a »».^ îi;,Nti»».i . i\ i.t îj.xi'ili* ir •i\>uMiii'x xiibîllUe*^ à SMI J:»*!lt»- •î,\v , A \ i.i * .»vii» Hviiiii V tx vi|*i« uie*^ ilVu'^s K niaii-
^.* ».v i \ •..x\;;x ,.* u i '**u:»iuv*>vii» '^'i Ui tx.liî U' utj '».»»; Lue iliiv.,i» '...,». VA». V t \ i.iviM' \ • i II >;,•*' liic Knive'U •. itn:vr»* i..xix..xv V.. ;iv .V \v*.tK». c ^ \ • -cI'lv v^ur t^aii tîai!«.e'iNr^ i a^v». i V :i..si vx wiila»v »<.»>5s;[:*''v iv • tlv ••ur^'^ii'.'' •. l
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Le duc de Vicence ne s'illusionnait pas du reste sur la situation et, au moment où il se mettait le i au soir en route pour Fontainebleau, il savait que le Sénat, convoqué par Talleyrand, allait avoir h se prononcer sur une proposition d(» déchéance dont l'acceptation était certaine*. Quand le soir, à son arrivée h Fontainebleau, Caulaincourt répéta h TEmpereur les paroles d'Alexandre, Napoléon avait déjà deviné ce cjui s'était passé h Paris. S'altendant à la ven^^^Nince de Talleyrand il écouta, avec un calme mêlé d'une indignation qu'il ne parvint pas h contenir jusqu'au bout, les communications de son envoyé et, ne voulant pas prendre à l'improviste un parti aussi grave, il refusa de céder aux pressantes instances du duc de Vicence. Dès que le jour parût, sans vouloir s'expliquer, sans faire la moindre allusion aux communications qui venaient de lui être faites, il monta h cheval. Décidé ii tenter un dernier eflort pour reprendre Paris aux Alliés, il allait essayer de comnmniquer une fois encore h ses troupes TcMithousiasme que sa présence provoquait d'ordinaire, de réveiller la confiance en son génie plus nécessaire que jamais pour ranimer l'ardeur de soldats harassés de fatigue, leur arracher un dernier effort, obliger les maréchaux ;i secouer leur torpeur et prévenir les effets dissolvants des nouvelles alarmantes répandues dans les camps par les émissaires de Talleyrand.
3 avril. — Ordres de Schwarzenberg et de Barclay de ToUy. — Positions et mouvements des armées alliées. —
Aux quartiers généraux de Chevilly et de Massy, on croyait peu h l'imminence et h la possibilité d'un retour offensif de Napoléon. On s'attendait plutôt à un mouvement de l'armée impériale vers la Loire. Mais le tzar tenait avant tout h ne rien risquer; il avait atteint son but en entrant à Paris. Il désirait maintenant s'assurer la possession incontestée de la capitale et voulait être en mesure de parer à toute éventualité. Par son ordre, le gros de l'ancien corps de Sacken, commandé maintenant par Wassiltchikoff, se massa à Charenton, fournissant seulement des tra-
* Cette proposition, immédiatement mise aux voix, fut acceptée sans discussion et le décret motivé de déchéance, présenté par Lambrccht dans la séance da 3 avril, fut voté à Tunanimité. Le Corps législatif ratifia la décision du Sénat, mais refusa d'accepter ses considérants.
W«II. — IV. i^
vailleurs cl des gardes aux ponts de bateaux qu'on jetait îi Villeneuve-Sainl-Gcorges, Choisy-le-Roi et Conflans*. Les hussards du corps Sacken se caiitonnènint à L'Hay.
Le ^généralissime de son cote se désintéressait, en apparen<*e du nioins, de l'œuvre entreprise par Talleyrand. Il avait ou, il est vrai, la précaution et l'habilelé de ne laisser aucun espoir îi Caulaincourt. Metternich avait adopté la même taclicpie et, comme Scliwarzenberg, il avait eu le soin de fermer roreille h toutes les ouvertures du duc de Vicence.
Les ordres, que Schwarzemberg envoya de Clievilly le 3 avril au malin, permettent du reste de se rendre un compte exact de l'idée qu'il se faisait de la situation. Ne voulant rien compromettre et surtout décidé h ne rien entreprendre il se borne à indiquer îi ses lieutenants le rôle qu'en cas d'événements improbables, mais possibles, ils auront à jouer, les uns si l'empereur Napoléon reprend 1 offensive, les autres si Ton apprend que l'armée impériale se retire vers la Loire.
Dans cette disposition, envoyée de Chevilly le 3 avril au matin, Schwarzenberg se borne en effet à prescrire aux commandants des III'', IV« et \^ corps d(; tenir leurs troupes prèles h se porter au premier signal sur la ligne Champlan — Morangis — Juvisy^ Les m*-' et 1V« corps en première ligne, du chîlteau de Morangis à Champlan, le V^ corps en réserve sur la gauche de ces deux corps. Le prince royal de Wurtemberg, dont les troupes étaient depuis la veille à Juvisy, avait ordre de mettre le parc de Savignysur-Orge en état de défense, d'occuper les villages de Yiry et de Ris et d'établir ses avant-postes sur une ligne allant de Fleury- Mérogis à la Seine.
Le Vl« corps restant sur ses positions de la veille, occupait le parc de Morangis, faisait garder les passages de l'Yvette et envoyait sur les hauteurs d'Épinay-sur-Orge et de Yillemoisson quelques détachements, tirés de son avant-garde, (jui devaient s'éclairer en avant d'eux juscfue sur Montlhéry et se relier h gauche, du c(Mé de Fleury-Mérogis, avec les avant-postes du prince royal de Wurtemberg*.
* RapfK)rt de Ban-îay de Tolly au prince Wolkonsky. Mussy, 3 avril. {Journal tUs pièces reçues, ii<* 6âi.)
' Toli aa prince Wolkonsky, Chevilly, 3 arril 1814.
Kaïssarort» et Seslaviii dcvaioiil, ûo leur cùlé, redouMor de vigilance cl signaler de suite les moindres niouvemenls de l'armée françjaise.
Du reste, comme Toll l'écrivait encore au prince Wolkousky, Schwar/enberg était décidé h éviter tout en^ai^emerit pendant les journées des 3 et 4 avril. 11 comptait sur relîel (jue produirait sur Tesprit de l'armée française la proclamation du gouvernement provisoire qu'il avait trouvé 1(^ moyen de jeter et de répandre aux avant-postes établis sur les rives de l'Essonne.
A l'exception des grenadiei*s russes qui, sortant de Paris, vinrent s'établir à Rungis derrière le V® corps, la grande armée resta dans une immobilité presque absolue pendant toute la journée du 3.
En cas d'attaque Schwarzenberg comï)tait déployer l'armée de Silésie sur les hauteurs au nord de Longjumeau et Barclay de Tolly, commentant la disposition du généralissime, avait fait connaître îi ses lieutenants qu'il accepterait la lutte sur la rive gauche de l'Yvette. Croyant toutefois à la ï)Ossibilité d'un mouvement de retraite du gros de l'armée française vers la Loire, il avait prescrit h York de pousser l'avant-garde du général von Katzler jusqu'à Limours, avec ordre d'envoyer des partis de cavalerie en avant de lui à Kochefort sur la roule de Chartres, sur sa gauche à Angervilliers et Saint-Maurice et défaire occuper Fontenay-le-Vicomlc par un détachement chargé de se relier, du
* Le prince de Schwarzenberg au général -major Kaï^sarofT, ClieviUy, 3 avril 1814 (original en français) : « Je viens de ^ .cevoir les nouvelles importantes que vous aviez eu la bonté de me communiquer en date de La Cbapolle-Gautier le 1*' avril.
« Je vous remercie infiniment, M. le général, du zèle que vous mettez i)oar vous instruire de tous les mouvements de lennemi. Je voas prie de continuer avec la même exactitude à m'en faire part.
« 11 est de la dernière importance de connaître sur-le-champ toutes les manœuvres et tous les mouvements que l'ennemi puisse entreprendre.
« Je vous engage, Mon>ieur le général, dVmployer toute votre attention et de mettre en œuvre tous vos moyens pour vous informer des marches de l'ennemi à l'instant m<^me qu'il les entreprend.
« Comme il pourrait ou marcher en avant par Essonnes, ou, sous la protection d'un corps laissé à la rivière de TEssonne. tâcher d'un côté de gagner la roule d'Orléans pour se jeter sur notre flanc droit, ou de l'autre ct^té passer sur la rive droite de la Seine pour marcher sur Paris, il est nécessaire do diriger votre attention principale sur ces trois points. » (K. K, Kriegt Arehiv., IV, U.)
c<M(; d'Arpajoii, avoc la cavalerie du général Émanuel. Les renseigiiemenls fournis par cet officier général* semblent d'ailleurs avoir fait croire à Barclay de Tolly que l'Empereur n'avait laissé qu'un rideau de troupes sur l'Essonne et se disposait ci se diriger, avec le gros de ses forces sur Orléans*.
Le nouveau commandant en chef de Tarmée de Silésie avait du reste, pour celte raison, envoyé dès le matin à Bi'ilow l'ordre de faire occuper Versailles par une avant-garde forte de trois h à quatre bataillons et de 500 chevaux et de se porter avec le gros du III« corps, qui venait d'arriver à Paris, de Montmartre jusque vers Bourg-la-Rein(» et Antony, afin de pouvoir se diriger de lîi, selon les événements, soit sur Versailles, soit sur Longjumeau, soit sur Rungis.
Winzingerode avait, sans se presser, continué de Troyes sur Sens. Le général Tchernilchefï, le précédant avec ses cosaques, était arrivé le 3 avril dans l'après-midi et « se disposait à marcher le lendemain par Chéroy, h passer le Loing h Souppes et h agir sur le flanc gauche de Tennemi '. »
Plus au sud, Maurice Liechtenstein suivait avec sa division légère les mouvements d'AUix qui venait de recevoir à Maligny
1 Le général-major Emauael au général comte de LangeroD, 3 avril 1814 : (c Je conclus de la destraction des ponts de l'Essonne que Tcnnemi pourrait bien vouloir se porter sur Orléans par Malesherbes. » (K, K. Kriegx Archiv., IV, ad 30.)
< Le comte Barclay de Tolly au prince do Schwarzeuberg : Massy, 3 avril
« J'ai Thonncur d'envoyer i\ Votre Altesse un rapport adressé d'Arpajon par le général Emanuel au général comte de Langeron et annonçant son arrivée sur ce point d'où il a poussé des partis sur Etampes.
« Le général comte Pablcn est encore à Fleury; ses avant-postes à Vert-le- Graud sont reliés à ceux du général Emanuel.
u L'ennemi occupe encore fortement la rive gauche de l'Essonne, mais il a détruit tous les jiassages, ce qui montre qu'il n'a pas l'intention de prendre roffeusive de ce côté, mais il pourrait bien se porter sur Orléans et c'est ce que le général Emanuel va chercher à découvrir.
« Je n'ai encore aucune nouvelle du détarbement envoyé sur Chartres.
u Versailles est occupé par des troupes du corps York qui seront relevées aujourd'hui par une brigade du corps liulow. » (K, K. Kr legs Archiv. , IV, 30.)
' Le général-major Se^lavin au général-lieutenant comte Toll, Guignes, 5 avril. (Traduction textueUc envoyée par Toll à Radetzky, K. K, Kriegt Archiv,, \y, 68 a.)
Tordre du major-gént^ral lui enjoignant de venir à Sens et d'y relever les troupes laissées sur ce point par Oudinot*.
La retraite des troupes françaises n'avait pas abattu le courage des populations. Une des patrouilles que Liechtenstein avait envoyée d*Aisy-surArniançon à Tonnerre, y avait été reçue h coups de fusil et avait dû s'enfuir en toute liAte en laissant sur le terrain quelques hussards et chevau-légers*.
Du côté du Nord les Prussiens se bornaient h observer et h bloquer Soissons. Tout avait été tranquille devant Compi^gne. Les Prussiens n'avaient pas jugé ii propos de renouveler l'attaque infructueuse du i^^ avril. On préférait de toute ftiçon attendre Borstell qui, venant de Belgique et arrivé î\ Viosur-Aisnedans la soirée du 3, envoya le 4 avril un parlementaire annoncer au commandant de place la capitulation de Paris. Le major Guillemin, manquant de munitions, accepta, comme nous Tavons dit, une convention en vertu de laquelle la petite garnison, emmenant son matériel, rejoignait librement l'armée française.
Dernier? mouvements du corps volant de Geismar. —
Geismar, rentré h Guvilly le 2 avril au matin, avait recommencé ses opérations pour son compte et avait poussé jusqu'à Ponl-Sainte- Maxence. Retardé sur ce point par la rupture du pont de pierre, dont les Français avaient fait sauter une arche, il réussit néanmoins Il passer l'Oise dans la nuit du 3 au 4. Longeant le cours de la rivière le colonel russe arriva le 4 vers midi à Ghantillv où il s'empara du magasin d'habillement du régiment de lanciers polonais de la garde. Continuant le même jour jusqu'à Beaumont-sur-Oise il se hâtait de faire réparer le pont. Le 5 le corps volant entrait h Pontoise et, le môme jour, Geismar envoyait un de ses détachements occuper Meulan que les quelques troupes françaises, qui s'y trouvaient, évacuèrent à son approche. Le 6,
' Major-général au général Allix, 2 avril. (Registres de Berihier, Archives de la guerre,)
* Prince Maurice Liechtenstein au feidzeugmeistcr Duka, Aisy, 3 avril. {K. K. Kriegs Archiv,, IV, ad 325.)
Le feidzeugmeistcr Duka devait d aiUeurs dés le lendemain (V. K. K. Kriegs Archiv., IV, 325, Dijon, 4 avril), envoyer à Liechtenstein l'ordre a de châtier sévèrement les habitants de Tonnerre pour la part qu'ils ont prise à Tinsurrection »<
apr^s avoir laissé dos postes h Ponloise, puis h Poissy où il avait passé la S(*ino, il arrivait à Saint-Germain où ses partisans campaient dans le jardin du chAteau. Le 7 au matin, le corps volant était renforcé par deux bataillons d'infanlerie; mais ses opéralions étaient désormais terminées et, le 9 au matin, Geismar recevait l'ordre de commencer immédiatement sa retraite et de se diriger par Saint-Denis sur Luzarches '.
Si l'on résume en quelques lignes les opérations du corps volant, on verra que le colonel de Geismar avait, avec une poignée de cavaliers et loin de toute troupe de soutien, franchi de Leuze à Saint-Germain-en-Laye prés de 800 kilomètres et que dans le laps de temps compris entre le 14 février et le H avril il avait marché en réalité pendant vingt-cinq jours et livré neuf combats. Le corps volant avait parfois été en mouvement pendant six jours consécutifs sans pouvoir prendre de repos. Il avait parcouru fréquemment des dislances variant entre 50 et 68 kilomètres et exécuté de nombreuses marches de nuit par des temps horribles. Pendant les jours de halte le colonel avait constamnnnit fait pousser des reconnaissances juscpi'à plus de 20 kilomètres en avant du point où le gros de son corps s'était arrêté.
En somme le corps volant de Geismar s'était montré dans les neuf départements de la Lys, de l'Escaut, du Pas-de-Calais, du Nord, de la Somme, de l'Aisne, de l'Oise, de la Seine H de Seine-et-Oise. Sans avoir, la plupart du temps, de ponts h sa disposition, Geismar avait passé dans son raid l'Escaut, la Lys, la Somme, l'Aire, l'Oise et la Seine. Il avait réussi h se glisser entre les places fortes de Lille, Yprcs, Aire, Saint-Venant, Arras, Ami(Mis, Abbeville, Hesdin, Péronne, Ham, Saint-Quentin, La
*■ Tagebuch des Slreift^orps iinler Bcfolile dos kaiserliclien ruâsisclien Olicrstcn von Geismar >\'ahn'nd dom Feldzugc von 1814 von dom IS'*" Februar zijm li*«» April. {K. K. Krirgf Arehiv., IV, 178.)
De Luzarcbos, où il avait fait balte le 9 an soir, Geismar se rendit le 10 à Senliiï. Comme il avait reçu l'ordre de sunoiller l'Oise, il établit en consêséquence d.-s postes à lieaumonl, Creil, Pont-Sainte-Maxence et Verberie. Le 11 avril, Geismar, passant par Creil et Clermont, continua son mouvement sur Montdidier où il arrivait le 13, lit séjour le 14 et le 15 avril. Le 16 il était à Ham et le 17 à Saint-Quentin. Les liussards saxons furent dirigés de là sur la Meuse pour rejoindre le 3<^ corps fidéral (dur de Saxc-Weimari. Les rosiiques cantonnùrenl à Saint-Quentin jusqu'à ce qu'on leur envoyât Tordre de repasser le Rbiu.
F(>re et Compiôgno. En rase campajçiie il avait ou lo dossus contre les corps qui avaionl cssaytWle lui barror la roule: il avait fait (le nombreux prisonniers, renvoyé les conscrits dans huirs foyers, remis en liberté les prisonniers alliés et rendu des services signalés en enlevant et occupant Messines, Bailleul, Casscl, Hazebrouck, Saint-Pol, Doullens, Arras, lloye, Noyon, Chauny. Saint-Quentin, Clermont, Montdidier. Il avait échoué, il est vrai, dans ses attaques de vive force contre Cassel et Compi^gne; mais il avait étoulîé l'insurrection, empoché la levée en masse dans le nord de la France, pris 118 canons, une grande quantité d'armes, de munitions, de bagages, de voilures, d'effets d'équipement et une des caisses de Farmée.
Le raid exécuté par le colonel de Geismar montre donc une fois de plus combien un petit corps de cavalerie, bien conduit, bien composé, commandé par un chef énergique, prudent et habile peut, même au cœur d'un pays hostile, faire de mal ii l'ennemi. N'ayant aucun souci pour ses communications, apparaissant tantôt ici, tantôt Ifi, opérant bien au delîi de la sphère d'action de l'armée, répandant la terreur dans des régions qui croyaient n'avoir rien h craindre, contrariant l'organisation et la marche des réserves, détruisant les magasins d'armes et de vivres, levant des contributions, dispersant les rassemblements armés, de pareils corps volants exerceront toujours une action incalculable sur l'esprit des populations,
Houvements et positions des corps français. — Pendant que l'Empereur passait en revue, dans la cour du Cheval-Blanc, les divisions Priant et Hanrion arrivées depuis la veille ii Fontainebleau et ranimait par ses paroles l'ardeur de ses soldats sur lesquels sa présence produisit cette fois encore son eflet habituel, Berthier avait envoyé h Ney l'ordre de rapprocher dans l'aprèsmidi ses troupes d'Essonnes et de les y cantonner dans les villages; h Drouot, de faire prendre position le 3 au soir, entre Pringy et Tilly, aux divisions Friant et Hanrion et h l'artillerie de la garde. Le grand quartier général devait venir s'établir au chilteau de Tilly \
* Major-général à Ney cl à Droaot ; Fontainsblcau, 3 avril, 3 lieiires du matin. (Registres de Berthier, Archives de la guerre).
Les troupes de Ney se cantonnèrent à La Rochette, Dammarie, Ghailly-en-^
Macdonald avait accéléré sa marche autant que le lui permettait répuisement de ses hommes et de ses chevaux. Le 3 au soir les 2e et li« corps étaient ù Monlereau; le 5« corps de cavalerie à Noisy-le-Sec et La Ville-Saint-Jacques; Oudinot et le 6« corps de cavalerie étaient aux environs de Villeneuve-la-Guvard, moins la brigade Chassé laissée, moitié à Sens, moitié à Pont-sur- Yonne, en attendant l'arrivée du général Allix \ La marche s'était effectuée sans incident, sauf un hourrah tenté h Malav-le- Vicomte, h une demi-lieue de Sens, par les cosaques de Benkendorf * détachés du corps de Tchernitcheff qui avait pris plus au Sud vers Villeneuve -le-Roi.
En prescrivant h Macdonald, dans sa dépêche du 3 au malin, d'accélérer sa marche sur Fontainebleau, le major-général avait ajouté ces mots : « Il est possible que nous nous baillons. » Aussi, tout en annonçant de Cannes le 3 au soir, son arrivée îi Fontainebleau pour le lendemain, le maréchal croyait de son devoir de dire au major-général que « ses troupes ne seront pas en état de se battre. Hommes et chevaux sont exténués. Il ne sera guère possible d'utiliser les chevaux de l'artillerie. Nulle
Bière, Villers-en-Bière, Pringy, Montgermont, Perllies, Cély et Fleury-en-Biôrc. Ney avait en outre reçu Tordre de rassembler, lo 4 au matin, la division Lcfol, que TEmpereiir voulait passer en revue, à l'ouest do la route du château de Tilly, en avant du château des Bordes et de Moulignon. (Ney au major-gc^nùrnl, Fontainebleau, 3 avril, et ordres de Ney pour le 4 avril. Archives de la guerre.)
* Macdonald à Oudinot, Pont-sur- Yonne et au major-général, 4 avril. (Ibid.)
* Tandis que dans sa dépêche au major-général, le duc de Tarente affirme qu'on n'a perdu à Malay-le-Vicomle qu'une trentaine d'hommes ol que le général Lhéritier a vengé celte perte, Benkendorf prétend, au contraire, que l'afiTaire fut bien plus sérieuse. « A une demi-lieue de Sens, dit-il dans son livre Ih't CosciqueSt j'eus à traverser un village n'olTrant qu'un passage étroit et sur la gauche duquel on trouvait, à deux cents pas de la chaussée, un hameau occupé par une centaine d'hommes d'infanterie. Comme le terrain était inégal et coupé de vignes, je fis faire halle au régiment de SisoiVfT à l'entrée du village et je marchai avec le régiment de GirofT, rompu jiar six, contre la cavalerie française qui formait 4 escadrons placés on échelon depuis le hameau jusqu'à la porte de Sens, avec des intervalles d'environ vingt pas. L'escadron de tête nous reçut par une décharge générale do carabines et voyant l'assurance de ma troupe tourna bride. Les réserves avaient été maladroitement placées fort au loin. Les escadrons plièrent les uns après les autres devant les mouvements rapides du régiment de GirofT et se retirèrent en désordre dans la ville avec une perte de beaucoup de tués et de 1230 prisonniers dont 4 officiers. Si nous avions été plus nombreux ou ^i le régiment de SisoïefT avait été plus prés de nous, il est vraisemblable que rien n'aurait pu nous échapper. i>
part, on ne trouve de vivres. Les colonnes qui nous précédaient ont tout enlevé *. »
Négociations avec Harmont. — Les menées de Talleyrand et les négociations occulles entamées sur son ordre par M. de Montessuy devaient d'ailleurs, en portant le dernier couj) aux projets et aux espérances de l'Empereur, rendre inutiles les eftorls, les fatigues et les privations imposées aux corps de Macdonald, de Molitor, d'Oudinot et de Gérard. Sans scrupules quant au choix des moyens, décidé à tout mettre en œuvre pour assurer le triomphe immédiat et définitif de la cause qui servait si bien ses intérêts et ses rancunes, guidé par la profonde connaissance du caractère d'hommes que ses longs rapports avec eux lui avaient permis d'étudier pendant près de dix ans, le prince de Bénévent avait résolu d'achever avec l'aide de M. de Montessuy Tœuvre souterraine qu'il avait entreprise dès le soir de la bataille de Paris. La visite qu'il avait faite au duc de Raguse le 31 au soir, l'entretien particulier qu'il avait su se ménager avec le maréchal dans son hôtel de la rue Paradis-Poissonnière, avaient suffi pour lui montrer la voie qu'il devait suivre pour arriver à ses fins. Dès qu'il eut pu se convaincre par lui-môme du mécontentement mal dissimulé, de la vanité froissée et insatiable, de la faiblesse de caractère de Marmont, il n'avait plus eu qu'une pensée : trouver l'homme que son passé, son intelligence, sa situation personnelle, ses relations antérieures avec le maréchal, ses engagements avec les personnages qui avaient préparé la Restauration, mettaient îi nuMiie de remplir la mission délicate et confidentielle qu'il était urgent de lui confier. Le choix de Talleyrand s'arrêta sur un ancien aide-de-camp de Marmont, M. de Montessuy, qui, après avoir quitté l'armée, s'était lancé dans l'industrie et avait embrassé avec ardeur, pour nous servir des termes mômes employés par Marmont dans ses Mémoires, « les idées dont toutes les tètes étaient alors remplies h Paris ».
Montessuy n'avait pas besoin d'être accrédité auprès du maréchal. Aussi, quand il arriva i\ Essonnes, il apporta uniquement
* Major-général à Macdonald, Fontainebleau, 3 avril (Registres de Bcrlhier), et Macdonald au major-général, Cannes, 3 avril, 7 heures soir. (Archives de /a guerre.)
la copie de Tacte de déchéance et quelques lettres de Schwarzenberg, du général Dessoles et de Pasquier'. Talleyrand, toujours prudent et bien que presque certain d'en venir à ses fins avec le duc de Raguse dont il avait su démêler les faiblesses, avait eu le soin de confier i\ iMontessuy d'autres lettres destinées aux principaux lieutenants de TEmpereur, dont l'une, entre autres, écrite à Macdonald par son ancien ami le général Beurnonville et portant une suscription inexacte*, devait être ouverte et lue par Marmont avant d'être remise le lendemain 4 à son véritable destinataire lors de son arrivée à Fontainebleau. Les nouvelles verbales données par Montessuy h Marmont, ses exhortations, ses promesses, les flatteries qu'il prodigua îi l'orgueil et h la vanité du maréchal, l'influence personnelle qu'il avait su conserver sur Tesprit de son ancien chef, triomphèrent de ses dernières hésitations.
Quand Montessuy quitta Essonnes, le duc de Raguse était irrémissiblement compromis. Que l'envoyé de Talleyrand ait seulement emporté une promesse verbale, ou qu'il ait arraché au duc de Raguse son adhésion écrite h un projet de convention, comme le prétend Bogdanowitch qui cite h l'appui de son dire une lettre écrite par Montessuy h Schwar/enberg et datée de Petit- Bourg le 3 avril, il n'en est pas moins certain que le maréchal, au lieu de rester sourd aux propositions qui lui étaient faites, avait dès ce moment consenti h entamer des pourparlers avec le généralissime. Le 3 au soir, en efl*et, ou au plus tard dans la nuit du 3 au 4, Marmont faisait connaître à Schwarzenberg' les con-
1 MAnMoxT, Mémoires, tome VI, livre XX.
' Cette lettre était adressée & Monsieur le maréchal Macdonald, due de Raguse,
' En rdponsc aux commnDications verbales et ensuite h la lettre par laquelle le duc de Raguse s'engageait à quitter avec ses troupes Tarméo de l'empereur Napoléon dés que le générulissime aurait accepté et garanti par vt'rii les conditions posées par le maréchal. Schwarzenberg avait aussitôt fait rédiger et remettre à Marmont la convention suivante :
« Moi, Charles, prince de Schwarzenberg, maréchal et commandant en chef les armées alliées, garantis à toutes les troupes françaises qui, par suite du déiTCt du Sénat du l^*" avril, quitteront les drapeaux de Napoléon Bonaparte, qu'elles pourront se retirer librement en Normandie sous le commandi*ment de leurs ciiefs respectifs, avec armes, bagages et munitions, comme troupes amies des puissances alliées avec los mêmes égards et honneurs militaires que les troupes alliées se doivent réciproquement.
« Que si, par suite de c« moavement, les événements de la gocrro faisaient
(litions qu'il réclamait pour abandonner son poste, découvrir la lifjnede l'Essonne et livrer aux Alliés la route de Fontainebleau. Le maréchal, il est vrai, a prétendu depuis lors dans ses Mémoires (T. YI, Liv. xx. Correspondance) que la garantie, faite par le généralissime, a été antidatée pour mettre à l'abri les officiers et les soldats du 6® corps, mais il a, nialheureusement pour lui, oublié le démenti formel qu'infligent h ses assertions les ordres de Schwarzenberg et de Barclay de Tolly pour la journée du 4 avril.
4 avril. — Ordres de Schwarzenberg et de Barclay de Tolly. — L'ordre donné par le généralissime h la grande armée alliée commence en effet par ces mots : « Le corps ennemi du maréchal Marmont, passant par Juvisy, marchera par la grande roule jusqu'il Fresnes-les-Rungis où il fera la soupe avant de reprendre son mouvement dans la direction qui lui sera indiquée par le gouvernement provisoire.
« Dès la tombée de la nuit, les III«, IV®, V« et VI« corps de la grande armée alliée devront, par suite, se tenir prêts à parer à toute éventualité. Il en sera de même de l'armée de Silésie.
« Deux régiments de cavalerie du V« corps escorteront jusqu'à Fresnes le corps français que deux régiments de la cavalerie russe de réserve accompagneront h partir de ce point jusqu'à Versailles. Tant pour ce motif qu'en raison de l'état des esprits à Versailles, cette ville devra être fortement occupée par les troupes alliées. »
Les instructions données par Barclay de Tolly à l'armée de Silésie sont encore plus formelles et plus catégoriques : « Le maréchal français Marmont, s'étant engagé à passer (le notre côté ce soir avec son corps fort de 10,000 hommes, se portera par Fresnes sur Versailles. Il pourrait se faire que Napoléon, mis au courant des projets du maréchal Marmont, voulût en profiter pour tenter une attaque de nuit contre notre aile gauche. Il importo
tomber entre les mains des paissances alliées la personne do Napoléon Bonaparte, sa vie et sa liberté lui seront garanties dans un espace de terrain et dans un pays circonscrit au choix des puissances alliées et du gouvernement français. »
te A mon quartier général, à Ckevilly, le 4 avril 1814. »
donc que les commandanls de corps tiennent leurs troupes prêles à marcher jusqu'à ce qu'on leur ait fait savoir d'une manière positive que le corps français a réussi <i exécuter son mouvement sans encombre et a traversé nos lignes. »
Barclay avait en conséquence déterminé les positions que ses corps auraient à occuper si l'Empereur se décidait fi exécuter le coup de main que le général russe semblait redouter.
Woronzofl, envoyé îi Morangis, aurait servi de réserve h Raïefïsky, établi sur le plateau de Juvisy. Le gros de ce corps devait être disposé de façon à pouvoir éventuellement appuyer les mouvements de Langeron. Cet officier général, dont le corps était destiné à garnir les hauteurs de Longjumeau, devait y attendre Tordre ou de se porter h gauche en soutien de Woronzoff et de Raïeflsky, ou de prendre l'offensive en débordant et en tournant la position de Fleury-Mérogis.
Dans le cas où Tannée française aurait dessiné un mouvement sur Ris et Juvisy, Tavant-garde de Langeron, sous les ordres de Wassillchikoft, était chargée d'agir avec sa cavalerie contre le flanc gauche des colonnes françaises, tandis que l'infanterie de cette avant-garde, postée sur la rive gauche de TOrge, assurerait les communications avec le gros du corps. Quant aux deux corps prussiens d'York et de Kleist, ils devaient, dès qu'on entendrait le canon, recevoir Tordre, soit de laisser Longjumeau à droite et de venir soutenir Taile gauche, soit de déboucher par La Yille-du- Bois et Fleury-Mérogis sur le flanc gauche et les derrières des corps français. Les dispositions de Barclay prévoyaient en outre le cas où, en môme temps qu'il dirigerait une attaque sérieuse contre la gauche des Alliés, l'Empereur dessinerait une démonstration contre les avant-gardes de Langeron et d'York et celui dans lequel il se jetterait au contraire sur Tannée de Silésie. Enfin Barclay avait poussé la prudence jusqu'à indiquer à ses commandants de corps la conduite qu'ils auraient à tenir en supposant que l'Empereur réussît à percer dans la direction de Versailles, jusqu'à fixer la place môme où il se tiendrait lui-môme, si Tune de ces différentes hypothèses venait à se réaliser.
Ordres de Napoléon. — Pendant que ces graves événements se préparaient à Essonnes, loin de soupçonner que celui de ses Maréchaux, dont il se croyait le plus sûr parce qu'il n'avait cessé
de le combler de faveurs et de bienfaits et de l'honorer d'une amitié toute particuli^re, négociait avec le généralissime des armées alliées et le gouvernement provisoire, l'Empereur n'attendait plus, pour reprendre ses opérations, que l'entrée en ligne des troupes de Macdonald et d'Oudinot. H savait h ce moment que leur tête de colonne arriverait dans la matinée du 4 à Fontainebleau et que la queue formée par le 7^^ corps y serait le 5 au plus tard. Désormais en mesure d'agir avec des forces d'un eftectif respectable, l'Empereur était décidé à amener par les armes la solution qu'on avait refusée aux efforts et à la diplomatie de Caulaincourt.
Les ordres envoyés par le major-général dans la matinée du 4 avril ne laissent aucun doute à ce sujet.
Le 2« corps (général Gérard) devait être établi le 4 au soir entre Pringy et Boissise; le 11« corps (Molitor), de Chailly-en- Biére à Villers-en-Bière; le 7* corps (Oudinot), ii Fontainebleau; les o« et 6° corps de cavalerie le long de l'Ecolle, depuis Saint- Germain jusqu'»\ Boissise*.
Ces premières instructions subirent d'ailleurs dans la matinée du 4 quelques légères modifications. Sébastiani reçut Tordre d'envoyer à Fontainebleau la division Lefebvre-Desnoëttes. Le général Defrance devait aller à La Ferté-Alais, pousser des partis surEtampes et Maleslierbes et faire ensuite occuper cette dernière ville par une de ses brigades. Oudinot, au lieu d'envoyer de l'infanterie à Nemours, devait laisser à Moret 500 chevaux et 2 canons chargés d'assurer la garde du pont et placer le gros du 7« corps près de Fontainebleau sur la route de ^emours. On prévenait en même temps le duc de Reggio que Trelliard, au lieu d'aller sur l'Ecolle, se porterait avec le G" corps de cavalerie sur la roule de Fontainebleau h Nemours vers Bourron et occuperait Nemours; que le 11« corps resterait sur ses positions de Chailly et de Villers, enfin que le 2« corps, tout en s'établissant en avant de Fontainebleau sur la roule de Corbeil, enverrait une de ses divisions à Ury et Chapelle-la-Reine sur la route de Fontainebleau à Malesherbes *.
1 Major-géocral à Macdonald, Fontainebleau, 4 avril. (Registres de Berthicr; Archives de la guerre.)
' Major-général au général Sébastiani, au général Defrance, au maréchal
L'Empereur remet à Caulaincourt, Ney et Hacdonald son abdication en faveur du roi de Rome. — Comme la veille, l'Empereur avait tenu à passer en revue les troupes qui venaient d'arriver à Fontainebleau et qui allaient en repartir pour se rapprocher de Marmonl et de Mortier en position sur TEssonne. Comme la veille, sa présence et ses paroles avaient réveillé Tenthousiasme et Tardeur des officiers et des soldats, leur avaient fait oublier les privations endurées, les fatigues supportées pendant ces marches forcées *. Satisfait de l'accueil qu il avait reçu et de l'esprit des troupes, TEmpereur venait de se retirer dans son cabinet pour donner ses dernières instructions au major-général et au duc de Vicence, lorsqu'il fut suivi par les maréchaux Ney, Lcfebvre, Oudinot et Macdonald.
Il ne saurait rentrer dans le cadre de ce travail d'insister sur la nature de cette conférence, sur l'attitude triste ou menaçante, embarrassée ou comminatoire des Maréchaux dont le découragement et la lassitude contrastaient avec la confiance et l'ardeur dos officiers et des soldats. Sans rechercher ce qu'a été en réalité la longue et i)énible scène qui eut lieu dans le cabinet de Napoléon, il suffit de constater que, douloureusement impressionné par la manifestation de sentiments qu'il ne s'attendait pas à trouver chez ses vieux compagnons d'armes, malgré toutes les remarques qu'il avait pu faire pendant les dernières campagnes, l'Empereur, après avoir congédié les Maréchaux, rédigea de sa main l'acte par lequel il se sacrifiait et se « déclarait prêt k descendre
Oadinot, Fontainebleau, 4 avril (Registres do Berlhicr; Archivei de la guerre); Correspcndancef n^ 21554, et Belliard aa major-général (Correspondance de Belliard; Archives de la guerre.)
belliard avait été cbargé de déterminer les emplacements des 5" et 6*^ corps de cavalerie qui ne devaient pas se mêler avec la garde. Des rapports qu'il adn>ssa lu 4 au major-général, il résulte que les gardes dlionneur allaient à Fonteuay-le-Vicomte et Ballancourt, le général Roussel à Mennecy, Rordesoulle à Ëssonnes, Pire à MonlceauK, Saint-Germain ù Saint-Gennain-sur-EcoUe; que le 5^ corps de cavalerie (Milhaud) allait à liréau, Orgenoy et Saint-Sauveur- 8ur-EcoUc, le 6« corps de cavalerie ù Tertlies, Cély et Fleury.
*■ Dans Tordre que le maréchal Ney avait donné à Lefol, le 4 au matin, il disait à ce général : u Si l'Fluipereur n'est pas arrivé a midi pour la revue, vous établirez votre quartier général avec le mien à Ponthiéry, votre 1'" brigade à Ponthiéry, Auvernaux, Âloulignou, Les Bordes et Boissise-le-Roi ; la S^^ à Monlgerniont, Prinsy, Vauve, Bréau et Saint-Sauyeur-sur-Ecolle. (Ney, Ordres à Lefol, 4 avril ; Arehives de la guerre,)
du trône, à quitter la France pour le l)ien de la patrie, inséparable des droits de son fils, de ceux de la régence de Tlmpératrice et du maintien des lois de l'Empire. »
Quelques heures plus lard, Caulaincourt, Ney et Macdonald recevaient, avec les dernières instructions de Napoléon, Tordre de porter cet acte à Paris, de passer par Essonnes et de le communiquer h Marmont que l'Empereur, toujours indulgent pour son ancien aide de camp, laissait maître de les accompagner ou de voir s'il ne serait pas plus utile en restant fi la tête de son corps d'armée*.
Mouvements de la cavalerie alliée iBt des corps détachés. — En raison môme de la situation morale et matérielle des deux adversaires, la journée du 4 avril, la dernière à proprement parler de la campagne, ne pouvait présenter et ne présenta en effet qu'un intérêt presque nul au point de vue des oi)érations militaires.
Quelque grande et naturelle que fût son impatience, malgré tout son désir de tenter un coup désespéré, indispensable pour essayer de sortir d'une position tellement critique que rien ne pouvait plus ni l'aggraver ni la compromettre, Napoléon avait encore besoin de 24 heures au moins pour disposer de la totalité de ses faibles ressources. De leur côté, les Alliés ne se souciaient nullement de brusquer les événements et de remettre au sort des armes, aux hasards d'une bataille, une solution qu'ils étaient de plus en plus certains d'obtenir sans risques, sans dangers, par des moyens moins glorieux, mais plus sûrs. Tout se borna donc, du côté des Alliés, îi quelques reconnaissances de cavalerie et à quelques mouvements des corps détachés.
A l'extrême droite des Alliés, un parti de uhlans de Brandebourg et du 2« régiment de hussards du corps poussa une pointe vers Chartres et ramassa un certain nombre de traînards et d'isolés*.
Tchernitcheff, laissant h Winzingerode et à Tettenborn le soin d'enlever Sens et de s'opposer au général Allix, avait passé le
* Faix, Manuscrit de 1814.
> GuRETZKY-CoRNiTZ, Hislorique du 1*' régiment de uhlans du Brandebourg, «• 3.
Loing près de Souppcs et était arrivé vers midi h Maieshorbes sans avoir rien rencontré en roule et sans qu'on ait eu vent de son approche. Un convoi d'artillerie escorlé par 600 à 700 hommes venait de sortir de cette ville et de s'engager sur la route d'Orléans. Chargeant et culbutant avec les cosaques de SchiroiT, de Sisoïeff et de Wlassoff III, l'escorte qui n'eut même pas le temps de former le carré, Tchernilchefl s'empara de 22 bouches à feu. L'interrogatoire des prisonniers lui ayant appris qu'un autre convoi d'artillerie avait filé sur la route de Pilhiviers, le général russe poussa jusqu'à cette ville qu'il enleva encore le soir même, sans avoir pu toutefois parvenir à rejoindre le convoi.
Comme Talerte était donnée et comme il se trouvait par trop en l'air, Tchernitcheff évacua Pithivicrs dans la nuit et se dirigea sur Étampes*.
Winzingerode se rapprochait de Sens dont les cosaques de Teltenborn occupèrent les faubourgs*. Après avoir vainement tenté de pénétrer de vive force dans la ville, ils s'étaient contentés d'y jeter qnehiues obus dans l'espoir d'intimider la population et d'obliger la garnison h capituler.
Sur la rive droite de la Seine, Seslavin, posté à Guignes avec son gros, observait par des détachements le cours du fleuve entre Melun et Montereau et le cours de l'Yonne depuis celle ville jusque vers Pont-sur-Yonne. Il occupait le faubourg de Montereau, mais n'avait osé rien tenter contre la ville même « qui, disait-il, renferme encore assez d'infanterie et de cavalerie ennemies». Il terminait sa dépèche en ces termes : « Les troubles parmi les paysans n'ont pas encore cessé. Dans plusieurs villages on voit des cadavres cosaques et les petits partis sont presque toujours arrêtés et massacrés* ».
* Rapport de Tcliernilcheff à l'empereur de Russie, Pitliiviers, 23 mars- 4 avril (Journal det pièces reçues, n<> 663); Toll au feld-maréclial lieutenant comte Radelzky, Paris, 6 avril (A'. K, Kriegs Arehiv,, IV, 68).
Le général Rigau, détaché par le général Treliiard avec sa brigade et arrivé à Nemours dans la joui née du 4. faisait, de son côté, savoir à son général, le 4, à dix heures du soir, qu'une colonne de cavalerie russe forte de 2,000 rhevaux était le 3 à Souppes, qu'elle avait pillé. Cette colonne avait passé, le 4, à 7 heures du malin, le Loing à gué et s'était dirigée sur Poiseaux. {Archives de la guerre.) •
« Toll à Radetïky, Paris, 6 avril. (K. K, Kriegs Ârchiv., IV. 68.)
> Général-major Seslavin au général-lieutenant Sabancïeff, Gnignes, 23 mars-
Affaire de Helun. — KaïssarofT, donl les avant-poslos étaient depuis la veille en vue de Melun, avait attaqué la ville et en avait débusqué, après un engagement de peu de durée, les gardes nationales et les quelques cavaliers du général Cbanez. Ainsi qu'il récrivait au généralissime h H heures du soir, il avait réussi h occuper entièrement la ville et h casser le dernier pont qui joint à la rive gauche File qu'il défendait avec son artillerie et ses tirailleurs* ». Tenant à donner un peu d'importance h une opération qui n'avait guère présenté de difficultés, Kaïssaroft évaluait « h 1500 hommes d'infanterie postés dans la ville et fi 1300 chevaux établis sur la rive gauche de la Seine, les troupes françaises qu'il avait, disait-il, chassées à coups de grenades sur la route de Fontainebleau ». Mais, si on laisse de côté cette exagération voulue et qu'il croyait nécessaire pour faire valoir les services rendus par ses Cosaques, Kaïssaroft qu'on n'avait pas jugé h propos de mettre au courant des négociations entamées et des agissements du gouvernement provisoire, appréciait très nettement et très logiquement sa situation militaire. Dans la première de ses deux dépèches, dans celle qu'il avait adressée à Toll, il lui disait : <c Je ne suis pas certain que l'ennemi ne tente pas demain de reprendre la ville. Je ferai de mon côté tout pour défendre le pont, mais il faudrait y envoyer de l'infanterie ' ». Revenant encore sur ce sujet dans le rapport qu'il envoyait à 11 heures du soir à Schwarzenberg, il lui écrivait : « Ce pont étant le seul où Bonaparte peut faire une tentative sur Paris par la rive droite, il est probable qu'il ne sera pas abandonné par lui et, en tout cas, je construis dans la nuit une flèche sur le côté droit de la ville qui ne permettra pas de long-
4 avril (Journal des pièces reçues, n<^ 648), et ^néral-major Seslavin au générallieatenant comte de Toll. Guignes, 5 avril (Traductiou en français envoyée par Toll à Radetzky et mentionnée dans la dépêche du 6 avril ; K. K. Kriegs Arehiv., IV, 68 a).
* KaïssarofT au prince de Schwarzenberg, àlelan, 4 avril, ii heures soir. (Original en français; A'. K. Kriegs Àrchiv., IV, 4i.)
Le général russe avait déjà, quelques heures plus tôt, annoncé au généralissime, par l'intermédiaire de Toll (dépêche originale en français. Ibid., IV. 08 6.), c( qu'il avait occupé Melun par assaut, abattu le pont et planté ses canons sur la moitié du grand pont. »
* Ka'issaroff au général-lieutenant comte de Toll, Melun, 4 avril. (Ori{;inal en français ; K. K, Kriegs Arehiv» , IV, 68 6.)
Well.^tV. i8
lemps la reconstruclion du pont. La position de ce bord est si l)i'lle qu'il est h regreller de n'avoir pas d'infanterie ici * ».
11 est d'ailleurs juste de reconnaître que Kaïssarolï, posté seul sur la rive droite de la Seine, informé par le piquet qu'il Icnait près de Corbeil de l'existence d'un gros rassemblement de troupes françaises de toutes armes sur les hauteurs d'Essonnes, avait de bonnes raisons pour insister sur l'importance de Melun et pour réclamer l'envoi immédiat de quelque infanterie. Les craintes de Kaissaroft étaient d'autant plus justifiées qu'on s'était préoccupé au quartier général français de ce qui se passait du côté de Melun et qu'à 7 heures du soir, le majorgénéral envoyait ii Molilor l'ordre de faire partir, un quart d'heui*e après la réception de sa dépèche, deux bataillons et six canons qui devaient se rendre en toute diligence à Melun où, disait-il, on tiraille depuis 6 heures du soir. « Si la garde nationale qui défendait le pont s'est retirée, ajoutait encore le majorgénéral *, vous ferez réallaquer et vous établirez une vive canonnade pour empêcher l'ennemi de travailler au pont pendant la nuit. Le général Maurin avec sa cavalerie est près de Melun. Que l'infanterie et rarlillerie marchent au pas accéléré. »
Le major-général avait en même temps avisé Maurin des ordres qu'il donnait à Molitor, posté à Chailly, et insisté sur l'importance que l'Empereur attachait h la possession de Melun '.
Départ des Maréchaux et de Canlaincourt pour Paris. — Défection du 6® corps. — Pendant qu'on échangeait ainsi h Melun les derniers coups de fusil de la campagne, Canlaincourt, Ney et Macdonald avaient quitté Fontainebleau, passé par Ponthiéry un peu après 4 heures* et s'étaient arrêtés verso heures
1 Kaïssaroiï au prince de Schwarzenberg, Melun, 4 avril, 11 heures soir. (Original en français; K. K, Kriegt Arehiv., IV, 41.)
s Major-général an g«^néral Molitor, 4 avril, 7 hcoreA soir. (Registres do Berthier; Archive» de la guerre.)
* Major-général au général Maurin, 4 avril. (Id. in ibid.)
4 BelUard, écrivant à Sébastiani à 5 heuret du toir, lui disait : « Je n'ai encore reçu aucun ordre, ni aucune nouvelle. Je viens d'être informé que les ducs de Viccnce et de Tarente sont passés il y a une dfmi-heure à Ponthiéry. se rendant à Paris. 11 y a apparence qu*ils sont en négociations. » (Arehivet de la guerre.)
— ilo —
à Essonnes afin de mellre Marniont au couranl des événements et de lui faire connaître les intentions de l'Empereur. Bien que le due de Raguse eût employé toute la journée h |)re5senlir et il préparer successivement ses généraux, h Texception toutefois du général Lucotte, les nouvelles que lui apportaient les commissaires, Toflre de celte abdication, conditionnelle il est vrai, mais (pii contrecarrait ses projets, la confiance même que lui témoignait l'Empereur en le laissant libre ou de se joindre aux <:ommissaires ou de rester à la tête de son corps d'armée, le plongèrent au premier moment dans une profonde perplexité. Mais le temps pressait. Il fallait prendre un parti. Et comme les trois commissaires, tout dévoués h l'Empereur, espéraient encore servir la cause de leur souverain en s'adjoignant le maréchal, le duc de Raguse, heureux de pouvoir, en s'éloignant de ses troupes, se dérober fi l'exécution matérielle des engagements criminels <|u*il regrettait d'avoir pris, pensant peut-être qu'il avait assez fait en reuKittant le commandement au général Souham et en lui prescrivant de n'entreprendre aucun mouvement jusqu'à son retour, se joignit à Caulaincourt, Ney et Macdonald. Il ne songea même pas à faire demander à Fontainebleau et h attendre h Essonnes les pouvoirs préparés pour lui et qui seuls pouvaient l'accréditer auprès des souverains. A 6 heures, les commissaires de l'Empereur, accompagnés par Marmont, quittaient Essonnes et se rendaient au quartier général de Schwarzenberg pour y prendre les sauf-conduits nécessaires. Avant de partir de son quartier général, Marmont avait néanmoins eu le temps de commettre une nouvelle faute. Il avait annoncé à ses lieutenants l'abdication conditionnelle de Napoléon et les avait chargés de la porter par la voie de l'ordre ù la connaissance des soldats qu'il voulait, avant de s'éloigner, achever de détacher de l'Empereur.
Quelques heures plus tard, l'arrivée de l'ordre enjoignant aux maréchaux et aux principaux généraux d'avoir à se rendre à 10 heures du soir au palais de Fontainebleau * et leur prescrivant de prendre les mesures nécessaires pour être de retour à leur poste avant le jour, enfin l'apparition de Gourgaud, chargé par l'Empereur d'amener à Fontainebleau le duc de Raguse ou
Correspondance, 11° 21553, et Registres de Berlhier {Archives de la guirre).
Tofficier général qui le remplaçait, précipitaient la catastrophe que Marmont se flattait d'avoir conjurée par les instructions laissées à Souham lors de son départ pour Paris. Un peu avant minuit, les troupes du 6® corps, ne sachant pas où on les menait, croyant simplement qu'elles allaient occuper de nouvelles positions, se mettaient en route, à l'exception de la division Lucotle qu'on s'était gardé d'informer de ce mouvement, et transversaient l'Essonne. Trompés par des chefs qui, exclusivement préoccupés d'une situation personnelle qu'ils croyaient menacée, songeaient uniquement h mettre leurs personnes h l'abri de tout danger, induits en erreur par les précautions mêmes prises lors de la levée du camp, par les dispositions adoptées pour l'exécution de la marche, les soldats du 6« corps n'avaient pu remarquer, au milieu des ténèbres, que les lignes des Alliés s'étaient ouvertes pour leur livrer passage. Quand le jour parut, le mal était irréparable. Encadrés et escortés par la cavalerie alliée, les régiments du 6» corps durent continuer, bon gré, mal gré, leur route de Fresnes jusqu'à Versailles. Ni la fureur et les clameurs des soldats, ni la rage des officiers désespérés d'avoir forfait malgré eux h l'honneur militaire et violé leur serment, ni les tentatives faites pour sortir de Versailles et pour essayer de gagner Rambouillet n'y pouvaient plus rien changer. L'intervention personnelle de Marmont triompha des derniers scrupules de ses soldats ; ses paroles donnèrent une fois encore le change à ses officiers, et le 6« corps calmé, mais morne et triste, prit dans la journée du 5 le chemin de Mantes.
En raison môme du caractère de ce travail, nous ne voulons, ni insister sur les pourparlers qui précédèrent la défection d'Essonnes, sur les causes qui l'ont motivée ou précipitée, ni nous appesantir sur l'influence que le départ du 6« corps exerça sur l'issue des négociations confiées h Caulaincourt, Ney et Macdonald, sur la chute de l'Empereur, sur le sort môme de la France.
Mais, tout en nous gardant bien de vouloir juger les actes du duc de Raguse, il nous est impossible de ne pas remarquer que, quand un homme éprouve si fort le besoin de se défendre et d'expliquer sa conduite, il est, la plupart du temps, bien près de s'accuser lui-môme et de faire l'aveu de sa propre culpabilité. Marmont, du reste, n'a pas eu d'accusateur plus sévère que luimôme> et les phrases suivantes, que nous extrayons des ilfmoû'é'^
du maréchal (T. VI, livre XX, page 256), renferment, non pas la justification qu*il prétend fournir, mais la condamnation même qu'il a inconsciemment tracée de sa main, le jugement que, malgré lui, il a porté sur sa propre conduite : « II est facile h un homme d'honneur de remplir son devoir quand il est tout tracé; mais qu'il est cruel de vivre dans des temps où Ton peut et où Ton doit se demander : où est le devoir? Et ces temps, je les ai vus; ce sont ceux de mon époque ! Trois fois dans ma vie j'ai été mis en présence de cette difficulté! Heureux ceux qui vivent sous Tempire d'un gouvernement régulier ou qui, placés dans une situation obscure, ont échappé h cette cruelle épreuve! Qu'ils s'abstiennent de blâmer : ils ne peuvent être juges d'un état de choses inconnu pour eux ! d
Que pourrait-on ajouter h ces tristes paroles, plus tristes et plus navrantes encore dans la bouche d'un soldat ! Un de nos plus grands écrivains, M. Cuvillier-Fleupy, s'est d'ailleurs chargé de faire justice des prétentions inconcevables du maréchal : «Marmont, dit M. Cuvillier-Fleury, en appréciant les Mémoires du duc de Raguse qui, pour lui, ne sont pas seulement le monument, mais le triomphe de l'orgueil, Marmont est un glorieux exclusif et intolérant. L'orgueil est sa foi et son culte. C'est un amoureux de lui-même, c'est un idolâtre briseur d'images. »
Le jugement si juste et si sévère porté par M. Cuvillier-Fleury, est en effet la seule excuse qu'on puisse faire valoir en faveur du maréchal. Si l'Empereur lui-même, toujours indulgent pour son ancien aide de camp, a pardonné à l'homme qui a causé sa chute et a poussé l'indulgence jusqu'à dire de lui h Sainte- Hélène : « Ses sentiments valent mieux que sa conduite, son cœur vaut mieux que ne vaudra sa mémoire », l'histoire et l'opinion publique ne pourront jamais l'absoudre.
Loin de vouloir nous arrêter plus longtemps sur la lamentable défection d'Essonnes, loin de chercher à établir la part de responsabilité qui incombe h ceux qui ont eu le tort impardonnable de prêter l'oreille aux propositions du maréchal, de respecter et d'exécuter ses engagements, nous n'ajouterons plus qu'un seul mot. Il nous semble que le souvenir et que l'exemple de Dumouriez auraient dû suffire pour arrêter Marmont, pour l'empêcher de trahir son souverain et son pays, de forfaire h l'honneur militaire. Mais, comme l'a dit Montesquieu, il y a des exemples qui
sont pires que des crimes! Et, malheureusement pour la France, le duc de Raguso devait trouver des imitateurs qui. soit en abandonnant leurs troupes à la veille d'une bataille décisive, soil en subordonnant les intérêts de l(?ur armée h des combinaisons politiques, ont, comme lui, manqué à leur devoir de soldat et, comme lui, consommé la perle du pays qu'ils avaient juré de défendre !
On ignorait encore îi Fontainebleau les événements d'Essonnes alors qu'ils étaient déjà connus à Paris. L'annonce du mouvement du 6^ corps avait fait échouer les généreux efforts de Macdonald, modifié définitivement la politique et les intentions des Alliés, coupé court aux dernières hésitations de l'empereur Alexandre, jusque-là encore indécis. La cause de Tempire était définitivement perdue. Il ne pouvait plus être question de faire accepter une abdication conditionnelle en faveur du roi de Rome, et la restauration des Bourbons était désormais inévitable et imminente.
5 avril. — Ordres de Schwarzenberg. — Bien qu'il n'eût jamais douté de la réussite des négociations conduites par M. de Montessuy, bien qu'il se crût en droit de compter sur l'exécution formelle de la convention passée entre Marmont et lui, le prince de Schwarzenberg, redoutant néanmoins un de ces coups hardis et désespérés auxjiuels il fallait s'attendre avec l'Empereur, avait insisté à nouveau, le 4 avril à 9 heures et demie du soir, sur les instructions qu'il avait données le matin. Dans sa disposition pour la journée du 5, il revenait une fois de plus sur la nécessité d'occuper et de tenir le plateau couvert par l'Yvette et par l'Orge et renouvelait à l'armée de Silésie l'ordre de s'assurer la roule d'Orléans. d(î prendre l'offensive si Napoléon dessinait une attaque contre le plateau de Juvisy, Savigny, et Morangis, et dans ce cas, de venir menacer la gauche et les derrières de l'armée française. La grande armée alliée avait ordre de manœuvrer de la même fa(;on dans le cas où les Français prendraient pour objectif les positions de l'armée de Silésie.
Premières mesures prises par l'Empereur dans la nuit du 4 au 5 avril. — Toutes ces recommandations étaient d'ailleurs superflues. La marche, inattendue pour lui, des événements avait obligé l'Empereur à modifier ses résolutions. Bien qu'il n'eut
jamais cru au succès des négociations dont il avait chargé ses plénipotentiaires, il avait d'autant plus facilement consenti h cette dernière tentative de conciliation que, comme nous Pavons dit, il avait besoin de cette journée du 5 pour avoir tout son monde sous la main, pour passer en revue le corps d*Oudinot et réveiller son enthousiasme. En prévision d'un refus probable, d'une nouvelle rupture des négociations, il voulait être prêt à tenter même l'impossible. Mais les mauvaises nouvelles se succédaient avec une rapidité effrayante. Il venait îi peine de recevoir une lettre du général Lucotte annonçant la mise à l'ordre du 6« corps de son abdication et d'entendre le récit deGourgaud do retour de sa mission à Essonnes, lorsque quelques officiers qui avaient réussi îi s'échapper de la colonne de Souham, à sa sortie d'Essonnes, apportèrent l'avis officiel de la défection du 6® corps. Le doute n'était plus possible et l'Empereur donna immédiatement a Belliard l'ordre de « prendre avec lui les escadrons qu'il trouvera sous sa main et d'aller garnir les positions découvertes par le départ des troupes de Marmont, jusqu'il l'arrivée de Mortier, qui devait venir reprendre les avant-postes et occuper la ligne de l'Essonne*. En même temps il prescrivait au général Lefol (du corps de Ney) de se porter sur Soisy-sur-Ecolle, afin de barrer le chemin à l'infanterie et h la cavalerie alliée, dont on avait signalé le passage à La Ferté-Alais et qui pouvait se diriger sur ce point*.
Ck)mme Schwarzenberg, l'Empereur recommandait d'être sur le qui-vive. « Il est possible, disait-il, que l'ennemi atlaque. » Puis, dominant sou émotion, maîtrisant les sentiments qui Toppressaienl, après avoir adressé h son armée l'ordre du jour' dans lequel il exposait éloquemment à ses compagnons d'armes les graves événements d'Essonnes et de Paris, il passa une dernière fois en revue les troupes du 7« corps qui, arrivées le matin h Fontainebleau, Taccueillirent avec le même enthousiasme qu'aux jours de sa plus grande puissance, qu'au lendemain de ses plus brillantes victoires.
1 Major-général à Mortier, 5 avril, 3 heares du matin. (Registres de Berthier; Archives de la gue^-re.)
* Major-général au général Lefol, 5 avril, 3 heures du matin. (Ibid,)
• Correspondance f n° 215^7.
Mais, dès ce moment, Napoléon avait pris son parti. Ne pouvant marcher sur Paris h la tôte d'une armée aussi faible, il s'était décidé k se diriger vers la Loire. Ne voulant toutefois prendre une résolution définitive qu'après le retour des plénipotentiaires ou rarrivée d'un courrier annonçant le rejet de ses propositions, il se borna, dans le courant do Taprès-midi, h faire revenir sa garde de Tilly ù Fontainebleau.
Position des troupes alliées de première ligne. — Si, du côté des Français, tout s'était réduit aux rectifications de position indiquées par les ordres de l'Empereur, les troupes alliées n'avaient guère fait plus de mouvements. Elles s'étaient cependant quelque peu rapprochées des positions françaises. Wassillchikoff avait prescrit au général Emanuel de dépasser La Ferté- Alais, de faire traverser l'Essonne à une partie de sa cavalerie et de pousser des reconnaissances dans la direction de Fontainebleau. La ligne des avant-postes prussiens s'étendait encore d'Arpajon îi Limours, mais leurs pointes et leurs partis battaient le pays en avant et se répandaient sur toute la région comprise entre Étampes, Dourdan, Rambouillet et Montfort-rAmaury.
Le prince royal de Wurtemberg, qui avait fait relever h Melun les cosaques de Kaïssaroff par deux bataillons et une demi-batterie du III« corps, avait rapproché l'avant-garde du IV» corps de l'Essonne où elle vint donner contre les avant-postes de Mortier. Mais, au lieu de s'engager, le prince Adam de Wurtemberg et le général Lucotte convinrent de suspendre les hostilités et de ne les reprendre qu'après avis préalable.
Pahlen avait passé une convention analogue avec le commandant des avant-postes français établis devant ses cavaliers.
AUix, qui avait refusé et les proclamations envoyées par Tettenborn et l'entrevue que le général russe lui avait fait demander, avait chassé les cosaques des faubourgs de Sens et continuait k occuper Auxerre, Joigny, Villeneuve-le-Roi, Sens et Pont-sur- Yonne*.
Winzingerode et Tettenborn n'occupèrent Sens que lorsque le général Allix eut reçu l'ordre d'évacuer la ligne de l'Yonne.
* Général AUix au ministre de la guerre. Sens, 5 avril, 4 heures soir. (Archives de la guerre.)
L'Empereur donne le 5 avril au soir Tordre de se replier vers la Loire. — Pendant ce temps TEmpereur faisait établir les ordres de mouvement pour la journée du 6. La garde devait partir le 6 à 6 heures du malin, les autres corps à des heures correspondantes, pour se porter sur Pithiviers par Malesherbes. Le corps de Mortier était chargé de former l'arrrière- garde. Le mouvement, s'il eût été exécuté, était réglé de façon que Fontainebleau restilt occupé pendant la journée du 6 et que la télé d'avant-garde atteignît le jour môme Pithiviers *.
Mais tous les ordres relatifs à ce mouvement furent repris sans que la correspondance du major-général donne cependant le motif de cette révocation.
Retour des plénipotentiaires à Fontainebleau. — Dans la soirée du 5 avril les plénipolenliaires étaient de retour à Fontainebleau; mais Ney et Macdonald s'étaient arrêtés en route pour signer à Chail!y, avec le jrinc'e de Schwarzenberg, un armistice de 48 heures pendant lequel les troupes françaises et alliées devaient rester inmiobiles sur leurs positions. Caulainoourt les avait précédés à Fontainebleau. Réellement dévoué h son souverain, il s'était chargé de rendre compte h l'Empereur du rejet des propositions qu'avec l'aide de Ney et de Macdonald il avait eu l'espoir de faire accepter au tzar et auxquelles Alexandre lui-même semblait assez disposé à acquiescer, lorsque la défection du 6® corps était venue fournir au gouvernement provisoire et h Talleyrand un argument sans réplique qui décida du sort de la France et permit à l'intrigue d'arriver, avec l'aide de la trahison, à une solution que l'empereur de Russie n'avait jamais désirée, à la restauration d'une dynastie que le tzar ne croyait pas capable de gouverner la France nouvelle.
Il serait oiseux et superflu de chercher à remonter jusqu'aux facteui's moraux, jusqu'aux considérations politiques qui, après le retour des trois plénipotentiaires et surtout après la suprême entrevue qu'il eut avec ses Maréchaux, dans la matinée du
* Ordres de monveroeot puur le 6 avril; major-général à Trelliard, Pire, Saint-Germain, .Milhaud, Defrance, Gérard» Lefol, Maorin, Oudinot et Mortier, 5 avril. Il heures suir (Registres de Dcrthier; Archives de la gurrre), etCorrapondance, n* 2155C.
6 avril, décidèrent l'Empereur h renoncer à Texécution du mouvement vers la Loire. Nous nous bornerons donc à enregistrer sommairement les principaux événements qui marquèrent les derniers jours du séjour de THnipereur à Fontainebleau, les manifestations qui caractérisèrent les étapes de son voyage, les incidents qui permettent de se rendre un compte exact de l'esprit des populations.
6 avril 1814. — Armistice de 48 heures. — Proclamation de Louis XVIIL — L'Empereur consent à abdiquer. — Lr
6 avril, après avoir vainement fait appel h Tamitié, au dévouement de ceux qu'il avait comblés d'honneur et gorgés de richesses, cédant à la lassitude, au découragement des Maréchaux *, Napoléon consentit au dernier sacrifice. Dès la veille au soir le maréchal Ney avait d'ailleurs prévu cette solution et écrit à Talleyrand : « L'Empereur parait se résigner et consentir à l'abdication entière et sans restriction. C'est demain matin, je l'espère, qu'il m'en remettra lui-même l'acte formel et authentique. » Et en effet, au moment où Ney confirmait de vivo voix la nouvelle de l'abdication, au moment où le Sénat proclamait Louis XVIII, on informait l'armée française que le duc de Vicence, le prince de La Moskowa et le duc de Tarente avaient signé un armistice de 48 heures pendant lequel chacun devait rester sur ses positions *.
Dernières sorties de la garnison de Soissons. — Dernières opérations des paysans dans l'Est. — A partir de ce moment le vide se fit autour de l'Empereur. Mais si les grands digni-
i « Napoléon m*a dit il y a quelques jours, écrivait de l'île d'Elbe, le 27 mai 1814, le colonel Campbell, commissaire du gouvernement britannique duns rite, qu'il regrettait de n'avoir pas laissé s^s maréchaux sans emploi dans la dernière campagne: car ils étaient fatigués de la guerre. 11 regrettait de n'avoir pas pris de plus jeunes cbefs en les tirant des autres généraux et des colonels. Il dit que ce fut une des causes d<> sa ruine. »
« 6 avril 1894. {Archivei de la fjuerre,)
Cet armistice ne fut notifié par Derthier aux commandants de corps, à AUix, Augercau, Soult et Sucbet que le 9 avril au matin. Le major-g<^néral leur donnait en même temps communication de la fixation de la ligne de démarcation arrêtée le 8 avril, à Paris, entre Schwarzenberg et les trois commissîiires. (Archives de la guerre: Registres de Berthier et de BeltiarJ.)
laires, ses Maréchaux, ses anciens frères d'armes le quillèrenl les uns après les autres, si ceux mêmes qui restèrent aupW's de lui envoyèrent successivement leur adhésion au nouvel état de choses, les officiers, les soldats et les populations nnrent moins d'empressement à accepter la cocarde blanche, h abandonner le drapeau tricolore, à déposer les armes.
Le 6 avril, un détachement fort de 600 hommes, 150 chevaux et 2 canons sortit de Soissons, se porta sur Crouy, rejeta les avant-postes prussiens et se maintint dans le village jusqu'à la tombée de la nuit*. Quatre jours plus tard, le 10 avril, la garnison de Soissons enlevait, du côté de Billy-sur-Aisne, un convoi destiné aux troupes assiégeantes, et ramenait les cavaliers qui lui servaient d'escorte.
A Fontainebleau comme à Paris, à Versailles comme h Blois,. à Orléans comme à Tours, en Bretagne comme en Normandie, ou s'entêtait à crier « Vive l'Empereur » et h fouler aux pieds la cocarde blanche.
A Soissons, par une singulière ironie du sort, on chantait h^ jour de Pî\ques, le dimanche 10 avril, au moment où la chute de l'Empereur était déjà consommée, le dernier Domine sairum far ffnperatot'etn qui retentit en 1814 sous les voûtes d'une cathédrale française.
Dans l'Est, on n'était guère disposé h désarmer, bien que les Alliés n'eussent pas manqué de répandre dans les villages la nouvelle de la prise de Paris et de la déchéance de l'Empereur. C'eïit ainsi que le 6 avril, le feldzeugmeister Duka écrivait de Dijon au général-major comte de Raigecourt, en le blAmant de n'avoir pas fait fusiller les paysans pris les armes à la main, la veille et les jours précédents *. Le même jour, le commandant d'un escadron envoyé à Vignory avait voulu faire manger ses chevaux à peu de distance de ce village quand il remarqua un groupe de 50 hommes armés. Le capitaine d'Aillimont ' qui commandait cet escadron, fit mettre pied à terre à une partie de son
1 VoM ScHMiDT, Oberstlicotenant, Dos 3 Pommertche Infanterie Régiment n* 14, von teiner Grûndung bit zum Jahre 1888; Fledry, Histoire de Vinration df 1814 dans les départements du nord-est de la France.
* Feldzeagmcister Duka au général comte de Raigecourt, Dijon, 6 avril. A'. K. Kriegt Arehiv., IV, 344.)
' Rapport du capitaine d'AilUmont, 6 août. {Ibid., IV, 370 d.)
monde cl battre les bois. Dans son rapport il annonçait qu'il y avait de tous côtés des bandes armées d'un effectif assez considérable, et qu'il avait fait fusiller un soldat et deux paysans pris les armes à la main.
Le lendemain, 7 avril, à 4 heures du soir, le major Cinicelly *, informé de la disparition d'un officier et d'un certain nombre d'hommes de son bataillon, qu'aussitôt après réception du rapport du capitaine d'Aillimont il avait fait partir pour Yignory avec ordre de le renseigner sur ce qui s'y était passé la veille, y envoyait une forte patrouille de cavalerie qui lui rapportait ce curieux billet du maire de Yignory * : « Le maire de Yignory certifie que des lanciers de Schwarzenberg se sont présentés aujourd'hui, à 10 heures du matin, à la mairie, à la recherche d'un détachement d'infanterie qui y a logé hier depuis il heures jusqu'il 4 heures, et qui, en retournant à Chaumont, a été attaqué et enlevé h trois quarts de lieue, suivant les rapports faits ici. »
L'agitation n'était d'ailleurs pas près de se calmer, et plus d'un mois après la signature du liaité de Fontainebleau, le général de Beckers, écrivant de Colniar, le 15 mai, au général Frimont', lui annonçait qu'il avait prescrit au général comte de Pappenheim d'avoir à retirer les détachements d'exécution postés dans les communes de Saales et de Rothau [h peu de distiince de Saint- Diéj. Mais il ajoutait qu'il venait « de faire attaquer dans les Yosges des bandes de paysans armés, conduits par un nommé Bertrand, ancien officier de la garde; que le major Yisconti avait dispersé ces bandes et pris 38 de ces brigands. »
Cependant tout était irrévocablement fini depuis le 6 avril, depuis le moment où, découragé par tant de défections, l'Empereur avait signé son abdication pure et simple. Le 8 au soir, on avait arrêté à Paris la ligne de démarcation entre les armées.
Celte ligne suivait depuis la mer la ligne qui sépare les départements de la Somme, de l'Oise, de Seine-el-Oise, de l'Yonne, de la Côte-d'Or, de Sîiône-et-Loire et du Rhône, de ceux de la
i Major Cinicelly au pénéral-major comte de Raigecourt, Ctiaumont* 7 avril iSl4. 4 heures du soir. [K. K. Kriegs Archiv., IV, 370 c.)
* Certificat établi par le maire de Yignory, Vignory, 7 avril 1814. (Ibid., IV, 370 6.)
'■* General Bcckerian général Frimont. Colmar, 15 mai 1814. (Ibid., V, 105.)
Seine-Inférieure, de TEure, de l'Eurc-el-Loir, du Loiret, de la Nièvre, de l'Allier et de la Loire pour longer, h partir de Ih, la limite du département de Tlsère jusqu'au Mont-Cenis. En Seineet-Marne, les Alliés allaient occuper la rive droite et les Français la rive gauche du fleuve*.
Le 11, pendant que Metlernich et les plénipotentiaires français signaient le traité de Fontainebleau, les dernières troupes françaises évacuaient le département de Seine-et-Oise et la garde impériale elle-même partait pour Cbâteaudun, à l'exception des 1500 hommes destinés à l'escorte de Napoléon'.
Plus encore qu'Alexandre, Talleyrand avait atteint son but. Les Bourbons remplaçaient l'Empereur. La déchéance de l'Empereur s'étendait h son fils. La vengeance et la haine du prince viceélecteur avaient triomphé de tout. On bannissait de France l'homme qui avait tant fait pour sa gloire. On laissait à celui devant lequel le monde avait tremblé si longtemps, à celui qui avait traversé le Niémen à la tôte d'un demi-million d'hommes la souveraineté dérisoire de Tlle d'Elbe et le commandement de 400 grenadiers. Napoléon payait chèrement la faute d'avoir appelé ou toléré auprès de lui des gens indignes de sa confiance.
Le triomphe de Talleyrand, les illusions, que les souverains alliés avaient pu concevoir au moment où ils restauraient la monarchie légitime, ne devaient être qu'éphémères.
L'épopée impériale n'était pas finie, et, malgré les discours pompeux, les démonstrations bruyantes, mais creuses, des partisans des Bourbons, la population tout entière, si l'on en excepta les habitants de quelques localités du Midi, allait pendant le long voyage de l'Empereur accourir pour voir encore une fois, pour saluer de ses acclamations enthousiastes le César tombé.
« On s'efforça vainement, écrit h ce propos le général-lieu le-
* Registres de Berthier, 9 avril (Archives de la guerre) ; Ordres do prinœ de Schwarzeoberg, cantonnements, dispositions pour le iO avril (K, K. Kriegs Arehiv., IV, 86), et Barclay de Tollyà Schwarzenberg, Paris, 11 avril (i6id.. IV, 88).
* Ce fut dans la nnit du 12 an 13 avril que Napoléon, dans un accès de désespoir cansé par le lâche abandon de tous ceux qu*il avait comblés de richesses et d'honneurs, essaya de s'empoisonner.
iianl comte von Bismarck, dans ses Aufzeichnungen, de difl'amer, de rabaisser celui qui avait glorifié la France, qui lui avait rendu l'ordre et la religion. On chercha h ternir la gloire de celui <jui, par son génie organisateur, son esprit d'entreprise, sa force (le volonté, son indomptable énergie, avait pu se substituer à la Révolution et être pendant 14 ans l'arbitre des destinées du monde. On aurait voulu, si toutefois on Tavait pu, anéantir jus- 4iu'à son nom, jusqu'au souvenir de ses actions. »
Ce fut en vain, en eftet, qu'on essaya de détacher de sa personne et de sa gloire l'armée et la nation.
Pour n'en citer qu'un exemple, en 1824, lors de la publication de ses Mémoires sur la guerre de 1809, le général Pelet justifiait éloquemment l'armée dans son introduction et n'hésitait pas à écrire les lignes suivantes : « Ceux qui ne sont pas insensibles aux sentiments généreux ou môme à une douce pitié ne sauraient désapprouver l'action d'un soldat qui élève un monument h la vieille armée et à son général, à celui qu'elle appelait son père. Cette armée était comme une famille dans laquelle tout se tenait, d<»puis le dernier soldat, enfant dévoué, mais juge éclairé el sévère de la conduite de ses chefs, jusqu'au commandant suprêmt^ qui se montra constamment et était reconnu le père de tous. Le plus bel clo(je de Napoléon, éloge que rien ne pourra détruire, est dans C amour el dans la fidélité de cette armée française, si loyale, si généreuse et si fièref L'armée sous l'Empire n'a pas cessé un instant d'être nationale. Elle Ta assez prouvé par sa conduite entière et surtout par son dévouement sublime en 1814 et 1815, dans cette continuelle bataille ofi elle disputait, au prix de tout son sang, chaque coin de la France au sabre de l'étranger, où elle s'immolait, tandis que ses antagonistes intriguaient. Après avoir effacé par ses ex|)loits les prodiges des héros de l'antiquité,
elle a donné au monde le plus bel exemple de patriotisme
Il faut le répéter, le constant amour du soldat est le panégyrique de Napoléon, comme le constant dévouement de l'armée, au milieu des crises les plus terribles, est notre plus beau litre de gloire. »
Quant au peuple, ébloui par tant de gloire suivie de tant de malheurs, c'était bien peu connaître son caractère et sa fierté que de s'attendre à le voir oublier du jour au lendemain l'homme •qui, de son vivant, était déjà devenu un personnage légendaire.
arcc|)lCT la cocarde blanche et renier le drapeau tricolore. La Hîtraile de Russie, Leipzig, l'Invasion, La Rothiere avai(»nt pu nionienlanéraent abattre les courages et dissiper la foi aveugle dans IVîloile du César si longtemps triomphant et invaincu.
Champaubert, Montmirail, Vauchamps, Étog(»s, Mormant et Montereau avaient suffi pour lui rendre son ancien preslige. Ce fut a.ssurément dans les rangs du peuple, plus que dans les autres classes de la société, cpron maudit le plus Thomme qui, après avoir versé le sang franrais aux quatre coins de l'Europe, avait fini par compromettre la grandeur et l'existence de la France. Mais quand ce peuple le vit l(»nir fièrement tête à la mauvaise fortune, lutter seul et si glorieusement avec des débris mutilés, avec des vieillards sans forces et des enfants sans expérience, contre les armées de TKurope entière, lorsqu'il le vit se multiplier, se prodiguer, remplacer la force par l'audace, le nombre par le génie, ce peuple, oubliant ses griefs et ses sacrific(\s, revint à lui avec plus d'enthousiasme que jamais, trop tard pour empêcher sa chute, mais îi temps du moins pour l'entourer d'une popularité qui ne devait pas périr et qui prouva au mondr (pie la France, malheureuse, vaincue, terrassée, envahie, ne cesse jamais d'admirer et de vénérer ce qui est grand et glorieux.