‹ La campagne de 1814Chapitre 5 sur 12 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

OPÉRATIONS EN BELGIQUE ET DANS LE NORD DE LA FRANCE, DEPUIS LE 3 MARS JUSQv^'a LA CESSATION DES HOSTILITÉS.

5 mars. —^ Mesures prises par le duc de Saze-Weimar. —

L*insiiccès des entreprises tentées par le colonel Hobe cl le major Helwig, la retraite de leurs détachements sur Audenarde et sur Deynze, Tattitude résolue des troupes françaises, la concentration de forces relativement nombreuses à Courtrai et les mouvements de Maison dans la direction de Gand et d'Audenarde, n'avaient pas été sans inquiéter sérieusement le duc de Saxe- Weimar. Comme nous Tavons dit en terminant le chapitre XII, le duc avait transféré, le 4 mars, son quartier général d'Ath à Tournai et fait venir h Leuze le bataillon de la garde saxonne et une demi-batteric de 12 livres. Les renseignements rapportés I par les émissaires, l'interrogatoire des déserteurs et des gens du

[ pays, enfin les événements des derniers jours indiquaient clai-

? rement que, loin de se contenter de tenir bon à Courtrai, de

f chercher uniquement à aguerrir ses troupes et de vouloir tûter

• et fatiguer celles du duc par des reconnaissances offensives ou

de simples démonstrations, Maison se proposait de communiquer avec Anvers et d'en retirer une partie de la garnison. Aussi le duc de Saxe-Weimar avait prescrit au général von Borstell de faire immédiatement renforcer le colonel von Hobe par quelques bataillons, et au prince Paul de Wurtemberg de s'établir, le 4 mars, à Ath, le 5 à Tournai avec le gros de la division d'Anhalt- Thuringe, remplacée à Alost et à Termonde par trois bataillons de landwehr prussienne venant de Gorcum et d'envoyer son bataillon de fusiliers et ses chasseurs rejoindre le général von Ryssel du côté de Mons.

Combat d' Audenarde. — Les mouvements de Maison justifiaient d'ailleurs les mesures de précaution prises par le duc de Saxe-Weimar. Afin de se conformer aux instructions de l'Empereur, contenues dans la lettre que le Ministre de la guerre lui avait écrite le 2 mars. Maison avait commencé, le 5 mars au

matin, son mouvement sur Aiidenarde à la tôle d'environ 6,000 hommes et de 1000 chevaux. Il se proposait d'enlever celte place au colonel von Hobe, d'y passer TEscaut, dcî se rabattre sur Renaix, de déborder la droite du duc de Saxe-Weimar et de lui donner de Tinquiétude pour Bruxelles où il ne restait que deux bataillons et 80 cavaliers. En même temps, atin de faciliter la sortie de la garnison d'Anvers et la marche de la division Roguet, il avait posté sur sa gauche, h Vive-Saint-Eloy, 600 à 700 hommes qui, sous les ordres du général Penne, devaient essayer dVnlever Gand par surprise et d'y donner la main aux troupes sorties d'Anvers.

Un peu avant M heures du matin la tête de colonne de Maison, débouchant d'Avelghem, rencontrait en avant de Kerkhove la cavalerie prussienne. Trop faible pour résister aux troupes françaises, celle-ci leur disputa le terrain pied à pied et se relira lentement sur Peleghem où elle fut recueillie par un bataillon et une section d'artillerie, que le colonel von Hobe y avait établis en avant-poste, afin de se ménager le temps nécessaire pour achever l'organisation de la défense d'Audenarde.

Pendant que la cavalerie française et 2 pièces d'artillerie légère continuaient à s'avancer par la route, le général Barrois déployait trois de ses bataillons en colonne h droite et h gauche de cette route, enlevait Peleghem et en chassait le bataillon qui allait se reformer plus en arrière sur les hauteurs situées en avant de Beveren et que le colonel von Hobe avait fait occuper par deux bataillons, six escadrons, 4 canons et 2 obusiers; deux autres bataillons et 4 pièces étaient en réserve aux portes mômes d'Audenarde prêts à soutenir les bataillons établis sur la hauteur.

Maison commença aussitôt l'attaque en plaçant 6 pièces dans les intervalles de ses trois bataillons qui, marchant en masse îi intervalle de déploiement sur les côtés de la route, se portèrent droit contre les hauteurs que les bataillons du colonel von Hobe, se repliant sur Audenarde, abandonnèrent sans combat h l'infanterie de Barrois.

Audenarde avait encore des restes de fortifications et un fossé

très profond alimenté par l'Escaut qui inondait à ce moment

toutes les avancées de la ville. De ce côté on ne pouvait pénétrer

dans la ville que par une seule porte et un pont établi sur l'ancien

w«ii.— IV. iO

fossé des fortifications. Le colonel von Hobe avait eu le temps d'aménager, sur les saillants des anciens ouvrages, des tranchées derrière lesquelles son infanterie était à Tabri. Il avait en outre élevé un ouvrage qui couvrait la porte et placé son artillerie de façon à battre les abords du pont qu'il avait détruit. La partie de la ville située sur la rive gauche de TEscaut fonnail ainsi unr espèce de tète de pont très difficile à attaquer. Après Tavoir enh^vée il aurait fallu d'abord passer les ponts de l'Escaut, puis déboucher sur la forte position qui se trouve sur la rive droite.

Malgré les difficultés que présentait une attaque de vive force (entreprise dans de semblables conditions, la possession d'Audenardf était d'une importance telle que Maison essaya néanmoins :i deux reprises, îi partir de 4 heures de l'après-midi, d'intimider Hobe et de le décider à évacuer la ville. Tentées avec p(»u dt» monde ces attaques ne produisirent aucun résultat.

A 8 heui'es du soir Maison, arrêtant son infanterie, se borna h bombarder la place. Il avait d'ailleurs appris que d(»s troupes venant de Tournai cherchaient h se joindre à celles du major liellwig qui, après sa pointe sur Thielt, était revenu à Deynze. qu(» 1200 hommes de la garnison de Bruxelles s'étaient portés sur Gand et que le 3, à 9 heures du matin, 1000 hommes et 2 canons avaient suivi dans la môme direction. Maison, jugeant qut* la prise d'Audenarde lui imposerait des sacrifices hors de proportion avec sa force *, renonça à son pmjet. Il avait d*abord eu l'intention de marcher avec toutes ses troupes sur Gand. Mais ce mouvemement n'était pas sans présenter de graves inconvénients. Il sulfisait en eflet de quelques ponts coupés, d'une résistance, |u-ol>iible d'ailleurs, qui l'eût arrêté 12 heures devant Gand et d'un mouvement exécuté par les troupes prussiennes d'Audenaide. pour mettre la colonne de Maison dans une position des plus fâcheuses. De plus, roccujjation de Gand i)ar les troupe> alliées rendait très problématique sa jonction avec h^s Iroupo sortant d'Anvers.

Retraite de Maison sur Courtrai. — Le colonel von Hobe

1 BJai»oii an Ministre, Goartrjy, 6 mari boir. (Correspondance de .Maison ;

évacue Andenarde dans la nuit du S au 6 mars. — Prévenu par le duc de Saxe-Weiraar h Audenarde et h Gand, Maison résolut en conséquence de s(» retirer sur C^lourtrai, pour essayer de s'y faire rejoindre d'une autre façon par une division de la garnison d'Anvers *.

En prenant ce parti, Maison avait peut-être agi avec un excès de prudence et cédé à la crainte de compromettre le sort de la petite colonne qu'il avait eu tant de peine à former. Il ignorait, il est vrai, la résolution prise par le colonel von Hobe. le 5 au soir. Craignant de voir les Français forcer Tune des portes d'Audenarde, ou passer TEscaut en amont de la ville pour déborder sa gauche, le prendre îi revers et le couper de Tournai, sachant de plus que les trois bataillons d'Anhalt-Thuringe, qu'il espérait pouvoir appeler h lui, avaient quitte» Grammont, le colonel von Hobe, après avoir consulté ses officiers, ramena, dans la nuit du 5 au 6 mars, son artillerie et le gros de ses troupes sur la routo de Renaix et ne laissa dans Audenarde que son avant-garde qui rinforma, le 6 au matin, de la retraite des Français. Plus ao nord, la marche du général Penne dans la direction de Deynze avait révélé les projets de Maison au major Hellwig, qui porta aussitôt tout son monde sur Gand.

Ordres donnés par le duc de Saze-Weimar au général von Borstell. — Bien qu'il crût les corps d'Helhvig et de Hobe suffisamment forts, Tun pour tenir bon à Gand et interdire au général Penne la route d'Anvers, l'autre pour déjouer h Audenarde les entreprises de Maison, le duc de Saxe-Weimar résolut néanmoins de mettre un terme aux velléités ofiensives de son adversaire. Incomplètement rassuré sur le sort d'Audenarde, dont il voulait rester maître à tout prix, il envoya dans l'après-midi du 5 l'ordre au général von Borstell de dégager le colonel von Hobe et d'exécuter à cet effet une vigoureuse démonstration sur Cour- Irai et les lignes de retraite de Maison.

6 mars. — Démonstration contre Courtrai. — AGn de faciliter Texécution de cette opération il fit venir à Leuze une

* Uaison aa Ministre, Gourtray, 6 mars soir. (Correspondance de Maison,

partie des troupes qu*!! avait dirigées surCondé* et prescrivit au général-major von Ryssel de pousser, de Mons à Ath, deux bataillons qui devaient être rejoints sur ce point par une demibatterie venant d'Enghien.

Dans la nuit du 5 au 6 mars, d^s 4 heures du matin, le générallieutenant von Borstell avait fait partir de Tournay une colonne volante sous les ordres du colonel von Schôn* et ordonné au général-major prince Paul de Wurtemberg' d'aller s'établir h Warcoing pour y servir de soutien au détachement du colonel von Schôn, couvrir sa droite et surveiller la route d'Audenarde.

Le colonel von Scliôn, éclairant soigneusement sa marche, s'était hAté d'occuper Belleghem. Laissant deux bataillons à la croisée de la route de Courlrai et du chemin menant à Zweveghem, il avait continué sur cette ville avec le reste de son monde et arrêté son gros h peu de distance des faubourgs. Ses hussards seuls pénélr^rent dans les faubourgs, en chassèrent une grand'garde de cavalerie française et poussèrent jusque sur la place du marché. Accueillis à coups de fusil par un poste d'infanterie française, les hussards se replièrent sans être autrement inquiétés. Ne se croyant pas assez fort pour enlever Courtrai et surtoui pour s'y maintenir, sachant de plus que le prince Paul de Wurtemberg, au lieu de s'arrêter à Warcoing, avait suivi son mou vement, craignant de se voir coupé de Tournay dans le cas oii les Français auraient dirigé une de leurs colonnes d'Audenarde sur Avelghem, Espierres et Warcoing, le colonel von Schôn, qui avait fait prier le prince Paul de Wurtemberg de réoccuper au plus vite Warcoing, resta encore quelque temps en observatior il peu de distance de Courtrai et ne quitta sa position que lorsque l'artillerie française ouvrit le feu contre lui.

Maison se replie d'Audenarde sur Courtrai. — Au momeni où le colonel prussien commençait sa retraite, Maison, dont k

i Un bataiUoD et demi d'infanterie, un escadron de hussards et une sectioi d'artiUerie sous les ordres du colonel prince Schônburg.

* Composition de la colonne volante du colonel von SchOn . deux batail Ions prussiens, un bataillon saxon, un escadron do hussards saxons et quatn canons.

' Composition du détachement du prince Paul de Wurtemberg à Warcoing deux bataiUons, un escadron et quatre pièces.

içros éliiil encore à une lieue de Courlrai, envoya quelques escadrons et de rarlillerie légère occuper au plus vile la porte de Tournay et dirigea ensuite de Zweveghewi sur Bellegheni une petite colonne d'infanterie et de cavalerie chargée de prendre en tlanc et :i revers le colonel von Schôn qu'il se proposait d'attaquer en tMe. Mais le colon^*l, considérant sa mission comme terminée, n'attendit pas l'attaque des Français. Continuant lestement sa retraite, il atteignit Warcoing sans encombre, y opéra sa jonction avec le prince Paul de Wurtemberg et s'y établit au bivouac. L'avanl-garde française s'arrêta ii Coyghem. Le gros des troupes de Maison (division Barrois) occupa Courtrai. Le général Penne, que Maison avait rappelé à lui dès qu'il avait vu que le coup de main projeté sur Gand n'avait plus aucune chance de réussir, avait pris position h Belleghem. et le général d'Audenarde îi Zweveghem. Un(î partie de la cavalerie et deux bataillons couvraient Courtrai au nord, et des postes établis î\ Harlebeke, Cuerne et Heule sur\'eillaient les routes de Gand el de Bruges*.

7 mars. — Combat de Courtrai. — Le duc de Saxe-Weimar avait, de son côté, dirigé de Leuze sur Tournay le général-lieutenant Lecoq, qui amena avec lui et poussa sur Warcoing le détachement du colonel prince Schônburg. Le général Lecoq avait ordre de prendre, le 7 au matin, le commandement des troupes auxquelles on confiait le soin d'observer les places de Lille et de Condé. Quant au général von Borslell, chargé des opérations sur Courtrai, il concentra à cet effet 12 bataillons, G escadrons et 28 bouches h feu. Le gros de cette colonne, moins un bataillon laissé à la garde du pont de bateaux d'Hérinnes, se porta droit de Warcoing sur Courtrai. Sur sa droite, le détachement du prince Schônburg avait ordre de flanquer la marche du gros et de se relier avec le détachement du colonel Hobe en mouvement d'Audenarde sur Courtrai. Au nord de Courlrai le major Hellwig el le colonel Byhaloft, venant de Gand et de Deynze, se portaient en môme temps sur Harlebeke.

Parti de Warcoing dans la matinée, Borslell, une fois arrivé h

< Maison au Ministre de la gaerre, Courtrai, 6 mars soir. (Archives de la guerre.)

Coyghom, avait déjii commencé à pousser sur Belleghem où le général Penne n'avait que deux faibles bataillons, deux pièceî et 100 chevaux, lorsqu'il reçut Tordre de s'arrêter et de ne s'engager qu'aprc'S avoir reçu l'avis de l'approche de la colonne du colonel von Hobe. Cette colonne devait lui être signalée pai le colonel von Ziegler que le duc de Saxe-Weimar venait d'en voyerîi Avelghem; mais h une heure de l'après-midi la colonne (lu colonel von Hobe n'avait pas encore paru.

Dispositions prises par le duc de Saxe-Weimar. — Toui e;n n'osant pas risquer une attaque contre Courtrai sans avoii toutes ses forces sous la main, le duc de Saxe-Weimar résohr I néanmoins de profiter des quelques heures de jour qui lui res-

taient pour s'emparer des points dont la possession lui élai ! indispensable et devait faciliter l'entreprise qu'il se croyait oblige

I de remettre au lendemain. En conséquence, un peu après

' 3 heures, il donna au général von Borstell, qui tiraillait depui?

j le malin avec les postes du général Penne, l'ordre d'altaquej

' Belleghem, au colonel von Ziegler de se porter d'Avelgheiii

contre Zweveghem.

Trop faible pour se maintenir à Belleghem, qu'il avait cependant mis en état de défense, le général Penne se replia sur une; hauteur voisine du village qu'il abandonna aux Prussiens. Maison, pensant que l'attaque principale de Borstell se ferait siii ! ce point, tira, de la petite réserve qu'il tenait à Courtrai, troiî

bataillons, 200 chevaux et 4 pièces qui permirent au général Penne de conserver sa position jusqu'à la nuit *.

Du côté de Zweveghem le colonel von Ziegler avait échoué jusqu'à 5 heures dans les attaques dirigées contre le général d'Audenarde. Renforcé par le détachement du colonel prince Schonburg, Ziegler ne parvint que vers le soir à obliger les défenseurs de Zweveghem à se replier sur Courtrai >.

Au nord de Courtrai, Hellwig et Byhalow n'avaient pas réussi à débusquer les postes français de Cuerne et d'Harlebeke qu'ils n'occupèrent que dans la nuit et après le départ des Français '.

1 Maison au Ministre, Uoucq, 8 mars. (Archiva de la gueiTe.) - Id, in ibid,

' Lippe Weissenfels, Gesehiehte des Kôniglieh'preutnuhen ô'^'i Huuaren Hegimentt (ehedem 2'*'» Schlcsisehen),

Décidé à enlever Courlrai le lendemain, le duc de Saxe-Weimar avait chargé Borstell de l'attaque principale par la roule de Tournay. Le colonel von Zieglor, débouchant de Zweveghem, avait pour mission d'appuyer les opérations des Prussiens |>endant que le colonel von Hobe, qu'on avait fait venir à l'aile droite, devait, en se portant par Lannoy sur Roubaix, menacer les lignes de retraite de Maison qui, pour revenir sur Lille, était obligé de se servir, soit de la route directe de Tourcoing, soit de prendre plus au nord par Menin.

8 mars. — Évacuation de Courlrai par Maison. — Mais Ir général français n'avait pas attendu Tattaque du duc de Saxe- Weimar. Débordé sur sa droite par les Prussiens de Borstell qui occupaient depuis la veille B(»Ileghem et Rolleghem, menacé sur son front par les Saxons du côté de Zweveghem, sur sa gauche par les Cosaques et le corps d'Hellwig du côté de Cuerne et <rHarIebeke, Maison, qui n'avait occupé Courlrai que parce que celle position, « peu susceptible d'une bonne défense, lui paraissait de nature h servir de base et de point d'appui à une invasion en Belgique » *, s'était décidé à se replier pendant la nuit sur Menin et sur Roncq. L'une de ses colonnes, repassant à Menin sur la rive droite de la Lys, y garda le pont; l'autre, prenant par Lauwe et s'établissanl au mont d'Halluin et à Roncq, obser\'a de concert avec la première les débouchés de Menin et de Tourcoing sur Lille. Ces mouvements s'exécutèrent sans encombre et presque h l'insu des Prussiens et des Saxons.

Observations sur les opérations de Maison. — A son arrivée il Roncq, le 8 mars au malin. Maison y trouva une dépêche partie de Paris le 4 mars et par laquelle Clarke*, revenant à nouveau sur sa lellre du i2 mars, lui reprochait de disséminer ses troupes en petites colonnes et lui prescrivait de se porter sur Anvers, de n'y laisser que 3,000 hommes de garnison, de dégager Bruxelles et d'inquiéter les communications des Alliés, « qui, disait le Ministre, sont partout, mais ne sont en force d'aucun côté ».

1 Maison aa Ministre, Roncq, 8 mars. (Archives de la guerre.) ^ Clarkc à Maison, Paris, 4 mars ; lettre portée par le capitaine Morel. ancien aide de camp du général Avy. (Archives de la guerre.)

Comme il le faisait observer au Ministre, en lui répondant de Roncq le 8 mars *, Maison n'avait nullement disséminé ses forces. En effet, pendant qu il réunissait les troupes destinées à agir contre Menin et Courtrai et qu'il en chassait les détachements alliés, presque aussi nombreux que son petit corps d'opération, il avait ordonné îi Carra-Saint-Cyr, commandant supérieur h Condé, Valenciennes et Bouchain, de réunir la garnison de Valenciennes îi celle de Condé et d'attaquer, comme ce général le fit d'ailleurs, Ips postes saxons de Peruwels. De même que la démonstration de Carra-Saint-Cyr, le mouvement de Castex qui, après avoir poussé une reconnaissance au delà de la Marque, était venu rejoindre le commandant du 1" corps h Menin dans les derniers jours de février, avait eu pour but de détourner Tattention des généraux alliés. Afin de constituer un semblant de corps d'opération Maison avait en outre tiré des places tout ce qu'il était possible d'en faire sortir sans compromettre leur sécurité. Ce n'était d'ailleurs pas avec 5,000 hommes, « dont plus de la moitié était des enfants îi peine en état de porter leurs armes et qu'on avait toutes les peines h tirer des maisons*», que le général pouvait entreprendre quelque chose de sérieux En raison de l'infériorité de ses forces, des mesures prises par le duc de Saxe-Weimar pour assurer la défense d'Audenarde et de Gand, il fallait au contraire une certaine hardiesse pour essayer, à la tôte d'une poignée d'hommes, de donner la main à la garnison d'Anvers. Une pareille opération ne pouvait réussir que par la surprise.

Dès son arrivée à Audenarde, Maison s'était rendu un conjpte exact des difficultés de sa situation. S'il eût tardé quelque peu à prendre le parti de se replier sur Courtrai, il aurait été coupé de cette ville par les troupes prussiennes et saxonnes qui, venant deTournay, arrivèrent presque en môme temps que lui h Courtrai. Dans l'impossibilité de s'y maintenir contre les forces supérieures en nombre du duc de Saxe-Weimar, il aurait peut-être pu, au lieu de filer par les routes de Menin et de Lauwe, marcher par la route de Tourcoing et essayer de se rabattre au jour sur

* Maison au Ministre de la guerre, Roncq, 8 mars. {AretUves de la guerre,) s /d. in ibid.

lo flanc gauche des troupes prussiennes. Mais celle opération, assez hasardeuse en elle-mftme, n'aurait pas changé la situation générale et aurait eu d'ailleurs d'autant moins de chances de succès que le petit corps français aurait été à son tour pris de flanc et ù revers par la colonne du colonel von Hobe, que le duc de Saxe-Weimar voulait envover sur lloubaix. Enfin, comme il le disait en terminant sa dé|)éche au Ministre*, Maison, en raison du faible eiTectif et du peu de solidité de ses troupes, ne pouvait faire plus qu'inquiéter son adversaire, chercher fi le battre isolément et le forcer î\ employer, pour observer différents points, des forces supérieures aux siennes. « Je suivrai ce système, écrivait-il, le seul que je puisse adopter, et je tiendrai toujours mon petit corps réuni et en activité. »

Occupation de Courtrai et de Henin. — Positions des troupes du duc de Saxe-Weimar, le 8 mars au soir. — Le 8 mars, à 4 heures du matin, le duc de Saxe-Weimar, informé par ses avants-postes de la retraite des Français, reprit Tordre donné au colonel von Hobe, poussa son avant-garde, d'abord sur Courtrai, puis sur Menin, que Tarrière-garde de Maison évacua pour venir se poster à Halluin. Dans l'après-midi, le duc de Saxe-Weimar entra dans Courtrai h la tête de toutes ses troupes. Mais, comme Maison l'avait prévu', il ne se décida pas h s'y établir en force. Quittant Courtrai le jour môme avec le gros de son corps pour retourner h Tournay, où Borstell devait

* Maison ao Ministre, Honcq, 8 mars. (Archives de la guerre.)

^ Maison termine, en effet, une des dépêches qu'il adressa le 8 mars, de Roncq, à Clarke, par ces mots : « L'ennemi, qui a atteint son bot en me délogeant de Courtrai, va se diviser de nouveau pour reprendre des positions sur l'Escaut. S'il ne le fait pas de loi-ménie, je Ty obligerai en passant la Marque vers Tournay, en l'inquiétant par mes mouvements et en courant sur SCS détachements. C'est tout ce que je puis faire avec mes 4,000 hommes. Du reste, j'ai atteint le but que je me proposais en attirant sur moi des forces plus que doubles des miennes ». {Archives de Ui guerre.)

Deux jours auparavant. Maison avait d'ailleurs annoncé au ministre qu'en exécution des ordres de l'Empereur, il avait rassemblé tout ce qui était susceptible de tenir la campagne ; qu'il ne restait au Quesnoy et à Landrccies que 150 hommes de garnison. Maison disait encore dans cette dépêche, en date du 6 mars : « Je crois que les Alliés, vu les avantages que leur donne la possession d'Âvesoes, vont faire le siège de Maubeuge, Condé, Landrccies et du Quesnoy. » {Archives de la guerre.)

le rejoindre le lendemain, il confia la fçardc de Menin h un parti de Cosaques, ne laissa à Courirai que le délacheraenl du major Helhvig, et rentra dans ses anciennes positions. La seule modifi- K^alion qu'il fit subir à la ré|)artition de ses troupes, consista h poster à Warcoing le prince Paul de Wurtemberg, qui devait, avec cinq bataillons et une demi-batterie, y servir de soutien à HelKvig, et îi charger la division Borstell de fournir les avantpostes du côté de Condé.

En somme, le duc de Saxe-Weimar était encore loin de voir •clair dans le jeu de son adversaire. Ne voulant rien compromettre et se croyant obligé d'occuper un front démesurément étendu, dans l'espoir d'être en mesure de faire échouer les coups de main des détachements de Maison, il se croyait d'autant moins en état de continuer les opérations offensives que les nouvelles venues d'Anvers lui causaient de sérieuses inquiétudes. Certain désormais que Maison et Carnot avaient pu communi- 4|uer et combinaient leurs opérations, le commandant en chef du III" corps fédéral s'attacha par-dessus lout à observer les places <le rancienne frontière et à s'assurer solidement les routes menant Il Anvers.

Sorties des garnisons d'Anvers, de Condé, Haubeuge. Philippeville et Ostende. — Le duc de Saxe-Weimar venait. 4iu effet, d'apprendre que, pendant que Maison opérait sur Courtrai et sur Audenarde, les garnisons françaises de Condé. Maubenge, Philippeville et Ostende avaient simulfanément attaqué les troupes laissées devant ces places pour les observer, et (|ue (larnot avait fait sortir d'Anvers 5,000 hommes de la garnison, sous les ordres du général Hoguet. Ce général, débou- •chant de la Tète-de-Flandre sur Beveren et marchant par la rive gauche de l'Escaut, avait occupé, ie 7 mars, Saint-Nicolas et Uuppelmonde, surpris un parti de Cosaques de Byhalow à W^aesmunster et poussé jusqu'à Lokeren, h une journée de marche <le Gand. Ce mouvement, qui coïncidait avec celui de Maison, et i|ui, de Lokeren comme de Waesmunster, pouvait être continué soit sur Gand, soit sur Termonde, avait d'autant plus alarmé le duc de Saxe-Weimar, que le colonel comte Lottum avait dû détacher de la garnison de Bruxelles deux compagnies de chasseurs volontaires et quelques cavaliers pour réoccuper Ter-

inonde, évacué par le major von Klinkowstrôm qui, rappelé d'urgence par Bûlow, s'était refusé à y rester plus longtemps '.

La démonstration faite par la garnison d'Anvers n'avait donc pas été inutile, bien ([u'elle se filt produite un peu tardivement. <!t que Carnot eût rappelé h lui les troupes qu'il avait fait sortir «le la place, dès qu'il eut connaissance de la retraite de Maison et du mouvement de concentration des Anglais sur Oilmpthout.

Tentative infructueuse des Anglais sur Berg-op- Zoom. -~

Ne se croyant pas suffisamment fort pour rien tenter contre Anvers, le général Graham avait résolu d'enlever par surprise Berg-op-Zoora, qu'il s'était jusque-là contenté de bloquer. Le général anglais avait préparé longuement le coup de main qu'il voulait exécuter dans la nuit du 8 au 9 mars, dans l'espoir de célébrer par un brillant succès l'anniversaire de la naissance du prince d'Orange. Grâce aux intelligences qu'il avait réussi à se ménager dans la place, il savait que la garnison, réduite à 2,700 hommes environ par les désertions et les maladies, les fatigues et les privations, suffisait h peine pour assurer le service de garde. Parfaitement renseigné par ses émissaires, il n'ignorait pas que le corps de place était à peine revêtu et que la glace encore fort épaisse facilitait le passage des fossés sur nombre de points qu'on lui avait indiqués. Dès le 6 mars, afin de mieux tromper la vigilance du général Bizanet, Graham avait ordonné à ses troupes de s'éloigner de la place. Mais cette manœuvre n'avait pas donné le change au gouverneur. Loin de rien modifier aux mesures de précaution qu'il avait prises depuis le commencement du blocus, le général Bizanet doubla au contraire ses gardes, piquets, postes et sentinelles, installa de nouveaux postes, multiplia les rondes et les patrouilles, établit sa batterie de sortie sur la place d'Armes, et répartit toutes les troupes dans les bastions qui leur étaient assignés comme postes de combat vu cas d'alarme. Les journées des 7 et 8 mars se passèrent tran-

' Rappelé en France par un ordre de Biilow, au corps duquel il appartenait, le major von KHnkowstrom ne consentit à retarder son départ et à réoccuper Termonde et Alost, le 11 mars, que sur un ordre formel du duc do Saxe-Weimar. » Un soldat, lui écrivit le duc de Saxe-Weimar, n*a pas le droit de quitter son poste quand l'ennemi s'approche de lui. »

quillement. Mais, dans la soirée du 8, 4,800 Anglais*, profilant de la marée basse, s'avancèrent en quatre colonnes, guidées par des habitants. La première de ces colonnes, forte d'environ un millier d'hommes et chargée de Tattaque de gauche, avait pour objectif la partie de la place comprise entre le port et la porte d'Anvers. Les 1200 hommes dont se composait la deuxième colonne, devaient agir au centre et se diriger à droite de la porte de Bréda. La troisième colonne (650 hommes), ne devait faire qu'une démonstration contre la porte de Stevenbergen et servir ensuite de réserve. L'attaque principale était confié aux 1100 hommes de la quatrième colonne, placée sous les ordres des généraux Skerret et Goore.

Se dirigeant vers la porte d'Eau, celte colonne avait ordre de pénétrer h marée basse dans le quartier du port séparé du reste de la ville par des maisons et des murs de clôture et ne communiquant avec elle que par les remparts et par un vieux château connu sous le nom de Fausse-Porte. Un fois maltresse du quartier du port, elle devait y opérer sa jonction avec la première colonne et pousser avec elle dans Tintérieur de la ville pour ouvrir la porte d'Anvers à la cavalerie du général Graham et celle de Bréda à la deuxième colonne.

Un peu après 9 heures 1/2 du soir la troisième colonne se présenta h l'improviste devant la porte de Stevenbergen, culbuta la garde de l'avancée et réussit à pénétrer dans la demi-lune qui lui servait de réduit. Arrêtés sur ce point par un tambour en palissades élevé en avant du pont-levis et par trois pièces qui tirèrent sur eux à mitraille, les Anglais arrivèrent malgré le feu des défenseurs jusqu'au pont-levis. Quelques hommes, escaladant l'escarpe, parvinrent sur le terre-plein du rempart où ils ne tardèrent pas à être pris ou tués. La garnison avait couru aux armes dès les premiers coups de fusil. L'artillerie des bastions 11 et 12 tirait à mitraille. L'un des adjudants de place qui avait couru dès le commencement de l'attaque à la porte de Stevenbergen, dirigeait les feux de l'infanterie sur la lunette et les

* Le général Dizanet, dans son rapport au ministre (Archivet de la guerre) ^ évalue l'effectif total des troupes anglaises chargées de Tattaque h 8,000 hommes et 1000 chevaux.

glacis de l'avancée*. Toutefois, comme on le sut plus tard, le lir h mitraille et la mousquelerie ne tirent que peu de mal aux assaillants qui s'étaient couchés à plat venlre à rexlrémité du glacis c< attendant le lever de la lune, la marée basse et un signal convenu V »

A 10 heures 1/2 du soir, les Anglais essayèrent, mais sans succès, de forcer le pont-levis de la porte de Slevenbergen et durent renoncer îi leur entreprise devant le feu meurtrier de deux pièces qui les criblèrent de mitraille.

La quatrième colonne venant d'Halsleren, était parvenue à l'extrémité de la digue de Tholen, près de l'écluse d'inondation. Longeant la queue du glacis vis-à-vis le bastion 15, elle était descendue dans le chenal sans être aperyue par les marins des embarcations, avait tourné le batardeau du bastion, franchi les abatis qui défendaient l'accès de l'escarpe et débouché sur le |)arapet sans essuyer un coup de fusil. Conduits par le général Goore les Anglais s'emparèrent sans coup férir de la porte d'Eau dont ils ne purent cependant baisser le pont-levis et vers laquelle le général Bizanet dirigea la plus grande partie de ses réser\'es, en leur prescrivant de passer par la Fausse-Porte.

Au même moment, pendant que le général Goore filait avec une partie de sa colonne et poussait le long des remparts vers les portes d'Anvers et de Bréda, la première des colonnes d'attaque, profitant de la laisse de basse mer entre l'Escaut et la place, se portail contre le bastion Orange, escaladait le rempart, égorgeait les sentinelles, pénétrait dans le bastion et y faisait prisonniers les 3 officiers et les 120 hommes chargés de le défendre. Cette colonne, repoussant tout ce qu'il y avait dans les bastions 3 et 4, y opérait sa jonction avec les troupes des généraux Goore et Skerret, déjà maîtresses des bastions 1 et 2 de la porte d'Eau.

Le général Goore, dont le mouvement avait facilité l'escalade

1 Le capitaine adjadant de place Darcelle, qui dirigea la défense du pont de Stevenbergeu (bastions 11, 12, 13, 14 et 15), dit dans sou rapport (Archives de la guerre) qu'il obligea à ce momeut 1 colonel, 15 officiers et 170 hommes à se jeter dans un souterrain et que ces hommes, coupés de leurs camarades, se rendirent un peu plus tard.

* Rapport du colonel du génie Legrand sur la surprise de Bergop-Zoom. Nuit du 8 au 9 mars. (Arehivet de la gturre.)

de la première colonne, pénétra dans le bastion 5 et chercha k atteindre la porte d'Anvers dont la cavalerie de Graham, postée sur la route d'Anvers, attendait Touverlure pour entrer dans la place. Une autre colonne, se dirigeant vers la porte de Bréda, avait pris possession des bastions G et 7 et essayait de s'emparer du bastion 8, pendant qu'une quatrième colonne, filant au pied du glacis, se dirigeait vers Técluse d'inondation du front formé par les bastions 9 et 10.

A 11 heures 1/2 du soir, des quatre attaques dirigées, Tune contre la porte de Slevenbergen, l'autre contre le port, la troisième contre le bastion Orange et la dernière contre la porte de Bréda, deux, celles du port et du bastion Orange {i^^ H i^ colonnes), avaient complètement réussi et la garnison ne possédait plus que 4 des 15 bastions du corps de place.

Malgré ces premiers avantages la situation des Anglais devenait d(» plus en plus critique. Leur surprise avait été déjouée par la vigilance des assiégés. Ils n'avaient pu pénétrer à Tintérieur de la ville proprement dite et avaient dû laisser au général Bizanet le temps d'organiser de son côté ses colonnes d'attaque. Le poste français de la porte de Bréda n'avait pu être entamé et, à la porte de Stevenbergen, la garnison n'avait cessé d'avoir le dessus. Avant d'essayer de reconquérir toutes les positions occupées par les Anglais, le général Bizanet qui, pour éviter des méprises, ne voulait donner le signal de l'attaque qu'à la pointe du jour, prescrivit au major Hugo de Neufville de reprendre le bastion 8. Après un combat violent et meurtrier les Anglais abandonnèrent ce bastion au 3« bataillon du 12« de ligne et se replièrent sur le bastion Orange.

Un peu avant l'aube le général Bizanet lança ses trois colonnes. Deux d'entre elles avaient ordre de marcher par les remparls, la troisième de se diriger contre la Fausse-Porte et toutes trois d(»vaient se réunir à la porte d'Eau. Après trois quarts d'heure (le combat les Français avaient repris les bastions 5 et 6 et réocrupé le poste de la porte d'Anvers. A partir de ce moment l'issue du combat n'était |)lus douteuse. Les Anglais ne tenaient plus que quelques bastions et le quartier du port où ils s'étaient solidement installés dans les maisons, mais d'où il leur était désormais impossible de déboucher. Chassés successivement des

bastions 13 el 14, 4 et 3, de rArsenal, puis des bastions 15 et 1 ^ obligés d'évacuer le quartier du port, ils cherchèrent un dernier refuge au bastion 2. Acculés au rempart, entourés de toutes parts, ne pouvant, h cause de la marée haute, essayer de sortir par le <;henal et par la laisse de basse mer qui avait facilité leur entréedans la place, obligés pour s'échapper de sauter des remparts dans les fossés dont la glace se brisait sous le poids de ceux qui eurent recours à ce moyen, les Anglais allaient être écrasés et anéantis, lorsqu'un de leurs officiers supérieurs fait prisonnier pendant la nuit, convairîcu de Tinutilité de la résistance de ses frères d'armes, s'offrit au gouverneur pour faire cesser cette boucherie. Quelques instants plus tard le feu cessait et, vers

9 heures du matin, le général Skerret et les 2,077 Anglais qur restaient encore dans la place, se décidaient h mettre bas les armes. Cette affaire avait coûté au général Graham 4 drap(*aux el près de 4,000 hommes dont 1800 morts ou blessés. Des trois, généraux anglais qui étaient entrés à Berg-op-Zoom, l'un, le^ l^éuéral Goore, avait été tué pendant le combat avec les colonels Clifton, Mercer,. Macdonald et Cari ton, l'autre, le général Cooke.. grièvement blessé, mourut dans la journée du 9.

Les perles de la garnison s'élevaient à 113 tués, dont 7 officiers; 308 blessés, dont 8 officiers, et h 123 prisonniers, enlevés au début de la surprise*.

Découragé par l'insuccès d'un coup de main qui avait si heureusement commencé, le général Graham demanda, et obtint le

10 mars, une suspension d'armes de trois jours pour enterrer ses morts, évacuer les blessés et échanger les prisonniers*.

9-11 mars. — Positions du duc de SaxeWeimar. — Mesures prises par Maison. — Les sorties de la garnison d'Anvers, Téchec essuyé par les Anglais du général Graham devant Berg-op- Zoom, enfin l'obligation où il se trouvait de couvrir les communi-

* Rapport du général Bizauct, Berg-op-Zoom, 13 mars (Archives de la çuerre); rapport da capitaine adjudant de la place BarceUe {ibid.), et relation du colonel du génie Legrand.

> Les Anglais se bomârent, à partir de ce moment, à bloqaer Berg-op- Zoom. La garnison reconnut» le li avril, le gouyemement de Louis XYlIl et. rentra en France lors de la conclnsion de la paix.

calions de rarnicc de Silésie avaient achevé de dérouler conij)h>lomcnt le duc de Saxe-Weimar. Le commandant du III« corps fédéral, renonçant à Toflensive aussitôt après la reprise d*Audenarde, résolut d'attendre, d'une part des nouvelles de Bliicher, de Tautre Tarrivée des renforts que devait lui amener le générailieutenant von Thielmann et de maintenir jusque-lîi ses troupes sur la longue ligne qu'il croyait utile d'occuper atîn d'être en mesure de surveiller les places de la frontière.

Cette inaction du duc de Saxe-Weimar allait permettre h Maison de se conformer aux ordres que l'Empereur venait de lui faire tenir. Dès le 9 mars le général français avait prescrit aux généraux Brenier elCarra-Saint-Cyr de ne laisser que des gardes nationales dans les villes relevant de leur commandement *; le lendemain 10 mars, comme le duc de Saxe-Weimar avait concentré du monde à Pecq, Saint-Léger et Dottignies, Maison vint prendre position à Uoubaix, tout en conservant cependant Tourcoing. Ses avant-postes continuèrent à occuper Roncq, Xeuville-en-Ferrain, Wattrelos et Lannoy*. Laissant momentanément le commandement de ses troupes de première ligne au général Barrois, Maison quitta Roubaix le 10, pour aller prendre à Lille les mesures d'organisation i)rescrites par l'Empereur*.

i Général Maison, Ordres anx généraux Brcoicr et Carra-Saiot-Cyr, 9 mars. (Archives de la guerre.)

* Maison au Ministre, Roabaix, 10 mars. (Ibid.)

' Sur l*ordre de l'Empereur, Clarke, par une dépêche du 7 mars, avait prescrit à Maison de réorganiser son armée, de réunir toutes les troupes disponibles des garnisons dans les places de Flandre, de se porter sur Anvers pour en retirer toutes les troupes, à l'exception de 3,000 marins, de disposer d'une partie de la garnison de Uerg-op-Zoom, de marcher ensuite sur Bruxelles pour dégager cette ville et inquiéter les communications du duc de Saxe-Weimar. A cette déptVhe, d'après laquelle il ne devait rester dans les places de Flandre que de la garde nationale, a Anvers que les matelots et les ouvriers du port, à Berg-opZoom qu*un millier d'hommes, était joint un tableau de formation du corps de Maison. D'après les calculs de l'Empereur et du Ministn», Maison aurait alors disposé de 41 bataillons représentant un eiïectit de 22,487 hommes et de 3,053 chevaux. Au lieu de prendre une ligne d'opération fixe. Maison devait être continuellement en mouvement dés que son corps serait organisé, se porter tantôt à Anvers, tantôt à Bruxelles, tantôt devant Condé et Tuurnay et tantôt sur la Meuse, u Le mal que vous ferez à l'ennemi par cette manière d'opérer sera incalculable, écrivait le Ministre, et ranimera la confiance et l'énergie des habitants lorsqu'ils se sentiront protégés par un corps d'armée toujours à la poursuite des partis ennemis qui désolent les petites villes de la

Tout en se conformaiil aux ordres de son souverain, Maison, avant même d'être arrive à Lille, faisait remarquer au Ministre que le tableau d'organisation était fortement exagéré. Il ne pouvait en effet rien tirer d'Ypres qui lui demandait des renforts, ni d'Ostende où il n'y avait que 900 hommes. La 4« division de la garde, que Clarke supposait être de 4,334 hommes, n'avait que 1930 hommes dans ses trois régiments de tirailleurs et le 12« voltigeurs ne comptait que 800 hommes. Enfin, après les derniers événements, il paraissait presque impossible h Maison d(ï parvenir h opérer sa jonction avec les garnisons d'Anvers, Berg-op-Zoom et Maëstricht, et il ajoutait en terminant : « Je le répète, avec d'aussi faibles moyens que ceux que je pourrai réunir, je regarde comme tri>s incertain le succès d'une opération vsur Anvers »*.

En somme on ne fit pour ainsi dire aucun mouvement de part et d'autre pendant les journées des 9 et 10 mars. Du côté des Alliés, sur hi foi de renseignements plus ou moins exacts sur les positions occupées par le gros des forces de Maison et à la nouvelle de la rentrée à Menin d'un parti français qui en avait délogé les Cosaques appartenant au corps volant d'HelIwig, on avait envoyé h Audenarde 2 bataillons, un demi-escadron et une section d'artillerie tirés des troupes d'Anhalt-Thuringe laissées jusque-là à Warcoing.

Affaires de Quiévrain, Solre-le-Château et Vieuz-Reng.

— Pendant toute la durée des opérations contre Audenarde et Gand les garnisons des places françaises avaient, elles aussi, continué leurs coups de main. Le 7 mars, un parti de cavalerie française, sorti de Valenciennes, avait levé une contribution à Quiévrain et réquisitionné des vivres que l'arrivée de la cavalerie alliée Tempôcha de ramener à Valenciennes. Le lendemain 8 mars, une petite colonne française partit de Maubeuge afin

caiiipague. » L'Einporeur pi-escrivait à Maison d'organiser dans les places lu service à la turque, « c'est-à-dire que les moines hommes doivent rester constamment chargés de la défense d'un même poste et d'un m(>me bastion et y coucher comme dans une caserne. Cette méthode facilite beaucoup le service puisqu'il ne faut, pour garder une place, que le quart des hommes qu*on est obUgé d'employer suivant notre manière ordinaire ». (Archives de la guerre,) i Maison au Ministre, Roobaix, iO mar$. (Ibid,)

w«u. — IV. 20

d'enlever un gros <*onvoi de farine qu'on savait arrivé à Solresur-Sambre. Quoique surprise par les Français, qui réussirenl un moment h pénétrer dans la ville, l'infanterie russe qui seiTait d'escorte à ce convoi parvint, apr^s un engagement assez vif, h repousser les Français et h les obliger à reprendre le chemin de Maubeuge.

L'insuccès de cette tentative ne découragea pas le commandant de Maubeuge. Informé qu'une colonne de 400 à 500 prisonniers français, venant de Soissons, couchait le 10 mars à Solre-sur- Sambre et devait continuer le lendemain sur Mons, il fit sortir de la place, le 11 mars h 5 heures du malin, 400 hommes d'infanterie, une trentaine de chasseurs h cheval et 2 pièces de canon sous le commandement du major Reinhartz, avec l'ordre de s'établir au village de Vieux-Reng, situé près de la route que devait suivre la colonne de prisonniers, d'embusquer une partie de sa troupe dans les ravins et d'attaquer l'escorle aussitôt qu'elle se présenterait. Le major conduisit son opération avec beaucoup d'habileté et de circonspection : au moment où la tête de colonne déboucha, il la fit charger par ses chasseurs h cheval et fusiller aussitôt après par 100 de ses fantassins. Quoique forte de 150 hommes et d'un quarantaine de chevaux, l'escorte prussienne, surprise parcelle attaque imprévue, n'opéra qu'une faible résistance? et s'enfuit au plus vite sur Rouveroy, abandonnant aux Français les 500 prisonniers dont la plus grande partie appartenait aux grenadiers et aux chasseurs de la garde. Une colonne russe que, sur la demande du général von Ryssel, le colonel Nasakyn avait chargée de surveiller de Solre-sur-Sambrc la route d'Avesnes h Mons, arriva trop tard pour atteindre le petit corps français qui avait repris au plus vite le chemin de Maubeuge*. La réussite de ce coup de main décida le duc; de Saxe-Weimar et le général von Ryssel h renforcer assez sensiblement l'effectif des troupes d'infanterie et de cavalerie affectées à la garde de la ligne d'étapes entre Mons et Avcsnes.

' Commandant SchouUer au général Maison, Maubeuge, 12 mars (Arehiveg de. la guerre) ; Maison au Ministre, Roubaix, 13 mars (Ibid), et Getehiehte der KnUtehung det Kaiser A lexander Grenadier Régiments (ZHtschrift fur Kunit, Wissensehaft und Gesehiehte des Krieges, 1853, III}.

12-15 mars. — Pointe de la garnison française d'Ostende sur Bruges. — A peu près à la môme époque, l'extrèmo droite (les lignes du duc de SaxeWoimar avait été, elle aussi, inquiétée i»t tenue en haleine par les mouvements ot!ensifs des Franeais. Une colonne volante, tirée des garnisons d'Oslende, de Nieuporl et de Dunkerque, s'était réunie à Ostende sur Tordre du général Brenier; sortie de cette dernière place, le 12 Ix la poinl(» du jour, elle chassa de Bruges les cavaliers du major comte Pùckler, y leva une contribution en argent et en draj) et rentra à Ostende le même soir* ramenant avec elle le maire et un conseiller de préfecture qu'on garda comme otages jusqu'au payement des 15,000 francs que cette ville, frappée d'une contribution de 40,000 francs, n'avait pu acquitter inmiédiatement'.

Renseignements et renforts reçus par le duc de Saxe-Weimar. — Toutes ces entreprises, tous ces coups de main, quoique peu importants en eux-mêmes, contribuèrent à entretenir les inquiétudes du duc de Saxe-Weimar et ù exercer une inlluence réelle sur ses résolutions. Mais, h partir du 12 mars, la situation du commandant en chef du III« corps fédéral changea du tout au tout. Ignorant jusqu'à ce moment le résultat des opérations de Blùcher, chargé plus particulièrement de couvrir la base d'opérations et les lignes de communications de l'armée de Silésic avec les Pays-Bas, satisfait du résultat qu'il avait obtenu en empêchant Maison d'opérer sa jonction avec les troupes que le général français voulait faire sortir d'Anvers, en l'obligeant à évacuer Audenarde et Courtrai et îi reprendre position en. avant de Lille; voulant d'autre part faire front de tous côtés et sur\'eiller toutes les pla<^es, il avait jugé prudent de renoncer îi l'offensive et avait cru bien faire en disposant ses troupes en cordon sur un long arc de cercle dont la corde, passant par Bruxelles, s'étendait d'Anvers jusque vers Beaumont, à 30 kilomètres environ au sud-est de Mons.

Les nouvelles arrivées le 12 mars au quartier général du duc de Saxe-Weimar, lui permii*ent de modifier son attitude et de

* Général Maison au Ministre, Roubaix, 15 mars, et général Urenicr au Ministre, Lille, 15 mars. (Archives de la guerre.) s Commandant d'Ostende au Ministre, Ostende, 15 mars. (Ibid.)

renoncer à un système qui aurait (»u des conséquences fatales j)our lui, si le général Maison avait réellement disposé d'un corps suffisamment nombreux pour lui |)ermettrede tenir la campagne et s'il avait pu abandonner à elles-mêmes les places fortes do Tancienne frontière. Jusqu'à ce moment, le duc n'avait même pas osé pousser les troupes du générai Borstell de Tournay sur Roubaix. Il avait môme cru nécessaire de garder h Alost et à Termonde le détachement du major von Klinkowstrôni, bien que Biïlow eût envoyé îi cet officier Tordre de le rejoindre, parce qu'il était fermement résolu à ne rien entreprendre avant d'être renseigné sur la situation de Tarmée de Silésie.

Reconnaissances de Schônburg et d*Hollwig sur Lannoy et Tourcoing. — Mais le 12 mars le duc de Saxe-Weimar reçoit à la fois la nouvelle de la victoire de Laou * et de Tarrivée à Bruxelles dtîs renforts que le général-lieutenant von Thielmann lui amenait de Saxe. Au lieu de reprendre immédiatement l'offensive il préféra attendre l'entrée en ligne de ces renforts et consacrer quelques jours à la réorganisation de son armée. Toutefois, comme on continuait à signaler Texislence de rassemblements français à Lannoy et à Iloubaix, comme on craignait de nouveaux mouvements offensifs de Maison, le duc de Saxe-Weimar, avant de donner au général Borstell l'ordre de tenter dans la nuit du 13 au 14 une surprise sur Roubaix, chargea le major Hellwig et le colonel prince Schônburg de reconnaître dans la matinée du 13 mars, les postes de Tourcoing et de Lannoy et de chercher h se procurer des données positives sur la j>osition, les forces et les intentions des Français.

Le colonel prince Schônburg chassa de Wattrelos un petit

' Le 13 iiu malin, le coiiiinandant des avant-postrs prussiiMis on avant de Courlrai avait fait parvenir au\ avant -postes français le biUet suivant : c( Monsieur mon Camarade,

u 11 n*y a pas longtemps que vous avt>z ou la honte de me faire parvenir ({uelques petites relations pour des victoires que l'armée française doit avoir remportées. J'ai l'honneur do vous annonoor avec le plus grand plaisir que Son E\rellonce Monseigneur le Maréchal de hliicher vient de remporter une victoire comphHe sur l'armée française commandée par l'Empereur des Français, le 9, à Laon. Monsieur, j'ai l'honneur d'être »

l'ONG Ë,

(Archives de la yuerre.) Ullicicr des avaut-postes.

poste français qui se replia sur Houbaix, oîi la division Barrois (Hailen position.

La reconnaissance (l'H(»ll\vig s'était portée sur Tourcoing, mais sans s'engager. Maison, qui au premier moment avait cru î\ une attaque sérieuse, fil réoccuper Wattrelos et suivre la retraite des reconnaissances alliées quand elles rentrèrent à Saint-Léger.

Bien que ces mouvements n'eussent donné aucun résultat et eussent seulement permis de constater la présence de la division Barrois à Roubaix, le mauvais étal des chemins et l'impossibilité de faire accompagner les troupes par leur artillerie décidèrent le duc de Saxe-Weimar h renoncer au coup de main projeté sur Roubaix.

16 mars. — Positions de l'armée du duc de Saze-Weimar après Tarrivée des renforts. — Répartition des troupes chargées d'opérer contre Haubeuge. — Rejoint pendant les journées des 14 et 15 par les Saxons de Thieimann *, disposant désormais de 27,000 hommes, 3,200 chevaux et 45 bouches h feu, le commandant du III^ corps fédéral résolut de se conformer sans plus tarder aux ordres envoyés par le quartier général de l'armée de Silésie, et, afin de faciliter l'opération qu'il allait entreprendre contre Maubeuge, il assigna à son corps d'armée les positions suivantes :

Le général von Ryssel, chargé de surveiller Coudé et Yalenciennes et de couvrir Mons avec quatre bataillons saxons, quatre escadrons de hussards de Poméranie et une batterie à cheval, garda la rive droite de la Hayne, du côté de Condé, occupa Quiévrain et établit le gros de son monde il Saint-Ghislain. A sa gauche, le général von Borslell (10 bataillons, 9 escadrons et 16 bouches h feu) était cantonné à Bavay, masquant ainsi Valenciennes et Le Quesnoy, et faisait observer Landrecies par quelques troupes postées h Pont-sur-Sambre. Plus à gauche encore, le gros de la division saxonne du général Lecoq (6 bataillons et

1 Composition des renforts amenés par Thieimann et par le général-major de Brause : 1 escadron de cuirassiers, 3 bataiUons da i^^ régiment de landwehr, t bataillons d*Anlialt-Dessau-Kôthen qu'on envoya de BraxeUes à Tournay, 1 bataillon de ligne et 3 bataillons de landwehr qu'on dirigea sur Mons. Enfin i bataillon de landwclir do Sch^arzburg qui resta, dans le principe, à Bruxelles.

demi, 3 escadrons et 24 pièces, dont 12 de gros calibre et 12 de siège), l'était chargé des opérations contre Maubeuge *. Le général Lecoq avait en outre Tordre de laisser à Beaumont un bataillon et un escadron destinés à couvrir le blocus de Maubeuge, du côté de Philippeville. Entin, le colonel russe Nasakyn, posté h Avesnos, surveillait Landrecies.

Sur sa droite, le duc de Saxe-Weimar avait confié au générallieutenant von Thielmann, détaché h Tournay avec dix bataillons, quatre escadrons et dix-sept bouches îi feu, le soin d'immobiliser les troupes françaises, que Maison avait ramenées sous Lille. Le corps volant d'Hcllwig, qui couvrait la droite et occupait Courtrai et Monin, était momentanément laissé h la disposition du général von Thielmann, ainsi que les Cosaques de Byhalow, postés h Gand. et le parti du major Piickler, établi à Bruges.

On n'avait rien changé à la disposition des troupes de deuxième ligne; trois bataillons de landwehr continuaient h former la garnison de Bruxelles, et le détachement du général-major von Gablenz, posté h Malines, se reliait avec les Anglais de Graham (ît assurait avec eux le blocus d'Anvers*.

Le plan conçu par le duc de Saxe-Weimar était d'autant plus inexplicable que la possession de Maubeuge ne pouvait lui assurer aucun avantage réel. Maîtres d'Avesnes depuis le commencement de février, les Alliés pouvaient, rien qu'en évitîint Maubeuge, communiquer librement et facilement de Belgique en Champagne. Depuis près de six semaines, ils se servaient de la route Mons — Avesnes — La Capelle — Vervins sans que, faute de monde au Quesnoy, h Landrecies et à Maubeuge, on eût jamais pu inquiéter sérieusement cette communication. Enfin, comme les renseignements apportés par deux douaniers déser-

* Les troupes de Lecoq, ctiargécs des opérations sur Maubeuge, étaient réparties comme suit : sur la rive droite de la Sambrr, 4 hataillons d'infanterie saxonne, d ont 3 de grenadiers, 1 escadron de cuirassiers et toute l'artillerie; sur U rive gauche de lu Sambre, 2 bataillons 1/2 et 2 escadruni.

* Si l'on ajoute aux troupes du duc de Saxe-Weimar et de Graham l'armée suédoise cantonnée d'Aiv-la-Chapello à Liôge et le corps du génëraMieutenant Walhnodcn qui venait d'arriver de Hrème, l'effectif total des troupes alliées dans les Pays-Bas s\'>lcvait à ce moment à plus de 60,000 hommes ft 9,5(K) chevaux, disposant de 170 bourbes à Ami.

leurs confirmaient les données que possédait déjà le duc de Saxe- Weimar; comme il savait d'une façon presque positive que la garnison de Maubeuge se composait tout au plus d'un millier de douaniers, de conscrits et de gardes nationaux, et que la place était hors d'état de soutenir un siège, il était évidemment contraire îi lous les vrais principes d'employer contre cette place la division de Lecoq, de détourner des opérations actives les troupes des généraux Borstell et Ryssel, et de les immobiliser en les chargeant de surveiller Condé, Valenciennes et Landrecies.

Situation de Maison. —Une dépêche de Maison à Clarke, en date du 16 mars, dans laquelle le commandant du 1«' corps exposait rcxiguïté de ses ressources, permet de se rendre un compte exact des résultats que le duc de Saxe-Weimar aurait pu obtenir s'il avait persévéré dans une offensive; h laquelle il renonça sans raison aussitôt après l'avoir prise, et si, au lieu de disséminer ses forces, il avait profité de l'arrivée de ses renforts pour pousser vigoureusement la poignée d'hommes à la tôte desquels Maison avait tenté de donner la main à la garnison d'Anvers. « Malgré le danger que courent les places du Nord en les dégarnissant du peu de troupes que j'y avais laissées, écrivait Maison au Ministre \ mes observations n'ayant pu détruire les ordres que Sa Majesté a donnés pour leur réunion h mon corps d'armée, j'ai retiré de Valenciennes un bataillon du 75^, qui arrivera le 17 îi Lille. Il ne reste plus dans cette place qu'un bataillon du 72% que je devrais également en retirer ; 500 hommes du 25^, qui étaient à Landrecies et au Quesnoy, seront mis en marche le 19 pour être à Lille le 22. Ainsi ces deux places sont réduites h 150 hommes de garnison chacune. Landrecies n'ayant que 1500 âmes, la population offre peu de ressources pour la défense de cette place, située sur la grande communication de l'ennemi.

* Maison au Ministre de la guerre, Roubaix, 16 mars 1814. (Archives de la guerre.)

Maison n*avait pas encore reçu à ce moment la dtfpôcho que Clarke lui adressait, à la date du 14, et dans laquelle le ministre de la guerre se bornait d'ailleurs à lui annoncer que « les observations relatives aux difficultés que présente l'organisation de son corps d'armée et les conséquences qui en résulteraient pour la défense des places sont tellement importantes qu'il a cru devoir envoyer cotte lettre à l'Empereur »». (Ministre île la guerre au général Maison, Paris, 14 mars; Archives de la guerre.)

Je no doute pas que les Alliés, manquant leur invasion de Paris, ne reviennent h des opérations plus régulières et ne commencent alors î\ s'assurer des places qui gênent leurs communications et dont lu possession, en tout état de choses, leur permettrait de se retirer avec sécurité et d'établir le Ihédtre de la guerre dans les Pays-Bas. »

Après avoir signalé au Ministre les préparatifs que les Alliés faisaient en vue de l'alUique des places, Maison, rectifiant les états de situation de son corps à la date du 14, mandait que « la division Barrois n'avait que 95 officiers et 2,742 hommes présents sous les armes ; la cavalerie de Castex, 48 officiers et 832 chevaux». Et il ajoutait : «La division Solignac, que je commence à organiser, se monte en tout h 1404 hommes.

« Les difiicultés que j'ai annoncées à Votre Excellence que j'éprouverais pour retirer des dépôts de la 16® division les hommes portés sur les états comme disponibles, se sont réalisées. Nous sommes loin du résultat que nous espérions. Le 55®, qui devait fournir 500 hommes, n'en a envoyé que 100 qui ne sont ni habillés ni équipés. Ils sont sans capotes et vêtus d'une veste ])lanche. Le général Brenier m'a prévenu que la plupart des hommes à recevoir des dépôts se trouveraient dans le même cas, vu l'état de pénurie de ces dépôts. Votre Excellence sait qu'il est impossible de mettre en campagne des soldats qui n'ont ni caj)Ole ni fourniment, et je la prie de faire envoyer ii Lille un millier de capotes. »

17-18 mars. — Sortie de la garnison d'Anvers. — Mouvement de Lecoq vers Haubeuge. — Les mouvements des différents corps du duc de Saxe-Weimar allaient d'ailleurs mettre une fois de plus Maison dans l'impossibilité de se conformer aux ordres de TEnipereur et l'empêcher de faire entrer dans la composition de ses troupes d'opérations les quelques fractions qu'il comptait tirer de» Valenciennes, de Landrecies et du Quesnoy. Pendant que la garnison d'Anvers inquiétait h nouveau, le 17 au matin, les troupes de blocus du général von Gablenz, au point d'ol)liger cet officier général à appeler îi lui sa réserve postée h Malines, le général Lecoq avait commencé son mouvement sur Maubeuge. Parti le matin de Mons, il s'arrêtait le soir h Merbes-h»-Chî\leau et occupait par ses troupes avancées Grand-

Renp, Erquelines et Jeumont afin de s'assurer la possession du pont de la Sarabre.

Continuant le 18 mars son mouvement sur Maubeuge, par les deux rives de la Sarabre, Lecoq arrêta lo gros du corps de siège ri Recquignies et Boussois, lit jeter entre ces deux villages des ponts volants sur la rivii»re et établit ses avant-postes à Cerfonlaines, Roussies et Assevent. S' exagérant évidemment la force de la garnison de Maubeuge*, pensant par suite que les Français devaient occuper l'ancien camp retranché de Roussies, créé lors du premier siège en 1793, et les hauteurs d'Assevent, où ils ne montraient que des patrouilles, Lecoq employa les journées des 19 et 20 mars ?i reconnaître les abords et les avancées de la |)lace et commença les travaux préparatoires d'un siège en règle en faisant fabriquer des fascines et des gabions dans les bois de Roussies.

19-24 mars. — Siège de Maubeuge. — Le 19 il poussa sur la rive droite de la Sambre ses avant-postes de Cerfontaines jusqu'à Ferrières-la-Grande et envoya sur Hautmont une reconnaissance chargée de déterminer remplacement d'un pont et de chercher à se relier avec la colonne de Borslell qui devait, de Bavay, observer Valenciennes, Le Quesnoy et Landrecies.

Le 20, on acquit la conviction qu'il serait impossible de jeter un pont il Hautmont. Le duc de Saxe-Weimar rejoignit Lecoq et se chargea dès lors de la direction des opérations. Jusqu'à ce moment le colonel Schouller, forcé de ménager le peu de troupes dont il disposait, s'était borné à tirailler avec les avant-postes saxons et à les tenir en haleine.

Le 21 au matin le colonel Schouller, voyant que les Saxons se

* La lenteur de la marche de Lecoq permit au colonel Schouller de compléter les préparatifs nécessaires et de rendre compte à Maison des projets des Alliés. Le colonel avait, dès le i8, mandé à Maison que les Alliés, se dirigeant sur Maubeuge, avaient avec eux des mortiers, des canons de gros calibre, des outils et des échelles capables de porter 6 hommes de front et que l'ennemi tenterait un coup de main après avoir bombardé la ville. 11 ajoutait quHl ne craignait pas un coup de main, « mais que la place était hors d'état de soutenir un siège en règle » et, ne pouvant compter sur la garde nationale, il priait le général en chef de ne retirer personne de Maubeuge et de lui envoyer du renfort. (Colonel Schouller, commandant à Maubeuge, à Maison, Maubeuge, i8 mars, et Maison au Ministre, Lille. 19 mars; Archivei de la gutrre.)

rapprochaient de tous côtés de la place, attaqua vivement leurs avant-postes du côté d'Assevcnt et obligea même Lecoq à les faire soutenir par des troupes venues de la rive droite de la Sambre.

Dans le courant de la journée du 21 mars les trois bataillons prussiens du major Klinkowstrôm rejoignirent le corps de siège; cet officier, qui venait de se mettre en roule pour rallier en France le corps de Bulow, avait en effet trouvé îi Beaumont Tordre du duc de Saxo-Weimar lui enjoignant do se diriger do cette ville sur Cerfontaines et l'informant qu'il ne reprendrait son mouvement qu'après la tin du siège de Maubeuge. Disposant à |)arlir de ce moment de 9 bataillons concentrés sur la rive droite de la Sambre aux environs de Ferrières-la-Grande, do

7 compagnies et d'un escadron postés en obser\'ation sur la rive gauche, le duc de Saxe-Weimar rapprocha de la place les troupes de la rive droite et occupa sans coup férir le camp de Roussies qui domine complètement la place.

Dans la nuit du 21 au 22 on pressa les travaux d'établissement et d'armement des trois batteries de siège; celle des attaques de gauche, placée au sud de la roule de Maubeuge ù Beaumont à hauteur des premières maisons des faubourgs de la place, devait recevoir 6 mortiers anglais et 2 pièces de 12. Pour la batterie du centre, qu'on allait établir au nord de cette route et armer de?

8 pièces de 12 livres, on utilisa les restes d'une ancienne redoute. En avant de cette batterie et à peu de distance de la crête du glacis on avait disposé des plates-formes et des épaulements pour 2 mortiers. Ënlin on avait choisi pour l'emplacement de la batterie de droite, à laquelle on avait attribué 4 canons anglais de 24 livres, les fossés d'un des anciens ouvrages.

La garnison, qui n'avait pas cherché à inquiéter les travailleurs pendant la nuit, sortit le 22 au matin par la porte de France. Appuyée par le tir de rartillerie de la place, elle chassa devant elle les gardes des tranchées et ne rentra dans Maubeuge qu'après midi. Le colonel Schouller avait en même temps fait inquiéter les postes saxons de la rive gauche de la Sambre, du côté d'Assevenl, et le tir presque ininterrompu de son artillerie entrava et retarda sérieusement les travaux des assiégeants, qui ne purent les reprendre qu'îi la nuit.

Afin d'être en mesure de se garantir à l'aide des pièces de gros

calibre, contre les tentatives ultérieures des assiégés et d'enfiler les débouchés de la porte de France et la route de Beaumout, le commandant du III« corps fédéral résolut d'établir, k la gauche de la redoute et de la batterie du centre, des épaulements pour les 2 obusiers primitivement destinés à la batterie de gauche. Le duc de Saxe-Weimar prescrivit en outre au général von Borstell, dont le gros se tenait du côté de Bavay, de relever le poste saxon d'Hautmont et d*y garder le pont.

Dès le 20, le colonel Nasakyn avait, sur Tordre du commandant du III* corps fédéral, talé Landrecies et laissé, avant de rentrer \\ Avesnes le 21, un poste d'observation h Maroilles. De plus, afin de suppléer à 1 insuffisance numérique de sa cavalerie, le duc do Saxe-Weimar, informé par le colonel Nasakyn de la présence entre Beaumont et Philippeviile du régiment de cosaques de Rebreeflf provenant du blocus de Wesel, avait envoyé îi ce régiment Tordre de le rejoindre immédiatement.

Le 23 mars, à 4 heures du matin, les batteries de siège ouvrircnt le feu et commencèrent le bombardement, bien qu'on ne disposîllen tout que de 16^24 coups, soit environ 90 coups par pièce. La place qui, pendant les premières heures, avait négligé de répondre, riposta vivement h partir de 6 heures et, îl 9 heures du matin, la batterie du centre, dont le magasin contenant 140 bombes venait de sauter, était réduite au silence et presque complètement détruite. Les deux autres batteries exposées au feu des 26 pièces du colonel SchouUer continuèrent \\ tirer jusqu'au soir, mais avec si peu de succès que le duc de Saxe-Weimar renonça à la continuation du bombardement. En présence de Tatlitude résolue de la garnison il eût été insensé de tenter Tescalade et, bien qu'il n'y eût guère lieu d'espérer qu'on pourrait faire accepter une capitulation, quelque honorable qu'elle pût être, à l'officier qui défendait si énergiquement la place qu'on lui avait confiée, le duc de Saxe-Weimar envoya cependant au colonel SchouUer un parlementaire qui rapporta la réponse à laquelle s'attendait du reste le commandant du III*^ corps.

Le 23 au soir les Saxons cessèrent le feu et profitèrent de lîi nuit pour désarmer leurs batteries, et le 24 au matin les troupes de Lecoq, qui avaient couvert la retraite du parc de siège sur Beaumont et sur Mons, revinrent sur les positions de Saint Ghislain qu'elles avaient occupées le 21 .

Sorti de la place h 8 heures du malin, avec 500 hommes et 30 chevaux, le colonel SchouUer avait chassé Tarrière-garde saxonne de Ferrières-la-Grande.

Après avoir autorisé le major von Klinkowstrôm à reprendre le lendemain le mouvement qu'il lui avait fait interrompre à deux reprises, le duc de Saxe-Weimar retourna de son côté à Mons, et chargea les généraux Lecoq et Ryssel, qui ne laissèrent à Saint- Ghislain qu'un bataillon, 3 escadrons et une section d'artillerie h cheval, d'assurer jusqu'à nouvel ordre le blocus de Maubeuge.

Le 24 au soir les troupes saxonnes occupaient sur la rive droite de la Sambre, Ferrières-la-Petite, Ferrières-la-Grande, Roussies, Recquignies et, plus en arrière, Beaumont et Solre-lc- Château ; sur la rive gauche, Assevent, Roussois et Ellesmes. Les Cosaques flanquaient la droite de leurs lignes du côté de Muirieux et de Rettignies, éclairaient le front de la position de Lecoq et observaient de loin les travaux de réfection que le colonel Schouller avait fait entreprendre aussitôt après la retraite des assiégeants.

19 mars. — Situation de Maison. — Mécontentement du prince royal de Suède. — Pendant que ces événements se déroulaient sur la gauche des lignes alliées, dès qu'il eut vu les Saxons prononcer leur mouvement vers Maubeuge et Rorstell se charger de Tobservation du Quesnoy, de Valenciennes et de Condé, Maison, justement inquiet sur le sort de places aussi faiblement défendues, avait renvové h Valenciennes le bataillon qu'il en avait retiré et fait entrer dans Maubeuge le bataillon provenant de Landrecies et du Quesnoy, qui avait ordre de rejoindre le pr corps d'armée. A ce moment Teffectif total de l'infanterie de ce corps était d'environ 4,500 hommes, dont il convient (le défalquer le bataillon renvoyé îi Valenciennes et les 1500 hommes que Maison aurait dû laisser à Lille s'il lui avait fallu s'éloigner de cette place. Dans ces conditions et surtout en raison du peu de valeur des quelques troupes* dont il disposait.

* Daus sa dépêche au Ministre de la guerre, en date du 19 mars. Maison, après lui avoir fait connaître les positions et les forces de ses adversaires, après lui avoir démontré que les Alliés avaient une armée nombreuse devant

Maison ne pouvait faire autrement que de rester momentanément sur ses positions de Lille et do Roubaix.

Avant de nous occuper des opérations qu'après avoir relevé Borstell à Tournay, le général Thielmann ne devait pas tarder à entreprendre, il nous reste encore à signaler un événement politique important, un fait qu'on a souvent contesté et dont la preuve évidente ressort cependant d'une dépêche que Maison adressa de Lille, le 20 mars, au major-général et au Ministre de la guerre. Nous voulons parler de Tattitude de Bernadotte. On se rappelle que nous avons eu lieu d'insister au chapitre XII sur la défiance que les lenteurs du prince royal de Suède avaient inspirée à Bûlow, sur l'envoi et la présence à Liège, au quartier général de ce prince, d'un agent du roi Joseph, M. de Franzemberg, sur la tension des rapports entre Blûcher et le commandant de l'armée du Nord, sur le mécontentement qu'avait causé h Bernadotte le départ pour la France des deux corps de Bùlow et de Winzingerode, détachés de son armée et attribués à Tarmée de Silésie, et qu'avait encore augmenté la destination réservée au

la frontière du Nord où i: uous u'avons p<is inOmc de quoi mettre garniâon dans les places », lui faisait un triste tableau de sa situation.

« La mesure do retirer des dépôts les hommes disponibles, lui écrivait-il, ne produit rien; il m*est déjà arrivé ici 500 à 600 hommes des 28", 43®, 46« et 55". Il n'y en a pas iOO en état d'entrer en campagne. Tous les autres sont absolument nus, sans chaussures, sans gibernes. Ce sont presque tous des isolés appartenant à difTérents corps d^arniéc et qu'on a incorporés dans les dépôts de cette division. Grand nombre d'entre eux sont faibles, malingres et incapables de servir. Je ne parle pas de la désertion qui a eu lieu eu se rendant de leur dépôt à Lille. 11 résulte de cet exposé qui n'est que trop vrai et de la mesure que j'ai dû prendre de renforcer les garnisons de Manbeuge et de Valencieunes, que je ne pourrai pas organiser une division d'infanterie de ligne de 6 bataillons.

(f Je répète à Votre Excellence qu'on ne peut plus compter sur les gardes nationales urbaines. Tous les commandants de plac^ le disent. Le caractère dominant de l'esprit public dans ce pays est l'apathie et l'absence la plus ab.>oluo de tous sentiments français, nobles et généreux. Ce pays-ci est résigné à tout. Il n'attend pas l'ennemi en libérateur. Mais il supportera le joug et ne \eut rien faire pour s'éviter ce malheur. Tous les conscrits de ces départements-ci qui sont dans les corps, môme de la garde, désertent d'une manière effrayante. Dans une seule compagnie d'artillerie de la division Barrois, on compte jusqu'à 23 déserteurs. Et cependant ces troupes n'ont jamais manqué de rien depuis que je les commande. Ce qu'il y a de plus incroyable, c'est que la plus grande partie de ces déserteurs passe à Cennemi^ chose inouïe dans nos années depuis les guerres de la Révolution. » (Maison au Ministre de la guerre, Lille, 19 mars; Archives delà guerre.)

corps du duc de Saxe-Weimar qui avait, lui aussi, reçu l'ordre do rejoindre ullérieuremenl Blficher. On se rappellera également que nous avons reproduit la lettre en date du 18 mars dans laquelle le prince royal de Suéde, prolestant contre ces procédés, d'abord comme général, puis comme représentant un roi et une nalion alliée, avait formellement déclaré que « mis par la privation de ces trois corps, dans Timpossibilité de faire quelque mouvement utile, il resterait, en attendant l'exécution des traités, sur remplacement que l'armée suédoise occupait depuis le 4 mars* ».

Le duc de Saxe-Weimar partageait lui aussi les idées et la défiance de Bûlow. Il croyait h l'existence de relations suivies entre le prince royal de Su^de et son ancien aide de camp, le commandant des troupes françaises du Nord. On lui avait signalé de nombreuses allées et venues entre le quartier général suédois de Liège et les lignes de Maison, et l'envoi auprès de ce général de Benjamin Constant. Il (»st vrai que Ton avait eu soin de déclarer, tant au général Dôrenberg et aux officiers allemands attachés à Télat-major du prince royal de Suède, (ju'au jeune [)rince de Croy-Solre, que le duc de Saxe-Weimar avait détaché auprès de Bernadotle uniquement afin d'être r(»nseigné sur C(^ qui se passait à Liège, qu'on cherchait à décider Maison à trahir la cause de l'Empereur et à passer aux Alliés. Sans vouloir aller jusqu'à prétendre, comme Marmont Ta fait*, que le prince royal de Suède ait sérieusement songé h déchirer les traités qui le liaient à la Coalition et à retourner ses armes contre les troupes prussiennes et fédérales employées en Belgique, il n'en est pas moins certain que l'on aurait peut-être pu tirer jjarli du mécontentement de Bernadette en flattant son ambition, en prêtant Poreilh» h ses ouvertures, en cherchant à deviner quelles étaient ses pensées intimes, ses désirs secrets. Une dépêche de Maison, trop intéressante pour ne pas être reproduite in extenso, permettra d'ailleurs de se faire une idée exacte de l'état d'esprit du prince royal de Suède:

« J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse, écrivait-il

* Prince royal de Soède aa feld-marécbal Biiicher, Li^'gc, 18 iiiai-s.

* Marmont, Mémoiret, VU.

au major général et an Minisire de la gnern», k» tO niai-s *, qu'un officier suédois a amené le 19 aux avant-posles d'Ypres 40 prisonniers français de difléreiits grades, que Son Altesse Royale le prince de Suède renvoie sur parole. Il paraît, d'apK^s la déclaration de plusieurs généraux rendus, que Toflieier suédois aurait voulu entrer en pourparlers pour établir un échange. 11 est reparti en recommandant beaucoup k ces Messieurs la demande contenue dans la lettre du général Spaar, remise au commandant d'Ypres.

« D'après tout (mî que rapportent les prisonniers, ie prince royal de Suède semble être dans des dispositions dont Sa Majesté pourrait tirer parti pour le détacher de la cause de la Coalition, Si l'on établissait l'échange que ce prince fait demander, il serait possible de lui faire faire des propositions directes qui auraient vraisemblablement un résultat favorable. Le prince est mécontent des Alliés; il les accuse de n'avoir pas rempli les engagements contractés réciprov]uement. Une grande défiance et même de la mésintelligenre règne entre lui et le duc de Saxe-Weimar. L'officier suédois était chargé, au cas qu'il ne voulût pas laisser passer les prisonniers, de demander au duc son refus par écrit et d(î! déclarer que, si l'on s'opposait à leur retour en France^ le prince enverrait un détachement pour les faire passer de force, et ferait faire feu sur tes troupes de n importe quelle puissance qui s opposerait à ses dispositions.

« Après s'être fortement prononcé contre le projet de rétablir les Bourbons en France, le prince a engaffé tous les prisonniers à mourir près de f Empereur, plutôt que de souffrir que cette famille avilie remonte jamais sur le trône, et il leur a conseillé d'insurger leurs provinces pour repousser ce nouveau projet des Alliés. Dans la conversation, le prince a aussi dit à ces officiers qu'il était h Liège avec toutes ses troupes, et qu'il n'en sortirait qu'à bonne enseigne.

« J'ai cru devoir entrer dans ces détails par Timportance que je conçois qu'on peut attacher aux dispositions que manifeste pour ainsi dire publiquement le prince de Suède,

a M. de Franzemberg, que je suis parvenu h faire passer aux

* Maison au mujor-géDérai et ua Ministre de la guerre, Lille, 20 mars. {Archivée de la guerre.)

avanl-posles ennemis en trompant le général prussien Borstell sur le but de son voyage, m'avait déjà fait connaîtrez son retour quelque chose des dispositions du prince de Suède. Ce qu'en disent maintenant les officiers rendus, me confirme dans Topinion que des ouvertures directes et officielles de Sa Majesté achèveraient de détacher la Suède qui doit commencer à sentir que les choses sont allées trop loin i)Our sa propre sûreté. »

Dans ces conditions, certain désormais que les Alliés se disposaient à entreprendre des opérations sérieuses sur sa droite. Maison * se serait peut-être décidé à marcher sur Valencieunes (ît Maubeuge si les Alliés n'avaient pas menacé Ypres et s'il n'avait pas eu connaissance de la concentration des Saxons de Thielmann et du corps volant d'Hellwig à Courtrai et àTournay. De toute façon d'ailleurs, et même si Thielmann fût resté sur la défensive, Timpossibililé de rien tirer des places, l'habillenjent et l'équipement plus qu'insuffisants des hommes venus des dépôts, la lenteur apportée par les autorités à l'organisation des gardes nationales urbaines et leur mauvais esprit, le manque de canonniers, de conducteurs et de chevaux qui ne lui avait permis d'alteler que vingt-trois pièces*, auraient empêché Maison de reprendre de suite la campagne.

21 mars. — Reconnaissance offensive de Thielmann sur Lille. — Combat de Bonvines. — En effet, tandis que Borstcll quittait Tournay le 19 mars et allait s'établir à Bavay et î1 Pontsur-Sambre pour appuyer les opérations contre Maubeuge à l'aide de démonstrations dirigées contre Valenciennes et Le Quesnoy, Thielmann, qui occupait Tovirnay avec 10 bataillons, 4 escadrons et 17 bouches à feu, avait résolu de profiler de Timmobilité forcée d(; Maison pour exécuter, avec le concours du corps volant d'Helhvig, chargé d'agir sur sa droite, une grande reconnaissance olVensive et fain» un fourrage aux portes de Lille.

Ne laissant que les trou|)es strictement nécessaires pour assurer le service des avant-postes du côté de Courtrai, la protection du |)ont de bateaux d'Heriinies et la garde de Tournay, Thielmann

* Maison au Ministre du la ^'ucrro. Situation à la date du âO mars, Lille, il mars. (Archives delà guerre.) i Id, in ibid.

forma, le 21 mars, sa division en trois colonnes. Celle de droite, sous les ordres du colonel prince Schônburg, avait pour mission de gagner les rives de la Marque à hauteur de ChiVeng ; celle du centre, conduite par le major von François, se dirigeait sur Boih vines et servait de soutien à la colonne de droite ; celle de gauche, plus forte que les deux autres et placée sous le commandement du général-major von Brause, devait ôtrc réunie il 10 heures du matin à Rumes, prête à se porter en avant dès qu'elle en recevrait Tordre ; 100 voitures de réquisition escortées par deux compagnies tirées de la garnison de Tournay et parquées près des routes d'Orchies et de Saint-Amand-les-Efiux, devaient accompagner les colonnes.

Le colonel prince Schônburg, qui avait suivi jusqu*à Chéreng la grande route de Lille, y rétablit vivement le pont dont il confia la garde î1 son infanterie et fit passer la Marque h ses hussards, auxquels il recommanda de pousser sur Lille, en leur défendant toutefois de s'engager sérieusement. Conformément aux instruction de Maison, les postes français se replièrent sans combattre sur les réserves d*avant-postes placées h Hellemmes et Lezennes. Rendu plus entreprenant par les progrès de ses hussards, qui rencontrèrent d'autant moins de résistance qu*Hellwig s'était montré presque au même moment au nord de Lille et avait inquiété le poste que Maison avait établi au Pont-Rouge pour communiquer avec Yprcs et les piquets des Écluses et deQuesnoysur-Deule, le colonel prince Schônburg, enfreignant les ordres de Thielmann, poussa sa cavalerie jusqu'à peu de distance du faubourg de Fives. Cette pointe inconsidérée, — que Thielmann appelle, dans son rapport, un excès de bravoure, — Tincertitude et la divergence des mouvements des Alliés démontrèrent à Maison qu'ils n'avaient d'autre but que de détourner son attention de sa droite ou de faire une grande reconnaissance sur lui. Réunissant au plus vile quatre bataillons, cinq escadrons et une batterie, il établit de suite sa droite au village de Sainghin, menaça les flancs et les derrières des troupes du colonel Schônburg pendant qu'une autre colonne française, chassant devant elle la cavalerie saxonne, la rejetait sur Pont-à-Tressin et Anstaing, et la poursuivait vivement jusque sur les bords de la Marque.

La deuxième colonne saxonne, postée à Bouvines, avait envoyé quelques renforts à la colonne de droite. Mais attaqué lui-même

Well. — VI. 21

sur sîi droite par les troupes frîinçaises débouchant du village do Sainghiu que les Saxons avaient vainement essayé d'enlever, inquiété par un autre détachement qui, venant de Fretin et de Péronne, cherchait h déborder sa gauche, le major von François dut abandonner Bouvines aux Français. La cavalerie de Maison, traversant la Marque h gué et h la nage, poursuivit alors les troupes de Schônburg jusqu'à Baisieux où la première colonne bivouaqua, et jusqu'à Cysoing celles du major von François qui s'arrêtèrent à Bourghelles où elles passèrent la nuit.

La troisième colonne s'était, pendant ce temps, dirigée par ()rchi(»s sur Le Pont-îi-Marrq où elle avait eu un engagement insigniliant avec un bataillon du 75^ et 200 chevaux ; elle retourna le 21 au soir à Orrhies.

Au nord de Lille, les cavaliers d'Hellwig, qui s'étaient monti*és dans la journée à Bondues et à Marcq-en-Barœul, avaient donné |)rès de cette dernière localité contre un poste de 300 hommes et repris le soir le chemin de Menin.

Le 22 mars, toutes l(;s troupes de Thielmann rentraient sur leurs anciennes positions autour de Tournay et les avant-postes français s'établissaient h Orchies *.

A partir de ce moment. Maison était décidé h reprendre Toffensive. Il se proposait, comme il l'écrivait au Ministre, de marcher sus au corps d'Hellwig qui était sur la Lys, à Menin, de recommencer ses opérations offensives le 24, et de chercher à nouveau à donner la main à la garnison d'Anvers.

Sortie de la garnison d'Anvers. — Pendant que le duc de Saxe-Weimar et Thielmann échouaient dans leurs entreprises sur Maubeuge et sur Lille, la garnison d'Anvers n'était pas restée inaclive. Le 21 mars, h 5 heures du matin, Carnot avait fait sortir de la place des troupes qui remontèrent la rive gauche de rEs<!aut et qui, appuyées par une flottille de 8 bâtiments, poussèrent jusqu'à Rup|)elmon«Je.

23-24 mars. — Préparatifs de Maison. — Sortie de la garnison d'Anvers. — Rassuré sur le sort de Maubeuge, voyant

* Maisou aa Miuistrc de la guerre, LiUis S2 mars. (Archives de la guerre,)

que ses adversaires, bien que disposant de forces considérables, agissaient sans plan arrêté et se contentaient d'observer Anvers (îl les places de la frontière du Nord, renseigné [)ar une dépêche du colonel de Geismar qu'on avait réussi h intercepter, sachant que le duc de Saxe-Weiniar avait porté du côté de Maubeuge la plus grande partie de son armée et dégarni sa droite, Maison, sentant plus que jamais la nécessité d'opérer sa jonction avec la division Roguet, se hi\ta de prendre les dernières mesures nécessaires pour tenir la campagne et chercha h induire en erreur le duc de Saxe-Weimar en taisant annoncer partout qu'il allait se porter eu avant pour dégager Maubeuge.

Afin de nneux donner le change aux Alliés, d'» parvenir à leur dérober ses projets, à leur cacher la direction réelle de sa marche et Tobjectifdes mouvements qu'il se |)roposait d'exécuter, Maison avait invité Cariiot h attirer sur lui l'attention du duc de Saxe- Weimar. Après avoir, pendant toute la journée du 23 mars, inquiété la ligne des avant-postes de Grahanj et de Gablenz, la garnison d'Anvers poussa dans la matinée du 24 une sortie dans la direction de Lierre, bouscula le poste de Contich nssez sérieusement pour obliger de nouveau le général von Gablenz h diriger des troupes de Malines sur Duffel et Waerlos.

25 mars. — Maison enlève Venin et Courtrai. — Fausses mesures prises par le duc de Saxe-Weimar et par Thielmann. — Le 24 au soir, Maison avait achevé ses derniers préparatifs, ravitaillé ses troupes d'opérations et organisé son é((uipage de ponts. Quittant Lille îi l'improvisle avec un peu plus de 3,000 hommes, 1100 chevaux et 20 bouches h feu*, il chassait deRoncq les avant-postes d'Hellwig, attaquait et culbutait le gros du corps volant à Menin et s'emparait de cette ville. Puis, sans laisser au major prussien le temps de souffler, il entrait sur ses talons à Courtrai et le faisait poursuivre sur la route d'Audenarde,

* (( Je monte à cheval, écrivait Maison au Ministre, de Lille le 25 au matin. Mes troupes sont en marche sur Courtrai. Demain Î6, je m'approcherai do Gand, à moins que je ne trouve des forces trop considérables. J'espère dans trois jours communiquer avec Anvers. Je ne doute pas que mes communications avec Lille soient coupées aujourd'hui. Votre Excellence ne recevra plus de mes nouvelles que lorsque je serai revenu sur la ligue des places, n

Le petit corps d'opération de Maison se composait des divisions Barrois ci Solignac et de la cavalerie du général Castex.

pendant que son avant-garde s'engageait sur la route de Gand et s'arrêtait, le 25 au soir, h Sainl-Éloy-Vive.

Avant môme d'être chassé de Menin, Hellwig s'était empress<^ de donner l'alarme au général von Thielmann et de lui faire savoir que, d'après lui, Maison parîiissait vouloir menacer Bruxelles. Le général saxon avait aussitôt donné au général von Brause l'ordre d'essayer de dégager Hellwig en poussant une reconnaissance sur Lille. Grâce à cette démonstration qui resta sans eftel, Thielmann espérait décider Maison à revenir sur ses pas et gagner le temps dont il avait besoin pour concentrer pendant la nuit ses forces, qu'il avait commis la faute de disséminer.

Transmise aussitôt au quartier-général du duc de Saxe-Weimar, à Mons, la nouvelle du départ de Maison de Lille y causa d'autant moins d'inquiétude qu'on pensait avoir complètement assuré la protection des points vers lesquels le général français semblait vouloir se diriger.

On croyait Thielmann parfaitement en mesure de tenir seul tète h Maison, el, comme on disposait en outre de la deuxième colonne de troupes saxonnes amenées par le colonel von Seydewitz * et arrivées depuis quelques jours h Bruxelles, au lieu de la laisser continuer sur Mons, on ordonna au premier échelon de cette colonne de s'arnMer, le 25 au soir, à Braine-le-Comle et Soignies, au deuxième échelon de s(; diriger droit sur Enghien.

26 mars. — Occupation de Gand et mouvements vers Anvers. — Sans perdre une minute et sans laisser à Hellwig el il Thielmann le temps de se reconnaître et de voir clair dans son jeu, Maison partit de Courtrai le 26 avant le jour ; se portant à marche forcée par Deynze sur Gand, il arriva h 2 heures de l'après-midi devant les portes de celle ville. Prévenu de l'approche de la colonne française par ses avant-postes (jue Maison avait chassés de Deynze, le colonel Byhalolf, qui n'avait avec lui que 150 à 200 Cosaques, une pièce de -4 et le noyau d'un régiment belge, essaya de tenir bon h Gand. L'infanterie du général Penne

* Composition de la colonne du colonel von Seyde^itz : 7 bataiHons d'infanterie, 1 escadron de hussards, uo(> batterie de li et le parc d'artillerie» représentant an effectif total Je 6,H00 hommes, 778 chevaax et 8 canons.

n'eut pas grand'peine îi briser ce semblant de rc'^sistance. Quelques escadrons du 2« lanciers poursuivirent les Cosaques sur la route d'Alost jusque vers Melle, s'emparèrent de la pièce de 4 et ramenèrent une centaine de prisonniers parmi lesquels se trouvaient le colonel Polis et la plupart des officiers du n^giment belge *.

Aussitôt après son entrée fi Gand, Maison, informé de la présence de coureurs alliés entre Loo(*hristy et Lockeren, fit i)artir

* Maison au Ministre, Gand, 20 mars, et LiUe, l^** avril. (Arehirei de la guerre.)

La prise de Gand ot la captivité du colonel Polis donnèrent lieu, quelques jours plus tard, à un échange de lettres tellement curieuses entre le duc de Saxe-Weimar, le général Tbielniann et le général Maison, que nous croyons utile de reproduire ici les quatre lettres dont les originaux se trouvent aux Àrehivei de la guerre.

Afin de régulariser la situation du colonel Polis, le général Thielmann avait commencé par adresser à Maison la lettre suivante :

« Le général-lieutenant baron de Thielmann au général comte Maison.

u Audenarde. 49 mars 1814. — Monsieur le comte. Ayant appris que le commandant du régiment belge formé 4 Gand est tombé au pouvoir de Votre Ex<;ellence, j*ai l'honneur de la prier de bien vouloir le regarder et le faire traiter comme prisonnier de guerre.

u Je dois l'informer que dans le cas où cela ne se faisait pas, je suis autorisé à agir de toutes les représailles possibles.

« Veillez agréer. Monsieur le Comte, les assurances de la très haute considération, avec laquelle j'ai l'honneur d'être, de Votre ExceUence,

« Le très huinble et très obéissant serviteur.

u Le lieutenant-général baron de Tpiblmann. »

Cette lettre, d'autant plus inconvenante et arrogante que Thielmann avait servi dans les rangs de l'armée française si câté de Maison^ lui valut le jour même la réponse suivante :

« Gand, i9 mars 1814.

«c Le général de division comte Maison au général-lieutenant baron de Thielmann.

« Monsieur le baron. Votre officier m'a remis la lettre que vous m'avez adressée.

« M. Polis a été traité comme tout autre officier prisonnier de guerre.

« Si j'avais fait exécuter les lois de l'Empereur, votre réclamation, Monsieur le général, me serait parvenue trop tard. Des sentiments d'humanité m'ont empêché de prendre aucun parti à son égard.

u J'ai tout lieu de penser que, quel que soit à l'avenir le sort de M. Polis, vous sentirez que des représailles exercées sur quelques-uns de nos officiers, no pourraient qu'en amener de semblables sur ceux des puissances alliées qui sont en notre pouvoir.

« Agréez, Monsieui le Baron, l'assurance de ma haute considération.

« Comte Maison. »

Enfin, le même jour, le duc de Saxe-Weimar éprouvait, lui aussi, le besoin d'intercéder en faveur de la ville de Gand et d'essayer d'intimider Maison par des menaces aussi inutiles que déplacées :

pour Anvers un détachement composé de 50 chevaux et d'une compagnie d'infanterie transportée sur des voitures du pays sous h»s ordres du colonel Villalle; cet officier, chargé d'ouvrir la communication avec Anvers, devait remetre au général Roguet les dernières instructions du général en chef*.

Mouvement de Thielmann sur Courtrai. — Pendant que, gnlce à la rapidité de sa marche, aux mesures intelligentes qui avaient présidé à la préparation et îi l'exécution de ses mouvements. Maison réussissait à donner le change îi ses adversaires et h assurer sa jonction avec la division Roguet, Hellwig constatait, à sa grande surprise, que les Français renonçaient à l'inquiéter îi Audenarde; ses coureurs n'avaient rencontré, du côté

« Le duc (le Saxe-Woimar, général en chef au service do Sa Majesté Impériale de toutes les Russies, à Monsieur le général de division comte Maison* « Bruxelles, 29 mars 1814.

u Si vous faisiez des violences aux habitants de la ville de Gand et contrée, je vous promcUi que vous seriez instruit au plus tôt des représailles que S. M. ] . lempercur de toutes les Russies fera exécuter sur les ofticiers généraux et supérieurs qui sont en grand nombre en son pouvoir.

(( J'ai l'honnour de vous présenter mes hommages. »

Au liou de répondre directement au duc de Saxe-Wcimar, Maison adressa sa réponse au général Wallmoden qui lui avait fait parvenir l'avertissement peu chevaleresque et peu conforme aux régies de la guerre que le commandjnt du II1<^ corps fédéral avait cru nécessaire de donner au général français. Le nis du paysan d'Epinay devait faire preuve de plus de tact, de plus de grandeur d'âme que le prince alh^mand, et la tiére réponse qu'il adressa le lendemain à Wallmoden, peint bien le caractère loyal et énergique de Maison :

« Le général comte Maison au comte Wallmoden, lieutenant général au service de la Russie.

« Courtrai, 30 mars 1814.

tt Monsieur le Comte. J'ai reçu votre lettre et celle du duc de Saxc-Weimar qu'elle contenait. Los menaces ne font |K>ur qu'aux lâches et sont déplacées envers nous.

u Les habitants de Gand tombés en mon pouvoir seront traités comme S. M. l'empereur Napoléon, mon maître, leur seul et légitime souverain, l'ordonnera, quelles que soient les représailles dont on menace les officiers français au ])Ouvoir des Alliés.

« Dans cette guerre d'extermination qu'on nous fait, il n'est pas un de nous qui ne préfère la mort au joug et surtout a laisser à des ennemis le droit de nous insulter.

(( Recevez. Monsieur le Comte, l'a.ssurance de ma haute considération.

» Général comte Maison. »

1 Maison au Ministre, Gand 26 mars, et Lille, 1*"* avril. {ArrUirrg dr Ui ff lierre,)

lie Bolleghcm, ((ue quolques patrouilles franraisos. Le major prussien prévinl iminédialenieut Thielmanu el concluait h la prr^sence de troupes françaises h Courtrai, tout en reconnaissant ((u'il n'avait pu se procurer aucune donnée sur la direction prise par le gros des forces de Maison.

Alin de s'orienter quelque peu sur la situation, Thielmann, qui espérait encore alteiiidn? tout au moins la queue de la colonne de Maison à Courtrai, Tobliger h s'engager avec lui et contraindre dit la sorte le génénil français îi revenir sur ses pas pour la dégager, ne laissa à Tournay que i bataillons et se dirigea sur Warcoing avec ce qu'il avait de forces disponibles (8 bataillons, 4 escadrons et 9 bouches î\ feu). Comme d(»puis le 18 mars on avait replié le pont de bateaux d'Ilérines pour le jeter sur TEscaut, h hauteur du chîUeau de Chin, il crut nécessaire de faire prendre position h Ramegnies à un de ses bataillons qu'il chargea de couvrir le pont et d'échelonner sa colonne.

Arrivé h Warcoing. il divisa ses troupes en deux groupes, détachant un bataillon, un demi-escadron et une pièce à droite conliv Zweveghem, se porta sur Belleghem où il arrêta le gros de sa colonne et poussa sa cavalerie sur Courtrai. Ses escadrons n(^ purent que constater le départ de Maison et transmettre les premières nouvelles de la marche des Français sur Gand et Anvers.

27 mars. — Thielmann rentre à Courtrai. — Dans ces conditions Thielmann n'avait plus aucune raison pour s'établir ii Courtrai; arrivé trop tard pour contrarier le mouvement des Français et se croyant trop fiiible pour agir utilement sur leurs derrières, il retourna, le il au matin, k Tournay pour y attendre des ordres et des renforts.

Indécision et craintes du dnc de Saxe-Weimar. — La

nouvelle de la pointe hardie de Maison sur Gand, les renseignements envoyés de Bruxelles par le colonel comte Lottum, de Matines par le général-major von Gablenz, la retraite des Cosaques de Byhaloff sur Alost, l'apparition de troupes sorties d'Anvers et qui avaient poussé par la Tête de Flandre jusqu'h Saint-Nicolas, Ruppelmonde, Tamise et Waesmunster, les mouvements exécutés sur l'Escaut par une flottille composée d'une vingtaine de

bateaux légers qui s'étaient avancés jusqu'au confluent de la Ruppel, avaient augmenté les indécisions et les craintes du duo de Saxe-Weiniar et complMement désorienté le quartier-général de Mons.

On ne savait pas si, comme le général Graham semblait le redouter, Maison ne [)Ousserait jias jusqu'à Anvers et ne chercherait pas à déboucher de celte place pour faire lever le siège de Berg-op-Zoom. On se demandait si, comme le pensaient les généraux Thielmann et Gahlenz, le général français ne préférerait pas percer de Gand sur Alost et sur Bruxelles et n'essaierait pas de frapper, par la prise de cette ville, un coup dont l'effet moral aurait été incalculable et aurait pu amener de graves complications en faisant perdre aux Alliés les avantages que leur avaient assurés, au point de vue de l'organisation du pays, deux mois de possession incontestée, en détachant d'eux des populations qui, n'ayant de préférences et de sympathies marquées pour aucun des deux adversaires, ne voulaient que le calme, la tranquillité et la paix.

Premières mesures prises par le duc de Saze-Weimar. —

En attendant, et avant de prendre un parti définitif, il fallait cependant aviser au plus pressé. On approuva les idées émises par le général Thielmann qui, afin d(î couvrir immédiatement Bruxelles, proposait de confier la garde de Tournay au <*oloneI von Egloflslein avec 2,000 hommes et 4 bouches à feu et de fder sans retard avec le reste de son monde par Alh sur Alost et Termonde. Afin de faciliter Texéculion de ce mouvement sans trop compromettre le sort des troupes qu'on laissait sur leurs anciennes positions, on donnaàTescadronde hussards appartenant à la colonne saxonne du colonel von Sevdewitz l'ordre de se porter de Leu/e à Renaix et de rejoindre sur ce point le corps volant du major Hellwig. Le bataillon saxon, posté à Enghien, passa par Grammonl et alla s'établira Paricke sur la route d'Audenarde, tandis que les trois autres bataillons, qu'on avait arrêtés à Bra!ne-le-Comte, suivaient dans la même direction et poussaient jusqu'à Grammont.

Le colonel comte Lottum, qui commandait à Bruxelles, reçut l'oixire de se rendre de sa personne à Termonde et de faire vrnir à Alost les deux bataillons de landwehr de Weimar et

Gotha, postés jusque-lîi h Bruxelles, et de concentrer sur ce point toutes les troupes disponibles.

On prescrivit en même temps au général von Gablenz de diriger sur Alost toutes les fractions de troupes dont, sans trop s'affaiblir, il pourrait se passer momentanément devant Anvers. Les sorties et les mouvements de la garnison et de la flottille d'Anvers empêchèrent le général von Gablenz de se conformer îi ces ordres ; mais le colonel von Lottum prit sur lui d'emmener, outre les deux bataillons de Weimar et de Gotha, deux bataillons de landwehr de la division d*Anhalt-Thuringe qui auraient dû se l»orter de Bruxelles à Enghien.

Enlin, on chargea le lieutenant-colonel von Thûmen, posté à Péruwels avec deux bataillons, trois escadrons et deux pièces d'artillerie à cheval, d'occuper Leuze et d'envoyer, s'il y était requis, des détachements sur Tournay. On informa en môme temps le général Borstell qu'il devrait, tant qu'il resterait k Bavay, continuer h faire des démonstrations sur Valenciennes et Condé et renforcer le détachement du lieutenant-colonel von Thûmen de façon à assurer le maintien des communications avec Tournav.

Le duc de Saxe- Weimar, dont le corps détaché de l'armée du Nord relevait désormais de Blûcher, s'empressa de rendre compte au feld-maréohal, d'insister sur les dangers résultant du mouvement de Maison et de l'éventualité de son entrée h Anvers, sur la difticulté qu'il y aurait h conserver Bruxelles et h maintenir les communications avec l'intérieur de la France et de lui demander d'écrire au prince royal de Suède pour le décider à quitter immédiatement Liège et à amener ses Suédois h Bruxelles.

Mais le temps pressait, les moments étaient précieux, la situation paraissait trop grave pour pouvoir attendre le résultat plus que douteux d'une démarche à laquelle Bernadotte devait vraisemblablement opposer une fin de non-recevoir. Le duc de Saxe- Weimar résolut, en conséquence, d'envoyer sans plus tarder le colonel von Zeschwitz au général von Wallmoden-Gimborn qui, quoique placé sous les ordres du prince royal de Suède, paraissait plus disposé que son chef à prendre une part active et immédiate aux opérations.

Cet officier général, auquel on avait confié le commandement de la légion russo-allemande (7 bataillons d'infanterie formant

2 régiments, 1 bataillon de chasseurs hanovriens, 8 escadrons de hussards et 3 batteries dont 2 à cheval, représentant un cfteclif total de 7,471 hommes, 1970 chevaux et 24 bouches à feu), avait (juittô Brème les 27 et 28 février. Passant par Osnabriick, Munster, Ilamm et Hagen, il était arrivé li Dusseldorf le 12 et le 13 mars. Chargé par le prince royal de Suède d'observer Veiiloo et Maëstricht, Wallmoden avait fait passer le Rhin (ît la Meuse îi ses troupes qu'il cantonna les 17 et 18 mars entre Ruremonde cl Maasseyck. Le 23 mars, sur la demande du général Graham, qui réclamait Tenvoi immédiat de renforts dans la direction d'Anvers, le prince royal de Suède avait autorisé Wallmoden à se porter par Asch, Hasselt, Diestet Louvain sur Malines*. Arrivé le 27 h Louvain, rejoint sur ce point par le colonel von Zeschwilz et par un courrier du général Graham, Wallmoden consentit sans peine h remplacer h Bruxelles les troupes que le colonel von Lottum venait d'emmener à Alosl et à relever îi Lierre et îi Malines h\ brigade du général-major von Gablenz.

28 mars. — Maison communique avec Anvers. — Arrivée à 6and de la division Roguet. — Obligé de rester h Gand, pour atteindre le but qu'il s'était proposé, Maison avait profité de son séjour dans cette ville pour s'y procurer les approvisionnements dont il avait besoin et les fonds nécessaires pour payer à ses troupes une partie de leur arriéré de solde. Pendant ce temps le colonel Villatte entrait à Anvers le 27 au matin. Maison avait donc réussi îI communiquer avec Carnot 48 heures après son départ de Lille et, le lendemain 28, la division Roguet, forte de 4,500 hommes et de 14 bouches à feu, venant d'Anvers par la rive gauche de TEscaut, arrivait sans encombre h Gand et y opérait sa jonction avec les troupes de Maison.

Positions des corps alliés. — Malgré l'arrivée de ce renfort qui, en doublant presque les forces dont disposait le général français, le mettait à peu près en mesure de tenir la (campagne.

* Weingarten, Getchiclile des Armée Korps nnter Befehlen des General- IJeutenants Grafen von }^''allmodenrGimboni {OesterreUliUdu; Idilituriselie ZeitS' ehrift, 1827).

L'effectif du corps WaUmodon n'était plas à ce nioinoiit que do 6.000 hommf^«, y compris la r^vuîerie.

malgré IVftet considérable qucî sa marche avait produit sur Tesprit des populations, la situation générale des Alliés, loin de s'aggraver, s'était au contraire sensiblement amélioréts grûce au concours que le général Wallmoden * avait consenti ii prêter et aux mouvements qu'il s'était engagé h exécuter de suite, sans attendre l'approbation du quartier général suédois de Liège. Quelque peu rassuré sur le sort de Bruxelles, le duc de Saxe- VVeimar renonça à diriger Tliielmann sur Alost et Termonde et à aller lui-même s'établir îi Audenarde avec les sept bataillons, les quatre escadrons et les 13 pièces qui lui restaient. De cette ville Thielmann pouvait, selon les événements, menacer l'ennemi tant qu'il resterait à Gand, rendre sa retraite difficile s'il essayait de revenir sur Lille, enfin se relier aux troupes postées h Alost, dans le cas où Maison dessinerait un mouvement nettement offensif sur Bruxelles.

Dès son arrivée h Audenarde, dont Hellwig avait assuré la garde jusqu'il ce moment, Thielmann envoya le corps volant du major prussien à Avelghem avec ordre de pousser ses avantpostes dans la direction de Courtrai et d'Harlebeke et lui adjoignit un bataillon de landwehr et 2 canons.

Presque au même moment le général Wallmoden entrait h Bruxelles h la tête de quatre bataillons, quatre escadrons et deux batteries et y remplaçait les troupes que le colonel von Lottum avait emmenées îi xMost, pendant que son deuxième échelon (trois bataillons, quatre escadrons et une batterie à cheval) passait par Vilvorde et allait relever h Malines et î\ Lierre, la brigade du général-major von Gablenz.

Le lendemain 29, le général Wallmoden, s'établissant avec sa première colonne entre Alost et Assche, prenait le commandement des troupes qui couvraient Bruxelles.

Vainement sollicité par le général von Gablenz, le général Graham avait refusé de rien entreprendre contre Anvers et s'était, lui aussi, adressé de nouveau au général Wallmoden en lui demandant de venir le renforcer.

1 Profitant do Tabsence de Bernadette qni s'était renda aa quartier-^^néral des souverains, WaUmoden s'était borné à. donner avis de son mouvement au feld-marécbal suédois Stedingk et à lui conseiUer de se porter, lui aussi, en ayant afin de couvrir Bruxelles.

29 mars. — Départ de la division Borstell. — Positions nouvelles occupées par la diviRion Lecoq. — S*exagérant les dangers do sa situation, s*attendant à tout instant à voir Maison, qui n*avait cependant rien entrepris depuis la veille, pousser avei! toutes ses forces sur la capitale, le duc de Saxe-Weimar avait cru nécessaire de transférer le 29 au matin son quartier général de Mons à Bruxelles. En présence des ordres formels envoyés à Borstell, le duc avait dû laisser le général prussien commencer sa marche vers l'intérieur de la France et se diriger sur Laon en passant par Pont-sur-Sam bre et Avesnes. Par suite, il s'était vu contraint à modifier la position des troupes saxonnes du général Lecoq. Avant de partir pour Bruxelles il lui avait envoyé Tordre de lever le siège de Maubeuge, de se borner à obser\^er cette place, de se charger du maintien des communications entre Beaumont et Avc^snes, de s'établir sur une longue ligne s'étendant de Ville-Pommerœul en passant par Givry jusqu'ù Beaumont, et de fournir, en avant de son front et aux deux extrémités de sa ligne, les postes de Saint-Ghislain et de Solre-sur-Sambre.

Indécisions et fautes des généraux alliés. — Résolution prise par Maison. — Une démonstration faite par une petite colonne française qui, débouchant de Melle, occupa les villages de Westrem et d'Oordeghem, poussa au delà de ces villages jusque vers les points occupés en avant d'Alost par les avantpostes du colonel comte Lottum et tirailla avec eux jusqu'à la nuit, acheva d'induire le duc de Saxe-Weimar en erreur et de lui faire croire à l'imminence d'un mouvement des Français sur Bruxelles.

En admettant même, ce qui nous parait d'ailleurs plus qu'hypothétique, que Maison eût un moment songé h enlever Bruxelles, il est hors de doute qu'il avait déjà renoncé à ce projet. Il savait, et sa correspondance en fait foi *, que des forces, supérieures ù celles qu'il avait réussi à rassemblera Gand, couvraient la capitale de la Belgique, que le corps de Thielmann était réuni à Audenarde et qu'Hellwig se dirigeait sur Courtrai. Son but était

1 Maison au Ministre, Lille, 1'' avril. {Archivée de la guerre.)

atteint : il s'était renforcé de la division Roguot désormais inutile à Anvers ; il avait obligé les Alliés à lever le siège de Maiibeuge, h évacuer Bruges et le département de la Lys ; il était parvenu à donner le change à son adversaire : il Pavait décidé à faire refluer ses forces sur Bruxelles. Le moment était venu pour lui de couronner cette belle opération en se rapprochant des places de Tancienne frontière.

Parfaitement renseigné sur les mouvements de son adversaire, Maison avait d'ailleurs reconnu qu'il n'avait plus un moment à perdre et qu'il lui fallait, dès le lendemain au plus tard, entreprendre une marche de liane d'autant plus risquée que force lui était de défiler entre la Lys et l'Escaut et que les Alliés étaient maîtres des trois ponts existant sur le fleuve. H(»ureusemenl pour lui, ses mouvements sur la roule de Bruxeîlles et sa démonstration sur Alost avaient couiplèlement désorienté le commandant du III« corps fédéral.

Une autre circonstance, la divergence de vues, la diversité de tempérament des généraux alliés, devait encore servir les projets de Maison et lui permettre de prendre l'avance dont il avait besoin pour dérober sa marche et pour échapper au danger d'être débordé et coupé de sa ligne de retraite.

Plus prudent, plus circonspect parce qu'il sentait peser sur lui le poids d'une responsabilité qui lui semblait trop lourde, le commandant du III« corps n'avait songé qu'à concentrer le plus de troupes possible en avant de Bruxelles, qu'à amener sur la ligne Audenarde — Alost — Assche 18,000 à 20,000 hommes avec lesquels il voulait d'abord couvrir la capitale, puis, dès que le moment lui paraîtrait venu, agir contre les lignes de retraite de son adversaire observé d'une part, par le corps volant d'Helwig posté à Courtrai, Harlebeke et Deynze, de l'autre, par le détachement du major comte Pûckler qui battait encore la campagne entre Bruges et Gand.

L'immobilité apparente de Maison pendant les journées des 28 et 29 mars semblait jusqu'à un certain point justifier le plan du duc de Saxe-Weimar. Les généraux placés sous ses ordres étaient loin de partager sa manière de voir ; Thielmann prenait à peine le soin de dissimuler ses velléités d'indépendance : depuis son arrivée à Audenarde, il cherchait à s'affranchir de la direction immédiate du général en chef et rêvait d'exécuter pour son

compte, ou tout au plus avec le concours de Wallmoden, une opération qui convenait h son caractère entreprenant et dont tout l'honneur aurait été pour lui.

Dès qu*il eut connaissance du mouvement de Wallmoden sur Bruxelles et sur Alost, il s'empressa de lui faire part de ses projets et de les communiquer en môme temps au quartier jçénéral du duc de Saxe-Wcimar. Thielmann, passant h Audenarde sur la rive gauche de TEscaut, voulait se charger de prendre Maison à revers pendant que Wallmoden Tattaquerail de front.

Ce plan d'opérations fut rej(»té et par Wallmoden et par le duc de Saxe-Weimar ; le premier condamna énergiquement un projet, qui lui paraissait hasardeux parce qu'il augmentait la dispersion des forces des Alliés ; le second prescrivit à Thielmann de rester à Audenarde et insista sur le fait qu'en raison même de l'immobilité de Maison, de l'absence de tous renseignements sur ses projets, on pourrait avoir besoin de ramener les Saxons a Alost et à Ninove et qu'il importait, en tout état de cause, d'attendre l'entrée en ligne de AVallmoden pour reprendre l'oflensive.

Le duc de Saxe-Weimar, connaissant le tempérament ardent de Thielmann, avait avant tout voulu l'empêcher de se jeter seul dans une aventure cjui aurait pu coûter cher à sa division. Il est évident que Thielmann, si on Tavait laissé déboucher d'Audenarde et s'établir entre l'Escaut et la Lys, aurait |)u se trouver pris dans ses propres filets. Maison, en effet, n'aurait pas attendu l'attaque de Thielmann à Gand ; après avoir coupé les ponts de l'Escaut, il se serait retourné contre le général saxon et l'aurait chassé devant lui, soit sur Audenarde, soit sur Lille, ou bien encore il l'aurait débordé et serait tombé sur lui en se servant, à cet effet, de l'équipage de pont qu'il avait emmené avec lui et qui lui assurait une entière liberté de mouvements.

Obligé d'obéir, Tiiielmann n'avait pourtant pas renoncé à ses projets; dans l'après-midi du 29 mars, il renvoya à Wallmoden, à Alost, un de ses officiers chargé de revenir à la charge et d'obtenir le concours de ce général pour le mouvement qu'il projetait. Loin de se rendre au désir du général saxon, Wallmoden, dont les propositions avaient été dans l'intervalle acceptées par le commandant du III« corps fédéral et qui comptait d'ailleurs être rejoint le jour môme, ou au plus tard le lendemain, par

la brigade du général-major von Gableuz, invita, au contraire, Thielniann h se porter, le 30 au malin, d'Audenardc sur Sottegheni, environ à nii-rhemin d'Alost, pour opérer sur ce point sa jonction avec lui et se trouver, le* lendemain 31, en mesure d'agir avec toutes leurs forces réunies contre le corps de Maison. C'était lii, dans la situation résultant de la concentration en avant de Bruxelles, un projet essentiellement raisonnable, ne compromettant rien et permettant soit d'attaquer Gand, si Maison persistait à y rester, soit de le joindre et de l'inquiéter s'il se décidait îi se replier sur Courtrai et sur Lille.

Mais, bien que Thielmann disposât des chaussées qui mènent d'Audenarde à Grammont et de Grammoîit h Gand, il prétendit (|ue l'état des chemins rendait un pareil mouvement absolument impossible et insista de nouveau sur son ancien projet, tout en avouant h Wallmoden que Teffectit* total de ses troupes n'était que de 6,500 hommes, un millier de chevaux et 13 bouches à feu.

30 mars. — Le duc de Saze-Weimar à Assche. — Ordres formels envoyés à Thielmann. — Le 30 mars au matin, le duc de Saxe-Weimar transférait son quartier général de Bruxr-.Ues à Assche et se rendait en personne îi Alost pour y conférer avec Wallmoden. Mis par cet officier général au courant des projets de Thielmann et de Tinutilité des efforts qu'il avait tentés pour lui faire accepter ses idées, réfréner son ardeur intempestive et l'amener h combiner leur action et à opérer l(»ur jonction avant de rien tenter contre Maison, le duc, sentant qu'il était nécessaire de mettre lin à des mésintelligences qui affaiblissaient l'autorité (lu commandement, envova à Thielmann Tordre de venir immédiatement s'établir à Sotteghem, h moins d'événements imprévus motivant le maintien de ses troupes à Audenarde. Le duc faisait en même temps savoir à Thielmann qu'il n'y avait plus lieu d'avoir de craintes pour Tournay. Le détachement du colonel von Egloffstein y avait, en efl*et, relevé les 2,000 hommes du lieutenant colonel von Thûmen, auquel on avait fait prendre position il Leuze,et l'on avait, en outre, poussé de Mons à Ath un bataillon d'infanterie et une batterie de 12 livres.

Marche de Maison de Gand snr Courtrai. — Positions de

ses troupes le 30 mars au soir. — Mais, tandis que le duc de Saxc-Weimar se disposait i\ attaquer Gand le 31 mars, Maison avait quitté cetle ville le 30 mars au matin sur deux colonnes : Tune, celle du général Solignac, longea la rive gauche de TEscaut et se dirigea sur Peteghem ; Tautrc prit la route directe de (Jourtrai par la rive droite de la Lys. Chassant sans peine de Deynze le détachement du major Pûckler, d'Harlebeke et de Courtrai le corps volant d'Hellwig qui se replia sur Avelghem, culbutant les petits postes avancés de Thielmann du côté de Peteghem, Maison exécuta sans encombre cette marche de flanc, qui aurait dû être si dangereuse pour lui, et arriva le soir m^nie il Courtrai où il prit position. La division Barrois occupa Harlebeke et fournit un poste ù Zweveghem. La division Solignac s établit îi Courtrai, occupant Belleghem par son avant-garde ; la division Roguet était en réserve îi Courtrai, et la cavalerie de Castex observait la route d'Ypres*. Enfin, pour donner plus complètement le change aux Alliés, le général Hrenier avait envoyé de Lille sur Tournay une reconnaissance qui, protégée par le brouillard, surprit plusieurs petits postes saxons et poussa jusqu'aux faubourgs de la ville *.

Mouvements de Wallmoden et de Thielmann. — Dans l'après-midi du 30 mars, informé par les Cosaques de Byhaloff et par les avant-postes du colonel comte Lottum de Tévacuation de Gand par les troupes françaises, Wallmoden ordonna aussitôt aux Cosaques, renforcés par le 1®*" régimenl de hussards de la légion russo-allemande, de suivre le mouvement de Maison; au colonel Lottum de quitter sans retard ses positions d'Alost et de Termonde, d'entrer à Gand et de se porter, dès le 31 au matin, sur Deynze. Croyant plus que jamais à la nécessité d'une action combinée, il faisait en même temps savoir à Thielmann qu'il comptait quitter Alost le 30 au soir av(»c toutes ses troupes renforcées par la brigade Gablentz, faire une grande halle h Sotleghem, arriver le 31 vers midi à Audenardcî pour y opérer sa jonction avec lui et attaquer ensuite Maison.

* Maison au MiiiUlnî de la jîuern», Lille, 1"' avril. (Archives de la tjucrre - (léDéral Brenicr an Ministre de la guerre, Lille, 20 mars. (Ibid.)

Mais dans l'iutervallcs Tliielniaiiii, protilaiit du chaiigcuieiil qui venait de se produire dans la situation pour reprendre toute son indépendance et donner libre jeu îi son esprit d'entreprise, sVtait borné à exposer sommairement au duc de Saxe-Weimar les mouvements qu'il allait exécuter le soir môme.

Convaincu qu'une partie des troupes françaises avait dû reprendre le chemin d'Anvers, craignant de voir Maison lui échapper et croyant qu'il n'aurait plus affaire qu'à son arrièregarde, Thielmann, au lieu d'attendre l'arrivée des troupes de Wallmoden à Audenarde, lui fit, au contraire, savoir « qu'il était décidé à attaquer l'ennemi h la pointe du jour, qu'il se considérait d'ailleurs, môme dans le cas où l'ennemi tiendrait bon, comme suffisanjment fort pour l'occuper à lui tout seul jusqu'à l'entrée en ligne des troupes venant d'Alost ». Rappelant à la hâte tous ses détachements, le général saxon concentra tout son monde le 30 au soir à Avelghem, à l'exception toutefois du bataillon établi à Grammont qu'il envoya renforcer la garnison de Tournay. Il posta à sa droite, vers Heestert, les cinq bataillons, les trois escadrons et les 6 pièces du général-major von Brause, dont la brigade allait lui servir d'avant-garde ; à sa gauche, les cinq bataillons, les deux escadrons et les 7 canons du prince Paul de Wurtemberg*. Enfin, le corps volant du major Hellwig devait se diriger sur Belleghem, afin de couvrir et de prolonger la gauche de Thielmann, dès que l'avant-garde du général von Brause se serait emparée de Zweveghem.

31 mars. — Combats de Courtrai et de Zweveghem. — Le

31 mars, vers 6 heures du matin, la colonne von Brause donna, en avant de Zweveghem, contre les avant-postes français et les poussa sur le village qu'ils ne tardèrent pas à évacuer pour se replier sur Courtrai. Croyant de plus en plus qu'il ne trouverait plus devant lui que l'arrière-garde de Maison, Thielmann ne laissa à Zweveghem que deux escadrons de cuirassiers et deux pièces, et poussa sur Courtrai tout le reste de la brigade Brause formée sur deux lignes et suivie à 1000 mètres environ par trois bataillons et 5 pièces de la brigade du prince Paul de Wurtem-

* Getchichle des kôniglich tâcluUehen Garde-Reilcr Régiments ; Doring, Cesekichte des 7^^ Thuringischen Infanterie Régiments n* 9».

Well. — VI. 22

bcrg ; les deux autres bataillons de celte brigade formaient un quatrième échelon entre la queue de la 2« brigade et les escadrons laissés à Zweveghem.

Maison laissa les colonnes saxonnes s avancer jusqu'à un kilomètre de Courtrai et commencer leur déploiement dans hi plaine. Dès qu'il eût reconnu les forces et les dispositions d<3 Thielmann, il résolut de Tamuser sur son front et de l'attaquer vivement par les deux ailes. Voulant à la fois empêcher Thielmann d'achever son déploiement et le rejeter dans l'espèce de défilé par lequel il était venu, il prescrivit au général Barrois de partir d'Harelbecke et de se porter droit sur Zweveghem pour attaquer la droite des Saxons, les prendre en flanc et leur couper la retraite sur Audenarde. Le général Solignac devait attaquer la gauche de Thielmann. Maison en personne s'était réservé la direction de la colonne du centre composée de la division Roguet, serrée en masse à droite et h gauche de la chaussée d' Audenarde, et de la cavalerie des généraux Castex et Meuziaux. Cette colonne, destinée d'abord à contenir les troupes de Brause, puis à les suivre aussitôt que les Saxons commenceraient leur retraite, se porta en avant dès que les divisions des ailes dessinèrent leur attaque et coupa en deux les lignes saxonnes. Thielmann ne s'aperçut du danger qui le menaçait que lorsqu'il était déjà trop tard pour y porter remède et lorsque ses troupes, et plus particulièrement la brigade du prince Paul de Wurtemberg, étaient déjà si vivement engagées qu'il était impossible de rompre le combat.

Poussées de front par les troupes de Roguet, les troupes du général von Brause se mirent en retraite sur Zweveghem, puis sur Avelghem. Hellwig, menacé d'être coupé du côté de Belleghem, se replia en toute hâte, pendant que, sur la droite de Thielmann, la brigade du prince Paul de Wurtemberg, débordée par un des régiments de la division Barrois, se débandait, s'enfuyait dans le plus grand désordre jusqu'au delà d' Avelghem et entraînait par son exemple la brigade Brause qui avait jusque-là exécuté sa retraite en assez bon ordre. Une charge vigoureuse des généraux Castex et Meuziaux à la tète des chasseui's à ctieval acheva la déroute des Saxons. Deux escadrons de cuirassiers ot une demi-batterie essayèrent vainement d'arrêter les progrès des Français qui poursuivirent vivement les troupes

débandées de Thielmann jusqu'au delà de Kerkhove, sur la route d'Audenarde, où les fuyards furent recueillis par les troupes du général von Gablenz.

Cette affaire, causée uniquememt par le caractère violent, par l'entêtement et Tanibition de Thielmann et qui avait il peine durtî deux heures, coûta cher h sa division. Les pertes des Saxons s'élevaient îi 3 officiers et 2S2 hommes tués 17 officiers et 423 blessés, 19 officiers et 1194 prisonniers ou disparus, et 2 canons*.

Vers 5 heures du soir le colonel Lottum, venant de Gand et de Deynze, se présenta par Harelebeke sur Courtrai et aurait peutêtre réussi h pénétrer dans la ville, à reprendre les prisonniers, si Maison n'avait eu la précaution d'y laisser le général Daudenarde avec les lanciers, un régiment de la division Barrois et la gendarmerie '.

Tentative de Maison sur Toarnay. — Décidé, malgré le succès qu'il venait de remporter, à continuer son mouvement sur Lille, Maison ne laissa à Avelghem que la division Barrois. Accélérant la marche du reste de ses troupes, il se dirigea sur Tournay dans l'espoir de profiter du désarroi causé par la défaite de Thielmann pour essayer de s'emparer de cette ville par un coup de main. Maison savait, en eff'et, que le colonel von Eglofl'stein, qui commandait à Tournay, ne disposait que de trois bataillons d'infanterie, d'une trentaine de chevaux et de 4 pièces. Il ignorait, il est vrai, que le colonel avait reru de Thielmann l'ordre de soutenir son opération sur Courtrai et avait pris position le 31 au matin ii Pecq. Resté sans nouvelles de Thielmann, Egloffstein, informé par ses patrouilles des échecs essuyés par ce général, s'était empressé de se replier sur Tournay et de faire occuper à ses troupes leurs postes de combat. Vers 5 heures de

^ Maison au Ministre de la guerre, Lille, 1*' avril (Arcliives de la guerre) ; DoRiNG, Getchiehie des 7^*» ThûringÎMchen Infanterie Régiments n^ 06 ; Lippe Wessenfels, Getehichte des koniglich-preussisetien 6^^ Husaren Régi ments {ehedem S*«n Sehlesisehen) ; Gesehiehte des kûnigliehrsdehsischen Garder Reiter Régiments; Verzeichniss lier Offiziere und Mannsehaften des drttten deutsehen Armée Corps, welehe in den rerschiedenen Gefechten geblieben vericHndet, gefangen, rermisst icurden.

' Maison au Ministre de la guerre, Lille» 1*'' avril. (Archives de ta guerre,)

l'après-midi, l'avant-garde du général Solignac se montrait aux portes de Tournay et tentait un coup de main qui échouait grâce à l'arrivée opportune du bataillon d'infanterie venant de Grammont. Il était trop tard pour donner Tassant avec des troupes fatiguées par de longues marches et par un premier combat, et Maison, remettant l'attaque au lendemain, se borna à amener son artillerie en position et à lui faire tirer quelques coups contre les remparts.

1er avril. — Maison rentre à Lille. Conséquences de ses opérations snr Gand. — Mais, informé dans la soirée de l'arrivée dans la place du détachement du lieutenant-colonel von Thumen venant de Leuze, de l'approche de la brigade Gablenz, dont on lui avait signalé le départ d'Audenarde, Maison, qui avait pris position sur les hauteurs d'Orcq, ramena le lendemain ses troupes derrière la Marque et rentra le !«*• avril à Lille. « Je donnerai, écrivait-il à Clarke, un jour de repos à mes troupes, après quoi je me porterai du côté de Maubeuge *. »

La division Barrois avait, de son côté, quitté Avelghem le 31 au soir et s'était repliée sur Lille, sans avoir été un seul instant inquiétée par les troupes de Thielmann et d'Hellwig.

L'entêtement et la sufflsance, Tambition et raveuglement de Thielmann qui, malgré toutes les observations de Wallmoden, en dépit des instructions formelles du commandant du III® corps fédéral, avait inconsidérément engagé de jeunes troupes contre les bataillons français déjà aguerris par une série de marches, de combats et de coups de main, avaient permis h MaisoQ, non seulement de couronner son expédition par une brillante victoire, malheureusement inutile parce qu'elle était trop tardive, mais encore de rétablir les aflaires de l'Empereur sur l'Escaut.

Sans parler de l'effet moral qu'elle produisit en Belgique, de la situation nouvelle résultant de l'adjonction de la division Uoguet à son corps d'opération, la pointe hardie de Maison sur Gand et l'heureuse issue d'une opération dont le succès était uniquement dîl à l'énergie et à rhat)ileté du général français, allaient avoir des conséquences qui auraient pu affecter un carac-

I Mai;iOii au Ministre de la guerre, Lille 1*' avril. (Archives de la guerre.)

1ère de réelle iraporlance sans la tournure critique et désespérée prise parles affaires sur le principal théâtre de la guerre.

Répartition nouvelle du III* corps fédéral. — Les Alliés avaient reconnu, en effet, qu'il était indispensable de s'établir solidement à Gand et que, sans la possession incontestée de celte ville, il leur était impossible de prévenir le renouvellement d'entreprises du même genre et d'empêcher l'intervention active de la garnison d'Anvers. Continuer a ne tenir h Gand qu'une colonne volante ou un détachement de cavalerie, c'était s'exposer à voir les Français profiter h nouveau d'une faute qui venait déjà de coûter bien cher aux Alliés, c'était laisser Bruxelles et la Flandre occidentale à la merci d'un coup de main, permettre h la garnison d'Anvers de communiquer avec les troupes d'opérations de Lille, lui abanilonner toute la rive gauche de l'Escaut et enfin lui donner la faculté de réquisitionner à son gré du côté de Gand, de Termonde et vers la côte. De plus, comme les nouvelles reçues au quartier général du III® corps signalaient la formation d'un corps français composé de troupes tirées des garnisons de Metz, Luxembourg et Sarrelouis, sa concentration à Thionville et ses mouvements sur Longwy, on pouvait craindre de voir Maison, qui disposait désormais pour les opérations actives d'un noyau de 13,000 h 14,000 hommes, reprendre la campagne et manœuvrer de façon à opérer sa jonction avec les troupes françaises des Ardennes, déjà sur le point d'arriver à Longwy, soit afin d'arracher la Belgique aux Alliés, soit afin d'agir efficacement sur les derrières des Alliés, de s'établir sur leurs lignes de communication, de les couper des Pays-Bas et d'essayer ensuite de rejoindre Napoléon.

Il fallait donc conserver Mons, Tournay et Bruges, et poster des réserves respectables à Ath et peut-être môme à Gand. Il importe toutefois de remarquer que, malgré l'arrivée des renforts que lui avait amenés Wallmoden, le duc de Saxe-Weimar ne pouvait prendre les mesures qu'il jugeait nécessaires qu'après avoir obtenu du feld-maréchal Stedingk, qui commandait l'armée du Nord en l'absence de Bernadotte, la promesse de couvrir Bruxelles, de participer au blocus d'Anvers et de relever la 2« brigade de Wallmoden.

l*'-3 avril. — Positiona des troupes du duc de Saze^

Weimar. — £n attcndanl la réponse du quartier général de Liège, le duc de Saxe-Woimar fit occuper Courlrai par le corps volant du major Hellwig, renvoya h Gand le détachement du colonel comte Lottum, maintint provisoirement h Audenardeel à Solteghem, pendant la journée du i^^ avril, la l^^ brigade du général Wallmoden et ordonna h Thielmann de se porter le lendemain surTournav.

La réponse du fold-maréchal Stedingk permit au duc de Saxe- Weimar de procéder à une répartition nouvelle de son corps qui forma désormais deux grands groupes soutenus par des réserves et chargés d'observer la concentration de troupes françaises qu'on signalait du côté de Valenciennes. Le premier de ces groupes s'établit l\ Tournay, où le général Thielmann arriva le 2 avril avec douze bataillons, quatre escadrons et demi et 16 bouches à feu. Les avant-postes de ce groupe étaient établis sur la droite à Ramegnies, au contre îi Orcq, Marquan et Blandain, au sud ?i Ere, Willemeau et Antoing et surveillaient de loin Courtrai, Lille et Condé. Le second groupe, formé par quatorze bataillons et quatre escadrons, les deux régiments de Cosaques de Byhaloff et de Rebréïcff et les 14 pièces du général Lecoq, avait son centre à Mons et tenait h Saint-Ghislain, Bavay et Beaumont des postes dont la mission consistait à observer Condé, Valenciennes, Maubeuge et Philippeville et à couvrir la route d'Avesnes.

Derrière ces deux groupes principaux, le général von Wallmoden, investi du commandement en chef des réserves, avait sous ses ordres la brigade saxonne du général Gablenz qui occupait Ath avec six bataillons, quatre escadrons et 14 bouches h feu et disposait en deuxième ligne des sept bataillons, huit escadrons et 24 pièces de la légion russo-allemande en marche de Grammonl sur Lessines. Le corps volant d*Hell\vig vint s'établir ii Gand et ne laissa h Audenarde qu'un poste d'observation. Un bataillon de landwehr resta provisoirement h Enghien avec le quartier général du duc de Saxe-Weimar.

Les deux bataillons de landwehr de Gotha et de Schwarzburg fournirent la garnison de Bruxelles ; enfin une brigade d'infanterie suédoise était en marche de Liège sur Louvain.

4 avriL — Houvement de Uaison sur Valenciennes. —

Ces dispositions essentiellement défensives, inspirées au duc de

Saxe-Weimar par la résolution bien arrêtée do ne rien entreprendre avant que le général français ne lui eût révélé ses projets, n'étaient pas faites pour déplaire h Maison. Les Alliés lui donnaient ainsi le temps d'achever ses préparatifs, d'attirer à lui quelques renforts et de se ravitailler. Plus que jamais décidé à continuer les opérations actives, Maison quitta de nouveau Lille le 4 et se porta par Orchies et Saint-Amand-les-Eaux sur Valenciennes.

Bien que le duc de Saxe-Weimar eût été informé offlciellemont, le 3 avril au soir, de la capitulation de Paris, la nouvelle de la marche de Maison causa une véritable inquiétude au quartier général du III« corps. Dès le 4 avril, h 6 heures du soir, on avait appris fi Tournay que Maison, sorti de Lille le matin, s'était dirigé vers le sud. On prétendait qu'il s'était fait suivre par un nombre considérable de voitures destinées à accélérer le transport de son infanterie. On savait qu'une de ses colonnes, composée cîîcIusivement de cavalerie et de 4 pièces d'artillerie à cheval et qui paraissait flanquer la marche du gros, avait passé par Orchies et y avait annoncé aux habitants qu'elle devait continuer sa marche sur Condé et Valenciennes. Mais on avait cru que les cavaliers français avaient reçu l'ordre de répandre ces bruits afln de donner le change aux patrouilles de Thielmann et on en avait conclu à la probabilité d'un mouvement dirigé sur Douai. L'absence de tous renseignements qu'on espérait recevoir par les coureurs que le général Lecoq avait envoyés entre Condé et Saint-Amand, contribua h corroborer cette croyance.

5-6 avriL — Mesures prises par le duc de Saxe-Weimar. — Haison retourne à Lille. — Le 5 avril se passa sans qu'on fût guère plus avancé que la veille et sans qu'on eût réussi h découvrir les projets du général français. Thielmann avait cependant signalé le départ de Maison de Saint-Amand les-Eaux et annoncé qu'il avait continué sa marche sur Valenciennes, à la tête d'une colonne forte de 8,000 hommes, 1200 chevaux et 23 bouches h feu. Mais si un des espions de Lecoq, arrivé de Valenciennes. affirmait y avoir vu Maison le jour même, il ajoutait d'autre part qu'il n'avait pu parvenir h savoir si les troupes françaises, qu'il disait prêtes à reprendre leur mouvement, allaient se diriger sur Maubeuge et sur Mons.

En raison môme des événements de Paris, on inclinait h croire au quartier général du duc de Saxc-Weimar que Maison n'avait opéré sa concentration a Valenciennes que pour essayer de rejoindre TErapcreur en se portant par Avesnes au-devant de l'année impériale. Aussi, pour être plus complètement en mesure de parer h toute éventualité, le commandant du lll^ corps fédéral se disposa îi rapprocher ses troupes de Valenciennes et prescrivit au général Thiclmann de se tenir prêt à laisser, le 6 avril, ses bataillons les moins solides à Tournay et h se porter sur Bury avec le reste de sa colonne. 11 informait en même temps le général Lecoq qu'il aurait h s'établir à Frameries, entre Mons et Maubeuge, les généraux Gablenz et Wllamoden qu'ils seraient incessamment dirigés, le premier sur Belveil, le deuxième sur Ath.

Mais, au moment où le duc de Saxe-Weimar communiquait ses instructions aux généraux placés sous ses ordres, les affaires avaient déjà complètement changé d'aspect. Prévenu à son arrivée îi Valenciennes des événements survenus à Paris, prévoyant les conséquences de l'entrée des Alliés dans la capitale, Maison avait laissé il Valenciennes la brigade du général Penne, jeté en passant quelques bataillons de renfort à Bouchain et à Douai et était rentré le 6 avril au soir à Lille, où sa présence était devenue indispensable.

7 avril. — Dernières opérations en Flandre. — Malgré la gravité des nouvelles qui lui étaient parvenues, Maison n'en voulait pas moins continuer jusqu'au dernier moment, jusqu'il la notification oftirielle d'une solution définitive qui lui paraissait inévitable et prochaine, la guerre de chicane qui lui avait si bien réussi.

Le 7 avril au matin, 1G00 hommes d'infanterie et 400 chevaux, soutenus par quelques bouches h feu, sortaient sur son ordre de Valenciennes, culbutaient les Cosaques postés a Quiévrain et venaient reconnaître les avant-postes de Saint-Ghislain.

Cette reconnaissance offensive qui, deux jours auparavant, aurait sérieusement inquiété le duc de Saxe-Weimar, produisit d'autant moins d'eflet sur lui qu'il avait déjà connaissance de la rentrée de Maison à Lille et que les nouvelles venues du grand quartier général des souverains ne laissaient plus subsister aucun

doute sur la déchéance prochaine de TEmpereur, sur la cessation imminente des hostilités.

9 avril. — Suspension d'armes. — Dernière sortie de la garnison d'Anvers. — Réponse de Camot à Bernadotte. —

Maison n\ivait d\iilleurs pas pu roussir à cacher plus longtemps à ses troupes des événements déjii connus de la population. Obligé de chercher, par tous les moyens en son pouvoir, à maintenir la discipline dans ses régiments, à combattre la désertion, il dut accepter le 9 avril la suspension d*armes que le duc de Saxe- Weimar lui avait fait offrir. Le môme jour, la garnison d'Anvers exécutait une dernière sortie par la Tète de Flandre, poussait jusqu'il Malsele et Beveren et ramenait dans la place des fourrages et des vivres.

Informé par Bernadotte de la constitution d'un gouvernement provisoire, invité par lui à mettre fin aux hostilités et à lui ouvrir les portes d'Anvers, Camot lui adressa, le lendemain 10 avril, une fière et noble réponse que nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire :

« Prince, c'est au nom du gouvernement français que je commande dans la place d^Anvers. Lui seul a le droit de fixer le terme de mes fonctions. Aussitôt que le gouvernement sera définitivement et incontestablement établi sur ses nouvelles bases, je m'empresserai d'exécuter ses ordres.

« Cette résolution ne peut manquer d'obtenir r«approbation d'un prince né français et qui connaît si bien les lois que Thonneur prescrit. Les habitants d'Anvers ne souffrent pas. La paix règne chez eux, plus peut-être que sur aucun point de l'Europe. Ils sentent tous comme moi la nécessité d'attendre que l'ordre politique ait pris son assiette, et sans aucun doute nous ne tarderons pas îi recevoir directement les instructions que nous devons suivre*. »

12 avril. — Armistice de Pont-à-Tressin. — Le 12 avril Maison, qui avait reçu dans l'intervalle des instructions du gouvernement provisoire, signait avec le duc de Saxe-Weimar l'armistice de Pont-«VTressin.

* Caraot à Bernadotte, Anvers, 10 avril. {Archivée de la guerre.)

Considérations générales sur Tattilnde et la conduite de Maison. — Grâce à son infatigable activité», Maison avait réussi, à la tête d'une poignée d'hommes, si ce n'est ii tenir en échec, du moins h immobiliser pendant pr^s de quatre mois les forces considérables que les Alliés lui opposèrent. Obligé d'abandonner la Belgique, il avait, en disputant le terrain pied îI pied, réussi à conserver les places fortes, ?i proléger notre ancienne frontière du Nord, à repousser toutes les attaques et à organiser la petite armée qui remporta la victoire de Courtrai, le jour même où les souverains alliés faisaient leur entrée h Paris.

La campagne de Belgique, pleine d'enseignements utiles, suffirait donc pour honorer h elle seule toute une carrière, pour ajouter une belle page h l'histoire de Maison. Mais le commandant du l^r corps avait su s'acquérir d'autres titres h la reconnaissance et k l'estime de ses contemporains. N'écoutant que son honneur de soldat, esclave de son devoir. Maison, bien qu'il n'eût pas été, comme tant d'autres de ses compagnons d'armes, comblé d'honneurs, de richesses et de faveurs par l'Empereur, n'en avait pas moins donné, pendant les derniers jours de cette campagne, un magnifique exemple de patriotisme et de fidélité trop rare ii cette époque. C'est cet acte, trop peu connu et qui mérite cependant d'être précieusement conservé, cet acte qui met pleinement en lumière la droiture et la loyauté du général Maison, que nous croyons devoir rappeler, avant de terminer le chapitre que nous avons consacré aux dernières opérations de la campagne de Belgique,

« Durant le cours de cette campagne, c'est ainsi que s'exprimait le duc de Broglie dans le discours qu'il prononça à la Chambre des Pairs le 22 mars 4842, à l'occasion du décès de M. le maréchal marquis Maison, la fermeté du général Maison fut mise h plus d'une épreuve. Le gouvernement impérial penchait vers sa ruine. La Grande Armée était écrasée, la France était épuisée, la Restauration se préparait. En Flandre, en Artois, le parti royaliste commençait h se montrer. On savait que le général Maison n'avait jamais été compté parmi les hommes qu'attachaient à l'Empereur les liens d'une ancienne afl'eclion et d'une reconnaissance personnelle. Quel triomphe s'il eût été possible de le détacher de la cause impériale et de s'assurer le concours d'une armée, petite sans doute, mais victorieuse. Vers la

fin du mois de mara, le roi Louis X VIII fit offrir au général Maison le bâton de maréchal, le gouvernement à rie des places de Belgique qu'il avait si vaillamment défendues et un établmement proportionné à cette haute fortune. Ces propositions furent repoussées comme elles devaient Tôtre. La cause impériale était encore à cette époque la cause de la France. Bien loin de trahir l'Empereur, bien loin de l'abandonner dans cette extrémité désespérée, lo général Maison se hiltait, d^s le lendemain de la victoire de Courtrai, de réunir toutes les troupes dont il pouvait disposer pour opérer une diversion puissante en se portant h. marches forcées sur les derrières de rennemi, lorsque la nouvelle de Tabdiration de Fontainebleau l'obligea de poser les armes.

« Cet événement terminait tout.

« La France était appelée de nouveau h se donner un gouvernement. Chaque citoyen recouvrait le droit de concourir librement à ce choix. Le général Maison, consulté confidentiellement par l'un de ses compagnons d'armes, le général DessoUe, alors engagé dans la négociation qui se suivait auprès des souverains alliés en faveur de la maison de Bourbon, se déclara prêt à reconnaître et îi servir le gouvernement qui obtiendrait l'assentiment de la France ; mais il exprima de grands doutes quant à la possibilité de fonder, sur les idées inséparables d'une restauration, un ordre de choses solide, durable et national.

« Il faut rendre au roi Louis XVIII cette justice qu'au moment où le général Maison lui fut présenté \\ Calais, il ne se souvint ni de ses offres refusées, ni de la liberté avec laquelle le général avait énoncé son opinion, ou plutôt que, s'il s'en souvint, ce fut pour honorer la fidélité et récompenser le patriotisme. 11 accueillit le général Maison avec empressement, le félicita des services qu'il venait de rendre \i la France, persista à lui destiner la dignité de maréchal et le nomma gouverneur de Paris. « Comme vous avez « été fidèle à l'Empereur, lui dit-il, vous serez fidèle au Roi de « France. »

« C'était penser et agir en roi : la confiance de ce prince éclairé ne fut point trompée. Tant que dura la première Restauration, le général Maison remplit les devoirs de sa charge avec un dévouement inaltérable donnant au gouvernement nouveau de salutaires conseils, arrêtant, autant qu'il dépendait de lui, des prétentions surannées, contenant avec une égale fermeté tous les

partis, demeurant étranger h tous les complots. Lorsque éclata ce qu'on a nommé la révolution des Cent-Jours, non seulement il resta jusqu'au dernier moment à son poste près de Louis XVIII, mais, en prenant congé du monarque exilé pour la deuxième fois, il déclara hautement qu*aucune considération ne pourrait le déterminer îl s'associer aux événements qui se préparaient, qu'il regardait son épée comme brisée et sa carrière comme terminée. La cause de Témigration n'avait jamais été à ses yeux la cause de la France, il ne pouvait l'embrasser; la cause impériale ne l'était plus, il ne pouvait la soutenir.

« Il exécuta sa résolution sur-le-champ ; il se retira dans une terre qu'il possédait sur les bords du Rhin. Lh il repoussa avec regret, mais avec persévérance, les instances réitérées, les sollicitations pressantes de TEmpereur, avec indignation, les efforts tentés pour le décider à prendre parti dans un sens directement opposé*. »

Enfin, afin de justifier le général Maison d'accusations injustes portées à ce propos contre lui, nous emprunterons encore quelques lignes au discours de M. le duc de Broglie* :

« Cette partie de la vie du général Maison a été diversement appréciée. Il a toujours dédaigné de repousser les attaques dirigées contre lui de plusieurs côtés. Il a agi comme ont agi deux hommes dont le souvenir est cher h la France et dont l'histoire a placé les noms parmi les plus honorés : M. le maréchal Saint-Cyr et M. le maréchal Macdonald. Toutefois, en exposant à ses amis les motifs de sa détermination, en confiant à ses enfants le soin de faire connaître au besoin toute la vérité sur ce sujet délicat, en déposant dans leurs mains tous ses papiers, toute sa correspondance, il attachait un grand prix à répéter qu'il considérait son opinion comme lui étant propre et exclusivement personnelle, qu'il avait obéi surtout à des devoirs de position et qu'à défaut de son bras, son cœur avait toujours été au milieu de ses frères d'armes et sous le drapeau de son pays. »

1 Chambre des Pairs, séance du 22 mars 1842 : discours prononcé par M. le dur de Uroglie à roccasion du déct^s de M. le maréchal marquis Maison.

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