JE SAVAIS QU’ON TE FERAIT VENIR A NEVERS
Marie Palaret s’était un peu inquiétée d’avoir à livrer les sacs dans un entrepôt militaire. Mais il n’y avait là que de vieux territoriaux, qui furent d’une galanterie raffinée, ou du moins qui crurent l’être.
— Vous n’avez pas vu un sapeur du génie, leur dit-elle, un grand maigre, assez beau, qui a les moustaches tombantes et va les bras ballants?
Aucun ne l’avait vu.
Elle ramena donc la charrette vide, peinte en bleu, et qui portait son nom sur une plaque de fer blanc, jusqu’au cœur de la ville, et obtint de la laisser, quand les chevaux eurent été dételés, devant l’hôtel où, de père en fils, les Palaret s'attablaient pour une heure ou deux les jours de foire.
Elle ne s’en éloigna guère, se disant que le maître de la Haie-Martine ne passerait pas à côté de ce bleu-là sans reluquer l’étiquette.
Et, en effet, le lendemain, vers neuf heures, — elle avait mis son chapeau de ruban noir, qui n’avait guère de style, et sa jaquette du dimanche, — elle vit venir, les bras ballants, et la tunique aussi ballante sur ses longues jambes, Baptiste Palaret lui-même, du Ne génie, numéro matricule 1778.
— Ah ! ma femme, dit-il, comment c’est toi ! Moi qui me demandais comment faire pour aller à Saint-Saulge? Ils ne donnent guère de permission !
— C’est pour cela que je suis venue. Je savais qu’on te ferait venir à Nevers.