‹ La campagne francaise et la guerreChapitre 15 sur 46 · LA PORTE DE CROUX · texte numérisé non relu

LA PORTE DE CROUX

— Tu ne sais pas que je suis malade? Il faut môme que je sois bien malade. On m'a reconnu sans que je le demande! Un major m’a rencontré: « Palaret, vous irez vous reposer pendant huit jours, vous partirez demain matin ». Je tousse un peu, mais je dois avoir autre chose. Je ne sais pas ce que j'ai? Marie Palaret l’embrassa, devant la porte de l’hôtel, se mit à rire comme elle avait ri devant Montapas, à la Haie-Martine, et répondit : — Tu as simplement une femme qui est plus fine que toi, mon pauvre Baptiste. Tout est venu d’une lettre, je te conterai ça, d’une lettre que j’ai eu bien du mal à écrire, mais que je ne regrette pas !

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FERMES VIDES

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Le sort des familles amoindries, privées de leurs chefs, et qui continuent difficilement la culture; le sort de la terre elle-même, qui n’a pas besoin seulement de ses hommes, mais d’engagés volontaires, du retour de l’enfant prodigue ou des fils de l’enfant prodigue, préoccupent évidemment des milliers de nos compatriotes. Ils voient la crise déjà ouverte, ils cherchent, ils choisissent, ils proposent le remède; quelques-uns pour le moment présent et pour leur seule région, certains autres pour tout le pays et afin que soit améliorés le régime même et la loi du sol.

Qu’elles viennent des vignobles de Tarn-et-Garonne ou du Roussillon, des herbages de Normandie, des plateaux sans haie ni mouvement de la Beauce ou des collines courtes du Poitou, ces lettres demandent des permissionnaires pour le labour entre les ceps ou pour les semailles du printemps. Elles déplorent l’apathie de beaucoup de jeunes femmes qui vivent de l’allocation, comme d’une rente qui suffit et dispense de l’effort.

« On nous a bien envoyé quelques travailleurs, dit une lettre du Midi, mais qu’étaient-ils? Des prisonniers boches? Ils n’auront jamais la main pour la vigne. Des territoriaux du Nord ou de l’Est? Savent-ils seulement cueillir une grappe ? Nous restons seules et l’herbe pousse dans nos clos. » Cette vigneronne a raison de croire que le raisin n’obéit qu’aux artistes, et que la vigne est comme un cheval que tous les hommes ne peuvent pas dresser. Et les autres aussi ont raison, qui expriment d’autres plaintes. Misères passagères, dans une certaine mesure inséparables de la guerre, mais conséquence égale-

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