‹ La campagne francaise et la guerreChapitre 2 sur 46 · LE PIQUEUR DUCHEMIN · texte numérisé non relu

LE PIQUEUR DUCHEMIN

20 Juin igi6.

A.u mois d’octobre 19 1 5, deux cavaliers trottinaient botte à botte, sur une route de la Champagne pouilleuse, à sept kilomètres du front. Ils arrivaient d’Alsace, je veux dire que la compagnie, s’étant battue là-bas, avait été mise à l’arrière, pour se reposer et

recevoir des renforts. Le temps était clair, et il y avait de la jeunesse dans l’air matinal. Les chevaux le sentaient, les deux hommes aussi, mais inégalement. Le sous-lieutenant, grand, sec, montant à la française, regardait devant lui, et ne remuait pas un muscle. Il se laissait emporter et secouer comme s’il eût été un baliveau terminé par une fourche. Le simple soldat, Duchemin, son ordonnance, large d’épaules, épanoui de visage, souple de corps, montait à l’anglaise, bercé, roulant, ployant, accordé par l’instinct et la longue habitude au rythme de la bête. Et, de ses yeux fureteurs, parcourant les collines, toutes ces vagues de terre blanchâtre, maigrement buissonnées ou vêtues de chaumes, il cherchait le gibier, par habitude aussi. « Ah ! mon lieutenant?

une compagnie de pouillards ! . . . un lapin!... un lièvre, mon lieutenant, un vieux bouquin d’au moins quatre ans!

Est-il haut ! Et quel c... noir ! Si Ramoneau était là ! Il va dans le vent; tenez,

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