BOIS ROLAND PRÈS DE POUZAUGES
Il est grand, et, avec un peu de soin, il serait un joli homme, car il a le profil droit, le masque plein et rasé, et les cheveux bouclés, encore épais au-dessus des oreilles. Sa femme est toute petite, et vive, et volontiers parlante. Leur métairie, tout le monde vous la vantera comme la plus grenante de la paroisse, bâtie à mi-coteau, longue un peu, ayant l’étable en contre-bas, séparée par une cour, et par-dessus les tuiles, la vue des prés en pente, de la rivière, et des terres qui se relèvent. Maison laborieuse, maison joyeuse autrefois, dont le bonheur, aujourd’hui, est trois fois exposé. Après souper, quand on fait la prière en commun dans la grande salle, selon l’usage, maîtres, valets, enfants, la mère, qui dit tous les commencements de sa voix rapide, récite la litanie des saints de la famille, et alors elle va lentement, toute émoyée, mettant son cœur dans tous les mots. Elle dit : « Saint Etienne, saint Jean, saint François, sainte Anastasie, saint Pierre, sainte Guillaumette », et les voix accordées des deux anciens et des plus jeunes enfants répondent : « Priez pour nous ! »
Chacun aime également chacun des trois soldats, mais il y en a un qui écrit beaucoup plus souvent que les autres : Jean, le second, celui qui ressemble au père, et que les camarades appellent Barbe-Fine, parce qu’il a une barbe en pointe, d’un châtain clair, et à travers laquelle on voit un menton jeune et ferme. Dans la 27e compagnie, qui est la sienne, ce gars de Vendée dépasse d’une demi-tête les plus grands de ses camarades. On l’aime pour sa tranquille façon et pour son obligeance ; on l’estime pour son