‹ La campagne francaise et la guerreChapitre 31 sur 46 · CE SONT LES ARBRES SEMÉS SUR LES TALUS · texte numérisé non relu

CE SONT LES ARBRES SEMÉS SUR LES TALUS

CELLE QUI NE SAVAIT PAS

27 Octobre igi4 .

^ J oici ce que j’ai vu dans la Vendée que j’aime.

Ce pays de collines lève, quand vient l’automne, de belles gerbes ardentes vers le ciel où passent les nuages de brume et le vent de la mer qui les pousse. Ce sont les taillis des sommets, des bouts de futaie, les vergers des fermes, ou simplement les arbres semés sur les talus, et parmi lesquels se rencontrent des aliziers, des cormiers, des poiriers sauvages, et certaines espèces de chênes dont la feuille meurt dans sa splendeur. Je ne sais quel propriétaire maniaque, depuis longtemps disparu, avait planté justement deux lignes de cormiers sur la croupe où est bâtie la ferme de la Renaudière, du côté du couchant. Il faut bien des années pour qu’un cormier donne des cormes. Ceux-là s’étaient enfin mis à fructifier, et, comme ils formaient une avenue d’au moins deux cents mètres de longueur, c’était un travail, pour le métayer, de gauler en octobre et de ramasser la récolte, d’autant qu’il avait peu d’aide, étant marié à une femme chétive.

La métayère de la Renaudière, vous la connaissez, si vous avez vu une paysanne qui a une figure de compassion, blanche, pas jolie, dont les traits sont tout longs, tirés en bas, et encadrés par la coiffe de Vendée qui serre les tempes. Ce qu’elle a de mieux, ce sont de belles dents, — beauté rare à la campagne, — des dents couleur de miche fraîche. Quand elle était jeune fille, et qu’elle riait donc plus souvent, il y avait de la lumière entre ses lèvres, comme

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