‹ La campagne politico-religieuse de 1896-1897 [microforme]Chapitre 14 sur 33 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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La seconde lecture est la phase la plus importante que traverse un bill; car son principe même est alors en jeu,principe que la eham bre accepte ou répudie par son vote, sans égards aux détails de la mesure qu’il serait alors irrégulier de discuter.

‘ Le député qui prend soin du bill propose :

‘6 Que le bill soit maintenant lu une seconde fois ” ct saisit cette occasion pour en faire ressortir les mérites.

‘ Ceux qui s’opposent au bill peuvent voter contre la proposition que le bill ‘ soit maintenant lu une seconde fois ” ; maïs cette procédure est rarement suivie, parce qu’il reste encore à décider quand cette seconde lecture doit avoir lieu ou si elle peut avoir lieu du tout ; ce qui laisse le bill devant les chambres et permet sa considération ultérieure.

‘ La pratique généralement suivie, c’est de proposer un amendement à la seconde lecture, à l’effet d’effacer le mot maintenant et d’ajouter les mots ‘ trois mois ”” ou ‘ six mois ” ou tout autre délai qui jette la considération de la mesure en dehors de la durée même de la session.

“ L’acceptation de cet amendement équivaut si bien au rejet du bill lui-même que celui-ci n’est pas remis sur les ordres du jour, quand

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même la session durerait au delà de la période de délais fixée par l’amendement.”

M. Laurier à pris le moyen le plus sûr de tuer le bill, celui que lui indiquait la Procédure parlementaire, celui que lui imposaient Îles exigences du moment, étant donné qu’il agissait non pour rendre justice à la minorité, mais dans Panique but d’arriver au pouvoir en refusant cette justice et en groupant autour de lui tous les éléments hostiles à une législation réparatrice,

Son amendement en effet était de nature à capter, à son profit, tous les fanatiques, ceux du parti conservateur comme ceux du parti libéral.

En proposant une enquête, M. Laurier cut perdu les votes de M. McCarthy et des vingt conservateurs qui se sont détachés de leur parti, ainsi que les votes d’un grand nombre de ses propres partisans, hostiles à toute enquête comme ils l’étaient à l'adoption de toute législation réparatrice quelconque.

La conduite tenue par M. Laurier a donc été une manœuvre politique, en vue du pouvoir à obtenir.

Et afin de rallier à sa proposition le plus fort vote possible et de grouper autour de lui des protestants que sa position de catholique pou-

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88 LA CAMPAGNE POLITICO-RÉLIGIEUSE vait rendre défiants et. inquiets, il a cru qu’il devait brûler ses vaisseaux et déclarer ouvertement la guerre à l’épiscopat catholique.

Il n'hésita plus et jeta à la face des députés et du pays tout entier les paroles suivantes, les plus malheureuses qui aient encore retenti dans l’enceinte parlementaire ou que le vent de la publicité ait transportées À tous les électeurs du pays.

Les voici textuellement :

“Je ne saurais oublier dans le moment, AT.

l’'Orateur, que la politique que j'ai préconisée et appuyée du commencement à la fin n’a pas été favorablement accueillie partout. IE ny « pas très longtemps, on m'a dit en hant lieu, dans

l'Église à luquelle j'appartiens, qu'à moins que jen’appuie Le bill relatif aux évoles,que le gouvernement prépurait alors, et qui nous est aujourd’hui soumis, j'encourrais l'hostilité d’un corps

important el puissant...

“Je suis un libéral de l'école anglaise. Je crois en cette école, quia toujours prétendu que c’est le privilège de tous les sujets, grands ou petits, riches ou pauvres, ecclésiastiques ou laïques,de participer à l'administration des affaires publiques, de discuter, d’influencer, de persuader, de convaincre, mais qui « toujours refusé,

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DE 1896-1897 89 fât-ce au plus grand, le droit de dicler même au plus pelit la ligne de conduite qu'il doit suivre. Je représente ici non seulement les catholiques, mais les protestants, et je dois rendre compte de mon administration à toutes les classes.

Catholique et Français d’origine, je suis ici chargé, par la confiance des hommes qui m’entourent, de grands et importants devoirs en vertu de notre système de gouvernement constitutionnel. Je suis ici le chef reconnu d’un grand parti composé de catholiques et de protestants, dont la majorité est formée de ces derniers, car ils doivent être la majorité dans toutes les parties du Canada. Va-t-il être dit qu'occupant une position de cette nature, l’on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en celte chambre, pour des raisons qui peuvent s’adresser aux consciences «de mes collèques catholiques, mais qui ne s'adressent pus de inême aux consciences de mes collèques protestants ? Non. Tant que J’occuperai un siège en cette chambre, tant que j'occuperai le poste que j'occupe, chaque fois qu’il sera de mon devoir de prendre une position sur une question quelconque, cette position, je la prendrai non pas «nu point de vue du catholicisme, non pas au point de vue du protestantisme, mais je la prendraipour des motifs qui peuvent s'adresser aux conseiences de tous

les hommes, indépendamment de leur foi, pour des motifs qui peuvent animer tous les hommes aimant la justice, la liberté et la tolérance.”

Ces déclarations étranges, la position antipatriotique prise par le chef libéral, provoquèrent de suite,dans l’enceinte parlementaire, des protestations indignées. Des protestants honnètes qui risquaient leur avenir politique et leur propre popularité pour soutenir et défendre les droits d’une minorité catholique ne purent cacher le dégoût que leur causait cette trahison manifeste et l’un d’eux, l’ancien ministre de la justice, Sir Charles-fibbert Tupper, s’exprima dans ces termes, aux applaudissements de la chambre des Communes :

‘ Je suis né protestant, comme l’honorable leader de la gauche est né catholique, et j’aurais honte si, pour des raisons politiques, ou par suite des liens qui m’attacheraient à une association quelconque, je me trouvais jamais dans la position qu’occupe l’honorable leader de la chambre relativement à la question qui est maintenant devant la chambre. Jele regrette comme Canadien, quelle que soit ma manière de voir comme homme de parti. |

‘ J'ai écrit dans certains journaux que je croyais que l’honorable chef de la gauche vote. rait pour le présent bill réparateur, et je le

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JL croyais sincèrement. J’avais toutes les raisons de le croire, non seulement en m’appuyant sur le principe général auquel j’ai fait incidemment allusion ; mais en suivant le mieux que je le pouvais l’honorable monsieur. Je sais, cepen: dant, qu’il est acrobate politique. Je sais que, lorsqu'il s’agit de fixité sur les questions économiques, il est difficile de le trouver sur un point déterminé, ou de l’astreindre à une politique particulière ; mais je croyais que, sur la présente question d'équité — lorsqu'il s’agit de rendre justice aux catholiques du Manitoba—qu'il se montrerait comme un homme, un catholique, un Canadien doit le faire. Pourquoi étais-Je sous cette impression ? J’étais heureux, par exemple, sans parler de ce qu’il à pu dire auparavant, d’une déclaration faite par l’honoable leader de la gauche, en juillet 1895, après que le ministre des finances (M. Foster) eut exposé quelle était la politique du gouvernement sur la présente question. L’honorable leader de la gauche s’exprima alors le plus clairement possible, et fit la déclaration impor. tante qui suit que j’extrais des Débats :

‘“ Le gouvernement a enfin trouvé une poli-

tique —il le dit, du moins. Je ne veux pas lui

chercher noïse au sujet de la nature de cette politique.

‘ Dans le même discours—et je ne dénature aucunement sa pensée en omettant ce que l'honorable député a dit entre ce que je viens de citer et ce qui va suivre—l’honorable député ajoutait :

‘€ Tous espèrent que cette dispute sera réglée par le gouvernement du Manitoba lui-même.

‘ Je l’espérais aussi, naturellement, et tout le monde l’espérait également. Plus loin, toujours dans le même discours, lorsque l’honorable chef de la gauche croyait entrevoir que nos espérances allaient être trompées, il disait :

‘ J’espère, pour ma part, qu’on nous épargnera ce lamentable spectacle qui se présenterait nécessairement à nos regards si la question de régler ce différend était soumise au parlement fédéral. Car, il y aurait à craindre que les anciennes lignes de démarcation entre les partis s’effacassent pour se reformer en grande partie de manière à diviser les catholiques et les protestants en deux camps.

‘ Or, les protestants qui font partie du gouvernement actuel ont donné leur adhésion à la politique réparatrice qui est maintenant soumise. Etait-il possible de s’imaginer, d’après ve que je viens de lire, que le chef de la gauche—un catholique romain—se rangerait, luimême, dans ce qu’il se plaisait à désigner sou

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