L'APPEL AU PEUPLE
La situation politique en mai 1826,
Les phases si diverses par lesquelles passa la question des écoles avant de s'imposer à l’électorat, les lenteurs que mit le parti conservateur à imposer sa politique au parlement, la défec-
1on des uns, les maœuvres perfides et Ja trahison de quelques autres, les crises ministérielles qui affaiblissaient les rangs et tuaient la confiance, tout, jusqu’à l’abstention mystérieuse mais calculée de ceux qui se servaient des droits de la minorité comme d’un escabeau politique, tout se réunissait pour embrouiller la situation et pour jeter dans une déplorable confusion et dans une non moins déplorable incertitude des esprits ailleurs bien disposés ct qui devaient vouloir avant tout le triomphe de la vérité et de la justice.
Le parti Nbéral qui avait fait naître la difficulté scolairect qui s’en servait uniquement dans des intérêts de parti manœuvra de telle
sorte qu’il réussit, dans une grande mesure, à convaincre l’électorat protestant que son opposition à la loi réparatrice était fondée sur le principe qu’il ne fallait pas contraindre la majorité manitobaïne à accepter une mesure de justice en faveur de la minorité qu’elle opprimait, et en même temps le parti libéral persuadait À l'électorat catholique que son opposition à la loi réparatrice reposait sur le principe que cette mesure n’allait pas assez loin et ne rendait pas justice à la minorité.
Aux protestants on disait que la loi réparatrice allait trop loin ; aux catholiques on afhrmait qu’elle était inefficace, une source féconde de troubles futurs au lieu du remède promis.
Aux deux on promettait de faire mieux.
La conduite tenue par le parti conservateur dans les quelques moïs qui ont précédé les élections générales, contribua aussi de son côté à augmenter le malaise et à exciter la défiance.
En juillet 1895, le gouvernement, qui avait convoqué les chambres dans le but avoué de leursoumettre un projet de loi réparatrice,recula cffrayé devant la tâche qu’il avait assumée. Il se laissa trop facilement convaincre qu’une défection possible d’un certain nombre de ses partisans mettrait son existence en danger et ajourna l’étude de sa mesure à une session subsgéquente.
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Cette détermination amena une crise ministérielle et la sortie du cabinet des trois ministres français. - Deux des trois émissionnaires reprirent leur portefeuille. M. Angers refusa de ramasser le sien et sa conduite fut tellement approuvée par l’opinion que le gouvernement.
fut dans l'impossibilité de trouver dans la députation un homme qui consentît à remplacer M. Angers.
Quelques mois plus tard, en décembre, M. Ciarke Wallace, un des membres de l’administration, en sortit avec éclat, parce qu'il s'était convaincu lui-même, disait-il, que le gouvernement Bowell était réellement décidé à présenter une législation réparatrice.
Cette démission ramena la confiance dans l'administration, confiance que la crise de juillet avait si profondément ébranlée.
Arriva la session promise de janvier 1896, session, comme la dernière, uniquement convoquée pour l’adoption de la législation réparatrice.
Elle était à peine commencée que la moitié du ministère, sous le plus futile prétexte, fit faux bond à son chef, et, fait significatif, ce furent, à part un seul, tous les ministres qui étaient réputés hostiles à la législation réparatrice,qui abandonnèrent ainsi le gouvernement.
Le vieux chef, Sir Mackenzie Bowell, résista et sortit victorieux de cette lutte que lui faisait la trahison de «es propres licutenants. Il reconstitua son cabinet, les récaleitrants faisant leur soumission et acceptant sans restriction Île
programme du chef
La loi fut présentée. On en connaît l’histoire.
Le dénouement de cette seconde crise pronra, mieux que n'importe quelle déclaration, la bonne foi du gouvernement conservateur et son indomptable détermination à mener à bonne fin sa politique de réparation, mais la erise elle-même n’en porta pas moins un coup fatal
au parti conservateur,
L'opinion publique s'alarma et la confiance dans administration fut profondément atteinte.
Le gouvernement, grâce à une obstrnetion systématique et coupable, ne put faire adopter sa mesure.
On tint le gouvernement responsable de Pinsuecds, Il le paya de sa tête, M. Bowell démissionna et un nouveau chef, sir Charles Tupper, fut appelé à présider aux destinées du
parti conservateur.
En reconstituant son cabinet, sir Charles Tupper y fit entrer, pour représenter spécialement la province de Québec, les hommes qui, sans conteste, possédaient À un plus haut degré
GIEUSE
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la confiance publique et dont tout le passé était une garantie que, sur cette question des écoles, il n’y aurait ni compromis ni faiblesses.
Le champion de la question des écoles, M.
Angers, accepta d’être le premier lieutenant de sir Charles Tupper et il sut s’entourer d’autres hommes dont les noms, comme le sien, étaient, j.lus qu’une promesse, le gage certain des revendications énergiques ct triomphantes.
En même temps qu’il donnait ainsi satisfaction À l’élément catholique, sir Charles Tupyper, pour s'assurer le concours de l’élément protestant, prenait avec lui les mêmes hommes qui avaient, représentant les autres provinces, servi sous son prédécesseur.
je fut probablement une faute, du moins, en ce qui concerna le choix d’hommes dont les tendances antérieures et les actes un peu louches étaient considérés hostiles à la cause catholique. Ce choix arrêta dans son épanouissement la confiance qui semblait renaître rt ne contribua pas peu au succès que remporta le parti libéral dans les élections générales.
Au début de la lutte, pour les hommes éclairés, bien au courant de la situation politique, le parti conservateur se présentait à l'électorat avec un programme clairement défini, promettant le règlement de la difficulté
scolaire par une législation fédérale réparatrice, cette législation devant avoir par sa nature même un caractère de stabilité, puisqu'elle devait être soustraite à la volonté capricieuse des législateurs de la province du Manitoba.
Pour ces mêmes hommes, le parti libéral apparaissait comme lennemi déclaré de tonte législation réparatrice, ne voulant au plus qu’un compromis que le Manitoba refusait obstinément.
Les deux partis avaient, par leur conduite, en chambre, donné la mesure de leur sincérité, le parti conservateur en présentant sa loi réparatrice, le parti libéral en la combattant à outrance jusqu’à l’obstruction.
Pour les esprits éclairés le choix ne pouvait donc pas être douteux.
Mais il y avait le sentiment populaire, l'en- .traînement des masses,
Or, le peuple de la province de Québec avait à choisir entre le catholique Laurier et le protestant Tupper, entre le chef du parti libéral qui appartenait à sa race et le chef du parti conservateur qui était un anglais. On disait au peuple catholique français de la province de Québec : ‘ Ne croyez-vous pas en bonne vérité que les intérêts nationaux et religieux de la minorité catholique du Manitoba ne seraient
YIEUSE
réparatrice, sa nature puisqu'elle capricieuse Aanitoba.
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pas mieux sauvegardés par un français et un atholique tel que M. Laurier que par un protestant comme sir Charles Tupper ?”
On faussait les faits et on trompait l'opinion en affirmant que ie gouvernement était opposé à toute législation réparatrice, puisqu'aucune législation du genre n'était encore adoptée.
Bref, on cultivait le sentiment au lieu d’éclairer les esprits.
On alla même jusqu’à utiliser contre le parti, qui risquait son existence pour le triomphe de la cause des écoles, un document épiscopal dans lequel Mgr l’évêque de Valleyfield, se bornant aux règles générales qui doivent diriger les bons citoyens en temps d'élection, leur énumérait leurs devoirs tout en s’abtenant de dire un mot de la question des écoles qui primait alors toutes les autres.
Dans ce document, Mer Emard déclarait son désir d'observer une neutralité complète,” sa volonté “ de n’influencer aucun vote en faveur d'aucun parti ou d'aucun homme,” et sa détermination ‘de répudier toute interprétation que l’on pourrait faire de ses paroles en faveur ou à l'encontre d’un parti ou d’un candidat, quel qu'il puisse être.”
Ce que l'on utilisait contre le gouvernement ce n'était pas tant ‘la neutralité complète”
que Mgr Emard entendait observer, que la déclaration publique qu’il en faisait.
C’est alors que l’épiscopat tout entier est intervenu dans la lutte, comme c'était son droit, et ce qui plus est, comme c’était son devoir.
INTERVENTION EPISCOPALE.
Le mandement collectif des archevêques et évêques des provinces de Québec, de Montréal et d’Ottawu, porte la date du 6 mai 1896.
Après avoir rappelé brièvement les principes inhérents à la constitution même de l'Eglise et les droits essentiels de l’autorité religieuse, les évêques abordent la question des écoles du Manitoba et démontrent la nécessité de leur intervention.
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‘ La question des écoles du Manitoba, dit la Lettre Pastorale, étant avant tout une question religieuse, intimement liée aux plus chers intérêts de la foi catholique en ce pays, aux droits naturels des parents, comme au respect dû à la constitution du pays et À la Couronne Britannique, nous croirions trahir la cause
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DE 1896 1897 103 sacrée dont nous sommes et devons être les défenseurs, si nous n’usions pas de notre autorité pour en assurer le succès.”
En agissant ainsi l’épiscopat exerçait non seulement son indéniable droit, mais accomplissait en même temps un devoir impérieux.
‘“ Nous sentons, disent les Evêques, en présence de la lutte électorale qui s'engage, qu'un impérieux devoir nous incombe : ce devoir c’est d'indiquer à tous les fidèles soumis à notre juridiction,et dont nous avons à diriger les consciences, la seule ligne de conduite à suivre dans les présentes élections.”
Nous verrons, au cours de cette étude, qu’il n’y avait aussi qu’un seul moyen à prendre pour travailler efficacement au suceès de la cause catholique.
Dans un temps où le sentiment populaire était faussé par ces appels réitérés, qu’on lui adressait au nom de la religion et de la nationalité, il était opportun, il était nécessaire que la graude voix de l’épiscopat se fît entendre pour donner à l'électorat une direction saine, et pour sauver du naufrage la cause sacrée qui menaçait d’y périr.
Les circonstances particulières dans lesquelles se faisait la lutte, la direction néfaste qu’on voulait lui imprimer, le danger imminent que
courait la cause catholique d’être engloutie à tout jamais dans le torrent débordé, les responsabilités de leur position, les devoirs de leur charge, tout se réunissait pour imposer aux évêques la nécessité d'une intervention prompte et efticace.
Cette intervention eut lieu, non pas en faveur de lun des partis, maïs uniquement dans l'intérêt de la cause catholique. |
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La nécessité de Fintervention épiscopale étant établie et admise, sa conséquence raturelle devait être une direction À donner à Pélectorat ; mais quelle direction ?
A l’origine de la difficulté scolaire, il y avait pour remédier aux griefs dont se plaignait la minorité quatre moyens disponibles : le rappel de la loi, son désaveu, le recours aux tribunaux, l’appel au gouverrieur général en conseil.
Quelle était la situation lors des élections générales, au moment de l’intervention épiscopale ?
Le parti libéral de Winnipeg avait en trois occasions différentes, en juin et décembre 1895, eten mars 1896, péremptoirement refusé de rappeler sa loi, et solennellement déclaré que jamais la législature provinciale n’accorderait
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aux catholiques leurs écoles séparées. Le parti libéral à Ottawa appuyait la position prise par celui de Winnipeg.
Le rappel de la loi, étant d’ailleurs un acte purement provincial, échappait complètement à l’action de l'électorat fédéral, et les évêques, dans leur mandement, ne pouvaient pas e xiger des candidats le choix de ce moyen impossible comme règlement de la question scolaire.
Fous les députés de la chambre des Communes seraient, sans exception aucune, en faveur du rappel des lois iniques de 1890, que cela n'aurait aucun effet quelconque, si Manitoba ne voulait pas, de son côté, proposer ee rappel.
Du rappel de la loi il ne pouvait done être question dans le mandement collectif.
La même observation s'applique au désaveu, devenu par laps de temps un remède impossible, depuis le mois d'avril 1891,
Les catholiques avaient tenté le recours aux tribunaux, et on sait avec quels résuitats. Possible en 1890, ee remède ne l'était plus en 1896, et le mandement collectif ne pouvait pas lindiquer comme le moyen à prendre pour l’avenir.
Il ne restait plus que l’appel au Gouverneur
Général en conseil. Cet appel avait eu lieu, et comme résultat de cet appel, une législation réparatrice avait été proposée À la chambre des Communes.
M. Laurier ct son parti, dans la chambre, s’opposaient à l’adoption de cette loi réparatrice et se prononçaient pour un compromis.
Un compromis était impossible et le sera toujours, parce qu’au lieu de demander aux catholiques de sacrifier quelque chose pour l'obtention de leurs écoles séparées, on exige qu'ils sacrifient les écoles séparées, ellesmêmes pour nous ne savons quoi. Ce n’est pas un compromis, mais l'abandon complet, l’abdication entière de leurs droits qu’on exige.
L’épiscopat s’est donc trouvé, par la force des événements, en présence de cette alternative : soit d’indiquer une législation fédérale réparatrice comme le seul remède désormais possible, soit de se rallier à la politique de compromis, et de compromettre le règlement de la question elle-même en se désistant du jugement Ju plus haut tribunal de l’empire pour tout remettre en cause, courir les chances d’une enquête incertaine, et se mettre entre les mains des fanatiques de Winnipeg.
Il n’y avait pas à hésiter.
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C’était d’ailleurs à la demande de l’épiscopat que la législation réparatrice avait été soumise à la chambre des Communes, et la iégislation, telle que soumise, avait été publiquement approuvée par Mgr Langevin, l'archevêque de St-Boniface, le prélat spécialement désigné par sa position à la défense des intérêts catholiques en jeu devant le parlement.
Pendant que la loi réparatrice était discutée eu chambre, Mgr Langevin télégraphiait de St-Boniface, en date du 22 février 1896 :
‘ KRévérend Père Lacombe, ‘“ chez les Oblats, ‘ à Ottawa,
‘ Lex applicabilis efficax et satisfactoria. ‘# Probo illam. Omnes episcopi et veri catholiet ‘ approbare debent. Vita est in lege. Euge tibi ‘et Larivière. J'approuve pleinement votre ‘ déclaration écrite.”
Ce télégramme fut porté à la connaissance des députés pendant la séance du 12 mars.
Dans ce nrême mois de mars, Mgr Langevin télégraphiait à M. Larivière, député fédéral :
‘ Aucun évêque ne diffère avec moi. Tous ‘* sont très sympathiques. Les catholiques qui ‘ combattent le bill trahissent la minorité ‘ catholique.”
Enfin, le 14 avril, Sir Charles Tupper donnaït lecture, à la chambre des Communes, du télégramme suivant, reçu la veille :
‘ Montréal, 13 avril 1896.
‘ Au nom de la minorité catholique du “ Manitoba, que je représente officiellement, je ‘ demande à la chambre des Communes d’adop- “ ter le bill réparateur tel qu’il est maintenant “ modifié. Il sera satisfaisant pour la dite “ minorité qui le considérera comme un régle- ‘“ ment substantiel, raisonnable et définitif de “la question des écoles conformément à la ‘“ constitution.
‘ (Signé) ADÉLARD LANGEVIN.
L’épiscopat ne pouvait donc faire autrement que d’indiquer l’adoption d’une loi réparatrice comme le seul moyen—il n’y en avait aucun autre—de remédier aux griefs de la minorité catholique.
En agir ainsi, c'était, personne ne le nie, approuver le programme du parti conservateur. Mais pouvait-il en être autrement ?
L’épiscopat pouvait-il refuser d’agir et d’assurer le triomphe de la cause catholique, parce que son action pouvait être et devait être interprétée comme une approbation de la politique conservatrice sur cette question ?
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Agir autrement eût été se prêter au même reproche de favoriser un parti au détriment de l’autre ; car l’inaction de l’épiscopat, dans une matière de cette importance, après la part ostensible déjà prise, eût été considérée comme une désapprobation non équivoque de la politique et une condamnation du parti conservateur.
L’épiscopat n’hésita pas à prendre la véritable position que lui suggérait l'intérêt même de la cause catholique.
Se plaçant bien au-dessus des partis et de leurs mesquins iñitérêts, dans cette région plus sereine que la tourmente politique n’atteint jamais, considérant la question scolaire au point de vue des vrais intérêts de la minorité catholique elle-même les évêques ont donné à l’électorat de notre province une direction que tout le monde pouvait suivre sans rompre les liens qui l’attachaient au parti de son choix.
‘ C’est pourquoi, N. T. C. F., dit la Lettre Pastorale, tous les catholiques ne devront accorder leur suffrage qu’aux candidats qui s’engageront formellement et solennellement à voter, au Parlement, en faveur d’une législation rendant à la minorité catholique du Manitoba les droits scolaires qui lui sont reconnus par l’hon. Conseil Privé d'Angleterre. Ce
grave devoir s’impose à tout bon catholique, et vous ne seriez justifiables ni devant vos guides spirituels ni devant Dieu lui-même de forfaire à cette obligation.”
Ce simple extrait fait connaître de suite la nature de l'intervention épiscopale.
L'intervention est en faveur de la cause scolaire, nullement en faveur d’aucun des partis politiques. Les évêques exigent des candidats [conservateurs ou libéraux] qu'ils s'engagent formellement et solennellement à voter en faveur d’une loi réparatrice, parce que seuleune législation réparatrice peut 5endre aux catholiques les droits qui leur ont été enlevés. Aux électeurs, la Lettre pastorale impose l'obligation de ne pas voter pour des candidats qui ne s'engagent pas formellement et solennellement en faveur d’une telle législation.
Comment la Lettre pastorale a-t-elle été interprétée et reçue daus la province ?
Voici d’irrécusables témoignages :
L’ Électeur, l'organe du parti libéral à Québec, publie ce qui suit en date du 18 mai :
“ Nous croyons de notre devoir de ne pas le commenter... Nous ne pouvons cependant nous défendre de donner expression au sentiment général de satisfaction qu’éprouve la population catholique. Les politiciens intéressés, qui d’a-
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vance se frottuient les mains de joie à la perspective que la moitié de la famille catholique serait blessée dans s°s sympathies ct ses convictions politiques, ont été désappointés.
‘ Le malaise ct la défiance, provoqués par les clameurs des bicus et l’odicuse exploitation d’une autorité bénie, vont disparaître pour faire place à un respect plus grand, une affection plus vive, une considération plus élevée pour la hiérarchie qui nous commande tous, conservateurs comme libéraux, dans le domaine spirituel.”
La Patrir, organe du parti libéral, à Montréal, dit de son côté, à la même date :
‘“ Le document lancé hier est assez éloquent par lui-même quenousserons assez délicats pour ne pas le commenter et d’ailleurs les libéraux en sont satisfaits. .....
‘ Il faut dire que les conservateurs sont fort mécontents du mandement et qu’ils s’attendaient à quelque chose de plus raide, de plus cassant, quelque chose enfin d’assommant pour les libéraux. Et ça n’est pas cela du tout.
6 Il était vraiment scandaleux d’entendre les eonversations de certains ministériels hier aux portes des églises : “ C’est tout ce qu’ont pu avoir Taillon et Anger, disaient-ils, c’est ça le
112 LA CAMPAGNE POLIŸICO-RELIGIEUSE mandement ; il est en faveur des libéraux, nous sommes flambés, etc., etc.
‘“ Les évêques, trompés depuis six ans par le gouvernament d'Ottawa, n'ont pas voulu faire le jeu de sir Charles Tupper dont ils connaissaient d’ailleurs l’andacieuse mauvaise foi, et ils ont assis leur mandement sur un principe et se sont maintenus sur les hauteurs de la neutralité.”
Le For, autre organe du parti libéral, publié à Montréal, s'exprime comme suit, le 24 juin, au lendemain des élections :
‘ Au commencement de cette campagne, que nos ministres aux abois ont fait acerbe, les catholiques de cette province ont reçu de leurs
évêques parlant collectivemeut une ligne de conduite à suivre, “Nos premiers pasteurs ont parlé au peuple
avec modération, avec caline, avec sagesse. Es se sont adressés à leur raison et à leur cœur.
+ [ls ont demandé pour nos compatriotes du Manitoba, comme c'etait leur droit et leur devoir, une mesure de justice : imaisils ont laissé à l'électorat Nberté complète sur le choix des hommes qui doivent aller aux Communes accorder cette justice.”
La Gazette, journal conservateur protestant, dit en parlant de la lettre pastorale :
USE ibéraux,
ans par s voulu ils conaise foi, principe rs de la
!, publié 24 juin,
npagne, erbe, les de leurs igne de
1 peuple ‘sse. Ils cœu’r, iotes du et leur ils ont le choix nmunes
testant,
bé DE 1896-1897 113
PO
‘ Cest un document très indulgent. On craint qu'il ne désappointe grandement ceux qui s’'attendaient à une sortie violente pouvant servir aux McCarthy, aux Martin pour soulever fortement le sentiment contre le gouvernement conservateur, Le mandement constitue un conseil aussi bon aux protestants qu'aux
catholiques. ....,
‘ La partie de la Lettre pastorale qui traite spécialement du devoir des catholiques est d’un ton modéré qui justifie lappel à Pappui des protestants “nos frères séparés ? pour aider à restaurer à la minorité persécutée du Manitoba les privilèges scolaires qui sont nécessaires à l'instruction des enfants selon ses convictions tions religieuses.”
La Gazette termine en disant que les évêques atholiques ne pouvaient parler plus modérément,
Le Free Press, organe libéral protestant d'Ottawa, dit que le mandement ne comporte aucune approbation directe du parti conservateur et que les candidats libéraux peuvent très bien s’engager à voter pour que justice soit rendue au Manitoba.
Le Citizen, journal conservateur d'Ottawa, dit :
‘ Le mandement est un document comparativement indulgent, ne contenant aucune menace de terrorisme spirituel et les évêques ont le droit de signaler ce qu’ils considèrent être le devoir des catholiques.”
Le Witness, journal protestant et fanatique, organe du parti libéral à Montréal, dit :
‘“ Le mandement contient apparemment la réponse des évêques à la courageuse déclaration de M. Laurier en parlement qu’il entendait s’en tenir à la liberté civile et à la liberté de conscience... Les évêques se montrent prudents, cependant ; ils ne tiennent pas, c’est évident, vu la présente situation politique, à se mettre à dos les libéraux. Dans les circonstances, ils
ne veulent pas lier leurs intérêts à ceux d’aucun parti.”
La Presse, journal conservateur indépendant, s’exprime comme suit :
“ Nous n’y voyons (dans le mandement) rien qui puisse porter ombrage aux libéraux et les les empêcher d’y souscrire avec empressement et nous espérons sincèrement que la députation que nous enverrons siéger au Parlement sera unanime dans ses efforts pour faire triompher la grande cause de la liberté de l’enseignement religieux.”
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mpara-
aucune évêques sidèrent
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ment la laration daits’enu de conrudents, évident, e mettre nces, ils ix d’au-
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DE 1896-1897 115 Le Monde, journal libéral quand il publia ce qui suit, devenu depuis journal conservateur :
“ La lettre pastorale est conçue dans les termes les plus modérés, dans la forme la plus prudente et la plus gardée. Évitons donc de vouloir faire sortir nos guides spirituels de la réserve qu’ils ont voulu observer.
‘“ La parole épiscopale est adressée aux hommes de bonne foi et de bonne volonté.
Ceux-là n’auront pas besoin de commentaires de journaux pour y trouver la ligne de conduite qu’ils doivent suivre.”
Le Herald de Montréal, journal protestant et libéral, dit :
‘ Le mandement auquel on s’attendait depuis quelque temps, .a été lu dimanche dernier dans toutes les églises catholiques.
‘ Un grand nombre de conservateurs bien connus, discutant le document, ont déclaré que ce n’était pas ce que Sir Charles demandait et espérait et que ce document donnerait plus de force à la cause libérale, dans Québec.”
Nous avons multiplié quelque peu ces citations, reproduisant surtout la note libérale et la note protestante, afin de prouver que l’interprétation générale donnée au mandement collectif mettait ce document au-dessus des inté-
116 LA CAMPAGNE POLITICO-RELIGIEUSE rèts purement politiques des partis, à l’abri des attaques des partisans, en dehors de leurs atteintes.
Bref le mandement était l’accomplissement d’un devoir impérieux, nullement une manœuvre électorale.
Il était si peu que sa première apparition provoqua la jubilation des libéraux et une expression de désappointement chez les conservateurs.
On prévoyait de suite chez les uns et chez les autres que le mandement ne favoriscrait aucunement les conservateurs, tandis que les libéraux devaient en profiter, précisément parce que leur conduite parlementaire n’y était aucunement le sujet d’une condamnation formolle.
C’est ce qui permettait à la Patrie de s’écrier, sur un ton de défi :
‘ Montrez-nous (dans le mandement) une seule ligne qui dise que la loi Dickey [la loi réparatrice] est bonne, que nos amis auraient dû Pappuyer, qu’elle aurait rétabli les écoles séparées, qu’elle aurait redressé les griefs de la minorité manitobaine et qu’en conscience nous devions appuyer le bill mystificateur.”?
Le parti libéral alla plus loin et ses orateurs les plus accrédités parcoururent le pays en
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criant au peuple que le mandement était la condamnation du parti conservateur, et de su manière de régler la question des écoles.
On assista à ee curieux spectacle que le parti conservateur fut obligé de se défendre contre le mandement collectif etque plus d’un évêque dut lui-même intervenir pour expliquer aux fidèles de son diocèse la nature et la portée du document épiscopal.
Quelles furent les conséquences de cette intervention épiscopale collective ou individuelle ?
8'— Ses résultats,
Le résultat le plus tangible de l'intervention épiscopale à été, sans contredit, d'amener tous les candidats, à quelques exceptions près à s’engager formellement &t solennellement ‘à voter au Parlement en faveur d’une législation rendant à la minorité catholique du Manitoba les droits scolaires qui lui sont reconnus par Phonorable Conseil Privé d'Agieterre, ?
Les conservateurs ont été battus, dans la province de Québec, par un vote de 50 contre 15, mais la cause des écoles manitobaines sort de la lutte, victorieuse, par une majorité plus considérable encore.
M. Laurier, il est vrai, a refusé de prendre l'engagement proposé, mais la plupart de ses propres candidats n’ont obtenu leur mandat de député qu’en contractant cette obligation sacrée que leur imposait la lettre pastorale.
Parmi les déclarations que nous avons sous la main nous prenons les deux suivantes, signées par deux hommes qui sont aujourd’hui députés et qui, bien que partisans des plus dévoués à M. Laurier, devront, avant tout, quelle que soit la politique de leur chef sur la question des écoles, se rallier à la cause de la minorité et voter en faveur de toute législation réparatrice ayant l’approbation ecclésiastique.
Déclaration.
‘6 En face de la décision du comité judiciaire du Conseil Privé qui s’est prononcé définitivement sur la question de droit et de fait, en déclarant que la minorité catholique du Manitoba a des griefs fondés et qu’elle a droit à ses écoles séparées ; en face du mandement des évêques de la province de Québec qui impose aux catholiques l'obligation de n’accorder leurs suffrages qu'aux candidats qui s'engagent formellement à voter au Parlement en faveur d’une législation rendant à la minorité catholique du Manitoba les droits scolaires qui lui sont recon-
JSE
rendre de ses ndat de 1 sacrée
ns sous vantes, urd’hui es plus t tout,
sur la e de la islation wstique.
diciaire nitiveait, en à Manibit à ses nt des impose er leurs ent forr d’une que du
recon-
nus par le Conseil Privé d’ Angleterre, je, soussigné, candidat à la présente élection, m'engage comme tel, formellement et solennellement, à exiger et à appuyer de mon vote la passation d’une mesure réparatrice devant remettre la minorité catholique du Manitoba dans la plénitude de ses droits reconnus et ayant l’approbation de l’évêque spécialement chargé de la défense et de la protection de ces droits. Je m'engage de plus à ne rien faire qui puisse inettre le gouvernement dans l'impossibilité de présenter unc telle législation réparatrice ou qui soit de nature à en retarder l’adoptiou.
(Signé) ‘€ GEORGES TURCOTTE,
‘ Candidat.
Nte-Julie de Somerset, 9 juin 1896.”
Voici une autre déclaration, signé par un autre député libéral, qui va jusqu’à réclamer des subsides pour les écoles du Manitoba, et une législation pour les catholiques du Nord- Ouest :
‘ Comté de Beauce, P. Q,, st juin 1896,
‘Je, soussigné, m'engage solennellement et formellement, comme le désire le maudement collectif de Nos Seigneurs les Archevêques et Evèques de la province de Québec, d'appuyer