‹ La campagne politico-religieuse de 1896-1897 [microforme]Chapitre 24 sur 33 · FES SEE D · texte numérisé non relu

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140 LA CAMPAGNE POLITICO-RELIGIEUSE engagement pris par le chef du parti conser-

rateur en pleine chambre des Communes, le 24 A ] Q août 1896, sans qu’un seul membre du parti

ait fait entendre une note discordante :

Voici cet engagement. Nous le reproduisons du ‘ Hansard des Communes ?”” 24 août 1896, colonne 49.

‘ Sir CHARLES TuPPER.— A l’avenir comme

dans le passé, le principe fondamental sur

lequel s’appuicra le grand parti auquel j'ai l'honneur d’appartenir sera : justice égale pour tous saus distinction de race ou de croyance, Je suis heureux de voir que la tâche de régler cette question (des écoles)—qui est

‘mportante, bien qu’elle ne le soit pas aussi ‘ sérieusement que je l'ai cru —je suis heureux, ‘ dis-je, que la responsabilité de régler cette ‘ question ne m’incombe plus mais it :ombe À

l'honorable monsieur qui est maintenant le ‘ premier ministre de la couronne. Tout ce que ‘ je puis dire, c’est que j'espère sincèrement ‘“ que cet honorable monsieur réussira à régler ‘]a question scolaire de manière à rendre ‘ justice et à donner satisfaction à toutes les ‘ parties intéressées. Je puis assurer l’honora- ‘ ble chef de la droite que non seulement je ‘ Jui souhaite de tout cœur qu’il puisse heu- ‘ reusement et promptement régler cette

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“ importante question, mais que tout ce que ‘je pourrai faire pour la même fin sera fait en ‘ tout temps avec le plus grand plaisir. ”

Non, ie doute n’est plus possible, surtout si l’on ajoute foi aux déclarations du premier ministre lui-même et aux promesses qu’il a faites à l’électorat.

C’est M. Laurier qui déclarait aux électeurs de Portneuf, le 20 mai 1896 :

‘ Je déclare ici, comme je l’ai fait À Ontario, que je veux justice complète pour mes coreligionnaires de Manitoba. ”

C’est lui qui disait aux électeurs de Lévis, le 21 mai 1896 : ‘“ Ceux qui me dénigrent savent bien que je ne me laisserai pas distraire de Ja tâche que j'ai entreprise, par leurs attaques .…... c’est moi, croyez-le bien, «ui avec des hommes À ines côtés comme le Dr Guay, réglerai enfin cetie question des écoles du.

Manitoba À l'avantage de nos concitoyens | catholiques et pour le plus grand bien de la paix et de la justice égale pour tous en ce pays.... C’est moi qui en définitive, avee îe concours d'hommes comme Sir Oliver Mowat, rendrai justice entière À mes coreligionnaires du Manitoba. ”

C’est encore M. Laurier qui soulevait l’enthousiasme de ses électeurs de St-Roch en

11 LA CAMPAGNE BOLITICO-RÉLIGIEUSÉ

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laissant tomber sur la foule qui l’écoutait les promesses que voici :

“,,.. Je réglerai cette question à la satie- ‘ faction de toutes les parties intéressées...

‘ Je vous affirme que je réussirai à satisfaire ‘ ceux qui souffrent dans le moment .,,...,

Et puis enfin de compte, si la conciliation “ ne réussit point, j'aurai à exercer ce recours ‘“ constitutionnel que fournit la loi, recours ‘“ que j’exercerai complet ct entier. ? (Salie Tacques-Cartier à Québec, 7 mai 1896—Voir l’Electeur du lendemain.)

La minorité catholique avait done en sa faveur comme elle a encore :

1° un jugement sans appel reconnaissant ses droits à des écoles séparées et ordonnant au Manitoba de les lui rendre ;

2° la consécration par la chambre des Communes du principe de l'intervention fédérale pour remédier, à défaut du Manitoba, aux griefs des catholiques ;

3° le verdict populaire, aux élections généales, se prononçant en faveur de ceux qui s'engageaient à faire rendre justice À la minorité ;

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4° l’oftre du chef de l’opnosition de prêter main-forte au gouvernement dans cette œuvre de réparation ;

5° les déclarations et les promesses du chef du gouvernement que justice entière serait rendue par la conciliation si possible, par la loi, si nécessaire.

Avec tous ces éléments en sa faveur la minorité catholique a raison d’espérer, mieux que cela, de croire à une solution prochaine et satisfaisante de la difficulté scolaire.

M. Laurier s’est rendu parfaitement compte de la situation et c’est parce qu’il a jugé la forteresse imprenable qu’il n’a pas risqué de lui donner l'assaut. Il n’a pas approché la minorité catholique parce que ce qu’il avait à lui proposer n’était pas un compromis honorable, mais un lâche abandon des avantages actuels et une conpable compromission des intérêts futurs.

D'avance il était convaincu de Pinutilité d’une démarche faite, après tout, non pour rendre justice à la minorité catholique, mais uniquement pour aider le premier ministre du Manitoba à sortir de la position ridicule qu’il oceupe aujourd’hui.

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DANGIRS D'UN COMPROMIS.

A part la perte des avantages réels obtenus par le jugement du Conseil Privé, et sans tenir compte des désastres que ménage à la minorité le compromis Laurier-Greenway, s’il était accepté, il est évident qu’un compromis quelconque, fût-il acceptable, mettrait la minorité

catholique, du moment qu’elle l’accepterait,

dans la moins enviable des positions et compromettrait tous ses intérêts futurs.

En, effet par l’acceptation d’un compromis quelconque, la minorité catholique se désisterait du jugement rendu, se soustrairait du coup À la juridiction fédérale pour retomber sous la juridiction provinciale.

La perspective n’est point brillante.

Il vaut mieux s’en rendre compte de suite,

l°—Juridiction fédérale.

Pour la faire bien comprendre, il n’y a qu’à reproduire textuellement l’opinion de M. McCarthy sur cette question,

Voici ce qu’on lit dans le document officiel intitulé : “ Cause des écoles du Manitoba ”, pages 41 et 104:

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M. McCarruy : J’admets volontiers que le ‘ jugement du Conseil Privé dit que le Gou- ‘ verneur général en conseil a droit de passer un arrôté réparateur et que, celui-ci ayant été fait ct méconnu, le gouvernement de ce ‘pays aura le pouvoir ou la juridiction de mettre en force cet arrêté réparateur au moyen de la législation, ...,.,........,,,

‘,,,. Du moment où le parlement canadien agit l'autorité de la législature locale disparaît pour toujours.

‘6 On vous demande de prendre l'initiative ‘pour la passation d’une loi; une loi qui, lorsqu'elle sera passée, en tant que la province est concernée, est absolue*et irrévocable ‘ et j'ose assurer en tant que le parlement est ‘ concerné cst absolue et irrévecable. Le pou- “ voir de ce parlement est limité dans la passation de telles lois réparatrices, à ce qui pour- ‘ rait être nécessaire pour mettre à exécution ‘ l’ordre réparateur. La loi réparatrice passée par ce parlement, ne peut être entravée ni par le pouvoir local ni même par ce parle- ‘“ ment. Dans ces circonstances la juridiction ‘ du parlement s'éteint par l’exercice de son “ pouvoir, mais le parlement impérial conserve toujours la sienne... ,.,,,,4:40406000 1000

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“ Si la-législature locale refuse d'exécuter “ l’ordre réparateur, alors il y a un pouvoir “ qui autorise le corps fédéral à l’exécuter. ‘ Mais comme c’est un pouvoir ad hoc il prend ‘ fin du moment qu’il a été exercé.”

Une législation réparatrice fédérale est donc une législation inviolable et revêt un caractère de permanence tel qu’elle se trouve soustraite à tous les changements que seraient tentés d’y apporter dans l’avenir tous les fanatiques qui. comme ceux d’aujourd’hui, voudraient opprimer la minorité catholique du Manitoba.

Un compromis ferait perdre à celle-ci ce précieux avantage. Et qu’aurait-elle en retour?

Le mauvais vouloir de ses persécuteurs qui s’exercerait sans entraves sérieuses dans le do-

maine provincial.

20—Juridiction provinciale.

En retombant sousla juridiction provinciale la minorité catholique aurait de nouveau à transiger chaque jour avec ceux-là mêmes qui lui ont volé ses droits, et qui se sont solennellement engagés à ne jamais lui rendre ses écoles séparées.

Et quelle confiance peut-elle reposer dans la parole, dans les promesses de ces hommes dont

. Ie passage au pouvoir a été marqué par la vio-

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