L'ATTITUDE DES PARTIS POLITIQUES
Pour bien, comprendre le jeu des partis politiques en face de la question des écoles du Manitoba, il importe de jeter un coup d'oeil sur la composition du dernier parlement.
" Il y aura, pour le Canada, un parlement qui sera composé de la Reine, d'une chambre haute appelée le Sénat et de la chambre des Communes."
C'est l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord 1867, clause 17, qui le décrète ainsi.
La Reine est représentée ici par un gouverneur général.
Le Sénat compte actuellement 8 L membres
La chambre des Communes, dont le nombre des députés augmente ou diminue, après chaque recensement décennal, comptait, pendant le dernier parlement, 215 députés.
Ces 215 députés se divisent en deux partis, les conservateurs et les libéraux.
Depuis l'époque de la Confédération jusqu'à ce jour, c'ést-à-dire depuis 1867 jusqu'à 1896, les conservateurs ont été continuellement au
pouvoir, à l'exception des cinq années, qui s'étendent de novembre 1873 à septembre
La force respective des partis pendant le dernier parlement était comme suit :
Conservateurs 137
Libéraux 78
Ce qui laissait aux conservateurs une majorité de 59 ou plutôt de 58, le président de la chambre ne votant qu'au cas d'égalité de votes.
Cette force respective des partis politiques fut quelque peu modifiée quand la question des écoles du Manitoba s'imposa aux délibérations de la chambre des Communes, sous forme d'une législation réparatrice, c'est-à-dire, lorsqu'on demanda l'intervention fédérale dans le règlement de la difficulté scolaire.
Nous y reviendrons dans la suite.
Voyons pour le moment l'attitude prise par le parti conservateur et celle qu'adopta le parti libéral, depuis l'instant où la question scolaire a surgi à l'horizon politique jusqu'au jour où sa solution définitive a provoqué la création d'un nouveau parti, celui des obstructionnistes.
Attitude des conservateur?.
Le 29 avril 1890, " l'ordre du jour pour que la chambre des Communes se forme en comité des subsides étant lu, M. Foster propose, secondé par M. Bowell : Que M. l'orateur quitte maintenant le fauteuil : — M. Blake propose comme amendement, secondé par M. Laurier : Que tous les mots après " Que " soient retranchés et remplacés par les suivants : — u il est expédient de prendre des mesures qui permettent à l'Exécutif, dans les circonstances graves qui requièrent l'exercice du pouvoir du désaveu ou du pouvoir d'appel en ce qui concerne la législation en matière d'éducation, de référer des points importants de droit ou de fait à un haut tribunal de justice pour y être entendus et considérés en telle manière que les autorités et les parties intéressées puissent y être représentées, et qu'une opinion raisonnée puisse être obtenue pour l'information de l'Exécutif."
" Et la question étant mise sur le dit amendement, elle est résolue affirmativement. " (Voir journaux de la chambre des Communes du Canada, vol. XXIV, page 388).
Cette proposition, faite par le parti libéral, acceptée par le parti conservateur, votée à l'unanimité de ses membres par la chambre des Communes, n'a jamais dépouillé l'Exécutif de son devoir d'intervention et de protection en faveur des minorités lésées dans leurs droits. " Je ne propose pas du tout, disait M. Blake, de mettre l'Exécutif dans une position telle qu'il n'ait pas de devoirs à remplir : mon but est de l'assister dans l'exécution efficace de ses devoirs. . . . Notre gouvernemeut est un gouvernement populaire ; quand surgissent des questions brûlantes passionnant l'esprit public ; quand une agitation éclate au sujet do la conduite politique de l'Exécutif ou de la légis» lature — conduite nécessairement basée sur des questions de droit qui ne sont pas à la portée du peuple en général — quand le peuple se divise sur ces questions par des considérations de croyance ou de race, je prétends qu'il peut résulter un grand bien public du renvoi, avec toutes les garanties ordinaires pour l'obtention d'un jugement sur, de ces questions de droit à des tribunaux dont les décisions dignes et dépouillées de toute passion, acceptées par nous tous comme ayant force de loi dans nos propres affaires, impliquant fortune, liberté, honneur, vie même, son( les plus propres à être