PARTIE BOTANIQUE
Famille. — Genre. — Espèce. — Description de Tespèce. — Mode de reproduction. — Opinion erronée du voyageur Robert Bruce. — Structure anatomique. — Cellules saccharifères. — Classification des principales variétés .
Famille. Genre. Espèce. — La canne à sucre fait partie de la famille des graminées ; elle appartient à la tribu des andropogonées et au genre holcus. — Espèce : saccharum offidnarum ou arundo saccharifera.
Description de l'espèce. — C'est un roseau gigantesque de 3 à 4 mètres de hauteur, droit pendant les premiers temps de la végétation, mais infléchi et couché au moment de la maturité.
Les racines sont fibreuses et latérales; grosses comme une petite plume, s'étendant à O'^jSO ou 1 mètre de rayon en tous sens et ne pénétrant pas dans le sol à plus de 0",20 de profondeur, ce qui donne à la plante peu de stabilité dans les terrains meubles et l'expose à être renversée pendant les coups de vent. L'ensemble des racines forme une souche constituée par le prolongement de la tige qui se termine en pointe et se recourbe enferme de crosse. C'est autour de cet axe que prennent naissance les vraies racines, qui s'irradient ensuite en tous sens.
La tige est cylindrique, de grosseur variant entre celle du pouce (canne rotang) à celle du bras (canne éléphant de Cochinchine) ; elle est composée de nœuds et d'entre nœuds au nombre de 40 à 80, très rsTpprochés chez les cannes mal venues, très espacés au contraire chez celles qui sont vigoureuses et de qua-
lité supérieure. L'épiderme est lisse, plus ou moins épais et diversement coloré (jaune, verdâtre, rouge vineux, rayélongitudinalement) ; il est couvert, principalement à la partie qui avoisine les nœuds, d'une matière blanche, pulvérulente, facile à détacher, la cérosie. Cette substance a pour formule G^'^H^^O, et représente par sa constitution un alcool de la série grasse. Si ce produit était plus abondant et plus facile à recueillir on aurait pu l'utiliser pour l'éclairage.
Les feuilles sont alternes, engainantes, larges à la base, longues de près d'un mètre, d'un vert plus ou moins foncé suivant les espèces. La nervure médiane est blanchâtre, bien accusée et canaliculéé ; la base est couverte de poils aigus, disposés suivant le grand axe de la feuille et dirigés vers la pointe. Introduits sous la peau, ils provoquent des démangeaisons désagréables et souvent douloureuses.
A l'aisselle de chaque feuille existe un bourgeon ovoïde, de la grosseur d'un pois, recouvert d'une sorte de vernis protecteur et d'enveloppes superposées très résistantes. CTest ce qu'on appelle l'œilleton. Il est d'autant plus gros et mieux formé qu'il se trouve rapproché de la base. Vers le sommet, il est blanchâtre, applati, triangulaire. A côté de l'œilleton et tout autour de l'entre-nœud se trouvent deux ou trois rangées de petits mamelons qui doanent naissance aux racines, lorsque cette partie de la canne est exposée à des pluies trop abondantes, ou bien se trouve en contact avec la terre humide. A l'époque delà maturité complète de la canne, lorsque la hampe florale s'est, desséchée et que la croissance en longueur de la tige est interrompue, il arrive souvent qu'après quelques jours de pluie les œilletons eux-mêmes se développent en même temps que les racines circulaires, constituant ce qu'on appelle des ailerons. Certaines espèces, la mapou et la poudre d'or principalement, sont sujettes, même avant maturité, à cet inconvénient qui détourne de la canne mère toute la sève sucrée pour en nourrir sa nombreuseprogéniture.
Les fleurs sont portées sur un long péduncule appelé flèche- Elles apparaissent de loin comme des panaches soyeux que le moindre vent agite. Elles sont composées d'une multitude de petits épis bi-flores poilus à la base ; la fleur intérieure est neutre et possède une seule écaille; la fleur supérieure est hermaphrodite.Les étamines, au nombre de 3,sont inséréessur l'ovaire.
qui est sessile, glabre, infécond, surmonté de deux styles terminaux allongés et terminés par des stygmates plumeux.
La canne fleurit habituellement au bout de 12 à 15 mois ; mais toutes les espèces ne fleurissent pas. Ce sont celles qu'on préfère parce qu'on peut les conserver plus longtemps dans les champs sans les couper. Contrairement à ce qui se présente chez plusieurs plantes sucrières, la betterave par exemple, la canne n'est pas mûre au moment de sa floraison ; ce n'est qu'au bout de 3 mois, après que ce phénomène a eu lieu, qu'elle le devient complètement et qu'elle a atteint le maximum de sucre qu'elle peut contenir. Ce fait est anormal et semble même en contradiction avec les lois de la physiologie végétale ; car la floraison consomme habituellement, chez les plantes, les réserves de sucre et de fécules accumulées dans les tiges et les racines. C'est ce qui a lieu, en particulier, pour la rivale de la canne, la betterave. Il est vrai que si la canne fleurit elle ne fructifie pas, puisque son ovaire est infécond.
Mode de reproduction. — La canne ne peut point se reproduire de graines, ainsi que nous venons de le voir. C'est l'œilleton qui remplace cet organe important. On doit le regarder comme un véritable œuf végétal. Pour reproduire la canne, on coupe la tige en tronçons et l'œilleton ne tarde pas à se développer sous l'influence des conditions nécessaires à la germination des graines fet qui, dans tous les pays, exigent le concours de l'air, de la chaleur et de l'humidité.
Opinion erronée de Robert Bruce. — Dans nos colonies, dans rinde, en tous lieux, on plante la canne de bouture. Aussi le célèbre voyageur Robert Bruce commet-il une grave erreur quand il affirme avoir vu, en Egypte et dans Tlnde, faire des plantations à l'aide de graines de cannes.
La canne à sucre n'est, du reste, point le seul végétal, dans nos colonies, qui présente cette particularité. Les graines de la vanille, du bananier, celles de l'agave americana sont également infertiles , bien que leur fleur renferme tous les organes de la fécondation. Il est à remarquer, dii reste, que les plantes qui, soit par suite d'une culture perfectionnée ou par toute autre raison, donnent naissance à des fleurs dépourvues de graines fertiles, se reproduisent toutes par boutures ou par bùlbilles.
Les trois plantes que nous venons de citer en sont surtout un exemple frappant.
Lorsque la canne est abandonnée à elle-même, elle se couche naturellement sur le sol quand elle est mûre; les œilletons, en contact avec la terre humide, s'enracinent rapidement et donnent naissance à de nouvelles tiges qui vivent d'abord aux dépens de la canne-mère, puis se développent dans les conditions ordinaires des autres végétaux.
Structure anatomique de la canne. — Si Ton examine une tranche de canne mûre, coupée perpendiculairement à Taxe, on y remarque en allant du centre à la circonférence :
l** Une sorte de tissu médullaire, blanchâtre formant quelquefois un canal étroit surtout chez les vieilles cannes ayant passé maturité;
2** Des cellules polygonales renfermant du sucre ;
3° Des faisceaux ligneux et vasculaires et de larges vaisseaux disséminés dans la masse du tissu cellulaire ;
4** L'écorce constituée par des faisceaux ligneux très serrés.
Les cellules saccharifères sont groupées comme des alvéoles d'abeilles autour des faisceaux ligneux. Sur une rondelle mince et sèche d'une canne mûre, on aperçoit très bien à l'œil nu la disposition anatomique que nous venons d'indiquer. On y voit aussi des cristaux de sucre cristallisable avec tous leurs caractères physiques fort reconnaissables.
Sur une coupe verticale faite le long d'une tige de canne, apparaissent les faisceaux fibreux très rapprochés les uns des autres, séparés par le tissu cellulaire et les vaisseaux.
Il existe des cannes plus tendres les unes que les autres ; ce sont les plus sucrées et les plus faciles à travailler. Mais elles sont plus délicates que les autres espèces. La canne rouge d'Otahiti peut passer pour le type par excellence de ces cannes peu chargées de faisceaux fibreux, mais très riche en tissu cellulaire et en sucre.
D'autres, au contraire, telles que la canne guinghan, sont extrêmement ligneuses et résistantes et, par conséquent, ne renferment pas autant de jus sucré que la précédente. Mais on recherche les cannes de cette espèce à cause de leur plus grande vigueur et de leur rusticité.
Classification des cannes à sucre
On peut considérer, d'après M. C. Jacob de Cordemoy, toutes les variétés de cannes introduites dans nos colonies comme appartenant à trois espèces principales :
1*" L'espèce la plus commune; lé saccharum officinarUm, qui a fourni à elle seule toutes les variétés connues ;
2"* Le saccharum violaceuniy canne à feuilles violacées désignée à Bourbon sous le nom de canne noire. Elle n*est peut-être qu'une variété dnsaccharumofficinarum. C'est une cannecourte, dure, ne fleurissant pas. Tige de p'^'jSO au plus, de couleur pourpre, tachant les mains et les lèvres de ceux qui la mangent. Ses feuilles ont d'abord une couleur rose oeillet délicat qui devient pourpre plus tard. Elle fut probablement introduite par Cossigny en 1782, à Maurice et Bourbon. On la cultive rarement, parce qu'elle est trop dure ;
3° Le saccharum sinense, appelé par Roxburgh caniie chinoise^ cultivé en Chine depuis un temps immémorial. Cette canne est petite, maigre, mais très résistante ; sa tige est couleur jaune brun pâle. Son principal caractère spécifique consiste dans la disposition de sa panicule qui diffère de celle du saccharum officinarum ence qu'elle est ovale et dressée. Elle est assez répandue le long de la côte de Natal. Elle paraît inférieure à toutes celles que l'on cultive dans les colonies sucrières.
Les variétés de cannes appartenant à l'espèce la plus répandue, le saccharum officinarum, offrent entre elles des différences accusées sous le rapport de la taille, de la couleur de l'épiderme et des feuilles, de la proportion de sucre qu'elles renferment, de leur plus ou moins grande aptitude à s'acclimater. Le caractère qui permet le mieux de les classer, celui qui apparaît le plus facilement à l'œil de l'observateur, c'est celui qui se rapporte à la couleur de la tige. A ce point de vue, on peut les diviser en trois groupes principaux :
Les cannes blanches, jaunes ou verdatres,
Les cannes rayées,
Les cannes rouges ou plus ou moins foncées.
Nous allons prendre quelques exemples appartenant à chacun de ces trois types et choisir parmi les cannes généralement répandues dans nos colonies.